Livres: Pourquoi il ne peut y avoir de retour de l’antisémitisme (Israeli historian comes up with the final solution to the Jewish question: dissolve the Jewish people and elect another!)

Ne serait-il plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre? Bertold Brecht
Que signifie le peuple juif ? Existe-t-il ? Peut-on parler du peuple juif comme on parle du peuple français ? Ou comme on parle du peuple basque ? La seule réponse valable me paraît celle-ci : si l’on parle du « peuple juif », on emploie la notion de peuple en un sens qui ne vaut que dans ce seul cas. Raymond Aron (cité par Shlomo Sand)
Si l’on a pu affirmer, un jour, que la patrie constitue l’ultime recours de l’impie, on pourrait, aujourd’hui, dire que la Shoah est devenue l’ultime recours des démagogues prosionistes! Shlomo Sand
Dans les opinions d’extrême droite, on observe bien une conjonction ou un amalgame entre antisémitisme et anti-israélisme, mais (…) c’est le contraire dans les opinions de gauche et d’extrême gauche: les plus hostiles à la politique de l’Etat d’Israël sont souvent en même temps les moins antisémites. Laurent Muchielli
L’utilisation régulière des voix dissidentes israéliennes, dont l’influence dans leur pays est inversement proportionnelle à l’écho qu’ils trouvent dans nombre de médias français, est un classique de l’hypocrisie journalistique: elle vous dispense de faire vous-même le sale boulot de diffamation de l’Etat juif qui vous démange la plume. Luc Rosenzweig
La conclusion, proprement perverse, de son livre est d’attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs, à savoir qu’ils sont – eux, les Palestiniens – les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires ! Cet épilogue est le révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l’inversion dont le peuple juif est la victime coutumière : les juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens les juifs génétiques. On peut, dès lors, en déduire qui est l’occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas radicalement la notion d’héritage génétique, en en faisant, au contraire, bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l’impensé qui obscurément pourrit ce qu’il tient pour être une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu’il emploie est tout simplement mystificatrice, et ce d’autant plus qu’elle voudrait être au service de l’entente entre les ennemis. Eric Marty
On a parlé de multiples fois des habits neufs de l’antisémitisme: non seulement celui-ci s’est fait faire des habits neufs, mais il a toute une garde-robe, qui va du prêt-à-porter bas de gamme, au charme hypocrite et discret de la haute couture, qu’affectionnent les diplomates de haut vol. Guy Millière
Brecht n’aurait pas fait mieux!

Pour ceux qui, en cette veille de Pâque(s), n’avaient toujours pas compris pourquoi il ne peut y avoir de retour de l’antisémitisme (dixit le sociologue Laurent Muchiellisur le site Rue 89) …Un ouvrage d’un historien israélien (« Comment le peuple juif fut inventé », Shlomo Sand, 2008 – ah ! le bonheur du principe d’hypocrisie journalistique ou éditorial qui permet de faire faire par les juifs eux-mêmes ‘le sale boulot de diffamation » de leur propre Etat) apporte la réponse:Tout simplement parce que le peuple juif n’existe pas!

Ou, plutôt qu’il n’est, avec ses accessoires tirés des malles des colons sionistes (Mur des Lamentations, Temple de Jérusalem, Torah, Pessah, etc.), qu’une invention du XIXe siècle (merci les antisémites et Hitler) et que les vrais descendants génétiques des Hébreux sont les Palestiniens actuels.

Et donc qu’au fond comme le rappelle Guy Millière, il n’a, seul parmi tous les peuples de la terre, pas le droit à l’autodétermination qu’on exige pour tous les autres et d’abord pour ses ennemis. CQFD

En France, on ressort le boycott des produits juifs

Guy Millière
Metula News Agency
Vendredi 03 avril

Le peuple juif n’existe pas!

Quoi qu’ait à faire le nouveau gouvernement israélien sur un plan intérieur et sur le front des multiples ennemis d’Israël au Proche-Orient, et, après les années d’incertitude et de faiblesse qu’ont été les années Olmert, il aura du pain sur la planche.

Il est un autre secteur qui devra le préoccuper, et où il aura besoin de tous les alliés et amis à même de se mobiliser: celui de la désintoxication des opinions publiques occidentales.

Je n’aurais imaginé, voici quelques années à peine, avoir à vivre dans un climat si détestable. On a parlé de multiples fois des habits neufs de l’antisémitisme: non seulement celui-ci s’est fait faire des habits neufs, mais il a toute une garde-robe, qui va du prêt-à-porter bas de gamme, au charme hypocrite et discret de la haute couture, qu’affectionnent les diplomates de haut vol.

Quiconque, dans les médias européens, ose prendre la défense d’Israël se trouve aujourd’hui immédiatement placé en position d’accusé, contraint d’adopter une posture défensive, obligé de donner toutes les preuves imaginables qu’il n’est pas un criminel, un fasciste, un adepte du meurtre.

C’est que, voyez-vous, des organisations internationales de défense des droits de l’homme, telle Amnesty International, incriminent Israël, qui aurait commis des crimes de guerre, peut-être des crimes contre l’humanité. Et non seulement ces organisations se répandent en propos haineux, en rumeurs, en communiqués, en dossiers à charge, mais elles envisagent de saisir la justice internationale, et, pourquoi pas, le tribunal de La Haye.

Un juge espagnol, Fernando Andreu, a dressé la liste de sept responsables militaires israéliens qu’il entend faire comparaître, et à l’endroit desquels il veut faire émettre des mandats d’arrêt internationaux. En parallèle, diverses organisations œuvrent à mettre en place un boycott des produits israéliens dans plusieurs pays de l’Union, et exigent un étiquetage sélectif : elles ne précisent pas si l’étiquette doit être une étoile jaune et porter la mention « produit juif », ou simplement « Jude ». Mais le cœur y est, quels que soient les prétextes invoqués.

En France, le boycott n’est pas en place, mais des actions violentes sont organisées dans des supermarchés aux fins de confisquer et détruire les « produits juifs ». Ceux qui organisent ces actions portent des chemises vertes: ils n’ont sans doute pas réussi à en dénicher de brunes, la couleur que portaient ceux dont ils sont les enfants peu spirituels; mais l’intention y est, là encore.

Sur son blog, l’écrivain américain Roger Simon évoquait voici peu une vidéo montrant ces gens en train de déferler, et écrivait: « si vous vous demandez comment l’holocauste a pu se mettre en marche, regardez ces images ».

Au même moment, la manifestation « Une semaine contre l’apartheid israélien » venait d’avoir lieu sur les campus de plusieurs universités d’Amérique du Nord, et avait permis à des spectateurs d’entendre des propos que Goebbels, en son temps, n’aurait sans doute pas reniés. Le Washington Post a publié, depuis, sans s’en excuser, une caricature qui ressemblait fort à celle qui parsemaient le magazine nazi Der Stürmer (Le Fougueux, l’Assaillant). Le Stürmer était publié par le chef nazi Julius Streicher, qui fut jugé, condamné à mort et pendu à Nuremberg en 1946 pour son « incitation au génocide juif ».

Il n’est pas inutile du tout, en ces temps dérangés, de rappeler dans ces colonnes que des tribunaux internationaux avaient jugéque l’ « incitation au génocide juif », par des écrits, participe d’un crime dont la gravité est suffisante pour être passible de la peine capitale. Je ne dirai pas que des dessins du même genre font florès dans la presse française, même si c’est dans l’air du temps : je sais que la police de la pensée veille.

En gros titre : Le plan de génocide juif à l’encontre de l’humanité non-juive découvert

Des caricatures et des thèmes qui ont ressurgi à l’identique pour illustrer le « Plan de génocide juif à Gaza »

Soixante ans et six millions de morts plus tard, l’Europe joue toujours avec les mêmes allumettes de l’antijuivisme

Par deux fois, avant même qu’il ait pris ses fonctions, Netanyahu s’est vu sommé par les autorités de l’Union Européenne de ne pas s’éloigner un seul instant du « processus de paix », sous peine de sanctions très désagréables.

La plupart des pays, d’un continent qui n’est pas seulement vieux, mais aussi sans volonté, se rendront, la France en tête, bien sûr, à Genève, à l’occasion du sommet de Durban II. L’objectif affirmé de cette participation consiste à garder un esprit « ouvert » et à participer au « dialogue des civilisations » avec des gens qu’il faut respecter: n’ont-ils pas reçu à bras ouverts, ces derniers jours, à Doha – en présence du Secrétaire général de l’ONU ! -, le Président soudanais, très fier d’avoir éliminé des centaines de milliers de civils au Darfour ?

Quel pays a-t-il protesté contre la présence de Ban-Ki Moon lors d’une réunion à laquelle participait un leader recherché par Interpol au motif de perpétration de génocide, alors que les tribunaux internationaux font indirectement partie de l’Organisation des Nations Unies ? M. Moon a-t-il exigé, depuis la tribune de la Ligue Arabe, qu’Omar El-Béchir se livre à la Cour Pénale Internationale (CPI) ? En a-t-il seulement parlé, en sa qualité de premier représentant de la légalité internationale ?

L’ONU, un Etat civilisé, l’un de ses media généralistes s’est-il étonné que tous les pays de la Ligue Arabe aient publiquement accordé leur soutien absolu – à l’issue de la réunion de Doha – à une personne soupçonnée de génocide ? Que les Etats Arabes et musulmans exprimassent leur objection à la délivrance des mandats pour un crime de cette ampleur, pratiquement avéré dans des centaines des rapports officiels ? Durban II se réunit-elle pour exiger l’arrestation du bourreau industriel qu’est Omar El-Béchir ?

Vous pouvez cocher « non » en réponse à toutes ces questions, cela vous aidera à saisir ce que vaut la justice internationale, le degré d’attachement de l’ONU et des Etats civilisés à confondre les authentiques criminels, la qualité éthique de la Ligue Arabe, sa crédibilité ainsi que son souhait d’être considérée honorable et objective, de même qu’à appréhender l’épaisseur de la couche de cynisme qu’il faut pour critiquer la moralité de l’Etat d’Israël et de son armée.

Autre sujet de dérive : sur la liste des best sellers, en France, figure un livre que je n’ai pas lu et que je ne lirai pas: l’avoir parcouru pendant un quart d’heure dans une librairie m’a amplement suffi. Le livre s’appelle « Comment le peuple juif fut inventé » : c’est tout un programme ! Dans les notes de bas de page, j’ai vu cité un certain Joseph Goebbels, déjà évoqué un peu plus haut dans cet article, mais je ne veux pas douter que cela tient du hasard. L’auteur du livre est juif et israélien. Ses parents ont été des survivants de la Shoah. Il est vraiment dommage pour eux qu’ils n’aient pas su, à l’époque, devant les fosses communes remplies des corps de leurs frères, qu’ils appartenaient à un peuple qui n’existe pas !

Il est vraiment dommage aussi que Shlomo Sand, l’auteur en question, n’ait pu expliquer à Hitler en temps utile que le peuple juif n’existait pas. Hitler a exterminé six millions de Juifs pour leur appartenance à ce peuple, Shlomo Sand ajoute à ces six millions de morts une immense insulte et une infâme négation. Peu m’importent les circonlocutions qu’il utilise pour ce faire, peu m’importe qu’il soit un historien médiocre et un idéologue borné et fanatique. Peu m’importent les justifications absconses.

Ce qui m’importe est qu’il ait osé un livre de ce genre, qu’un éditeur ait daigné le publier, et qu’il y ait des gens pour le lire. Ce qui m’importe, est de voir qu’il est des gens pour dire que l’auteur est « courageux », et même pour lui décerner un prix littéraire (le prix Aujourd’hui), parce que son hypothèse est « intéressante », a dit un membre du jury.

C’est vrai que ce qu’écrit Shlomo Sand est « intéressant »: il nie l’exode du peuple juif, il affirme que les Juifs du Proche-Orient se sont, pour l’essentiel, convertis à l’islam, et sont donc (suivez mon regard) des Arabes palestiniens musulmans. Les Juifs d’Europe centrale seraient tous des convertis au judaïsme, comme les Juifs d’Afrique du Nord. Tout en concédant l’existence d’un « peuple yiddish », qu’il tire de son chapeau de prestidigitateur maléfique, Sand affirme qu’il n’y a pas de nation juive, et que celle-ci est née dans le contexte de la montée du nationalisme allemand. Si vous ne pensez pas un seul instant, à ce moment précis, au fait que le nationalisme allemand a enfanté le nazisme, et si vous ne voyez là aucune allusion avec une parenté impure pour ce qui concerne le sionisme, j’en déduirai que je suis parano.

Sand n’a, bien sûr, rien contre l’Etat d’Israël dont il est citoyen: il voudrait juste que les Juifs s’y dissolvent au sein de la population arabe et musulmane, ce qui cristalliserait, effectivement, la solution finale du conflit israélo-arabe. J’ai dit solution finale ? Les mots m’ont échappé.

Non, je n’aurais pas imaginé, voici quelques années à peine, avoir à vivre dans un climat aussi détestable. Je n’aurais pas imaginé, moins de sept décennies après la Shoah, voir l’antisémitisme remonter de tous côtés de cette façon. Je n’aurais pas imaginé, sept décennies après Munich, voir un esprit munichois régner derechef dans toute l’Europe, se disséminer dans les universités américaines, et pénétrer jusqu’en la Maison Blanche avec l’élection d’Obama. Je n’aurais pas imaginé que l’Etat d’Israël serait un jour traîné sur le banc d’infamie comme il l‘est aujourd’hui de tous côtés.

Je n’aurais pas imaginé, même après qu’aient été publiés les écrits de Norman Finkelstein, voir paraître un livre négationniste qui puisse devenir un succès de librairie. Comme l’a écrit mon ami David Horowitz, les Juifs ont été persécutés pendant des siècles sous tous les prétextes disponibles. Lorsqu’il s’agissait de religion et de culture, il pouvait leur être reproché leur religion et leur culture. Lorsqu’il s’agissait d’histoire, on pouvait caricaturer, falsifier l’histoire pour les incriminer. Lorsque le discours raciste s’est disséminé comme un poison, on a invoqué une race juive, quand bien même il est des Juifs blonds ou bruns, noirs ou jaunes, beiges ou café au lait.

Quand des peuples qui, pour se définir en tant que peuples, avaient une langue et une histoire moins anciennes que l’hébreu [ce qui est le cas de la quasi-totalité des peuples. Ndlr.] et une culture moins dense, riche, profonde que la culture juive, on a tout de même été prêt à les reconnaître en tant que peuples et à leur reconnaître une pleine légitimité à se définir en tant que nation. Mais seul le droit des Juifs à se considérer un peuple et à se définir en tant que nation s’est vu mis en cause de manière ignominieuse.

L’idée de droit des individus à se considérer comme un peuple à partir du moment où ils se reconnaissent dans une histoire, une foi, une culture communes est universellement acceptée aujourd’hui, tout comme l’idée de droit d’un peuple à disposer de lui même: seuls les Juifs se voient opposer de manière récurrente le droit de se considérer comme un peuple, et seul le droit du peuple juif à disposer de lui-même fait l’objet d’une haine qui ne cesse d’insister.

Israël et le peuple juif auront incontestablement besoin de tous leurs alliés, de tous leurs amis à même de se mobiliser. Les membres du nouveau gouvernement israélien le savent, j’en suis certain. C’est dans les moments difficiles qu’on voit où sont les vrais amis et les vrais alliés. Je pense, avec inquiétude, mais avec une détermination inébranlable, que nous sommes dans un de ces moments. A la guerre terroriste contre Israël et contre le peuple juif s’ajoute, depuis longtemps, une guerre des idées; celle-ci atteint aujourd’hui des degrés de violence que, non, je n’aurais pas imaginés, voici tout juste quelques années.

Voir aussi:

Les mauvaises raisons d’un succès de librairie
Eric Marty
Le Monde
28.03.09

Tout le monde se souvient de quelques énoncés qui, jadis, firent scandale : selon une rumeur venue d’Europe, les chambres à gaz n’avaient jamais existé, selon une autre, émanant du monde arabe, le Temple juif de Jérusalem était une invention des colons sionistes, malgré son attestation par le Coran décrivant Jésus y priant « debout ».Mais avec le siècle qui vient, et qui s’annonce comme redoutable, on aura compris que ces négations-là ne relevaient que du détail. Le livre de Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé : de la Bible au sionisme (Fayard, 2008), règle la question de manière définitive. Le peuple juif n’existe pas : divine surprise !Inutile de faire l’apprenti chimiste pour déclarer l’innocuité du Zyklon B, inutile de jouer à l’archéologue pour faire du Mur des lamentations une excroissance de la Mosquée Al-Aqsa, car si le peuple juif n’est qu’une invention du XIXe siècle sous le paradigme occidental de l’Etat-nation, alors la question est réglée. Certains pourront en conclure d’ailleurs qu’il est bien naturel qu’un peuple qui n’existe pas invente à l’infini des légendes pour attester sa pseudo-existence.Ce n’est pas ici le lieu de dénoncer les confusions, et surtout le caractère naïvement massif de la thèse du livre de Shlomo Sand. Des spécialistes l’ont fait. Il s’agit de l’oeuvre d’un historien autodidacte dont les informations sont de seconde main, qui mêle les approximations à des choses connues, mais qui sont présentées sous l’angle biaisé de découvertes sulfureuses.

Sand présente le fait qu’il n’y a pas de race juive comme une découverte qui fait du peuple juif une invention historique. Mais ce faisant, il confond deux catégories étrangères l’une à l’autre, celle de « race » et celle de « peuple ». La tradition d’Israël n’est pas une tradition raciale comme la Bible l’atteste (l’épouse non juive de Moïse, Séphora, Ruth, l’étrangère, ancêtre du roi David), tradition perpétuée par l’actuel Israël, comme tout visiteur peut le constater en admirant dans le peuple juif son extraordinaire pluralité : juifs noirs, jaunes, blancs, orientaux, blonds, bruns… La substitution race/peuple est révélée par le titre : Comment le peuple juif fut inventé… Or tout le livre consiste à vouloir prouver que les juifs actuels ne sont pas « génétiquement » les descendants des Hébreux.

On dira que le peuple juif n’a jamais cessé d’être « inventé » : par Abraham, par Jacob, par Moïse… Mais aussi par chaque juif. Car l’invention même du peuple juif, loin d’être une preuve de son inexistence, est une preuve radicale – irréfutable – de la singularité radicale de son existence propre. Existence fondée sur le principe abrahamique de son invention ou de sa vocation, puisque cette existence est réponse à un appel.

CONCLUSION PERVERSE

Peuple unique en ce qu’il est fondamentalement logocentrique – lié au langage, lié au nom – et textocentrique, lié à un texte : la Torah. Que la filiation soit constitutive du peuple juif ne peut apparaître comme un élément ontologique. Le principe de filiation n’est que la régulation civile de l’existence historique de ce peuple, des conditions de possibilité d’une perpétuation qui autorise son inscription dans le temps chronologique, dans le temps de l’histoire humaine. Voilà pourquoi il y a un peuple juif, voilà pourquoi il n’y a pas de « race juive », même s’il est patent que les Cohen et les Lévy du monde entier ont quelques liens incarnés. C’est ce qu’on peut appeler très simplement la facticité juive : le fait d’être juif.

Le livre de Sand manifeste là l’indigence de son « épistémologie ». Sand est un « moderne ». Il voudrait devenir le Michel Foucault du XXIe siècle. Il espère, en proclamant que le peuple juif est une « invention du XIXe siècle », reproduire, en le mimant, le Foucault de jadis affirmant que l’homme était « une invention récente ». Mais, pour Foucault, il était fondamental, à l’intérieur du discours philosophique moderne même, de réfléchir méthodiquement à cette « invention » dans les savoirs – l’homme – et de la déconstruire.

Or c’est sur ce point que le livre de Sand se révèle vide. Car s’il dénie aux juifs une aspiration, qu’ils n’ont jamais eue comme peuple, à se constituer en race, il ne déconstruit pas la notion de race. Au contraire, il lui confère, à dessein ou non, un statut de vérité qui se donne comme vérité ultime. En effet, la conclusion, proprement perverse, de son livre est d’attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs, à savoir qu’ils sont – eux, les Palestiniens – les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires !

Cet épilogue est le révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l’inversion dont le peuple juif est la victime coutumière : les juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens les juifs génétiques. On peut, dès lors, en déduire qui est l’occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas radicalement la notion d’héritage génétique, en en faisant, au contraire, bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l’impensé qui obscurément pourrit ce qu’il tient pour être une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu’il emploie est tout simplement mystificatrice, et ce d’autant plus qu’elle voudrait être au service de l’entente entre les ennemis.

Nier l’identité juive est une vieille marotte, aujourd’hui parasite obstiné de la pensée contemporaine. D’où vient ce vertige du négatif ? On l’aura compris en lisant le livre de Shlomo Sand : d’un désir obscur de faire des juifs de purs fantômes, de simples spectres, des morts-vivants, figures absolues et archétypales de l’errance, figures des imposteurs usurpant éternellement une identité manquante. Eternelle obsession qui, loin de s’éteindre, ne cesse de renaître avec, désormais, un nouvel alibi mythologique : les Palestiniens.

Eric Marty est écrivain et critique, professeur de littérature à l’université Paris-Diderot

Voir enfin:

Comment critiquer un livre sans l’avoir vraiment lu
Shlomo Sand
Le Monde
04.04.09Mon livre Comment le peuple juif fut inventé a été, pendant six mois, ignoré par la critique ; ce mur du silence ne l’a, cependant, pas empêché de connaître un étonnant succès en librairie, et il a donc bien fallu y faire référence ! Celle-ci n’a, hélas, pas émané d’un historien mais d’un critique littéraire : Eric Marty, qui s’est invité pour donner son point de vue (Le Monde du 30 mars), avec une véhémence digne d’un militant nationaliste.Je ne souhaite pas réagir, ici et maintenant, à ses accusations stupéfiantes ! Je ne puis que sourire en apprenant mon statut d' »historien autodidacte » ! A cet énoncé inexact (je suis professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv depuis vingt-quatre ans), il me faut ajouter une seconde correction : je ne suis pas l’auteur de l’hypothèse selon laquelle les Palestiniens seraient les descendants des Judéens de l’Antiquité ; la paternité en revient à David Ben Gourion, fondateur de l’Etat d’Israël, et à Isaac Ben Zvi, qui en fut le deuxième président. Cette thèse a été, ensuite, formulée à plusieurs reprises par d’autres qui ont observé que la population juive en Palestine fut convertie à l’islam au VIIe siècle.Je suis fondé à demander si Eric Marty a vraiment lu mon livre. S’il l’a lu, il aura pu mieux comprendre que les grands textes sacrés ne construisent pas des peuples ou des nations, mais donnent naissance à de grandes religions. Malheureusement pour lui, la Bible n’a pas créé un peuple juif, tout comme le baptême de Clovis n’a pas fondé un peuple français.Dans Comment le peuple juif fut inventé, je ne traite pas directement de l’histoire des juifs mais j’analyse l’historiographie sioniste, en essayant de démontrer que le récit national juif sur le passé relève davantage d’un empilement de mythes mobilisateurs successifs que de l’écriture historique qui nous est familière depuis les trente dernières années. A cet égard, mon livre ne témoigne d’aucune originalité ; j’ai, en effet, appliqué à l’historiographie sioniste des principes théoriques développés antérieurement dans d’autres contextes historiographiques. Je n’ai mis en évidence que très peu de données réellement nouvelles ; je me suis « contenté » d’ordonner différemment un savoir historique déjà existant.Voici un exemple de « mon manque d’originalité » : il apparaît dans tout manuel d’histoire en Israël, mais également en Europe, que le « peuple juif » a été exilé de sa patrie au premier siècle après J.-C., à la suite de la destruction du Temple. Or, très étrangement, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche consacré à cet acte d’exil ! Les Romains emmenaient, certes, des rebelles en captivité mais ils n’ont pas exilé de peuple du Moyen-Orient : la chose est connue de tout historien de métier, spécialiste de cette époque, mais demeure ignorée du grand public.D’où viennent, dans ce cas, les juifs apparus en grand nombre, de l’époque romaine jusqu’au Xe siècle ? Il faut y voir le résultat d’un processus de conversions massives qui touchaient des individus isolés mais aussi des royaumes entiers d’où seront issues de nombreuses communautés religieuses. Faut-il les définir comme un « peuple » ?

Au Moyen-Age, ce terme était appliqué aussi aux religions : il était habituel de parler du « peuple chrétien ». Dans les temps modernes, le mot « peuple » désigne, en langage courant, des groupes humains qui partagent une même langue, des habitudes de vie et une culture laïque commune. Je recommande, à ce propos, la lecture des Mémoires de Raymond Aron – célèbre « négateur du peuple juif » ! -, qui ne craignait pas de s’interroger : « Que signifie le peuple juif ? Existe-t-il ? Peut-on parler du peuple juif comme on parle du peuple français ? Ou comme on parle du peuple basque ? La seule réponse valable me paraît celle-ci : si l’on parle du « peuple juif », on emploie la notion de peuple en un sens qui ne vaut que dans ce seul cas » (p. 502-503).

UN « ETHNOS » ERRANT

Tout historien sérieux reconnaîtra l’impossibilité conceptuelle et l’illogisme d’une telle chose que, précisément, j’ai voulu clarifier dans mon livre. Le sionisme a décrit les juifs non pas comme un ensemble religieux important mais comme un « ethnos » errant, non pas comme une race pure mais tout de même comme un groupe humain relevant d’une origine commune qui lui donne un « droit historique » à une certaine terre.

Le sionisme, encore aujourd’hui, ne voit pas Israël comme une république au service de son « démos », c’est-à-dire de tous les citoyens israéliens qui y vivent mais comme l’Etat des juifs du monde entier. Une telle situation fait planer sur l’avenir d’Israël une interrogation peut-être plus grave, encore, que la conquête des territoires en 1967.

Si l’on a pu affirmer, un jour, que la patrie constitue l’ultime recours de l’impie, on pourrait, aujourd’hui, dire que la Shoah est devenue l’ultime recours des démagogues prosionistes ! Pourquoi se priver d’assimiler mon approche à celle des négateurs de l’existence des chambres à gaz ? C’est direct, plus c’est gros et plus ça passe, et c’est la garantie de mobiliser beaucoup de monde contre mon livre.

Je tiens à souligner qu’en Israël, dans tous les débats tempétueux autour de ce livre, jamais une telle comparaison n’a été évoquée. Mais Paris n’est pas Tel-Aviv. En France, rien de plus facile, pour faire taire des contradicteurs que d’insinuer qu’ils sont antisémites, ou peut-être pire encore : qu’ils n’aiment pas suffisamment les juifs !

On a pu dire, jadis, que la France est toujours en retard d’une guerre. J’ai, aujourd’hui, l’impression que la France a plutôt tendance à être en retard d’une souffrance ! Jusqu’à quand va-t-on, en effet, continuer à dilapider l’héritage moral de la souffrance précédente qui fut, certainement, la plus terrible d’entre toutes ? Là se situe, en fin de compte, le réel danger.

Professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv,

auteur de « Comment le peuple juif fut inventé » (Fayard, 2008)

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis

Voir aussi:

– geostrategie.com – http://www.geostrategie.com

Shlomo Sand : l’exil du peuple juif est un mythe
Geostrategie

19 mai 2008

L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction à postériori sans fondement historique. Entretien.

Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.

D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling – en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties – et non à partir d’exilés de Jérusalem – n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.

Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).

A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (…) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).

D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes – afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple “rétrospectivement”, avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »

Entretien

Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 – en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 – en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées – généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.

En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.

« Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé – je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens – ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »

Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.

« Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »

« Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en couverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.

« Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du “Peuple du Livre” qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil – événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le 20e siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »

Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.

« Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que “la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays”. »

Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?

« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes – par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »

Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?

« Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »

Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar – vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s’est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.

Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale – de Mayence et de Worms – a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »

Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?

« Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la “mère des communautés de l’Exil” en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »

Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?

« Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : “Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici” – comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »

Cette crainte n’est-elle pas fondée ?

« Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »

En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.

« Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un “peuple yiddish” qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce “peuple yiddish”. Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.

« Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »

Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?

« Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.

« Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.

« Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »

Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?

« Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la “Nakba”, entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »

Note :

Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXe siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)

Source : Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008, traduit de l’hébreu par Michel Ghys pour Protection Palestine

7 Responses to Livres: Pourquoi il ne peut y avoir de retour de l’antisémitisme (Israeli historian comes up with the final solution to the Jewish question: dissolve the Jewish people and elect another!)

  1. SD dit :

    Lorsque on massacrera des juifs, Shlomo Sand dira « on n’a pas compris ce que je voulais dire ». M. Sand est antisémite comme l’était Karl Marx. De même que beaucoup d’intellectuels français sont anti français : il n’y a pas là d’incompatibilité.
    Shlomo Sand voulait la gloire,il l’a eue au prix du scandale: il sera bientôt abondamment cité par des démocrates comme Dieudonné.

    Si Shlomo Sand pense que le peuple juif doit se dissoudre dans l’islam palestinien, autrement dit que les juifs deviennent « arabes » et musulmans, il pourrait mettre en pratique ce qu’il prêche en allant s’installer dans un pays arabe musulman et en cessant d’enseigner dans une université israélienne en demandant la disparition d’Israël. Mais, comme tous les hommes de gauche, Mr Sand aime son confort et met une distance certaine entre ses actes et ses paroles.

    Mr Sand estime que si on n’a pas écrit de livres sur l’exil des juifs par les Romains, c’est que cela n’est jamais arrivé. Que voilà une démonstration historique ! Katyn n’a jamais existé pendant un certain temps, magie où les mots remplacent la réalité (allez voir le film de Wajda qui vient de sortir sur cette tragédie).

    Un fait est qu’il existait de très fortes communautés juives en dehors d’Israël dans l’Antiquité. Peu importe la raison. Par exemple en Espagne, il a été prouvé que jusqu’à 20 % de la population fut d’origine juive. Ce sont des tests génétiques qui l’ont montré. Mais comment retrouver des traces génétiques d’origine juive en Espagne au XXIe siècle si le peuple juif n’existait pas?

    Les palestiniens seraient les descendants des hébreux d’origines. Qui en passant auraient été convertis à l’islam par la force lors de l’invasion arabe. C’est probablement vrai pour quelques-uns d’entre eux. Cependant, cette généralisation est un mensonge : au XIXe siècle il n’y a quasiment pas d’habitants sur l’actuel territoire d’Israël-Palestine. Tous les observateurs rapportent que les habitants palestiniens actuels proviennent des territoires environnants à partir de cette époque. On dira qu’il s’agit de sémites tout comme les juifs, et que donc cela n’a pas importance; en tout cas ils ne sont pas descendants de l’ancien peuple d’Israël. Ajoutons les membres des différentes diasporas musulmanes de l’empire ottoman, notamment des circassiens, pour prouver que génétiquement, puisque c’est là l’obsession de Mr Sand, les actuels palestiniens ne sont pas les descendants des Israéliens de l’Antiquité. Il n’est qu’à regarder le type physique des palestiniens pour s’apercevoir qu’il va du type proche-oriental au type caucasien.

    Raymond Aron souligne le caractère unique du « peuple juif », preuve pour Mr Sand que celui-ci n’existe pas. Mais il y a bien d’autres auteurs qui avaient remarqué cela. Le terme de « peuple » défini au XVIIIe – XIXe siècle n’est peut-être pas adapté à une entité qui existe depuis 5000 ans et qui désigne, fait unique, à la fois une ethnie et une religion.

    Mr Sand se lance dans de grandes démonstrations pour définir ce qu’est un peuple. Avec une grande ignorance. Il aurait pu rappeler que cette définition est mouvante, que la frontière entre deux peuples est souvent très artificielle : par exemple slaves celtes et germaniques s’interpénétraient, où mettre la barrière? Après tout, si l’on suit son raisonnement, le peuple français, et encore moins le « peuple arabe », n’existent : ne sommes-nous pas génétiquement tous pareils ? Et pourtant…

    La France (métropolitaine) est historiquement composée de peuples génétiquement très différents : celtes d’origine continentale, Celtes de Grande-Bretagne, Germains avec une touche de mongols (huns), Ibéro basques non indo-européens(tout le sud-ouest), quelques grecs du côté de Marseille, descendants des peuples du Danube qui venaient parfois eux-mêmes de très loin, latins, vétérans des légions et esclaves venus de tout le monde romain, etc.. Le peuple français n’existe donc pas.

    Mr Sand, comme tous les intellectuels de gauche, fait passer l’idéologie avant la science et l’histoire, les deux derniers servant la première. Il est fatigué par la guerre, et voudrait la paix. Il voudrait être enfin apprécié par tous les progressistes et autres peuples « de la diversité » qui ont les faveurs des premiers et qui vomissent les Israéliens. Pour tout cela, il est prêt à toutes les concessions. Il y a une proximité grandissante entre la gauche et l’Islam : même hédonisme, même intolérance, même fascination pour la violence. Finalement, sa thèse n’est que l’adaptation du célèbre « plutôt rouges que morts » que nous servit l’intelligentsia occidentale pendant des années, ici « plutôt verts que morts ». Son discours n’est que le paravent de sa lâcheté.

    J’en profite pour remercier l’auteur de ce blog de son formidable travail d’information, que je consulte régulièrement.

    Un « goy »

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  2. jcdurbant dit :

    Je n’ai en fait pas encore lu le bouquin et suis tout aussi « goy » que vous, mais merci d’avoir rappelé d’une manière aussi complète les effectivement très nombreuses questions que pose la notion de peuple pour la plupart des nations du monde.

    Comme la mauvaise foi qu’il y a à se servir de la singularité toute particulière du peuple juif dans le domaine (soulignée par la citation hors contexte d’Aron) comme argument pour son inexistence ou plutôt sa disparition.

    Dans une sorte de nouvelle dhimmitude que décrit parfaitement, sur fond de menace nucléaire iranienne, votre excellente formule de « Plutôt verts que morts ».

    Merci par ailleurs pour vos encouragements pour la petite revue de presse que j’essaie de reconstruire de pratiquement zéro après mon éjection des blogs du Monde il va y avoir un an (pour la mise en ligne d’un billet de Murawiec) et j’en profite pour vous rappeler que je suis ouvert à tout autre commentaire ou article que vous auriez, notamment en votre qualité de juriste et bien sûr si vous avez un moment, à m’envoyer ou me signaler (je compte d’ailleurs, si vous n’y voyez pas d’objection, mettre en ligne votre intéressant commentaire sur un autre blog avec lequel je collabore aussi) …

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  3. SD dit :

    Je ne vois pas d’inconvénient à mettre en ligne mon commentaire sur d’autres blogs. Si je trouve des articles intéressants, je vous les signalerai, mais je ne parcours que quelques blogs que vous devez connaître tout autant que moi.

    J’ajouterai à propos du livre de Mr Sand que s’il allait jusqu’au bout de sa logique, il dirait que les palestiniens ne sont pas des arabes, puisque descendants des anciens israéliens.

    Mais les Arabes sont-ils vraiment un peuple ? Quoi de commun entre le peuplement du Yémen et le peuplement de l’actuelle Arabie saoudite par des nomades ? Sans compter les pseudo Arabes d’Afrique du Nord qui sont des berbères qui se renient ?

    L’histoire veut que les sémites soient venus des montagnes à l’est du Proche-Orient jusqu’aux plaines de l’Irak actuel avant de rejoindre la Méditerranée (pour la dernière partie, c’est finalement l’histoire d’Abraham). Pourtant, des études ont montré une permanence de population entre la période qui aurait précédé l’arrivée des israélites et les royaumes bibliques sensés être peuplés uniquement de juifs originaires d’Irak. L’histoire du peuple juif a toujours été complexe (comme celle de toute communauté humaine qui se considère comme telle), vous rappelez les « métissages » racontés par la Bible, jusqu’à nos jours, ce qui n’enlève rien à son existence bien au contraire.

    J’aime

  4. SD dit :

    comment fait-on pour vous contacter directement sans passer par le forum ?

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