Tiananmen/20e: Massacre? Quel massacre? (Real architect of China’s economic miracle reaches out from the grave to lash out at Tiananmen’s butchers)

Execution (Yue Minjun)Un gouvernement qui n’est pas responsable face à son propre peuple ne peut être responsable face au reste du monde. (…) Ne pas vouloir offenser la Chine signifie qu’ils ne peuvent pas aider la Chine, ne peuvent pas aider le peuple chinois à jouir de ses droits et ne peuvent pas aider la communauté internationale à intégrer un membre fiable, stable et pacifique. Cela n’est pas une bonne chose. Si le monde est indifférent, il porte une grande part de la responsabilité. Bao Tong (ami personnel de Zhao Ziyang)
Tant que le parti ne reverra pas son jugement sur le 4 juin, et ne reconnaîtra pas que c’était un mouvement patriotique et démocratique, la démocratie ne pourra pas avancer ici. Cela veut dire que tout ce qu’ils nous racontent sur la démocratie en marche et les droits de l’Homme ne sont que mensonges. Qi Zhiyong (ancien étudiant ayant perdu une jambe sous les balles le 4 juin)
Jusqu’à présent la communauté internationale (…) a adopté une politique d’apaisement à l’égard du gouvernement chinois. Ding Zilin (Mère d’une des victimes du 4 juin)
Nous les démocrates chinois, nous sommes comme les Juifs dans l’Allemagne Nazie. Pourquoi les Occidentaux ne viennent pas à notre secours est un grand mystère. Lorsque nous aurons tous été exterminés, vous aurez honte de votre passivité. Vous vous demanderez pourquoi vous ne nous aviez pas vu disparaître? Liu Xia (épouse du dissident emprisonné Liu Xiaobo)
Il a été l’homme qui, lorsque le pouvoir absolu est devenu fou, a sonné la cloche de la compassion et de la raison. Bao Tong (ancien secrétaire particulier de Zhao Ziyang)
J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants. (…) En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. Zhao Ziyang
A la lecture du compte rendu sans fioritures et prétentions de Zhao concernant sa propre gestion à la tête du Parti, il devient évident que c’était lui plutôt que Deng qui était l’architecte réel des réformes. Roderick MacFarquhar (historien de Harvard et préfacier des mémoires de Zhao)
Tout se passe comme si les intérêts économiques prévalaient sur la solidarité élémentaire avec ceux qui souffrent du manque de liberté. Vaclav Havel

Au moment même où après la brouille vite oubliée de l’an dernier sur le dalai lama, l’Europe à la mémoire courte « célèbre ses retrouvailles » à Prague avec les bouchers de Tiananmen …

Et où, à trois semaines du XXe anniversaire du massacre du 4 juin, les quelque peu nerveux dits bouchers commencent déjà à interpeller ou harasser les dissidents, anciens et actuels …

Retour sur les mensonges de « la version officielle d’un complot « contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d’une ‘bande de gangsters’  » .…

Avec la sortie des mémoires posthumes (et enregistrés secrètement) de Zhao, l’ancien numéro un du Parti communiste décédé il y a quatre ans et véritable auteur du miracle économique chinois qui s’était alors opposé à la répression du mouvement étudiant et l’avait payé au prix fort, finissant sa vie en résidence surveillée …

Tiananmen : les émouvants Mémoires de Zhao Ziyang
Arnaud de La Grange
Le Figaro
15/05/2009

Du fond de sa tombe, Zhao Ziyang vient une fois de plus tirer la manche des dirigeants chinois. À trois semaines du XXe anniversaire de Tiananmen, l’annonce de la publication des Mémoires inédits du patron du Parti communiste évincé à l’époque est un joli lever de rideau. L’ancien numéro un du parti s’était opposé à la répression du mouvement étudiant de 1989.

L’histoire même de ces Mémoires est un roman. Après avoir été évincé de la direction communiste, Zhao avait été placé en résidence surveillée pendant quinze ans, jusqu’à sa mort à Pékin le 17 janvier 2005. Le livre est le fruit d’une trentaine d’heures d’enregistrement réalisé en secret, les cassettes étant ensuite transmises clandestinement à trois de ses proches et sorties aussi discrètement du pays. Le document va être publié ce mois-ci en anglais, sous le titre Prisonnier de l’État, par la maison d’édition Simon & Schuster. Pour la version chinoise, cela reste une affaire de famille. C’est le fils de Bao Tong, ancien bras droit de Zhao Ziyang, qui a passé sept ans en prison après 1989, qui va publier l’ouvrage à Hongkong.

Selon Bao Pu, qui dirige la maison d’édition New Century Press, Zhao n’avait pas laissé d’instructions mais voulait donner sa version des faits pour contester l’histoire officielle.

Témoigner pour l’histoire

De fait, Zhao Ziyang bat en brèche la version officielle d’un complot « contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d’une « bande de gangsters ». Dans son récit, on peut lire : « J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. »

Après d’âpres débats et autant d’atermoiements, tout se joue le 18 mai, quand est prise la décision d’imposer la loi martiale. Zhao s’y refuse. « Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants », écrit-il.

La suite se lit sur un film émouvant. On se souvient de ces incroyables images où l’on voit Zhao Ziyang descendre au-devant des étudiants sur la place Tiananmen le soir du 19 mai 1989. Il les exhorte à rentrer chez eux, s’excuse, devant les caméras. « Nous sommes venus trop tard », finit-il par lâcher, les larmes aux yeux. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le dirigeant réformiste vit le drame au plus près. « J’étais assis dans la cour de la maison avec ma famille, lorsque j’ai entendu des tirs nourris, raconte-t-il. Cette tragédie qui allait bouleverser le monde n’avait pu être évitée. »

Mais Zhao ne témoigne pas seulement pour l’histoire. Il voulait aussi passer son message pour l’avenir chinois, celui d’une transition progressive vers une démocratie à l’occidentale. « En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité, avance-t-il. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. » À plusieurs reprises cette année, des responsables chinois ont affirmé que cette évolution vers les pervers systèmes politiques occidentaux était hors sujet.

Les Mémoires de Zhao ont donc toutes les chances de circuler sous le manteau en Chine. Sans faire sans doute un best-seller clandestin, tant le gommage officiel de ces événements dans l’histoire apprise par les jeunes générations a été efficace.

Voir aussi:

Tiananmen: le brûlot posthume de Zhao Ziyang
Brice Pedroletti
Le Monde
16.05.09
Pékin Correspondance

Ce sont trente heures de monologues enregistrées en secret sur de vieilles cassettes audio pour enfants alors qu’il était en résidence surveillée, au début des années 2000. Les Mémoires posthumes de Zhao Ziyang, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, écarté du pouvoir lors des événements de Tiananmen – survenus en mai 1989, et que le gouvernement veut faire oublier – et mort en 2005, constituent un véritable brûlot politique.

L’ouvrage, Prisoner of the State : the Secret Journal of Zhao Ziyang (« Prisonnier de l’Etat : le journal secret de Zhao Ziyang »), a été mis en vente à Hongkong, en anglais, il y a quelques jours, en avant-première de sa sortie, mardi 19 mai, dans le reste du monde (Simon & Schuster éd.). Personne ne s’attendait à cette charge, à moins d’une semaine des vingt ans du massacre de Tiananmen, le 4 juin.

 » C’est très important, c’est la première fois qu’on a la version directe d’un acteur fondamental de ces événements. On n’avait jamais vu un dirigeant communiste chinois raconter de manière aussi directe ce qui s’est passé au sein du pouvoir, et parler aussi librement de ses collègues », réagit au téléphone, depuis Hongkong, Jean-Philippe Béja, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) et spécialiste du mouvement démocratique chinois. L’ancien bras droit de Zhao Ziyang, Bao Tong, encore très surveillé à Pékin, a aidé à rassembler les éléments disséminés par Zhao Ziyang. Son fils Bao Pu est l’un des traducteurs de l’ouvrage à Hongkong.

Des internautes chinois ont, selon la presse hongkongaise, téléchargé des extraits sonores des paroles de l’ancien dirigeant, très peu connu des jeunes générations. Le livre écorne sérieusement le mythe de Deng Xiaoping (dirigeant de 1976 à 1997) comme architecte des réformes. Il fustige la lâcheté et l’incompétence de Li Peng et de Jiang Zemin, les partisans de la ligne dure et successeurs de Zhao Ziyang, et se termine sur un appel à l’instauration d’une démocratie parlementaire en Chine. Cela n’a pas encore suscité de réaction officielle en République populaire, où toute mention de l’ex-secrétaire général est taboue. Mais l’ouvrage renforce la lutte des acteurs, persécutés mais non moins actifs, du mouvement démocratique qui réclament une réforme du système politique.

Partisan d’un dialogue avec les étudiants dont les revendications étaient pour lui légitimes, Zhao Ziyang raconte les manoeuvres de Li Peng pour faire publier, en son absence, dans le Quotidien du peuple, le fameux éditorial du 26 avril, étiquetant comme  » troubles antiparti et antisocialistes » les rassemblements pacifiques sur la place Tiananmen. Un éditorial qui radicalisera les manifestants.

Le 17 mai, invité à se rendre chez Deng Xiaoping, Zhao Ziyang, alors numéro un du parti, découvre que celui-ci a rassemblé les membres du comité permanent du bureau politique. Le patriarche décidera de l’application de la loi martiale, qui ne fait même pas l’objet d’un vote, en violation des procédures internes du parti. « Ma mission historique était, semble-t-il, terminée… Je me suis dit alors que, quoi qu’il arriverait, je ne serais pas le secrétaire général qui donnerait l’ordre à l’armée de mener l’assaut contre les étudiants », écrit M. Zhao.

Les détails des luttes entre les factions réformistes et conservatrices autour de Deng Xiaoping lors des événements de 1989 avaient en grande partie été dévoilés par les documents officiels secrets exfiltrés à l’étranger et rassemblés dans l’ouvrage Tiananmen Papers (Les Archives de Tiananmen) par un mystérieux compilateur se faisant appelé Zhang Liang, en 2001. Les Mémoires de Zhao Ziyang les confirment.

« A part le fait qu’il n’y a pas eu de vote le 17 mai – ce qui de toute façon était déjà en soi une violation des procédures -, on retrouve le déroulement des événements au sein du parti. Ce qui va plus loin, c’est de voir confirmé combien Deng Xiaoping avait très peur de tout ce qui est réforme politique, et qu’il avait une sainte horreur de la libération bourgeoise. Alors qu’avait été longtemps véhiculée la thèse selon laquelle Deng avait été trompé par Li Peng et les conservateurs, et qu’il avait agi à cause de ça… », explique M. Béja, qui a préfacé et traduit en français Les Archives de Tiananmen.

Dans le récit qu’il fait de la période de l’ouverture économique, Zhao Ziyang, qui lança les premières réformes sur le terrain au Sichuan avant d’être nommé premier ministre par Deng Xiaoping en 1980, déboulonne le mythe du « petit timonier » comme architecte des réformes économiques. Même s’il reconnaît que celles-ci n’auraient pas pu se faire sans lui, Deng Xiaoping y apparaît comme un « parrain », arbitre des différentes tendances au sein du parti, alors que c’est Zhao Ziyang qui impulse la décollectivisation et met en place les réformes-clés de conversion à l’économie de marché.

Il fustige les manigances d’officiels aujourd’hui couronnés pour leur prétendue contribution au développement économique, alors qu’ils ont tout fait pour le contrer. Expédié aux oubliettes de l’histoire officielle, l’ancien numéro un du parti fait résonner, dans le silence assourdissant qui entoure aujourd’hui la question des réformes politiques en Chine, ses réflexions sur la démocratie et l’impérieuse nécessité pour Pékin de mettre en place une « démocratie parlementaire » s’il souhaite « maintenir une économie de marché saine ». Sans quoi, la Chine se retrouvera confrontée, comme les autres pays en développement, à « la commercialisation du pouvoir, à une corruption rampante, et à une polarisation de la société entre les riches et les pauvres ».

4 commentaires pour Tiananmen/20e: Massacre? Quel massacre? (Real architect of China’s economic miracle reaches out from the grave to lash out at Tiananmen’s butchers)

  1. […] envers ledit Poutine, déroule à nouveau le tapis rouge pour les bouchers toujours impunis de Tiananmen […]

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  2. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    In 1989, pro-democracy protests took place not just in Beijing but in cities across China, and they too were savagely suppressed

    On June 4, 1989, China’s Communist Party unleashed the People’s Liberation Army on protesters camped in and around Beijing’s Tiananmen Square to quell a seven-week-long pro-democracy movement. In one of the nation’s bloodiest crackdowns, hundreds, if not thousands, of people were killed in what today is simply called “Tiananmen.”

    But while Beijing was the best-known and, in the end, deadliest protest, it was only one of many similar protests that stretched across China. Sizable occupations were held in around 20 cities and they too were brutally suppressed.

    http://time.com/3908456/tiananmen-massacre-china-chengdu-june-4-1989/

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