Immigration: Quand la recherche de la justice se retourne contre elle-même (Even our problems have become American)

Paris' s hot spotsSi un étranger réside avec vous dans votre pays, vous ne le molesterez pas. L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte. Lévitique 19: 33-34
Nous appelions l’Amérique de nos vœux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Il arrive un moment où une politique de transfert des plus productifs vers les autres décourage les premiers de produire, réduit donc ce qui est transférable et finit par nuire aux plus défavorisés, la recherche de plus de justice se retournant contre elle-même. Jean-Pierre Dupuy (expliquant Rawls)
Il serait malheureux si un progressisme politiquement correct devait nier la réalité du défi à la solidarité sociale posé par la diversité. Il serait également malheureux si un conservatisme anhistorique et ethnocentrique devaient nier que confronter le défi est faisable et souhaitable. Robert Putnam
C’est toujours un effort pour une société d’intégrer la diversité. Même si c’est une richesse à moyen terme. C’est peut-être ça aussi qui est difficile à dire dans le domaine politique, où l’horizon temporel est limité. On considérait autrefois que l’intégration prend quatre ou cinq générations. Aujourd’hui on voudrait que ça se fasse en moins d’une génération, c’est un peu aberrant. Hugues Lagrange
Pour une immigration qui est venue des campagnes de l’Afrique sahélienne, la société urbaine française, c’est le grand écart, c’est le XVe siècle et les grandes fratries patriarcales transportées au cœur de la modernité. Hugues Lagrange
Dans le système traditionnel africain, tous les adultes interviennent. En France, ces enfants vivent une rupture entre le discours parental et les règles externes. Or la parole adulte fonctionne lorsque tous la renforcent. Hugues Lagrange
Mettre ses enfants dans un milieu où il y a des têtes de classe très dynamiques, ça va les faire progresser, donc les gens font quelque chose qui a du sens du point de vue de la rationalité individuelle. Ça pose des problèmes sociaux : si les élites du Val Fourré à Mantes La Jolie, ou des Francs-Moisins à Saint Denis, se retrouvent dans des établissements scolaires situés ailleurs, on supprime l’hétérogénéité dans ces zones-là et l’avantage individuel pour quelques uns se traduit par un désavantage pour tous les autres. Il y a réellement conflit entre des rationalités individuelles et un optimum collectif. Donc l’absence d’hétérogénéité nuit à une égalité des chances. Hugues Lagrange
Les études du sociologue Hugues Lagrange sur des cohortes de jeunes, à Paris et en banlieue, montrent statistiquement comment la présence d’enfants de cadres, même en petit nombre, améliore sensiblement les résultats scolaires des enfants de prolétaires de la même classe. Cécilia Gabizon
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat

Jeux de ballon dans la rue, bruit, cris, petits trafics, crachats, tabassages, climat pesant d’incivilité, règlements de comptes entre petits dealers, « simples histoires de mauvais regard » …

Rude réveil pour des Français jusqu’ici habitués, contre l’éternel repoussoir américain et avec les tabous liés à leur culpabilité coloniale, à associer à la banlieue la violence urbaine (du moins à l’occasion des émeutes occasionnelles à grand retentissement médiatique) et qui découvrent un début de ghettoïsation (à l’image des tristement fameuses « inner cities » américaines) au sein des quartiers de leur propre capitale!

Et, plus inquiétant encore, que ledit phénomène avec ses très réels et indésirables effets pratiques pour ceux qui doivent les vivre au quotidien, pourrait être lié, comme le suggère un très récent article du Figaro, aux expériences d’ingéniérie sociale de la gauche sur certains quartiers jusqu’ici catalogués bourgeois de la capitale.

A savoir l’arrivée massive, via la politique d’attribution des logements en HLM des municipalités de gauche, de foyers populaires souvent parmi les derniers arrivés de l’immigration et qui posent donc le plus de problèmes de socialisation.

Notamment les familles d’Afrique noire qui, dans un contexte urbain d’anonymat et de disparition de la pression normative mais aussi de raréfaction des travaux manufacturiers à faible qualification et de chômage accru, cumulent les handicaps et les déphasages culturels (fratries nombreuses, fort taux de jeunes de moins de 20 ans (« youth bulge« ), très peu de ressources, faible investissement scolaire, connaissance limitée de la langue, mères souvent analphabètes, pères dépassés, foyers polygames, familles nouvellement arrivées de pays en guerre totalement déboussolées).

Et qui, avec le départ forcé (flambée de l’immobilier oblige) d’une partie des classes moyennes et la fuite des autres ne supportant plus cette mixité forcée, pourraient donner à terme le type de ghettoïsation à l’américaine qu’on a déjà dans certains quartiers des 18e ou 20e.

Le désavantage individuel pour quelques uns (les plus favorisés d’une classe d’un établissement scolaire ou d’un quartier) censé se traduire par effet d’entrainement positif en un avantage pour tous les autres (les défavorisés de la même classe) se muant en son contraire.

A savoir l’avantage individuel pour quelques uns (un petit nombre de défavorisés) se traduisant par un désavantage pour tous les autres (privilégiés comme défavorisés) …

Paris : la paix du XVe troublée par ses « bandes »
Cécilia Gabizon
Le Figaro
16/02/2009

Le tranquille quartier autour du métro Dupleix, qui a connu une flambée de violence au mois de décembre, vit dans un climat pesant sur fond d’antagonismes sociaux.

Paris XVe, 22 h 33, rue Daniel-Stern, à quelques encablures du Champs de Mars, un habitant de ce quartier cossu érigé dans les années 1990 sur le terrain d’une ancienne caserne militaire, près du métro Dupleix, témoigne : «Une cinquantaine de personnes se poursuivaient en poussant des hurlements qui ont réveillé tout le quartier.» Des bâtiments impeccables, élégants, des allées piétonnes, des logements privés et 500 en HLM. L’idéal de la mixité sociale, terni ce soir-là : c’était le 6 décembre. Car ce sont bien des enfants du quartier qui matraquent d’autres gaillards, sans que l’on puisse vraiment distinguer qui sont les assaillants.

«Deux jeunes isolés se font frapper à coups de pied et poing». Depuis les balcons qui surplombent ce déchaînement de violence, les voisins hurlent : «Appelez la police». Neuf personnes «massacrent un homme à coups de pied pendant près de trente secondes». Une silhouette, dont la capuche blanche luit dans l’obscurité, s’acharne avec une barre de métal sur un corps qui restera inanimé. Puis un «y’a les flics» retentit. Les bandes se dispersent, «sans même prendre la peine de courir». Il est 22 h 45. La bataille a duré dix minutes. Mais cette flambée a marqué les riverains. Éric Brabois, dynamique célibataire, forme alors le Collectif Dupleix, espérant ainsi mobiliser les habitants et alerter le maire.

«Ils nous aiment pas, on les aime pas»

À peine douze jours plus tard, le 18 décembre en soirée, Demba Touré, 21 ans, habitant de la ZAC, est poignardé, sur cette même placette, par un adolescent de 17 ans venu de «Commerce», une rue proche mais rivale. Si la justice tient le coupable, elle cherche encore le motif : un règlement de comptes entre petits dealers, comme l’avait avancé le maire, ou «une simple histoire de mauvais regard», selon ses copains. L’épilogue sanglant d’un conflit dont les causes se perdent dans l’envie d’en découdre. Une de ces guerres de bandes, comme les cités en souffrent depuis longtemps, cette fois au cœur d’un arrondissement qui semblait voué au calme de la prospérité.

Depuis, Dupleix peine à cicatriser. Certains dénoncent une mixité sociale chaotique et pointent du doigt les HLM, et la trentaine de grands ados qui «tiennent le square». «Ces jeunes ont tout pour réussir ici mais ils reforment un ghetto, restent entre eux dans une vie minuscule», leur reproche un artisan du quartier. Sur les blogs qui se sont créés après le drame, certains s’indignent de voir la mairie proposer de nouvelles activités à ces «délinquants». «Faut-il encore récompenser ces nuisibles ?». La crispation, ancienne, éclate maintenant.

«Ils nous aiment pas, on les aime pas», résume Ahmed, 17 ans, déscolarisé. De la tête, il désigne l’immeuble «des militaires». Un bâtiment qui appartient à la Défense et accueille des cadres venus faire l’École de guerre et leurs familles. «Ils passent leur journée à nous espionner», poursuit un copain. «Mais qu’est-ce qu’ils nous reprochent ?», interroge sérieusement un troisième.

L’air glacé cisaille la peau, mais ils sont une dizaine à occuper l’entrée du parc, une boîte en carton servant de table de poker. Les cartes circulent, les jetons valsent, l’argent change de poche. Les joints tournent ouvertement. Les exclamations fusent, les voix grimpent vers les étages, avec cette puissance désormais propre aux nouvelles générations, qui dialoguent, la musique dans les oreilles.

«On n’en peut plus de ces cris», explique une famille de militaire qui n’a pas envie de donner son nom. Crainte des représailles, explique la mère. «La dernière fois, ils ont pris le vélo de mon fils de 5 ans, ont joué puis l’ont jeté par terre», raconte-t-elle, terrorisée. «Ce ne sont pas des enfants de chœur : ils sont versatiles», poursuit un voisin. «D’un côté, ils protègent le quartier : je gare ma moto en bas sans antivol depuis deux ans. De l’autre, ils se mettent à projeter volontairement le ballon dans les vitrines, crachent sur notre passage, tabassent à l’occasion», explique Éric Brabois.

Les véritables agressions semblent cependant exceptionnelles. «On ne peut pas parler de bandes organisées dans ce quartier», dit-on au commissariat. «Mais le climat est pesant, une sorte d’incivilité», résume le maire de l’arrondissement, l’UMP Philippe Goujon. «Les riverains n’apprécient ni le bruit, ni les petits trafics.» Il évoque d’ailleurs le départ de quelques familles. «Mais ce n’est pas l’hémorragie.» Et les prix des logements ont encore augmenté en 2008, malgré les tensions, apparues selon l’édile vers 2002, avec l’arrivée de la gauche à «la mairie centrale, et leur politique d’attribution délibérée de logements HLM aux familles précaires, sans accompagnement», soutient l’édile de droite . «Ce maire s’est toujours prononcé contre le logement social et entend gérer ce parc selon des visées clientélistes, avec des familles choisies et pas forcément les plus nécessiteuses», rétorque Anne Hidalgo, élue socialiste dans le XVe. «Mais Paris doit accueillir la diversité. Même si cela demande effectivement d’être accompagné, car les différences font souvent peur.»

De fait, obtenir un logement social dans la capitale relève aujourd’hui d’une sorte de palmarès des handicaps. Ces appartements sont attribués, sur le tiers réservé à la préfecture ou par celui de la mairie centrale, aux familles dont les besoins sont les plus criants. Dans une ville, qui voit peu à peu ses classes moyennes migrer vers la grande banlieue, à la recherche de prix plus avantageux, les HLM deviennent le dernier refuge des foyers populaires.

Dupleix et plus largement le XVe illustrent ce paradoxe des arrondissements bourgeois. Avec, d’un côté, 30 % de propriétaires capables d’acheter à près de 7 000 euros le mètre carré ou de louer pour des sommes conséquentes et, de l’autre, 17 % de HLM dans l’arrondissement qui abritent des familles à faible niveau de vie. «On se retrouve avec les deux extrémités et peu d’intermédiaires», expliquait le sociologue Éric Maurin dans son Ghetto français.

«C’est pas le Bronx ici !»

Un escalier avec des marches manquantes. Un fossé social et parfois culturel. Car jusqu’à présent, «si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration», précise la démographe Michèle Tribalat, qui vient d’étudier l’évolution du voisinage à Paris ces trente dernières années. À Dupleix, des visages nouveaux et plus colorés sont apparus depuis peu dans les écoles. Des familles maliennes, comme celle de Demba, ou maghrébines se sont notamment installées, souvent avec de nombreux enfants.

«Ce n’est pas la peine de nous proposer la mixité sociale, si les gens ne supportent pas les jeunes en bas. Car c’est comme ça les familles populaires», explique Biggy, grand costaud intérimaire qui a grandi à Bobigny et semble regretter «sa cité où tout le monde se connaît». «On a l’impression qu’on devrait dire merci tous les jours d’être ici, comme si on avait usurpé notre place», ajoute un copain. Une part de blessure, des fanfaronnades, beaucoup d’intranquillité et comme un grain de sable dans la tête, par instant, comme ce jour où «on a vu des gars arriver avec des chaînes, des bâtons et des couteaux en criant c’est la guerre». Le fameux 6 décembre, qu’ils racontent en riant, comme si venir les «provoquer sur leur territoire» relevait de la plaisanterie. «On les a accueillis», résument-ils, crânement, comme des hooligans. Deux blessés.

Face à ces éruptions, si Éric Brabois envisage de quitter le quartier pour une «résidence surveillée», la plupart des habitants relativisent et parlent d’«incidents». «C’est pas le Bronx ici ! Je n’ai jamais été embêté. La vie est tout à fait agréable», explique Colin, 39 an s . Les quelques têtes brûlées qui semblent refuser toutes les règles ne disent qu’une bribe de l’histoire du quartier, précise-t-on à la paroisse voisine. «La mixité sociale marche plutôt bien», assure même Séverine, investie dans un très actif centre protestant tout proche. Les écoles primaires ronronnent paisiblement.

Et les études du sociologue Hugues Lagrange sur des cohortes de jeunes, à Paris et en banlieue, montrent statistiquement comment la présence d’enfants de cadres, même en petit nombre, améliore sensiblement les résultats scolaires des enfants de prolétaires de la même classe. Une spirale vertueuse, qui a probablement profité à des centaines de familles. Une réussite par nature silencieuse et invisible.

Voir aussi:

Entretien avec Hugues Lagrange : « La ville favorise un processus d’hybridation » Pouvoirs Locaux, mai 2005

F.B. Donc, vous avez des réticences envers le concept d’« altérités indésirables » ?

H.L. Oui, parce que je ne vais pas faire une profession de foi sur la désirabilité de toutes les altérités. Le trait commun dégagé par l’école sociologique, notamment celle de Chicago, c’est de dire que la ville est rencontre et articulation d’altérités, c’est ce qui fait sa force, parce qu’elle met en présence différentes ressources, elle crée un écosystème capable de richesse, qui nourrit, qui oblige à réagir, à se confronter à d’autres réalités, à d’autres manières de vivre, et que cette ouverture – je dirais très simplement l’ouverture
culturelle, comme on apprend à un enfant à découvrir d’autres mots que ceux qu’il a d’abord connu – est globalement créatrice de la richesse des sociétés urbaines. Moyennant quoi il y aussi des confrontations qui sont difficiles mais je dirais que c’est cette première notion qui vient à l’esprit. Ainsi, il me semble que développer l’entre soi est un trait du temps présent dans les pays développés que ce soit en Amérique, en Europe et peut-être en Asie, c’est devenu une caractéristique de ces sociétés aujourd’hui. Du moins, dans la majorité des couches sociales, des classes moyennes aux classes supérieures, on voit que les classes les plus pauvres n’ont pas trop le choix de la localisation résidentielle, et tous ceux qui le peuvent cherchent à habiter dans des environnements que non seulement ils ont choisis, mais représentent aussi un certain degré d’homogénéité. D’où une question qui est maintenant forte en sociologie urbaine : est-ce qu’il y a une augmentation de la ségrégation sociale ? Peut-on parler de ghettoïsation, pour dire les choses d’un mot – mais le mot ghetto fait plutôt obstacle, parce son sens a été déplacé de multiples fois ?. J’adhère assez aux thèses de Marco Oberti et Edmond Préteceille parlant plutôt d’une polarisation, c’est à dire un processus de concentration de similarités aux extrêmes de l’échelle sociale en même temps qu’il y a un brassage dans les classes moyennes, c’est-à-dire qu’elles se diffusent dans l’espace urbain en se mélangeant avec d’autres groupes au moins du point de vue
du statut social.

Autre forme d’altérité l’origine culturelle, dans les très grandes villes, il y a des migrants de beaucoup de régions du monde ; mais là-dessus on a beaucoup moins d’études en Europe, en tous cas en
France plus particulièrement, du fait même que le repérage de l’identité culturelle est presque statistiquement impossible : il n’existe que des enquêtes assez fragmentaires.

Justement, quand on revient à l’école de Chicago, l’intégration des migrants, notamment les Polonais, était l’une des principales problématique ce cette école ; est-qu’il vous semble que l’altérité culturelle ou ethnique vous paraît plus prégnante dans le contexte actuel ?

Il me semble à l’évidence que dans les représentations des enjeux, quand on fait allusion à l’altérité aujourd’hui, on fait plus souvent allusion à l’altérité culturelle qu’à l’altérité sociale. Une problématique de la différence culturelle fait retour en même temps que la montée générale de la question des confrontations des cultures, qu’on aime ou pas le mot. Elle est en tous cas très évidente dans les conversations privées, dans les représentations médiatiques et de sens commun. Est-ce que la différence des cultures colore la différence sociale ? On peut se poser la question. A partir du travail que je mène aujourd’hui, j’ai le sentiment que l’altérité culturelle est perçue comme étant la vraie altérité, encore plus que l’altérité sociale, peut-être tout simplement parce qu’elle concentre l’ensemble des différences. Une manière d’aborder les choses, c’est de se dire que l’altérité culturelle est presque une caractéristique apparente de la différence sociale, en plus marqué, c’est comme si l’altérité culturelle portait le drapeau de la différence sociale.

A partir d’une étude dans le Mantois, des analyses un peu plus fouillées montre qu’une des grosses différentes entre la ZUS, la zone urbaine sensible et le reste de la communauté de Mantes en Yvelines, c’est au fond la taille des familles. Les familles sont sensiblement plus grandes dans la ZUS, beaucoup de fratries de plus de six personnes, peu de telles fratries à l’extérieur. Beaucoup de problèmes liés à l’éducation des jeunes renvoient finalement à la taille des fratries. La taille d’une fratrie elle-même est très corrélée à l’origine sociale et à l’ancienneté dans la migration. Les familles d’origine Soninké, Peul sont plus larges que les familles maghrébines, qui elles mêmes sont plus larges que les familles dont l’immigration est beaucoup plus ancienne, disons franco-françaises. Donc, directement, le critère culturel renvoie à des caractéristiques morphologiques qui ont des conséquences, notamment sur l’éducation des enfants. Etymologiquement, les prolétaires, proles, sont ceux qui ont une progéniture nombreuse. Aujourd’hui, les prolétaires de nos pays qui ne sont pas récemment immigrés n’ont pas une progéniture nombreuse, et d’ailleurs les migrants au bout de la deuxième ou de la troisième génération ont à peu près le même taux de fécondité, la même taille de fratrie. Donc c’est un phénomène qui change avec la durée de la migration.
Le fait qu’il soit migrant n’est pas visible sur le front de quelqu’un, par contre le fait qu’il soit noir ou maghrébin est lisible : patronyme ou faciès. D’où, très logiquement, le sens commun qui, n’est pas aberrant et qui repère la diversité, attache l’écart de conduite à la différence culturelle, éventuellement un écart problématique. Pour une immigration qui est venue des campagnes de l’Afrique sahélienne, la société urbaine française, c’est le grand écart, c’est le XVe siècle et les grandes fratries patriarcales transportées au
cœur de la modernité.

Il faut revenir sur le fait que la différence culturelle soit problématique ou au contraire source de richesse. On peut prendre plusieurs points de vue, par exemple en matière scolaire – question qui m’intéresse plutôt sous l’angle de la socialisation – la diversité est un facteur qui a beaucoup d’effets positifs. Quand des adolescents ont des réseaux de copains hétérogènes, donc divers, divers par la culture, aussi par leur rapport à l’école, à la performance scolaire, par leur rapport à la musique, cet élément d’ouverture et d’hétérogénéité est positif. Très concrètement, les réseaux hétérogènes donnent des progrès en mathématiques et en français, on le mesure moins nettement sur les question culturelles, mais on peut certainement y voir un élargissement, une ouverture que nous connaissons aujourd’hui. En tous cas pour la musique l’ouverture est riche. On voit bien qu’il y a des positivités, et c’était cela l’idée de l’école de Chicago, de Louis Wirth à Robert Park, c’est ce qu’on repris un certain nombre d’interprètes de cette école comme Isaac Joseph et Yves Grafmeyer. Isaac Joseph a cette belle formule, « la ville c’est l’indifférence aux différences », ce qui est en soi un peu une critique de l’idée d’altérité indésirable, c’est que la ville est articulation de ces différences. Ce qui fait des communautés, des modes de groupement qui n’ont pas un caractère cosmopolite, urbain, et sont moralement contraignants, c’est la redondance des scènes : les amis sont en même temps les voisins, les partenaires d’activités, de travail, cela induit à un moment une fermeture et un contrôle. Si le voisin ne se comporte pas comme il est faut, il va être stigmatisé, il va être l’objet d’une pression normative. En ville, cela disparaît. Plus que l’anonymat, ces différences s’articulent parce que les scènes sont dissociées : on est
quelqu’un dans son travail, on est quelqu’un d’autre dans sa vie de voisinage, on est encore quelqu’un d’autre quand on sort, les scènes ne se rencontrent pas, ce qui permet effectivement une plus grande ouverture, et permet aussi toutes les ruptures du contrôle social.

Là encore, question difficile, les sociétés rurales n’étaient pas moins violentes que les sociétés urbaines, en tous cas c’est très clair que jusqu’à la fin du XIXe siècle, la violence vient de la campagne. Les campagnes étaient violentes entre gens qui se connaissaient, c’était une violence d’interconnaissance, des conflits de bornage entre voisins. Les sociétés urbaines sont beaucoup plus caractérisées par une délinquance d’appropriation, d’abord le vol, et ensuite les violences liées au vol, et liées à l’anonymat. La violence rurale d’une certaine façon elle faisait moins peur, peut-être pour cette raison de l’interconnaissance. Les deux paysans qui vont s’étriper à coups de faux comme on le faisait beaucoup au XVIe, XVIIe siècles se connaissaient. En milieu urbain, en dehors de la violence dans le couple, il y a une inquiétude qui est liée au fait de l’inconnu.

Pourquoi l’altérité est-elle fuie ?

Il y a aujourd’hui deux motifs majeurs de ségrégation, qui sont un sentiment d’insécurité vécu à la première personne et l’idée qu’un environnement scolaire composé d’enfants de bonne famille est favorable à la réussite de votre propre enfant. C’est effectivement ces deux motifs-là qui semblent régir une tendance séparatiste ; mais cette ‘tendance séparatiste’ n’est pas observée partout : elle fonctionne certainement pour la fuite des quartiers d’habitat social, elle fonctionne aussi, c’est moins étudié, pour les quartiers très aisés – une fermeture dans l’entre-soi en gens de milieux très aisés. En revanche la question de la sécurité traduit peu de séparatisme pour le spectre large des quartiers des classes moyennes ; s’agissant par contre de la question scolaire, je serais plus prudent, je pense qu’elle est facteur de construction d’un entre-soi de classes moyennes. Les deux questions ne jouent pas exactement aux mêmes endroits du spectre social. La question de l’insécurité, vraisemblablement, joue aux deux pôles extrêmes, la question scolaire est plus différenciatrice au milieu.

Comment s’articulent choix scolaires et ségrégation ?

C’est une chose qui commence à être assez bien étudiée en France, par Agnès Van Zanten, Eric Maurin, par Marie Duru-Bellat et François Dubet. Autour de la carte scolaire – l’obligation en principe faite aux gens qui habitent une zone donnée de scolariser leurs enfants dans cette zone – on a bien noté depuis maintenant dix-quinze ans qu’il y a contournement, évitement, dérogation, de façon assez massive en région parisienne et beaucoup moins en province, de la part d’une quantité de groupes sociaux, pour favoriser la réussite de leurs enfants. C’est une chose qui commence à être documentée, il y a des effets d’entraînements dans les classes et dans les établissements scolaires, et on ne regarde pas à l’intérieur de la classe – encore que, il y a des options, allemand première langue, latin, permettent de gérer un peu le choix de classe. Mettre ses enfants dans un milieu où il y a des têtes de classe très dynamiques, ça va les faire progresser, donc les gens font quelque chose qui a du sens du point de vue de la rationalité individuelle. Ça pose des problèmes sociaux : si les élites du Val Fourré à Mantes La Jolie, ou des Francs-Moisins à Saint Denis, se retrouvent dans des établissements scolaires situés ailleurs, on supprime l’hétérogénéité dans ces zones-là et l’avantage individuel pour quelques uns se traduit par un désavantage pour tous les autres. Il y a réellement conflit entre des rationalités individuelles et un optimum collectif. Donc l’absence d’hétérogénéité nuit à une égalité des chances. Il y a pas mal de preuves. Dans le Mantois, il ressort de
l’analyse qu’une des variables explicatives du progrès scolaire, en maths et en français, c’est le fait d’avoir dans son réseau de sociabilité des jeunes qui sont assez bons, d’avoir un réseau de sociabilité assez hétérogène. On a pris un ensemble d’élèves qui étaient dans la deuxième moitié des résultats de sixième : ceux qui ont des réseaux hétérogènes, qui ont parmi leurs copains des élèves meilleurs, ceux-là progressent, plus que les autres. Donc cet effet entraînement, lié au contexte des classes, aux réseaux de sociabilité, à l’environnement, en dehors des qualités pédagogiques, est assez largement démontré.

Revenons aux altérités. On dit beaucoup que l’intolérance augmente, mais la société des années soixante n’était pas moins violente envers les migrants…

Vous dites la société des années soixante n’était pas moins violente envers les migrants, c’est juste, elle l’était peut être même plus, en revanche, ce qui a été le phénomène nouveau, c’est l’installation des migrants, le regroupement familial, et l’installation de plusieurs générations qui nous a confronté en France comme c’était le cas dans l’entre-deux-guerres – mais c’était nouveau dans la période de l’après-guerre – à l’installation de migrants et d’enfants de migrants, qui ont une histoire plus ou moins conflictuelle avec la
métropole, assez conflictuelle pour les enfants issus des familles algériennes, sans doute moins conflictuelle pour les enfants des familles noires, mais de toutes façons, pour tous, les conditions d’accueil dans la société française ont été et sont problématiques. Il y a une tension qui se traduit à mon avis par des difficultés de socialisation, qui doivent être comprises comme telles.

C’est toujours un effort pour une société d’intégrer la diversité. Même si c’est une richesse à moyen terme.C’est peut-être ça aussi qui est difficile à dire dans le domaine politique, où l’horizon temporel est limité. On considérait autrefois que l’intégration prend quatre ou cinq générations. Aujourd’hui on voudrait que ça se fasse en moins d’une génération, c’est un peu aberrant. Quand on regarde sur trois générations, j’ai une étudiante qui a fait une étude sur une famille algérienne sur trois générations, c’est incroyable la progression des niveaux scolaires, la maîtrise de la langue, le niveau de diplôme, de mixité dans les relations, et on se dit que ce processus est patent. Ce processus de réduction des altérités s’opère très vite et si on revient à la question des altérités dans la ville, il y a un processus d’hybridation. Il faut être honnête: les migrants perdent plus de leur identité qu’ils ne transforment l’identité du courant principal de la population. Mais il y a des transformations et c’est intéressant.

Comment analysez-vous les questionnements actuels sur le communautarisme ?

Je suis en train de revenir sur une série d’auteurs comme Claude Fischer et Morris Janowitz qui ont écrit sur la communauté, mais je pense que ce débat sur le communautarisme est bien sûr obscurci ou plombé par le fait que le mot « communauté » est très embarrassant ; que le mot community en anglais ne correspond pas au français, et on n’arrive pas bien à définir ce qu’on entend par là. Personne n’aime le communautarisme, mais tout le monde aime les liens que les auteurs américains appellent communals, c’est à dire des liens qui ont une profondeur émotionnelle, une dimension affective. Or ces liens se trouvent rarement dans des relations à grande distance. Claude Fischer soutient que c’est dans la redondance des scènes, dans le fait qu’un voisin est un partenaire de travail, de sortie qu’éventuellement une dimension affective dans le lien social se crée.

Bien sûr il y a une régression dans les sociétés modernes de la communauté au sens du maintien de liens à courte distance sur le plan social. L’accroissement extraordinaire de la mobilité fait que les liens de voisinage au sens étroit ont perdu de leur importance. Mais il faut dissocier cette thèse de l’affaiblissement du rôle du voisinage de thèses qui affirment qu’il y a une perte d’importance des liens communals, c’est-à-dire émotionnellement investis, indépendamment de la distance. La communauté locale favorisait des liens émotionnellement investis. Nous consommons autant, nous avons autant besoin aujourd’hui de liens émotionnellement investis, mais ils se trouvent plus dispersés spatialement. En conséquence, on a d’une part une nostalgie de la communauté au sens de cette chaleur affective du groupe, et d’autre part on a un mode de vie qui fait que les liens à courte distance ne sont pas forcément les plus investis émotionnellement, donc nous recréons des liens émotionnels d’une façon beaucoup plus dispersée, ce qui
fait que la notion de communauté d’autrefois ne fonctionne plus dans les sociétés modernes.

Les quartiers d’habitat social, sont des quartiers pauvres, où justement la mobilité est relativement faible, où vivent des migrants de beaucoup de parties du monde et qui n’ont pas toute leur famille, leurs proches, etc., pour se construire et pour réussir dans la société, avoir un métier plus intéressant, accès à des emplois etc., ces migrants doivent s’appuyer sur des moyens de type réseaux de proches. Les migrants peuls se regroupent dans les quartiers où il y a d’autres migrants peuls et c’est en se regroupant qu’ils trouvent ces appuis. Que ce soit de l’accompagnement scolaire, de l’argent à envoyer au village, ou pour permettre de rapatrier un membre de la famille qui souhaite être enterré dans son pays pour des raisons qu’on comprend assez bien, les liens communautaires qui se renouent dans les quartiers enclavés sont utiles. Mais ce qu’on craint dans le communautarisme, c’est la formation de groupes qui seraient des entités fermées sur elle-mêmes, voire hostiles, au reste de la société. C’est possible mais je dirais que c’est l’exception par rapport à ce qu’on voit sur le terrain. Pour l’essentiel, les liens communautaires sont des liens qui sont auto-dissolvants : quand une communauté aide ses différents membres, quand ça marche bien, quand les migrants peuls par exemple, à travers des actions d’accompagnement scolaire, d’aide à la recherche d’emploi, aident les adolescents et les jeunes adultes à trouver une formation professionnelle, ils sont les vecteurs d’une auto-dissolution des liens communautaires. Parce que les jeunes ménages qui vont réussir, je le vois très concrètement, auront tous les éléments pour s’installer en dehors du quartier d’habitat social, ils auront plus de revenus, plus de diplômes, donc ils vont s’installer ailleurs ; ils vont faire des arbitrages affectifs et aller plus ou moins loin, mais en gros ils vont s’intégrer au mainstream. Donc la
communauté est dans ce cas-là une « communauté tremplin », elle est facteur de rupture du lien communautariste, d’enclave et de fermeture.

Finalement il va rester au cœur de cette question du communautarisme des constructions réelles ou mythiques, je crois plus mythiques que réelles, portant par exemple sur l’influence qu’ont des imams musulmans dan certains sous-quartiers ou sous-ensembles de quartiers, qui vont soit carrément essayer de recruter des jeunes pour le Jihad, des jeunes un peu paumés et qui ne savent pas quoi faire – on peut regarder ce qu’ont recueilli les Renseignements Généraux sur ce thème-là, mais c’est ultra-minoritaire. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’influence, mais ce sera plus une influence en termes de réussite et d’intégration que la fabrication de cette altérité menaçante. Le sentiment de cette influence fait écho à des peurs qui trouvent leur réalisation dans le grand théâtre du monde, dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan, mais je crois qu’il faut le voir comme ça : des peurs. Ce sont des faits minoritaires et isolés – je ne doute pas qu’un certain nombre de sectaires et de fondamentalistes font ça – et je ne crois pas que ce soit un problème social de masse.

Voir enfin:

La carte des émeutes de novembre 2005 confirme le profond malaise des immigrants africains
Cecilia Gabizon
Le Figaro
29 juin 2006

Peut-on comprendre les émeutes de novembre 2005 par la géographie ? Quels sont les points communs entre les villes qui ont connu des flambées ? Pourquoi dans cette banlieue-ci et pas dans celle-là ? Pourquoi des départements jusqu’ici calmes, comme l’Aisne, la Loire ou l’Eure, ont-ils connu des soubresauts ? Six mois ont passé et les scientifiques commencent à livrer leur version détaillée.

Pour le sociologue du CNRS Hugues Lagrange (1), les troubles ont éclaté pour l’essentiel dans des zones urbaines sensibles abritant une large proportion de familles africaines de plus de six enfants. Ce chercheur a examiné les caractéristiques des quartiers touchés. La plupart se trouvent en zone urbaine sensible. Mais ce sont surtout les cités disposant d’un revenu médian très inférieur à celui du reste de la commune qui ont brûlé. Les contrastes sociaux ont bel et bien alimenté la rébellion. Tout comme la présence de très nombreux jeunes. Dans ces cités, ils représentent parfois jusqu’à 40% de la population. Et paradoxalement, c’est aussi là où d’importantes opérations de rénovation urbaine ont été lancées que le feu a pris. Car pour démolir des barres, les familles sont relogées de façon provisoire, ce qui semble déstabiliser les plus fragiles, expliquent encore les sociologues.

La carte de la géographie des émeutes recoupe celle des zones à forte «concentration de grandes familles». Habitué à travailler à Mantes-la-Jolie où sont installés de nombreux immigrés africains, Hugues Lagrange a noté que «dès la deuxième semaine d’émeutes, dans l’Ouest notamment, une série de villes qui constituent les lieux d’installation de familles originaires d’Afrique noire ont connu des violences». Sans être des émeutes ethniques, puisque des personnes de toutes origines ont été interpellées, les feux de novembre ont révélé les difficultés d’intégration d’une partie des enfants d’origine africaine, issus de cette dernière vague d’immigration.

Les familles sahéliennes se sont installées dans les années 80 ou 90, suivies par de nouvelles populations venues du Cameroun, du Congo, de Guinée ou du Cap-Vert. Leurs foyers cumulent les handicaps. Car, le plus souvent, ces familles conservent le modèle démographique du village et les fratries y sont très nombreuses. Enfin, les mères sont souvent analphabètes. Or, le niveau d’éducation maternel conditionne largement les performances scolaires des enfants.

Le choc est aussi de nature culturelle. Les familles d’origine sénégalaise et malienne sont principalement issues d’un milieu rural. Par tradition, le père occupe une place centrale dans l’organisation familiale. Aussi «l’enfant est d’abord envisagé comme un membre de la communauté», explique Nathalie Kapko, chercheuse associée au laboratoire Cultures urbaines et sociétés (Iresco-CNRS). Ce sont donc les pères qui incarnent la loi. La transposition brutale de code culturel dans un milieu urbain occidental à la fois confiné et brutal fait vaciller les repères de ces familles et va jusqu’à les disloquer. Les écarts d’âge sont souvent très importants avec les derniers fils. Il est fréquent que les jeunes grandissent avec des pères à la retraite qui partagent leur vie entre l’Afrique et la France. Quant aux mères, elles manquent de l’ascendant nécessaire. «La plupart des enfants rajeunissent leur mère lorsqu’ils remplissent les fiches à l’école, car ils les perçoivent presque comme des soeurs», confie d’ailleurs Hugues Lagrange.

Autre déphasage culturel pénalisant, les parents reproduisent les modèles d’éducation importés de leur village d’origine. Ils imposent la soumission aux plus âgés de leurs enfants, exigeant qu’ils baissent les yeux devant les adultes. Des codes que les jeunes respectent en apparence, comme ces adolescents remplis de rage après la mort d’un camarade poignardé lors d’une rixe à Evry, au mois de mai. Ils étaient tous venus faire leurs condoléances à cette famille malienne, ont écouté les appels au calme des mères les yeux rivés au sol, avant de filer pour une expédition punitive une fois dans la rue.

Le décalage entre la norme familiale et la réalité de la société alentour est donc souvent à la fois très douloureux et profondément entravant. Certains en jouent pour échapper à toute autorité. «Dans le système traditionnel africain, rappelle à juste titre Lagrange, tous les adultes interviennent. En France, ces enfants vivent une rupture entre le discours parental et les règles externes. Or la parole adulte fonctionne lorsque tous la renforcent.» La plupart de ces familles n’ont guère de relation avec l’école. Par respect souvent, mais aussi par crainte face à une institution qu’elles ne comprennent guère. Les parents ne délèguent pas l’autorité affective aux maîtres. Au final, certains adolescents dénient toute autorité aux professeurs. Logés dans des appartements exigus, les enfants ont bien du mal à étudier. Ils sont aussi souvent victimes de rivalités entre co-épouses dans les foyers polygames, et forcés dans certains cas de défendre leurs mères contre leurs demi-frères. «Les parcours scolaires chaotiques des garçons d’origine subsaharienne témoignent aussi de la force des tensions intrafamiliales», ajoute encore Nathalie Kapko.

Il faut encore prendre en compte les familles nouvellement arrivées de pays en guerre, qui sont totalement déboussolées. Pour autant, gardons-nous de généraliser : l’émigration africaine est loin d’être homogène. Une partie est composée d’étudiants restés en France. Leurs enfants sont souvent encouragés à faire des études, tandis que les parents développent des stratégies pour s’extraire des quartiers de relégation. Car, note encore Hugues Lagrange, dans les cités à forte présence de africaine, la disparition des cadres est notable.

Les dernières émeutes ont bien fait émerger la question noire, avec une problématique sociale et culturelle jusqu’ici négligée. Néanmoins, la situation pourrait évoluer avec l’inscription croissante des femmes africaines aux cours d’alphabétisation.

(1) Émeutes urbaines et protestations, sous la direction de Hugues Lagrange et Marco Oberti. (Les presses Sciences po)

Un commentaire pour Immigration: Quand la recherche de la justice se retourne contre elle-même (Even our problems have become American)

  1. […] notre immigration-chance pour la France, nos chères têtes blondes qui s’appellent toutes Mamadou, nos […]

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