Guerre contre le terrorisme: Retour sur une victoire de plus en plus difficile à cacher (Yes, we’re winning, but please don’t tell anyone!)

Come unto me, ye opprest!
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. René Girard
As for their accusations of terrorizing the innocent, the children, and the women, these are in the category of ‘accusing others with their own affliction in order to fool the masses.’ The evidence overwhelmingly shows America and Israel killing the weaker men, women and children in the Muslim world and elsewhere. A few examples of this are seen in the recent Qana massacre in Lebanon, and the death of more than 600,000 Iraqi children because of the shortage of food and medicine which resulted from the boycotts and sanctions against the Muslim Iraqi people, also their withholding of arms from the Muslims of Bosnia-Herzegovina leaving them prey to the Christian Serbians who massacred and raped in a manner not seen in contemporary history. Not to forget the dropping of the H-bombs on cities with their entire populations of children, elderly, and women, on purpose, and in a premeditated manner as was the case with Hiroshima and Nagasaki. Osama bin Laden (Nida’ul Islam magazine October-November 1996)
Allah has ordered us to glorify the truth and to defend Muslim land, especially the Arab peninsula … against the unbelievers. After World War II, the Americans grew more unfair and more oppressive towards people in general and Muslims in particular. … The Americans started it and retaliation and punishment should be carried out following the principle of reciprocity, especially when women and children are involved. Through history, American has not been known to differentiate between the military and the civilians or between men and women or adults and children. Those who threw atomic bombs and used the weapons of mass destruction against Nagasaki and Hiroshima were the Americans. Can the bombs differentiate between military and women and infants and children? America has no religion that can deter her from exterminating whole peoples. Your position against Muslims in Palestine is despicable and disgraceful. America has no shame. … We believe that the worst thieves in the world today and the worst terrorists are the Americans. Nothing could stop you except perhaps retaliation in kind. We do not have to differentiate between military or civilian. As far as we are concerned, they are all targets, and this is what the fatwah says … . The fatwah is general (comprehensive) and it includes all those who participate in, or help the Jewish occupiers in killing Muslims.  Osama bin Laden (May 1998)
Nous combattons la pauvreté parce que l’espoir est la réponse à la terreur … Nous défierons la pauvreté et le désespoir et le manque d’éducation et les gouvernements en faillite qui trop souvent créent les conditions dont profitent les terroristes. George Bush (2003)
L’Irak, c’était en fait plus facile. Barack Obama (60 minutes, CBS, 20 mars 2009)
Attaquer les Etats-Unis de front est désormais le chemin le plus court menant à la gloire et au pouvoir chez les Arabes et les musulmans. Mais quel intérêt y a-t-il à détruire un des édifices de votre ennemi si celui-ci anéantit ensuite un de vos pays ? Quel intérêt y a-t-il à tuer l’un des siens si, en retour, il élimine un millier des vôtres ? Voilà, en bref, quelle est mon analyse du 11 septembre. Saïd Imam Al-Sharif (alias docteur Fadl, fondateur d’Al-Qaida, 2008)
Les terroristes kamikazes sont souvent traités de lâches et de fous, déterminés à une destruction absurde, prospérant au milieu de la pauvreté et de l’ignorance. Le but évident devient de traquer les terroristes tout en transformant simultanément l’environnement culturel et économique qui les soutient en le faisant passer du désespoir à l’espoir. Quelle que soit la recherche, elle montre que les terroristes kamikazes n’ont pas une psychopathologie spécifique et qu’ils ont un niveau d’études et de revenus égal à celui du reste de la population. (…) Avec le terrorisme suicide, le problème attributionnel est de comprendre pourquoi des individus non pathologiques répondent à des facteurs situationnels nouveaux en nombre suffisant pour permettre aux organisations recruteuses de mettre en oeuvre leur politique. Au Moyen-Orient, les contextes, tels qu’on les perçoit, dans lesquels s’expriment les kamikazes et ceux qui les cautionnent, passent par un sentiment collectif d’injustice historique, de soumission politique et d’humiliation sociale vis-à-vis des puissances mondiales et de leurs alliés, sentiment contrebalancé par un espoir religieux. Constater de telles perceptions ne signifie pas les accepter comme la simple réalité; cependant, en ignorer les causes risque de mal identifier les causes des attaques suicides et les solutions pour les prévenir. Il est aussi évident que les gens tendent à croire que leur comportement parle pour eux, qu’ils voient le monde objectivement et que seuls les autres sont biaisés et interprètent les évènements de façon erronée. Qui plus est, les individus tendent à avoir une perception fausse des différences entre les normes des groupes, les percevant comme plus extrêmes qu’elles ne le sont en réalité. Les incompréhensions qui en résultent – encouragées par la propagande religieuse et idéologique – amènent des groupes antagonistes à interpréter leurs visions respectives des évènements, tel que terrorisme-combattre pour la liberté, comme fausses, radicales et/ ou irrationnelles. La diabolisation mutuelle et la guerre s’ensuivent facilement. Le problème est d’arrêter l’intensification de cette spirale dans les camps opposés. (…) Ces théories d’un choix rationnel basé sur des opportunités économiques ne rendent pas compte de façon fiable de certains types de crimes violents (homicides domestiques, meurtres dus à la haine). Ces supputations ont encore moins de sens en ce qui concerne les attaques suicides. En général, les terroristes kamikazes n’ont pas eu moins de chances dans leur vie légitime que le reste de la population. Comme le souligne la presse arabe, si les martyrs n’avaient rien à perdre, leur sacrifice n’aurait pas de sens: «Celui qui se suicide se tue pour son propre bénéfice, celui qui commet le martyr se sacrifie pour sauver sa religion et sa nation …. Le Mujahed est plein d’espoir». La recherche menée par Krueger et Maleckova montre que l’éducation peut ne pas être corrélée, ou même être positivement corrélée, avec le fait de soutenir le terrorisme. Dans un sondage de décembre 2001, auprès de 1357 palestiniens de 18 ans ou plus, de la Cisjordanie et de Gaza, ceux qui avaient 12 années d’études ou plus soutenaient les attaques armées par 68 points, ceux qui avaient 11 années d’étude par 63 points et les illettrés par 46 points. 40% seulement des personnes ayant des diplômes universitaires était pour le dialogue avec Israël, contre 53% ayant des diplômes d’études secondaires et 60% ayant effectué 9 ans d’études ou moins. En comparant les militants du Hezbollah morts dans l’action avec un échantillon au hasard de Libanais de la même classe d’âge et de la même région, les militants avaient plus de chance de ne pas venir de familles pauvres et d’avoir fait des études secondaires. Plus récemment, Krueger et ses collègues trouvèrent que, bien qu’un tiers des Palestiniens vivent dans la pauvreté, c’est seulement le cas de 13% des kamikazes palestiniens; 57% des kamikazes vont au-delà du lycée contre 15% d’une population d’âge comparable. Néanmoins, une perte relative d’avantages économiques ou sociaux dans les classes éduquées peut encourager le soutien au terrorisme. Dans la période précédant la première Intifada (1982-1988), le nombre d’hommes palestiniens ayant fait 12 ans d’études ou plus a fait plus que doubler; ceux avec moins d’années d’études n’a augmenté que de 30%. Ceci coïncida avec une augmentation significative du chômage chez ceux qui avaient fait des études supérieures par rapport à ceux qui avaient fait des études secondaires. Les salaires quotidiens réels de ceux qui avaient des diplômes universitaires diminuèrent de quelque 30%; les salaires de ceux qui n’avaient fait que des études secondaires restèrent stables. Le chômage semble aussi un facteur de recrutement pour Al Qaeda et ses alliés dans la péninsule arabique. Bien que l’humiliation et le désespoir puissent aider à rendre compte de la prédisposition pour le martyre dans certaines situations, ce n’est une explication ni complète ni applicable à d’autres circonstances. Des études menées par le psychologue Ariel Merari montrent l’importance des institutions dans le terrorisme suicide. Son équipe a interviewé 32 des 34 familles de kamikazes en Palestine et en Israël (avant 1998), des terroristes survivants et des recruteurs faits prisonniers. Les terroristes kamikazes reflètent apparemment une répartition normale dans leur population en termes d’éducation, de statut socioéconomique et de types de personnalités (introverti par rapport à extroverti). L’âge moyen des terroristes était la vingtaine. Presque tous étaient célibataires et témoignaient de croyance religieuse avant le recrutement (mais pas plus que la population générale). Excepté le fait d’être jeunes et sans attaches, les kamikazes diffèrent des membres d’organisations racistes violentes avec lesquels ils sont souvent comparés. Globalement, les terroristes kamikazes ne présentent pas de caractéristiques de dysfonctionnements sociaux (absence de père, d’ami, ou d’emploi) ni de symptômes suicidaires. Ils n’expriment aucune crainte de l’ennemi, aucun « désespoir », aucun sentiment de « n’avoir rien à perdre » par manque d’alternatives dans la vie qui seraient liées à des raisons économiques. Merari attribue la responsabilité première des attaques aux organisations qui recrutent en enrôlant des candidats potentiels dans cette population jeune et relativement sans attaches. Ensuite, à l’intérieur de petites cellules de trois à six membres, des entraîneurs charismatiques cultivent intensément leur engagement mutuel à mourir. L’étape ultime avant le martyre est un contrat social formel, la plupart du temps sous la forme d’un testament enregistré en vidéo. (…) Ainsi, on pourrait dire qu’un facteur critique déterminant le comportement du terrorisme suicide est la loyauté à des groupes intimes de pairs, que les organisations recruteuses encouragent souvent par le biais de la communion religieuse. (…) Peu de bénéfice tangible (en termes de théories de choix rationnel) revient au kamikaze, certainement pas assez pour faire du gain probable un gain « d’utilité attendue » maximisée. Le surcroît de reconnaissance sociale n’arrive qu’après la mort, parant à un bénéfice matériel personnel. Mais pour les leaders qui ne considèrent quasi jamais de se tuer eux-mêmes (en dépit de déclaration où ils se disent prêts à mourir), il est certain que dans les opérations de martyre, les bénéfices matériels l’emportent de loin sur les pertes. (…) Pour l’organisation commanditaire, les kamikazes sont des atouts remplaçables dont la perte, en augmentant le soutien public et les réservoirs de recrues potentielles, génère un plus grand nombre d’atouts. (…) L’argent coule à flots de ceux qui sont disposés à laisser les autres mourir, compensant facilement les coûts opérationnels (entraînement, personnel de soutien, maisons sûres, explosifs et autres armes, transport et communication). Après l’attentat à la bombe d’un supermarché à Jérusalem par une femme palestinienne de 18 ans, un téléthon saoudien recueillit plus de 100 millions de dollars pour «l’Intifada Al-Quds». Les représailles massives augmentent le sentiment de victimisation des gens et leur ardeur à se comporter selon les doctrines organisationnelles et les politiques mises en place pour tirer profit de tels sentiments.(…)  La dernière ligne de défense contre le terrorisme suicide – éviter que les terroristes n’atteignent leurs cibles – semble être la plus coûteuse et vraisemblablement la moins vouée à la réussite. Des fouilles au hasard de bagages ou au corps ne peuvent pas être très effectives contre des gens décidés à mourir, même si cela peut fournir quelque semblant de sécurité et donc de défense psychologique contre la guerre psychologique du terrorisme suicide. Une ligne moyenne de défense, qui consisterait à pénétrer et à détruire les organisations recruteuses et à isoler leurs leaders, pourrait être couronnée de succès à court terme mais avec la possibilité que des organisations encore plus résistantes émergent à leur place. La première ligne de défense est de réduire drastiquement la réceptivité des recrues potentielles aux organisations recruteuses. Mais comment ? Il est important de savoir ce qui probablement ne fonctionnera pas. Elever les taux d’alphabétisation peut n’avoir aucun effet et être contreproductif, une alphabétisation plus importante se traduisant par une exposition plus importante à la propagande terroriste (au Pakistan, l’alphabétisation et le rejet des Etats-Unis se sont accrus tandis que s’accroissait de 3000 à 39000 le nombre d’écoles religieuses madrasa depuis 1978)[23,34]. Diminuer la pauvreté pourrait n’avoir aucun effet, et être contreproductif si la réduction de la pauvreté pour l’ensemble de la population amenait à une redistribution des richesses vers le bas qui laisserait ceux qui étaient initialement mieux pourvus avec finalement moins d’opportunités qu’auparavant. Mettre fin à l’occupation ou réduire l’humiliation ressentie pourrait constituer une aide, mais pas si la population croit qu’il s’agit là d’une victoire inspirée par la terreur (par exemple le retrait apparemment forcé d’Israël du Liban). Si l’attentat suicide est crucialement (bien que non exclusivement) un phénomène de niveau institutionnel, cela pourrait demander que l’on trouve la bonne combinaison de pressions et d’incitations pour obtenir des communautés elles-mêmes l’abandon de leur soutien aux institutions qui recrutent les kamikazes. Un moyen peut être d’endommager tellement le tissu social et politique de la communauté que tout soutien par la population locale ou les autorités pour ceux qui commanditent les attaques suicides s’effondre, comme cela est arrivé pour les kamikazes en tant que sous-produits de la destruction nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki. Dans le monde actuel, cependant, une telle stratégie ne serait ni moralement justifiable ni facile à mettre en oeuvre, vu la dispersion et la diffusion de l’organisation des institutions terroristes parmi des populations séparées par la distance et qui se chiffrent collectivement à des centaines de millions. De même, la riposte sous forme de représailles n’est pas moralement acceptable si on recherche des alliés. Même dans des endroits plus localisés, comme dans le conflit israélo-palestinien, des politiques coercitives ne peuvent aboutir seules à une réduction durable des attaques et peuvent à long terme exacerber le problème. En ce qui concerne l’incitation, les recherches en psychologie sociale montrent que les gens s’identifiant aux groupes antagonistes utilisent les informations opposées de l’autre groupe pour renforcer leur antagonisme. Par conséquent, simplement essayer de persuader de l’extérieur les uns et les autres en les bombardant avec davantage d’informations qu’ils vont utiliser à leur profit ne peut qu’augmenter leur hostilité. Une autre recherche indique que la plupart des gens ont des vues plus modérées que ce qu’ils considèrent comme étant la norme de leur groupe. Inciter de l’intérieur les modérés et leur donner la possibilité de confronter les insuffisances et les incohérences de leur propre connaissance (des autres comme malfaisants), de leurs valeurs (le respect pour la vie) et de leur comportement (le soutien du meurtre), avec les autres membres de leur groupe peut produire une insatisfaction émotionnelle menant à un changement durable et avoir une influence sur le rôle de ces individus. Financer une éducation civique et des débats pourrait constituer une aide, de même que développer la confiance interconfessionnelle grâce à des initiatives intercommunautaires interactives (comme le propose le gouvernement de Singapour). La mise en avant du facteur ethnique, l’isolation et les attaques préventives sur des partisans potentiels (mais pas encore actuels) du terrorisme n’aideront probablement pas. Une autre stratégie pour les Etats-Unis et leurs alliés consiste à changer de comportement en abordant directement et en atténuant les sentiments de grief et d’humiliation, spécialement en Palestine (où les images de violence quotidienne en ont fait le centre mondial de l’attention musulmane). Car aucune évidence (historique ou autre) n’indique que le soutien au terrorisme suicide disparaîtra sans une entente pour réaliser au moins quelques objectifs fondamentaux communs aux terroristes et aux communautés qui les soutiennent. Evidemment, ceci ne veut pas dire négocier sur tous les objectifs, tel que la requête d’Al Qaeda de remplacer le système des états nations inspiré de l’occident par un califat global, d’abord dans les territoires musulmans et ensuite ailleurs. A la différence d’autres groupes, Al Qaeda ne fait connaître aucune revendication spécifique à la suite des actions martyres. Telle une armée vengeresse, il ne cherche aucun compromis. Mais la plupart des gens qui sont d’actuels sympathisants le pourraient. (…) Il se peut que le programme global, économique, politique et culturel de notre propre société joue un rôle catalyseur dans les volontés de fuir notre vision du monde (les talibans) ou de créer un contrepoids global (Al Qaeda). (…) Mais les résultats de Pew montrent que les populations qui soutiennent les actions terroristes sont actuellement favorablement disposées envers les formes américaines de gouvernement, d’éducation, d’économie et de liberté individuelle, en dépit du fait que ces gens font confiance à Osama Ben Laden et soutiennent les actions suicides. Les études menées par le scientifique politique palestinien Khalil Shikaki montrent que plus de 80% des Palestiniens considèrent qu’Israël a la forme de gouvernement la plus admirable, l’Amérique venant en second, bien que de nombreux sondages indiquent que 60-70% des Palestiniens expriment aussi leur soutien aux attaques suicides [47]. Un sondage antérieur de Zogby sur les impressions arabes concernant l’Amérique (avril 2002) montre le même schéma de soutien pour les libertés et la démocratie américaines mais le rejet de ses relations avec les autres – un schéma qui casse la thèse du «choc des civilisations» ou la conclusion de NSCT d’un «choc entre la civilisation et ceux qui voudraient la détruire». Des études plus récentes confirment aussi les rapports antérieurs montrant que les terroristes kamikazes et leurs partisans ne sont pas appauvris, sans instruction, vindicatifs ou socialement défavorisés. L’économiste palestinien Basel Saleh compila des informations sur 171 militants tués en action (presque tous durant la seconde Intifada, 2000-2003) qui provenaient des nouveaux services du Hamas et du Jihad (…) Comme pour le Hamas et le Jihad Islamique Palestinien, l’endoctrinement religieux par Al-Qaeda et ses alliés (de recrues qui initialement n’exprimèrent qu’une religiosité modérée) apparaît crucial pour créer des cellules intimes de famille fictive dont les membres s’engagent à mourir de plein gré les uns pour les autres. (…) Les psychologues sociaux ont longuement établi «l’erreur d’attribution fondamentale». La plupart des gens dans notre société , si on leur dit, par exemple, qu’on a ordonné à quelqu’un de faire un discours pour soutenir un candidat politique particulier, penseront encore que l’orateur croit ce qu’il est en train de dire. Ce biais d’interprétation semble être particulièrement prévalent dans les cultures « individualistes », telles que celles des États-Unis et de l’Europe Occidentale. Au contraire, de nombreuses cultures (en Afrique et en Asie) dans lesquelles une éthique « collectiviste » est davantage prévalente sont moins prédisposées à ce type de jugements. Les définitions du gouvernement américain et des media des kamikazes du Moyen Orient comme des maniaques homicides peut aussi souffrir d’une erreur d’attribution fondamentale: il n’y a pas d’exemple de terrorisme suicide religieux ou politique résultant de l’action isolée d’un poseur de bombe mentalement instable (comme le suicidaire Unabomber) ou même de quelqu’un agissant entièrement de sa propre autorité et sous sa propre responsabilité (comme le suicidaire Timothy Mc Veigh). (…) La primauté du situationnel sur les facteurs de personnalité suggère l’inanité des tentatives pour établir un profil psychologique du terroriste kamikaze. C’est le génie particulier d’institutions comme Al Qaeda, le Hamas ou le Hezbollah de prendre des gens ordinaires dans un amalgame de griefs historique, politique et religieux qui les transforment en bombes humaines. Un endoctrinement intense qui dure souvent 18 mois ou plus fait que les recrues s’identifient émotionnellement à leur petite cellule (généralement de 3 à 8 membres), la percevant comme une famille de fratrie fictive pour laquelle ils sont prêts à mourir comme une mère l’est pour son enfant ou un soldat pour ses copains. Comme de bons publicitaires, les leaders charismatiques des organisations qui commanditent le martyre transforment les désirs ordinaires pour une famille et une religion en envies furieuses pour ce qu’ils essaient de promouvoir, au bénéfice de l’organisation manipulatrice plutôt que pour celui de l’individu qui est manipulé (à peu près comme l’industrie pornographique qui transforment des désirs universels et innés pour des partenaires sexuels en désirs pour du papier ou des images électroniques à des fins réductrices pour la forme personnelle mais tout bénéfice pour les manipulateurs). (…) Ce ne sont pas les libertés intérieures et la culture de l’Amérique que ces gens n’aiment pas, mais ses actions extérieures et sa politique étrangère. Scott Atran

Oui, on a gagné, mais surtout ne le dites à personne!

Alors que, pris dans son refus de reconnaitre les succès de son prédécesseur, le maitre ès munichoiseries de la Maison Blanche multiplie les courbettes devant tout ce que la planète peut contenir de dictateurs ou de tyrannophiles

Qu’en ce 6e anniversaire de la victorieuse Campagne d’Irak et deux mois après la cinglante leçon que s’est prise le Hamas à Gaza, la campagne médiatique unilatérale de calomnie contre l’armée israélienne (récits de prétendues exactions, entretien d’un ancien tireur d’élite) a repris de plus belle …

Et où, réalité beaucoup moins médiatisée, commencent à sortir des informations sur la déroute des jihadistes d’Al-Qaida …

Retour, avec le recul des années écoulées (les sept ans sans attaques du territoire américain ou l’arrêt des attaques du Hezbollah au nord d’Israël), sur un éclairant article de 2003 de l’anthropologue américain Scott Atran concernant la « genèse du terrorisme-suicide ».

Qui, sans éviter les critiques les plus faciles (George Bush n’a jamais parlé que d’instrumentalisation de la pauvreté par Al Qaeda et, même en cherchant bien, on ne voit toujours pas quel courage il pourrait y avoir à s’attaquer aux civils désarmés d’une discothèque ou du WTC) …

A le mérite de tordre définitivement le cou à certaines idées reçues, notamment du prétendu « fondamentalisme » des groupes concernés alors que le mélange politico-religieux de l’islamisme actuel est de toute évidence un phénomène on ne peut plus récent et moderne.

Ou, au-delà des évidentes limites des théories de choix rationnel (sauf pour les commanditaires), les soi-disant motivations de pauvreté et de désespoir de terroristes-suicide qui auraient même pour nombre d’entre eux au contraire un bagage relativement favorisé.

Mais surtout de souligner la dimension institutionnelle du phénomène et partant l’importance des mesures de « réduction de la réceptivité des recrues potentielles aux organisations recruteuses ».

Comme une certaine « combinaison de pressions et d’incitations », au coût politique certes important au niveau de l’opinion publique internationale, « pour obtenir des communautés elles-mêmes l’abandon de leur soutien aux institutions qui recrutent les kamikazes » (voir la démolition des maisons des parents ou, comme au Japon en 1945 ou au Sud-Liban ou à Gaza tout récemment, « d’endommager tellement le tissu social et politique de la communauté que tout soutien par la population locale ou les autorités pour ceux qui commanditent les attaques suicides s’effondre ».

Mais surtout de pointer les effets potentiellement négatifs, au moins à court terme y compris pour les plus souhaitables, de certaines des mesures prônées.

Comme, sans parler de la démocratisation pouvant faire accéder au pouvoir les éléments les plus réactionnaires, l’alphabétisation qui pourrait par exemple augmenter, comme au Pakistan, l’exposition à la propagande terroriste

Ou la diminution de la pauvreté, « les groupes initialement mieux pourvus pouvant se retrouver avec finalement moins d’opportunités qu’auparavant ».

Ou la fin de l’occupation pourrait au contraire aggraver les choses si, comme on l’a vu au sud-Liban ou à Gaza, la population croit qu’il s’agit là d’une victoire inspirée par la terreur »

Extraits:

La première ligne de défense est de réduire drastiquement la réceptivité des recrues potentielles aux organisations recruteuses.

Elever les taux d’alphabétisation peut n’avoir aucun effet et être contreproductif, une alphabétisation plus importante se traduisant par une exposition plus importante à la propagande terroriste (au Pakistan, l’alphabétisation et le rejet des Etats-Unis se sont accrus tandis que s’accroissait de 3000 à 39000 le nombre d’écoles religieuses madrasa depuis 1978).

Diminuer la pauvreté pourrait n’avoir aucun effet, et être contreproductif si la réduction de la pauvreté pour l’ensemble de la population amenait à une redistribution des richesses vers le bas qui laisserait ceux qui étaient initialement mieux pourvus avec finalement moins d’opportunités qu’auparavant.

Mettre fin à l’occupation ou réduire l’humiliation ressentie pourrait constituer une aide, mais pas si la population croit qu’il s’agit là d’une victoire inspirée par la terreur (par exemple le retrait apparemment forcé d’Israël du Liban).

Si l’attentat suicide est crucialement (bien que non exclusivement) un phénomène de niveau institutionnel, cela pourrait demander que l’on trouve la bonne combinaison de pressions et d’incitations pour obtenir des communautés elles-mêmes l’abandon de leur soutien aux institutions qui recrutent les kamikazes. Un moyen peut être d’endommager tellement le tissu social et politique de la communauté que tout soutien par la population locale ou les autorités pour ceux qui commanditent les attaques suicides s’effondre, comme cela est arrivé pour les kamikazes en tant que sous-produits de la destruction nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki.

Genèse et futur de l’attentat suicide
de Scott Atran
(Traduction de l’original en anglais by Anne-Marie Varigault)

Résumé

Les modernes terroristes kamikazes du Moyen Orient sont considérés publiquement comme des lâches et des fous déterminés à une destruction absurde, prospérant au milieu de la pauvreté et de l’ignorance. Une étude récente montre qu’ils n’ont pas de psychopathologie notable et qu’ils ont un niveau d’éducation et des conditions de vie semblables au reste de la population. Une première ligne de défense consiste à obtenir des communautés d’où sont issus les commandos suicides qu’elles arrêtent les attaques en apprenant à minimiser la réceptivité de gens tout à fait ordinaires aux organisations qui les recrutent.

L’histoire récente

L’attaque suicide est une pratique ancienne avec une histoire moderne. Son usage par les sectes juives des Zélotes et des Sicaires (« poignards ») dans la Judée occupée par les Romains [1] et par l’Ordre Islamique des Assassins (hashashin) durant l’époque des premières croisades en sont des exemples légendaires [2]. Le concept de « terreur » en tant qu’usage systématique de la violence pour atteindre des fins politiques a été codifié pour la première fois par Maximilien Robespierre pendant la Révolution Française. Il la considéra comme une « émanation de la vertu », assurant une justice « prompte, sévère et inflexible », « une conséquence du principe général de démocratie appliqué aux besoins les plus urgents du pays » [3]. Le Règne de la Terreur, durant lequel la faction jacobine en place extermina des milliers d’ennemis potentiels, quels qu’en fussent le sexe, l’âge ou la condition, dura jusqu’à la chute de Robespierre en juillet 1794. Une semblable justification pour une terreur cautionnée par l’état fut partagée par les révolutions du 20e siècle, comme en Russie avec Lénine, au Cambodge avec Pol Pot et en Iran avec Khomeiny.

Qu’elle soit subnationale (par exemple les anarchistes russes) ou soutenue par l’état (les kamikazes japonais), l’attaque suicide comme arme de terreur est habituellement choisie par des groupes plus faibles contre des adversaires matériellement plus forts quand semble peu probable que réussissent des méthodes de combat d’un moindre coût. Le choix est souvent volontaire, mais il est généralement soumis aux conditions d’un groupe de pression et d’un leadership charismatique. Ainsi, les Kamikazes (« vent divin ») utilisés pour la première fois dans la bataille des Philippines (novembre 1944) étaient de jeunes pilotes, avec un bon niveau d’études, qui comprirent que poursuivre une guerre conventionnelle aboutirait à une défaite. Beaucoup de ces jeunes gens avaient étudié la philosophie et la littérature occidentales, certains étaient marxistes ou chrétiens. Peu d’entre eux croyaient qu’ils mouraient pour l’empereur en tant que chef de guerre ou pour des buts militaires. Il apparaîtrait plutôt que l’état était capable de manipuler une profonde tradition intellectuelle et esthétique de beauté dans la souffrance pour convaincre les pilotes que c’était leur honneur de « mourir tels de beaux pétales de cerisier qui tombent » pour leurs familles réelles ou fictives, celles-ci comprenant leurs parents, leurs collègues pilotes, l’empereur et le peuple du Japon [4].

Quand l’Admiral Takjiro Onishi leur demanda collectivement de se porter volontaires pour des « attaques spéciales » (tokkotai) « transcendant la vie et la mort », tous se désignèrent, en dépit d’assurances que leur refus n’entraînerait ni honte ni punition. Lors de la bataille d’Okinawa (avril 1945) quelques 2000 kamikazes lancèrent leurs avions de combat chargés de carburant sur plus de 300 bateaux, tuant 5000 Américains dans la bataille navale la plus coûteuse de l’histoire américaine. C’est à cause de telles pertes que fut appuyée l’utilisation de la bombe atomique pour finir la deuxième guerre mondiale [5].

Le premier grand attentat terroriste suicide contemporain au Moyen Orient fut la destruction, en décembre 1981, de l’ambassade d’Irak à Beyrouth (27 morts, plus de 100 blessés). L’identité de ses auteurs est encore inconnue, bien qu’il soit vraisemblable que l’Ayatollah Khomeiny ait approuvé cette action qui fut menée par des groupes cautionnés par les services spéciaux iraniens. Avec l’assassinat du président libanais pro israélien Bashir Gemayel en septembre 1982, l’attentat suicide devint une arme de stratégie politique. Avec le « Parti de Dieu » libanais pro-iranien (Hezbollah), cette stratégie acquit bientôt un impact géopolitique avec l’attentat au camion piégé d’octobre 1983 qui tua près de 300 militaires américains et français. L’Amérique et la France abandonnèrent la force multinationale qui maintenait l’ordre au Liban. En 1985, on peut dire que ces attaques poussèrent Israël à céder la plupart des gains (territoriaux) réalisés durant l’invasion du Liban en 1982.

En Israël et en Palestine, le terrorisme suicide commença en 1992, et devint vers la fin de 1993 partie intégrante d’une campagne systématique avec les attaques de membres du Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas) et du Jihad Palestinien Islamique (JPI) entraînés par le Hezbollah, ayant pour but de faire dérailler les accords de paix d’Oslo. Dès 1988, cependant, le fondateur du JPI, Fathi Shiqaqi, donnait les directives d’opérations martyres « exceptionnelles » impliquant des bombes humaines. Il suivit le Hezbollah en insistant sur le fait que Dieu exalte le martyr mais abhorre le suicide : « Allah peut rendre connus ceux qui croient et peut faire de certains d’entre vous des martyrs; il peut purifier ceux qui ont la foi et qui détruiront complètement les infidèles » ; cependant « nul ne peut mourir sans la permission d’Allah » [6].

La radicalisation récente et l’interconnexion par le biais d’Al-Qaeda de groupes militants islamistes d’Afrique du Nord, d’Arabie, d’Asie Centrale et du Sud-est sont issues de la guerre russo-afghane (1979-1989). Avec le soutien financier des Etats-Unis, les membres de ces différents groupes eurent l’opportunité de mettre en commun et d’unifier leur doctrine, leurs buts, l’entraînement, l’équipement et leurs méthodes, dont les attentats suicides. Grâce à son association protéiforme avec des groupes régionaux (en termes de financement, de personnel et de logistiques), Al Qaeda tend à réaliser avec flexibilité son ambition mondiale de destruction de la suprématie occidentale par le biais d’initiatives locales ayant pour but d’expulser les influences occidentales [7]. Selon la Jane’s Intelligence Review : « Tous les groupes terroristes kamikazes ont des infrastructures de soutien en Europe et en Amérique du Nord » [8].

Traiter la vague actuelle de l’Islam radical de « fondamentalisme» (au sens de « traditionalisme ») est une notion trompeuse, proche de l’oxymoron. Les radicaux actuels, qu’il s’agisse des Chiites (Iran, Hezbollah) ou des Sunnites (Talibans, Al-Qaeda) sont beaucoup plus proches dans l’esprit et dans les actes de la Contre-réforme de la post-Renaissance en Europe que de tout aspect traditionnel de l’histoire musulmane. L’idée d’une autorité gouvernementale ecclésiastique, d’un conseil d’état ou national du clergé, et d’une police religieuse chargée d’éliminer physiquement les hérétiques et les blasphémateurs, a son modèle historique le plus clair dans la Sainte Inquisition. L’idée que la religion doit combattre pour imposer son contrôle sur la politique est totalement nouvelle en Islam. [9]

Des opinions publiques contestables

Les recherches récentes de la Sécurité Intérieure se concentrent sur comment dépenser des milliards pour protéger d’une attaque les installations sensibles [10,11]. Mais cette dernière ligne de défense est probablement la plus facile à battre en brèche en fonction de la multitude des cibles vulnérables ou telles (dont des discothèques, des restaurants et des centres commerciaux), de l’abondance des attaquants potentiels (qui n’ont besoin que d’une faible supervision une fois engagés dans une mission), des coûts relativement bas de l’attaque (composants d’accès communs, nul besoin d’organiser la fuite), de la difficulté de sa détection (peu d’utilisation de l’électronique) et de l’improbabilité que les attaquants divulguent une information sensible (n’étant pas au courant des connections au-delà de leurs cellules opérationnelles). Les exhortations à mettre du ruban adhésif sur les fenêtres peuvent atténuer (ou renforcer) la peur mais n’empêcheront pas des pertes de vies massives, et la réalisation publique d’une défense si dérisoire peut saper la confiance. Les services de renseignements s’occupent aussi de lignes de défense en amont, comme infiltrer les réseaux de manipulation d’agents des groupes terroristes, mais n’obtiennent que des succès mitigés. Une première ligne de défense consiste à empêcher les gens de devenir terroristes. Là le succès semble douteux, si ce que l’actuel gouvernement et les media pensent des raisons qui amènent les gens à devenir des bombes humaines devait se traduire en options politiques.

Les terroristes kamikazes sont souvent traités de lâches et de fous, déterminés à une destruction absurde, prospérant au milieu de la pauvreté et de l’ignorance. Le but évident devient de traquer les terroristes tout en transformant simultanément l’environnement culturel et économique qui les soutient en le faisant passer du désespoir à l’espoir. Quelle que soit la recherche, elle montre que les terroristes kamikazes n’ont pas une psychopathologie spécifique et qu’ils ont un niveau d’études et de revenus égal à celui du reste de la population.

Psychopathologie : une erreur d’attribution fondamentale

Dès le début le Président des Etats-Unis George W. Bush désigna les pirates de l’air du 11 septembre comme des «lâches maléfiques». Pour le sénateur américain John Warner, les opérations préventives contre les terroristes et ceux qui soutiennent le terrorisme sont justifiées parce que : «Ceux qui se suicident en attaquant le monde libre ne sont pas rationnels et ne peuvent être dissuadés par des concepts rationnels » [12]. Dans leur tentative pour contrer le sentiment anti-musulman, certains groupes recommandent à leurs membres de répondre que « les terroristes sont des maniaques extrémistes qui ne représentent en rien l’Islam». [13]

Les psychologues sociaux ont fait des recherches sur «l’erreur d’attribution fondamentale», cette tendance qu’ont les gens à expliquer le comportement en termes de caractéristiques individuelles de la personnalité, même quand des facteurs situationnels significatifs sont à l’oeuvre dans une société plus large. Le fait que le gouvernement et les media américains qualifient les kamikazes du Moyen-Orient de fous homicides et lâches peut relever d’une erreur d’attribution fondamentale: il n’y a aucun cas de terrorisme suicide religieux ou politique qui soit le fait de kamikazes couards ou instables. Le psychologue Stanley Milgram montra que des Américains ordinaires peuvent eux aussi obéir sans problème à des ordres de destruction dans les circonstances adéquates. [14]

Quand un «instructeur» leur dit d’administrer des chocs électriques potentiellement dangereux pour la vie à des «étudiants» qui n’arrivent pas à mémoriser des paires de mots, la plupart obéissent. Même quand les cobayes stressent et protestent tandis que leurs victimes hurlent et supplient, l’usage d’une violence extrême se poursuit – non à cause de tendances meurtrières mais du sens de l’engagement dans des situations d’autorité, si banales soient-elles. Une hypothèse légitime est que des comportements extrêmes peuvent apparemment être admis et considérés comme ordinaires en fonction de contextes particuliers, historiques, politiques, sociaux, idéologiques.

Avec le terrorisme suicide, le problème attributionnel est de comprendre pourquoi des individus non pathologiques répondent à des facteurs situationnels nouveaux en nombre suffisant pour permettre aux organisations recruteuses de mettre en oeuvre leur politique. Au Moyen-Orient, les contextes, tels qu’on les perçoit, dans lesquels s’expriment les kamikazes et ceux qui les cautionnent, passent par un sentiment collectif d’injustice historique, de soumission politique et d’humiliation sociale vis-à-vis des puissances mondiales et de leurs alliés, sentiment contrebalancé par un espoir religieux. Constater de telles perceptions ne signifie pas les accepter comme la simple réalité; cependant, en ignorer les causes risque de mal identifier les causes des attaques suicides et les solutions pour les prévenir. Il est aussi évident que les gens tendent à croire que leur comportement parle pour eux, qu’ils voient le monde objectivement et que seuls les autres sont biaisés et interprètent les évènements de façon erronée [15]. Qui plus est, les individus tendent à avoir une perception fausse des différences entre les normes des groupes, les percevant comme plus extrêmes qu’elles ne le sont en réalité. Les incompréhensions qui en résultent – encouragées par la propagande religieuse et idéologique – amènent des groupes antagonistes à interpréter leurs visions respectives des évènements, tel que terrorisme-combattre pour la liberté, comme fausses, radicales et/ ou irrationnelles. La diabolisation mutuelle et la guerre s’ensuivent facilement. Le problème est d’arrêter l’intensification de cette spirale dans les camps opposés.

La pauvreté et le manque d’éducation ne sont pas des facteurs fiables

Il y a un large consensus dans notre société autour de l’idée que débarrasser la société de la pauvreté la débarrasse du crime [16]. Selon le Président Bush «Nous combattons la pauvreté parce que l’espoir est la réponse à la terreur … Nous défierons la pauvreté et le désespoir et le manque d’éducation et les gouvernements en faillite qui trop souvent créent les conditions dont profitent les terroristes» [17]. Lors d’une rencontre de lauréats du Prix Nobel de la Paix, le sud-africain Desmond Tutu et le sud-coréen Kim Dae Jong opinèrent, «à la base du terrorisme il y a la pauvreté»; Elie Wiesel et le Dalaï Lama conclurent : «c’est par l’éducation qu’on éliminera le terrorisme» [18]. Ceci est soutenu par les recherches initiées par l’économiste Gary Becker montrant que les crimes matériels sont engendrés par la pauvreté et le manque d’éducation [19]. Dans ce modèle basé sur l’incitation, les délinquants sont des individus rationnels qui agissent par intérêt personnel. Les individus choisissent une activité illégale si le profit excède la probabilité qu’ils soient découverts ou incarcérés, et si dans le même temps une activité légale représente une perte de revenus («coûts d’opportunité»). Dans la mesure où les délinquants manquent de capacités professionnelles et d’éducation, ce qui est le cas dans les délits commis par les ouvriers, les coûts d’opportunité peuvent se révéler minimaux ; par conséquent le crime paie.

Ces théories d’un choix rationnel basé sur des opportunités économiques ne rendent pas compte de façon fiable de certains types de crimes violents (homicides domestiques, meurtres dus à la haine). Ces supputations ont encore moins de sens en ce qui concerne les attaques suicides. En général, les terroristes kamikazes n’ont pas eu moins de chances dans leur vie légitime que le reste de la population. Comme le souligne la presse arabe, si les martyrs n’avaient rien à perdre, leur sacrifice n’aurait pas de sens [20] : «Celui qui se suicide se tue pour son propre bénéfice, celui qui commet le martyr se sacrifie pour sauver sa religion et sa nation …. Le Mujahed est plein d’espoir» [21].

La recherche menée par Krueger et Maleckova montre que l’éducation peut ne pas être corrélée, ou même être positivement corrélée, avec le fait de soutenir le terrorisme [22]. Dans un sondage de décembre 2001, auprès de 1357 palestiniens de 18 ans ou plus, de la Cisjordanie et de Gaza, ceux qui avaient 12 années d’études ou plus soutenaient les attaques armées par 68 points, ceux qui avaient 11 années d’étude par 63 points et les illettrés par 46 points. 40% seulement des personnes ayant des diplômes universitaires était pour le dialogue avec Israël, contre 53% ayant des diplômes d’études secondaires et 60% ayant effectué 9 ans d’études ou moins. En comparant les militants du Hezbollah morts dans l’action avec un échantillon au hasard de Libanais de la même classe d’âge et de la même région, les militants avaient plus de chance de ne pas venir de familles pauvres et d’avoir fait des études secondaires. Plus récemment, Krueger et ses collègues trouvèrent que, bien qu’un tiers des Palestiniens vivent dans la pauvreté, c’est seulement le cas de 13% des kamikazes palestiniens; 57% des kamikazes vont au-delà du lycée contre 15% d’une population d’âge comparable.

Néanmoins, une perte relative d’avantages économiques ou sociaux dans les classes éduquées peut encourager le soutien au terrorisme. Dans la période précédant la première Intifada (1982-1988), le nombre d’hommes palestiniens ayant fait 12 ans d’études ou plus a fait plus que doubler; ceux avec moins d’années d’études n’a augmenté que de 30%. Ceci coïncida avec une augmentation significative du chômage chez ceux qui avaient fait des études supérieures par rapport à ceux qui avaient fait des études secondaires. Les salaires quotidiens réels de ceux qui avaient des diplômes universitaires diminuèrent de quelque 30%; les salaires de ceux qui n’avaient fait que des études secondaires restèrent stables. Le chômage semble aussi un facteur de recrutement pour Al Qaeda et ses alliés dans la péninsule arabique [23].

Le facteur institutionnel : l’organisation d’une famille fictive

Bien que l’humiliation et le désespoir puissent aider à rendre compte de la prédisposition pour le martyre dans certaines situations, ce n’est une explication ni complète ni applicable à d’autres circonstances. Des études menées par le psychologue Ariel Merari montrent l’importance des institutions dans le terrorisme suicide [24]. Son équipe a interviewé 32 des 34 familles de kamikazes en Palestine et en Israël (avant 1998), des terroristes survivants et des recruteurs faits prisonniers.

Les terroristes kamikazes reflètent apparemment une répartition normale dans leur population en termes d’éducation, de statut socioéconomique et de types de personnalités (introverti par rapport à extroverti). L’âge moyen des terroristes était la vingtaine. Presque tous étaient célibataires et témoignaient de croyance religieuse avant le recrutement (mais pas plus que la population générale). Excepté le fait d’être jeunes et sans attaches, les kamikazes diffèrent des membres d’organisations racistes violentes avec lesquels ils sont souvent comparés [25].

Globalement, les terroristes kamikazes ne présentent pas de caractéristiques de dysfonctionnements sociaux (absence de père, d’ami, ou d’emploi) ni de symptômes suicidaires. Ils n’expriment aucune crainte de l’ennemi, aucun « désespoir », aucun sentiment de « n’avoir rien à perdre » par manque d’alternatives dans la vie qui seraient liées à des raisons économiques. Merari attribue la responsabilité première des attaques aux organisations qui recrutent en enrôlant des candidats potentiels dans cette population jeune et relativement sans attaches. Ensuite, à l’intérieur de petites cellules de trois à six membres, des entraîneurs charismatiques cultivent intensément leur engagement mutuel à mourir. L’étape ultime avant le martyre est un contrat social formel, la plupart du temps sous la forme d’un testament enregistré en vidéo.

De 1996 à 1999 Nasra Hassan, un Pakistanais travaillant dans l’aide humanitaire, interviewa à peu près 250 Palestiniens, recruteurs et entraîneurs, des kamikazes qui avaient échoué et les parents de kamikazes morts. Les terroristes étaient des hommes de 18 à 38 ans : «Aucun d’eux n’était sans instruction, ni désespérément pauvre, simple d’esprit ou déprimé … Ils semblaient tous être des membres tout à fait normaux de leurs familles» [26]. Cependant «tous étaient profondément religieux», croyant leurs actions «sanctionnées par la religion divinement révélée de l’Islam». Les leaders des organisations qui les cautionnent se plaignaient, «Notre plus gros problème, ce sont les hordes de jeunes gens qui tapent à nos portes».

Le psychologue Brian Barber étudia 900 adolescents musulmans durant la première Intifada à Gaza (1987-1993)[27]. Les résultats montrent un haut niveau de participation à des actions violentes et de victimisation par ces mêmes actions. Pour les hommes, 81% rapportèrent avoir jeté des pierres, 66% avaient été physiquement attaqués et on avait tiré sur 63% d’entre eux (respectivement, 51%, 38% et 20% pour les femmes). L’implication dans la violence n’était pas fortement corrélée avec une dépression ou un comportement anti social. Les adolescents les plus impliqués faisaient preuve d’une fierté individuelle forte et de cohésion sociale. Cela était reflété dans leurs activités : pour les hommes, 87% d’entre eux livraient de l’approvisionnement aux activistes, 83% visitaient les familles des martyrs et 71% s’occupaient des blessés (respectivement, 57%, 46% et 37% pour les femmes). Une deuxième étude durant la deuxième Intifada (2000-2002) indique que ceux qui sont toujours célibataires agissent de manière considérée comme personnellement plus dangereuse mais socialement plus signifiante. De façon croissante, beaucoup considèrent les actes de martyre comme très significatifs. Vers l’été 2002, 70 à 80% des Palestiniens approuvaient les opérations de martyre [28].

Auparavant, les recruteurs recherchaient dans les mosquées, les écoles et les camps de réfugiés, des candidats jugés réceptifs à un endoctrinement religieux intense et à un entraînement logistique. Durant la seconde Intifada, il y eut surabondance de volontaires et une implication croissante d’organisations laïques (autorisant la participation des femmes). La fréquence et la violence des attaques suicides augmenta (davantage d’attaques à la bombe depuis février 2002 que durant 1993-2000) ; la planification a été moins poussée. En dépit de ces changements, peu de choses indiquent un changement général dans le profil des kamikazes (la plupart célibataires, avec un statut socio économique moyen, modérément religieux) [24,26].

Des études de contrôle sur un groupe d’adolescents musulmans bosniaques pendant la même période de temps révèlent, au contraire des Palestiniens, des expressions nettement plus faibles d’estime de soi, d’espoir dans le futur et de comportement pro social [26]. Une différence clé est que les Palestiniens invoquent systématiquement la religion pour investir une blessure personnelle d’une signification sociale pro active qui en fait une marque d’honneur. Généralement les musulmans bosniaques déclarent ne pas considérer les attaches religieuses comme faisant partie de façon significative de l’identité personnelle ou collective, jusqu’à ce qu’une violence apparemment arbitraire les oblige à en prendre conscience.

Ainsi, on pourrait dire qu’un facteur critique déterminant le comportement du terrorisme suicide est la loyauté à des groupes intimes de pairs, que les organisations recruteuses encouragent souvent par le biais de la communion religieuse [29]. Considérons les données sur 39 recrues de Harkat al-Ansar, un allié d’Al Qaeda basé au Pakistan. Tous étaient des hommes non mariés, la plupart avaient étudié le Coran. Tous croyaient qu’en se sacrifiant ils aideraient à sécuriser le futur de leur «famille» fictive : «Chaque [martyr] a une place spéciale – parmi eux il y a des frères, de la même façon qu’il y a des fils et des êtres encore plus chers» [30]. Un rapport du Parlement de Singapour portant sur 31 agents capturés du Jemaah Islamiyah et d’autres alliés d’Al-Qaeda en Asie du Sud-est souligne ce modèle : «Ces hommes n’étaient pas ignorants, destitués ou déchus de leurs droits civiques. Tous avaient reçu une éducation laïque … Comme beaucoup de leurs collègues dans les organisations militantes islamiques de la région, ils avaient un travail normal et respectable … Au niveau du groupe, la plupart des détenus considérait la religion comme leur plus importante valeur personnelle… le secret qui entourait la véritable connaissance du jihad contribuait à créer un sens de partage et de puissance vis-à-vis des autres» [31].

De tels sentiments caractérisent la manipulation institutionnelle d’engagements pris émotionnellement qui peuvent avoir émergé sous l’influence d’une sélection naturelle pour réformer ou dépasser des calculs rationnels à court terme qui auraient autrement empêché de réaliser des objectifs à faible probabilité de réussite. D’une façon générale, de tels engagement pris émotionnellement servent comme mécanismes de survie pour pousser à agir dans des circonstances qui auraient été autrement paralysantes, comme lorsqu’une personne plus faible menace de façon convaincante une personne plus forte d’y penser à deux fois avant d’essayer de prendre l’avantage. Dans le terrorisme suicide inspiré par la religion, cependant, ces émotions sont manipulées volontairement par les leaders organisationnels, les recruteurs et les entraîneurs au bénéfice de l’organisation plutôt qu’à celui de l’individu [32].

Le choix rationnel est la prérogative du commanditaire, non celle de l’agent

Peu de bénéfice tangible (en termes de théories de choix rationnel) revient au kamikaze, certainement pas assez pour faire du gain probable un gain « d’utilité attendue » maximisée. Le surcroît de reconnaissance sociale n’arrive qu’après la mort, parant à un bénéfice matériel personnel. Mais pour les leaders qui ne considèrent quasi jamais de se tuer eux-mêmes (en dépit de déclaration où ils se disent prêts à mourir), il est certain que dans les opérations de martyre, les bénéfices matériels l’emportent de loin sur les pertes. Hassan cite une ordonnance palestinienne officielle pour réussir une mission: « un jeune homme volontaire… des clous, de la poudre, un interrupteur et un câble court, du mercure (qui s’obtient facilement à partir de thermomètres), de l’acétone … l’item le plus cher est le transport dans une ville israélienne ». Le coût total est de $150.

Pour l’organisation commanditaire, les kamikazes sont des atouts remplaçables dont la perte, en augmentant le soutien public et les réservoirs de recrues potentielles, génère un plus grand nombre d’atouts. Peu après le 11 septembre, une étude des services de renseignements portant sur des Saoudiens éduqués (âgés de 25 à 41 ans) conclua que 95% d’entre eux soutenait Al Qaeda [33]. Dans une étude du Pew Research Center de décembre 2002 portant sur l’anti-américanisme croissant, 6% seulement des Egyptiens considérait favorablement l’Amérique et la «Guerre contre le Terrorisme» [34]. L’argent coule à flots de ceux qui sont disposés à laisser les autres mourir, compensant facilement les coûts opérationnels (entraînement, personnel de soutien, maisons sûres, explosifs et autres armes, transport et communication). Après l’attentat à la bombe d’un supermarché à Jérusalem par une femme palestinienne de 18 ans, un téléthon saoudien recueillit plus de 100 millions de dollars pour «l’Intifada Al-Quds».

Les représailles massives augmentent le sentiment de victimisation des gens et leur ardeur à se comporter selon les doctrines organisationnelles et les politiques mises en place pour tirer profit de tels sentiments. Dans un groupe de 1179 Palestiniens de la Bande Ouest et de Gaza au printemps 2002, 66% dirent que les opérations de l’armée accroissaient leur appui aux attentats suicides [35]. A la fin de l’année, 76% des musulmans libanais considéraient comme justifiés les attentats suicides. Cette radicalisation de l’opinion augmente à la fois la demande et l’approvisionnement pour des opérations martyres. Un rapport de l’ONU de décembre 2002 créditait les volontaires d’une augmentation du renouveau d’Al Qaeda dans 40 pays [36]. L’influence de l’organisation dans une société plus large – et très significativement dans ses élites dirigeantes – augmente à son tour.

Les priorités pour la sécurité intérieure

La dernière ligne de défense contre le terrorisme suicide – éviter que les terroristes n’atteignent leurs cibles – semble être la plus coûteuse et vraisemblablement la moins vouée à la réussite. Des fouilles au hasard de bagages ou au corps ne peuvent pas être très effectives contre des gens décidés à mourir, même si cela peut fournir quelque semblant de sécurité et donc de défense psychologique contre la guerre psychologique du terrorisme suicide. Une ligne moyenne de défense, qui consisterait à pénétrer et à détruire les organisations recruteuses et à isoler leurs leaders, pourrait être couronnée de succès à court terme mais avec la possibilité que des organisations encore plus résistantes émergent à leur place.

La première ligne de défense est de réduire drastiquement la réceptivité des recrues potentielles aux organisations recruteuses. Mais comment ? Il est important de savoir ce qui probablement ne fonctionnera pas. Elever les taux d’alphabétisation peut n’avoir aucun effet et être contreproductif, une alphabétisation plus importante se traduisant par une exposition plus importante à la propagande terroriste (au Pakistan, l’alphabétisation et le rejet des Etats-Unis se sont accrus tandis que s’accroissait de 3000 à 39000 le nombre d’écoles religieuses madrasa depuis 1978)[23,34]. Diminuer la pauvreté pourrait n’avoir aucun effet, et être contreproductif si la réduction de la pauvreté pour l’ensemble de la population amenait à une redistribution des richesses vers le bas qui laisserait ceux qui étaient initialement mieux pourvus avec finalement moins d’opportunités qu’auparavant. Mettre fin à l’occupation ou réduire l’humiliation ressentie pourrait constituer une aide, mais pas si la population croit qu’il s’agit là d’une victoire inspirée par la terreur (par exemple le retrait apparemment forcé d’Israël du Liban).

Si l’attentat suicide est crucialement (bien que non exclusivement) un phénomène de niveau institutionnel, cela pourrait demander que l’on trouve la bonne combinaison de pressions et d’incitations pour obtenir des communautés elles-mêmes l’abandon de leur soutien aux institutions qui recrutent les kamikazes. Un moyen peut être d’endommager tellement le tissu social et politique de la communauté que tout soutien par la population locale ou les autorités pour ceux qui commanditent les attaques suicides s’effondre, comme cela est arrivé pour les kamikazes en tant que sous-produits de la destruction nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki.

Dans le monde actuel, cependant, une telle stratégie ne serait ni moralement justifiable ni facile à mettre en oeuvre, vu la dispersion et la diffusion de l’organisation des institutions terroristes parmi des populations séparées par la distance et qui se chiffrent collectivement à des centaines de millions. De même, la riposte sous forme de représailles n’est pas moralement acceptable si on recherche des alliés [37]. Même dans des endroits plus localisés, comme dans le conflit israélo-palestinien, des politiques coercitives ne peuvent aboutir seules à une réduction durable des attaques et peuvent à long terme exacerber le problème. En ce qui concerne l’incitation, les recherches en psychologie sociale montrent que les gens s’identifiant aux groupes antagonistes utilisent les informations opposées de l’autre groupe pour renforcer leur antagonisme. Par conséquent, simplement essayer de persuader de l’extérieur les uns et les autres en les bombardant avec davantage d’informations qu’ils vont utiliser à leur profit ne peut qu’augmenter leur hostilité.

Une autre recherche indique que la plupart des gens ont des vues plus modérées que ce qu’ils considèrent comme étant la norme de leur groupe. Inciter de l’intérieur les modérés et leur donner la possibilité de confronter les insuffisances et les incohérences de leur propre connaissance (des autres comme malfaisants), de leurs valeurs (le respect pour la vie) et de leur comportement (le soutien du meurtre), avec les autres membres de leur groupe [38] peut produire une insatisfaction émotionnelle menant à un changement durable et avoir une influence sur le rôle de ces individus [39]. Financer une éducation civique et des débats pourrait constituer une aide, de même que développer la confiance interconfessionnelle grâce à des initiatives intercommunautaires interactives (comme le propose le gouvernement de Singapour). La mise en avant du facteur ethnique, l’isolation et les attaques préventives sur des partisans potentiels (mais pas encore actuels) du terrorisme n’aideront probablement pas. Une autre stratégie pour les Etats-Unis et leurs alliés consiste à changer de comportement en abordant directement et en atténuant les sentiments de grief et d’humiliation, spécialement en Palestine (où les images de violence quotidienne en ont fait le centre mondial de l’attention musulmane)[40]. Car aucune évidence (historique ou autre) n’indique que le soutien au terrorisme suicide disparaîtra sans une entente pour réaliser au moins quelques objectifs fondamentaux communs aux terroristes et aux communautés qui les soutiennent.

Evidemment, ceci ne veut pas dire négocier sur tous les objectifs, tel que la requête d’Al Qaeda de remplacer le système des états nations inspiré de l’occident par un califat global, d’abord dans les territoires musulmans et ensuite ailleurs. A la différence d’autres groupes, Al Qaeda ne fait connaître aucune revendication spécifique à la suite des actions martyres. Telle une armée vengeresse, il ne cherche aucun compromis. Mais la plupart des gens qui sont d’actuels sympathisants le pourraient.

Peut-être pour arrêter le terrorisme, avons-nous besoin de recherche pour comprendre quelles configurations de relations psychologiques et culturelles attirent et lient des milliers, possiblement des millions de gens très ordinaires, dans le réseau de fabrication des martyrs des organisations terroristes. On a besoin d’étudier comment les institutions terroristes se forment et les similarités et les différences entre les structures organisationnelles, les pratiques de recrutement et les populations recrutées. Existe t’il des différences réelles entre les groupes religieux et les groupes laïcs, ou entre le terrorisme idéologique et celui initié par le grief ? Les interviews des kamikazes survivants du Hamas et des agents capturés d’Al Qaeda montrent que l’idéologie et le grief sont des facteurs pour les deux groupes mais avec des poids relatifs et des conséquences qui peuvent diverger.

Nous avons aussi besoin d’investiguer toutes les relations causales significatives entre la politique et les actions de notre société et celles des organisations terroristes et de leurs partisans. Il se peut que le programme global, économique, politique et culturel de notre propre société joue un rôle catalyseur dans les volontés de fuir notre vision du monde (les talibans) ou de créer un contrepoids global (Al Qaeda). Financer de telles recherches risque d’être difficile. Comme dans le cas de l’usage quelque peu tendancieux, et qui sert nos propres vues, de «terreur» en tant que concept politique [41] pour résoudre les désaccords, nos gouvernements et nos media préféreront peut-être ignorer ces relations, en tant que thèmes légitimes pour investiguer en quoi consiste le terrorisme et pourquoi il existe. Cette demande de recherche peut demander plus de patience qu’aucune administration n’en peut tolérer politiquement en temps de crise. A long terme, cependant, notre société ne peut s’offrir le luxe d’ignorer les conséquences de ses propres actes, ni les causes qui motivent les actions des autres. Les coûts potentiels d’une telle ignorance sont terribles à envisager. La dépense comparativement moindre impliquée par la recherche sur de telles conséquences et causes pourrait avoir un bénéfice inestimable.
Post-scriptum : où la guerre contre la terreur peut-elle bien aller?

Deux documents de première importance pour la Guerre contre le Terrorisme furent récemment diffusés aux Etats-Unis. Le 23 mai, le US General Accounting Office remit au Congrès son rapport final sur «Combattre le terrorisme» [42]. Le 3 juin, le Pew Research Center publia les derniers éléments d’une étude de plusieurs années sur les attitudes globales par rapport aux mesures politiques et aux valeurs sociales [43]. Le rapport GAO n’évalue pas l’effet des programmes anti terroristes et l’étude Pew de 15000 personnes dans 21 nations ne cherche pas à connaître les raisons des attitudes globales. Néanmoins, les résultats de Pew, ainsi que ceux d’une recherche récente sur le background socio-économique des terroristes et de leurs partisans, sapent sérieusement les raisonnements et les pronostics de la Guerre contre le Terrorisme.

Selon GAO, le financement pour combattre le terrorisme à l’étranger a augmenté de 133% depuis 2001, atteignant 11,4 milliards de dollars pour l’année fiscale 2004 (GAO, p.12). De plus, le Département de la Défense a dépensé pour la seule année 2002 30 milliards de dollars dans des opérations militaires contre le terrorisme (considérablement plus en 2003, y compris 78,7 milliards votés pour une guerre contre l’Irak dont le but principal annoncé était de devoir priver les terroristes d’armes de destruction massives). En dépit d’une revue détaillée des actions liées aux milliards dépensés par des douzaines d’organismes fédéraux civils et militaires, il est fait peu mention de financement ou d’efforts pour comprendre ou empêcher les gens de devenir en premier lieu des terroristes. Qui plus est, le fait que le nombre d’attaques suicides par Al-Qaeda (ou ses alliés) et par des terroristes palestiniens un mois après la chute de Bagdad ( 5 en Israël, 3 en Arabie Saoudite, 5 au Maroc) ait été plus élevé que pour n’importe quel autre mois de l’année précédente suggère que, contrairement aux proclamations antérieures du président Bush et d’autres personnes dans l’administration américaine et les media, la guerre contre le terrorisme n’a pas diminué de façon significative le fléau des attaques suicides – forme la plus dévastatrice du terrorisme.

GAO décrit les efforts entre les organismes pour «vaincre et empêcher le terrorisme» (GAO, p.5). La prévention se concentre sur l’objectif de « diminuer les conditions sous-jacentes que les terroristes cherchent à exploiter », telles que présentées dans la Stratégie Nationale pour Combattre le Terrorisme du Président (publiée en février pour élaborer la Section III de la nouvelle Stratégie de Sûreté Nationale des Etats-Unis)[44]. La préface de l’étude NSCT parle d’«une compréhension de la menace terroriste » telle qu’esquissée dans l’Adresse au Congrès du Président le 20 septembre 2001 (NSCT, p.3) : l’Amérique a été attaquée parce que les conspirateurs du 9 septembre «haïssent nos libertés» et notre démocratie [45] et qu’ils incitent leurs partisans à la haine en exploitant leurs «conditions de pauvreté, de privation et de déchéance sociale» (NSCT, p.13). En conséquence, un rapport du Département d’Etat américain sorti le jour du premier anniversaire du 9 septembre dit que l’aide au développement devrait être basée sur «la croyance que la pauvreté fournit le terreau qui nourrit le terrorisme» [46].

Mais les résultats de Pew montrent que les populations qui soutiennent les actions terroristes sont actuellement favorablement disposées envers les formes américaines de gouvernement, d’éducation, d’économie et de liberté individuelle, en dépit du fait que ces gens font confiance à Osama Ben Laden et soutiennent les actions suicides. Les études menées par le scientifique politique palestinien Khalil Shikaki montrent que plus de 80% des Palestiniens considèrent qu’Israël a la forme de gouvernement la plus admirable, l’Amérique venant en second, bien que de nombreux sondages indiquent que 60-70% des Palestiniens expriment aussi leur soutien aux attaques suicides [47]. Un sondage antérieur de Zogby sur les impressions arabes concernant l’Amérique (avril 2002) montre le même schéma de soutien pour les libertés et la démocratie américaines mais le rejet de ses relations avec les autres [48] – un schéma qui casse la thèse du «choc des civilisations» [49] ou la conclusion de NSCT d’un «choc entre la civilisation et ceux qui voudraient la détruire» [50].

Des études plus récentes confirment aussi les rapports antérieurs montrant que les terroristes kamikazes et leurs partisans ne sont pas appauvris, sans instruction, vindicatifs ou socialement défavorisés. L’économiste palestinien Basel Saleh compila des informations sur 171 militants tués en action (presque tous durant la seconde Intifada, 2000-2003) qui provenaient des nouveaux services du Hamas et du Jihad islamique palestinien, et incluaient 87 kamikazes [51]. La majorité des militants était des hommes non mariés (de 20 à 29 ans), venant de familles avec leurs deux parents vivants et 6 à 10 frères et sœurs, qui avaient fait des études secondaires ou fréquenté l’université. Les terroristes kamikazes qui comprenaient des attaquants à la bombe (29 du Hamas, 18 du Jihad Islamique Palestinien) et des tireurs (14 du Hamas, 26 du Jihad Islamique Palestinien) présentaient ces mêmes tendances mais encore plus prononcées. Une majorité de poseurs de bombes du Hamas avaient été à l’université ; le Jihad Islamique Palestinien comprenait davantage de tireurs âgés de 14 à 19 ans. Les majorités des attaquants à la bombe, mais peu de tireurs, avaient eu des histoires antérieures d’arrestations ou de blessures par l’armée israélienne ; cependant la plupart des tireurs avaient un ou plusieurs membres de leur famille qui avaient eu de telles histoires. Ceci met en évidence les spéculations antérieures sur le fait que les griefs personnels pourraient être un facteur plus grand dans le cas des Palestiniens que pour Al Qaeda et ses alliés idéologiques.

Des sources de la US Army Defense Intelligence Agency me fournirent des résumés d’interrogatoires des détenus de Guantanamo, à Cuba. Les agents nés en Arabie Saoudite, particulièrement ceux dans des positions de leadership, sont souvent « éduqués au-dessus du niveau nécessaire pour un emploi … un nombre surprenant d’entre eux ont des diplômes universitaires et viennent de familles avec un statut élevé ». Leur motivation et leur engagement se révèlent dans leur désir de sacrifier leurs conforts matériels et émotionnels (familles, emplois, sécurité physique) et de payer leur part dans des voyages loin de chez eux. Beaucoup dirent aux interrogateurs que s’ils étaient libérés de leur détention ils retourneraient au Jihad. Les détenus rapportent peu d’histoire de grief personnel mais citent fréquemment le rôle que des parents plus âgés et des membres respectés de la communauté ayant participé à des Jihads antérieurs ont pu jouer dans leur décision de rejoindre le combat. Les Yéménites ont une éducation et un statut social plus modestes et sont souvent recrutés et financés par l’intermédiaire des mosquées au Yémen et à l’étranger (en particulier en Angleterre). Comme pour le Hamas et le Jihad Islamique Palestinien, l’endoctrinement religieux par Al-Qaeda et ses alliés (de recrues qui initialement n’exprimèrent qu’une religiosité modérée) apparaît crucial pour créer des cellules intimes de famille fictive dont les membres s’engagent à mourir de plein gré les uns pour les autres.

Tous les attaquants du 9 septembre, qui comprenaient 15 saoudiens et 4 autres originaires du Moyen Orient, étaient des hommes jeunes, célibataires, de familles bourgeoises. Tous avaient été recrutés en Europe par des organisations religieuses en relation avec à Al-Qaeda alors que la plupart étaient engagés dans un curriculum d’études supérieures laïques. Aucun défaut de « personnalité » n’était évident avant l’attaque et aucun ne fut découvert après coup (en dépit d’examen approfondi). [52]

Les psychologues sociaux ont longuement établi «l’erreur d’attribution fondamentale». La plupart des gens dans notre société , si on leur dit, par exemple, qu’on a ordonné à quelqu’un de faire un discours pour soutenir un candidat politique particulier, penseront encore que l’orateur croit ce qu’il est en train de dire. Ce biais d’interprétation semble être particulièrement prévalent dans les cultures « individualistes », telles que celles des États-Unis et de l’Europe Occidentale. Au contraire, de nombreuses cultures (en Afrique et en Asie) dans lesquelles une éthique « collectiviste » est davantage prévalente sont moins prédisposées à ce type de jugements. Les définitions du gouvernement américain et des media des kamikazes du Moyen Orient comme des maniaques homicides peut aussi souffrir d’une erreur d’attribution fondamentale [53] : il n’y a pas d’exemple de terrorisme suicide religieux ou politique résultant de l’action isolée d’un poseur de bombe mentalement instable (comme le suicidaire Unabomber) ou même de quelqu’un agissant entièrement de sa propre autorité et sous sa propre responsabilité (comme le suicidaire Timothy Mc Veigh).

Qu’est-ce qui mène une personne normale au terrorisme suicide ? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la notion de « banalité du mal » de la philosophe Hannah Arendt, notion qu’elle utilise pour décrire le fait que c’étaient des allemands tout à fait ordinaires qui étaient recrutés pour assurer le fonctionnement des camps d’extermination nazis et non des fous sadiques [54]. (Milgram a interprété ses expériences sur l’obéissance à l’autorité par des adultes américains comme une confirmation de la thèse de Arendt). La primauté du situationnel sur les facteurs de personnalité suggère l’inanité des tentatives pour établir un profil psychologique du terroriste kamikaze. Un rapport de la Federal Interagency couramment utilisé par la CIA sur «La Sociologie et la Psychologie du Terrorisme» et qui inclut des analyses détaillées de documents et des profils psychologiques de Al Qaeda, du Hamas et d’autres leaders d’organisations commanditant le suicide, établit : «les gens qui ont rejoint des groupes terroristes sont venus d’une large diversité de cultures, de nationalités, et de causes idéologiques, de tous les strates de la société et de populations variées. Leurs personnalités et leurs caractéristiques sont aussi diverses que celles des gens dans la population générale. Il semble que les psychologues s’accordent sur le fait qu’il n’y ait pas d’attribut psychologique particulier qu’on puisse utiliser pour décrire le terroriste ou quelque ‘ personnalité’ qui serait spécifique aux terroristes» [55]. Des mois – parfois des années – d’un endoctrinement intense peuvent mener à une « obéissance aveugle » peu importe l’individu, comme le montrent les recherches sur les gens qui deviennent tortionnaires pour leurs gouvernements [56].

C’est le génie particulier d’institutions comme Al Qaeda, le Hamas ou le Hezbollah de prendre des gens ordinaires dans un amalgame de griefs historique, politique et religieux qui les transforment en bombes humaines. Un endoctrinement intense qui dure souvent 18 mois ou plus fait que les recrues s’identifient émotionnellement à leur petite cellule (généralement de 3 à 8 membres), la percevant comme une famille de fratrie fictive pour laquelle ils sont prêts à mourir comme une mère l’est pour son enfant ou un soldat pour ses copains. Comme de bons publicitaires, les leaders charismatiques des organisations qui commanditent le martyre transforment les désirs ordinaires pour une famille et une religion en envies furieuses pour ce qu’ils essaient de promouvoir, au bénéfice de l’organisation manipulatrice plutôt que pour celui de l’individu qui est manipulé (à peu près comme l’industrie pornographique qui transforment des désirs universels et innés pour des partenaires sexuels en désirs pour du papier ou des images électroniques à des fins réductrices pour la forme personnelle mais tout bénéfice pour les manipulateurs)[57].

En dépit de nombreuses études de comportement individuel dans des contextes de groupe qui montrent que la situation est un meilleur facteur de prédiction que la personnalité [58], l’étude Pew constate que les Américains croient d’une manière écrasante que la décision personnelle, le succès et l’échec dépendent du choix de l’individu, de sa responsabilité et de sa personnalité. La plupart des gens ne sont pas de cet avis. Il est plausible que ce soit là la raison qui fait que les Américains tendent à penser que les terroristes sont des « maniaques homicides », là où le reste du monde tend à ne pas le croire [59].

Que ce soit à cause d’une erreur d’attribution fondamentale ou d’un aveuglement délibéré pour éviter d’être en désaccord avec leur propre vision du monde, les Américains considèrent le plus souvent les tentatives pour comprendre ce qui motive le terrorisme comme au mieux une perte de temps, au pire un encouragement au terrorisme. Mais contrer le terrorisme demande aussi de regarder en face les problèmes que génèrent les évaluations et les actions de notre propre société. De telles considérations sont totalement absentes du rapport GAO et du NSCT. Ce ne sont pas les libertés intérieures et la culture de l’Amérique que ces gens n’aiment pas, mais ses actions extérieures et sa politique étrangère. En 1997 un rapport du US Department of Defense Science Board conjecture (en réponse à l’attentat suicide à la bombe des bases de l’armée de l’air américaine à Khobar Towers en Arabie Saoudite) : «Les données historiques montrent une forte corrélation entre l’implication américaine dans les situations internationales et l’augmentation des attaques terroristes contre les Etats-Unis» [59].

Il semble y avoir une corrélation directe entre l’aide militaire américaine de contre insurrection, les violations des droits de l’homme par les gouvernements qui sont aidés, et la montée du terrorisme. Amnesty International et Human Rights Watch rapportent régulièrement des violations «épouvantables» et « massives » des droits de l’homme dans les pays qui reçoivent en termes absolus le plus d’aide américaine. Par exemple, en 2003, le budget du Département d’Etat Américain pour le Financement Militaire à l’Etranger (FMF) s’élève à 4107 milliards de dollars [60]. Le budget du FMF comprend parmi ses premiers réceptionnaires: Israël avec 2,1 milliards de dollars [61], l’Egypte avec 1,3 milliards [62], la Colombie 98 millions [63], le Pakistan 50 millions [64]. Des fonds spéciaux de soutien économique furent aussi budgétés comme faisant partie de frais supplémentaires d’urgence : 600 millions pour le Pakistan; 40,5 millions pour le renforcement de la lois et de l’économie en Ouzbékistan [65]; 45 millions en FMF à la Turquie [66] et l’Ouzbékistan; 42,2 millions pour l’entraînement et l’équipement des forces de sécurité aux frontières dans les républiques d’Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan, Turquie, Kirghizstan, Azerbaïdjan, Kazakhstan)[67] ; et des millions additionnels dans les fonds spéciaux du Département de la Défense pour l’entraînement contre le terrorisme et les opérations dans les Républiques d’Asie Centrale et de Géorgie [68]. Un rapport récent du Conseil National de la Recherche, «Décourager le terrorisme», montre que, «En ce qui concerne le contexte politique, le terrorisme et ses partisans apparaissent comme étant entretenus par des politiques d’extrême répression politique et découragés par des politiques d’intégration responsable, dans la société civile et le processus politique, des groupes modérés en même temps que des groupes dissidents» [69]. Il se peut que la situation soit critique en Asie Centrale, une zone d’intervention américaine intensifiée où le sentiment anti-américain et pro islamiste radical est en train de surgir rapidement et où Al Qaeda semble être en train de se réimplanter.

Le rapport GAO met en lumière deux objectifs clés pour réaliser l’objectif NSCT de diminution du soutien au terrorisme : renforcer le «Partenariat Initiatif» et gagner la «Guerre des Idées». Le partenariat initiatif de NSCT comprend l’aide pour contrer le terrorisme, incluant un entraînement pour la mise en vigueur de la loi et l’assistance militaire, «conçue pour promouvoir les intérêts américains de sécurité nationale en contribuant à la stabilité globale et régionale, en renforçant le soutien militaire aux gouvernements démocratiquement élus» et protégeant «les valeurs démocratiques dont le respect pour les droits civils et humains reconnus internationalement». (GAO, pp.119-120). Gagner la «Guerre des Idées» implique des programmes d’aide étrangère et des émissions des media pour promouvoir les valeurs démocratiques « pour aviver les espoirs et les aspirations pour la liberté » ( NSCT, p.14).

Les « nouveaux partenaires dans la guerre contre le terrorisme » cités dans le rapport GAO sont les Républiques Eurasiennes du Kazakhstan, du Kurdistan, du Tadjikistan, du Turkménistan, de l’Ouzbékistan, de la Géorgie (GAO, p.24). Toutes sauf une sont gouvernées par un ancien dirigeant du parti communiste devenu nationaliste, dont le principe – comme Saddam – implique le culte d’une personnalité brutale. Toutes ont été condamnées par Amnesty International et Human Rights Watch pour une augmentation des violations des droits de l’homme. Comme pour gagner la Guerre des Idées à propos de la démocratie et des libertés individuelles, l’étude Pew suggère fortement que l’opinion musulmane en faveur de ces valeurs signifie que la guerre a déjà été gagnée. Ceci éveille le soupçon que l’appel à combattre ceux qui haïssent la démocratie et la liberté – de même que les craintes à propos de l’utilisation imminente d’armes de destructions massives par l’Irak et de ses liens avec Al Qaeda [70] – fut cyniquement conçu pour rallier le front intérieur à une poussée stratégique en Asie du Sud et en Asie Centrale. L’étude Pew laisse entendre qu’une grande partie du monde – à part l’Amérique – est de cet avis [71].

Références

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29. A’ la difference de ceux qui veulent se faire sauter en l’air, pour les soldats sur la ligne du front dans une bataille sans espoir il reste un espoir de survie. La distance entre aucun espoir de survie et un faible espoir de survie est infinie. [G. Allport, J. Gillespie, J. Young, J. Psychol. 25, 3 (1948)].

30. D. Rhode, A. Chivers, “Qaeda’s grocery lists and manuals of killing,” New York Times, 17 Mars 2002.

31. “White Paper—The Jemaah Islamiyah Arrests,” (Singapore Ministry of Home Affairs, Singapore)
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32. De la même manière, l’industrie pornographique, celle du fast-food ou des soda manipule nos désires innés pour des ressources rares dans le monde ancestral, comme les partenaires sexuels, la nourriture graisse et les sucres pour des objectifs qui réduisent la fitness naturelle et vont au bénéfice de l’institution manipulatrice. [S. Atran, In Gods We Trust: the Evolutionary Landscape of Religion , Oxford Univ. Press, New York, 2002].

33. E. Sciolino, “Don’t weaken Arafat, Saudi warns Bush,” New York Times, 27 January 2002, p. A8.

34. “What the world thinks in 2002: How global publics view: Their lives, their countries, the world, America”, rapport du Pew Research Center, 4 Decembre 2002; disponible à: http://people-press.org/reports/display.php3?ReportID_165

35. Reuters News Service, 11 Juin 2002; disponible à: http://story.news.yahoo.com/news?tmpl_story&u_/nm/20020611/wl_nm/mideast_palestini

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41. N. Chomsky, 9-11, Seven Stories Press, New York, 2001.

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43. “Views of a changing world 2003” (Survey Rep., Pew Research Center, 3 June 2003); available at http://www.people-press.org/reports/display.php3?ReportID=18

44. “National Security Strategy for Combating Terrorism” (U.S. Department of State, Washington, DC, Février 2003); disponible à: http://usinfo.state,gove/topical/pol/terror/strategy/, p. 13.

45. White House news release, 20 Septembre 2001, disponible à: http://www.whitehouse.gov/news/releases/2001/09/20010920-8.html

46. “September 11 one year later” (U.S. Department of State, Washington, DC, Septembre 2002), p. 14; disponible à: http://www.usinfo.stat/gov/journals/itgic/0902/ijge/ijge0902.pdf

47. J. Bennett, “Arab showplace? Could it be the West Bank?” New York Times, 2 Avril 2003.

48. “Arab Nations’ ‘Impressions of America’ Poll” (Survey Rep., Zogby International, Utica, NY, 2002); disponible à: http://www.zogby.com/features/features.dbm?ID=186.

49. S. Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of the World Order (Simon & Schuster, New York, 1996).

50. L’identification de la vision politique de l’Amérique avec la civilisation date de la Guerre Civile américaine (« We shall either nobly save, or meanly lose, the last great hope of mankind,” A. Lincoln, Getttysburg Address, 19 November 1863). A’ partir de la guerre Etats-Unis-Espagne, les admistrations successives des Etats Unis insistèrent sur la mission civilisatrice des Etats Unis pour justifier l’intervention américaine à l’etranger. Selon le PrésidentTheodore Roosevelt : “ If a nation shows that it knows how to act with reasonable efficiency and decency in social and political matters, if it keeps order and pays its obligations, it need fear no interference from the United States. Chronic wrongdoing, or an impotence which results in a general loosening of the ties of civilized society, may in America, as elsewhere, ultimately require intervention by some civilized nation, and may lead the United States, however reluctantly, in flagrant cases of such wrongdoing or impotence, to the exercise of an international police power.” [T. Roosevelt, « The Roosevelt Corollary to the Monroe Doctrine, » Mai 1904]. Au moins jusuqu’à la fin de la Guerre Froide, la notion des Etats Unis comme une “nation universelle” a joué un rôle dans la politique etrangère américaine, dans son économie (“America stands alone as the world’s indispensable nation,” Président Bill Clinton, Second Inaugural Address, 20 Janvier 1997 ; “The emerging global order needs an enforcer. That’s America’s new burden.” Thomas Friedman, “Manifesto for the Free World,” New York Times Magazine, 28 Mars 1999, p. 40) et dans la sphere militaire (« And by our actions, we will secure the peace, and lead the world to a better day, » Président George W. Bush, Remarks on Iraq, 7 Octobre, 2002 ; disponible à http://www.whitehouse.gov/news/releases/2002/10/20021007-8.html ; “We need to err on the side of being strong. And if people want to say we’re an imperial power, fine,” William Kristol, The Weekly Standard, on Fox News, Mai 2003).

51. B. Saleh, article presenté au Graduate Research Forum, Kansas State Univ., 4 Avril 2003.

52. A. Karatnycky, “Under our very noses,” National Review, 5 November 2001; disponible à: http://www.freedomhouse.org/media/0501nr.htm

53. Cf. M. Morris, R. Nisbett, K. Peng, “Causal attribution across domains and cultures,” in D. Sperber, D. Premack, A. Premack, Causal Cognition (New York, Oxford Univ. Press, 1995), pp. 577-612.

54. H. Arendt, Eichmann in Jerusalem: A Report on the Banality of Evil (Viking Press, New York, 1970).

55. “The Sociology and Psychology of Terrorism” (Federal Research Division, Library of Congress, Washington, DC, September 1999, p. 40); 14 décembre 2001 : http://www.loc.gov/rr/frd/Sociology-Psychology%20of%20Terrorism.htm. Le declarations des interrogateurs dans la base de Guantanamano conferment ces donnés.

56. M. Haritos-Fatouros, “The official torturer: A learning model for obedience to the authority of violence,” J. Applied Social Psychology, 18, 1107-1120.

57. S. Atran, “Genesis of suicide terrorism,” Science, 299, 1534-1539.

58. L. Ross, R. Nisbett. The Person and the Situation (McGraw-Hill, New York, 1991). 59. « DoD Responses to Transnational Threats, Vol. 2: DSB Force Protection Panel Report to DSB” (U.S. Department of Defense, Washington, DC, Decembre 1997, p. 8); disponible à: http://www.acq.osd.mil/dsb/trans2.pdf.

60. M. Ciarrocca, W. Hartung, “Increases In Military Spending And Security Assistance Since 9/11/01,” A Fact Sheet Prepared By The Arms Trade Resource Center, 4 Octobre 2002; disponible à: http://www.worldpolicy.org/projects/arms/news/SpendingDOD911.html

61. “The heavy price of Israeli incursions” (Amnesty International Wire, May 2002); disponible à: http://web.amnesty.org/web/wire.nsf/May2002/Israel

62. “In the name of counterterrorism: Human rights abuses worldwide. III. Country studies” (Human Rights Watch Briefing Paper for the 59th Session of the United Nations Commission on Human Rights, 25 Mars 2003); disponible à: http://hrw.org/un/chr59/counter-terrorism-bck4.htm.

63. “Colombian human rights crisis deepens” (Amnesty International Wire, Mai 2002); disponible à: http://web.amnest.org/wire.nsf/May2002/Colombia.

64. “Pakistan: Government breaks its own laws to participate in ‘war against terrorism’” (Amnesty International News Release, 20 Juin 2002); disponible à: http://www.amnestyusa.org/news/2002/pakistan06202002.html.

65. “The meaning of concern: Washington indulges Uzbekistan’s atrocities” (Human Rights Watch, 27 Mars 2003); disponible à: http://hrw.org/editorials/2003/uzbek-o32703.htm.

66. “Turkey: Human Rights Watch World Report 2001”; disponible à: http://www.hrw.org/wr2k1/europe/turkey.html.

67. A. Rashid, Jihad: The Rise of Militant Islam in Central Asia (Penguin, New York, 2003).

68. “Georgia” (Amnesty International Rep. 2002); disponible à: http://web.amnesty.org/web/ar2002.nsf/eur/georgia?Open.

69. Discouraging Terrorism (National Academies Press, Washington, DC, 2002), p. 2.

70. Les interrogations de la CIA de chefs d’Al Queda prisonniers aux Etats Unis (parmi lesquels Khalid Sheikh Muhammed, chef des opérations d’Al Queda avant d’être capturé en Pakistan en Mars 2002) révèlent que Bin Laden a refusé toute cooperation avec Saddam Hussein. [J. Risen, “Captives Deny Qaeda Worked with Baghdad,” New York Times, 9 Juin 2003.] A’ l’époque de ces interrogations, les officiers américains continuaient à affirmer que la guerre à l’Iraq était justifiée parce que “Baghdad a une longue histoire dans le soutien au terrorisme et dans les contacts avec Al Queda » [George Tenet, Director of the U.S. Central Intelligence Agency, témoignant devant l’U.S. Senate Armed Services Committee. BBC NEWS, “U.S. says Iraq linked to Al-Qaeda,” 19 Mars 19 2003 ; disponible à: http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/middle_east/1881740.stm.%5D

71. Merci à N. Chomsky, D. Medin, R. Gonzalez, R. Nisbett, T. Stewart, M. Bazerman, B. Saleh and G. Hammel pour leur informations et suggestions.

Voir aussi:

Al-Qaeda founder launches fierce attack on Osama bin Laden

One of al-Qaeda’s founding leaders, Dr Fadl, has begun an ideological revolt against Osama bin Laden, blaming him for « every drop » of blood spilt in Afghanistan and Iraq.

David Blair in Cairo
The Independent

20 Feb 2009

Sayyid Imam al-Sharif, who goes by the nom de guerre Dr Fadl, helped bin Laden create al-Qaeda and then led an Islamist insurgency in Egypt in the 1990s.

But in a book written from inside an Egyptian prison, he has launched a frontal attack on al-Qaeda’s ideology and the personal failings of bin Laden and particularly his Egyptian deputy, Ayman al-Zawahiri.

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Twenty years ago, Dr Fadl became al-Qaeda’s intellectual figurehead with a crucial book setting out the rationale for global jihad against the West.

Today, however, he believes the murder of innocent people is both contrary to Islam and a strategic error. « Every drop of blood that was shed or is being shed in Afghanistan and Iraq is the responsibility of bin Laden and Zawahiri and their followers, » writes Dr Fadl.

The terrorist attacks on September 11 were both immoral and counterproductive, he writes. « Ramming America has become the shortest road to fame and leadership among the Arabs and Muslims. But what good is it if you destroy one of your enemy’s buildings, and he destroys one of your countries? What good is it if you kill one of his people, and he kills a thousand of yours? » asks Dr Fadl. « That, in short, is my evaluation of 9/11. »

He is equally unsparing about Muslims who move to the West and then take up terrorism. « If they gave you permission to enter their homes and live with them, and if they gave you security for yourself and your money, and if they gave you the opportunity to work or study, or they granted you political asylum, » writes Dr Fadl, then it is « not honourable » to « betray them, through killing and destruction ».

In particular, Dr Fadl focuses his attack on Zawahiri, a key figure in al-Qaeda’s core leadership and a fellow Egyptian whom he has known for 40 years. Zawahiri is a « liar » who was paid by Sudan’s intelligence service to organise terrorist attacks in Egypt in the 1990s, he writes.

The criticisms have emerged from Dr Fadl’s cell in Tora prison in southern Cairo, where a sand-coloured perimeter wall is lined with watchtowers, each holding a sentry wielding a Kalashnikov assault rifle. Torture inside Egyptian jails is « widespread and systematic », according to Amnesty International.

Zawahiri has alleged that his former comrade was tortured into recanting. But the al-Qaeda leader still felt the need to compose a detailed, 200-page rebuttal of his antagonist.

The fact that Zawahiri went to this trouble could prove the credibility of Dr Fadl and the fact that his criticisms have stung their target. The central question is whether this attack on al-Qaeda’s ideology will sway a wider audience in the Muslim world.

Fouad Allam, who spent 26 years in the State Security Directorate, Egypt’s equivalent of MI5, said that Dr Fadl’s assault on al-Qaeda’s core leaders had been « very effective, both in prison and outside ».

He added: « Within these secret organisations, leadership is very important. So when someone attacks the leadership from inside, especially personal attacks and character assassinations, this is very bad for them. »

A western diplomat in Cairo agreed with this assessment, saying: « It has upset Zawahiri personally. You don’t write 200 pages about something that doesn’t bother you, especially if you’re under some pressure, which I imagine Zawahiri is at the moment. »

Dr Fadl was a central figure from the very outset of bin Laden’s campaign. He was part of the tight circle which founded al-Qaeda in 1988 in the closing stages of the war against the Soviet occupation of Afghanistan. By then, Dr Fadl was already the leader of Egyptian Islamic Jihad, an extremist movement which fought the Cairo regime until its defeat in the 1990s.

Dr Fadl fled to Yemen, where he was arrested after September 11 and transferred to Egypt, where he is serving a life sentence. « He has the credibility of someone who has really gone through the whole system, » said the diplomat. « Nobody’s questioning the fact that he was the mentor of Zawahiri and the ideologue of Egyptian Islamic Jihad. »

Terrorist movements across the world have a history of alienating their popular support by waging campaigns of indiscriminate murder. This process of disintegration often begins with a senior leader publicly denouncing his old colleagues. Dr Fadl’s missives may show that al-Qaeda has entered this vital stage.

Voir aussi:

Israel’s death squads: A soldier’s story
A former member of an Israeli assassination squad has broken his silence for the first time. He spoke to Donald Macintyre
The Independent
March 1, 2009

The Israeli military’s policy of targeted killings has been described from the inside for the first time. In an interview with The Independent on Sunday, and in his testimony to an ex-soldiers’ organisation, Breaking the Silence, a former member of an assassination squad has told of his role in a botched ambush that killed two Palestinian bystanders, as well as the two militants targeted.

The operation, which took place a little over eight years ago, at the start of the present intifada, or uprising, left the former sharpshooter with psychological scars. To this day he has not told his parents of his participation in what he called « the first face-to-face assassination of the intifada ».

As the uprising unfolded, targeted assassinations became a regularly used weapon in the armoury of the Israel military, especially in Gaza, where arrests would later become less easy than in the West Bank. The highest-profile were those of Hamas leaders Ahmed Yassin and Abdel Aziz Rantisi in 2005, and of Said Siyam in the most recent offensive. But the targeting of lower-level militants, like the one killed in the operation described by the former soldier, became sufficiently common to attract little comment.

The incident described by the ex-soldier appears almost trivial by comparison with so much that has happened since in Gaza, culminating in more than 1,200 Palestinian casualties inflicted by Operation Cast Lead this January. It might have been forgotten by all except those directly affected, if it had not been for the highly unusual account of it he gave to Breaking the Silence, which has collected testimony from hundreds of former troops concerned about what they saw and did – including abuses of Palestinians – during their service in the occupied territories.

That account, expanded on in an interview with the IoS, and broadly corroborated by another soldier’s testimony to Breaking the Silence, directly challenges elements of the military’s official version at the time, while casting new light on the tactic of targeted assassination by the Israeli Defence Forces (IDF). So do comments by the father of one of the Palestinians killed, and one who survived, also traced by the IoS.

Our source cannot be identified by name, not least because by finally deciding to talk about what happened, he could theoretically be charged abroad for his direct role in an assassination of the sort most Western countries regard as a grave breach of international law. From a good home, and now integrated into civilian life in the Tel Aviv area, the former soldier is about 30. Intelligent and articulate, and with a detailed memory of many aspects, he is scrupulous in admitting his recall of other points may be defective.

The former conscript said his special unit had trained for an assassination, but was then told it would be an arrest operation. They would fire only if the targeted man had weapons in his car. « We were pretty bombed it was going to be an arrest. We wanted to kill, » he said. The unit then went south to Gaza and took up position. It was 22 November 2000.

The squad’s main target was a Palestinian militant called Jamal Abdel Razeq. He was in the passenger seat of a black Hyundai being driven north towards Khan Younis by his comrade, Awni Dhuheir. Both men were wholly unaware of the trap that was waiting for him near the Morag junction. This section of the main Salahadin north-south road in Gaza went straight past a Jewish settlement. Razeq was used to seeing an armoured personnel carrier (APC) beside the road, but he had no idea that its regular crew had been replaced by men from an elite air force special unit, including at least two highly trained sharpshooters.

Since before he even left his home in Rafah that morning, Shin Bet – the Israeli intelligence service – had been monitoring Razeq’s every move with uncanny accuracy, thanks to a running commentary from the mobile phones of two Palestinian collaborators, including one of his own uncles. The man who was to kill him says he was « amazed » at the detail relayed to the unit commander from Shin Bet: « How much coffee he had in his glass, when he was leaving. They knew he had a driver [and] … they said they had weapons in the trunk, not in the car. For 20 minutes we knew it was going to be a simple arrest because they had no weapons in the car. »

But then, he says, the orders suddenly changed. « They said he had one minute to arrive, and then we got an order that it was going to be an assassination after all. » He thinks it came from a war room set up for the operation and his impression was that « all the big chiefs were there », including a brigadier general.

The two militants would still have suspected nothing as they approached the junction, even when a big Israel Defence Forces (IDF) supply truck lumbered out of a side turning to cut them off. They would have had no way of knowing the truck was full of armed soldiers, waiting for this moment. A 4×4 was deployed by the road, only in case « something really wrong » happened.

But something did go wrong: the truck moved out too soon, and blocked not only the militants in their black Hyundai, but the white Mercedes taxi in front of them. It was carrying Sami Abu Laban, 29, a baker, and Na’el Al Leddawi, 22, a student. They were on their way from Rafah to Khan Younis to try to buy some scarce diesel to fire the bread ovens.

As the critical moment approached, the sharpshooter said he began to shake from the waist down. « What happens now is I’m waiting for the car to come and I am losing control of my legs. I have an M16 with digicom [special sharpshooter sights]. It was one of the strangest things that ever happened to me. I felt completely concentrated. So the seconds are counted down, then we started seeing the cars, and we see that two cars are coming, not one. There was a first car very close to the following one and when the truck came in, it came in a bit early, and both cars were stopped.Everything stopped. They gave us two seconds and they said, ‘Shoot. Fire.' » Who gave the order, and to whom? « The unit commander … to everybody. Everybody heard ‘Fire’. »

The target, Razeq, was in the passenger seat, closest to the APC. « I have no doubt I see him in the scope. I start shooting. Everyone starts shooting, and I lose control. I shoot for one or two seconds. I counted afterwards – shot 11 bullets in his head. I could have shot one shot and that’s it. It was five seconds of firing.

« I look through the scope, see half of his head. I have no reason to shoot 11 bullets. I think maybe from the fear, maybe to cope with all the things that are happening, I just continue shooting. »

As far as he can recall, the order to fire was not specific to the sharpshooters in the APC. He cannot know for certain if the troops in the truck thought wrongly that some of the fire was directed at them from the cars. But he says that after he stopped « the firing gets even worse. I think the people in the truck started to panic. They’re firing and one of the cars starts driving and the commander says, ‘Stop, stop, stop, stop!’ It takes a few seconds to completely stop and what I see afterwards is that both cars are full of holes. The first car, too, which was there by coincidence. »

Razeq and Dhuheir, the militants, were dead. So were Abu Laban and Al Leddawi. Miraculously, the driver of the taxi, Nahed Fuju, was unscathed. The sharpshooter can remember only one of the four bodies lying on the ground. « I was shocked by that body. It was like a sack. It was full of flies. And they asked who shot the first car [the Mercedes] and nobody answered. I think everybody was confused. It was clear that it had been a screw-up and nobody was admitting [it]. » But the commander did not hold a formal debriefing until the unit returned to its main base.

« The commander came in and said, ‘Congratulations. We got a phone call from the Prime Minister and from the Minister of Defence and the chief of staff. They all congratulated us. We succeeded perfectly in our mission. Thank you.’ And from that point on, I understood that they were very happy. » He says the only discussion was over the real risk there had been of soldiers’ casualties from friendly fire in the shoot-out, in which at least one of the IDF’s own vehicles was hit by ricocheting bullets, and at the end of which at least one soldier even got out of the 4×4 and fired at an inert body on the ground.

Saying his impression was « they wanted the press or the Palestinians to know they were raising a step in our fight », he adds: « The feeling was of a big success and I waited for a debriefing that would ask all these questions, that would show some regret for some failure, but it didn’t happen. The only thing that I felt is that the commanders knew that it was a very big political success for them. »

The incident immediately caused something of a stir. Mohammed Dahlan, then head of the Fatah-run Preventative Security in Gaza, called it a « barbaric assassination ». The account given at the time to the press by Brigadier General Yair Naveh, in charge of IDF forces in Gaza, was that it had been intended as an arrest operation, but that sensing something amiss, Razeq had pulled out a Kalashnikov rifle and attempted to open fire at the Israeli forces, at which point the troops shot at his vehicle. While Razeq was the main target, it was claimed, the two victims in the taxi were were also Fatah activists « with ties to Razeq ».

Mr Al Leddawi said last week that his son’s presence was a tragic accident of timing and that the family had never heard of the other two men. « It was all by coincidence that they were there, » he said. « We have nothing do with the resistance in this family. » Beyond saying that he had received « not a shekel » in compensation, the taxi driver, Mr Fuju, did not want to talk to us in Rafah last week. « You want to interview me so the Israelis can bomb my house? »

The Israeli military said in response to detailed queries about the incident and the discrepancies between its account at the time and that of Palestinians, and now the ex-soldier, that it takes « human rights violations very seriously » but « regrets that Breaking the Silence does not provide it with details or testimony of the incidents it alleges in order to allow for a thorough investigation ». It added that « these soldiers and commanders did not approach senior commanders … with their complaints during their service. »

Our revelations in brief: Secret unit on a mission to kill

The Independent on Sunday has obtained an account which, for the first time, details service in one of the Israeli military’s assassination squads.

A former conscript has told the IoS and an ex-soldiers’ organisation of his part in an ambush that went wrong, accidentally killing two men as well as the two militants targeted.

The ex-soldier, a trained sharpshooter, says he fired 11 bullets into the head of the militant whose death had been ordered by his superiors. The squad was initially told it was going on an arrest mission, but was then ordered on a minute’s notice to shoot to kill.

Instead of the flaws in the operation being discussed afterwards, the squad was told it had « succeeded perfectly » and had been congratulated by the Prime Minister and chief of staff.

The former soldier, who was psychologically scarred by the incident, has never told his parents what happened.

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