Tintin/80e: Tous les travers de l’Amérique y sont représentés (Tintin in Amerikkka)

Tintin in AmerikaTintin in Amerika (original black nanny)
Tintin in Amerika (whitened nanny)
African slaves on route to Mecca (Red Sea sharks)
Nous, Occidentaux, devons dénoncer fermement tout ce qui est américain dans sa maison, ses vêtements, son âme. George Duhamel (« Scènes de la vie future », 1930)
Il y a du grabuge en perspective parce que le capitalisme et les capitalistes français sont en train de craquer. Ce qu’il leur faudrait, c’est une bonne vieille révolution. Olivier Besancenot (2009)
Le seul endroit acceptable pour ce livre est dans un musée, avec un grand panneau indiquant ‘âneries racistes à l’ancienne’. Commission for Racial Equality
Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : « Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là ! », etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. George Rémy (dit Hergé, 1971)
Dans Coke en Stock, en montrant les Noirs promis à l’esclavage et des Arabes esclavagistes, je fais aussi du racisme, mais vis-à-vis des Arabes, cette fois! On en finira jamais!… (…) Et notez que, déjà dans Tintin en Amérique, je montrais la puissance blanche, la finance exploitant les Indiens. Pour un « raciste », je ne cachais pas mes sympathies, il me semble! Hergé (1971)
Moi, Monsieur, je ne veux pas aller à La Mecque. (…) Dans mon village, trois jeunes hommes sont partis pour La Mecque … Deux ans déjà déjà … Et jamais revenus … Ils sont sûrement esclaves maintenant… Je ne veux plus aller à la Mecque, moi, Monsieur. Personnage africain de « Coke en stock » (1958)
On a souvent dit d’Hergé qu’il était raciste dans Tintin au Congo ou anti-bolchevik dans Tintin au pays des Soviets mais ce sont deux oeuvres de jeunesse et de commande datant de 1930 – 1931 (commande émanant de son patron l’abbé Wallez) Hergé exprime enfin ses idées personnelles dans Tintin en Amérique, c’était son voeu initial d’envoyer Tintin dans le nouveau monde. Tous les travers de l’Amérique y sont représentés: L’alcoolisme, le début de la « malbouffe », la guerre des gangs stigmatisée par Al Capone (seul personnage authentique figurant sous son vrai nom dans les aventures de Tintin), le lynchage des Noirs, les exécutions sans procès et l’exploitation des indiens spoliés de leurs territoires.Dans Tintin et le lotus bleu (1936), Hergé s’engagera encore et y dénoncera cette fois l’impérialisme japonais qui occupe la Chine avec l’assentiment de la SDN (Société Des Nations) et le racisme des occidentaux envers le peuple chinois, il récidivera dans Coke en Stock (1958) en défendant les Noirs musulmans destinés à un trafic d’esclaves. Fontaine Peter
Et si, contre toute attente, le reporter du Petit Vingtième avait finalement plus en commun avec le petit facteur de Neuilly qu’avec le national-poujadiste, octogénaire lui aussi, de Trinité-sur-mer?

Au lendemain, en cette année du 80e anniversaire de Tintin, de l’inauguration (polémique à souhait avec l’interdiction des photos par ses héritiers) et à la veille de l’ouverture du Musée Tintin de Louvain-la-Neuve dans la banlieue de Bruxelles ….

Avant, suite à sa première incursion en 1931, son grand retour en Amérique dans deux ans et sur grand écran avec la très attendue adaptation du « Secret de la Licorne » par Steven Spielberg, une trilogie étant même prévue …

Machinisme, « malbouffe », alcoolisme, dérives de la prohibition, guerre des gangs, kidnappings, corruption policière, carences de la Justice, exécutions sans procès, exploitation et spoliation des Indiens, lynchage des Noirs …

Retour sur l’un des secrets apparemment les mieux gardés de l’auteur de « Tintin au Congo ».

A savoir, derrière les sempiternelles accusations d’anti-bolchévisme primaire (« Tintin aux pays des soviets ») et de racisme anti-noir (« Tintin au Congo »), le fait que Georges Rémy était en fait un anti-impérialiste et tiers-mondiste pur et dur digne de nos Georges Duhamel d’alors (« Scènes de la vie future » sont , avec le journal satirique Le Crapouillot, l’une de ses sources d’inspiration) ou de nos Besancenot actuels dont le Pleurnichard en chef de Chicago lui-même pourrait être fier.

Car, comme le montre un texte trouvé sur le net (d’un certain Fontaine Peter), après ses publications sous la Belgique occupée dans un journal aux mains des nazis qui lui valurent une interdiction de publier pendant deux ans après-guerre et l’album de commande contre la Russie stalinienne, y a-t-il un travers de l’Amérique qu’il n’ait dénoncé dans son « Tintin en Amérique » de 1931?

Sans parler, outre les centaines de corrections auxquelles il s’est dûment soumis tout au long de sa carrière (« Tintin au Congo » compris, mais aussi la blanchisation en 1973 des portier d’hôtel et porteuse du bébé de « Tintin en Amérique »!), sa dénonciation des trafiquants de diamants (organisé par Al-Capone ! – « Tintin au Congo »), de drogue (« Les Cigares du Pharaon », « Le Lotus bleu » et « Le Crabe aux pinces d’or ») et d’esclaves (« Coke en Stock »), l’invasion de la Chine par le Japon dans les années 1930 et la lâcheté des Européens retranchés dans leurs concessions de Shanghaï (« Le Lotus bleu »).

L’identité des cerveaux desdits trafics ne pouvant d’ailleurs prêter à confusion.

Outre le banquier Blumenstein financier new-yorkais de l’expédition concurrente de « l’Etoile mystérieuse « …

Et le marchand qui lui dispute le fétiche sacré de « L’Oreille cassée » (« nez crochu, cheveux huilés et crépus, petites bésicles et frottage de mains en signe manifeste d’avarice ») …

Ou le tristement célèbre Al Capone de « Tintin en Amérique » …

Le sinistre Rastatopoulos et faux producteur de cinéma des « Cigares du Pharaon » derrière l’odieuse filière esclavagiste de « Coke en stoke » comme de l’ignoble trafic d’opium du Lotus bleu, n’est autre, derrière le milliardaire américain d’origine grecque qui l’incarne, que le capitalisme américain le plus sauvage

Tintin en Amérique, une Bande Dessinée engagée?

Fontaine Peter
I) Critique du mode de vie des Américains
a) économie et Industrie
Hergé critique le mode de vie Américain dans Tintin en Amérique, notamment les usines alimentaires qui sortent de terre un peu partout à cette époque et le début de la nourriture industrielle de mauvaise qualité fabriquée à la chaine qu’on appelle aujourd’hui la « malbouffe »: Le patron de l’entreprise est prêt à jeter Tintin dans la broyeuse comme les animaux rentrent d’un coté sur un tapis roulant et ressortent de l’autre coté sans aucune intervention humaine « Vous voyez …Les bœufs arrivent par ici, sur un tapis roulant à la queue-leu-leu….. et ils sortent à l’autre bout, sous forme de corned beef, de saucisses, de saindoux, etc. »)

Il critique aussi l’apparition des »villes champignon » proches des lieux où l’ont trouve en abondance des ressources naturelles tels que le pétrole par exemple :

b) Gang, Police et Corruption
Hergé dénonce aussi la guerre des gangs qui fait rage depuis toujours dans ce pays. (« Je vous offre une prime de 20000 dollars si vous me tuez Al Capone »). La corruption policière est aussi représenté de plusieurs façon, dans un premier cas ce sera un policier qui salue un gangster. Dans d’autres cas on voit que les associations de malfaiteur ont pignon sur rue sans intervention de la police.

Dans les vignettes suivantes, on apprend que les kidnappings sont fréquents en Amérique. Les gangs les pratiquent afin de récolter des fonds (« votre chien ne vous sera rendu que contre une rançon de 100 000 dollars »).

c) Les dérives de la prohibition

L’alcoolisme des américains durant la prohibition est aussi critiqué dans cet album, ici Hergé nous montre avec humour le shérif tomber complètement ivre au pied d’un panneau qu’il a lui même planter afin de prévenir les citoyen des peines encourues en cas d’alcoolisme.

II) L’exploitation des Indiens

Hergé nous montre aussi dans cette case pathétique, la place des Indiens aux États-Unis, certains de ces Indiens ne sont là que pour être pris en photo tels des sites touristiques. Mais aussi, la facilité des Américains à spolier les Indiens de leurs terres lorsqu’il y a un intérêt financier derrière. Là on peut voir que l’américain achète pour vingt cinq dollars les terres (« Voici vingt-cinq dollars, vieil hibou ») avec le soutien de l’armée qui, une heure après l’achat, expulse les Indiens

III) Dénonciation des carences de la Justice américaine

Pour finir, Hergé dénonce aussi la justice Américaine, le lynchage et la pendaison arbitraire de Noirs (« J’ai donné l’alarme, on a immédiatement pendu sept nègres, mais le coupable s’est enfui… »,
« 44 nègres ont été lynchés »). Mais aussi l’auto-défense et la justice aveugle par les citoyens sans procès. Dans la vignette suivante Tintin se retrouve au bout d’une corde sans comprendre pourquoi. Le bourreau est encouragé par les spectateurs qui crient « A mort! »

Conclusion

On a souvent dit d’Hergé qu’il était raciste dans Tintin au Congo ou anti-bolchevik dans Tintin au pays des Soviets mais ce sont deux oeuvres de jeunesse et de commande datant de 1930 – 1931 (commande émanant de son patron l’abbé Wallez) Hergé exprime enfin ses idées personnelles dans Tintin en Amérique, c’était son voeu initial d’envoyer Tintin dans le nouveau monde. Tous les travers de l’Amérique y sont représentés: L’alcoolisme, le début de la « malbouffe », la guerre des gangs stigmatisée par Al Capone (seul personnage authentique figurant sous son vrai nom dans les aventures de Tintin), le lynchage des Noirs, les exécutions sans procès et l’exploitation des indiens spoliés de leurs territoires.Dans Tintin et le lotus bleu (1936), Hergé s’engagera encore et y dénoncera cette fois l’impérialisme japonais qui occupe la Chine avec l’assentiment de la SDN (Société Des Nations) et le racisme des occidentaux envers le peuple chinois, il récidivera dans Coke en Stock (1958) en défendant les Noirs musulmans destinés à un trafic
d’esclaves.

Le clou était sans conteste la tente de Bédouin installée dans les jardins de l’hôtel Marigny. Elle était incongrue, ce qui était probablement le but recherché. Elle ressemblait à celle que le petit Abdallah, avec tous ses serviteurs et sa panoplie de farces et attrapes, plante au beau milieu du salon du château de Moulinsart, au grand dam du capitaine Haddock, dans Coke en stock. Il y a un côté Abdallah chez Kadhafi.

Voir aussi:

Vu & commenté
Le petit Abdallah campe à Moulinsart
Dominique Dhombres
Le Monde
12.12.07

Question spectacle, le colonel Kadhafi n’a pas raté son entrée. Une heure de retard à Orly, qui a obligé Michèle Alliot-Marie, l’air renfrogné, à grelotter pour l’attendre dans le froid et sous la pluie.

Une limousine blanche interminable, un cortège d’une centaine de voitures, et bien sûr les athlétiques jeunes femmes en treillis qui lui servent de gardes du corps. Le clou était sans conteste la tente de Bédouin installée dans les jardins de l’hôtel Marigny. Elle était incongrue, ce qui était probablement le but recherché. Elle ressemblait à celle que le petit Abdallah, avec tous ses serviteurs et sa panoplie de farces et attrapes, plante au beau milieu du salon du château de Moulinsart, au grand dam du capitaine Haddock, dans Coke en stock.

Il y a un côté Abdallah chez Kadhafi. On pouvait suivre toutes ces facéties dans les journaux télévisés et sur les chaînes d’info, car le colonel était incontestablement, lundi 10 décembre, le héros du jour. On le voyait avancer lentement, et même très lentement, en gandoura brune et toque noire, dans la cour de l’Elysée. Il n’avait pas foulé ce gravier depuis 1973. Il savourait son plaisir. Question polémique, le colonel était également servi. Cela avait commencé tôt lundi matin avec l’entretien donné au Parisien par Rama Yade dans lequel celle-ci expliquait que la République n’était pas « un paillasson ». Plus tard dans la journée, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, après avoir affirmé qu’elle ne démissionnerait pas, restait obstinément muette.

Bernard Kouchner ajoutait un gag à cet ensemble déjà fourni en déclarant, l’air mutin, qu’il ne pourrait se rendre au dîner donné lundi soir à l’Elysée en l’honneur du colonel car, « heureux hasard », il était retenu à Bruxelles pour des réunions importantes. Cela faisait un peu désordre, et Nicolas Sarkozy jugeait utile d’intervenir à son tour. « La France reçoit un chef d’Etat qui a choisi de renoncer définitivement au terrorisme », disait-il. L’argument selon lequel « la France parle à tout le monde » était classique. Les contrats industriels et d’armement aussi, d’ailleurs. Plus originale était la dénonciation des donneurs de leçons du Café de Flore. Nicolas Sarkozy visait probablement Bernard-Henri Lévy. Dans le flot de déclarations des uns et des autres, un propos se détachait. Il émanait d’un expert sur tout ce qui concerne le colonel Kadhafi. Sur LCI, Roland Dumas interprétait la phrase récemment prononcée par ce dernier à Lisbonne : « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme. » L’ancien ministre des affaires étrangères y voyait « davantage une tentative d’explication scientifique ou historique qu’une justification du terrorisme ». Le colonel a acquis de nouveaux fans, mais il en conserve quelques anciens.

Voir enfin:

Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste… Mais enfin, soit! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque: «Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour eux que nous sommes là! etc…» Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le plus pur esprit qui était celui de l’époque, en Belgique. Plus tard, au contraire, dans Coke en Stock – et même si l’on parle «petit nègre» -, il me semble que Tintin fait assez la preuve de son anti-racisme, non?… C’est comme avec les romanichels des Bijoux. L’attitude de Tintin et celle du capitaine Haddock sont identiques: ils prennent leur défense, à l’encontre de tous les préjugés. Seulement dans Coke en Stock, en montrant les Noirs promis à l’esclavage et des Arabes esclavagistes, je fais aussi du racisme, mais vis-à-vis des Arabes, cette fois! On en finira jamais!… Pour le Congo, tout comme pour Tintin au Pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. En fait, Les Soviets et le Congo ont été des péchés de jeunesse. Ce n’est pas que je les renie. Mais enfin, si j’avais à les refaire, je les referais tout autrement, c’est sûr. Et puis quoi qu’il en soit, à tout péché miséricorde!… Et notez que, déjà dans Tintin en Amérique, je montrais la puissance blanche, la finance exploitant les Indiens. Pour un «raciste», je ne cachais pas mes sympathies, il me semble! Et mes Chinois du Lotus Bleu? Souvenez-vous des avanies que les Blancs leur faisaient subir… Je ne cherche pas à m’excuser: j’avoue que mes livres de jeunesse étaient typiques de la mentalité bourgeoise belge d’alors: c’étaient des livres «belgicains»!…Blumenstein/Bohlwinckelc J’ai effectivement représenté un financier antipathique sous les apparences sémites, avec un nom juif: le Blumenstein de L’étoile mystérieuse. Mais cela signifie-t-il antisémitisme?… Il me semble que, dans ma panoplie d’affreux bonshommes, il y a de tout: j’ai montré pas mal de « mauvais » de diverses origines, sans faire un sort particulier à telle ou telle race. On a toujours raconté des histoires juives, des histoires marseillaises, des histoires écossaises. Ce qui, en soi, n’a rien de bien méchant. Mais qui aurait prévu que les histoires juives, elles, allaient se terminer, de la façon que l’on sait, dans les camps de la mort de Treblinka et d’Auschwitz?… A un moment donné, j’ai d’ailleirs supprimé le nom Blumenstein et je l’ai remplacé par un autre nom qui signifie, en bruxellois, une petite boutique de confiserie: bollewinkel. Pour faire plus « exotique » je l’ai ortographié Bohlwinckel. Et puis, plus tard, j’ai appris que ce nom était, lui aussi, un véritable patronyme israélite!

Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé , 1971, pp, 74- 75.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :