Relations internationales: Attention, une crise peut en cacher d’autres! (Will the Bono celebrity tour ever end?)

Chamberlain-Obama
Il faut qu’il arrête de jouer les messies et se rende compte que des millions d’âmes courageuses, qui de par le monde investissent à grand risque dans la démocratie, la liberté, les marchés libres, etc., comptent sur un président américain pour le soutien moral et les conseils contre une Russie qui joue les caïds, un Hezbollah soutenu par l’Iran, les gangsters de Chavez, les garde-chiourmes de Castro, etc. (…) Alors, qu’il sourit et serre toutes les mains qu’il veut, mais qu’il ne confonde pas ça avec la rude diplomatie ou la protection des intérêts globaux américains. L’accroissement des milliards de dollars de déficit de Bush jusqu’à 1,7 milliers de milliards avec encore 9 mille milliards de dette globale additionnelle va très vite réduire les options américaines à l’étranger, moment qu’attendent impatiemment nos ennemis pour l’exploiter. Victor Davis Hanson
L’essai balistique nord-coréen, quelques heures avant le discours de Barack Obama à Prague sur le désarmement, est un retour du principe de réalité, bien compris comme tel par le président des Etats-Unis. C’est ce principe qui doit guider les bonnes politiques. Thérèse Delpech
Le risque est que, dans la mesure ou nombre de ces organismes ne proposent pas d’alternatives nouvelles aux idées que formulent les experts de l’administration, ils perdent de leur pertinence et que leur plus-value intellectuelle sur le marché mondial des idées ne soit pas suffisamment reconnue. Centre d’analyse et de prévision du quai d’Orsay

Attention: une crise peut en cacher d’autres!

Au lendemain d’une nouvelle preuve, après celles du Sud-Liban et de Gaza ou de Colombie et contre ce qui est régulièrement répété, qu’une guerre contre des mouvements terroristes peut être gagnée
.
Alors que, menacés par leur excessive dépendance de l’Etat et leur provincialisme hexagonal, les centres de recherche français en relations internationales sont, mis à part une 10e place pour l’IFRI, « massacrés dans un classement américain »

Et que, crise aidant, les déclarations vont bon train, de nos dénonciateurs nationaux de “l’hyperpuissance” et champions de la “multipolarité”, sur le prétendu déclin des Etats-Unis et l’émergence de la Chine comme « la grande puissance stratégique du XXIe siècle » …

Petite remise des pendules à l’heure par l’une des rares pointures françaises des relations internationales, la spécialiste du désarmement et des questions stratégiques de l’IFRI justement, Thérèse Delpech:

Fausse comparaison avec la crise de 1929 où le PIB américain avait fondu de 50 % en trois ans, économie chinoise ne repésentant pas même 7 % de la richesse mondiale, dépendance de la Chine à l’égard des Etats-Unis en raison du poids des exportations dans la croissance chinoise et l’absence d’un marché intérieur suffisant comme d’un système de santé et de retraite convenable, épargne détenue à hauteur de 20 % par des banques à la solvabilité douteus, 26 millions de chômeurs parmi les seuls migrants des campagnes, multiplication des incidents sociaux chaque année (dizaines de milliers avant la crise), demande d’ « obéissance absolue » à l’armée, économie en développement qui souffrirait terriblement si elle devait respecter des normes de qualité des produits, des normes de protection sociale élémentaires ou des normes d’environnement, innovation marginale, pollution maximale, désordres sociaux potentiels innombrables, place de l’Etat excessive.…

Russie réduite à sa capacité de nuisance, ne produisant rien hors énergie et matières premières (important son papier de Finlande ou ses médicaments d’Europe), seul le secteur militaire jouant un rôle sérieux pour le développement des hautes technologies comme du temps de l’URSS (à l’exception des nanotechnologies), rigidités liées à la présence massive de l’Etat dans le secteur industriel, démographie déclinante …

Iran n’arrivant pas à choisir entre son avenir et son programme nucléaire, comme le Pakistan entre son avenir et une rupture claire de ses autorités politiques et de ses services secrets avec les islamistes …

Administration Obama toujours sans stratégie claire autre que la volonté de négocier à tout va et d’améliorer « l’atmosphère » (milliards à nouveau investis à perte au Pakistan, avènement d’un Iran nucléaire, crises du Moyen-Orient, nouvelles aventures des Russes à leur périphérie, Corée du Nord) …

Thérèse Delpech et François Heisbourg
Penser le monde de l’après-crise
Le Monde
15.04.09

Notre intention est de nous projeter dans les années qui vont suivre la crise économique, d’imaginer ses répercussions stratégiques. Est-ce qu’on peut imaginer que, après la crise, une fois la confiance financière et la croissance retrouvées, la puissance politique sera répartie de la même manière qu’aujourd’hui ?

François Heisbourg. La réponse courte, c’est évidemment non.

Cadrons tout de même nos ambitions analytiques. Quelqu’un qui aurait prétendu se projeter dans l’après-crise en 1931 pour en évaluer l’impact géostratégique n’aurait pu que se tromper, parce que la crise a duré longtemps, qu’elle a été très profonde et que, par définition, elle accroissait les probabilités déjà importantes de rupture stratégique.

Nous ne savons pas si la crise sera aussi longue et aussi dure que celle des années 1930, mais on sait déjà qu’elle sera la plus longue et la plus dure depuis les années 1930. Nous avons, pour la première fois depuis soixante-dix ans, une crise qui n’est pas mono-causale, qui est systémique et qui est mondiale.

Nous sommes aujourd’hui dans un de ces grands moments historiques où énormément de choses basculent et, par définition, nous ne savons pas quel sera le point de repos final des plaques tectoniques qui auront été ainsi bousculées.

Thérèse Delpech. Dans ses grandes lignes, il n’est pas impossible que la répartition de la puissance politique soit comparable à ce qu’elle est actuellement, même si l’idée contraire est souvent avancée. Il faut se garder de prédire des effets stratégiques majeurs de cette crise, malgré sa dimension mondiale.

Je ne suis pas sûre non plus que la bonne référence soit la crise de 1929, où le produit intérieur brut (PIB) américain avait fondu de 50 % en trois ans. Il y avait, en outre, en 1929, des données politiques, stratégiques et militaires qui ont permis à la crise économique de jouer un rôle accélérateur dans la course vers la seconde guerre mondiale. Enfin, de nombreuses incitations à la coopération économique existent aujourd’hui – on a pu le voir avec le G20 – qui n’existaient pas en 1929.

Pour moi, la crise actuelle est plutôt un symptôme parmi d’autres d’un monde en plein bouleversement qu’une cause à proprement parler. Et dans cette crise, ce qui frappe, c’est l’excès, le rôle du virtuel et la religion de l’immédiat. Ces éléments – excès, virtuel, courte vue voire aveuglement – constituent une assez bonne définition du monde contemporain dans ce qu’il a d’inquiétant.

François Heisbourg. Je rejoins ce qu’a dit Thérèse Delpech sur la crise liée au court-termisme et à l’économie virtuelle, une crise du modèle de croissance. A savoir, dans le contexte actuel, le réchauffement climatique, l’incapacité pour la planète à soutenir un mode de croissance comme celui que les Européens et les Américains ont connu pendant une bonne partie du XIXe et du XXe siècles.

Ce modèle de croissance n’est tout simplement pas soutenable. La notion que la Chine ou l’Inde soient aussi motorisées que les Etats-Unis voudrait dire que nous n’aurions plus d’air pour respirer, que l’air serait de toute façon trop chaud pour pouvoir être supporté, et ainsi de suite.

Quelles peuvent être les conséquences de cette crise pour les Etats-Unis et la Chine ?

François Heisbourg. Cette crise est liée très directement à la synergie économique, financière et commerciale qui s’était établie entre la Chine et les Etats-Unis au cours des dernières décennies. Ce modèle économique peut se résumer par une formule très simple : la Chine exporte et épargne, les Etats-Unis s’endettent et achètent.

Cette synergie entre les Etats-Unis et la Chine a duré parce qu’elle est apparue comme mutuellement bénéfique pendant très longtemps : croissance chinoise, croissance américaine. Et cette synergie avait un effet stratégique majeur : ni la Chine ni les Etats-Unis n’avaient un intérêt particulier à faire monter les enchères en termes de recours à la force.

Les Etats-Unis pouvaient faire la leçon à la Chine sur les droits de l’homme, sur le Tibet et faire jouer leur garantie de sécurité à l’égard de Taïwan, du Japon, de la Corée du Sud. La Chine pouvait faire valoir ce qu’elle estime être ses droits – à tort – sur Taïwan et ses droits vis-à-vis du Tibet, pouvait estimer ne pas avoir à entendre le message sur les droits de l’homme. Mais ni les Etats-Unis ni la Chine n’avaient un intérêt économique particulier à ce que ces différends stratégiques majeurs, ces différences d’intérêts et de valeurs se traduisent par une vraie confrontation.

Aujourd’hui, ce facteur n’existe plus. Ce modèle, un des moteurs qui a conduit à la crise, est en panne. Alors ce qui va suivre au niveau des relations entre les Etats-Unis et la Chine est une des grandes interrogations pour les années qui viennent.

Thérèse Delpech. Très franchement, on voit beaucoup mieux dans cette crise la dépendance de la Chine à l’égard des Etats-Unis que l’inverse, en raison du poids des exportations dans la croissance chinoise. Pékin essaie à présent de relancer le marché intérieur, mais en l’absence d’un système de santé et de retraite convenable, ce ne sera pas facile, surtout dans un pays dont l’épargne de la population est détenue à hauteur de 20 % par des banques dont la solvabilité est douteuse !

Socialement, la Chine est-elle plus fragilisée que les autres puissances ?

Thérèse Delpech. La réponse à cette question a été fournie par les dirigeants chinois eux-mêmes, qui considèrent que la crise actuelle, qui a déjà fait 26 millions de chômeurs parmi les seuls migrants des campagnes, est « un test pour la capacité de gouverner du parti ». Il y avait déjà, avant la crise, des dizaines de milliers d’incidents sociaux chaque année, auxquels les pays occidentaux prêtaient une attention distraite. Avec la crise, ils se multiplient. Les autorités chinoises disposent certes de forces antiémeute conséquentes, mais des avertissements ont aussi été adressés à l’armée, à qui il a été demandé une « obéissance absolue ». C’est à tout le moins un signe de nervosité. Une politique de répression sociale peut aussi bien réussir qu’échouer. Je ne fais pas de pari sur ce point.

En revanche, je ne crois pas au concept de « Chine-Amérique », qu’il est plus juste de décrire comme le font certains de « chimérique ». La Chine a eu une croissance impressionnante depuis dix ans, elle a une épargne colossale qui lui permet de faire des plans de relance, mais c’est encore une économie en développement qui, par exemple, souffrirait terriblement si elle devait respecter des normes de qualité des produits, des normes de protection sociale élémentaires ou des normes d’environnement ! Peut-on entrer dans le XXIe siècle sans ces normes ?

Thérèse Delpech, vous vous érigez donc contre la pensée dominante qui consiste à dire que la Chine va sortir de la crise économique comme étant la grande puissance stratégique du XXIe siècle. Quel est votre avis, François Heisbourg ?

François Heisbourg. Je me garde d’émettre toute prévision sur qui va sortir renforcé ou affaibli de la crise entre les deux membres de ce couple étrange qu’ont formé les Etats-Unis et la Chine au plan économique et, d’une certaine façon, au plan stratégique, au cours des quinze ou vingt dernières années. C’est l’une des très grandes inconnues, c’est un des très grands enjeux de cette crise.

Je voudrais d’abord revenir sur deux points. Premier point : cette histoire de « Chine-Amérique ». S’il y a eu une Chine-Amérique, c’est ce dont nous sortons, ce n’est pas vers quoi nous entrons. Deuxième point : il est évident que personne dans le monde n’a intérêt à ce que les relations entre les Etats-Unis et la Chine tournent à la confrontation. La stabilité et la prospérité de l’Asie orientale sont aussi importantes pour l’avenir du monde que ne l’étaient la stabilité et la prospérité de l’Europe pour le monde de la première moitié du XXe siècle. Et quand on n’a eu ni l’un ni l’autre, on a vu ce que ça a donné.

Alors, comment se présentent la Chine et les Etats-Unis par rapport à la crise et quels peuvent en être les conséquences stratégiques ? Je ne dirai pas que la Chine sera forcément une perdante de la crise, ou que la Chine sera forcément gagnante. Je m’inscris contre la vulgate, mais je n’en tire pas la conclusion que la Chine sera forcément perdante.

Regardons du côté des Etats-Unis. Ceux-ci vont devoir apprendre à épargner. C’est une leçon de ce qui vient de se passer, et la Chine va devoir apprendre à fonctionner sur la base de la demande intérieure. Revenir au statu quo antérieur, c’est-à-dire à l’économie de l’excès, voudrait dire que nous sommes tous de fieffés masochistes.

En attendant d’apprendre à épargner, les Etats-Unis vont dépenser l’équivalent de 8 à 10 trillions de dollars en mesures anticrise d’ici à 2013, c’est-à-dire 10 points ou plus de PIB par an. Au global, près des deux tiers du PIB américain sur la durée ! Autrement dit, il va falloir financer la dette américaine. Même si les Chinois utilisaient leur argent pour acheter des bons du Trésor américain, il n’y en aurait pas assez. Ce n’est évidemment pas une situation dans laquelle les Etats-Unis se présentent dans un bon rapport de forces.

Puis se pose la grande question politico-sociale : la société chinoise a-t-elle la résilience nécessaire pour que le régime puisse s’autoperpétuer sur la base d’une légitimité qui, selon ses propres dires, repose uniquement sur sa performance ? La vraie question est la capacité de la Chine non démocratique à gérer ses contradictions internes avec, en toile de fond, un fort ralentissement économique.

Les Etats-Unis pourraient-ils, selon vous, maintenir leur leadership mondial après cette crise ?

Thérèse Delpech. Ce sont eux tout d’abord qui sortiront les premiers de cette crise. Quant à leur maîtrise des espaces communs et notamment de la mer et de l’espace, elle leur laisse de beaux jours devant eux. Enfin, leur nouveau président a des atouts pour reconstruire l’image des Etats-Unis dans le monde. Ce tableau n’incite pas au pessimisme en ce qui concerne l’Amérique.

Plus généralement, souvenez-vous, avant la crise économique, la vulgate était celle du déclin relatif de l’Occident, des miracles asiatiques et des économies émergentes.

Pour les discours sur le déclin de l’Occident, les orfèvres se trouvent depuis les Grecs dans les pays occidentaux eux-mêmes, qui ont une sorte d’obsession de leur propre chute. L’ouvrage du philosophe allemand Oswald Spengler (paru en 1918) n’est qu’un avatar tardif – et assez mauvais – de ce thème. Je ne crois pas à ce déclin, même si l’ordre international issu de la seconde guerre mondiale doit être revu, avec l’arrivée sur la scène de nouveaux pays – qui ont d’ailleurs fait leur fortune avec des idées occidentales.

Deuxièmement, les miracles asiatiques. J’ai dit ce que je pensais de la Chine, et j’ajoute qu’il faudrait parfois garder le sens de la mesure pour ce pays qui ne représente pas même 7 % de la richesse mondiale.

Enfin, les économies émergentes. Un des atouts de la crise, sur le plan intellectuel, a été de faire voler en éclats ce concept de BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), qui réunissait quatre pays très différents. Ceux qui se tirent le mieux d’affaire pour l’instant, ce sont le Brésil et l’Inde, les deux démocraties. La Russie ne produit rien hors énergie et matières premières – pas même du papier, qui vient de Finlande, ou des médicaments, qui viennent d’Europe.

Comme du temps de l’URSS, seul le secteur militaire joue un rôle sérieux pour le développement des hautes technologies, avec l’exception aujourd’hui des nanotechnologies. Et pour ce qui est de la puissance, on voit surtout pour l’instant sa capacité de nuisance.

François Heisbourg. La Russie plonge de la façon la plus évidente. Les prévisions de la Banque mondiale ont fait passer la croissance russe prévue pour 2009 de + 3 % en novembre à – 4,5 % en mars, c’est-à-dire – 7,5 % de points de croissance en l’espace de quatre mois. C’est très impressionnant.

La crise est cependant d’origine trop récente pour pouvoir dire qui va s’en sortir le mieux. Je réserve mon jugement. Instinctivement, j’aurais tendance à dire que les démocraties brésilienne et indienne, du fait de leur nature politique, auront peut-être une résilience sociale et politique plus forte que la Chine et la Russie, mais je ne sais pas du tout comment cela va se comparer en termes de performance économique.

Quels sont les perdants évidents de la crise ?

François Heisbourg. Il y a trois types de perdants. La première catégorie, ce sont les petits pays très exposés, souvent situés dans des régions de tension stratégique, et qui ont joué un grand rôle dans l’organisation de la mondialisation : des pays extraordinairement divers, comme Singapour, Taïwan, Dubaï, l’Irlande, l’Islande, ou les petits pays de la nouvelle Europe…

La deuxième catégorie, ce sont les grands monoproducteurs peuplés : Russie, Iran, Venezuela. Nous savons d’expérience que, dans ce genre de situation, on peut être amené soit au compromis, soit à la radicalisation.

Dans le cas de l’Iran, je ne sais absolument pas où ira se caler le curseur. En ce qui concerne la Russie, les chances sont relativement bonnes que le grand dialogue stratégique avec les Etats-Unis puisse démarrer cette année. Je pense que Barack Obama a raison de vouloir tout faire pour amener la Russie à pencher du côté de la coopération plutôt que du côté de la radicalisation.

La troisième grande catégorie de perdants, ce sont les grands pays très peuplés qui étaient déjà très vulnérables avant : l’Egypte, avec une crise de succession larvée, ou l’Algérie, qui avait l’argent du pétrole mais n’avait pas d’emplois.

La notion de « rupture stratégique » est liée en grande partie aux effets de la mondialisation, fût-elle heureuse. Ces risques de rupture sont magnifiés dans une époque de mondialisation malheureuse.

Thérèse Delpech. Les gagnants et les perdants ? Tout dépend des critères retenus pour définir de bonnes conditions de redémarrage. A mon avis, les mieux placés seront ceux qui privilégieront la formation, l’innovation, une main-d’oeuvre flexible, la mobilité du capital, une économie diversifiée, et… les pays où la confiance jouera un rôle moteur…

Où se situe un pays comme la Russie dans cette liste ? Très mal sur la diversification, la présence massive de l’Etat dans le secteur industriel en fait une économie peu flexible, et sa démographie déclinante ne porte pas à voir l’avenir avec confiance.

Où se situe la Chine ? Pas très bien non plus : l’innovation y est marginale, la pollution maximale, les désordres sociaux potentiels innombrables et la place de l’Etat excessive.

L’Iran ? L’essentiel se jouera sur le dossier nucléaire : Téhéran pourrait avoir à choisir entre son avenir et son programme nucléaire, comme le Pakistan entre son avenir et une rupture claire de ses autorités politiques et de ses services secrets avec les islamistes. Sans négliger l’importance des phénomènes économiques, je crois surtout à la politique comme instance décisive des mutations en cours.

François Heisbourg. Dans le cas de l’Iran, la crise est ce qui donne aux sanctions officielles de l’ONU et aux sanctions financières leur mordant. Je ne sais pas si cela conduira à une radicalisation ou à une issue plus bénigne.

Pour l’Arabie saoudite, la crise de succession est déjà là.

J’ajouterai l’Irak à la liste des dangers. Les besoins budgétaires de l’Irak sont deux fois supérieurs à ce que sont ses revenus, sur une toile de fond de grande fragilité politique.

La crise économique et financière au Pakistan depuis l’automne est extrêmement grave. Elle a pu être en partie stabilisée grâce aux mesures d’urgence du FMI.

Quel regard portez-vous sur l’administration Obama ?

Thérèse Delpech. Cette nouvelle administration et ce nouveau président bénéficient d’une énorme popularité, dont les Etats-Unis doivent tirer parti. Mais ils sont très occupés par l’économie, et pour la première puissance mondiale – car c’est toujours la place de l’Amérique -, les affaires stratégiques peuvent amener des surprises. Certes, Barack Obama sera sans doute jugé dans quatre ans par les Américains sur la façon dont il aura ou non tiré le pays d’une crise qui a déjà produit le plus fort taux de chômage depuis un quart de siècle, mais les erreurs stratégiques éventuelles seront elles aussi payées très cher.

Par exemple, en dehors de l’Afghanistan, pour lequel les décisions annoncées paraissent raisonnables (à l’exception des milliards à nouveau investis au Pakistan), la première décision du président américain a porté sur de nouvelles négociations avec les Russes. Je n’ai évidemment rien contre le principe de telles négociations, mais il faut reconnaître que c’est un domaine où l’intérêt de Moscou est beaucoup plus clair que celui de Washington. La Russie veut contraindre les développements américains dans tout un ensemble de domaines – offensifs et défensifs -, tandis que l’administration cherche surtout à améliorer « l’atmosphère » avec Moscou, ce qui n’est pas une stratégie.

Or, comme le disait Henry Kissinger, les accords liés au contrôle des armes nucléaires n’ont pas grand-chose à voir avec le contrôle ou avec les armes nucléaires, mais ils ont un rapport étroit avec la stratégie. Les négociateurs russes sont mieux préparés de ce point de vue que leurs homologues américains.

En revanche, sur des questions où les intérêts de Washington – et les nôtres – sont clairs : prévenir l’avènement d’un Iran nucléaire, contrôler les crises au Moyen-Orient, empêcher les Russes de se lancer dans de nouvelles aventures à leur périphérie, on ne voit toujours pas ce que fera Barack Obama. Pas davantage d’ailleurs sur la Corée du Nord.

François Heisbourg. Obama et son équipe souffrent d’un mal très classique aux Etats-Unis : lorsqu’un problème ne se pose plus dans l’immédiat, on cesse de nourrir l’expertise. C’est ce qui est arrivé pendant les années 1990 sur l’Afghanistan. Il est arrivé la même chose pour les négociations stratégiques avec la Russie.

Mais je ne suis pas sûr que les Américains cesseront de vouloir bouger dans le domaine stratégique, sans pour autant être aventureux en la matière, du fait de la crise. La politique étrangère, en période de crise, peut-être encore plus qu’en période ordinaire, est toujours un sujet de grande satisfaction pour un président. Dans un système présidentiel à l’américaine, comme dans le système présidentiel à la française.

On n’assiste pas exactement en ce moment à une baisse d’activisme de la part d’Obama et de son équipe par rapport aux grands dossiers de politique étrangère. On n’a pas du tout l’impression d’un président américain qui a l’intention de laisser la crise l’empêcher de retirer les satisfactions que l’on peut avoir quand on a les pouvoirs d’un président américain en politique étrangère et de sécurité. Reste à voir si cette politique sera bonne ou mauvaise.

Thérèse Delpech. L’essai balistique nord-coréen, quelques heures avant le discours de Barack Obama à Prague sur le désarmement (dimanche 5 avril), est un retour du principe de réalité, bien compris comme tel par le président des Etats-Unis. C’est ce principe qui doit guider les bonnes politiques.

Thérèse Delpech est directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique (CEA).
Dernier ouvrage paru : « L’Ensauvagement : le retour de la barbarie au XXIe siècle » (Hachette, 2007).

François Heisbourg est directeur de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres.
Dernier ouvrage paru : « Après Al-Qaida, la nouvelle génération du terrorisme » (Stock, 2009).

Propos recueillis par Alain Frachon et Rémy Ourdan

Voir aussi:

RELATIONS INTERNATIONALES
Les think tanks français massacrés dans un classement américain
Jean Guisnel
Défense Ouverte
Le Point
le 21/05/2009

En matière d’analyse stratégique et de réflexion sur les relations internationales, les centres d’études (think tanks) parisiens sont quasiment ignorés par une étude américaine classant les organismes de recherche internationaux. Très américano-centrée, mais cela peut se comprendre tant les think tanks américains tiennent le haut du pavé, cette étude de 53 pages titrée The Global Go-To Think Tanks , est passée inaperçue en France, alors qu’elle est assez instructive. Moins sur la réelle qualité des instituts français, sans doute, que sur la perception que l’on peut en avoir à Washington certes, mais pas seulement. Car le classement établi par le chercheur James McGann est basé sur une enquête mondiale auprès des différents instituts, chacun notant les collègues.

A ce petit jeu, les instituts français sont extrêmement mal classés. Parmi les 407 think tanks considérés comme les plus influents internationalement (sur un nombre total de 5465), seuls neuf sont installées en France : le CEAN (Centre d’études sur l’Afrique noire), dont la home page est squattée depuis des semaines par un tract , l’IES ( Institut d’études de sécurité de l’Union européenne ), la FRS ( Fondation pour la recherche stratégique ), l’IFRI ( Institut français des relations internationales ), le CEPII ( Centre d’étude et de recherche en économie internationale ), l’IRIS ( Institut des relations internationales et stratégiques ), l’IES ( Institute for Economic Studies Europe ), l’ Institut Montaigne , et la Fondation pour l’innovation politique .

Pertinence des think tanks français discutée

Quantitativement, les think tanks français sont à la remorque. Notamment du Royaume Uni, qui compte 263 instituts, mais aussi de l’Allemagne (186). Paris n’est pas répertoriée parmi les villes constituant des carrefours continentaux, puisque seules Berlin, Londres et Bruxelles sont citées en Europe. Dans les dix premiers think tanks spécialisés dans les relations internationales, l’IFRI sauve l’honneur français, mais de justesse, en étant classé à la dixième place. Mais aucun organisme français ne figure dans les tablettes dans les domaines pourtant importants que sont le développement international, la politique de santé, l’environnement, l’économie internationale, ou la politique sociale. Tandis que – sur les cinquante premiers toutes catégories confondues- l’IRIS et l’Institut Montaigne pointent au quarante-septième et quarante-huitième places…

Dans une note destinée au ministre des affaires étrangères, que Le Point a pu lire, le centre d’analyse et de prévision du quai d’Orsay livre des commentaires cruels sur les think tanks français, accusés à peu de choses près de faire dans le provincialisme hexagonal : « fonctionnant davantage comme des cercles de réflexion, leur influence reste cantonnée à la formulation d’idées pour les courants politiques locaux. Ces organismes n’interviennent que très marginalement dans le processus de décision concernant les questions internationales ».

Critiquant « la certitude, en France, que l’institutionnalisation de l’expertise, de même que son financement, est du ressort de l’autorité étatique », la note souligne que les think tanks français « tendent parfois à confondre le travail de synthèse ou de reformulation avec la véritable recherche ». Et d’ajouter : « le risque est que, dans la mesure ou nombre de ces organismes ne proposent pas d’alternatives nouvelles aux idées que formulent les experts de l’administration, ils perdent de leur pertinence et que leur plus-value intellectuelle sur le marché mondial des idées ne soit pas suffisamment reconnue ». C’est sévère. Est-ce juste ?

Voir enfin:
Obama’s Foreign Policy Disasters
Jamie Glazov
FrontPageMagazine
May 13, 2009

FP: Victor Davis Hanson, welcome to Frontpage Interview.

What report card would you give the Obama administration in terms of foreign policy right now? Why?

Hanson: An Incomplete that at the present rate will turn into a D/F if he is not careful.

Obama has confused a number of issues: intractable problems like North Korea, Iran, Pakistan, Venezuela, Cuba, Russia, Islamic terrorism, etc. both pre- and post-dated George Bush; they present only bad and worse choices, and are predicated on different agendas of authoritarians that hinge on whether the United States can or cannot deter their regional megalomaniac dreams.

In the long-term, Obama’s nontraditional heritage and charisma make little difference; on the other hand, serial apologies, « Bush did it », the « reset button » ad nauseam, trumpeting the « I was only (fill in the blank) when that happened » etc. have a brief shelf life, and achieve only a transitory buzz, similar to a Bono-celebrity tour.

He needs to cut out the messianic style, and realize that millions of brave souls, who invest at great danger in democracy, freedom, open markets, etc. around the world, count on an American President for moral support and guidance against a bullying Russia, Iranian-backed Hezbollah, Chavez’s thugs, Castro jailers, et al.

When they see Obama’s moral equivalence, they realize they are on their own and must cut their own deals to survive — understanding that multicultural trendiness is now a cynical cover for moral laxity and ‘can’t we all get along?’ appeasement. So by all means smile and shake hands, but don’t confuse that for tough diplomacy or protecting American global interests. Increasing the Bush billion-dollar deficit to $1.7 trillion, with another $9 trillion in additional aggregate debt will very soon curtail American options abroad, and our enemies are now waiting for opportune moments for exploitation.

FP: What danger does Putin’s regime pose to the West? What is your recommendation in terms of U.S. policy toward Putin? What mistakes has the new administration made so far in that department? For instance, in terms of the reset button fiasco, it means that the Obama team doesn’t even have a sound translator on hand. This is real grounds for worry, yes?

Hanson: We have three or four broad aims at this juncture: one, to ensure that former Soviet republics, which on their free accord sought integration with the West — the Baltic Republics, Ukraine, Georgia, etc. — are not forced back into a Russian Empire against their will; that Eastern European states remain autonomous and free to protect themselves from Iranian nuclear blackmail should they wish anti-ballistic missile protection; that Russia understands that there will be consequences if its technology ensures an Iranian bomb; and that Europe has assurances of support should Russia engage in energy blackmail — or worse.

Putin et al. know that their brinksmanship agendas were not predicated on Bush’s smoke ’em out lingo; so to suggest Bush’s tough talk, even if gratuitous in the first team, created crises where they otherwise did not exist, is absurd. Ms. Clinton — completely marginalized so far by Obama’s obsessive need to bask in the pop-star limelight abroad — should know that. She has competent advisors; I cannot believe they really fall for the campaign mode nonsense that their sensitivity and diplomatic adroitness ipsis factis will translate into either friendship or better Russian behavior.

FP: The Obama administration apparently is set to give 900 million to Hamas. In other words, they want to give money to the Palestinian Nazi Party. What do you make of this? What must Obama do toward Hamas, the Iranian-backed Hezbollah, etc? Do you think he will do it and/or is he even capable or cognizant of what is actually going on and what is at stake?

Hanson: I am very worried. Israel I think is alone now. The failed Freeman appointment, the historically puerile Al Arabiya interview (cf. e.g., Obama’s praise of the good ole days, some thirty years ago, when Sadat was murdered, Khomeini took over, Saddam was flexing his muscles, Americans were routinely murdered, etc.), the Samantha Power appointment, the ‘outreach’ to Syria, the video for Iran, the Gaza/Hamas rebuilding, the tough behind-the-scenes lectures to Israel — all this bodes ill.

Does Team Obama really believe that a murderous autocratic cabal like Hamas is merely different from a democratic constitutional republic like Israel? At best we have naiveté at the helm (Obama thinks he can mesmerize misunderstood killers), at worst, a genuine feeling that Israel is an aggressive, Western imperialist power exploiting indigenous people of color who simply wish to be free — in other words, the Rev. Wright-Bill Ayers-Rashid Khalidi view of the Middle East.

FP: What did you make of Obama’s Chavez meeting and his new disposition toward Latin America? Perhaps it is time to try something new?

Hanson: Not really. We stand for open markets, free trade, personal freedom, human rights, and consensual government. Others like Castro, Morales, Chavez, and Ortega simply don’t. Why would anyone any more believe these thugs, who justify their lust for power by the age-old mantra of « we suffer for the people, » as they try to engineer an equality of result — through any means necessary, with all power and prestige going to themselves?

They will say anything to blame a successful U.S., to rationalize the self-inflicted misery and failure of Latin America. Shaking Chavez’s hand is a minor lapse if that; but in aggregate, the continuance of the glad-handing, trashing the U.S., showcasing his racial solidarity, listening to Ortega’s rant, photo-oping with thugs — all that does two things abroad: first, it undercuts brave democrats in places like Columbia and elsewhere in Central America; two, it sends a message to fence-sitters in more important states like Peru, Brazil, Chile, etc. that authoritarian socialism, not free-market democracy, is now the wave of the future, and so they better get with the new neighborhood — or else!

FP: What do you think is the greatest threat right now facing the U.S. , Israel and the West?

Hanson: We have three: one, we have mortgaged our options to the Chinese and other debt holders. By going into $20 trillion in aggregate debt we will cut our military, pull back, dress it up with utopian rhetoric, and cede huge areas of the globe over to regional autocracies.

Second, some are already prepping for the Iranian catastrophe to come, by talking of « containing » Iran, as if we have given up on embargoing, blockading, and other more severe 11th hour measures to stop a Khomeinist nuke. Once that happens the Arab-Sunni states will rush to get a bomb, Israel will be periodically blackmailed as Hamas, Hezbollah, etc will be given Iranian nuclear assurance (acting deranged with your finger on the trigger is smart in nuclear poker). Add in al Qaeda that thinks there are now new rules in Washington that can be tested — and you have a recipe for a dangerous world. We seem to think that not being attacked since 9/11 was some sort of natural occurrence, or perhaps yet another government ensured entitlement.

FP: Victor Hanson, thank you for joining us in these tough times.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :