Discriminations: Nous ne sommes pas des sorciers (Albinos under threat as Africa struggles with its long witchcraft heritage)

Brazilian albino pride
Tu ne différeras point de m’offrir les prémices de ta moisson et de ta vendange. Tu me donneras le premier-né de tes fils. Tu me donneras aussi le premier-né de ta vache et de ta brebis; il restera sept jours avec sa mère; le huitième jour, tu me le donneras. Exode 22: 29-30
Tu diras à Pharaon: Ainsi parle l’Éternel: Israël est mon fils, mon premier-né. Je te dis: Laisse aller mon fils, pour qu’il me serve; si tu refuses de le laisser aller, voici, je ferai périr ton fils, ton premier-né. Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds de Moïse, en disant: Tu es pour moi un époux de sang! Et l’Éternel le laissa. C’est alors qu’elle dit: Époux de sang! à cause de la circoncision. Exode 4: 22-26
Alors l’ange de l’Éternel l’appela des cieux, et dit: Abraham! Abraham! … N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien. … et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. …  Abraham étant retourné vers ses serviteurs, ils se levèrent et s’en allèrent ensemble à Beer Schéba; car Abraham demeurait à Beer Schéba. Genèse 22: 12-19
Je leur donnai aussi des préceptes qui n’étaient pas bons, et des ordonnances par lesquelles ils ne pouvaient vivre. Je les souillai par leurs offrandes, quand ils faisaient passer par le feu tous leurs premiers-nés; je voulus ainsi les punir, et leur faire connaître que je suis l’Éternel. Ezéchiel 20: 25-26
Ils ont rempli ce lieu de sang innocent; Ils ont bâti des hauts lieux à Baal, Pour brûler leurs enfants au feu en holocaustes à Baal: Ce que je n’avais ni ordonné ni prescrit, Ce qui ne m’était point venu à la pensée. C’est pourquoi voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où ce lieu ne sera plus appelé Topheth et vallée de Ben Hinnom, Mais où on l’appellera vallée du carnage. Jérémie 19: 4-6
Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né, Pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles? – On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Éternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. Michée 6: 7-8
Nous ne sommes pas des sorciers. (…) C’est prouvé par la science… Association pour la protection et le développement de la personne albinos (Kisangani, RD Congo)
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières.
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujoud’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressourcs religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Le massacre de sorcières dans la région remonte à des siècles, depuis au moins la colonisation néerlandaise des îles qui sont par la suite devenues l’Indonésie. Bien que légalement injustifiable, le massacre de sorcières a longtemps servi de mécanisme aux villages ruraux pour expulser les comportements antisociaux. TU Bagus Ronny Nitibaskara (anthropologue, université d’Indonésie)
C’est un phénomène très profond, qui ne pourra être résolu que par une lutte plus efficace contre les discriminations et les hiérarchies sociales et “mélaniques”, héritées de la colonisation. Pap Ndiaye
Tout ce qui est beau dans nos vies nous vient de la civilisation occidentale. (…) Le retard horrible dans lequel vivent certaines nations est le résultat inévitable de leur refus de [l’apport occidental] et de leur attitude consistant à se réfugier dans le déni et l’arrogance.(…) La civilisation occidentale a accordé la priorité à l’individu et subordonné ses institutions, lois et procédures à ce principe, tandis que dans la civilisation ancienne, l’individu [n’] était [qu’] une dent dans l’engrenage. (…) La seule civilisation qui reconnaît et respecte l’homme en tant qu’individu est la société occidentale (…) La civilisation occidentale est son propre produit et ne doit rien à aucune autre civilisation, hormis la civilisation grecque. Ibrahim Al-Buleihi (membre du Conseil saoudien de la Shura)

Salif KeitaYellowman (Jamaica)Johnny Winter (Texas)Connie Chiu (Chinese top model)Shauna Ross (African male model)The Albino codePowderSpidermanVictimes d’une affection qui sous des dizaines de formes plus ou moins visibles touche la planète entière animaux compris (1 cas pour 20.000 naissances, 0,005 % mais jusqu’à 1/1000 sous le cruel soleil africain) …

Soupçonnés de contaminer les gens à distance et cibles des crachats et de toutes les insultes (« sorcier blanc », « enfants de djins » ou « de petit Blanc café au lait », « fantômes » – sans compter les stéréotypes des films nigérians ou occidentaux à la « Matrix » ou « Da Vinci code »!) …

Privés d’accès à l’éducation à l’emploi et au mariage (et donc condamnés à une consanguinité ne pouvant que perpétuer leur handicap) …

Exclus du berceau à la tombe comprise de la compagnie des autres (infanticide, tombes cachées et scellées hors village) …

Accusés de sorcellerie et de pratiques magiques (jusqu’au soupçon d’immortalité) …

Mais aussi – ambivalence typique envers les groupes exclus – en même temps recherchés (selon le principe de la pensée magique qui veut que celui qui fait du mal est aussi le mieux placé pour guérir) pour leur pouvoirs bénéfiques

Au point de devenir la proie, jusqu’à l’assassinat et notamment à la veille de compétitions électorales ou sportives, d’un trafic lucratif d’organes destiné à des sorciers …

A l’heure où, de Durban au Vatican ou à la Maison Blanche, notre Occident n’a de cesse de battre sa coulpe …

Et que, poussant la lucidité jusqu’à reconnaître les limites de l’islam et les apports de la civilisation occidentale, quelques rares musulmans se sentent obligés de la réduire à sa seule dimension grecque, faisant ainsi l’impasse sur ses fondements judéo-chrétiens …

Pendant que certains trop pâles s’efforcent de se brunir et d’autres trop foncés tentent de se blanchir …

Retour sur le dernier chantier en date inspiré par ce singulier « souci des autres et des victimes » d’un Occident pourtant si vilipendé

A savoir cette longue lutte contre les superstitions et les pratiques magiques dans laquelle est à son tour engagée le Tiers-Monde et dont ces sortes de nouveaux (ou derniers) cagots que sont aujourd’hui les albinos pour l’Afrique sont les plus récentes victimes …

Extraits:

« Ces parties du corps sont vendues en Tanzanie. Ces gens disent qu’ils vont gagner 600 millions de shillings (380.000 euros) pour chaque corps d’albinos.

Procureur burundais

« Un groupe de bandits armés de fusils a attaqué hier à 21h00 la maison d’une albinos de six ans du nom de Cizanye à Bugongo. Ces malfaiteurs l’ont décapitée avant de couper ses jambes et ses bras, qu’ils ont emportés avec eux. »

Rémi Sengiyumva (administrateur de la commune de Kinyinya)

« Personne n’achète l’albinisme au marché. C’est un fait de Dieu et toutes les femmes peuvent mettre au monde des albinos. »

Mme Bouaré (mère d’un enfant albinos, Mali)

« C’est la première fois que je vois la dépouille d’un albinos car on m’a toujours appris que les albinos ne meurent pas. »

Jean-Pierre Obambi (ingénieur des travaux publics)

« Nos ancêtres nous ont toujours appris à tirer un cheveu après être entré en contact avec un albinos. Même si on le voit de loin, il faut toujours le faire. Cette couleur est contagieuse et peut généralement se transmettre par la simple vue et quand on ne le fait pas, on peut être frappé d’un mauvais sort ».

Jean-Pierre Obambi

« Les albinos sont des personnes comme vous. Nous ne sommes pas des sorciers. Nous ne manquons que de la mélanine qui rend la peau noire. C’est prouvé par la science… »

Association pour la protection et le développement de la personne albinos (Kisangani, RD Congo)

« Ils auraient des forces surnaturelles, ils pourraient prédire l’avenir, jeter des mauvais sorts et apporter la richesse. (…) Au moment des compétitions électorales, les albinos sont convoités par les candidats. Pendant cette période nous devons rester chez nous. Les albinos ne sont plus perçus comme des êtres humains mais comme des objets sacrificiels convoités pour leurs têtes ou pour leurs appareils génitaux, les parties du corps les plus puissantes. (…) Les superstitutions tendent à diminuer en Afrique car les gens sont moins ignorants et commencent à considérer l’albinisme comme une maladie. (…) Les associations ont très peu de moyens pourtant le continent est l’un des plus touchés par cette infection. »

Fédéré Sanon (président de l’association pour les personnes albinos ANIPA basée au Burkina Faso)

« Les personnes me suivaient pour me donner des cadeaux pour que je leur porte chance, j’ai toujours refusé. (…) Je ne suis presque jamais sortie de chez moi, par peur que l’on me fasse du mal. (…) Les Africains me regardent bizarrement, ils me toisent. Ils ont peur de moi. Je suis partie du Burkina Faso pour échapper aux croyances mais elles me poursuivent jusqu’en France. »

Korotomi Traoré (jeune femme burkinabé membre de l’association française pour les albinos Genespoir)

« Quand je suis né, mon père ne voulait pas de moi, heureusement le reste de ma famille l’a convaincu de me garder pensant que j’étais une bénédiction. »

Anguy Bajikila Mudimba (président d’Albinos sans frontières (ASF) en République démocratique du Congo)

Les albinos, victimes de sacrifices humains
Les croyances autour de l’albinisme persistent en Afrique
Stéphanie Plasse
Afrik
3 mai 2008

Génie des eaux, devin, mi-homme mi-dieu, tels sont les attributs que l’ont prête, dans certains pays d’Afrique, aux albinos. Recherchés pour leurs soi-disant pouvoirs bénéfiques ou maléfiques, ils sont souvent victimes de sacrifices humains. Pour mettre un terme aux croyances et aux pratiques occultes qui en découlent, des associations se battent au quotidien pour que les albinos ne soient plus marginalisés. Reportage.

Ils sont nombreux en Afrique à être atteints de cette maladie, l’albinisme, qui se caractérise par une absence de pigmentation. Outre les problèmes de vue et les risques de cancers de la peau directement liés à cette infection, les albinos font l’objet de croyances persistantes en Afrique. Malgré des campagnes de sensibilisation, les sacrifices humains ont toujours cours sur le continent [1]. Ainsi, il n’est pas rare de voir dans les journaux africains, à la rubrique des faits divers, le meurtre d’un albinos.

La persistance des sacrifices humains

L’ambivalence et l’ambiguïté que représente un être blanc né de deux parents noirs alimentent les croyances et les pratiques occultes autour des albinos. Dans la plupart des cas, c’est la femme qui est tenue responsable de cette maladie. « On l’accuse d’avoir dormi enceinte à la belle étoile dans un endroit interdit ou d’avoir été infidèle à son mari pendant la grossesse » explique à Afrik.com Fabéré Sanon, le président de l’association pour les personnes albinos (ANIPA) basée au Burkina Faso. On attribue souvent des pouvoirs maléfiques ou bénéfiques aux albinos. « Ils auraient des forces surnaturelles, ils pourraient prédire l’avenir, jeter des mauvais sorts et apporter la richesse », poursuit M. Sanon. Dans le meilleur des cas, les albinos se font offrir des présents. « Les personnes me suivaient pour me donner des cadeaux pour que je leur porte chance, j’ai toujours refusé » confie Korotomi Traoré, une jeune femme burkinabé arrivée depuis quatre ans en France et membre de l’association française pour les albinos baptisée Genespoir.

Malheureusement, les albinos sont recherchés pour les sacrifices humains, prometteurs en termes d’enrichissement ou d’élévation sociale. « Au moment des compétitions électorales, les albinos sont convoités par les candidats. Pendant cette période nous devons rester chez nous », indique Fédéré Sanon. « Les albinos ne sont plus perçus comme des êtres humains mais comme des objets sacrificiels convoités pour leurs têtes ou pour leurs appareils génitaux, les parties du corps les plus puissantes », ajoute-t-il.

C’est au niveau du corps social que les répercussions sont les plus influentes et les plus fréquentes. Même si cette pratique a tendance à devenir de moins en moins courante, les albinos peuvent être rejetés à leur naissance. « Quand je suis né, mon père ne voulait pas de moi, heureusement le reste de ma famille l’a convaincu de me garder pensant que j’étais une bénédiction », explique Anguy Bajikila Mudimba, le président d’Albinos sans frontières (ASF) en République démocratique du Congo. Souvent, perçus comme un mauvais présage, ils vivent reclus. « Je ne suis presque jamais sortie de chez moi, par peur que l’on me fasse du mal », affirme la burkinabé Korotimi Traoré. Les croyances mènent la vie dure aux albinos. Même en France, ils sont encore victimes de rejet. « Les Africains me regardent bizarrement, ils me toisent. Ils ont peur de moi », confie Mme Traoré. Je suis partie du Burkina Faso pour échapper aux croyances mais elles me poursuivent jusqu’en France », confie-t-elle.

Le rôle des associations en Afrique

« Les superstitutions tendent à diminuer en Afrique car les gens sont moins ignorants et commencent à considérer l’albinisme comme une maladie », explique Fabéré Sabon, le responsable d’ANIPA. « Les associations ont très peu de moyens pourtant le continent est l’un des plus touchés par cette infection », ajoute-t-il. Grâce à des campagnes de sensibilisation dans les villages, les albinos sont de moins en moins perçus comme des êtres à part. Un bon espoir pour les malades qui souhaitent à présent que les gouvernements soient plus attentifs aux problèmes de santé liés à l’albinisme.

[1] les pays les plus touchés en Afrique sont le Mali et le Cameroun

Voir aussi:

Kisangani: le dur combat des albinos pour se faire accepter
Pépé Mikwa
Syfia Grands Lacs /RD Congo
21-02-2008

Depuis que les albinos se sont regroupés en association pour lutter contre les préjugés trop répandus sur la couleur de leur peau, et défendre leurs droits, le regard que posent sur eux les habitants de Kisangani change. Même s’il reste encore du chemin à parcourir.

« As-tu déjà vu le cadavre d’un albinos ? », interroge-t-on souvent dans les rues de Kisangani, quand on parle des personnes albinos. Selon une croyance très répandue dans le chef-lieu de la Province Orientale et dans presque toute la République démocratique du Congo, le corps d’un albinos disparaîtrait en effet après la mort. De nombreux autres préjugés circulent à leur sujet : ils sont sorciers, porte-malheur, inaptes au travail, ils disparaissent la nuit… La naissance dans une famille d’un bébé albinos est dès lors souvent source de conflit. « C’était à chaque fois un choc, une honte et une humiliation pour moi », raconte Nafi Kifuku, une mère qui a deux enfants de cette couleur de peau.
Pourtant, l’un de rares préjugés « positifs » répandus dans cette région raconte qu’une mèche de cheveu d’un albinos accrochée à un filet de pêche apporte plus de poissons, ou plus d’intelligence à l’élève qui le noue à son stylo…

Pour combattre toutes ces croyances bien ancrées dans la société, les albinos de Kisangani se sont regroupés en Association pour la protection et le développement de la personne albinos (Aprodepa). A 162 membres, ils font désormais cause commune pour, disent-ils, « changer la perception négative que les gens ont de nous… » Dans les médias, les églises, lors des conférences-débats ou en faisant le porte-à-porte dans des familles, ils font passer des messages forts : « Les albinos sont des personnes comme vous. Nous ne sommes pas des sorciers. Nous ne manquons que de la mélanine qui rend la peau noire. C’est prouvé par la science… »

Briser l’isolement et les préjugés

Partout où ils peuvent se faire entendre, ils expliquent qu’ils ont les mêmes aptitudes physiques et intellectuelles que tout le monde, plaident pour leur accès à l’éducation, à l’emploi et au mariage. Leur président, Jean Janvier Ndumba, est parmi eux un exemple de courage, un homme débarrassé de tout complexe. « Quand j’avais 5 ans, ma mère me mettait du cirage sur mes cheveux pour les noircir », rappelle-t-il avec humour. Agé aujourd’hui de 40 ans, directeur d’une école de personnes vivant avec un handicap, il a posé sa candidature aux législatives de 2006. « J’ai échoué mais j’ai beaucoup appris de cette expérience », dit-il.

Pour espérer changer la perception du reste de la société à leur égard, les albinos ont d’abord commencé par briser les barrières qui existaient entre eux. Ils se réunissent, marchent ensemble dans la rue, ce qu’ils ne faisaient pas avant pour ne pas s’attirer le regard des gens. Lors des réunions, ils apprennent des leçons d’hygiène et de « réarmement moral » : toujours porter le chapeau et une chemise manche longue pour se protéger conte le soleil, se laver chaque jour, fréquenter l’école, ne pas se sous-estimer…Ils reçoivent en plus des crèmes solaires, des lunettes et apprennent à coudre ou à tricoter, ce qui leur permet de mieux se valoriser.

Beaucoup reste à faire

Nafi, la mère de deux albinos, reconnaît que la perception des membres de sa famille à l’égard de ses enfants a changé, depuis qu’ils suivent les conseils d’hygiène corporelle à l’Aprodepa. Dans les écoles, le regard n’est pas non plus aussi méfiant envers les élèves albinos. « Mes amis m’acceptent, je joue avec eux », affirme John Motohato, 6 ans, qui partage son banc d’école avec d’autres petits.

Chargé des relations publiques à l’association, le frère de Jean Janvier, Servain Ndumba ne crie pas encore victoire. « Les gens nous approchent de plus en plus, car ils apprennent des choses qu’ils ignoraient sur l’albinisme, dit-il. Mais il y a encore beaucoup à faire surtout dans les milieux et familles peu lettrés », où les préjugés ont encore la dent dure.

ENCADRE

L’albinisme, l’absence de pigmentation de la peau, ne frappe pas que les humains. La proportion chez l’homme, qu’il soit noir, blanc ou jaune, est d’un cas sur 20 000 mais les risques sont accrus en cas de mariage consanguin. La coloration de la peau est due à la présence dans l’épiderme de cellules capables de synthétiser un pigment brun : la mélanine. Mais la rencontre, lors de la fécondation, de deux gènes dits mutés entraîne un blocage de cette production. La peau et les cheveux de l’enfant seront blancs comme le lait, ses yeux très pâles avec parfois un reflet rouge au fond.

Voir également:

Les albinos s’insurgent contre leur marginalisation
Lyne Mikangou
Genespoir

Face aux brimades et à la marginalisation dont sont victimes les albinos au Congo, s’est créée la Fédération pour la Défense des Albinos du Congo. Témoignages.

Joséphine Ibouna, 48 ans, considérée comme la première albinos intellectuelle et qui a contribué à la création de la Fédération pour la Défense des Albinos du Congo, témoigne : « Nous albinos, pourtant Congolais au même titre que les autres, sommes marginalisés par la société entière qui nous rend responsables de tous les maux. Nous sommes accusés de sorcellerie, de pratiques magiques ». Une légende mystico-religieuse indique les albinos ne meurent jamais, mais disparaissent plutôt, qu’ils ne voient pas la nuit, ont les yeux rouges, une intelligence médiocre et un développement anormal.
L’histoire de J. Ibouna épouse depuis son enfance tous ces contours faits de malédictions et de superstitions. Elle est mère de 5 enfants, parfaitement noirs et donc « normaux », selon les critères d’appréciation des Congolais. Elle est licenciée en santé publique et est responsable des questions liées à l’Information, l’Education et la Communication et est ainsi en contact régulier avec de nombreux interlocuteurs. Elle explique que lorsqu’elle animait des émissions radiophoniques en français et en langues locales, l’amplitude et le timbre de sa voix avaient charmé un inconditionnel à Libreville au Gabon ». Ce correspondant a insisté pour obtenir une photo dédicacée. Et ce qui devait ressembler à une relation suivie a laissé place à de l’amertume car recevant la photo, le correspondant a définitivement rompu les amarres.
En dépit du regard des autres, de sa différence, des humiliations, des moqueries, de l’étonnement, du désintéressement, J. Ibouna a pu se faire une place dans la société congolaise. Elle délivre un message fort et fait preuve d’une véritable introspection lorsqu’elle expose les difficultés rencontrées avec sa fille de 6 ans. « En me promenant un jour avec ma fille cadette, celle-ci a refusé que le lui prenne la main, certainement gênée devant ses petits camarades par mes cheveux et la couleur de ma peau ».
Religieuse de confession catholique, J. Ibouna, fervente croyante a puisé dans la religion et dans la foi en Dieu, le ressort nécessaire pour aller de l’avant dans son parcours scolaire et professionnel, ainsi que le réconfort dans ses moments de détresse, de doute et de chagrin dus à son handicap biologique.
« Pour que cessent les affronts subis au quotidien, il n’y a pas d’autres remèdes que de retrousser les manches. Tant qu’on ne fait rien, tout le reste ne sera que coup d’épée dans l’eau », suggère-t-elle, toute confiante. Si J. Ibouna a pu dominer les affront de la vie, pour beaucoup d’albinos la situation est difficile. La plupart sont victimes de discrimination dans le système scolaire et la vie active. Au plan scolaire, par exemple, mal adaptés à leur environnement, les albinos souffrent des tares physiques et sont très peu scolarisés. Leur effectif est donc moins considérable du fait du complexe d’infériorité qui les hante. En revanche, ceux qui résistent n’arrivent souvent pas au terme de leurs études. Il suffit de considérer la représentativité de cette catégorie sur le marché du travail. « Les fréquentes tortures psychologiques et morales ne permettent pas aux albinos d’avoir accès à l’école. Ceux qui y vont ne terminent pas leurs études à cause de ces tortures. Alors, ils se renferment sur eux-mêmes », déclare Symphorien Yara, président de la fédération pour la défense des albinos du Congo, faisant remarquer que le nombre très insignifiant des albinos sur le marché du travail s’explique par l’arrêt des études. Des propos que ne partagent Victorine Oniongo, étudiante en histoire à l’université Marien Ngouabi. Apparemment épanouie, cette étudiante née de parents normaux, a un albinisme partiel, localisé à l’œil et aux cheveux à mèches blanches. Elle ne veut pas se contenter de raler dans un coin, où très souvent, face aux curiosités humaines, les albinos opposent un silence mouillé de larmes. « Nous traînons derrière nous une longue tradition de maltraitance », raconte-t-elle. « S’acharner à vouloir changer les autres est peine perdue. Se plaindre, geindre, gémir, accuser les autres de nos malheurs est pure perte de temps. Et croire que les choses s’arrangent d’elles-mêmes est veine illusion. Aussi, V. Oniongo propose-t-elle comme remède d’adopter un comportement conséquent qui éviterait bien des désagréments. Sur une centaine d’albinos établis à Brazzaville, deux seulement travaillent. Il s’agit de J. Ibouna et d’un homme enseignant dans un lycée. Ce dernier étant, hélas, décédé. Même la mort de cet enseignant a fait ressurgir le mythe de l’immortalité des albinos. C’est pourquoi à Ouenze, quartier nord de Brazzaville où étaient organisées les obsèques, des centaines de personnes s’empressaient de voir, même de toucher la dépouille, car pour nombre d’entre elles, les albinos ne meurent jamais, mais disparaissent sans laisser de traces. « C’est la première fois que je vois la dépouille d’un albinos car on m’a toujours appris que les albinos ne meurent pas », s’étonne Jean-Pierre Obambi, ingénieur des travaux publics. « Cela témoigne des préjugés dont nous sommes victimes », tente d’expliquer M. Yara. « Et cela se passe ainsi dans tous les domaines », souligne-t-il. Claire Sita, restauratrice, témoigne : « il y a des hommes vicieux qui continuent de penser que la femme n’est qu’une objet dont on peut se servir comme on veut, juste pour voir si la femme albinos a les mêmes vibrations que les autres qu’ils considèrent normales. Mais on ne les laisse pas faire ». Il est fréquent de voir les parents s’opposer au mariage de leur fille avec un albinos, fait qu’ils jugent inimaginable. « Moi, j’ai du mal à faire comprendre aux parents de ma fiancée que je sui un homme comme tous les autres, mais ils s’opposent à notre union, parce qu’il est inimaginable que leur fille épouse un albinos », se lamente Yara qui estime que seule l’instruction permettra aux albinos de s’imposer dans la société.
Leur « couleur », particulière fait d’eux des êtres vulnérables. De même, on surprend un homme en train de tirer un cheveu de sa tête après avoir salué un albinos, parce que craignant d’être contaminé par la couleur de ce dernier. Jean-Pierre Obambi explique : « nos ancêtres nous ont toujours appris à tirer un cheveu après être entré en contact avec un albinos. Même si on le voit de loin, il faut toujours le faire. Cette couleur est contagieuse et peut généralement se transmettre par la simple vue et quand on ne le fait pas, on peut être frappé d’un mauvais sort ». Ces injustices ont conduit à créer la fédération pour la défense des albinos du Congo. Et ce dans le but de promouvoir leurs intérêts, de lutter pour leur insertion, leur acceptation et leur intégration. « Nous voulons promouvoir nos droits et convaincre nos semblables que les albinos sont des personnes à part entière et qu’il n’y a pas de raison de profiter de notre couleur pour nous brimer », a déclaré M. Yara qui a lancé un appel à la communauté internationale et aux organisations sœurs dans le monde, afin d’aider les albinos du Congo à se faire accepter dans la société. Au plan officiel, les pouvoirs publics traînent les pieds à aider cette association à réaliser ses objectifs. Pour donner de l’espoir aux nombreux albinos du monde, M. Yara, qui est également auteur, a écrit quelques poèmes sur la situation des albinos. Parmi ces poèmes, figure « ne vous en faites pas », qui dit entre autre « qu’être albinos n’est pas vœu », et que « personne au monde ne choisit sa couleur, son sexe ni sa race ». Il termine par une phrase d’espoir « ne vous en faites pas », comme pour dire « l’union des albinos du monde » aura raison des préjugés et l’albinos retrouvera sa place dans la société.

Voir enfin:

Enquête sur l’albinisme
Les Echos
Propos recueillis par Idrissa Sacko
22 juillet 2005

THIERNO DIALLO, UN ALBINOS DIRECTEUR GENERAL

« Tout couple peut avoir un albinos si l’anomalie génétique existe en eux »

Thierno Diallo, le directeur général de la Pyramide du souvenir, est un albinos. Dans l’entretien ci-dessous, il nous parle de l’albinisme, des préjugés à l’égard des albinos et de leurs conditions de vie.

Les Echos : Pouvez-vous nous dire ce que c’est que l’albinisme et comment le devient-on ?

T. D. : Je dois d’abord remercier « Les Echos » pour cette initiative, qui va certainement contribuer à éclairer la lanterne de plus d’un sur un sujet aussi vieux que le monde. Cela étant, l’albinisme est tout simplement l’absence de mélanine dans la peau. C’est une anomalie génétique héréditaire. Donc, tout couple peut avoir un albinos si cette anomalie génétique existe en eux.

Les Echos : Les causes étant connues, est-ce qu’il y a des mesures correctives pour qu’un enfant ne naisse pas albinos ?

T. D. : C’est vrai que la science a évolué, mais actuellement elle peut seulement détecter un albinos chez une femme enceinte de 3 mois. Peut-être bien que dans l’avenir ce sera possible d’éviter que l’enfant albinos très vite détecté naisse avec l’anomalie.

Les Echos : Comment, selon vous, l’albinos est accueilli dans sa famille d’abord, dans la société en général ?

T. D. : Ça dépend des concepts que les sociétés ont de ce phénomène.

L’albinos est bien accueilli par les spirituels parce que pour eux les écrits bibliques et autres disent que le prophète Noé était albinos. Certains musulmans trouvent que c’est la manifestation du prophète Mohamed dans les rêves. Par contre, il est mal accueilli par ceux-là qui pensent qu’il est le fruit des esprits, de la souillure (enfant conçu lors des périodes des règles de la femme), ce qui est scientifiquement faux tout comme des affirmations qui soutiennent qu’il y a albinos lorsque la femme fait l’amour à la belle étoile ou en plein jour. C’est pourquoi, certains l’appellent « enfant de la lune ».

Les Echos : Cela veut dire qu’il y a beaucoup de préjugés sur l’albinos ?

T. D. : Ah oui ! Quels que soient les concepts, l’albinos est victime de préjugés. Il servira de sacrifice parce que, pour certains, il porte en lui des pouvoirs magiques. Ou souvent, il est victime d’infanticide…

Les Echos : Comment se sent un albinos dans la communauté, un homme extraordinaire ou normal comme les autres ?

T. D. : C’est une question très difficile. Mais, personnellement, je ne sens pas de différence entre les autres et moi parce que éduqué dans un amour total de parents intellectuels. Souvent, il m’arrive de me demander est-ce que si je n’étais pas albinos, je serai ce que je suis. Cependant, certains albinos souffrent d’exclusion, de marginalisation compte tenu des préjugés évoqués tantôt.

Les Echos : Autres difficultés ?

T. D. : Il y a la fragilité pigmentaire et la faiblesse de la vue d’où le terme « yé-fégué », qui n’a rien de péjoratif. Ça signifie simplement quelqu’un qui n’a pas une bonne vue.

Les Echos : Existe-t-il au Mali, une association des albinos ?

T. D. : Il y a effectivement l’Association pour la promotion et l’insertion sociale des enfants albinos (SOS-Albinos) créée en 1992 par d’autres pour les albinos.

Les Echos : Comment doit-on se comporter à l’égard d’un albinos ?

T. D : On doit le traiter comme un homme tout court. Pour moi, il n’y a pas de demi-homme. On doit le traiter en homme normal sans tenir compter des préjugés. Certains des jeunes diplômés albinos n’arrivent pas à accéder à l’emploi du fait des préjugés. C’est dommage. Je saisis cette opportunité que vous m’offrez pour dire que l’albinisme n’est qu’une anomalie qui peut être uniquement oculaire, qu’il existe partout dans le monde, c’est-à-dire dans toutes les sociétés humaines et même animales. Ayons cela à l’esprit ! Toute personne bien portante est un handicapé potentiel.

LES ALBINOS Des victimes potentielles de cancers de la peau

L’albinisme est une anomalie génétique touchant la synthèse d’un pigment responsable de la coloration de la peau et des poils et donnant une coloration rouge aux yeux.

L’albinisme vient du latin « albus », qui signifie blanc. Il désigne la diminution ou l’absence totale de la matière colorante des téguments (la peau et les poils), suite à une anomalie génétique. Lorsque l’absence est double, la peau et les poils sont de couleur blanche, tandis que les yeux sont rougeâtres.

Parfois, la coloration des téguments est normale et seuls les yeux sont touchés. Cette matière colorante qui fait défaut s’appelle la mélanine, explique Dr. Minaba Traoré.

Un individu portant un albinis est appelé albinos. Aux dires de Dr. Traoré, contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, l’albinisme n’est pas une maladie dans le sens « altération de la santé », mais une « tare », une défectuosité dans la synthèse de mélanine.

Selon lui, il existe plus d’une dizaine de formes d’albinisme, dont certaines sont de transmissions récessives, d’autres dominantes et liées au sexe.

La forme la plus connue est l’albinisme oculo-cutané de type 1 ou plus simplement AOC type 1. Elle correspond aux dires de Dr. Minaba Traoré à une anomalie génétique touchant le gène codant pour une enzyme, la tyrosinase.

Ce qui explique la couleur rougeâtre de l’albinos, selon le spécialiste, c’est que l’iris et les autres structures de l’œil ne sont pas colorés du fait de l’absence de mélanine.

Consultations gratuites

On voit alors, par transparence, la rétine. Celle-ci est riche en vaisseau sanguin. L’albinisme peut exposer l’individu à certains problèmes, notamment au niveau de la peau et des yeux.

Les albinos à en croire, M. Traoré ont essentiellement des problèmes : sensibilité voire douleur des yeux à la luminosité, mouvements anormaux du globe oculaire, strabisme, problèmes relatifs et une mauvaise acuité visuelle de loin.

L’autre problème des albinos est leur sensibilité forte à la lumière du soleil, mais aussi un risque plus important de cancer de peau (défaut de protection contre les UV).

Il semble que les albinos soient plus nombreux dans le cercle de San que partout ailleurs au Mali.

Les dermatologues proposent à ceux qui sont en état précancéreux de se faire consulter le plus tôt possible pour éviter le cancer de peau qui, à un certain moment, s’avère irréversible.

Selon Dr. Pierre Traoré de l’Institut Marchoux, deux modes de protection s’imposent à ces patients.

Ils doivent, conseille-t-il, se protéger des rayons ultra violets (UV) en portant des chapeaux et en utilisant des substances chimiques anti-solaire (crèmes).

De façon systématique, ajoute-t-il, les albinos doivent se faire régulièrement consulter pour détecter à temps les lésions. Pour leur prise en charge, l’Institut Marchoux, affirme-t-il, procède depuis un certain temps à des consultations trimestrielles gratuites.

Il existe plusieurs types d’albinismes. Mais pour faire la différence entre eux, il faut au préalable faire des tests.

-Amadou Sidibé
Mohamed Daou

MOHAMED BOUARE DE FALADIE

La dure vie d’un enfant albinos

Le témoignage poignant de Mme Bouaré, mère d’un garçon de 9 ans, prouve à suffisance les difficultés que les enfants albinos rencontrent dans la vie quotidienne.

Les albinos sont des êtres comme tout le monde. Mais, au regard de la couleur de leur peau, ils suscitent souvent certaines interrogations et font objet de divers préjugés. Le petit Mohamed, albinos de 9 ans et élève en 3e année fondamentale à l’école de Faladié n’échappe pas à la règle.

Selon sa mère, Mohamed vit un calvaire dans son établissement à cause de ses camarades qui le rejettent. « Chaque jour que Dieu fait, si Mohamed ne vient pas les larmes aux yeux, il retourne avant l’heure tellement qu’il est embêté par ses petits camarades. C’est toujours le même langage. S’ils ne l’accusent pas d’être un sorcier blanc, ils le traitent d’enfant de djins ou de petit Blanc café au lait ».

Les rares camarades qui l’approchent sont vite dissuadés par d’autres qui prétextent que Mohamed va les contaminer avec sa peau tachetée.

Pis, dira Mohamed lui-même, ses voisins de classe refusent de partager ses goûters et l’excluent de tous les jeux dans la cour de récréation. Ne supportant pas ce traitement injuste, il préfère plier ses bagages et retourner à la maison alors qu’il est l’un des meilleurs élèves de la classe.

Face au mauvais comportement de ces élèves, la mère de Mohamed dit avoir interpellé le directeur de l’établissement.

« Malgré les menaces de ce dernier à l’endroit des élèves, mon fils reste ». C’est pourquoi, elle envisage de l’inscrire dans une école où il pourra étudier en toute quiétude.

Dans le quartier aussi, le petit albinos est souvent confronté au même problème. « Personne n’achète l’albinisme au marché. C’est un fait de Dieu et toutes les femmes peuvent mettre au monde des albinos.

Donc, soyons ouverts avec ces enfants qui sont des personnes comme nous tous », conseille Mme Bouaré. Elle appelle la société malienne à plus de tolérance envers les enfants albinos qui méritent, selon elle, respect et considération.

Sidiki Y. Dembélé

NIAMA KONE, CONTROLEUR DES POSTES

Albinos et fière de l’être

Agée d’une trentaine d’années, Melle Niama Koné est contrôleur des postes en service à la direction générale de la poste. Elle dit n’avoir aucun complexe quant à sa situation d’albinos et ne souffre pas plus de discrimination dans sa carrière qui a débuté en 1991.

Joviale et courtoise, Niama Koné est née d’un père médecin et d’une mère ménagère. Elle est le troisième enfant d’une famille qui en compte 10. Son frère cadet, infirmier de santé à Sikasso, est albinos comme elle.

C’est en 1991 qu’elle a été recrutée à la poste en qualité de contrôleur. Elle a effectué ses premiers pas dans le métier de postier à Sikasso. Après une mutation à Koulikoro, elle regagne Bamako.

« Je n’ai rencontré aucune difficulté jusqu’à ce jour, aucune frustration liée à la couleur de ma peau dans mes différents postes. Dans ma vie de tous les jours, c’est la même chose », indique Melle Koné.

Seul constat, qui ne la gêne d’ailleurs outre mesure, ce sont les quelques hostilités des enfants qui crachent au passage des albinos.

En toute humilité, Niama Koné, dont le cœur n’a pas encore rencontré l’âme sœur pense, que « tout part de Dieu et tout revient à Lui ».

Elle n’a pas honte de sa situation de célibataire même si elle souhaite, comme toute femme normale, mener une existence d’épouse et de mère.

Parlant de son frère albinos, elle juge ses relations satisfaisantes avec ses collègues, qui apprécient bien ses prestations. Le seul problème vécu par son jeune frère, Niama Koné le met au compte de l’Etat.

A ses dires, son frère, recruté dans la fonction publique en 1999, a été affecté à Diré au nord du pays où le mercure atteint souvent les 45°C.

Un climat défavorable à la santé des albinos. Toujours, selon elle, la famille a remué ciel et terre pour le ramener dans une région plus clémente pour lui éviter des maladies cutanées dues à l’effet du soleil.

« Malgré mes propres efforts, il a été retenu à Diré sous peine d’être radié de la fonction publique. La conséquence : il a souffert de problèmes dermatologiques. « Son ministère a été injuste », explique-t-elle.

C’est grâce à l’implication d’un cadre du Centre national des immunisations, qui a été sensible à son état de santé dégradant lors d’une mission à Diré, il fut alors muté à Sikasso.

Mlle Koné se réjouit d’avoir échappé à la formation militaire pour intégrer la fonction publique. Elle a pratiqué plutôt la forme civique.

Abdrahamane Dicko

TIBOU TELLY, SG ADJOINT DE L’UNTM

« Pas de discrimination contre les albinos »

Tibou Telly est l’un des monuments du syndicalisme malien. Enseignant de profession et secrétaire général du Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec), il occupe le poste de secrétaire général adjoint de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). M. Telly a près de 30 ans de vie syndicale bien remplie.

Fort de sa riche expérience, il affirme que son syndicat mère, l’UNTM, n’a été saisi d’aucune plainte émanant d’un albinos travailleur faisant état de discrimination ou brimade dans son service.

« De mémoire de syndicaliste, nous n’avons aucune information de ce genre », tranche-t-il.

Pour M. Telly, les albinos ne sont pas généralement rejetés dans notre société. Il fait allusion à un jeune releveur de l’EDM, qui a l’habitude de venir à la Bourse du travail et qui est choyé par le personnel syndical.

Cependant, ajoute-il, certains à cause des saignements de peau donnant des odeurs nauséabondes ou des taches noirâtres, peuvent penser qu’ils sont marginalisés ou répugnants.

A. D.

Le syndrome de l’albinisme

Dans notre société, on ne connaît pas d’anomalie biologique plus redoutée que l’hydrocéphalie et l’albinisme et le plus grand malheur qu’on puisse souhaiter à un homme ou à une femme est d’être le père ou la mère soit d’un albinos, soit d’un hydrocéphale. L’un ressemble au jinè, l’autre au bilisi, ce qui revient à la même chose, ces deux créatures étant de la même famille.

Quoique de compréhension scientifique facile, l’albinisme, surtout, est pris pour une calamité pour toutes les femmes en âge de procréer. Pour le citoyen ordinaire chez lequel dominent plus la superstition et l’animisme que le rationalisme cartésien, il n’est pas normal que deux individus de teint noir avéré puissent avoir comme rejeton une créature blanche avec les cheveux blond paille et des yeux étrangement immobiles de chatte enceinte.

Même pour l’élite dont beaucoup d’éléments croient plus aux puissances surnaturelles qu’au « Manifeste du Parti communiste » ou du « Discours de la méthode », l’accident biologique à l’origine de l’albinisme n’est pas tout à fait naturel. C’est pourquoi, quel que soit le milieu choisi, toute une littérature des plus mauvais goûts entoure cette malformation. La femme, de façon générale, en est tenue pour la principale responsable.

Lorsqu’elle se produit, elle est accusée soit d’avoir dormi enceinte à la belle étoile à un endroit où il ne le fallait pas, soit de s’être lavée au crépuscule à un lieu de passage des djins, permettant ainsi à l’un de ceux-ci de lui voler son bébé et de lui substituer un autre à mi-chemin entre le jinè et l’être humain.

Pourtant, des albinos, cela existe partout : même en Europe, même en Amérique et en Asie. Dans les pays scandinaves d’Europe du Nord, ils sont plus nombreux que dans le reste de l’Europe, mais, simplement appelés rouquins sous ces cieux, ils sont noyés dans la grande masse laiteuse de la multitude en mouvement et passe sans attirer l’attention.

Par contre, chez nous, l’albinos ne passe jamais inaperçu, tellement son image est négative. Sa peau excessivement blanche fait qu’on lui attribue des pouvoirs qu’il est loin de posséder. Sa nature particulière fait qu’il est tout à fait indiqué pour les sacrifices humains difficiles mais prometteurs en termes d’enrichissement ou d’élévation sociale.

Au moment des compétitions électorales, il est particulièrement recherché par les candidats comme d’autres recherchent les poulets et les moutons pour leurs sacrifices conformément aux sentences des oracles, des devins et autres marabouts.

Ils sont légion les albinos qui ont mystérieusement disparu dans la foulée des campagnes électorales et qu’on n’a pas retrouvés mais cela n’émeut personne, même pas leurs propres parents.

Dans les villes comme dans les campagnes, la condition d’albinos est un lourd fardeau. Dans certains coins de brousse, le garçon albinos n’est pas circoncis avec ses semblables, on se débrouille pour lui faire subir cette opération à part et presque en cachette.

Pour un père ou une mère, le mariage d’un albinos représente la chose la plus ardue au monde. S’il n’est pas de parents aisés, ayant quelque situation dans son milieu, à moins de tomber sur une fille de mêmes conditions et de même pigmentation que lui, le garçon albinos risque le célibat à vie.

Quant à la fille, sa situation est encore plus dure, surtout si elle sort d’un milieu pauvre. Les garçons la fuient comme la peste et invoquent des raisons tout à fait ridicules comme ses yeux qui font peur, son odeur suffocante, sa peau qui colle, etc, pour ne pas la fréquenter. En un mot, tout est prétexte pour lui trouver des poux sur la tête.

Dans les temps anciens, l’albinos n’était pas enterré au village. Son corps était conduit nuitamment en brousse et déposé dans une grotte qu’on refermait sommairement avec des branchages. Dans certaines zones, il était transporté loin du village et jeté en pâture aux hyènes, aux vautours et aux charognards.

L’introduction de l’islam a un peu modifié le comportement des gens avec les cadavres d’albinos qui ne sont plus jetés mais enterrés, même si cet enterrement est encore entouré du plus grand secret et du plus grand mystère.

Rares sont d’ailleurs les gens qui en ville pensent se targuer d’avoir assister à un enterrement d’albinos et dans le plus grand cimetière de Bamako on chercherait en vain le tombeau d’un albinos.

Et en réalité, hormis les parents biologiques, personne ne sait ce qui peut advenir des corps d’un albinos, même aujourd’hui.

15 commentaires pour Discriminations: Nous ne sommes pas des sorciers (Albinos under threat as Africa struggles with its long witchcraft heritage)

  1. SOULAMA MAKETI dit :

    Lorsque l’ignorence se cumule à la bétise on ne peut que dénoncer l’absurdité de la condition humaine.
    Je suis albinos et fier de l’être

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  2. ANDRE MULUMBA dit :

    Je suis journaliste d’origine africaine et je vis au Canada. Avec un ami journaliste camerounais mais base au Ottawa. On a monte une ONG nord americain pour la defence des albinos en Afrique. si vous avez des idees a nous donner, elles sont les bien venues.

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    • ALAZARD dit :

      Bonjour , je soutiens la population albinos dans différents pays.Avez-vous un site internet qui permette de voir quelles sont vos activités ? Je suis en relation avec des Albinos au cameroun. Si vous souhaitez me contacter…Nathalie ALAZARD (France)

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    • sekongo dit :

      je suis sekongo,vivant en cote d’ivoie et j’en suis un sepandent je voulais en faire partire de votre ONG car j’envisage en cree mais je manque de moyens financier. je suis au:225 018 492 43. merci de votre bonne comprehension!

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  3. jcdurbant dit :

    Ce serait avec plaisir mais je ne suis pas du tout spécialiste de la question.

    En revanche, je serais intéressé par ce que vous vous faites dans votre association …

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  4. martin bora dit :

    je vis en RDC.je dois vous avouer que pour moi c’est horrible .pour ma part je suis tres amoureux de femmes albinos et je suis a la recherche d’ une albinos a epouser .c’est mal vu dans mon milieu mais pour moi c’est une realite.

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  5. BONAHO dit :

    JE DIS MERCI A TOUS J AI MA FILLE ALBINOS QUI SOUFFRE D UNE FORTE MYOPIE ET EST L OBJET DE MOQUERIE DS SON ECOLE ET J EN SOUUFFRE

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    • ALAZARD dit :

      Bonjour, où habitez-vous? Votre fille porte-t-elle des lunettes ? Avez-vous une ordonnance pour elle ? Je peux peut-être lui fournir des verres correcteurs. Si vous le souhaitez, contactez-moi. Nathalie

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  6. je suis une Albinos en CÔTE D’IVOIRE,j’ai besoin de votre aide pour nos problèmes d’yeux ma sœur et moi,nous avons vu plusieurs docteurs. Ils ont tous dis que c’était naturel qu’ils pouvais rien faire pour nous COMMENT PROC2DER POUR CRÉER UNE ASSOCIATION D’ALBINOS en CÔTE D’IVOIRE?

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  7. nous avons besoin de votre aide pour avoir des verres correcteurs, nous sommes des Albinos de la CÔTE D’IVOIRE.Et savoir comment créer une association d’albinos dans notre pays

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  8. Martin dit :

    moi je suis par contre très amoureux de femmes albinos. et je suis à la recherche d’une femme albinos pour mariage. dames albinos, si vous cherchez la même chose, n’hésitez pas à me contacter. vous ne serez pas déçues. je vous laisse mon email: martini_co@yahoo.fr

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  9. peut-on avoir des filles albinos oculaire lors d’une union consanguine avec les deux parents portant la maladie a l’etat recessif?

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  10. korotimi ouattara dit :

    Je pense qu’ils sont comme tout le monde, et en plus d’autres personnes sont prêtent pour les acceuillir dans leur famille.

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