Stratégie: L’étrange logique de nos stratèges en chambre (The Clausewitzian center of gravity has moved from the battlefield to the opeds and talking heads)

Black bloc hooligans (Rostock)A Strasbourg, tout a été fait pour que la manif’ parte en Schweppes… Olivier Besancenot
Les autonomes ne sont pas nécessairement violents. Généralement, la violence vient plutôt de la police comme on l’a vu à Gênes avec la mort de Carlo Giuliani, ce manifestant tué par balle par la police italienne. La plupart des actions des autonomes sont aujourd’hui des actions non-violentes du type manifestation, occupation, ou piquets de grève. Sébastien Schifres (doctorant en science politique et militant du mouvement des “autonomes”)
Les forces de quatrième génération jouent le spectre entier et se rendent compte que le niveau moral est le plus puissant et le niveau physique le moins puissant. William Lind
Le centre de gravité clausewitzien s’est déplacé des champs de bataille vers les éditoriaux et les présentateurs de télévision. La perception de la guerre a autant d’importance que son déroulement concret. Daniel Pipes
Al-Jazeera nous donne une importante leçon de construction et de garantie de la libre parole. En fournissant librement ces ressources pour le monde entier, la chaîne encourage un plus large débat ainsi qu’une meilleure compréhension des faits. Lawrence Lessig (fondateur de Creative Commons et professeur de droit de Stanford)
Il ne s’agit pas de minimiser le rôle d’Israël dans la mort de nombreux civils mais (…) les témoignages que nous avons rassemblés laissent penser que le Hamas y a aussi pris une part en appliquant la stratégie du bouclier humain et en faisant régner la terreur parmi la population. David Pujadas (France 2, le 4 février 2009)
Le deuxième aspect du phénomène réside en effet dans le militantisme flagrant de nombreux journalistes dépêchés sur les théâtres d’opérations militaires, et tout spécialement en Irak. (…) La journaliste italienne Giuliana Sgrena en est un exemple. Elle s’est rendue en Irak pour “prendre le parti du peuple irakien opprimé” et en tant “qu’ennemie de l’Amérique”, selon ses propres déclarations rendues publiques par un reporter hollandais. Ludovic Monnerat

A l’heure, où après l’avoir exigé d’Israël à Gaza, c’est maintenant aux forces de l’ordre qu’on demande des comptes pour l’incroyable violence des hooligans des manifestations anti-OTAN du weekend dernier à Strasbourg ou des manifestations anti-police de Corse

Même si des erreurs peuvent naturellement avoir été commises, en ce pays autoproclamé des droits de l’homme à la longue tradition de violence politique et de stigmatisation de la police qui refuse systématiquement d’extrader des terroristes et, en ce 15e anniversaire du génocide rwandais, les génocidaires

Mais où, aussi étonnant que rare moment de lucidité de nos médias, France 2 diffusait début février un reportage un peu plus objectif et critique sur la réalité des tactiques de boucliers humains du Hamas à Gaza …

Retour sur une éclairante tribune de Daniel Pipes d’il y a trois ans suite à la Guerre du Liban de l’été 2006.

Où, faisant écho à certaines réflexions de spécialistes de stratégie militaire, il rappelait la véritable révolution que vit actuellement l’art militaire.

De petits groupes décentralisés d’acteurs non-étatiques (qualifiés de 4e génération mais en réalité des groupes terroristes) étant censés transformer à leur avantage leur infériorité face au suréquipement des grandes armées modernes en déplaçant les choses sur le terrain des perceptions et des relations publiques.

Autrement dit « des champs de bataille vers les éditoriaux et les présentateurs de télévision », « la perception de la guerre ayant autant d’importance que son déroulement concret »

Sauf que ce que nos stratèges semblent oublier, c’est qu’une stratégie qui se réduit à maximiser les pertes subies et par là sa propre image de victimisation bafoue non seulement toutes les lois de la guerre sur la supercherie et la perfidie mais ne fait en fait que détourner perversement à son profit l’intense souci des victimes d’origine judéo-chrétienne qui est devenu la caractéristique de notre temps.

Sans compter qu’elle nécessite, pour avoir la moindre chance de réussite, la coopération sans faille d’un véritable petite armée de faussaires de l’information à la Charles Enderlin ou de journalistes-combattants à la Sara Daniel ou Florence Aubenas disposés à diffuser largement les pires mensonges.

Dont on ne voit pas en quoi, si nos journalistes faisaient réellement leur travail d’information, ils pourraient leur valoir, face à une opinion publique mondiale correctement informée, la moindre supériorité morale …

Extrait:

Une telle puissance a pour corollaire que lorsque l’Occident affronte le non-Occident, l’issue de la bataille est connu d’avance. Dès lors, les combats revêtent plutôt l’aspect d’une opération policière que d’une campagne militaire traditionnelle. De même que les interventions des forces de police, les guerres modernes sont jugées en fonction de leur légalité, de la durée des hostilités, de la proportionnalité des forces engagées, de la sévérité des pertes et de l’étendue des dommages causés à l’économie et à l’environnement. Ce sont autant de questions discutables, et qui font effectivement l’objet de débats, à tel point que le centre de gravité clausewitzien s’est déplacé des champs de bataille vers les éditoriaux et les présentateurs de télévision. La perception de la guerre a autant d’importance que son déroulement concret.

L’étrange logique de la guerre du Liban
Daniel Pipes
New York Sun
15 août 2006

Version originale anglaise: Strange Logic in the Lebanon War
Adaptation française: Alain Jean-Mairet

En prenant de facto parti pour le Hezbollah dans sa guerre contre Israël, le personne de certaines organisations de presse parmi les plus prestigieuses du monde révèlent par mégarde une profonde transformation intervenant dans la logique de la guerre.

Quelques exemples de ces actions:

Reuters. Adnan Hajj, un photographe indépendant travaillant depuis plus de dix ans pour Reuters, falsifia ses prises de vue pour donner une image plus destructrice des attaques israéliennes sur le Liban et une image plus vulnérable des Libanais. Il retoucha des nuages de fumée résultant de l’explosion de manière à les rendre plus épais et plus noirs et fit poser une femme pleurant la perte de sa résidence détruite par les bombes sur trois sites différents. Reuters licencia Hajj et supprima de ses archives 920 de ses photographies. D’autres recherches effectuées par des bloggeurs révélèrent quatre types d’images frauduleuses diffusées par Reuters, toute exagérant l’agressivité israélienne. Les bloggeurs montrèrent même qu’une image de Reuters avait été mise en scène.

BBC. Les responsables de l’édition se mirent en quête de témoignages personnels diabolisant Israël avec cette demande postée sur leurs pages d’actualités: «Vivez-vous à Gaza? Avez-vous souffert des incidents qui se sont produits dans la région? Faites-nous part de vos expériences en remplissant le formulaire ci-dessous. Si vous souhaitez nous parler de vive voix, merci d’ajouter vos coordonnées.»

CNN. Une présentatrice du programme international, Rosemary Church, suggéra que les forces israéliennes pourraient abattre les roquettes du Hezbollah en vol mais renoncèrent sciemment à le faire lorsqu’elle demanda à un porte-parole israélien: «Pourquoi Israël n’abat pas ces roquettes en plein vol? Ils ont les moyens de le faire.»

Washington Post. De même, le journaliste spécialisé dans les affaires militaires Thomas Ricks annonça en diffusion télévisée nationale que des analystes militaires américains, dont il ne précisa pas l’identité, pensent que le gouvernement israélien «laisse intactes des réserves de roquettes du Hezbollah au Liban, car aussi longtemps qu’ils reçoivent des roquettes, leurs opérations au Liban conservent une sorte d’équivalence morale.» Puis d’expliquer que les souffrances de leurs compatriotes leur procurent «une justification morale».

Toutes ces activités médiatiques se fondent sur une perception selon laquelle les pertes subies et l’image de victimisation favorisent la position des protagonistes de la guerre. Les falsifications d’Adnan Hajj, par exemple, visaient à salir l’image d’Israël et ainsi à créer des dissensions internes, à saper la réputation internationale du pays et à générer des pressions sur le gouvernement l’incitant à cesser ses attaques au Liban.

Mais ce phénomène, avec les deux clans faisant étalage de leurs souffrances et de leurs pertes est opposé à l’usage historique voulant que l’on intimide son ennemi en se montrant féroce, implacable et victorieux. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, par exemple, le Ministère américain de l’information de guerre interdit la publication de films ou de photographies montrant des Américains morts durant les deux premières années des combats et n’infléchit cette politique que légèrement ensuite. Ceci alors que son Bureau cinématographique produisait des films tels que «Notre ennemi – le Japonais» montrant des dépouilles de Japonais et des scènes illustrant leurs privations.

Le fait de proclamer ses propres prouesses et de dénigrer celles de l’ennemi a été la norme au cours des millénaires, comme l’attestent les peintures murales égyptiennes, les vases grecs, la poésie arabe, le dessin chinois, les ballades anglaises et le théâtre russe. Pourquoi les combattants (et leurs alliés médiatiques) renversent-ils aujourd’hui cette pratique séculaire et universelle pour minimiser leurs propres réussites et mettre en exergue celles de l’ennemi?

À cause de la puissance sans précédent dont jouissent les États-Unis et leurs alliés. Comme l’historien Paul Kennedy l’expliquait en 2002, «en termes militaires, seul un acteur compte vraiment». En examinant l’histoire passée, il observe que «cette différence de puissance est absolument unique – rien n’a jamais existé de tel. Rien.» Et Israël, tant par lui-même, comme puissance régionale, qu’en tant que proche allié de Washington, jouit d’une prépondérance comparable vis-à-vis du Hezbollah.

Une telle puissance a pour corollaire que lorsque l’Occident affronte le non-Occident, l’issue de la bataille est connu d’avance. Dès lors, les combats revêtent plutôt l’aspect d’une opération policière que d’une campagne militaire traditionnelle. De même que les interventions des forces de police, les guerres modernes sont jugées en fonction de leur légalité, de la durée des hostilités, de la proportionnalité des forces engagées, de la sévérité des pertes et de l’étendue des dommages causés à l’économie et à l’environnement. Ce sont autant de questions discutables, et qui font effectivement l’objet de débats, à tel point que le centre de gravité clausewitzien s’est déplacé des champs de bataille vers les éditoriaux et les présentateurs de télévision. La perception de la guerre a autant d’importance que son déroulement concret.

Cette nouvelle réalité implique que dans des situations telles que celle des États-Unis en Irak ou d’Israël au Liban, les gouvernements doivent désormais considérer les relations publiques comme faisant partie intégrante de leur stratégie. Le Hezbollah s’est adapté à cette nouvelle donne, mais pas les gouvernements en question.

One Response to Stratégie: L’étrange logique de nos stratèges en chambre (The Clausewitzian center of gravity has moved from the battlefield to the opeds and talking heads)

  1. Magnifique cet article.salutations.arnaudsavaryart.wordpress.com

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