Kielce: Attention, un massacre peut en cacher d’autres! (Looking back at Europe’s last pogroms)

Burying the pogrom victims (Kielce, Jul. 1946)J’espérais pouvoir, à moi seule, déclencher un autre Kielce. Femme arrêtée par la police pour diffusion de rumeur de viol contre un juif, Klodzko, Basse-Silésie)
Quiconque a fait partie de ces convois vous dira que, même de nuit, les yeux fermés, il pouvait reconnaître, à la seconde près, l’instant où le train était entré en territoire polonais. Lorsqu’il ne s’agissait pas d’une attaque en règle, avec exécution de quelques gens pris au hasard pour nous faire passer l’envie de rester en Pologne, les pierres lancées contre nos wagons nous servaient de message d’avertissement. Le jour nous étendions des couvertures aux fenêtres afin de nous dissimuler au regard des paysans et aussi de nous protéger des jets de pierres. Nos convoyeurs, venus de Varsovie afin d’organiser les départs, pour nous mettre en garde, nous avaient parlé des assassinats et des attaques de trains. Nous ne voulions pas les croire. Des meurtres de Juifs après l’holocauste, cela nous semblait inimaginable. Au bout de quelques heures de voyage, nous étions fixés. Rien n’avait changé dans ce pays. Témoignage de rapatrié d’URSS
Un nouveau drame se greffait sur le premier: ici ou là, les gens retrouvaient leurs meubles, un objet ayant appartenu aux parents, une voiture d’enfant… chez le voisin d’à côté ou d’en face. La tragédie prenait alors des proportions inhumaines pour ces rescapés, qui se rendaient peu à peu compte que les familles avaient été exterminées avec l’aide de ces nouveaux ‘propriétaires’ de biens juifs, les voisins polonais. Témoignage du journaliste Léon Leneman

Attention: un massacre peut en cacher d’autres!

Rzeszow (juin 1945), Cracovie (août 1945), Kielce (juillet 1946), mais aussi Velke Topolcany (Slovaquie, septembre 1945), Kunmadaras (Hongrie, mai 1946) …

Suite à notre dernier billet sur l’autre massacre oublié de Jedwabne

Retour, avec le site un livre du souvenir, sur les Kielce de l’immédiat après guerre (42 victimes dans l’attaque et presque autant alentour – elle aussi faussement attribuée par certains nationalistes aux Soviétiques mais apparemment initiée par la police communiste et dont le pays vient de commémorer le 60e anniversaire – par une foule de quelque 20 000 personnes contre un centre communautaire le 4 juillet 1946, suite à la disparition d’un enfant non juif sur fond d’accusation de meurtre rituel) …

A savoir, comme le rapportent les ouvrages de Marc Hillel (« Le Massacre des survivants en Pologne », 1985) ou de Jan T. Gross (« Fear, Anti-semitism in Poland after Auschwitz », 2006), les pogroms de survivants qui, entre les règlements de compte, la peur de devoir rendre les maisons volées ou d’être inquiétés pour les dénonciations commises, ont fait, outre les attaques contre les convois de trains ou établissements juifs (synagogues, organisation de santé et d’entraide, kibboutzim, orphelinats) quelque 1 500 victimes parmi les rescapés des camps, anciens partisans, rescapés des forêts et du ghetto ou rapatriés d’URSS renvoyés par Staline.

Sans compter les quelque 100 000 Juifs qui quittèrent la Pologne dans les trois mois qui ont suivi le pogrom de Kielce ne laissant que 100 000 à 120 000 Juifs dans toute la Pologne, avant 20-25 ans plus tard suite aux « pogroms froids » de 1956-57 ou 1968 (après la rupture des relations diplomatiques avec Israël en réponse à la Guerre des Six-Jours), le départ de nombre d’intellectuels comme le professeur Gross aux Etats-Unis, Israël ou ailleurs …

Les pogroms après la guerre en Pologne

À partir du printemps 1946, les Juifs rentrent d’URSS.

Les victimes juives de l’antisémitisme polonais étaient déjà nombreuses depuis 1944. Des Juifs rescapés des camps ou cachés dans la forêt, qui reviennent dans leurs villages, sont accueillis aux cris de : « Quoi, ils ne sont pas tous morts ? » Des incidents antisémites sont signalés. Des Juifs retournés dans leurs villages disparaissent. D’autres sont retrouvés morts sur les routes ou dans les bois. Ces faits passent d’abord inaperçus. L’insécurité est un problème pour tous, et même les soldats russes tombent victimes des nationalistes. L’Allemand parti, le Russe est devenu l’ennemi, comme l’est également le communiste polonais. Dans une église, un curé avait prévenu : « Attention, les Russes et les Juifs reviennent. Bientôt ils seront ici. Alors vengez-vous des Russes et des Juifs avant qu’il ne soit trop tard. » Le gouvernement provisoire publie en juillet 1944, à Chelm, déjà libérée, un manifeste assurant les Juifs de droits égaux. Lublin devient la capitale provisoire du nouveau gouvernement, en juillet 1944 également. Dans tout l’Est libéré (Lublin, Chelm, Zamosc), les règlements de compte se poursuivent avec les forces nationalistes (« les gars dans la forêt », les organisations NSZ, NZW1…).

Un Comité central des Juifs de Pologne est créé à la veille de l’offensive d’hiver de l’Armée rouge. Il regroupe des sionistes, des socialistes, des communistes. Il tient sa première assemblée nationale en novembre 1944 à Lublin, et organise l’accueil des survivants. En janvier 1945, Varsovie, Lodz, Cracovie puis Katowice sont libérés.

Les attaques contre les Juifs dans les villages éloignés, dans les trains et les autobus sont souvent le fait d’unités nationalistes, qui n’ont pas capitulé après la dissolution de l’AK (Armée de l’intérieur)2 en janvier 1945, et qui combattent les « ennemis de la Pologne ». Mais les paysans tuent aussi pour ne pas avoir à rendre les maisons qu’ils avaient volées, ou par crainte d’être inquiétés pour les dénonciations qu’ils avaient commises. En mai 1945 est promulguée une loi qui abroge tous les contrats de propriété passés entre des tiers et les autorités d’occupation, et qui prévoit que toute propriété abandonnée du fait de la guerre sera rendue.

Au-delà des meurtres individuels, le premier pogrom a lieu à Cracovie en août 1945 : attaques de synagogues, de centres communautaires et d’appartements, assassinats. Dans toute la région, qui accueille des Juifs d’autres lieux, les exactions se multiplient. Elles s’étendent à toute la Pologne. C’est dans ce contexte que le bruit court au début de 1946 que des dizaines de milliers de Juifs vont rentrer d’URSS. Ces retours s’opèrent à partir du printemps 1946, sur ordre de Staline, contre l’avis de Gomulka, vice-premier ministre polonais. La décision est prise de diriger ces Juifs vers les provinces de l’Ouest, récupérées ou prises sur l’Allemagne en 1945, en particulier vers la Silésie et la Poméranie. Ces régions sont peu peuplées car désertées par les Allemands, qui ont pris la fuite ou bien en ont été chassés par les Polonais. Aux yeux du gouvernement polonais, cela a un autre avantage : les Juifs ne reviendront ainsi pas dans leurs villages d’origine. En juillet 1946, ils sont 150 000 à être revenus. La Communauté juive en Pologne a quadruplé, et atteint 200 000 à 250 000 personnes. En dehors des régions de l’Ouest, beaucoup s’installent à Lodz, moins détruite que d’autres villes comme Varsovie, et où un grand centre de rapatriement fonctionne : à Lodz se trouvent 17 000 rescapés des camps, 1 500 anciens partisans, 2 000 rescapés des forêts et du ghetto, et 10 000 réfugiés d’URSS.

Les assassinats dans les trains se répandent. En mai 1946, alors que les rapatriements s’accélèrent, le Comité central de Varsovie a établi une liste de près d’un millier de morts officiellement recensés.

Le journaliste Léon Leneman raconte :
« J’ai fait moi aussi partie des premières vagues de rapatriés d’Union soviétique. Nous étions heureux de rentrer et n’imaginions pas un seul instant que les Polonais étaient restés antisémites après tout ce qui venait de se passer sous leurs yeux. Il a vite fallu abandonner nos espoirs. J’ai vu des trains arrêtés en rase campagne puis attaqués par les bandes de la NSZ. Ils volaient les bagages, battaient et tuaient les Juifs qui étaient descendus des wagons après que les Polonais eurent crié : « Officiers soviétiques et Juifs, sortez, quittez le train ». Il faut rappeler que ces fascistes polonais résistaient contre la présence de l’armée soviétique et la prise de pouvoir par les staliniens locaux rentrés de Moscou. L’animosité envers les Russes était très forte à ce moment-là. Les Juifs étaient fusillés sur place. Les Russes on les emmenait ailleurs. Pour en faire quoi ? Nous ne l’avons jamais su, mais je ne pense pas qu’il y ait eu des représailles de la part de l’Armée rouge, du moins pas à ma connaissance.
La première réaction de ceux qui, comme moi, avaient échappé aux attaques de trains, ces massacres de la liberté, consistait à retourner dans leur ville ou dans leur village à la recherche des membres de la famille dont ils avaient été séparés. Ils ne retrouvaient personne. Tous avaient été exterminés.
Alors commençait la quête pour un détail, un renseignement, un souvenir. Un nouveau drame se greffait sur le premier : ici ou là, les gens retrouvaient leurs meubles, un objet ayant appartenu aux parents, une voiture d’enfant… chez le voisin d’à côté ou d’en face.
La tragédie prenait alors des proportions inhumaines pour ces rescapés, qui se rendaient peu à peu compte que les familles avaient été exterminées avec l’aide de ces nouveaux ‘propriétaires’ de biens juifs, les voisins polonais. »

Un autre témoignage du retour en Pologne précise :
« Quiconque a fait partie de ces convois vous dira que, même de nuit, les yeux fermés, il pouvait reconnaître, à la seconde près, l’instant où le train était entré en territoire polonais. Lorsqu’il ne s’agissait pas d’une attaque en règle, avec exécution de quelques gens pris au hasard pour nous faire passer l’envie de rester en Pologne, les pierres lancées contre nos wagons nous servaient de message d’avertissement. Le jour nous étendions des couvertures aux fenêtres afin de nous dissimuler au regard des paysans et aussi de nous protéger des jets de pierres. Nos convoyeurs, venus de Varsovie afin d’organiser les départs, pour nous mettre en garde, nous avaient parlé des assassinats et des attaques de trains. Nous ne voulions pas les croire. Des meurtres de Juifs après l’holocauste, cela nous semblait inimaginable. Au bout de quelques heures de voyage, nous étions fixés. Rien n’avait changé dans ce pays. Ce qui explique qu’un certain nombre de rapatriés ne sont descendus du train qui venait de l’Est que pour monter dans un autre, en partance pour l’Ouest celui-là.
Nous allions trouver sur place quelques milliers de survivants des camps. Ils nous racontèrent que les Polonais ne voulaient plus d’eux et qu’ils avaient déjà tué plusieurs centaines de Juifs avant notre arrivée. Leur peur aurait fini par être contagieuse si nous n’avions pas été dirigés à l’autre bout de la Pologne, là où l’antisémitisme – faute de Juif – n’avait pas encore fait de victimes. »

Dans les territoires de l’Ouest de la Pologne, où se réfugient nombre de ceux qui rentrent d’URSS, se reconstitue une activité économique et renaît une vie juive, culturelle et religieuse. Dans les écoles, on apprend le yiddish, l’hébreu et le polonais. A Szczecin, un habitant sur deux est juif en mai 1946, et le yiddish devient prédominant dans les rues et sur les enseignes des boutiques. A Wroclaw, un théâtre se crée. En Basse-Silésie, les témoignages font état d’un grand calme. Yaakov Lustig, dans un entretien avec Marc Hillel raconte : « Celui qui venait de l’extérieur était surpris. Le plus extraordinaire est que les Juifs vivaient dans la plus parfaite tranquillité, comparé à ce qui se passait dans le reste de la Pologne. Certes les journaux les tenaient au courant des meurtres perpétrés par les terroristes. Ils se sentaient concernés, mais pas directement. Quand nous leur expliquions que nous nous barricadions, la nuit, par crainte d’une attaque, c’est tout juste s’ils acceptaient de nous croire. Pour eux, l’occupation était terminée et la confiance qu’ils mettaient dans un gouvernement socialiste les poussait à envisager l’avenir des Juifs en Pologne avec sérénité. D’ailleurs ils adhéraient nombreux au parti et entretenaient avec la population locale d’excellentes relations. Le miracle tenait au fait que Juifs et Chrétiens étaient logés à la même enseigne, c’est-à-dire qu’ils se partageaient un butin pris aux Allemands. Les Polonais, transplantés eux aussi, n’avaient donc aucune raison de massacrer les Juifs. »

À la différence de la Basse-Silésie et de la Poméranie au Nord (territoires allemands auparavant), la situation de la Haute-Silésie, au Sud, est plus tendue. La réinstallation des Juifs est rendue plus délicate du fait de la présence d’une forte population autochtone polonaise : dans ce territoire devenu polonais à partir de 1922, une politique de polonisation avait été menée. En 1945, des dizaines de milliers de Polonais silésiens, transplantés vers l’Est par les Allemands en 1939, emboîtent le pas de l’Armée rouge afin de rentrer chez eux, tandis que les Volksdeutsche (population allemande) sont chassés. Des Polonais d’autres régions arrivent aussi en masse. Ainsi, moins chanceux que ceux de Basse-Silésie ou de Poméranie qui ne rencontrent que des Polonais transplantés comme ils le sont eux-mêmes, les Juifs de Haute-Silésie, redevenue polonaise, sont contraints de se greffer sur une majorité de Silésiens autochtones. Mais contrairement aux districts de Kielce, Lublin, Lodz et Cracovie, les populations environnantes donnent aux survivants juifs l’impression qu’ils sont, sinon acceptés, du moins tolérés. Les Polonais de Haute-Silésie, très marqués par des siècles d’influence germanique, n’avaient pas fait preuve d’un patriotisme marqué pendant la guerre ; la résistance fut peu active et l’aide aux Juifs encore plus faible que partout ailleurs (l’extermination des Juifs, nombreux dans cette région, fut immédiate en 1939 dès l’invasion allemande). Ils ne tenaient donc pas à aggraver leur cas face au nouveau régime, et les Juifs se sont sentis plus libres de leurs mouvements. Ces régions sont plus calmes qu’ailleurs, et servent de vitrine pour les journalistes étrangers ; les incidents restent isolés. Dans un premier temps seulement.

Le 3 juin à Katowice, un train en provenance d’URSS est attaqué à la gare. Un mort, beaucoup de blessés. Mais la police intervient rapidement.

« Après cet affreux drame de la gare, d’où je suis sortie indemne, nos gens en Silésie ont commencé à partager la peur des autres. Dans la journée, ils étaient des Polonais qui participaient à la reconstruction de leur pays, la nuit ils redevenaient des Juifs qui se barricadaient à l’intérieur des maisons à plusieurs familles dans une pièce et sous la protection de quelques hommes armés. Mais nous avions très peur malgré tout. Certaines familles pliaient bagage et s’en allaient vers la frontière.
L’hostilité n’a cessé d’augmenter, à cause de l’arrivée des rapatriés d’URSS, qui se poursuivait, et de l’oppression policière qui s’abattait sur les Polonais, la police en profitant pour poursuivre les anti-communistes. La participation de Juifs à ces actions était vécue comme insupportable par les Polonais. »

À l’Ouest, le médecin responsable de l’organisation de santé et d’entraide juive OSE est assassiné chez lui. Une jeune fille de 20 ans est tuée dans le kibboutz créé à Zabrze, à 20 kilomètres de Katowice. Dans le reste de la Pologne, les agressions se développent, y compris contre des orphelinats qui regroupent les enfants rescapés.

Les départs vers la Palestine ou vers les pays occidentaux via les camps de DP (personnes déplacées) d’Allemagne et d’Autriche s’accélèrent.

Le 4 juillet 1946 a lieu le pogrom de Kielce, une petite ville située au Sud de Varsovie. Un enfant polonais avait disparu. Les Juifs sont accusés de l’avoir enfermé dans une cave, sur fond de meurtre rituel. La maison communautaire est attaquée. 42 personnes, près du tiers de la communauté des survivants, sont tuées. 20 000 Polonais y ont participé.

D’autres assassinats ont encore lieu, après ce pogrom, dans les trains qui viennent d’URSS. Des incidents surviennent partout. « À Klodzko, en Basse-Silésie, une femme parvient à répandre rapidement une rumeur inhabituelle, donc plus efficace : « Une jeune fille polonaise a été violée par un Juif ». Heureusement, la police veille. Mais aux policiers venus l’arrêter, elle déclare : « J’espérais pouvoir, à moi seule, déclencher un autre Kielce. » »

Environ 1 500 Juifs ont été tués après la fin de la guerre. 100 000 Juifs ont quitté la Pologne dans les trois mois qui ont suivi le pogrom de Kielce. Il est resté 100 000 à 120 000 Juifs en Pologne.

Sources :
Le Massacre des survivants en Pologne, 1945-1947, Marc Hillel, Plon, 1985, dont sont extraites les citations ci-dessus.
Pour une analyse de l’antisémitisme en Pologne après la guerre, voir : Fear, Anti-semitism in Poland after Auschwitz, an Essay in historical Interpretation, Jan T. Gross, Random House, 2006. L’auteur analyse la violence anti-juive d’après-guerre dans le contexte de la crise de la société après la guerre, mais aussi et surtout dans le contexte des comportements des Polonais pendant la guerre et des relations polono-juives avant la guerre.
Voir aussi : Les Voisins. 10 juillet 1941. Un massacre de Juifs en Pologne, Jan T. Gross, Fayard, 2002. L’auteur raconte le pogrom de Jedwabne, perpétré par des Polonais en 1941. Il explique comment ce sont des Polonais ordinaires, et pas seulement une poignée de salauds, qui massacrèrent. Les Juifs conduits dans la grange qui allait être incendiée virent des visages familiers, des voisins. Jan Gross dit : « Il existait une dynamique autonome des relations entre Juifs et Polonais dans le cadre des contraintes imposées par les occupants. Il est des choses que les gens auraient pu faire à l’époque et dont ils se sont abstenus ; il en est qu’ils n’étaient pas tenus de faire et qu’ils ont néanmoins faites. » Dans ce village après la guerre, des Polonais ont été menacés et frappés pour avoir secouru des Juifs ; certains ont demandé à rester dans l’anonymat, au lieu d’être reconnus comme Justes.

1. NSZ : Narodowe Sily Zbrojne, Forces armées nationales ; NZW : Narodowe Zjednoczenie Wojskowe, Association militaire nationale. Certains groupes de combat contre les Allemands se maintiennent après la guerre et combattent les « indésirables », désormais les communistes et les Juifs.

2. AK : Armia Krajowa. Actuellement, des historiens polonais commencent à faire et à publier des travaux sur le rôle de l’AK dans les assassinats de Juifs après la guerre.

Voir aussi :

http://www.nytimes.com/2006/07/23/books/review/23margolick.html?_r=1

Postwar Pogrom
Review by David Margolick
The New York Times
July 23, 2006

Sometime in the late 1950’s, a pair of Jewish newlyweds walked arm-in-arm down the streets of Lodz. Like all surviving Polish Jews of their generation, the two had lived through the Holocaust against enormous odds, making the joy of that moment all the more poignant. “Look at them,” a well-dressed passer-by suddenly sneered, loud enough for them to hear. “It’s like they’re in Tel Aviv.” To them, his message was clear: Jews had no business living in Poland, let alone being happy there.

I thought of these two people, who later became friends of mine, as I read Jan T. Gross’s new book, “Fear: Anti-Semitism in Poland After Auschwitz.” The Polish-born Gross, a professor of history at Princeton University, does not recount their story; even had he known it, there’d have been no room, or time. He has too many greater indignities to relate. He has to tell how surviving Polish Jews, having escaped the fate of 90 percent of their community — three million people — returned to their homeland to be vilified, terrorized and, in some 1,500 instances, murdered, sometimes in ways as bestial as anything the Nazis had devised.

One might have thought that if anything could have cured Poland of its anti-Semitism, it was World War II. Polish Jews and Christians were bonded, as never before, by unimaginable suffering at the hands of a common foe. One might also have thought there’d have been pity for the Jewish survivors, most of whom had lost nearly everything: their homes, their youth, their hope, their entire families. Besides, there were so few of them left to hate: only 200,000 or so in a population of 20 million.

Instead, returning Polish Jews encountered an anti-Semitism of terrible fury and brutality. Small wonder, then, that nearly as soon as they set foot on Polish soil, most fled all over again. Many went westward, to a place that, oddly enough, had suddenly become an oasis of tranquillity and safety by comparison: Germany. Far from being celebrated, those Poles who had sheltered Jews during the war — and there were many — begged them to say nothing, lest their neighbors deride them as “Jew lovers,” or beat them, or break into their homes (searching for the money the Jews had surely left behind) or kill them.

Polish attitudes toward the Germans remain understandably bitter. During his trip to Poland this May, when he visited Auschwitz, the German-born Pope Benedict XVI took care to speak mostly in Italian. But as Gross reminds us, in at least one respect many Poles applauded Hitler: just as he offered a final solution to Germany’s Jewish problem, he was taking care of Poland’s, too. Nazi policies toward the Jews, the legendary underground Polish diplomat Jan Karski reported to his government-in-exile in London in 1940, formed “a sort of narrow bridge where the Germans and a large part of Polish society meet in harmony.”

It wasn’t only Karski saying so. Eyewitnesses in the Warsaw ghetto saw Poles watching approvingly or even helping out, acting as spotters as German soldiers shot Jews. Polish girls were overheard joking, “Come, look, how cutlets from Jews are frying,” as the ghetto burned. Nazi accounts of Judenjagd, or “Jew hunts,” detailed how Poles pitched in to find any stray Jews the Germans somehow managed to miss. As the deportations proceeded, and practically before the trains had left for Chelmno or Belzec or Treblinka, Poles gathered on the outskirts of towns, waiting to plunder Jewish property or move into Jewish homes. And while the Nazis killed millions of Jews, Poles killed thousands — most famously, as Gross related in “Neighbors” (2001), a book that caused an uproar in Poland, 1,600 of them in the town of Jebwabne in July 1941 — crimes little noted at the time nor since remembered in Polish history books.

With the war over, and to tumultuous applause, a thousand delegates of the Polish Peasants Party actually passed a resolution thanking Hitler for annihilating Polish Jewry and urging that those he’d missed be expelled. Indeed, the mopping up soon began. Returning to their villages and towns, Jews were routinely greeted with remarks like “So, ____? You are still alive.” Their efforts to retrieve property were futile — and, sometimes, fatal. Some Jews met their end on trains — not cattle cars this time, but passenger trains, from which they were thrown off. If the trains weren’t moving fast enough, they were beaten to death.

This is a book filled with arresting, appalling images. There’s Treblinka, September 1945: a lunar landscape pockmarked with craters, where Poles had dug thousands of holes searching for gold fillings amid the bones and ashes. Or Polish synagogues disassembled for construction projects, and Jewish cemeteries used for landfill. Or Jewish schoolchildren being harassed and Jewish artisans and professionals denied work.

With the police and courts looking the other way, Jews were murdered randomly, or in pogroms. Behind these massacres, invariably, was the old canard of Jews killing Christian children for their blood, but with a new twist: Jews now craved gentile blood not just to make matzos, supposedly, but to fortify their own emaciated selves.

In the most notorious episode, 60 years ago this month, residents of Kielce, among them policemen, soldiers and boy scouts, murdered 80 Jews. “The immense courtyard was still littered with blood-stained iron pipes, stones and clubs, which had been used to crush the skulls of Jewish men and women,” the Polish-Jewish journalist Saul Shneiderman wrote the following day. It was the largest peacetime pogrom in 20th-century Europe, Gross says. But he maintains that Kielce was nothing special: during this era, it could have taken place anywhere in Poland. Polish intellectuals, Gross notes, were mortified by what was happening in their country. Only a psychopath, one wrote, could have imagined such cruelty.

Days before the pogrom, the Polish primate, Cardinal August Hlold, had spurned Jewish entreaties to condemn Roman Catholic anti-Semitism. Afterward, he charged that by leading the effort to impose Communism on Poland — Jews were in fact prominent in the party, though hardly in control — the Jews had only themselves to blame. The point was seconded by the bishop of Kielce, who suggested that Jews had actually orchestrated the unrest to persuade Britain to hand over Palestine. It was a neat trick: being Communists and Zionists simultaneously. Only the bishop of Czestochowa condemned the killings, and was promptly reprimanded by his colleagues. One wonders how Karol Wojtyla, then a young seminarian, later Pope John Paul II, viewed this cesspool of ignorance and intolerance.

If the Church gave the Jews short shrift, the same was true of the Communists, even the Jewish ones. For them, ignoring the Jewish plight, as well as Polish complicity in wartime atrocities, offered a way to ingratiate themselves with a wary nation. Besides, what was to be done? When Polish Jewish leaders called for the Communists to do something to stop the hatred, one official had a ready rejoinder. “Do you want me to send 18 million Poles to Siberia?” he asked.

How can one explain this madness? Gross conjures up the famous remark of the former Israeli prime minister Yitzhak Shamir — that Poles suck in anti-Semitism with their mothers’ milk — only to dismiss it. “Untenable in the light of common sense or empirical evidence,” he says. So, too, Gross writes, are spurious claims of ritual murder or Jewish-Communist complicity. Instead, he argues that Poles were feeling guilty: so implicated were they in the Jewish tragedy, aiding and abetting and expropriating, that the mere sight of those wraiths returning from the camps or exile or hiding, people who knew the Poles’ dirty secrets and held title to their property, was too much to bear. So they murdered Jews or chased them away.

But Gross’s evidence, right down to an anti-Semitic revue that was staged in January 1947 near the largest Jewish cemetery on the planet, Auschwitz (a local policeman had the starring role), overwhelms his theory. Such an enormous and varied inventory of inhumanity, one that included the cruelty of children too young to have felt guilt or remorse for anything, transcends any set of historical conditions. A more likely, if less politically palatable explanation, is that through their own state-of-the-art anti-Semitism, the Germans emboldened many Poles to act upon what they had always felt. The comment from Shamir, a Polish Jew himself, may strike us as deeply offensive, simplistic, racist. But whatever Gross may believe, he buttresses Shamir more than he discredits him.

Ultimately, what’s far more important than the “why” of this story is the “that”: that a civilized nation could have descended so low, and that such behavior must be documented, remembered, discussed. This Gross does, intelligently and exhaustively. That he digresses from time to time, that his chronology can be confusing, that he repeats himself and occasionally lets his indignation get the better of him, doesn’t really matter.

Two additional waves of government-inspired anti-Semitism, in 1956-7 and 1968-9, drove out most of those Polish Jews who, despite everything, had held on. (Among them were those newlyweds; the husband later told me that on his first day in New York he felt more at home than he ever had in Poland.) Now, despite occasional anti-Jewish episodes — in May, for instance, the country’s chief rabbi was punched on a Warsaw street by someone shouting “Poland for Poles” — and widespread suspicions that Jews still run things there, Poland has become a place of necro-nostalgia. Klezmer music wafts out of Krakow’s old Jewish quarter. There’s matzo in every Polish supermarket. And in liquor stores, the faces of happy Hasidim — more than you’ll now see in a lifetime in Lublin or Bialystok — stare out from bottles of Polish kosher vodka, prized for its supposed purity. Meantime, young people with even the most tangential Jewish ties now lay proud claim to their heritage. But as Gross reminds us in this depressing, devastating and infuriating book, the luckiest Polish Jews, not just before Hitler but after, were the ones who got away.

David Margolick, a contributing editor at Vanity Fair, is the author, most recently, of “Beyond Glory: Joe Louis vs. Max Schmeling, and a World on the Brink.

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