
Il est stupéfiant de voir à quel point cette haine qu’on croyait maudite redevient audible, discoureuse, revendicatrice, publiquement, avec quels accents de vertu indignée elle s’étale sur les plateaux de télévision, drapée dans des sophismes grotesques, misérablement déguisée sous un habillage sémantique grossier, et paraissant pourtant toute fraîche, innocente, bonne à entendre. La haine des juifs, aujourd’hui, ça se discute. Adrien Barrot
Un « Etat juif, c’est quoi, ça? Vous pouvez vous faire appeler comme ça vous plaît, mais moi je ne l’accepte pas et je le dis publiquement. Mahmoud Abbas (président de l’Autorité palestinienne et accessoirement auteur d’une thèse négationniste, 27 avril 2009)
Mais je n’imaginais pas que le petit Jésus était né derrière un mur en béton sous un mirador! », s’exclame Benoît XVI de retour de son voyage en Israël et en Cisjordanie. Caricature de Kroll (Le Soir, 16.5.2009)
J’ai cherché à combattre les stéréotypes des congressmen. Je leur ai expliqué que les souffrances des chrétiens de Palestine viennent non pas de leurs frères musulmans mais de l’occupation israélienne. La voix de l’Eglise doit être la voix de la vérité. (…) « Je me suis dit que je devais protéger mes paroissiens, dit-il en évoquant l’exode croissant des Palestiniens chrétiens vers l’étranger. Sinon, à ce rythme, les pierres vivantes auront disparu de Terre sainte. Firas Aridah (prêtre d’Aboud, Cisjordanie)
Mort à Israël. Yousouf Fofana
Le racisme et le colonialisme israéliens ne tiennent pas à la nature d’une majorité gouvernementale; ils sont le fondement même d’un Etat qui se définit non par référence à une nation, mais à une religion et à une ethnie particulières ; un Etat qui affirme, sur base de légendes poussiéreuses, le droit de « son » peuple à l’appropriation exclusive d’une terre pourtant déjà habitée et exploitée par d’autres populations. Nico Hirtt (intellectuel belge)
De nos jours en Europe, où la seule émotion qu’il est permis à un Juif d’éprouver est la honte, même l’art est instrumentalisé pour inverser la vérité à des fins de propagande. Martin Solomon
Les ennemis d’Israël ont beau jurer aux grands dieux qu’ils ne sont pas antisémites – ce qui reste à prouver -, le fait est qu’une atmosphère anti-israélienne, qui prend de plus en plus d’ampleur en Europe, permet, dans son sillon, de véhiculer des images qui ne salissent pas seulement l’Etat d’Israël, mais les Juifs en général. Une fois que la porte de la haine est ouverte, entre qui veut, même ceux qui nourrissent la haine de soi. Shraga Blum
En cette première visite du nouveau premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à la Maison blanche du premier président multiculturel Barack Hussein Obama pour un probablement énième ballet diplomatique …
Au lendemain d’une visite papale en Israël (pardon: en Palestine) orchestrée pour dénoncer la « prison à ciel ouvert « que les sionistes imposent aux pauvres Palestiniens (imaginez la même visite de l’Espagne devant le « mur de la honte » de Ceita ou des Etats-Unis devant celui de leur frontière mexicaine!) et à laquelle, sans jamais prendre la peine d’expliquer la raison de ladite barrière de sécurité (les attentats-suicides réguliers des années 80 et 90 dans les pizzerias et boites de nuit israéliennes) nos belles âmes des médias se sont empressées d’ajouter le « calvaire » (Le Monde dixit !) des chrétiens de Palestine …
A l’heure où, après 60 ans de guerre quasi-permanente, une Ligue arabe qui n’y croit pas en fait elle-même n’a à proposer aux Israéliens en guise de paix que de les noyer sous un retour massif de réfugiés égal en nombre à leur propre population, à l’instar du président de l’Autorité palestinienne et accessoirement auteur d’une thèse négationniste qui conteste la possibilité même d’un Etat juif …
Et où dans un décoiffant remake du Samson et Dalila de Saint-Saens à l’opéra d’Anvers et entre un viol de Palestinienne par un Juif religieux et un meurtre d’enfant palestinien par des soldats de Tsahal (merci philosémitisme), deux Israéliens, transforment les Hébreux en Palestiniens, les Philistins en Israéliens et Samson en terroriste-suicide …
Pendant qu’un récent sondage confirme la place de choix que continue à avoir l’Etat israélien dans le cœur des Européens (34, 27, et 23% respectivement pour la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne contre 58% et 56% pour l’Inde et les Etats-Unis ou 52 et 50% pour la Russie et la Chine !) …
Et que nos marchands de tapis nationaux et nos idiots utiles nous répètent à l’envi qu’ « il ne faut pas avoir peur des mollahs car ils sont à la fois des Perses entourés d’une ‘mer d’Arabes’ et des Chiites entourés ‘d’un océan de Sunnites’ « …
Retour sur une excellente tribune de Jeffrey Goldberg dans le NYT qui a le mérite de rappeler, derrière les pressions montantes contre les « colonies » israéliennes (voire, pendant qu’on y est, l’arsenal nucléaire de tsahal!) de la communauté internationale (qui nous a donné la récente pantalonnade de Durban II) et du munichois en chef de la Maison Blanche, la réalité de la menace existentielle que ferait peser sur Israël une bombe iranienne.
Non nécessairement directement mais indirectement par le parapluie nucléaire que celle-ci pourrait constituer pour ses supplétifs à ses frontières nord et sud (le Hezbollah et le Hamas) qui, sous la menace continuelle de leurs bombardements, pourraient paralyser et à terme vider progressivement le Négueb comme la Galilé de leur population.
Mais aussi encourager les terroristes islamiques à étendre le pogrom à la totalité de la planète …
Israel’s Fears, Amalek’s Arsenal
Jeffrey Goldberg
The New York Times
May 17, 2009
WHEN the Israeli prime minister, Benjamin Netanyahu, visits the White House on Monday for his first stage-setting visit, he will carry with him an agenda that clashes insistently with that of President Obama. Mr. Obama wants Mr. Netanyahu to endorse the creation of a Palestinian state. Mr. Netanyahu wants something else entirely: the president’s agreement that Iran must be prevented from acquiring nuclear weapons.
Mr. Netanyahu, in his first term as prime minister in the late 1990s, earned a reputation for conspicuous insincerity. It is therefore possible to interpret his fixation on Iran — he told me in a recent conversation that it is ruled by a “messianic apocalyptic cult” — as a way of avoiding the mare’s nest of problems associated with the Middle East peace process, especially the escalating pressure from the Obama administration to curb Jewish settlement on the West Bank.
This reading of Mr. Netanyahu holds that he is, at bottom, a cynic (or, if you agree with him, a pragmatist), who will bluff vigorously but bend whenever he thinks it expedient or unavoidable. In his first term, he betrayed the principles of the Greater Israel movement by relinquishing part of Judaism’s second-holiest city, Hebron, to the control of Yasir Arafat. His pragmatism evinces itself, as well, in his apparent belief that the relationship between Israel and Washington is sacrosanct. In other words, Mr. Netanyahu, despite his rhetoric, would never launch a strike on Iran without the permission of Mr. Obama — permission that in no way appears forthcoming.
But this is to misread both the prime minister and this moment in Jewish history. It is true that Mr. Netanyahu would prefer to avoid hard decisions concerning the Palestinian issue, for reasons both political (he is not, let us say, sympathetic to the cause of Palestinian self-determination) and strategic (he believes the Palestinians, divided and dysfunctional, their extremists firmly in the Iranian camp, are unready for compromise).
Nevertheless, the prime minister’s preoccupation with the Iranian nuclear program seems sincere and deeply felt. I recently asked one of his advisers to gauge for me the depth of Mr. Netanyahu’s anxiety about Iran. His answer: “Think Amalek.”
“Amalek,” in essence, is Hebrew for “existential threat.” Tradition holds that the Amalekites are the undying enemy of the Jews. They appear in Deuteronomy, attacking the rear columns of the Israelites on their escape from Egypt. The rabbis teach that successive generations of Jews have been forced to confront the Amalekites: Nebuchadnezzar, the Crusaders, Torquemada, Hitler and Stalin are all manifestations of Amalek’s malevolent spirit.
If Iran’s nuclear program is, metaphorically, Amalek’s arsenal, then an Israeli prime minister is bound by Jewish history to seek its destruction, regardless of what his allies think. In our recent conversation, Mr. Netanyahu avoided metaphysics and biblical exegesis, but said that Iran’s desire for nuclear weapons represented a “hinge of history.”
“Iran has threatened to annihilate a state,” he said. “In historical terms, this is an astounding thing. It’s a monumental outrage that goes effectively unchallenged in the court of public opinion. Sure, there are perfunctory condemnations, but there’s no j’accuse — there’s no shock.” He argued that one lesson of history is that “bad things tend to get worse if they’re not challenged early.” He went on, “Iranian leaders talk about Israel’s destruction or disappearance while simultaneously creating weapons to ensure its disappearance.”
Mr. Netanyahu doesn’t believe that Iran would necessarily launch a nuclear-tipped missile at Tel Aviv. He argues instead that Iran could bring about the eventual end of Israel simply by possessing such weaponry. “Iran’s militant proxies would be able to fire rockets and engage in other terror activities while enjoying a nuclear umbrella,” he said. This could lead to the depopulation of the Negev and the Galilee, both of which have already endured sustained rocket attacks by Hamas and Hezbollah.
More broadly, he said, a nuclear Iran “would embolden Islamic militants far and wide, on many continents, who would believe that this is a providential sign, that this fanaticism is on the ultimate road to triumph.”
To understand why Mr. Netanyahu sees Iran as a new Amalek, it is essential to understand two aspects of his intellectual and emotional development: The scholarship of his father, and the martyrdom of his older brother.
His father, Benzion Netanyahu, 99, is a pre-eminent historian of Spanish Jewry. “The Origins of the Inquisition in 15th-Century Spain,” his most notable book, toppled previously held understandings of the Inquisition’s birth.
Over more than 1,300 pages, Benzion Netanyahu argued that Spanish hatred of Jews was not merely theologically motivated but based in race hatred (the Spanish pursued the principle of limpieza de sangre, or the purity of blood) that reached back to the ancient world.
The elder Netanyahu also argued that efforts by the Jews of Spain to accommodate their adversaries were futile, in part because the charges against them were devoid of logic or fact, and, perhaps most important, because the written or spoken expression of Jew hatred (his preferred term for anti-Semitism) inevitably led to physical persecution. “What emerges from our survey,” he wrote, “is that the Spanish Inquisition was by no means the result of a fortuitous concourse of circumstances and events. It was the product of a movement that called for its creation and labored for decades to bring it about.”
A close reading of Benzion Netanyahu suggests a belief that anti-Semitism is a sui generis hatred, one that is shape-shifting, impervious to logic and eternal. The only rational response to such sentiment, in the Netanyahu view, is militant Jewish self-defense.
Benjamin Netanyahu and his two brothers were raised in a home darkened by the history of the Inquisition, and they were taught Benzion’s understanding of the consequences of Jewish weakness. In his 1993 book, “A Place Among the Nations,” Benjamin Netanyahu wrote about what he saw as one of the miracles of the Zionist revolution: “The entire world is witnessing the historical transformation of the Jewish people from a condition of powerlessness to power, from a condition of being unable to meet the contingencies of a violent world to one in which the Jewish people is strong enough to pilot its own destiny.”
If his father provided Mr. Netanyahu with his historical framework, his brother Yonatan bequeathed on him the model of a Jew who devoted his spirit to the cause of his people’s survival. Yonatan, who was killed while leading the 1976 raid on the Entebbe airport in Uganda to free Israeli captives of Arab and German hijackers, is perhaps the most venerated figure in the post-Warsaw Ghetto Jewish martyrology, mainly because Entebbe still symbolizes the purest expression of the modern Jewish rejection of passivity.
Friends and advisers say Benjamin Netanyahu took three lessons from his brother’s death: The first is that those who threaten Jews, and have the means to carry out their threats, should be neutralized pre-emptively. The second is that no one will defend the Jews except the Jews themselves. The third is that destiny has chosen the Netanyahus to expose and battle anti-Semitism — before it reaches the point of genocide.
In his eulogy for Yonatan Netanyahu, Shimon Peres, then Israel’s defense minister, said: “There are times when the fate of an entire people rests on a handful of fighters and volunteers. They must secure the uprightness of our world in one short hour. In such moments, they have no one to ask, no one to turn to. The commanders on the spot determine the fate of the battle.”
BENJAMIN Netanyahu faces the daunting task of maintaining Israel’s relationship with the United States, while at the same time forestalling Iran’s nuclear program. If Iran gains nuclear capacity, Israel will have judged him a failure as prime minister; if he does serious damage to his country’s standing in Washington, he will have failed as well.
Mr. Netanyahu may be able to convince Mr. Obama that Iran poses an Amalek-sized threat to Israel, but he will have a much more difficult time convincing him that Iran poses an existential threat to America. It is certainly true that a nuclear Iran is not in the best interests of the United States. It would mean, among other things, the probable beginning of a nuclear arms race in the world’s most volatile region, and it would mean that the 30-year-struggle between America and Iran for domination of the Persian Gulf will be over, with Persia the victor. But the short-term costs, in particular, for an American strike — or an American-approved Israeli strike — could be appallingly high.
As the crisis worsens, Mr. Obama will find his options few, and those that exist will require him to bring to bear all his talents of persuasion. In his effort to engage Iran, he will need to promise a complete end to its international isolation in exchange for a halt to its nuclear program. But at the same time, he must be ready to threaten Iran with total estrangement from the West — the limiting of its gas imports, the choking-off of its banking system — if it continues its nuclear program.
To do this, he must convince Europe, China and Russia that a nuclear Iran will be catastrophic for Middle East stability as well as for their own economies. If he’s unwilling to take military action against Iran, President Obama might soon enough be forced to design a containment strategy meant to scare a nuclear Iran into something resembling quiescence.
Talk of containing Iran after it acquires a nuclear capacity, however, does not make the Israelis (or Iran’s Arab adversaries, for that matter) happy and, in fact, might push them closer to executing a military strike. The president, who has shown he understands the special dread Israelis feel about their precarious existence, surely knows this.
Last year, during his campaign, he told me, “I know that there are those who would argue that in some ways America has become a safe refuge for the Jewish people, but if you’ve gone through the Holocaust, then that does not offer the same sense of confidence and security as the idea that the Jewish people can take care of themselves no matter what happens.”
Mr. Netanyahu says he supports Mr. Obama’s plan to engage the Iranians. He also supports the tightening of sanctions on the regime, if engagement doesn’t work. But there should be little doubt that, by the end of this year, if no progress is made, Mr. Netanyahu will seriously consider attacking Iran. His military advisers tell me they believe an attack, even an attack conducted without American help or permission, would have a reasonably high chance of setting back the Iranian program for two to five years.
Around the world, this would be an extraordinarily unpopular step, but Mr. Netanyahu knows he would have much of the Israeli public behind him. Even the man who delivered the eulogy at his brother’s funeral, the far more dovish Shimon Peres, has assimilated the lessons Benzion taught his sons.
When I visited recently with Mr. Peres, who is now Israel’s president, I asked him if there is a chance that his country has over-learned the lessons of Jewish history. He answered, “If we have to make a mistake of overreaction or underreaction, I think I prefer the overreaction.”
Jeffrey Goldberg, a national correspondent for The Atlantic, is the author of “Prisoners: A Story of Friendship and Terror.”
Voir aussi:
C’est le sionisme qui mène à la guerre
Nico Hirtt
La Libre Belgique
le 25/07/2006
Irrationnelle, la politique du gouvernement israélien? Non, elle est conforme à la doctrine fondatrice d’Israël: le sionisme avec ses dérives de racisme et de colonialisme. Einstein avait raison.
« Si nous nous révélons incapables de parvenir à une cohabitation et à des accords honnêtes avec les Arabes, alors nous n’aurons strictement rien appris pendant nos deux mille années de souffrances et mériterons tout ce qui nous arrivera.» (Albert Einstein, lettre à Weismann, le 25 novembre 1929)
Aux yeux de nombreux observateurs, la politique actuelle du gouvernement israélien peut sembler parfaitement irrationnelle. Pourquoi courir le risque d’embraser le Liban, alors même que celui-ci se détache petit à petit de la Syrie ? Pourquoi attaquer militairement le Hamas, à l’instant précis où ce mouvement s’apprêtait à céder aux pressions internationales et à reconnaître le «droit à l’existence» d’Israël ? En réalité, ces actes ne sont incompréhensibles que si l’on s’obstine à juger la politique d’Israël à l’aune de son discours officiel, celui qu’il tient sur la scène internationale, affirmant que «nous souhaitons seulement vivre en paix avec nos voisins». Les choses deviennent beaucoup moins obscures lorsqu’on examine la politique de l’Etat israélien à la lumière de sa doctrine fondatrice: le sionisme.
Quand, vers 1885, des hommes comme Léo Pinsker, Ahad Haam et Theodor Herzl envisagèrent de créer un «foyer national juif» en Palestine, ils furent loin de faire l’unanimité autour d’eux. A vrai dire, la plupart des juifs refusèrent ce projet. D’abord parce qu’il n’avait aucun sens: il était matériellement impossible d’envisager l’émigration de tous les juifs du monde vers la Palestine (aujourd’hui encore, l’Etat d’Israël ne réunit qu’une infime portion des juifs de la planète, même s’il s’arroge le droit de parler en leur nom). D’autre part, la très grande majorité d’entre eux n’avaient aucune envie de quitter le pays où ils étaient nés; malgré les persécutions et les discriminations, ils se considéraient très justement comme des citoyens de France, de Belgique, des Etats-Unis, d’Allemagne, de Hongrie ou de Russie. Enfin, beaucoup de juifs, surtout les intellectuels et les progressistes, s’opposaient radicalement au caractère délibérément raciste et colonialiste du projet sioniste. Ils ne se reconnaissaient pas dans les propos d’un Ahad Haam quand celui-ci décrétait que «le peuple d’Israël, en tant que peuple supérieur et continuateur moderne du Peuple élu doit aussi devenir un ordre réel»; ils ne pouvaient suivre Theodor Herzl quand il disait vouloir «coloniser la Palestine», y créer un Etat juif et, pour ce faire, «rendre des services à l’Etat impérialiste qui protégera son existence». Même après la guerre et l’Holocauste, des personnalités juives de premier plan, tout en apportant parfois leur soutien matériel et moral aux juifs qui s’installaient en Palestine, continuèrent de refuser radicalement l’idée d’y créer un Etat juif. Einstein: «La conscience que j’ai de la nature essentielle du judaïsme se heurte à l’idée d’un Etat juif doté de frontières, d’une armée, et d’un projet de pouvoir temporel».
Le racisme et le colonialisme israéliens ne tiennent pas à la nature d’une majorité gouvernementale; ils sont le fondement même d’un Etat qui se définit non par référence à une nation, mais à une religion et à une ethnie particulières ; un Etat qui affirme, sur base de légendes poussiéreuses, le droit de «son» peuple à l’appropriation exclusive d’une terre pourtant déjà habitée et exploitée par d’autres populations. Quelle terre? Là encore, les textes fondateurs du sionisme éclairent la politique actuelle. Lorsqu’il s’adresse en 1897 au gouvernement français, dans l’espoir d’obtenir son appui pour la fondation d’Israël, Herzl écrit: «Le pays que nous nous proposons d’occuper inclura la Basse-Egypte, le sud de la Syrie et la partie méridionale du Liban. Cette position nous rendra maîtres du commerce de l’Inde, de l’Arabie et de l’Afrique de l’Est et du Sud. La France ne peut avoir d’autre désir que de voir la route des Indes et de la Chine occupée par un peuple prêt à la suivre jusqu’à la mort». Après la Première Guerre mondiale et les accords Sykes-Picot, les mêmes promesses seront adressées à l’Angleterre. Et depuis 1945 elles jouissent, comme on sait, de l’oreille très attentive du gouvernement américain [sic]. De la Basse-Egypte au Sud-Liban… Il suffit d’un regard sur les cartes successives du Moyen-Orient, depuis la fondation d’Israël, pour observer avec quelle régularité systématique le plan de Theodor Herzl a été poursuivi. De la Galilée et de la bande côtière de Jaffa, les territoires proposés par le premier plan de partage de Bernadotte en 1948, Israël s’est progressivement étendu vers Jérusalem, la Mer Morte, le Néguev, le plateau du Golan au sud de la Syrie; aujourd’hui elle phagocyte petit à petit la Cisjordanie et Gaza; elle convoite même le Sud-Liban.
Israël est au Moyen-Orient ce que l’Afrique du Sud de l’apartheid fut, jadis, à l’Afrique australe: une colonie euro-américaine, imposant aux populations autochtones une domination à caractère raciste, et dont l’existence serait impossible sans l’aide matérielle d’une puissance impérialiste «en échange de services rendus». Souvenons-nous d’ailleurs qu’Israël s’est vu condamner à plusieurs reprises par les Nations unies en raison de sa collaboration militaire et nucléaire avec le régime sud-africain. Qui se ressemble s’assemble…
Quand un gouvernement juge que la vie d’un soldat est plus importante que celle de dizaines d’enfants et de civils, au seul prétexte que ce soldat est juif alors que les civils et les enfants sont musulmans, chrétiens ou sans religion, alors l’Etat que représente ce gouvernement est un Etat raciste. Quand des forces armées, dans les territoires qu’elles occupent illégitimement, interdisent aux civils de se déplacer, de puiser l’eau aux puits et aux sources, de labourer leurs champs, de visiter leur famille, de se rendre à l’école ou à leur travail, de circuler d’un village à l’autre, d’amener un enfant malade chez le médecin, tout cela pour l’unique motif que ces civils ne sont pas de confession juive ou de nationalité israélienne, alors cette armée est celle d’un Etat raciste et colonialiste.
Dire cela aujourd’hui, en Europe, oser contester les fondements du projet sioniste, c’est risquer de se voir attaquer comme antisémite, voire comme négationiste [sic]. Il est temps que cesse cette hypocrisie. La Shoah ne peut justifier les souffrances des Palestiniens et des Libanais. De quel droit les dirigeants israéliens, nés pour la plupart après 1945, parlent-ils au nom des victimes du nazisme? De quel droit prétendent-ils s’approprier la mémoire exclusive d’un crime perpétré contre toute l’humanité? Oser invoquer l’Holocauste pour justifier son propre racisme est une insulte, non un hommage au martyr [sic]juif.
On s’est offusqué d’entendre le président iranien dire qu’il fallait «rayer Israël de la carte». Ce serait pourtant bien l’unique solution que de voir disparaître politiquement bien sûr, l’Etat d’Israël et, pareillement, les prétendus «territoires palestiniens», ces nouveaux bantoustans. Gommons de la carte du Moyen-Orient la frontière honteuse entre juifs et Arabes. La politique de «deux peuples, deux Etats», la politique du partage de la Palestine sur une base religieuse et ethnique, est une politique d’apartheid qui n’apportera jamais la paix. Revenons-en à ce qui fut toujours, jusqu’à Oslo, le projet de l’OLP, mais aussi celui d’un grand nombre de juifs comme, derechef, le grand physicien et humaniste Albert Einstein: «Il serait, à mon avis, plus raisonnable d’arriver à un accord avec les Arabes sur la base d’une vie commune pacifique que de créer un Etat juif».
Nico Hirtt
* Enseignant et écrivain.