Procès Fofana: Quand la violence des images prépare à la violence des groupes (As you sow so shall you reap)

https://i0.wp.com/photos1.blogger.com/blogger/421/1695/320/PEARL.jpgJ’ai tué un juif! J’irai au paradis! Adel (novembre 2003)
On est des Arabes et des Noirs, faut qu’on se soutienne. (…) Les juifs sont les rois car ils bouffent l’argent de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février 2006)
Allah et son prophète, ils aiment pas les juifs. (…) Mort à Israël! Yousouf Fofana (aux juges d’instruction l’interrogeant sur les motivations antisémites de son geste)
On est en guerre contre ce pays (…) Ce pays, on le quittera quand il nous rendra ce qu’on nous doit. Tribu Ka (novembre 2006)
Ils ont écrit ‘sale juif’ et ‘sale pédé’ sur son visage avec du Typex, avant de lui faire avaler des mégots de cigarette, un suppositoire, et de l’obliger à sucer un préservatif déroulé sur un bâton. Clarisse Grillon (secrétaire générale du tribunal de Nanterre, février 2008)
L’un d’entre eux s’est acharné contre Ilan en disant je n’aime pas les Feuj !!
Il y a un grand nombre de gens mis en cause dans l’affaire d’Ilan (vingt-sept en tout), à qui il faut ajouter les amis, les petits-amis et petites-amies et parfois les parents. On arrive à une quarantaine de personnes qui, elles, savaient pertinemment qu’un jeune homme était détenu, nourri à l’aide d’une paille, ficelé, baillonné, voire frappé. Et toutes ces personnes se sont tues (…) [alors qu’] un simple coup de fil anonyme aurait mis en quelques heures fin au calvaire d’Ilan Halimi. Alexandre Lévy
Dans cette histoire, on retrouve tous les ingrédients du fonctionnement des ghettos : la logique du groupe qui fait commettre des actes qu’on ne commettrait pas individuellement, la présence d’un leader charismatique, la loi du silence, la peur, l’absence de solidarité avec des gens extérieurs au quartier et l’antisémitisme qui circule dans le groupe et d’une certaine façon le cimente, donnant à chacun l’illusion d’exister et d’être en possession d’une forme de compréhension supérieure qui échappe au commun des mortels. On est sur des logiques collectives assez classiques. (…) La focalisation sur les événements du Proche-Orient vient du fait que les gens sont antisémites, pas l’inverse. L’antisémitisme puise ses racines dans les conditions sociales et le vide politique qui règnent dans certaines banlieues. C’est une forme de ‘socialisme des imbéciles’ . Quand on écoute les gens tenir des propos antisémites, ils font leur portrait à l’envers : les juifs sont puissants, je suis faible ; ils sont partout, je suis nulle part; ils sont solidaires, je suis seul ; ils ont le droit de revendiquer leur identité, nous, au contraire, n’avons aucun droit, etc. Didier Lapeyronnie (sociologue)
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, suite à des manifestations anti-guerre d’Irak marquées par nombre de cris d' »A mort les juifs! », avril 2003)
Ce procès devrait aussi être celui de la négation de la montée de l’antisémitisme. Là encore, la bien-pensance a refusé, notamment après le déclenchement de la deuxième intifada, en Palestine, en septembre 2000, d’en voir les conséquences en France, avec une volonté d’exporter le conflit, de la part de groupes se réclamant du soutien à la Palestine. Riposte laïque

Enlèvement et scènes de barbarie apparemment inspirés des publireportages d’Al-Qaida généreusement relayés par nos médias, photos de la victime nue avec un sac sur la tête et une arme sur la tempe envoyées à la famille, multi-tentatives d’enlèvement comme d’extorsions de fonds sous couvert de groupes terroristes (dont le patron d’Arte et un fondateur de MSF), système sophistiqué de cloisonnement des tâches et des équipes, entrée dans le tribunal en criant ‘Allah akbar’, avocats (payés par la République !) dont l’une est épouse du terroriste Carlos et l’autre l’un des anciens défenseurs de Saddam, conversion à l’islam en prison, insultes antisémites …

A l’heure où, après le choix du rayeur de cartes pour inaugurer une conférence sur le racisme, l’on apprend que la ville choisie par l’UNESCO comme capitale mondiale du livre 2009 interdit toute œuvre ayant le moindre rapport avec les juifs ou dont les auteurs, comme Jane Fonda, ont visité Israël …

Où Dieudonné s’apprête à nous refourguer pas moins de cinq listes antisémites (pardon: « antisionistes »!) pour les toutes prochaines élections européennes …

Et où, s’appuyant sur des décennies de politiquement correct et d’impunité face au déferlement antisémite de la rue et la complaisance de nos médias, l’auteur afro-français actuellement en procès d’actes de barbarie tente de se faire passer pour « victime d’une République, forcément raciste et colonialiste » …

Retour, avec le site Ripose laïque, sur ce « discours irresponsable » et « victimaire », « relayé par des associations complices », qui, en désarmant les forces de l’ordre et délégitimant toute répression, a contribué à l’installation dans certaines zones d’une véritable loi du silence rendant possible pendant trois longues semaines un tel calvaire …

Fofana, où la réalité brutale de 30 ans de politiquement correct
Cyrano
Riposte laïque
1er mai 2009

Le procès du « gang des Barbares », qui a commencé ce mercredi, se déroulera, jusqu’au 10 juillet prochain, à huis clos, sous le prétexte que deux des accusés, sur les vingt-sept, étaient mineurs au moment de l’assassinat d’Ilan Halimi.

Au-delà des arguments juridiques, un exemple comme celui de Fofana et de ses complices éclate à la figure de tous ceux qui, depuis des années, cherchent à nier une réalité qui dérange, parce qu’elle est effrayante, et remet en cause un discours politiquement correct bien rodé, majoritaire dans les médias, et les grands partis.

Il est intéressant de constater qu’il débute à un moment où plusieurs événements font voler en éclats la volonté de cacher la réalité aux Français. La diffusion de « La Journée de la Jupe », malgré la volonté de censure du système, a, grâce à Arte et au talent d’Isabelle Adjani, montré la réalité d’une école publique où les futurs Fofana font la loi, contre les enseignants, contre les filles, avec la complicité des élites de l’Education nationale, et de certains enseignants gauchisants. La violence de l’agression du bus, et sa divulgation sur internet, ont montré au grand jour une réalité quotidienne des transports parisiens, la brutalité des apprenti-Fofana et le racisme anti-français de beaucoup de voyous.

L’horreur que révèlera ce procès devrait faire voler en éclats, une fois de plus, le discours victimaire de nombreux sociologues, et toute la culture compassionnelle des petits bobos de gauche et d’extrême gauche. Combien d’entre eux, pendant des années, ont expliqué les violences urbaines par la seule question sociale ? Combien ont traité de racistes les classes populaires qui en étaient les principales victimes ? Combien ont nié la gravité de la situation, et l’existence grandissante, dans les quartiers, de petits caïds sans foi ni loi, ayant adapté totalement les règles de la loi du système capitaliste, où les plus forts écrasent les plus faibles sans ménagement. Combien ont refusé de voir qu’une frange de cette génération refuse l’intégration, et veut la « thune » sans passer par la case travail ? Combien n’ont eu dans la bouche que le mot « prévention », et le refus de la moindre « répression », considérée comme sécuritaire, voire fascisante ?

Ce discours victimaire, relayé par des associations complices, a transformé des crapules psychopathes comme Fofana en victimes d’une République, forcément raciste et colonialiste. Il a empêché tous les gouvernements d’agir efficacement. Il a paralysé la police. Il a consolidé des zones de non-droits. On a même entendu des démagogues comme Besancenot et Bové réclamer que les flics quittent les quartiers, car ce serait leur seule présence qui provoqueraient les incidents. On a vu l’ensemble de la gauche et de l’extrême gauche suivre la LDH et le Syndicat de la Magistrature, dans le déni de la réalité, et mettre toutes leurs forces dans la bataille pour empêcher le gouvernement de changer des lois qui protégeaient les mineurs, refusant de voir que la violence des jeunes délinquants actuels n’avait plus rien à voir avec celle de 1945.

Ce discours irresponsable a laissé des Territoires perdus de la République aux mains de petits mafieux à la Fofana, qui imposent la loi du silence. Là encore, le calvaire d’Ilan, pendant trois semaines, n’a pu être possible que parce l’omerta règne. Chacun sait que le citoyen qui aurait, par civisme, cherché à alerter les autorités se serait mis en danger, parce qu’il aurait été considéré comme une balance par les petits caïds mafieux.

Ce procès devrait aussi être celui de la négation de la montée de l’antisémitisme. Là encore, la bien-pensance a refusé, notamment après le déclenchement de la deuxième intifada, en Palestine, en septembre 2000, d’en voir les conséquences en France, avec une volonté d’exporter le conflit, de la part de groupes se réclamant du soutien à la Palestine. L’antisémitisme, en 2009, en France est totalement différent de celui de l’extrême droite de Henry Coston ou de Charles Maurras. On voit des rapprochements, sur la base de l’antisionisme, entre le tandem Soral-Dieudonné, et des prédicateurs de l’UOIF, comme Hassan Iquioussen, au discours ouvertement antisémite.

On a vu, lors des dernières manifestations, en janvier, en France, l’inquiétant potentiel antisémite qui s’est affiché ouvertement, dans des manifestations où le Hamas n’était jamais condamné, où on amalgamait Israël à Hitler, ou à l’Afrique du Sud. On a vu les islamistes, qui rêvent de voir ce pays disparaître, imposer leurs prières dans l’espace public, montrant leur volonté d’utiliser le conflit de Gaza pour imposer la charia dans notre pays.

Pendant des années, dire que la majorités des délinquants des quartiers étaient des enfants issus de l’immigration, à l’image d’un Fofana, valait à son auteur les pires procès en sorcellerie, dont bien évidemment l’accusation de racisme et d’incitation à la haine raciale. Un journaliste, auteur du livre « La guerre des rues », Christian Jelen, osera pourtant écrire cela, dans ce livre, en 1998 (il mourra quelques semaines après la sortie de l’ouvrage) ce que tout le monde constatait au quotidien, et que la bien-pensance interdisait d’écrire. Il fournira des explications sociologiques fort éloignées de toute approche raciste. Qu’il soit remercié d’avoir eu ce courage.

Ce procès ne pose-t-il pas également des questions qu’il sera de plus en plus difficile de continuer à escamoter, parce que la réalité finit toujours par s’imposer face aux discours dogmatiques. Une immigration incontrôlée, laxiste, sans aucune exigence d’intégration, avec un chômage de masse, dans un contexte où, en France, depuis 30 ans, on crache sur notre pays, on distille un discours haineux contre ses habitants, on siffle son hymne national, on détricote son unité, on remet en cause ses valeurs, ne peut-il pas qu’engendrer des barbares comme Youssouf Fofana.

Autre question dérangeantes, que ce procès met en avant, et que les responsables politiques esquiveront : est-il normal qu’un Youssouf Fofana ait eu la nationalité française, automatiquement, sous prétexte qu’il est né dans notre pays ? Le Haut conseil de l’intégration (HCI), dans un rapport qu’il faut faire connaître, met les pieds dans le plat, sur une question taboue. Voilà ce que Malika Soral ose écrire : « Le HCI reconnaît, en filigrane, que la nationalité française ne doit être accordée à un migrant qu’en fin du processus d’intégration (p.9). La nationalité doit venir reconnaître qu’une personne est devenue pleinement française, c’est-à-dire qu’elle est désormais porteuse de l’idéal français. (…) Vous aurez déduit de vous-mêmes que l’acquisition automatique de la nationalité par le biais de la naissance sur le territoire français ou par le mariage avec un Français sont contraires aux recommandations du HCI. »

Et encore : « Ce n’est que lorsque la nationalité attribuée par la France sera redevenue réelle, et non factice, que les Français cesseront d’éprouver le besoin de parler de “Français de souche” et de “Français d’origine étrangère”. C’est la France qui, en donnant sa nationalité à un nombre considérable de personnes qui ne portaient pas son idéal, s’est rendue coupable de l’introduction de la notion de deux classes de Français. »

De quoi faire hurler la Halde, et toute la bien-pensance humanitariste.

On a appris que, pendant le calvaire d’Ilan, Fofana a fait deux voyages en Côte d’Ivoire, sans compter celui de sa fuite. Cela n’interroge-t-il pas les services de l’Etat qu’un garçon présenté comme chômeur, peut-être touchant le RMI, puisse avoir un train de vie totalement incompatible avec ses revenus déclarés ? Combien de Fofana touchent des aides sociales, et affichent un train de vie qui est une insulte pour les travailleurs de plus en plus pauvres ?

Enfin, ce procès ne devrait-il pas également interpeller nos amis laïques qui, de Henri Pena Ruiz à Marc Blondel, refusent encore aujourd’hui, en 2009, de considérer qu’il y a une spécificité islamique, et que le projet politico-religieux de l’islam est ouvertement un appel à la violence contre quiconque n’est pas musulman ?

Que Fofana entre dans le tribunal en criant « Allah akbar », qu’il ait pour avocate (payée par la République !) l’épouse du terroriste Carlos, converti à l’islam, ne pose-t-il pas des questions à ceux qui continuent à nier le lien de plus en plus évident entre la voyoucratie et l’islam, unis pour imposer des lois incompatibles avec celles de la République ? Comment se fait-il que l’islam soit la première religion des prisons, dans notre pays, et que nombre de crapules s’y convertisse ?

Ce procès ne montre-t-il pas également l’échec de Nicolas Sarkozy, élu pour faire respecter les valeurs de la République. Avec l’incompétente Alliot-Marie, il se montre aussi inefficace que la gauche, pour lutter contre tous les Fofana qui continuent de pourrir la vie des quartiers et d’inspirer la terreur. Avec ses discours à géométrie variable, il est incapable de trancher clairement : Fadela Amara ou Yazid Sabeg ? République, intégration, ou communautarisme et droit à toutes les différences ? Haut commissariat à l’Intégration (HCI), qui veut mener une réflexion sur la nationalité française, ou Halde, qui veut faire sauter la barrière de la nationalité dans la fonction publique ?

Immigration incontrôlée, territoires perdus de la République, haine de la République et de la France, communautarisme, négation de la montée de l’antisémitisme, négation de la dictature de la voyoucratie, négation de l’offensive de l’islam contre la laïcité et la République… ce procès du gang des Barbares ne devait-il pas être aussi celui du politiquement correct qui, en 30 ans, a permis que la réalité de la France ait aujourd’hui le visage de la barbarie d’un Fofana, et hélas, avec lui, de milliers d’autres bombes à retardement pour qui il est une idole ?

Cyrano

(1) http://puzzledelintegration.blogspirit.com/archive/2009/04/27/avis-du-haut-conseil-a-l-integration.html
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Voir aussi:

Gang des barbares : « Ilan Halimi était délibérément ciblé parce qu’il était juif »
Le Monde
28.04.09

ingam : L’antisémitisme du gang des barbares est-il avéré ?

Patch : Pouvez-vous revenir sur la dimension antisémite de cette affaire ?

Alexandre Lévy : La circonstance aggravante d’antisémitisme a été retenue dans ce dossier, le 20 février 2006, par les deux juges chargés de l’affaire. A l’époque, les magistrats ont motivé leur décision sur la base des dépositions de certains membres du gang qui expliquaient qu’Ilan avait fait l’objet de mauvais traitements d’un des geôliers qui « n’aimait pas les feujs ». Dans plusieurs autres dépositions transparaissent les motivations antisémites de ce gang dont le chef était persuadé que les juifs ont de l’argent, et, s’ils n’en avaient pas, qu’ils font partie d’une communauté suffisamment solidaire pour que d’autres juifs paient pour pouvoir récupérer l’un des leurs.

Cette question de l’antisémitisme est lancinante et douloureuse, surtout pour la mère d’Ilan Halimi, Ruth. Selon elle, elle est également centrale dans le destin tragique de son fils, et dans son livre elle accuse notamment les policiers de ne pas avoir tenu suffisamment compte du fait qu’Ilan était juif.

Yaël F.: On a beaucoup dit que la police avait sous-estimé le gang des barbares et sa violence haineuse. Est-ce vrai ?

Alexandre Lévy: Cette question fait partie de la longue liste des reproches que la mère d’Ilan adresse à la police. Après enquête, je peux affirmer qu’à aucun moment les policiers de la brigade criminelle n’ont sous-estimé le danger auquel était exposé l’otage. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils n’ont communiqué qu’à minima sur cette affaire, faisant le pari que moins il y avait de bruit autour de cette séquestration, plus on avait de chances de retrouver Ilan vivant. C’est pour cela que les médias ont été tenus à l’écart et que les portraits-robots, notamment d’une des filles-appâts, n’ont pas été diffusés, alors que la police les avait dès la première semaine de l’enquête. Ensuite, les policiers se sont rapidement rendu compte qu’ils avaient affaire à un gang très sophistiqué pour ce qui concerne les moyens de communication, mais « minable » pour ce qui est de récupérer la rançon.
lingam: De quel milieu sont issus les membres du groupe ? Comment était organisé le gang ? Fofana était-il leur leader ? De quelle manière s’exerçait sa domination ?

Alexandre Lévy: Au départ, le gang des barbares est une petite bande de banlieue, basée à Bagneux. Ses membres habitent deux barres HLM de la commune. Ils sont âgés de 16 à 32 ans et vivent de petits boulots, de trafics et de larcins. Les jeunes qui composent ce groupe sont de toutes origines. Les policiers diront un « melting pot » du crime. Ils sont tous français.

Sous l’autorité de Youssouf Fofana, qui reconnaît être le chef de la « bande de quartier », ce groupe protéiforme a tenté plusieurs opérations de nature criminelle, l’extorsion de fonds, et ensuite le kidnapping. Le « caïd » met également en place un système très efficace de cloisonnement des tâches et des équipes chargées de les effectuer. Il apparaît comme le seul ayant une vue d’ensemble de l’entreprise criminelle en cours.

Au fil des différentes tentatives de kidnapping, la bande s' »améliore » constamment. Elle apprend très vite de ses erreurs et adapte constamment son dispositif en le perfectionnant jusqu’à l’affaire Ilan, qui est sa première tentative de rapt concluante.

wilfried : Fofana est-il quelqu’un de violent ?

Alexandre Lévy : Plusieurs complices de Fofana ont fait état de violences exercées par celui qu’ils appellent le « boss » à l’égard de l’otage. Il est également accusé par un autre membre du gang d’avoir porté les coups de couteau et aspergé d’essence Ilan dans la nuit de sa mort. Plus généralement, l’ultraviolence de ce gang, leur absence de morale et de repères existentiels ont beaucoup choqué l’opinion publique au moment de l’affaire.

Patch : Dans son livre, la mère d’Ilan Halimi accuse les voisins d’avoir été au courant et de n’avoir rien fait. Qu’en est-il ?

Alexandre Lévy: Je me suis rendu à plusieurs reprises à Bagneux dans la cité de la Pierre-Plate, pour essayer de voir de mes propres yeux cet endroit qui a servi de geôle à Ilan. Depuis, cet ensemble de cités a été repeint, rafraîchi, comme pour oublier le drame qui s’y est joué. A Bagneux, j’ai rencontré des gens simples et modestes, des retraités, des familles d’origine africaine comme de toutes autres origines, pour qui cette affaire reste un traumatisme. Je ne peux pas affirmer que « toute la cité savait et s’est tue », comme cela a pu être dit.

En revanche, il y a un grand nombre de gens mis en cause dans l’affaire d’Ilan (vingt-sept en tout), à qui il faut ajouter les amis, les petits-amis et petites-amies et parfois les parents. On arrive à une quarantaine de personnes qui, elles, savaient pertinemment qu’un jeune homme était détenu, nourri à l’aide d’une paille, ficelé, baillonné, voire frappé. Et toutes ces personnes se sont tues.

Les policiers continuent de s’arracher les cheveux à l’évocation de cette réalité. Pour eux, un simple coup de fil anonyme aurait mis en quelques heures fin au calvaire d’Ilan Halimi.

lingam: A la veille de l’ouverture du procès, quelle est la ligne de défense des accusés ?

Alexandre Lévy : Il est important de savoir, que même dans une affaire de criminalité organisée, il n’y a pas de responsabilité collective, mais individuelle. Chacun des membres du gang devra répondre de ses propres actes, qui vont de la non-dénonciation de crime jusqu’à l’assassinat.

Concernant le principal accusé du procès, Youssouf Fofana, c’est un peu la grande inconnue. Pendant les trois années d’instruction du dossier, Fofana a « usé » les services d’une quarantaine d’avocats. Un temps, il a envisagé de se défendre seul. Aujourd’hui, il semble avoir changé d’avis. Lors des auditions, il a endossé les habits de l’antisioniste et du défenseur des Palestiniens, des musulmans et du « peuple noir ». Il a violemment insulté les magistrats instructeurs, verbalement ou par courrier, ce qui lui a valu une condamnation pour outrages en 2007.

Maintenant, dans les faits, il sera certainement sommé de donner des explications sur ce qui s’est passé pendant ces trois semaines, et surtout dans la nuit du 12 au 13 février, lorsqu’Ilan est mort de façon atroce. Dans des déclarations antérieures, il a tout mis sur le dos de son complice, Craps, un jeune homme qui aurait joué le rôle de gros bras dans l’enlèvement d’Ilan. Craps, qui s’est livré de lui-même à la police, nie avoir donné la mort à Ilan Halimi.

lingam : Que veulent les parties civiles ?

Alexandre Lévy : Les parties civiles veulent surtout que justice soit faite et que les débats précédant le verdict puissent être publics. La mère d’Ilan a déjà déposé une requête en ce sens. Elle estime que « le silence a déjà tué une fois son fils » et elle espère qu’un procès public permettra que de tels agissements ne se reproduisent plus. Cette question sera certainement débattue le jour de l’ouverture du procès, le 29 avril.

balneolais : Pourquois la justice a-t-elle choisi de tenir ce procès à huis clos ?

Alexandre Lévy : La loi sur la délinquance des mineurs prévoit le huis clos. Deux des personnes jugées étant mineures au moment des faits, cette mesure s’applique à l’ensemble des prévenus. En revanche, si les personnes mineures consentent à lever le huis clos – et c’est l’espoir de la mère d’Ilan et de son avocat -, le procès sera public. Et on peut s’attendre à ce que le premier jour du procès la question leur soit posée avec beaucoup d’emphase par la mère d’Ilan.

jose : Ne pensez-vous pas qu’un procès public risquerait encore plus de stigmatiser ceux que les médias et les politiques appellent « les jeunes » de banlieue ?

Alexandre Lévy : Je ne pense pas que le gang des barbares représente ces « jeunes ». Moi-même, j’habite en banlieue, mes enfants y sont nés, y vont à l’école, et honnêtement, je ne crois pas qu’il puisse y avoir une seule et unique banlieue et que celle-ci soit la même que celle de la bande de Bagneux.

Je pense en revanche qu’un procès public permettra de mieux faire la différence, justement, entre ces agissements extrêmes et une vie somme toute assez paisible. Lorsque je me suis promené à Bagneux, devant les immeubles de la Pierre-Plate, ou de l’allée Prunier-Hardi, j’ai été frappé par le côté village, voire coquet, de l’endroit.

Girafe : Y a-t-il des doutes sur l’issue du procès ?

Maroussia : Quelles sont les peines encourues ?

Alexandre Lévy : On ne peut jamais prévoir un verdict. Une chose est sûre : la majorité des personnes jugées sont accusées de faits extrêmement graves pour lesquels la législation prévoit de lourdes peines. Cela peut aller de six ou sept ans jusqu’à la perpétuité.

joben75 : Ne craignez-vous pas que cette affaire « donne des idées » à d’autres personnes ?

Alexandre Lévy : Je veux insister sur un point : le gang des barbares a lamentablement échoué dans le sens où il n’a récupéré aucune rançon tout en se rendant coupable du crime le plus odieux. Même si certains – et cela a déjà été le cas depuis trois ans – ont visiblement été inspirés par le côté « Orange mécanique » du gang, il faut rappeler que de telles pratiques n’ont aucune chance d’aboutir.

Ça a été d’ailleurs une des questions pour lesquelles la police a été critiquée : pourquoi ne pas avoir versé ne serait-ce qu’une petite somme aux ravisseurs ? Dans les affaires de prise d’otage, c’est une règle d’airain : on ne paie jamais de rançon, et si on le fait, c’est uniquement dans le but de monter un piège pour récupérer à la fois l’otage et appréhender les ravisseurs. Les policiers n’ont pas dérogé à cette règle dans cette affaire.

blabla : Pensez-vous que ce crime aurait eu une telle répercussion s’il ne comportait pas précisément une dimension antisémite ?

Alexandre Lévy : Rarement une affaire criminelle aura tant bouleversé l’opinion publique française. Et pas uniquement à cause du fait qu’Ilan était visiblement et délibérément ciblé parce qu’il était juif. Cette affaire est dramatique pour la simple raison que dans une société avancée, civilisée et démocratique, nous avons été témoins de pratiques « barbares ». Ce n’est pas pour rien que le gang a pris ce nom. Cette violence et ces pratiques crapuleuses se sont exercées entre fils et filles de la République qui ont pratiquement le même âge. L’amoralité dont ont fait preuve ces jeunes, somme toute assez banals, continuera de nous tourmenter tous.

Sur l’aspect antisémite, il faut essayer de comprendre les motivations de la mère d’Ilan, même si on ne partage pas jusqu’au bout ses convictions. Tous les symboles entourant la mise à mort de son fils n’ont pas manqué de lui rappeler, et c’est normal, les pires moments de l’histoire de France et d’Europe : Ilan a été tondu, poignardé, brûlé, et abandonné le long d’une voie ferrée. Tout est là.

Chat modéré par Elise Barthet

Voir encore:

Du guet-apens au meurtre
Les aveux de membres du «gang des barbares» déroulent le fil des événements.
Patricia Tourancheau
Libération
29/04/2009

Le 20 janvier 2006, Ilan Halimi disparaît. Sa trace téléphonique se perd à 0 h 44 à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, après un rendez-vous avec une fille. Le lendemain, sa compagne et son père reçoivent une demande de rançon de 450 000 euros. Les négociations et recherches capoteront. Le 13 février, Ilan Halimi, 23 ans, est découvert à l’agonie près de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne). Retour sur la prise d’otage, la détention et le meurtre d’Ilan Halimi à travers les aveux de certains membres du gang de Youssouf Fofana.

Le piège
«Il cherchait une bête de meuf»

«Yalda», Iranienne de 17 ans, charmeuse et sans repères, a été recrutée par Youssouf Fofana grâce à Tifenn, 19 ans, une «fugueuse» de Bagneux, scolarisée dans le même foyer éducatif : «Il cherchait une bête de meuf et il a pensé à moi.» Le 17 janvier 2006, Fofana, qu’elle appelle «Oussama» comme Ben Laden, l’emmène dans sa Twingo noire vers «un quartier juif» du côté de la place de la République et la laisse devant une boutique de téléphones, boulevard Voltaire. Il explique : «Je veux prendre un des juifs en otage car les juifs sont solidaires entre eux et ils paieront.» Yalda entre : «Ilan était seul.» Elle le trouve «mignon». Elle lui demande son numéro et le donne aussitôt à Fofana dehors. Il la félicite : «Avec toi, je sens que je peux faire de bonnes affaires. Vu ton physique, tous les garçons tomberont dans le panneau.»

«Oussama» persuade Yalda qu’ils sont dans la même galère et prétend que «les juifs sont les rois car ils bouffent l’argent de l’Etat, et lui est noir, considéré comme un esclave par l’Etat». Il n’est «pas possible» à ses yeux que la famille d’Ilan ne puisse verser la rançon, car «s’ils n’ont pas d’argent, la communauté s’arrangera pour payer». Il dit qu’il a «une idée infaillible» pour récupérer la rançon et lui promet «5 000 euros». Une heure après sa visite, Yalda rappelle Ilan pour lui «proposer d’aller boire un verre vendredi soir, et il m’a dit « oui » direct.» Sitôt raccroché, Fofana «enlève la batterie et la puce du téléphone, afin que la police ne puisse pas le repérer».
L’enlèvement
«Dégage !»

Vendredi 20 janvier, Yalda fixe un «rendez-vous à Ilan devant le café Paris-Orléans», porte d’Orléans, à 23 heures. Fofana lui conseille de rester «naturelle» et de «le chauffer» : «Je devais conduire Ilan dans un endroit prévu par lui, et des garçons devaient s’occuper de tout ensuite.» Il entraîne la jeune fille à Sceaux pour repérer les lieux du guet-apens, à la «coulée verte», non loin d’un gymnase. Il est 23 heures. Le chauffeur et chaperon des aguicheuses, «Moco»,dépose Yalda porte d’Orléans. Ilan l’attend. Elle arrive, toute belle, moulée dans un pantalon blanc, bottes montantes et manteau ouvert sur la poitrine. Ils vont au café, elle prend un Ice Tea, lui un Coca. Elle lui propose de «boire un dernier verre» chez elle. A Sceaux, elle lui demande de se garer sur le parking du gymnase. Ils marchent dans le parc. «Je ne sais pas où j’ai mis mes clés», dit-elle soudain. «Clés», c’est le code, le signal. Trois garçons cagoulés jaillissent des fourrés et sautent sur Ilan. «Dégage !» hurle Fofana à Yalda, «bouleversée», dit-elle, par les cris d’Ilan qui «demande de l’aide d’une voix aiguë de fille».

La détention
«Il n’a pas essayé de crier»

Les trois kidnappeurs conduisent l’otage à Bagneux (Hauts-de-Seine), dans un appartement inoccupé au 3e étage du 1 de la rue Sergueï-Prokoviev. Cet endroit a été trouvé par Samir Ait Abdelmalek dit «Smiler», 27 ans, qui a soudoyé le concierge pour avoir les clés. Quatre garçons de la cité, recrutés par Fofana pour «garder» un homme pendant trois jours en échange de 5 000 euros, réceptionnent Ilan Halimi à minuit, menotté, attaché, entouré d’adhésif gris comme une momie, les yeux scotchés, avec juste un trou pour respirer. Sur ordre de Fofana, ils portent des gants et n’ont pas le droit de se servir des portables. Le lendemain, «the brain» vient inspecter et masquer les fenêtres. Sur ses instructions, Zigo, 17 ans, «propose à manger» à l’otage : «Comme il a acquiescé, j’ai fait un trou avec une paire de ciseaux au niveau de sa bouche, et je lui ai donné des protéines [aux légumes et à la vanille] à l’aide d’une paille.»

Parti en Côte-d’Ivoire pour négocier à distance la remise de 450 000 euros de rançon via la Western Union, Fofana téléphone à Smiler car «les parents d’Ilan veulent une photo de leur fils en bonne santé». Smiler photographie Ilan entortillé d’adhésif argenté, pistolet pointé sur la tempe «pour impressionner». Ce cliché a été envoyé d’un cybercafé d’Arcueil à la famille. Jérôme, 20 ans, «parle en cachette avec l’otage», lui achète «deux cheeseburgers, des frites et une boisson chez un grec», enlève son bâillon et le nourrit : «Ilan me faisait confiance et il n’a pas essayé de crier.»

Les geôliers attendent la libération de l’otage pour le mardi. Comme convenu, ils le déshabillent et le nettoient, découpent ses vêtements car «le boss a gardé les clés des menottes». Mais Smiler annonce : «C’est mort, il ne part pas ce soir.» Fofana l’a appelé d’Abidjan, «vachement remonté car il ne devait pas avoir eu l’argent qu’il escomptait». Il lui demande alors une «photo gore avec du sang, qui marque les esprits». Ou alors «avec un manche à balai dans l’anus». Pas d’accord, Smiler et Jérôme essayent de «trouver du faux sang dans un magasin de farces et attrapes». Ils organisent une mise en scène avec le manche à balai, sans parvenir à envoyer l’image. Ils transmettent par mégarde à la famille une autre photo d’Ilan, sur fond de ballons et d’«happy birthday».

La panique
«On doit le libérer»

«Sans nouvelles de personne», les geôliers s’impatientent. Jérôme ne comprend pas que les autres soient «brutaux» avec Ilan qui se tient pourtant «tranquille». «Surtout Zigo qui lui donne parfois des coups de manche à balai» et a «voulu écraser son joint sur le front d’Ilan». Parce que c’est un «feuj» (juif) ou qu’il «réclamait une deuxième cigarette». Zigo dit qu’il «n’aime pas l’accompagner faire caca» et que si la victime insiste ou «gémit», ça «l’énerve» : «Je lui mettais un coup ou une claque au visage pour qu’il se taise.»

La détention d’Ilan dure depuis une semaine. Jérôme, qui a pitié, laisse tomber. Smiler sent que «c’est foutu» et dit à Fofana, revenu à Bagneux : «Il faut arrêter, on doit le libérer.» L’autre refuse : «Pas de panique, je vais y arriver.» La nuit même, Fofana transporte Ilan sur son dos à la cave pour libérer le logement où commencent des travaux. Le geôlier Yaya, 18 ans, analphabète, livreur de pizzas, décroche à son tour au bout de la deuxième semaine, mais trouve deux «potes» pour prendre sa suite. Reparti en Côte-d’Ivoire, Fofana exige de Smiler une photo d’Ilan «avec du sang». La victime est allongée sur une couette, dans la chaufferie. Smiler trouve Ilan «épuisé, au bout du rouleau» mais dit que «personne n’ose le libérer par crainte de Youssouf». L’aîné du gang pressent que «tout est cuit». Qu’il n’y aura pas d’argent. Il balafre quand même son otage à la joue, d’un coup de cutter, et transmet le cliché à sa famille.

Le meurtre
«C’est bon, il va partir»

Dimanche 12 février, Fofana rentre d’Afrique. Nouvel échec. Les derniers geôliers baissent les bras. Smiler répète que «tout le monde en a marre», qu’il faut relâcher l’otage. Fofana n’a plus le choix. «D’accord, c’est bon, il va partir.» Il ordonne aux geôliers de raser les cheveux d’Ilan et de le laver pour «effacer les preuves ADN», de le dénuder, le bâillonner et lui scotcher les yeux, puis le transporte enveloppé d’un drap dans le coffre d’une voiture volée. Le lendemain, «the brain» explique à Smiler qu’il l’a emmené dans un bois, mais qu’il a été obligé de lui donner des coups de couteau à la gorge, de l’asperger d’alcool à brûler et d’allumer avec un briquet, parce qu’Ilan avait «réussi à enlever son bandeau et l’avait regardé droit dans les yeux».

Voir enfin:

Meurtre d’Ilan Halimi : le récit des geôliers
Gérard Davet et Piotr Smolar

Le Monde

21.03.2006

Ils s’appellent Jérôme Ribeiro, dit « coup de tête », Samir Ait Abdelmalek, alias « Smiler », ou « agent Murphy », comme dans le film Matrix, Fabrice Polygone, Yahia Kaba et Jean-Christophe G., le seul mineur du groupe, surnommé « Zigo ». Ils ont entre 17 et 27 ans. Geôliers d’occasion, recrutés par Youssouf Fofana, 25 ans, – « le boss » – au hasard des cités de Bagneux. « Youssouf Fofana fait peur, très peur, a dit Jérôme Ribeiro aux policiers, on sait tous dans la cité qu’il ne faut pas l’enculer, sinon c’est chaud pour nous. » Un « grand » de la cité, ancien taulard qui les recrute à la mi-janvier pour quelques milliers d’euros. « Il m’a demandé si je voulais me faire beaucoup d’argent, j’ai répondu oui, a expliqué Jérôme Ribeiro. Il m’a indiqué qu’il suffirait de garder trois jours un homme. » Cet homme, c’est Ilan Halimi ; sa détention durera en réalité trois semaines, du 21 janvier au 13 février, jour où le jeune homme a été retrouvé à l’agonie. L’autopsie a conclu à un décès « consécutif à des brûlures étendues associées à des plaies cervicales par arme blanche ». Elle a également révélé la présence de multiples ecchymoses et éraflures.

« TRACES DE BRÛLURES »

La première semaine de séquestration se passe dans un appartement prêté par le concierge. Youssouf Fofana a installé le décor : des draps « de couleurs à motifs orange, pour masquer les murs ». Menotté, habillé d’un peignoir acheté chez Auchan, nourri de protéines liquides à l’aide d’une paille, ses geôliers autorisent Ilan Halimi à fumer un joint, entre deux gifles. Pour entrer dans l’appartement, un code : deux coups puis un autre, frappés sur la porte. Puis Ilan Halimi est transporté dans une salle de la chaufferie, sur les épaules du « boss ». Son sort ne varie guère. « Il pissait dans une bouteille et faisait caca dans un sac en plastique », a indiqué un geôlier, Yahia Kaba.

Les violences sont régulières. « Dès le premier jour, j’ai pu constater que l’otage présentait des traces de brûlures par mégots au niveau des côtes et du dos », a affirmé Cédric Birot Saint-Yves, autre geôlier. Pour Jean-Christophe G., les coups auraient débuté après un premier échec de remise de rançon. Selon lui, Ilan Halimi « a commencé à réclamer souvent des cigarettes. Tous les quatre, Nabil, Yahia, Jérôme et moi, nous lui avons mis des tartes quand il gémissait pour avoir des cigarettes. (…) Il m’est arrivé aussi de lui mettre de petits coups de balai sur les jambes, cuisses ou mollets. » Mais les épisodes les plus signifiants ont eu lieu avant de prendre des photos destinées à effrayer la famille de la victime : simulacre de sodomie avec un manche à balai, coup de cutter à la face infligé par Samir Ait Abdelmalek.

A la fin de la détention, les rotations sont de plus en plus laborieuses chez les geôliers. Certains se cherchent des excuses pour raccourcir leur tour de garde. L’impatience règne. Une réunion de crise est organisée dans le local, deux jours avant la mort d’Ilan Halimi . « La conversation s’est tenue devant l’otage, a raconté Cédric Birot Saint-Yves. Le boss nous a réunis afin de savoir qui voulait ou ne voulait pas continuer. (…) Nous craignions la présence de la police dans le secteur et nous pensions que nous n’aurions pas d’argent. » Nabil Moustafa confirme cet épisode : « On a dit qu’on en avait assez. Le boss a réfléchi et il a décidé qu’il n’y avait plus que ce soir-là, que l’autre devait dégager. » Mais le calvaire d’Ilan Halimi n’est pas fini. Youssouf Fofana aurait continué à entretenir l’espoir d’une rançon. « Il voulait obtenir de l’otage le numéro d’un membre de sa famille qui n’aurait pas encore été contacté », a affirmé Fabrice Polygone, qui dit être sorti afin de faire le guet. Les autres auraient alors infligé des violences à Ilan Halimi. A son retour, il l’aurait trouvé « dos contre le mur, jambes un peu repliées vers le torse. Il était en peignoir. J’ai vu nettement des traces d’éraflures ou de frottement sur le côté gauche de son torse, un peu partout, vers les côtes, le cou, la poitrine. Ça ne saignait pas. » Le chef de la bande aurait encore donné des gifles à l’otage ; il portait « des gants avec tissu sur le dos de la main et un simili-cuir sur le plat », précise Fabrice Polygone. Il est minuit passé, ce lundi 13 février. Il faut préparer Halimi avant sa remise en liberté, pendant que Youssouf Fofana va chercher une voiture. « Lorsque j’ai soulevé sa couverture, j’ai vu des taches de sang sur son pyjama avec des trous, au niveau des jambes et du ventre, a détaillé Nabil Moustafa. Quand on l’a déshabillé, j’ai vu des plaques rouges sur son ventre (…), ça ressemblait un peu à des brûlures. » Avant de le remettre à leur chef, les geôliers doivent nettoyer toute trace compromettante sur leur otage. « Nabil, Zigo et moi, on devait le laver avec de l’eau, du gel douche qui se trouvait sur place et des gants de toilette, a expliqué Fabrice Polygone. Je lui ai coupé les cheveux. Zigo et Nabil ont trouvé que ce n’était pas assez court et ils ont essayé de le lui raser les cheveux avec un rasoir mécanique à deux lames, noir ou bleu. » Puis Ilan Halimi est séché et enveloppé dans un drap violet, que Jean-Christophe G. avait acheté au supermarché du coin.

« DROIT DANS LES YEUX »

Plus tard dans la nuit, Youssouf Fofana arrive. « Une fois dans le local, Youssouf nous a dit qu’il allait partir avec l’otage », a déclaré Fabrice Polygone. Les geôliers l’aident à conduire Ilan Halimi jusqu’à une voiture, le hissent à l’intérieur. Après le départ du chef, ils nettoient les lieux. « J’ai jeté des sacs de courses, des bouteilles, des sachets de biscuits, des croissants », s’est souvenu Cédric Birot Saint-Yves.

Pourquoi Ilan Halimi n’a-t-il pas été relâché ? Samir Ait Abdelmalek a dit qu’il avait croisé Youssouf Fofana au lendemain du départ d’Ilan Halimi de la cave. En tête-à-tête, le chef du gang lui aurait raconté qu’il avait déposé l’otage, la veille, dans les Yvelines, à bord d’une voiture volée, puis serait revenu auprès de lui. « A ce moment, Ilan avait réussi à enlever son bandage des yeux, a expliqué Samir Ait Abdelmalek. Il avait donc vu Ilan le regarder droit dans les yeux et du coup Youssouf avec un couteau lui a mis un coup dans la gorge vers la carotide puis un coup de l’autre côté de la gorge. Ensuite il a essayé de lui couper le bas de la nuque. Puis il lui a mis un coup de couteau dans le flanc. Il avait sûrement dû revenir avec un bidon d’essence car il m’a dit qu’il avait utilisé un bidon pour asperger Ilan avec ce combustible et l’a incendié sur place. » Interrogé le 23 février à Abidjan, Youssouf Fofana a nié toute responsabilité. Il a affirmé qu’il a conduit son otage derrière le supermarché Cora de Bagneux, pour le confier à un dénommé Marc, dit « Crim » ou « Craps », et à un autre homme, qui l’ont enfermé dans le coffre de leur voiture. Le lendemain seulement, Fofana a dit avoir appris que « Crim et son copain s’étaient rendus à Sainte-Geneviève-des Bois, qu’ils avaient déposé le corps dans un petit bois et qu’ils avaient versé de l’acide sur l’ensemble du corps, qu’ils y avaient mis le feu et qu’une boule de feu s’était formée ».

9 commentaires pour Procès Fofana: Quand la violence des images prépare à la violence des groupes (As you sow so shall you reap)

  1. Taieb Caroline dit :

    Je n’ai qu’un mot à dire : « bravo ». Je diffuse ce lien trés largement…

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  2. Sarah L Elgrably dit :

    Merci pour ce lien. Il faut l’envoyer pour que les gens sachent…

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  3. jcdurbant dit :

    Merci de vos encouragements en ces temps où les supplétifs libanais de l’internationale terroriste des mollahs (un certain « Hezbollah » dont la charte appelle explicitement à la « destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation ») ont droit à leur visioconférence avec le parlement britannique, certains voudraient nous refaire, pour les Européennes, le coup de l’antifascisme cette fois dirigé contre le seul Etat israélien …

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  4. Jessica Hayoun dit :

    Tout a été dit mais tout reste à faire….
    Etre arrivé à cette mort tragique d’Ilan afin que espérons-le, les consciences populaires se réveillent de leurs sujectivités ignorantes et intransigantes conduisent maleureusement ces imbéciles à accuser un juif, coupable de tous les malheurs du monde, c bien connu, au lieu d’accepter ses différences et ses faiblesses. Cette dure réalité est bien triste. Tellement plus facile pour soulager sa conscience et se donner de l’importance vis à vis des Autres.
    Chaque personne est unique avec ses différences mais en creusant tout le monde se trouve toujours des points communs. Cela, biensûr, demande un effort. La dessus tout le monde se reconnaitra et les imbeciles changeront d’avis.
    Pour cela il faut d’abord vivre en paix avec soi-même et s’accepter tel que l’on est afin de pouvoir aimer l’Autre.
    Est-ce trop demander?

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  5. […] de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février […]

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  6. […] aussi, au-delà des indéniables risques de banalisation, l’immense cadeau que l’on est en train de faire à l’ humoriste […]

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  7. […] aussi, au-delà des indéniables risques de banalisation, l’immense cadeau que l’on est en train de faire à l’ humoriste […]

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  8. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    « Tout parent se met à la place des parents du jeune Halimi. Et si c’était arrivé à mon fils ? Sauf que le traitement de l’affaire par les médias a pu également susciter interrogations. Antisémite le mobile ? Oui et non. »

    « Une grande partie de la communauté juive est convaincue que la dimension antisémite du meurtre d’Ilan Halimi n’a pas été assez évoquée, quand une grande partie de l’opinion pense que cette affaire a été surexposée médiatiquement de par sa dimension antisémite et de nombreux parents se demandent : ‘En aurait-on parlé si la victime avait été mon fils’ ? »

    « De nombreux journalistes cumulent fonctions dans les radios communautaires juives et sur le service public sans aucun problème. Il y a moins de journalistes travaillant dans les medias communautaires musulmans qui ont accès aux médias publics, probablement aucun. Les responsables politiques de premier plan se pressent d’ailleurs pour être invités au Forum Radio J. En 2007, Radio Orient dont le public est majoritairement arabe, avait envoyé une invitation à tous les candidats lors de la campagne présidentielle. Aucun ne l’avait acceptée! »

    Pascal Boniface

    Ilan Halimi n’était ni un colon d’Hébron, ni même un citoyen israélien, mais un juif de France, citoyen du même pays que vous. Torturé et tué parce qu’on le croyait riche. Riche puisque juif. Tué pour l’argent qu’il n’avait pas mais enlevé parce que juif et torturé parce que juif. Je ne veux pas rappeler ici les raffinements de cruauté dont a fait preuve à son égard le gang islamiste dont Dieudonné demandait récemment la libération. On a torturé un juif qui ne pouvait pas fournir l’argent désiré : un pur et simple sous-homme aux yeux de ces barbares. Ce n’est pas en niant l’existence d’une haine meurtrière contre un juif de France parce que juif, que vous aiderez la cause palestinienne. Vous ne ferez que l’entacher de vos propres ambiguïtés. La France n’est pas malade comme vous l’écrivez du conflit israélo-palestinien, mais des tensions intercommunautaires que vous ne cessez d’attiser à coups d’amalgames depuis 2001.


    Frédéric Haziza

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  9. […] de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février […]

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