Désinformation: L’Internet, ça sert aussi à faire la guerre (Have flickr will travel)

22 février, 2009
Lebanese cover girl (Filkka Israel)Palestine map (Filkka Israel)Boycott call (Filkka israel)Anti-israel cartoon (Filkka israel)
Voici les avantages d’un Compte Flickr Pro (24,95 USD par an):
– Transferts de vidéos illimités (90 secondes max)
– Espace de stockage illimité
– Bande passante illimitée
– Albums photos illimités
– Archivage des images originales en haute résolution
– Possibilité de remplacer une photo
– Publiez vos photos ou vos vidéos dans un grand nombre de pools de groupe (jusqu’à 60)
– Navigation et partage sans publicité
– Statistiques sur le décompte des affichages et les références Shamir Ramj
A midi, nous avons appris que nos sites web étaient bloqués. … La fermeture de nos sites signifie que les durs du régime ne vont pas tolérer le défi Khatami contre Ahmadinejad. Behrouz Shojaei
Nous sommes un blog pacifiste, anti-crimes israéliens contre les enfants palestiniens, comme nous sommes contre les crimes commis par des groupes terroristes comme le Hamas et le Hezbollah etc. Nous croyons que l’existence de l’Etat de l’Israël est une erreur historique, aussi bien que les appels à sa destruction. La solution que nous recherchons pour la confrontation entre les Arabes et les Juifs est basée sur ce qui suit : la conservation du droit au retour sur la base de la résolution 194 \ 1947 de l’ONU pour tous les réfugiés des deux côtés. Une solution éternelle doit être basée sur un état séculaire démocratique en Palestine pour les Palestiniens et les juifs nés en Israël avant 1990 et pour leurs parents. Le pardon entre les Arabes et les juifs basé sur une vraie croyance dans un futur pacifique de cette terre. La destruction pacifique du royaume de Jordanie et le retour de sa terre à sa situation normale comme partie de la grande Palestine. Le nouvel Etat devra préserver les mêmes droits pour tous les citoyens sans aucune discrimination religieuse ou ethnique Oui, ….c’est ce que sommes nous. Profession de foi du site Filkka israel

Chaque fois que le ministère [des Affaire étrangères] repère une tendance anti-israélienne sur un blog en langue étrangère, un site d’information ou tout autre site Internet, il envoie immédiatement un message aux volontaires pour organiser la riposte en inondant le site d’opinions pro-israéliennes.
Itamar Eichner (Yediot Aharonot)
L’intox consiste à diffuser de fausses informations censées provenir d’un camp, alors qu’en fait elles proviennent du camp opposé. De tels procédés ne sont pas nés avec les médias électroniques ; ils sont apparus pendant la Seconde Guerre mondiale, et même avant. Mais, tandis qu’autrefois la diffusion de l’intox exigeait un matériel relativement compliqué et coûteux, comme des émetteurs radio à haut voltage, aujourd’hui une telle opération est devenue très simple à mettre en œuvre. Il suffit de disposer d’un serveur, d’enregistrer un nom de domaine, d’installer un logiciel de blog et de commencer à publier de fausses informations. Très vite, les rumeurs enflent et font le tour de la Toile. Yediot Aharonot

L’internet, ça sert aussi à faire la guerre!

Après les journalistes-combattants et les idiots utiles, Pallywood et ses enderlinades et autres Photoshoperies,… voici les clones de Flickr!

Photos accrocheuses de stars américaines ou de filles d’à côté plus ou moins dénudées, cartes de Palestine ou dessins dénonçant la rapacité d’un peuple tueur d’enfants, appels et mode d’emploi de boycotts des produits juifs, pseudo et titre ronflant à consonance juive, profession de foi pacifiste appelant au droit du retour et à la création d’un Etat binational revenant à la destruction de fait de tout Etat juif …

Quelle meilleure ou plus inoffensive couverture, pour un service de renseignement avisé soucieux de diffuser son intox au moindre coût en ces temps de guerre des images et de l’info, qu’un site web de partage de photos et de vidéos gratuit?

Si l’on en croit le quotidien israélien Yediot Aharonot (sur la base de l’enquête d’un journaliste libanais) et comme l’a enfin compris le gouvernement israélien …

C’est ainsi une véritable campagne d’intox que, via le site libanais Filkka Israel (version apparemment arabisée de Flickr Israel comme le pseudonyme dûment enjuivé de son fondateur Khodr Awarkeh alias Dr Eli Bnie Symon), s’offrent ainsi pour trois fois rien sur la Toile globale (plus besoin d’émetteurs radio à haut voltage compliqués, coûteux et facilement repérables!) les services de renseignements syriens.

A l’image d’ailleurs (surprise!) de la pratique iranienne, rarement évoquée ici en Occident, de création (et, pour renforcer la crédibilité, occasionnelle fermeture!) de sites de faux opposants « afin de semer la confusion parmi l’opposition dans le pays » ou entériner la fiction de la division du régime entre factions « dures » et « réformistes » ….

MONDE ARABE – L’intox comme fonds de commerce
Nir Boms et Niv Lillian
Yediot Aharonot
Traduit par Courrier international
19 févr. 2009

Diffuser de fausses informations en les attribuant à des sources israéliennes, telle est la spécialité du site Internet Filkka. Ses articles erronés sont repris par les médias, semant le trouble dans la région.

Le chef du Mossad, Meir Dagan, a été tué”, titraient il y a quelques mois un certain nombre de journaux arabes. Selon de fausses informations, il avait été tué dans un mystérieux accident de voiture, lors d’une visite en Jordanie. Le blog à l’origine de cette rumeur, qui a fait les gros titres dans plusieurs pays arabes, s’appelle Filkka Israel et serait dirigé par le Dr Elia Bnay Simon.

Le Dr Bnay Simon, de l’Université hébraïque de Jérusalem, serait un universitaire réputé, doublé d’un analyste politique aux sources fiables, en particulier sur des questions sensibles liées à l’espionnage, sur les initiatives diplomatiques secrètes et sur les faits dissimulés par les autorités et dont les grands médias ne se font pas l’écho. Un rapide coup d’œil à son blog nous apprend, par exemple, que le nombre de soldats israéliens tués pendant l’opération militaire à Gaza s’élèverait à plusieurs centaines, contrairement aux chiffres officiels. Les commentaires de Bnay Simon sont régulièrement publiés et cités par les chaînes de télévision arabes. En juin 2008, son site a publié un scoop sur les projets de John McCain concernant la paix au Moyen-Orient. A en croire Filkka Israel, le candidat républicain à la Maison-Blanche proposait notamment de créer un Etat palestinien en Jordanie, sur le conseil du Pr Robert Magen, l’un des directeurs du Carnegie Institute of Science. Cet article n’a pas tardé à être repris dans tout le monde arabe, et le journal Al-Rai, financé par l’Etat jordanien, a même publié un éditorial virulent contre la proposition américaine.

Très vite, les rumeurs enflent et font le tour de la Toile

Comment se fait-il que vous n’ayez jamais entendu parler de ce célèbre professeur ? Sans doute parce qu’il n’existe pas comme membre de l’Institut Carnegie. De même, l’Université hébraïque de Jérusalem n’a personne de ce nom parmi ses professeurs. Robert Magen a lui aussi été étonné lorsqu’on lui a demandé de commenter son “initiative diplomatique”, qui à l’évidence n’a jamais existé, et il a nié avoir la moindre part dans les idées qu’elle était censée proposer.

Toutefois, au Liban, il y a un docteur qui est bien connu et qui porte le nom de Bnay Simon. Apparemment, c’est un pseudonyme de Khodr Awarkeh, qui contribue régulièrement aux sites d’information syriens Aksalser et Champress. Des sources libanaises l’ont déjà associé au Parti social nationaliste syrien [parti nationaliste prosyrien]. Le journaliste libanais Hussein Abdul-Hussein affirme que le blog Filkka Israel s’inscrit dans une vaste opération d’intox orchestrée par les réseaux de renseignements libano-syriens. Les idées d’Awarkeh sont aussi relayées en ligne par son ami koweïtien l’administrateur du site Aldiwan, Abdul-Hamid Abbas Dashti, un chiite koweïtien qui a des liens familiaux avec un officier des renseignements syrien.

L’intox consiste à diffuser de fausses informations censées provenir d’un camp, alors qu’en fait elles proviennent du camp opposé. De tels procédés ne sont pas nés avec les médias électroniques ; ils sont apparus pendant la Seconde Guerre mondiale, et même avant. Mais, tandis qu’autrefois la diffusion de l’intox exigeait un matériel relativement compliqué et coûteux, comme des émetteurs radio à haut voltage, aujourd’hui une telle opération est devenue très simple à mettre en œuvre. Il suffit de disposer d’un serveur, d’enregistrer un nom de domaine, d’installer un logiciel de blog et de commencer à publier de fausses informations. Très vite, les rumeurs enflent et font le tour de la Toile.

Cette technique a déjà été adoptée par des Etats et des organisations qui ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer des médias électroniques. L’Iran, tout en censurant des milliers de sites Internet, a réussi à créer ses propres sites, censément dirigés par des opposants, afin de semer la confusion parmi l’opposition dans le pays.


Voir aussi:

Filkka Israel

Vous voulez vous documenter et trouver des infos ou bien sur la Turquie, l’Egypte et l’Irak, et vous tournez en rond sans réussir à trouver ce que vous recherchez ? ?

Filkka Israel

Cet état violent et terroriste recourt inconditionnelement à l’usage d’armes interdites et s’en sert contre des populations civiles générant ainsi des critiques très fortes et un ras-le-bol grandissant de la part d’ONG telles qu’Amnesty International..

Les pro-israéliens hystériques ne peuvent pas supporter les observations objectives en direction de la politique impérialiste et coloniale de l’état d’Israël accusant ainsi le reste du monde, et tous ceux qui osent s’exprimer de dangereux antisémites pro-Hamas..

La recherche et développement en Israël et l’implantation massive d’entreprises dans ce pays sont des options tâchées de sang car l’économie israélienne est basée sur l’expulsion des palestiniens ainsi que le vol de leur maison, c’est pourquoi les avions en direction d’Israel commencent à se vider. Le Boycott de l’économie israélienne commence a porter ses fruits..

Vous aussi vous voulez faire quelque chose, pourtant vous avez cherché et vous ne savez pas comment agir ni quel type d’opérations il vaut mieux mener ? ?
Filkka Israel

Participez vous aussi au boycott mondial d’Israel et cessez immédiatement toute consommation de biens, produits ou fruits en provenance d’Israel, car le boycott est l’action qui va avoir le plus de conséquences au niveau de l’opinion et au niveau économique. Pour savoir quels sont les produits concernés, il suffit de regarder le code barre (qui commence par 729)..
Filkka Israel

La croissance israélienne est fondamentalement dépendante de ses exportations de produits agricoles et des investissements des firmes étrangères, ainsi que de la manne touristique (hotels, boites de nuits, clubs de vacances)..

Informez aussi un maximum de personnes, transférez-leur l’adresse de ce site et de cette page et si vous avez un site ou un blog, faîtes un lien vers cette page (ou dans votre signature sur les forums)..

L’ironie du sort, c’est qu’avec cette logique sécuritaire d’enfermement Israël est en train de creuser sa propre tombe sans aucun doute sur le long terme, l’histoire des colonisations nous l’a appris..

Renseignez-vous à propos de Filkka Israel.


Dhimmis du mois: Un autre chic tout en retenue (Dubai: Abaya chic, but no Jews, please, we’re Muslims)

21 février, 2009

Dubai banned (Sahar Pe'er)

Burberrey's burqa (Oslo, Norway, March 08)

MondinoAbayaNous ne souhaitons pas politiser le sport, mais nous devons être sensibles aux événements récents dans la région et ne pas aliéner ou mettre en danger les joueurs et les nombreux fans de tennis des différentes nationalités que nous avons ici aux EAU. Salah Tahlak (directeur du tournoi de Dubaï)
Chaque fois qu’une équipe ou un athlète d’un état voisin du Moyen-Orient refuse de rencontrer leurs homologues israéliens sur un terrain de jeu, les gens qui cautionnent l’événement… feignent d’en être choqués. Alors ils promettent que la prochaine fois ils mordront la main qui les nourrit. Pour faire finalement ce qu’ils font toujours: prendre l’argent et renvoyer les Israéliens à la niche. Jim Litke (Associated press)
Ce qui est véritablement regrettable, c’est que la WTA et les joueuses elles-mêmes n’ont pas mis leurs principe avant leur argent. Dubaï a en gros accroché un grand panneau `Interdit aux juifs sur son court central, mais personne ne s’en est apparemment assez senti gêné pour annuler le tournoi. Michael Freund (The Jerusalem Post)
La lapidation est une nécessité pour conserver la sanctification de la famille. Zahra Shojaii (responsable de la question féminine juillet 2002)
La burkha est la garde-robe favorite de beaucoup de femmes musulmanes. ABC news (mars 2008)
En dépit de l’opacité du vêtement, on sentait l’harmonie du corps et sa jeunesse. (…) Entre notre pseudo-liberté sexuelle et la nudité trop galvaudée dans nos sociétés, peut-être un autre chic tout en retenue se dessinait-il là? Jean-Baptiste Mondino (juin 2008)
Les femmes ont le droit d’être sexy si c’est pour la seule satisfaction de leur mari. Le plaisir sexuel est bien vu, il n’y a pas de pudibonderie. Avoir des enfants est loin d’être le seul but des relations sexuelles. Elles apprécient les fragrances très lourdes. et aiment s’en mettre dans les cheveux. Elles font aussi brûler des essences avec du petit charbon dans des brûle-parfum qu’elles font glisser sous leur robe pour imprégner le corps et chasser le mauvais oeil. Philippe (connaisseur de la région, cité par Libération)
Et une styliste d’origine anglo-pakistanaise installée depuis cinq ans dans la ville, Hamra Alam, rappelle, par ses collections, que le voile, avant d’être la manifestation d’une expression religieuse, est un instrument de beauté et de séduction. Cécile Daumas (Libération, juin 2008)

Bienvenue au pays du voile intégral signé Tom Ford ou Jil Sander! (Mais pas de juifs, s’il vous plait, on est musulmans)

A l’heure où la nouvelle mecque des « quartiers fantômes » , « étrangers menacés de prison pour dettes » et « voitures abandonnées sur le parking de l’aéroport » vient (avec la WTA, Sony Ericsso, Barclays et les autres joueuses) de pousser la sollicitude jusqu’à interdire, “pour sa propre sécurité”, son tournoi à une joueuse de tennis israélienne

Et où notre dhimmi en chef y passe quasiment tous ses weekends …

Pendant qu’en Amérique même le patron d’origine pakistanaise d’une chaine de télé islamique crée au lendemain des attentats du 11/9 pour « donner une autre image de l’Islam » vient de pousser la passion amoureuse jusqu’à la décapitation de sa 3e femme

Retour, après le burkha show d’Oslo du printemps dernier, sur le cri du cœur du photographe de mode Jean-Baptiste Mondino dans Libération du 9 juin dernier (un publi-reportage-photo en fait dans leur supplément mode décalée) s’extasiant sur cet « autre chic tout en retenue qui se dessine là »

Féminité (dé)voilée
Cécile Daumas
Libération
7 juin 2008

«Derrière l’opacité du vêtement, on sentait l’harmonie du corps» Quel rapport les femmes voilées, cachées en public et plus libres dans l’intimité, entretiennent-elles avec les signes extérieurs de la féminité ? Décryptage.

C’est l’histoire d’un regard éclair posé sur deux femmes dans un aéroport de la péninsule arabique. En transit à Doha au Qatar, le photographe de mode Jean-Baptiste Mondino tombe en arrêt devant deux silhouettes totalement masquées par une abaya, ce vêtement qui ne laisse entrevoir que le regard des femmes. « J’ai vu ces deux filles habillées de noir, portant sac et chaussures haute couture, et je les ai trouvées extrêmement élégantes. Pour la première fois de ma vie, je les ai regardées autrement et j’ai apprécié leur beauté. » Le trouble naît. « Comment pouvais-je considérer comme attirante cette image passablement effrayante de femmes qui ne semblent pas libres et dont le corps est enfermé ? » Malgré tout, la confusion persiste. « Accompagnées d’un jeune homme habillé de blanc, elles riaient et semblaient joyeuses. En dépit de l’opacité du vêtement, on sentait l’harmonie du corps et sa jeunesse. J’imaginais beaucoup de choses. » Dans l’aéroport bondé de touristes en short et baskets, elles sont les plus stylées. « Leur vêtement était parfaitement coupé, rappelant une élégance Saint Laurent. Entre notre pseudo-liberté sexuelle et la nudité trop galvaudée dans nos sociétés, peut-être un autre chic tout en retenue se dessinait-il là ? Mon regard se faisait moins machiavélique. »

Habit officiel.

La série photos que Jean-Baptiste Mondino a signée retranscrit ce trouble. Il ne s’agit pas d’affirmer que l’allure de demain passera par l’abaya ni de cautionner la situation des femmes dans cette région du monde. Mais simplement de constater que l’élégance s’exprime différemment, même a contrario des habituelles icônes de la femme libérée. Vue d’Europe, l’abaya, cette longue robe noire qui dissimule les corps féminins, semble dupliquée à l’identique. Sans forme ni fantaisie, elle est l’habit officiel des femmes des pays du Golfe. En fait, elle se porte de multiples façons. Les femmes les plus modestes se contentent d’une version en tissu synthétique, les coquettes adoptent l’abaya dite « française », celle qui prend légèrement la taille et souligne davantage la silhouette au grand dam des religieux les plus intransigeants. Les plus riches optent pour les modèles brodés, avec papillons et discrets dragons. Certains magasins de luxe, comme la Villa Moda à Koweit City, proposent des abayas signées Tom Ford ou Jil Sander.

Autre variante qui plaît en ce moment : les manches kimono soulignées de soie et incrustées de cristaux Swarovski. Outre la qualité de l’abaya, les riches Saoudiennes ou Koweïtiennes jouent volontiers de la chaussure ou du sac siglés pour se distinguer. Coiffeur de têtes couronnées, Philippe (1) fait régulièrement le voyage dans la péninsule arabique : « Les femmes que je coiffe aiment beaucoup la mode, les bijoux, les parfums. Elles sont très féminines, recherchent l’accessoire indispensable de la saison. Elles se tiennent au courant en regardant Fashion TV via le satellite ou bien sont conseillées par des assistantes libanaises très coquettes. Elles aiment Vuitton et Chanel, elles sont folles de Dior. Elles apprécient aussi Jean Paul Gaultier. Lors du dernier mariage auquel j’ai assisté, la mariée était habillée par le créateur français. »

En Arabie Saoudite, impossible pour une femme de sortir dans la rue sans revêtir l’abaya. Mais à la maison, elle s’habille le plus souvent à l’occidentale et sans voile. « Quand les princesses me reçoivent chez elles, explique Philippe le coiffeur, elles sont en tailleur ou en pantalon mais ont toujours les bras couverts et n’ont jamais de décolleté. A Paris, elles se font faire des jupes en deux longueurs : une aux genoux pour les voyages en Europe et une autre longue jusqu’aux pieds pour leur pays. » A l’aéroport, elles montent voilées dans l’avion et ressortent en tailleurs et talons à l’atterrissage. Elles ont appris à se changer dans les toilettes.

Lingerie.

Les jeunes générations, elles, n’hésitent pas à porter sous l’abaya, jean moulant et top à bretelles. Autre engouement que laisse peu présager l’uniforme noir : la lingerie. Les grandes marques font de belles affaires dans les centres commerciaux, un des seuls lieux de divertissement autorisés. « Les femmes ont le droit d’être sexy si c’est pour la seule satisfaction de leur mari, explique un connaisseur de la région. Le plaisir sexuel est bien vu, il n’y a pas de pudibonderie. Avoir des enfants est loin d’être le seul but des relations sexuelles. » D’où l’importance de revêtir une dentelle avenante ou de se parfumer le corps. « Elles apprécient les fragrances très lourdes, constate Philippe, et aiment s’en mettre dans les cheveux. Elles font aussi brûler des essences avec du petit charbon dans des brûle-parfum qu’elles font glisser sous leur robe pour imprégner le corps et chasser le mauvais oeil. »

Avec le doublement du cours du baril de pétrole en un an, les maisons de luxe bénéficient d’un gisement immédiat de clientèle encore plus fortunée dans les pays du Golfe. Pour la première fois cette année, Abou Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, a organisé une fashion week. En mars, des mannequins voilés ont défilé sur les podiums. La créatrice d’origine afghane Rabia Z. a imaginé une ligne mêlant streetwear et habit traditionnel. La Saoudienne Amina Al Jassim s’est inspirée des tenues d’apparat pour livrer des abayas surbrodées et chargées de bijoux. Mais la tradition était aussi bousculée par la présentation de tuniques et de robes légères dévoilant les corps. Et la présence de marques étrangères comme Missoni ou Pucci. A Dubaï, la fashion week, existe, elle, depuis un an. Et une styliste d’origine anglo-pakistanaise installée depuis cinq ans dans la ville, Hamra Alam, rappelle, par ses collections, que le voile, avant d’être la manifestation d’une expression religieuse, est un instrument de beauté et de séduction. Chez la jeune créatrice, la sombre abaya devient un long manteau à capuche ouvrant largement sur un jean usé ou une robe ultracourte et colorée. Hors des maisons, jolies jambes et nombrils se laissent voir le temps d’un défilé. (1) Le prénom a été changé.

Voir aussi:

Dubai Double Fault
A cosmopolitan city, unless you’re Jewish.
February 18, 2009

Praise Dubai. The Arab city-state, once fabled for its real-estate extravaganzas (and now for its extravagant debts), claims to be so concerned for the personal security of an Israeli tennis player that it is refusing her a visa to play in a championship tournament. Maybe next time the emirate will generously extend this security guarantee to all Israeli citizens.

Oh, wait: Dubai already forbids Israeli passport holders from setting foot on its soil. Which gives the lie to the emirate’s excuse for excluding Israel’s Shahar Pe’er, currently ranked 45 in the world, from competing in next week’s Barclay’s Dubai Tennis Championships. In another twist, the tournament’s director added that Ms. Pe’er’s presence on the court might have « antagonized our fans. » We used to feel that way about John McEnroe, but that didn’t stop us from watching.

Happily, the Lords of Tennis seem to be having none of it. Larry Scott, chief executive of the World Tennis Association, plans to weigh sanctions against Dubai, including excluding it altogether from its tournament calendar. And Ken Solomon of the American Tennis Channel has decided not to televise the games. « Sports are about merit, absent of background, class, race, creed, color or religion, » he told the New York Times. « This is an easy decision to come by, based on what is right and wrong. »

Just so. Meantime, Dubai may wish to reconsider not only Ms. Pe’er’s visa, but its attitude generally toward Israel. A city-state that fancies itself a global mecca for commerce, sport and recreation ought to be able to handle a few Jews in its cosmopolitan midst.

Voir enfin:

Fans boycott feared if Peer had played in Dubai
Feb 17, 2009
Reuters
Barry Wood

DUBAI (Reuters) – Local tennis fans would have boycotted the Dubai women’s championships if Israeli player Shahar Peer had been allowed to compete this week, organisers said on Tuesday.

The United Arab Emirates (UAE), which has no diplomatic links with Israel, denied Peer a visa for the WTA tournament.

« Public sentiment remains high in the Middle East and it is believed that Ms Peer’s presence would have antagonised our fans who have watched live television coverage of recent attacks in Gaza, » a statement read by tournament director Salah Tahlak said.

« Ms Peer personally witnessed protests against her at another tournament in New Zealand only a few weeks ago.

« Concern was raised about her well being and her presence triggering similar protests. Given public sentiment, the entire tournament could have been boycotted by protesters.

« We do not wish to politicise sports, but we have to be sensitive to recent events in the region and not alienate or put at risk the players and the many tennis fans of different nationalities that we have here in the UAE. »

The three-week Israeli offensive against the Gaza Strip, which killed 1,300 Palestinians and 14 Israelis, caused deep anger around the Arab and Muslim worlds. It ended in January.

The refusal to issue a visa to Peer violates WTA Tour rules, which state that any player should be able to compete where she wishes if she has the required ranking.

A WTA board meeting in Indian Wells next month will discuss the tournament’s future.

Peer backed the WTA’s decision to allow the tournament to be staged this week.

DIFFICULT MOMENT

« While this is a very difficult moment for me personally and professionally, and the fact that the visa denial was issued at the last moment, I firmly believe that my fellow competitors should not be harmed the way I was, » Peer said in a statement.

« They were in or on their way to Dubai and denying them the right to play in this year’s tournament at the last moment would not make the wrong right.

« It troubles me greatly that my doubles partner Anna-Lena Groenefeld from Germany will not be able to compete as we had planned.

« Going forward, I am confident that the Tour will take appropriate actions to ensure that this injustice is not allowed to occur in the future, and that the Tour will make sure I will not be further harmed in the short and long term.

« There should be no place for politics or discrimination in professional tennis or indeed any sport. »

The episode could be replicated next week since Israel’s doubles specialist Andy Ram has applied for a visa to compete in the men’s Dubai tournament starting on Monday.

The ATP said it would review the status of the event once Ram is notified about his application.

« We are still waiting an official decision on Andy Ram’s visa application, » an ATP spokesman said.

« Clearly this is an opportunity for the UAE to make the right decision. »

Voir également:

Dubai’s kind of sport: kick Israelis down the road
Jim Litke
The Associated Press
International Herald Tribune
February 17, 2009

Every time a team or athlete from a neighboring Middle East state refuses to meet their Israeli counterparts on a playing field, the people who sanction the event °X insert the name of just about any international sporting federation here °X pretend to be shocked.

Then they promise the next time it happens, they’ll bite the hand that feeds them.

Then they do what they always do: take the money and kick the Israelis down the road. The end game, apparently, turns on whether they run out of real estate or courage first.

The latest refusal came when the United Arab Emirates declined a visa request from Israeli Shahar Peer on the eve of the Dubai Tennis Championships, a tournament for which she qualified as the 48th-ranked player in the world.

The event is effectively sponsored and run by the Dubai government, and when he was there almost exactly a year ago, WTA Tour chairman Larry Scott insisted he « made it clear to the authorities, the representatives of the government » that if Shahar qualified, she must be allowed to play.

« They had a year to work on it and solve it, » he said Monday. « We’ve spent time through the year discussing it. We were given assurances that it had gone to the highest levels of government. I was optimistic they would solve it. »

They didn’t.

A brief statement from the tournament organizer, Dubai Duty Free, confirmed the visa rejection, but offered no explanation beyond a reference to « events witnessed in the region » °X presumably last month’s war between Israel and Islamic militants in Gaza.

Scott said fellow players were unanimous in supporting Peer’s right to play, and that the decision to stage the event without her °X as well as the Tennis Channel, which canceled plans to televise the championships in protest °X was made in consultation with the 21-year-old Israeli.

He also said the WTA would consider sanctions afterward, including whether to scratch the tournament from its calendar.

« I don’t want to get ahead of our board, » Scott said, « but I’m pretty sure the conversation will start with, ‘This can’t happen again.' »

We’ll see.

Last month, an Israeli basketball team fled to the locker room before a European Cup game in Ankara, Turkey, when hundreds of fist-pumping fans, some waving Palestinian flags and chanting « God is great! » advanced on the court and scuffled with police. After two hours in hiding, a shaken Bnei Hasharon team refused assurances the arena was safe and ducked out of the country at 3 a.m. under heavy security. Days later, host Turk Telecom was awarded a 20-0 win by forfeit.

At the Beijing Olympics, Iranian swimmer Mohammad Alirezaei withdrew from a 100-meter breaststroke heat rather than race Tom Beeri of Israel. Iran wasn’t even warned by the International Olympic Committee, maybe because four years earlier, its flagbearer at the Athens Games, who happened to be the reigning world judo champion, pulled out of the games rather than face an Israeli opponent.

In May, 2003, a Saudi table tennis player forfeited his match against an Israeli at the world championships in Paris, was suspended for the season and returned home to a hero’s welcome.

A month later, a Saudi Arabian soccer team refused to play Israel at the Special Olympics in Ireland. A spokesman for the organizers told the Irish Times the next team that skipped a match « for political or whatever reasons, they will forfeit that game. » Instead of punishing the Saudis, though, the hosts simply shuffled Israel into another « ability group. »

There’s neither time nor space to argue the Israeli-Palestinian issue here. Nor even whether sports and politics should mix; they always have, and likely always will.

But protests are one thing and boycotts another.

It’s why the Israelis have been scrambling for years to find people willing to play and places that will play host to them. Their national and club soccer and basketball teams once had to travel to Australia, New Zealand and Fiji to get games. Since the early 1990s, they’ve been forced to compete in tougher European competitions to qualify for continental and international tournaments. With opponents citing security concerns in recent years, they rarely get to play at home.

Even so, anti-Israeli demonstrators are racheting up both the volume and the menace, recalling the success of a similar campaign against South Africa decades ago.

« It’s not the same thing, » said Richard Lapchick, who is director of the Institute for Diversity and Ethics and Sports at the University of Central Florida and was a leading American figure in the sporting boycott against South Africa.

« I could go into all the differences, but two stand out: There was unanimity to take action against South Africa, which isn’t the case here. And even so, we made a point not to target individual athletes. That’s terribly unfair.

« But it will probably continue unless a few federations and some players show the guts to stand alongside her (Peer). I think the Americans, » Lapchick added, « would be a good place to start. »

Venus Williams has already done just that, as well as plenty of Peer’s other peers, among them Amelie Mauresmo of France and Elena Dementieva of Russia. Scott acknowledged the WTA could have forced the issue in Dubai, but he considered the time frame °X and no doubt, the cash that would be lost °X and put off any decisive action until the next board meeting at the earliest.

Money talks and the UAE has been throwing around petrodollars in recent years to lure world-class runners, golfers, racecar drivers and thoroughbreds to the desert, hoping to transform Dubai into a business and sports destination.

But the longer it gets away with doing business as usual, with the usual partners, the more it emboldens every other nation with sports teams and a grudge.

When asked during a phone call Monday night whether he viewed the situation in Dubai as a burden or an opportunity, Scott didn’t sound like a man in the mood for a fight.

« At the moment, » he said, « it’s just a very regrettable situation. I’ve already heard from a number of our partners, sponsors and other stakeholders. They’re all outraged. Tennis is the leading global sport for women, and we saw this as a broader story about how sport helps open up a region, breaks down stigmas and misconceptions.

« Considering what’s happened, it’s a major step backward already. Worse, » he added wearily, « it’s hard to see what good, if any, can come of this in the long run. »

___

Jim Litke is a national sports columnist for The Associated Press.

Voir enfin:

‘No Jews Allowed’
Michael Freund
The Jerusalem Post
Feb. 17, 2009

The normally staid world of professional tennis became the latest battleground in the Arab-Israeli conflict this week after the United Arab Emirates decided to bar Israel’s Shahar Pe’er from taking part in the Dubai Championships.

Peer, who is ranked 45th in the world, was scheduled to go up against Russian player Anna Chakvetadze on Monday in the first round of the prestigious $2 million tournament, which regularly attracts most of the sport’s top-seeded players.

But much to the chagrin of sports fans everywhere, Peer was denied an entry visa by Dubai’s ruling sheikhs, presumably because of her country of origin.

« I don’t know exactly why, but I can assume that it is because she is Israeli and not because she has brown eyes, » her brother and manager Shlomi Pe’er wryly noted.

Unfortunately, this unsportsmanlike decision prompted an equally unseemly reaction from the Women’s Tennis Association (WTA), the governing body of women’s professional tennis.

Instead of standing up to Dubai’s apartheid-style restrictions, the WTA chose to surrender to them.

While acknowledging that association rules forbid a host country from denying a player the right to compete, WTA Chairman Larry Scott nonetheless consented to allow the games to go on.

Labeling Dubai’s decision « regrettable », Scott issued a tepid statement to the media, whimpering that, « The Tour is reviewing appropriate remedies for Ms. Peer and also will review appropriate future actions with regard to the future of the Dubai tournament. » We all know what that means: not very much.

Indeed, what is truly « regrettable » is that both the WTA and the players themselves did not put principle before prize money. Dubai essentially hung a large « No Jews Allowed » sign over center court, but that didn’t seem to bother anyone enough to cancel the tournament.

As criticism mounted over the decision, Scott changed his tone somewhat, telling the Associated Press that the WTA will consider « what types of sanctions are going to be deemed to be appropriate in light of what has happened, including whether or not the tournament has a slot on the calendar next year. » This, he added, could mean its future cancellation. But it’s a shame he didn’t take that step this time around, in order to send a clear-cut message to Dubai that their actions are unacceptable.

Not surprisingly, the contretemps over Peer’s visa has triggered a lot of predictable public hand-wringing about the need to keep politics and sports apart. Said tennis superstar Venus Williams, « All the players support Shahar. We are all athletes, and we stand for tennis. » That is a noble sentiment, but it misses the point.

Dubai’s unsavory decision to block an Israeli tennis player is far more than just an issue of mixing politics with sports. The fact is that it is symptomatic of a larger problem, which is much of the Arab world’s lingering hatred and rejection of Israel.

It underlines the extent to which numerous Arab states seek to undermine Israel’s legitimacy and existence by negating any contact – even across a tennis net! – with the Jewish state.

WHILE MUCH has been written in recent years about the waning of the once-potent Arab economic and trade embargo against Israel, the Dubai debacle is a compelling reminder that the boycott is still very much a factor.

Just two months ago, as required by law, the US Treasury Department published its quarterly list of countries that actively enforce the Arab boycott against Israel. The inventory included eight Arab regimes: Kuwait, Lebanon, Libya, Qatar, Saudi Arabia, Syria, the United Arab Emirates and Yemen.

A ninth country, Iraq, was said to be « under review by the Department of the Treasury » with regard to its anti-Israel practices.

While the situation is clearly better than it was, say, three decades ago, when virtually the entire Arab world was off-limits to Israelis, no one should fool themselves into thinking that the boycott is entirely a thing of the past.

Sure, countries such as Egypt and Jordan ceased applying it after signing peace treaties with Israel, while others, such as Mauritania, Morocco and Tunisia do not enforce it.

But the boycott might just be making a bit of a comeback. In November of last year, Bahrain’s parliament began pressing the Gulf Arab emirate’s government to reopen the country’s Israel Boycott Office, which was closed two years ago under pressure from Washington.

And in October 2008, Damascus hosted representatives of 14 Arab states at a three-day conference aimed at reinvigorating the embargo on Israel. Speakers at the conference spoke of the boycott’s importance as a means of pressuring the Jewish state and called on their fellow members of the Arab League to intensify its enforcement.

In the keynote address to the gathering, Muhammad al-Tayyeb Busala’a, who serves as commissioner general of the Arab League’s Central Bureau for the Boycott of Israel, said the trade embargo is vital in order « to challenge the legitimacy of Israel’s existence. » These sentiments appear to have picked up steam in the wake of Israel’s counter-terror operation in Gaza, which sparked renewed calls in various Arab countries to boycott the Jewish state.

IT IS therefore essential that the Obama Administration make this issue more of a diplomatic priority, and soon, particularly as it seeks to « reach out » to the Muslim world.

At the same time that Washington is looking to foster more engagement with Arab regimes, it cannot and should not countenance their ongoing disengagement from contact with Israel.

And yet, thus far, neither President Barack Obama nor Secretary of State Hillary Clinton have uttered a word about the Arab boycott, nor has special Middle East envoy George Mitchell. It is as if it doesn’t exist on their radar screens.

In light of Shahar Pe’er’s latest scrape with Dubai’s outrageous policies, now would be a good time for them to break their silence.


Diplomatie: Retour sur le mythe de Camp David (How Sadat saved Carter from himself)

20 février, 2009

Il est impératif que la communauté arabe en général et tous les groupes palestiniens significatifs disent clairement qu’ils arrêteront les attentats-suicide et tous autres actes de terrorisme quand les lois internationales et les objectifs ultimes de la Feuille de Route pour la paix seront acceptés par Israël. Jimmy Carter

La véritable histoire de Camp David est celle de deux ironies. La première est que, loin d’être le symbole d’une politique extérieure plus modeste, Camp David s’est reposé sur une affirmation unilatéraliste de puissance américaine. Ronald Reagan et George W. Bush seraient amèrement critiqués plus tard pour suivre cette stratégie des petits pas. La deuxième ironie est que si quelqu’un mérite le crédit pour Camp David, ce n’est pas Jimmy Carter mais Anwar Sadate. C’est Sadate qui est parvenu à sauver M. Carter de lui-même et révélé le vrai secret de la paix au Moyen-Orient : le problème palestinien n’est pas le point de départ mais l’échec assuré de toute stabilité dans la région. Arthur Herman

A l’heure où la nouvelle mecque du commerce, du sport et des loisirs de Dubaï vient de pousser la sollicitude jusqu’à interdire, « pour sa propre sécurité », son prochain tournoi à une joueuse de tennis israélienne …

Et on où, avec l’arrivée à la Maison Blanche du nouveau messie de Chicago et de ses nombreux membres de l’ancienne Administration Carter, les pressions ont repris pour imposer enfin à Israël, après le prétendu désintérêt de l’Administration Bush, une « paix durable » au Moyen-Orient sur la base du plan de paix saoudien, c’est-à-dire le retour aux « frontières d’Auschwitz »

Retour sur un intéressant commentaire, dans le WSJ la semaine dernière, de l’historien conservateur américain Arthur Herman sur la méthode Carter et la réalité du mythe de Camp David.

Qui rappelle que, contrairement à ce que l’on croit souvent, c’est largement contre la volonté du confident dûment nobélisé de tant de grands démocrates de la région (d’Arafat aux chefs du Hamas ou du Hezbollah!) et auteur écouté d’ouvrages sur le prétendu « apartheid israélien d’un grand accord englobant tout le monde (Soviétiques) et tous les problèmes (Palestiniens, frontières) que fut signé le traité de paix égypto-israélien.

Autrement dit, qu’il s’agissait pour l’essentiel d’une initiative de Sadate et de la concrétisation de sa volonté (symbolisée par la visite historique de Jérusalem en novembre 77 qui lui coûta plus tard la vie) de reprendre un nouveau départ après la cinglante défaite que lui avait infligé Israël quatre ans plus tôt.

Et que ce n’est que contraint et forcé par le souci de son éventuelle réélection après sa longue série de revers en politique étrangère (Afghanistan, Nicaragua, Iran) que l’ex-président américain finit par renoncer à son insistance pour une prétendue « paix dans la justice » qui, pour ses ennemis d’alors comme de maintenant, ne pouvait signifier que le sacrifice de l’existence d’Israël …

Jimmy Carter and the Camp David Myth

It was only by putting aside the Palestinian issue that Mideast peace progress was made.
Arthur Herman
The WSJ
February 13, 2009

Will Jimmy Carter be President Barack Obama’s role model on how to bring peace to the Middle East?

Some, especially in Israel, view that prospect with apprehension. Others, like Ralph Nader, have greeted the possibility with enthusiasm, urging Mr. Obama to rely on Mr. Carter’s « wise and seasoned counsel » in dealings with the volatile region. After all, Mr. Carter is renowned as the master craftsman of the historic accord between Egypt’s Anwar Sadat and Israel’s Menachem Begin at Camp David in September 1978, which opened the way for a formal peace agreement three months later.

The myth of Camp David hangs heavy over American foreign policy, and it’s easy to see why. Of all the attempts to forge a Middle East peace, the 1978 treaty between Egypt and Israel has proved the most durable. Mr. Carter’s admirers extol Camp David as an example of how one man’s vision and negotiating skill brought former enemies together at the peace table, and as proof that a president can guide America toward a kinder, humbler foreign policy. Camp David was indeed Mr. Carter’s one major foreign policy accomplishment amid a string of disasters including the Soviet invasion of Afghanistan, the rise of the Sandinistas in Nicaragua, and Ayatollah Khomeini’s ascent in Iran.

But the truth about Camp David belies this myth. The truth is that Mr. Carter never wanted an Egyptian-Israeli agreement, fought hard against it, and only agreed to go along with the process when it became clear that the rest of his foreign policy was in a shambles and he desperately needed to log a success.

As presidential candidate, Jimmy Carter was sharply critical of the kind of step-by-step personal diplomacy which had been practiced by his predecessors Richard Nixon and Henry Kissinger. President Carter’s preferred Middle East policy was to insist on a comprehensive settlement among all concerned parties — including the Arab states’ leading patron, the Soviet Union — and to disparage Nixonian incrementalism.

Mr. Carter and his advisers all assumed that the key to peace in the region was to make Israel pull back to its pre-1967 borders and accept the principle of Palestinian self-determination in exchange for a guarantee of Israel’s security. Nothing less than a comprehensive settlement, it was argued, could ward off future wars — and there could be no agreement without the Soviets at the bargaining table. This was a policy that, if implemented, would have thrust the Cold War directly into the heart of Middle East politics. Nixon and Mr. Kissinger had strained to achieve the opposite.

Interestingly, the man who ultimately prevented this Carter-led calamity from unfolding was Egyptian President Anwar Sadat.

After the Yom Kippur War of 1973, Sadat decided that Egypt needed to start from scratch in its relationship with Israel. Sadat found natural allies in Nixon and Mr. Kissinger after throwing out his Soviet patrons in 1972. With American support, he came to a disengagement agreement with Israel in 1973, and again in 1975. The culmination of this process was Sadat’s historic trip to Jerusalem in November 1977, where he discussed a separate peace between Egypt and Israel, and forestalled Mr. Carter’s plan for a Geneva peace conference.

It was this trip — not Camp David — that marked the true seismic shift in Middle East relations since Israel’s founding. It came as an unwelcome surprise to the Carter foreign policy team, who still wanted their grandiose Geneva conference. In fact, for the better part of 1977, as Israel and Egypt negotiated, the White House persisted in acting as if nothing had happened. Even after Sadat’s trip to Jerusalem, Mr. Carter announced that « a separate peace agreement between Egypt and Israel is not desirable. »

But by the autumn of 1978, the rest of Mr. Carter’s foreign policy had crumbled. He had pushed through an unpopular giveaway of the Panama Canal, allowed the Sandinistas to take power in Nicaragua as proxies of Cuba, and stood by while chaos grew in the Shah’s Iran. Desperate for some kind of foreign policy success in order to bolster his chances for re-election in 1980, Mr. Carter finally decided to elbow his way into the game by setting up a meeting between Sadat and Begin at Camp David.

The rest of the story is now the stuff of legend: For 13 days Mr. Carter acted as the go-between for the two leaders. Yet for all their bluster and intransigence in public, Begin and Sadat were more than ready for a deal once they understood that the U.S. would do whatever was necessary to stop the Soviet Union and its Arab allies, such as the PLO, from derailing a peace. An agreement was hammered out for an Israeli withdrawal from the Sinai, coupled with vague language about Palestinian « autonomy. » The item Mr. Carter had really wanted on the agenda — a Palestinian state — was kept at arm’s length.

Camp David worked because it avoided all of Mr. Carter’s usual foreign policy mistakes, particularly his insistence on a comprehensive solution. Instead, Sadat and Begin pursued limited goals. The agreement stressed a step-by-step process instead of insisting on immediate dramatic results. It excluded noncooperative entities like Syria and the PLO, rather than trying to accommodate their demands. And for once, Mr. Carter chose to operate behind the scenes à la Mr. Kissinger, instead of waging a media war through public statements and gestures. (The press were barred from the Camp David proceedings).

Above all and most significantly, Camp David sought peace instead of « justice. » Liberals say there can be no peace without justice. But to many justice means the end of Israel or the creation of a separate Palestinian state. Sadat and Begin, in the teeth of Mr.Carter’s own instincts both then and now, established at Camp David a sounder principle for negotiating peace. The chaos and violence in today’s Gaza proves just how fatal trying to advance other formulations can be.

The true story of Camp David is one of two ironies. The first is that, far from being a symbol of a more modest foreign policy, Camp David rested on an assertion of go-it-alone American power. Both Ronald Reagan and George W. Bush would be bitterly criticized later for following this winning technique. The second irony is that if any one man deserves credit for Camp David, it is not Jimmy Carter but Anwar Sadat. It was Sadat who managed to save Mr. Carter from himself and revealed the true secret about forging peace in the Middle East: The Palestinian issue is the doom, not the starting point, for lasting stability in the region.

Mr. Herman is the author of « Gandhi and Churchill: The Epic Rivalry That Destroyed an Empire and Forged Our Age » (Bantam, 2008).


DOMTOM: Le spectre de mai 67 (Reaping what was sown on the old plantation)

19 février, 2009
Guadeloupe's 1967 riotsManifestement, on veut impliquer l’UPLG dans des actions terroristes et la faire passer pour une organisation terroriste, a-t-il déclaré. Nous serons amenés, dans ces conditions, à déclencher une série d’actions et une mobilisation de masse pour obliger le gouvernement de libérer Marie-Georges Michel sans condition. Cela pourra aller beaucoup plus loin que les barrages », a conclu M. Makouke, en faisant allusion aux journées d’émeute de juillet 1985. Le Monde du 06.02.87
Si quelqu’un blesse un membre du LKP ou un manifestant guadeloupéen, je ne réponds plus de rien. Elie Domota (porte-parole du LKP, directeur général adjoint de l’ANPE et secrétaire général de l’UGTG, premier syndicat de l’archipel, VO)
Ici, tout le monde est armé. La Guadeloupe a un taux d’homicides quatre fois plus élevé qu’une autre région française avec sa taille de population. Jean-Michel Prêtre (procureur local)
Il faut quand même voir que cette crise s’installe dans une situation sociale de familles antillaises dont le taux de monoparentalité est de 30 à 40% [contre 12% dans l’Hexagone]. Serge Romana (généticien)
Il est choquant de voir une force de police près de 100 pour cent blanche, face à une population noire. La jeunesse de Guadeloupe, c’est la jeunesse des banlieues. Il n’y a pas de constructions en béton, il y a des palmiers, mais c’est la même impasse, le même sentiment de pas d’avenir pour les jeunes, avec le chômage et le sentiment d’isolement. Malikh Boutih (leader de l’opposition socialiste)
Voitures incendiées, magasins pillés, rues désertes, routes barrées, barricades enflammées, touristes terrorisés, homicide …
.
A l’heure où les DOMTOM commencent à récolter, dans la violence, les fruits de décennies du clientélisme et de l’assistanat (20% de foyers fiscaux!) dont le délinquant multi-récidiviste qui a pendant 10 ans squatté l’Elysée s’était fait une spécialité …

Pendant que les uns soufflent sur les braises (les trotskos à la Besancenot ou Mélanchon ou même au PS toujours en quête, après Gaza, de leurs damnés de la terre) et d’autres, du côté des bonnes âmes, prônent la continuation de l’apaisement à tout prix et la culture de l’excuse

Laissant, dans les deux cas, la rue aux plus jeunes qui, manipulés par les enragés locaux, nous rejouent les scènes de guérilla urbaines apprises, depuis novembre 2005, sur les écrans de nos télés …

Retour (avec le notoirement très militant et donc nécessairement peu fiable site Bakchich) sur les tristement fameuses émeutes de mai 67 que tout le monde garde à l’esprit, certains comme menace à éviter, d’autres, les faits étant toujours plus de 40 ans après sujets à controverse, comme arme supplémentaire de chantage.

Qui avaient d’ailleurs probablement déjà servi de modèle à celles de juillet 1985 après l’évasion de quatre terroristes indépendantistes et la condamnation d’un militant indépendantiste qui avait blessé à coup de sabre un enseignant « métropolitain » qui avait donné un coup de pied à un lycéen guadeloupéen …

La Guadeloupe n’a pas oublié les événements de mai 67
Flash Back
Jean-Moïse Braitberg
Bakchich
17 février 2009

La crise qui secoue les Antilles ravive des plaies toujours pas cicatrisées. En mai 1967, 80 à 200 manifestants furent tués par la police française dans les rues de Pointe-à-Pitre. Souvenirs, souvenirs.

De 80 à 200 morts dans les rues de Pointe-à-Pitre. La Guadeloupe n’a pas oublié les événements de mai 67. L’une des revendications actuelles des grévistes de Guadeloupe est de demander une commission d’enquête indépendante sur les événements des 26 et 27 mai 1967 au cours desquels, en plein pouvoir gaulliste, de 80 à 200 manifestants furent tués par la police française dans les rues de Pointe-à-Pître. « Les gens ont encore peur quarante ans après. Ils voudraient être sûr qu’ils ne risquent rien à témoigner » explique le Dr Michel Numa, 76 ans, ancien militant indépendantiste qui était en prison à Paris au moment du massacre.

Tout avait débuté deux mois plus tôt. Le 20 mars 1967, à Basse-Terre, préfecture de l’île, un riche marchand « blanc pays », lance son chien sur un artisan noir. Révolté par cet acte digne de l’apartheid, le peuple de Basse-Terre laisse libre cours à la colère accumulée depuis longtemps. Durant trois jours, les 20, 21 et 22 mars 1967, Basse-Terre est en émeute. Dans un appel au calme, le préfet déclare comprendre la colère populaire et jure que cet acte raciste sera puni. Mais contrairement aux promesses, les émeutiers seront condamnés à de fortes peines de prison. Fin du 1er acte.

« Quand les nègres auront faim, ils reprendront leur travail »

Deux mois plus tard, à Pointe à Pitre, le 26 mai 1967, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, 5000 ouvriers du bâtiment sont en grève pour une augmentation de salaire de 2%. Le délégué patronal, un certain Brizard aurait lancé aux grévistes : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront leur travail ». Une manifestation s’organise. Face aux CRS rassemblés devant la chambre de commerce, les manifestants lancent des pierres et des bouteilles. La police tire immédiatement tuant Jacques Nestor, Militant du Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG). Selon Michel Numa, les ordres du préfet Bolotte, captés sur la fréquence de la préfecture disent aux officiers CRS : « Faites usage de toutes vos armes ».

Les deux jeunes ouvriers Taret et Tidas sont tués ainsi qu’un promeneur. La population et notamment les jeunes du lycée Baimbridge, révoltée, afflue le lendemain vers le centre de Pointe-à-Pitre. Des véhicules sont brûlés, les boutiques de la rue Frébault, principale rue commerçante de Pointe-à-pitre, sont incendiées et pillées. Plusieurs policiers sont blessés à coup de pierres et de sabre. Le bruit court qu’une armurerie a été dévalisée. Le préfet désarme les policiers noirs et fait appel à des gendarmes mobiles de Martinique et de France. Sous la direction du commissaire de police Canales et du capitaine CRS Rupin, policiers et « képis rouges » se livrent à la « chasse au nègre ». Arrêtés au hasard, des personnes sont exécutées dans les locaux de la gendarmerie de Morne Niquel. Des dizaines de personnes sont blessées, dont certaines mutilées à vie comme Solange Coudrieux. « On enjambait les cadavres dans la sous-préfecture », assure un témoin qui craint encore de donner son nom.

Le bilan de ces deux journées de répression n’est toujours pas connu car de nombreuses familles ont inhumé secrètement leurs défunts et caché leurs blessés de peur des représailles. La presse de métropole a parlé de « sept morts et certainement plus ». Le nombre exact s’approcherait vraisemblablement de 85 victimes. C’est le chiffre reconnu voici une vingtaine d’années par l’ancien ministre socialiste des DOM-TOM Georges Lemoine. Chez les Guadeloupéens on parle de 200 morts.

Vers une commission d’enquête ?

Le gouvernement français profita des événements pour liquider le mouvement nationaliste guadeloupéen incarné alors par le G.O.N.G. et l’Association générale des Etudiants guadeloupéens (A.G.E.G). De nombreux militants furent arrêtés. Certains, pris en flagrant délit, furent condamnés à de lourdes peines de prison ferme. Vingt-cinq autres, accusés d’avoir participé aux manifestations, furent incarcérés à Basse-Terre et seront jugés en avril 68. Enfin, Vingt-cinq militants Guadeloupéens, dont Michel Numa furent enfermés à la prison de la Santé, accusés d’atteinte à l’intégrité du territoire.

Pour les Guadeloupéens, le travail de mémoire n’a pas été fait. Chaque année, les 26 et 27 mai, les militants qui se souviennent se rendent à la préfecture pour demander la création d’une commission d’enquête, pendant que les élus guadeloupéens observent un silence remarqué. Il est vrai qu’à l’époque, ils avaient signé un texte rendant les manifestants responsables du massacre.

Il a fallu trente ans pour que l’on reconnaisse le massacre des Algériens jetés à la Seine par la police de Maurice Papon le 17 octobre 1961. Le préfet Bolotte, comme par un fait du sort, est mort le 27 mai 2008. Combien de temps faudra-t-il encore pour que justice soit rendue, même symboliquement aux victimes noires des événements de mai 67 ?

http://www.atout-guadeloupe.com/Emeutes-du-25-26-27-mai-1967-en-Guadeloupe_a776.html

Emeutes du 25-26-27 mai 1967 en Guadeloupe
Une page blanche de l’histoire Guadeloupéenne tente d’être écrit par son peuple

1997, la Guadeloupe se rappelle de ce qui s’est passé 30 ans plus tôt dans ses rues et dans son coeur.
2007, 40 ans aprés les faits, la mémoire se ravive, les historiens sont médiatisés, le voile se lève petit à petit sur ce qui serra un

mai 2007

C’est avec la manifestation du 1er mai dernier que s’est ouvert un mois de commémoration des évènements qui se sont déroulés en amont et tout au long du mois de mai 1967 en Guadeloupe. Les neuf organisations syndicales alors réunies à Capesterre Belle-Eau (sud Basse-Terre) demandent, 40 ans après, « la vérité sur le massacre de mai 1967 ». Une série de débats et de réflexions est par ailleurs prévue tout au long de ce mois de mai 2007.

Plus que la fête du travail, le 1er mai dernier lançait un mois de commémoration des évènements qui se produit en mai 67 en Guadeloupe. L’UGTG, l’union générale des travailleurs guadeloupéens, soutenue par la CGTG, FO et cinq autres organisations syndicales, décidait, de demander la vérité sur les évènements de Pointe-à-Pitre. Tandis que quelques semaines auparavant, le mouvement culturel Voukoum, plus connu pour son activité carnavalesque organisait un moment de réflexion sur les évènements de Basse-Terre. An tout sòs concept a proposé, samedi 5 mai, Mé, mwa pou sav’ – Mémwa pou sav’ (Mai, mois pour savoir, Mémoire pour savoir ). Une soirée en hommage aux évènements « qui marquèrent cette période de notre histoire il y a tout juste 40 ans ». La jeunesse locale en quête de son histoire ? « «Mé, mwa pou sav’, Mémwa pou sav’» est un concept visant à promouvoir et à diffuser l’histoire de la Caraïbe à travers la création de supports et la mise en place de manifestations à destination du grand public. Mé mwa pou sav’, Mémwa pou sav’ 2007 sera l’occasion d’ouvrir une page de notre histoire avec les rencontres Lékòl òbò kaz fondées sur le principe de l’université de la rue, l’institution du savoir populaire: «La cour (Lakou)» » expliquent les organisatrices, Kareen Fleming et Myriam Badia.

Retour se les évenements de mai 1967
En mai 67, en Guadeloupe, les revendications syndicales se sont mêlées aux revendications politiques pour entraîner une série d’évènements souvent sanglants.

Quelques années après l’indépendance de l’Algérie (1962), un peu plus de dix ans après l’indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique noires ( fin des années cinquante-début des années 60) , une vingtaine d’années après la départementalisation de la Guadeloupe jusque là colonie française, plusieurs années avant la fin des guerre de décolonisations de l’Afrique noire portugaise ( Mozambique, Angola) et en pleine mouvance indépendantiste, les ouvriers guadeloupéens demandent une augmentation salariale de 2,5%.
Les négociations échouent et débouchent sur un mouvement de révolte qui entraîne les mêmes devant les portes de la chambre du commerce et de l’industrie de Pointe-à-Pitre les 26 et 27 mai.
Les forces de l’ordre appelées sur les lieux tirent. L’une des premières victimes fut Jacques Nestor, militant du GONG (groupement d’organisations nationalistes de la Guadeloupe), très populaire à Pointe-à-Pitre. Rapidement, les affrontements s’étendent à toute la ville. Les jours qui suivirent donnent lieu à une vague d’arrestations, notamment parmi les militants du GONG qui sont emprisonnés, inculpés, et envoyés en métropole pour atteinte à l’intégrité du territoire national.

Le nombres de victimes reste, jusqu’à nos jours, sujet à caution. On parle en effet dans les jours qui suivent de cinq morts. En 1985, suite aux nombreuses interpellations du gouvernement, les chiffres officiels font état de 87 morts. Le 1er mai de la même année, plusieurs jeunes et travailleurs venus manifester à Capesterre Belle-Eau sont interpellés.

Le 22 mars, une émeute raciale éclatait dans les rues de Basse-Terre. Le procès qui s’ensuivit, du 19 février au 1er mars 1968, mettant en accusation dix-huit personnes. Un ouvrage intitulé « Le procès des Guadeloupéens » paru en 2003, retranscrit l’ensemble de l’affaire.

Les guadeloupéens n’ont pas accés aux documents de l’époque classés secret défense pendant encore 10 ans (1967-2017), pourquoi ?
Parce que des politiciens qui ont permit ce massacre sont encore vivants ! (rechercher par exemple dans les conseillers du gouvernement français de l’époque, un guadeloupéen connu apparaitra, entre autre ! )

On ne connait pas le nombre de morts de cette émeutes, pourquoi ?
Parce qu’il s’agissait d’un massacre, un carton de légionnaires furieux de ne pas prendre l’avion à 18 heures puisque réquisitionnés à 17 h 00 aprés l’annonce de la mort de Nestor. Parce que, comme en algérie, la politique a protégé ce massacre !

Refusons l’oubli, écrivons sur cette période ce que nous savons, les vérités historiques doivent être sus non pour renforcer une révolte trans-atlantique pour pour faire un travail de mémoire, casser la machine de l’oubli en place en Guadeloupe et en Métropole et pour se souvenir des morts.

Voir aussi:

La Guadeloupe sur un volcan
Pierre-Yves Lautrou, avec Hervé Pédurand (à Pointe-à-Pitre)
le 18/02/2009

La crise que traverse l’archipel se teinte de violence. Aux inégalités s’ajoute le malaise hérité d’une histoire, celle de l’esclavage, et d’un rapport de dépendance avec la métropole.

Les nuits tropicales sont toujours douces. Même en Guadeloupe, après un mois de grève générale. Mais celle-ci s’annonce plus chaude que les autres. Ce lundi 16 février au soir, après une journée marquée par quelques escarmouches et l’arrestation de plusieurs militants -relâchés dans l’après-midi- du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), le « collectif contre l’exploitation outrancière » de 49 organisations qui mène le mouvement, les rues de Pointe-à-Pitre et des environs se couvrent de dizaines de barrages, auxquels de jeunes casseurs mettent le feu. Plusieurs voitures et camionnettes subissent le même sort. Impossible de sortir de Gosier, où les gendarmes mobiles, lourdement équipés, tentent de dégager le passage. A Carénage, le hangar de Captain Nautic brûle dans la nuit, et les bateaux qui y étaient stockés, avec… Après cinq semaines de grève relativement paisible, la Guadeloupe semble reprise par ses vieux démons.

Trois jours plus tôt, l’ambiance était bien différente au Moule, une petite ville de 18 000 habitants, au nord-est de la Guadeloupe. Ce jour-là, le LKP célèbre le souvenir des quatre victimes du 14 février 1952, où une manifestation avait été sévèrement réprimée. Plusieurs milliers de personnes défilent en famille, dans une ambiance festive. Le soir venu, dans la douceur d’un alizé finissant, au pied de la scène du meeting où se succèdent les leaders du LKP, un vieil homme enchaîne les interviews. Assis sur un petit banc de pierre, ses deux béquilles posées contre lui, Solange Coudrieux, 72 ans, raconte son histoire en boucle aux journalistes.

Celle d’un jeune prof de gym promis à l’Insep, qui, un jour de la fin mai 1967, alors qu’il manifeste à Pointe-à-Pitre, est fauché par une balle. « Dans la jambe droite, comme plusieurs autres victimes, explique-t-il, le visage éclairé dans la nuit par les projecteurs des caméras. Celle qu’on coupait aux esclaves qui avaient cherché à s’échapper. » Ce jour-là, la police avait reçu l’ordre de tirer. On relèvera, selon les organisateurs, 85 victimes. Quarante ans après, Solange est apaisé. A ceux qui viennent respectueusement le saluer, le vieil homme répète: « J’ai le coeur arraché. » Et l’on comprend qu’il évoque son émotion de voir la Guadeloupe vivre des événements que tous, du syndicaliste du LKP au fonctionnaire haut placé venu de métropole, qualifient « d’historiques ».

Depuis le 20 janvier, donc, la Guadeloupe vit au ralenti. Dans les rues désertes et défoncées de Pointe-à-Pitre, les ordures et les restes calcinés des barrages s’accumulent. Au Gosier, les rares hôtels encore ouverts accueillent les derniers touristes que les agences de voyages n’ont pas découragés. Ceux qui ont réussi à franchir les obstacles jetés sur la chaussée pour venir à l’aéroport et logent au luxueux Creole Beach se rendent à peine compte que des gendarmes mobiles envoyés en renfort de l’Hexagone dînent discrètement dans une salle à l’écart.

A de rares exceptions près, grandes surfaces et boutiques gardent leurs rideaux baissés; écoles et université n’accueillent plus d’élèves depuis un mois. Chaque jour, ou presque, le LKP organise des « déboulés », durant lesquels les manifestants réclament, dans une ambiance festive, les désormais fameux 200 euros d’augmentation pour les bas salaires, dernière des 132 revendications du collectif encore insatisfaite.

Mais, dans cet archipel à la tradition rebelle, où le dialogue social s’est longtemps résumé à la castagne, ce mouvement-là va bien plus loin que d’habitude. « Ça n’est pas qu’un simple conflit opposant salariés et patron, précise Vincent Tacita, jeune entrepreneur insulaire à la tête d’une société de sondages. C’est une révolution sociétale. » Voilà, c’est dit: la Guadeloupe vit une crise d’identité profonde, où, dans une sorte de catharsis générale, tout est mis sur la table.

A commencer par les frustrations du présent. Les inégalités d’une société à deux vitesses, qui compte 23% de chômeurs et 30 000 RMIstes (pour 460 000 habitants), cohabitant avec des fonctionnaires payés 40% de plus qu’en métropole. Un équilibre fragile, jusqu’ici sauvé par le travail au noir, qui permettait aux « jobeurs » de survivre au jour le jour. « Mais le secteur du BTP, principal pourvoyeur de l’économie informelle, a commencé à souffrir dès l’été dernier », analyse un expert économique local. Ajoutez-y un regain de l’inflation, qui touche surtout le carburant et les produits de première nécessité, et l’exaspération des plus pauvres est arrivée à son paroxysme cet hiver.

Les « métros » trustent les postes de cadres

Une exaspération qui vise, au premier chef, les « profiteurs », identifiés aux descendants des colons blancs des Antilles -békés martiniquais, qui contrôlent une partie de l’économie de l’île, ou « blancs-pays » guadeloupéens, un peu moins influents -mais aussi l’Etat français, incapable d’assurer la concurrence et le contrôle des prix dans ce marché clos, dépendant des importations de la métropole.

Martinique, même combat?

Depuis le 5 février, les Martiniquais -un peu piqués au vif par le coup d’éclat des voisins de l’île soeur- se sont lancés à leur tour dans la grève générale. Comme à la Guadeloupe, la popularité du mouvement a surpris. Les revendications sont identiques -voire plus radicales. Et l’île tourne au ralenti. Pourtant, les similitudes s’arrêtent là: le collectif qui mène la grève se révèle beaucoup moins organisé et uni que le LKP. Surtout, l’arrière-plan historique est différent: alors qu’à la Guadeloupe nombre de colons blancs ont été guillotinés à la Révolution, ceux de Martinique, à l’époque sous domination anglaise, ont échappé à cette fin et sont parvenus à conserver leurs propriétés. On retrouve aujourd’hui ces békés -brutalement apparus dans la lumière à l’occasion du documentaire choc, Les Derniers Maîtres de la Martinique, que leur a consacré Canal + -à la tête des plus vastes exploitations agricoles, des groupes agroalimentaires, dans la grande distribution, la concession automobile ou encore le tourisme. Une puissance qui leur a permis de largement s’implanter à la Guadeloupe.

Blancs contre Noirs: même au sein de la bourgeoisie intellectuelle noire ou métisse, on vous raconte l’éternelle histoire du neveu ou du cousin parti conquérir un bac +5 en métropole et qui, revenu au pays, doit se contenter de petits boulots, parce que les « métros » trustent les postes de cadres. « A diplômes et compétences égales, nous ne sommes jamais recrutés, affirme Mélina Seymour Gradel, 26 ans, présentatrice sur la chaîne de télévision locale A1, étudiante et présidente de l’association Initiatives Jeunes. Nous ne pouvons même pas intégrer nos propres entreprises! »

Fin janvier, le premier round de négociations a donné lieu à une éclatante démonstration. Diffusées en direct à la télévision pendant trois jours, les discussions au World Trade Center de Jarry, l’immense zone d’activités aux portes de Pointe-à-Pitre, ont dévoilé un face-à-face révélateur: celui des principaux hauts fonctionnaires de l’île, tous blancs, et d’une délégation du LKP, beaucoup plus colorée. « L’Histoire nous remonte à la figure », admet quelques jours plus tard Yves Jégo, sur Canal+. Le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer n’aura pas multiplié les allers-retours aux Antilles pour rien: il aura au moins compris qu’à la Guadeloupe le passé a encore du mal à passer.

Cette Histoire qui pèse si lourd, c’est évidemment celle de l’esclavage. Définitivement supprimé en 1848, il est quasi ignoré jusqu’à la célébration des 150 ans de l’abolition, en 1998. « Mais le mot d’ordre était ‘Tous nés en 1848’, rappelle l’historien René Bélénus, directeur du collège de Versailles, à Basse-Terre. Autrement dit: ‘Oublions les deux siècles précédents!' » Ils sont pourtant indispensables pour comprendre les lignes de fracture qui traversent encore la société guadeloupéenne. « L’économie a gardé ses structures héritées du xixe siècle, avec ses défauts et ses injustices », constate ainsi Nelly Schmidt, chercheuse au CNRS et auteure de La France a-t-elle aboli l’esclavage? (Perrin). Qui rappelle, au passage, que notre pays est l’un des rares à ne pas disposer d’une chaire d’enseignement de l’histoire de la Caraïbe et de l’esclavage.

Le passé comme justification du présent: trop facile pour certains Guadeloupéens. « Je refuse qu’on instrumentalise le devoir de mémoire, plaide Christophe Louis, le jeune patron métis de la CGPME, spécialiste de la défiscalisation et membre de l’équipe de négociation patronale. La commémoration devient un prétexte à notre faible développement. » Une position partagée par nombre de socioprofessionnels, désormais très pessimistes. « Quelle entreprise peut résister à un mois de grève? interroge Christian Deumié, restaurateur à Anse-Bertrand. Nous allons nous réveiller comme après un cyclone. » Selon Willy Angèle, patron du Medef local, 1 emploi sur 8 ne devrait pas survivre à cette crise.

Et maintenant? « Personne n’a pris la mesure de ce qui se passe en Guadeloupe », martèle Pierre-Yves Chicot, maître de conférences en droit public à l’université des Antilles et de la Guyane. Et le jeune universitaire de souligner la décrédibilisation des élus, l’impuissance de l’Etat et, durant les premières semaines, le sens politique et l’organisation du LKP, emmené par le très charismatique Elie Domota, à la tête, depuis le printemps, de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG, indépendantiste), le principal syndicat de l’île, jusqu’ici plus réputé pour ses actions coups de poing que pour sa maîtrise des dossiers. « L’UGTG a su rassembler très largement, analyse Alain Plaisir, secrétaire général de la Centrale des travailleurs unis (CTU) et l’un des 10 porte-parole du LKP. Seule, elle n’aurait pas réussi à mobiliser autant de monde. »

Mais d’autres, comme ce responsable d’un grand établissement public, s’inquiètent de la « stratégie de guérilla » du LKP -dont certains commandos débarquent dans les entreprises et les magasins pour les obliger à fermer- et du « climat préinsurrectionnel ». Et si les chaudes nuits de Pointe-à-Pitre lui donnaient raison? Déjà, de nombreuses familles de cadres métro ont bouclé leurs valises. Cette fois encore, la Guadeloupe semble jouer son avenir sur la corde raide.


Contre-terrorisme: Pourquoi la France n’a pas besoin de Guantanamo (Who needs Guantanamo when you’ve got Bruguiere?)

18 février, 2009
Gym court (Chalabi affair, Oct. 1998)C’est quoi cette association de malfaiteurs dont on nous accuse ? Ça a commencé par une cabale policière, puis un simulacre d’instruction et maintenant une mascarade judiciaire. Mohamed Chalabi (chef du réseau du même nom, le 3 septembre 1998)
Le droit donne la force. Devise du juge Bruguière
Je n’ai pas la prétention de dire que nous avons le meilleur système […]. Mais force est de constater que notre dispositif, regardé avec intérêt par nos partenaires anglais et américains, est performant. Juge Bruguière
L’affaire Gordji était une vaste opération de manipulation contre le gouvernement iranien pour récupérer les otages français. Nous sommes sortis du cadre strictement judiciaire , mais la période était exceptionnelle avec la multiplication des attentats. Au bout du compte, cela a été payant , puisque nous avons mis fin à l’existence d’un bon nombre de réseaux. Alain Marsaud (prédécesseur de Bruguière)
Rappelons pourtant qu’au moment du démantèlement de ce réseau Chalabi, en 1994-1995, peu de voix se sont élevées pour dénoncer les pratiques policières et judiciaires employées. Mais la menace des bombes planait alors sur Paris. De quoi justifier des actions destinées à prévenir le passage à l’acte terroriste de militants intégristes. L’époque a changé. Et ce qui était accepté, voire encouragé par des politiques effrayés à l’idée d’être taxés de laxisme, n’est plus de mise aujourd’hui. L’Express du 17/09/1998
Depuis des années, avocats et défenseurs des libertés critiquent ses rafles à répétition et la longueur des détentions provisoires de « suspects » dont une bonne partie sont laissés en liberté à l’issue des procès. Mais les méthodes sécuritaires, pour ne pas dire policières, du magistrat plaisent aux gouvernements, de droite comme de gauche, qui louent l’efficacité de cette justice préventive. Ses partisans mettent en avant les attentats évités en France depuis le 11 septembre 2001, grâce notamment aux interpellations des islamistes de La Courneuve et de Romainville (Seine-Saint-Denis) en décembre 2002. Le Monde
Le combat contre les terroristes est plus dur que celui livré à la criminalité dite de droit commun. Les terroristes sont, souvent, lourdement armés ; ils disposent de ramifications internationales, quelque fois du soutien de tel ou tel Etat ; leur objectif – tuer pour tuer, souvent au hasard – les rend particulièrement difficiles à appréhender. D’où la centralisation des enquêtes, un corps spécialisé de magistrats instructeurs, une durée de garde à vue étendue, toutes dispositions qui forment l’essentiel de la législation du 9 septembre 1986. On peut admettre ce raisonnement, soutenir que la singularité de la bataille à mener suppose, en effet, des dispositions dérogatoires au droit commun. Et, pour ces mêmes raisons, on peut juger excessive la philosophie implicite du rapport d’enquête rendu public jeudi 21 janvier par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), ainsi résumée : le terrorisme ne justifie aucune procédure judiciaire d’exception. On partage, en revanche, la plupart des graves critiques portées par la FIDH sur les dérives auxquelles a donné lieu l’application de la loi de 1986. Dix ans de « jurisprudence » permettent un premier bilan. Il est lourd d’abus, d’excès, de graves distorsions qui, bien souvent, observe la FIDH, sont autant de violations pures et simples de la Convention européenne des droits de l’homme. On citera pêle-mêle : des instructions sans fin, des détentions « provisoires » utilisées aux fins de pression sur les prévenus et qui dépassent allégrement les douze mois ; une interprétation laxiste de la notion d’ « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » qui, sur le plus ténu des indices, permet de mettre en examen n’importe qui ou presque ; des magistrats instructeurs échappant au contrôle de la cour d’appel et rarement soucieux de la présomption d’innocence. Le Monde (éditorial du 22.01.99)
La FIDH (…) critiqu[e] également la longueur des instructions, en « violation manifeste de l’article 5 de la Convention, qui exige que toute personne soit jugée  » dans un délai raisonnable » », et les abus en matière de détention provisoire. Selon leurs calculs, les prévenus du « dossier Chalabi » ont fait en moyenne quatorze mois de prison avant de comparaître devant leurs juges, alors que la moyenne nationale s’établit à 4,4 mois. (…) La détention provisoire est, selon la FIDH, un « moyen de pression » utilisée pour obtenir des mis en examen « des confessions qui ne sont pas sincères » ou pour « incriminer leurs coaccusés ». Dénonçant des instructions qui se déroulent souvent « uniquement à charge », la FIDH accuse les juges de « tirer, dans la plupart des cas, les pires conclusions de preuves fragiles et indirectes » et de répugner à « prendre en compte des explications qui contredisent leur point de vue tiré des premiers éléments apparents ». En fait de débats contradictoires, les interrogatoires des prévenus, « menés de façon irrégulière et très fréquemment décousue, sur de longues périodes » font, selon le rapport, « penser tout au plus à une inquisition dans le sens étroit et médiéval du terme ».(…) Au passage, ils égratignent les médias coupables d’avoir « suivi la ligne de la moindre résistance par rapport à la propagande officielle en reproduisant fidèlement, pour ainsi dire, la vérité établie ». Le Monde
L’ « arme » absolue, tentaculaire et préférée du juge Bruguière l’information ouverte contre X pour « association de malfaiteurs » lui permet de jeter ses chaluts dans le ban et l’arrière-ban d’éventuels suspects, puis de prolonger leur maintien en détention provisoire. Dans l’« affaire Chalabi », 173 prévenus ont ainsi été mis en examen. Si une trentaine ont bénéficié d’un non-lieu, d’autres sont restés en prison durant des mois ou des années. (…) Ce qui n’empêche pas le « système Bruguière » de perdurer, sous des gouvernements de droite comme de gauche. Au nom de l’efficacité contre une criminalité aux ramifications nationales et internationales. (…) En période d’attentats, le juge Bruguière continue de court-circuiter les hiérarchies judiciaires, rencontrant place Beauvau les ministres de l’intérieur successifs. Et la gauche gouvernementale, malgré ses réticences initiales, s’est laissée convaincre. Même la vieille critique opposée au « système » des dossiers traînant en longueur et jamais jugés n’est plus reprise par la gauche arrivée aux affaires (…) Le Monde (01.09.98)
En dépit de tous les débats sur Guantánamo, la suspension européenne de l’habeas corpus, les déportations expéditives et les détentions préventives surpassent n’importe laquelle des mesures de l’Amérique de Bush. Victor Davis Hanson

Aux Etats-Unis, les activités de M. Bruguière équivaudraient à une violation systématique des 1er, 4e, 5e, 6e et 8e amendements de la Constitution. Sans compter les immenses superstructures juridiques que les Cours suprêmes successives ont construit au-dessus et autour de la Bill of Rights. Bret Stephens
Le système légal fortement codifié de la France, dans lequel l’Etat français bénéficie d’énormes pouvoirs d’intrusion et de coercition, ne ressemble pas au système américain plus compliqué de séparation des pouvoirs, d’indépendance de la justice, et des droits présomptifs de l’individu contre le gouvernement. (…) Dans le cas de la France, la menace est en grande partie — mais pas simplement – issue de son propre sol. Pour y faire face, les Français sont prêts à fournir à leurs fonctionnaires ce que nous considérerions comme des pouvoirs d’exception. Gary J. Schmitt et Reuel Marc Gerech
Les autorités françaises ont également des pouvoirs de surveillance et d’interception de communications qui ferait rougir Dick Cheney lui-même. David Greenway

Quelqu’un s’est-il déjà sérieusement posé la question, Administration Bush mise à part, de ce à quoi ressemblerait un procès « dans les règles » du réseau Ben Laden?

A l’heure où, pas trop curieux sur Bagram ou les conséquences concrètes, nos propres éditorialistes n’en peuvent plus de s’extasier devant la récente « décision » du nouveau messie de Chicago de soi-disant rendre son tablier, d’ici un an, de geolier du monde

Et où le procès d’un des assassins d’un préfet de la République risque de capoter 11 ans après suite à une indiscrétion d’un policier et la bien-pensance voire la complicité de nos forces de gauche pourraient faire basculer la situation antillaise dans la pire violence

Intéressant renvoi d’ascenseur, dans l’IHT d’hier, par un chroniqueur international du Boston Globe qui peine à cacher son admiration pour les remarquables succès des services de sécurité français contre la menace terroriste.

Et qui (surprise) semble avoir du mal lui aussi à s’attarder sur les incroyables pouvoirs d’exception, du point de vue américain (où un quasi-fasciste Patriot Act peut, on s’en souvient, prolonger la garde à vue de ses citoyens jusqu’à deux journées entières!), que lesdits succès supposent.

Un système qui bénéficie ainsi, on le sait, depuis 1986 et avec la 1ère grande vague d’attentats iraniens contre la France (qui avait même vu le ministre de la justice de l’époque Albin Chalandon évoquer l’idée d’un rétablissement de la peine de mort) de plusieurs modifications ad hoc du code d’organisation judiciaire (dont en 1995 le poste sur-mesure de « premier vice-président, chargé de l’instruction » pour le juge Bruguière), l’intégration partielle des forces de police et militaires (gendarmerie) et l’externalisation de la torture (pardon: des interrogations musclées).

Et, au-delà de la mise sur écoute ou perquisition sans mandat et sans parler des coups tordus (dont la tentative du « cowboy » dit aussi « l’amiral », en octobre 1992, d’accoster en Libye à bord d’un aviso de la marine nationale), de l’utilisation de preuves ou témoignages par ouï-dire, de la possibilité des arrestations arbitraires (jusqu’à quatre jours sans surveillance juridique ou avis des tiers), du profilage systématique (un “espion dans chaque mosquée”) et de la non-séparation du renseignement et de la police (les fameux RG).

Mais surtout, au-delà de sa redoutable efficacité, un système dont nos commentateurs s’embarrassent peu d’évoquer aujourd’hui les formidables conséquences pratiques (ou les multiples condamnations de la Cour européenne des droits de l’homme), la fameuse « loi d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » permettant d’arrêter quelqu’un sur simple intention de commettre un crime.

Comme, sans parler des « rafles préventives » comme à la veille du Mondial de football ou plus récemment pour les jihadistes du peuple iraniens, les arrestations de masse et les véritables rafles, jusqu’à 176 au lendemain des attentats sur Paris de l’été 1995 (ou , pour le fameux “procès Chalabi” du nom des principaux membres d’un réseau de soutien logistique aux maquis algériens!

Ou, naturellement, les procès de masse (dans la cour même de la prison – le gymnase des gardiens de prison de Fleury – sous la garde, 24h/24, de trois escadrons de gendarmerie!) jusqu’à 138 pour le même procès!

Ou enfin, sans compter les expulsions dénoncées dans les pays d’origine aux systèmes juridiques moins regardants, le refus de libération sous caution et les dizaines d’années cumulées d’emprisonnement pour rien (jusqu’à 19 mois pour l’un des 70 injustement mises en cause!), pour 57 des co-accusés dudit procès finalement relaxés et pour certains indemnisés .…

Manque de curiosité, en ces temps de retour au multilatéralisme et au soft power, somme toute bien compréhensible: pourquoi se montrer en effet plus royaliste que ses homologues français qui avaient déjà tant à faire avec les abominations du système Bush?

Mais qui a néanmoins le mérite (indirect) de rappeler, pour peu qu’on prenne la peine de le comparer à la véritable leçon de choses judiciaires de la somme toute petite Affaire Chalabi ou des procès italiens contre la Mafia, le véritable cauchemar qu’aurait représenté pour n’importe quel Etat démocratique au lendemain du 11 septembre 2001, l’arrestation, la détention et le jugement des centaines de terroristes du réseau Ben Laden.

Sans parler du futur casse-tête que se prépare notre nouveau M. Propre de la Maison-Blanche en cas d’arrestation, détention ou jugement des chefs eux-mêmes dudit réseau ….

France v. terrorism
H.D.S. Greenway
International Herald Tribune
February 17, 2009

PARIS: The men and women involved with antiterrorism here have a reputation of being among the best in Europe.

One of the reasons for their expertise in the age of jihad is that they have been confronting Islamic extremism longer than most European countries.

While Britain was concentrating on the Irish Republican Army, and Spain on Basque separatists of the Euskadi ta Askatasuna, the French were involved with after-effects of their North African empire.

And few countries in the world have witnessed more Islamist violence than Algeria, over which France fought a long, colonial war before it gave in and accepted Algerian independence.

Although Islamists from every country can be found in France, it is from North Africa that most of France’s antiterrorism worries come.

European imperialism that ended in the last century has had its blowback effect as the former colonized flood into the space of the former colonizers. They crowd into the despairing suburbs, hoping to better their lives in a European dream that constantly eludes them.

« We keep strong relationships with former colonies, » said a French official. « We have the most intimate relationships, but they are complicated. Love and hate. And, unfortunately, some who live here feel discriminated against – racism. »

Antiterrorism authorities here are known for their capacity to infiltrate potentially unfriendly organizations in order to monitor them. They have a much higher number of people versed in foreign languages and cultures than their American counterparts.

When it comes to home-grown Islamic threats, of the kind that bombed the London subway, « in France we have better control over our domestic situation than do our British friends, » an official told me.

« We also have tools, legal weapons, that are unlike others in the Western world, » said another.

The French authorities also have powers of surveillance and communications intercepts that would make even Dick Cheney blush.

The sharpest tool in the French antiterrorist arsenal is a law, unique in the French legal system, that makes « an intention to commit a crime a crime itself, » an official explained.

It sounds a bit like the American RICO laws, which have been used successfully against gangsters. « We use it carefully so we don’t get the European Union human-rights courts on our neck, » he said.

The trick is to create « very close relationships between intelligence and law enforcement activity, and by prosecuting defendants for conspiracy. I believe it is easier to charge someone with conspiracy in France than in the United States. »

The French pay a great deal of attention to what one policeman called the « genealogy » of terror – the grievances, the links, the associations of radicalism, the funding connections. There are increasing efforts in Europe to build bridges to other legal systems in Europe.

I found my sources here perhaps more philosophical than their counterparts elsewhere.

There is an understanding that, although modernization – better education and living conditions to lift people out of poverty and ignorance – can help with Islamic radicalism in the long run, there is also an inevitable backlash against modernization itself.

Modernization can create its own fear, especially in the Muslim world where the new can seem a threat to religion.

There is a human tendency to react against perceived corruption and decadent idolatry.

There may be a direct link between the reaction of Moses to the golden calf, the proclamations of Martin Luther nailed to the church door, and the election of Hamas in Gaza, which was a reaction against the corrupt ways of Fatah.

But understanding why people might turn to terrorism is only part of the puzzle of how to prevent it.

The French legal system tries to « avoid legal overreactions which can be criticized from a legal point of view, » according to one judge, but at the same time be effective in combating terror.

« We know we are succeeding in blocking several terrorist attempts each year, » an official said, « but one day we know we will be unlucky. Unfortunately it is a probability. »

Voir aussi:

Justice
Réseau Chalabi: l’impossible procès
Chabrun Laurent
L’Express
le 17/09/1998

En mélangeant intégristes avérés et simples comparses, dans trois affaires distinctes, les magistrats se sont mis en position délicate

Audiences surréalistes désertées par accusés et avocats, interventions auprès de la garde des Sceaux, requête en suspicion légitime, pétitions d’intellectuels… Le procès du réseau intégriste musulman Chalabi, qui se tient à Fleury-Mérogis, est d’ores et déjà un échec. Si, en effet, les procédures engagées contre les 138 prévenus devaient aller à leur terme, appels et pourvois en cassation transformeront ce maxi-procès, qu’on voulait exemplaire, en un interminable feuilleton judiciaire sur fond de polémique.

Ce raté n’est pas une réelle surprise. Bon nombre d’observateurs s’inquiétaient discrètement, depuis plusieurs mois, d’une politique répressive de masse qui a conduit à mélanger dans le même box des intégristes avérés, vraisemblablement prêts à passer à l’action, et de simples comparses – alors que se trouvent réunies trois affaires distinctes qui auraient pu donner lieu à trois procédures différentes. Conséquence logique de cet amalgame: un gigantesque dossier quasi impossible à instruire et fort malcommode à juger. La justice est donc en situation délicate, d’autant que le choix du lieu de ce procès collectif – la salle de gymnastique des gardiens de prison de Fleury – est venu ajouter une touche symbolique malvenue à une affaire déjà sensible.

Le juge Jean-Louis Bruguière, «patron» de l’antiterrorisme en France, prête donc le flanc à la critique de ceux qui réprouvent ses méthodes. Rappelons pourtant qu’au moment du démantèlement de ce réseau Chalabi, en 1994-1995, peu de voix se sont élevées pour dénoncer les pratiques policières et judiciaires employées. Mais la menace des bombes planait alors sur Paris. De quoi justifier des actions destinées à prévenir le passage à l’acte terroriste de militants intégristes. L’époque a changé. Et ce qui était accepté, voire encouragé par des politiques effrayés à l’idée d’être taxés de laxisme, n’est plus de mise aujourd’hui. Les promoteurs du maxi-procès Chalabi auraient pu, peut-être, s’en douter. Et ainsi anticiper sur un prévisible imbroglio politico-judiciaire.

Voir également:

PROCES
Les audiences surréalistes du « procès Chalabi » à Fleury-Mérogis
Le Monde
05.09.98

Le chef présumé du réseau a dénoncé une « cabale policière, un simulacre d’instruction et une mascarade de procès ».

Le box des accusés s’est tour à tour rempli puis vidé devant un tribunal médusé

Il n’y avait plus grand monde, jeudi 3 septembre, au gymnase de Fleury-Mérogis, pour la troisième journée du procès du « réseau Chalabi », un réseau de soutien logistique aux maquis algériens. La quasi-totalité des avocats boycottent les audiences afin de dénoncer ce « procès de masse » 138 prévenus tandis que les trois quarts des 107 prévenus libres ne se sont pas présentés. Le chef présumé du réseau, Mohamed Chalabi, a longuement pris la parole pour dénoncer cette « cabale policière, ce simulacre d’instruction et cette mascarade de procès ». « Qu’on arrête de dépenser l’argent du contribuable, a-t-il lancé. Et ces vitres blindées… Qui va me tirer dessus ? La sécurité militaire ? Quand mon jour viendra, il viendra. » Les avocats ont déposé jeudi une requête en suspicion légitime contre le tribunal auprès de la Cour de cassation.

SURRÉALISTE. Il n’y a sans doute pas d’autre mot pour qualifier ce qu’il reste du procès des 138 membres présumés d’un réseau de soutien logistique aux maquis islamistes algériens. Au troisième jour d’audience, jeudi 3 septembre, la quasi-totalité des prévenus a quitté dans une confusion indescriptible le gymnase de l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire de Fleury-Mérogis où ont lieu les débats.

Après le coup d’éclat des avocats qui, dès le début du procès, ont décidé de boycotter les débats afin de dénoncer les conditions de son organisation, le président Bruno Steinmann s’apprête à entendre quatre prévenus, mais seuls deux avocats sont présents. Deux avocats commis d’office qui réclament un renvoi du procès pour avoir le temps de rencontrer leurs clients et d’étudier le dossier. Le président décide de joindre l’examen de la demande au fond. Les deux avocats quittent immédiatement la salle. Le président Steinmann ne se laisse pas démonter. « Nous allons maintenant examiner le cas d’Ahmed Djellal », annonce-t-il. Le prévenu est dans le box, mais il n’a pas d’avocat. Il n’en veut pas. Il ne veut pas s’expliquer. « Je n’ai rien à vous dire », lâche-t-il avant de se rasseoir. « C’était déjà le cas pendant l’instruction, répond le président. Vous aviez même refusé de signer la plupart des PV. » Il attend une réponse. Mohamed Chalabi, le chef présumé du réseau, se lève et s’empare du micro. « Il n’y a plus rien à dire, lance-t-il. C’est quoi cette association de malfaiteurs dont on nous accuse ? Ça a commencé par une cabale policière, puis un simulacre d’instruction et maintenant une mascarade judiciaire. »

L’homme est visiblement en colère. Il annonce que, pour la troisième fois en trois jours, un prévenu détenu a été victime, le matin même, de coups portés par ses gardiens. « Mourad Tacine, ils l’ont massacré à Fresnes et il est au mitard. A quoi vous jouez ? Vous voulez faire comme avec les martyrs chrétiens, nous mettre dans l’arène avec les lions ? » Mohamed Chalabi s’adresse ensuite au substitut Bernard Fos. « Vous êtes le représentant du ministère public, c’est vous qui accusez et vous n’avez aucune question à nous poser ! Vous nous parlez de justice mais on a déjà casqué de toute façon. Moi, ça fait bientôt quatre ans que je suis à l’isolement. Alors, vous nous reprochez quoi ? Des détentions d’armes ? » « RELÂCHEZ-LES »

Pointant les scellés, il poursuit : « Toutes ces armes, elles sont à moi, je prends tout pour moi. Les autres prévenus détenus n’ont rien à voir avec ça, relâchez-les. Ceux qui sont libres, laissez-les rentrer chez eux. »

Le président l’interrompt et demande à la greffière de noter la déclaration du prévenu. Mais Mohamed Chalabi continue. « Qu’on arrête de dépenser l’argent du contribuable. Et ces vitres blindées… Qui va me tirer dessus ? La sécurité militaire ? Quand mon jour viendra, il viendra. » Pendant près d’une demi-heure, Mohamed Chalabi monopolise la parole. Avec son physique de moudjahidin afghan et son accent de titi parisien, il harangue ses coprévenus, prend le public à témoin, dénonce les conditions du procès et toute l’instruction qui l’a précédé. « Quand j’ai rencontré ce bouffon de Bruguière, cette truffe, il m’appelait « Momo le caïd« . Qu’est-ce que ça veut dire ça ? »

C’est l’un des rares moments où le président Bruno Steinmann intervient pour demander au prévenu de mesurer ses propos, mais il en faut plus pour l’arrêter. « On se sert de vous pour nous condamner et on va tous partir. Les avocats, qu’ils fassent ce qu’ils veulent, de toute façon, on n’a jamais cru en eux. Il n’y en a pas un qui a trouvé une irrégularité, une faute de procédure dans ce dossier de plusieurs dizaines de milliers de pages. Qui s’est occupé de nous ? » Joignant le geste à la parole, le prévenu se lève et s’apprête à quitter le box. Les gardiens l’entourent. Le président lui demande de se rasseoir. Mohamed Chalabi crie à ses coprévenus « debout » en arabe. Tous se lèvent. Les gardiens leur passent les menottes. Un mouvement s’esquisse vers la sortie. Le tribunal est médusé.

Quelques instants plus tard, chacun retrouve sa place dans le box mais Mohamed Chalabi ne désarme pas. « Nous sommes des adorateurs de Dieu, nous ne sommes soumis qu’à lui. On va partir et on ne vient plus. » « Le tribunal a entendu votre déclaration, asseyez-vous s’il vous plaît », répond le président Steinmann. « Laissez-nous partir et je jure devant Dieu qu’il n’y aura pas d’incidents », répond le prévenu. « Je m’en vais moi aussi », s’exclame Ahmed Djellal. Un prévenu, désireux lui aussi de quitter le procès, en vient aux mains avec ses gardiens. « Nous sommes solidaires », lance une voix dans l’autre box. Le président suspend l’audience.

Au retour du tribunal, le prétoire est pratiquement vide : pas un seul avocat et un seul prévenu détenu dans un box. Quinze prévenus libres sont dans la salle. Bruno Steinmann, imperturbable en apparence, commence l’examen des faits reprochés à Ahmed Djellal et à trois coprévenus, mais en l’absence des personnes concernées et de leurs avocats, l’examen se résume à la lecture de leurs curriculum vitae et des faits retenus contre eux. Les avocats qui ont quitté le procès ont déposé, jeudi 3 septembre, une requête en suspicion légitime contre le tribunal auprès de la Cour de cassation.

Voir de plus:

JUSTICE
L’affaire des Moudjahidines met en lumière la « méthode Bruguière »
Erich Inciyan
Le Monde
22.06.03

L’interpellation de 160 militants opposés au régime de Téhéran rallume la controverse sur les pratiques du juge d’instruction antiterroriste. Ses partisans mettent en avant les attentats évités en France. Ses détracteurs dénoncent les longues détentions de suspects finalement relaxés

L’opération policière contre l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, qui s’est soldée, mardi 17 juin, par plus de 160 interpellations, alimente les griefs des pourfendeurs du « système bruguière ». Depuis des années, avocats et défenseurs des libertés critiquent les rafles à répétition du juge antiterroriste et la longueur des détentions provisoires contre des « suspects » dont une beaucoup sont laissés en liberté à l’issue des procès. Mais les méthodes sécuritaires pratiquées par le magistrat depuis plus de vingt ans plaisent aux gouvernements, de droite comme de gauche. Au ministère de l’intérieur, ses partisans mettent en avant les attentats évités en France depuis le 11 septembre 2001. Les policiers belges sont moins laudatifs. Au procès de 23 islamistes à Bruxelles, le juge français se voit reprocher ses pressions.

SUR l’échiquier de l’antiterrorisme français, Jean-Louis Bruguière joue depuis longtemps en maître. En plus de vingt ans d’instruction spécialisée sur ces dossiers, le juge a souvent donné l’impression d’instaurer ses règles du jeu et d’incarner toutes les pièces à la fois (sauf les pions et, sans doute, le roi). Son poste a été taillé sur mesure : le magistrat continue d’instruire les affaires les plus importantes ; il a aussi la haute main sur l’ensemble des enquêtes antiterroristes de ses collègues depuis qu’il a été promu, en 1995, « premier vice-président, chargé de l’instruction » au tribunal de grande instance de Paris.

L’opération policière contre l’organisation des Moudjahidines du peuple iranien, qui s’est soldée, mardi 17 juin, par plus de 160 interpellations, a une nouvelle fois donné du grain à moudre aux pourfendeurs du « système Bruguière », qui dénoncent le contraste entre les moyens employés et les résultats obtenus. Depuis des années, avocats et défenseurs des libertés critiquent ses rafles à répétition et la longueur des détentions provisoires de « suspects » dont une bonne partie sont laissés en liberté à l’issue des procès.

Mais les méthodes sécuritaires, pour ne pas dire policières, du magistrat plaisent aux gouvernements, de droite comme de gauche, qui louent l’efficacité de cette justice préventive. Ses partisans mettent en avant les attentats évités en France depuis le 11 septembre 2001, grâce notamment aux interpellations des islamistes de La Courneuve et de Romainville (Seine-Saint-Denis) en décembre 2002.

Les exemples de la singulière maestria du juge Bruguière ne manquent pas. Ainsi du procès du « réseau Chalabi » (du nom d’un groupe de soutien aux maquis islamistes algériens) au cours duquel pas moins de 138 prévenus avaient été jugés en 1998. Mettant tout son pouvoir dans la balance, M. Bruguière avait obtenu qu’une modification législative autorise le tribunal de Paris à se transporter dans un gymnase de l’administration pénitentiaire. Le dossier à charge s’était pourtant avéré mal ficelé : après des années d’instruction, 35 « suspects » avaient d’abord obtenu un non-lieu ; puis 31 prévenus avaient été relaxés par le tribunal. Plus tard, la Cour de cassation avait accordé près de 2 millions de francs d’indemnités à une vingtaine des relaxés pour compenser leur maintien en détention.

« Cow-boy » ou « amiral »

Face à des « mouvances » terroristes aux ramifications nationales et internationales, les procédés expéditifs d’un juge surnommé « le cow-boy » par ses détracteurs donnent cependant des résultats probants. Avec ses appuis dans les milieux d’enquêtes policières et les services de renseignement, le « système Bruguière » a réussi, par exemple, la traque des auteurs de la campagne d’attentats islamistes meurtriers qui ont secoué la France en 1995. Et la cour d’assises spéciale de Paris a condamné les deux principaux accusés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Au nom de l’efficacité, M. Bruguière utilise sans réserve les moyens d’exception de la justice antiterroriste (centralisation des dossiers à Paris aux mains de magistrats spécialisés, garde à vue pouvant aller jusqu’à 96 heures). Arme absolue du magistrat, l’information judiciaire ouverte contre X… pour association de malfaiteurs permet de ratisser large. Les coups de filet sont alors très utiles à la constitution de « carnets d’adresses » qui pourront être utilisés plus tard dans d’autres enquêtes. Cette boulimie d’interpellations satisfait les policiers et leur soif insatiable de renseignements conservés en mémoire pour retrouver, un jour, d’éventuels suspects.

Conjuguant justice et diplomatie, le juge Bruguière s’est aussi lancé dans des entreprises internationales risquées. Dans l’enquête sur l’attentat du DC-10 d’UTA (170 morts, le 19 septembre 1989), il n’avait pas hésité à lancer des mandats d’arrêt contre des responsables des services de renseignement de Tripoli, en Libye, dont le beau-frère du colonel Kadhafi. En 1992, une lettre du magistrat stigmatisant l’absence de coopération libyenne avait été adoptée comme document de référence par le Conseil de sécurité de l’ONU qui allait voter un embargo contre la Libye. Peu après, M. Bruguière avait voulu poursuivre son enquête en débarquant sur le sol libyen à bord d’un aviso de la marine nationale. Tripoli avait refusé l’accostage de ce bâtiment armé (torpilles, missiles Exocet) et le magistrat y avait gagné un autre surnom, « l’amiral ».

Initiative brisée

Mais M. Bruguière n’aura pas lâché prise dans ce dossier de l’attentat le plus meurtrier jamais commis contre des intérêts français. Il faut dire que le procès des six Libyens poursuivis avait eu l’allure d’un simulacre, en 1999 à Paris : absents, les accusés avaient été condamnés à la réclusion à perpétuité, par contumace ; ils sont toujours en liberté.

Contre l’avis du parquet, le juge Bruguière avait alors donné satisfaction aux familles des victimes en décidant de poursuivre le colonel Kadhafi en personne. Mais son initiative s’est brisée contre un arrêt de la Cour de cassation, qui a mis fin à ces poursuites en arguant de l’immunité d’un chef de l’Etat en fonction. Sur ce dossier comme sur d’autres, la devise du juge Bruguière – « Le droit donne la force » – aura montré ses limites.

Voir enfin:


La FIDH condamne l’« arbitraire » de la justice antiterroriste française
Une justice d’exception née en 1986 lors de la vague d’attentats
Acacio Pereira
Le Monde
22.01.99

ON LES SURNOMME les « cow-boys ». Parfois, le premier d’entre eux, Jean-Louis Bruguière, a même eu droit aux qualificatifs évocateurs de « shérif » et de « proconsul ». L’histoire controversée de la justice antiterroriste commence le 9 septembre 1986, avec la promulgation, par le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac, de la loi no 86-1020 « relative à la lutte contre le terrorisme ». Les poursuites et les enquêtes sont centralisées à Paris , et une cour d’assises spéciale composée de magistrats professionnels est instituée.

Quelques jours plus tard, le juge d’instruction Alain Marsaud est nommé à la tête de la toute nouvelle section antiterroriste du parquet de Paris. A ses côtés, une cellule d’instruction regroupe des magistrats déjà spécialisés dans les questions terroristes, dont Jean-Louis Bruguière. Ils travaillent avec des services policiers regroupés au sein de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), créée en 1984. Que la plupart des magistrats concernés soient politiquement proches du ministre de l’intérieur, Charles Pasqua, ne peut que leur faciliter la tâche.

Au moment même de l’installation de cette justice antiterroriste, à l’automne 1986, la France connaît une nouvelle vague d’attentats. Le 8 septembre, une bombe explose devant l’Hôtel de Ville de Paris faisant un mort et dix-huit blessés ; le 12, c’est au tour de la cafétéria Casino de la Défense ; le 14, un engin explose au Pub Renault sur les Champs-Elysées, tuant une personne ; le lendemain, la préfecture de police est visée ; enfin, le 17 septembre, une bombe posée devant le magasin Tati de la rue de Rennes fait cinq morts et cinquante-trois blessés. Dans un entretien à Ouest-France, le 3 octobre, Albin Chalandon, le garde des sceaux, évoque l’idée d’un rétablissement de la peine de mort « si le terrorisme devait continuer à s’étendre ».

En plus des groupes d’essence nationale comme Action directe, ou régionale , comme les indépendantistes corses ou basques, le pouvoir politique est confronté à une criminalité disposant de ramifications internationales, ce qui complique le travail des enquêteurs et oblige le gouvernement à un difficile exercice d’équilibre entre justice et diplomatie. La prise en otages de citoyens français au Liban et la présence, dans les prisons de l’Hexagone, de terroristes proche-orientaux encouragent des tractations discrètes qui contredisent parfois la logique judiciaire de la lutte antiterroriste.

« PÉRIODE EXCEPTIONNELLE »

C’est le cas une première fois, en 1986, lorsque la France tente d’obtenir, grâce à des négociations avec la Syrie et l’Algérie, une « trêve des attentats » des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) , qui réclament la libération de leur chef, Georges Ibrahim Abdallah , et de deux autres activistes incarcérés en France. Le scénario se répète l’année suivante, lors de l’affaire Gordji. Retranché à l’ambassade d’Iran, où il est interprète, Wahid Gordji refuse de se rendre à une convocation du juge Gilles Boulouque , qui veut l’entendre comme témoin dans une enquête sur les filières terroristes iraniennes. Le 17 juillet 1987, la tension est telle que la France et l’Iran rompent leurs relations diplomatiques. Finalement, Wahid Gordji sera échangé en novembre 1987, sur l’aéroport de Karachi (Pakistan), contre Paul Torri, le consul de France à Téhéran. Les apparences sont sauves : avant de prendre l’avion, il défère à la convocation du juge , qui lui signifie qu’ « aucune charge n’a été retenue contre lui ». « L’affaire Gordji était une vaste opération de manipulation contre le gouvernement iranien pour récupérer les otages français, reconnaît Alain Marsaud, qui travaille désormais chez Vivendi. Nous sommes sortis du cadre strictement judiciaire , mais la période était exceptionnelle avec la multiplication des attentats. Au bout du compte, cela a été payant , puisque nous avons mis fin à l’existence d’un bon nombre de réseaux. »

Reste que ce mélange des genres, ajouté aux méthodes iconoclastes des juges d’instruction, nourrissent les critiques des associations de défense des droits de l’homme, qui dénoncent la multiplication des « rafles » et la longueur des détentions provisoires imposées aux prévenus. Lorsque les socialistes reviennent au pouvoir, après les élections de 1988, Pierre Arpaillange, le nouveau ministre de la justice, est accusé, par la droite, de vouloir « la peau » des juges spécialisés. Finalement, la gauche, qui avait critiqué cette justice d’exception, renonce à réformer la législation antiterroriste.

« CHAMBRE DE CONFIRMATION »

Aujourd’hui, certains avocats reprochent aux juges d’instruction d’abuser du pouvoir qui leur est conféré par la loi et de parvenir à imposer au parquet, mais aussi à la cour d’appel, leur manière de voir. « Entre nous, la chambre d’accusation a un surnom : la chambre de confirmation, ironise Dominique Tricaud, avocat au procès du « réseau Chalabi ». Ce n’est pas tant qu’elle soit à la botte des magistrats instructeurs, simplement , elle se donne rarement le temps de plonger dans les dossiers. » Les temps sont peut-être en train de changer. Le 15 janvier, la chambre d’accusation a ainsi rendu un arrêt de non-lieu en faveur de l’ancien terroriste vénézuélien Carlos dans l’affaire du drugstore Saint- Germain. Bien que Carlos, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans une autre affaire, reste en prison, cette décision était un camouflet pour le juge Bruguière, chargé de l’enquête. « Le parquet a un peu tendance à disparaître derrière le point de vue des juges d’instruction, par nature plus médiatiques » , ajoute Francis Battut, ancien magistrat à la quatorzième section, aujourd’hui procureur de Morlaix. Alain Marsaud admet, lui aussi, un « malaise », dû à une « trop grande confusion des fonctions et des attributions ». « Les juges d’instruction se sont appropriés l’action publique qui est de la compétence du parquet, explique-t-il. Ils sont à la fois juges et procureurs. Il faut en sortir , et le représentant du ministère public doit assumer de nouveau sa responsabilité. Il doit, par exemple, prendre des réquisitions de disjonction quand il estime qu’un dossier n’est pas gérable en l’état . »

L’un des juges d’instruction, toujours en activité, rétorque que « tous les outils procéduraux existent pour permettre au parquet de faire son travail, à lui de ne pas se laisser faire ».

Voir aussi:

La FIDH condamne l’« arbitraire » de la justice antiterroriste française
Acacio Pereira
Le Monde
22.01.99

Au terme d’une enquête menée d’avril à novembre 1998, la Fédération internationale des droits de l’homme critique la longueur excessive des détentions provisoires et l’utilisation abusive de l’incrimination d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste »

DROITS DE L’HOMME

Dans un rapport rendu public, jeudi 21 janvier, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) critique sévèrement le fonctionnement de la justice antiterroriste en France.

LA FIDH DÉNONCE des détentions provisoires excessives, des instructions trop longues et l’utilisation abusive de l’incrimination d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

ELLE ÉVOQUE NOTAMMENT le cas d’un détenu kurde placé en détention provisoire avant d’être libéré, onze mois plus tard, par la cour d’appel, au lendemain de son suicide à Fleury-Mérogis. NÉE EN 1986, lors du premier gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac, la législation antiterroriste prévoit une centralisation des poursuites et des enquêtes à Paris et un allongement des délais de garde à vue (lire aussi notre éditorial page 14).

LES PRATIQUES  » antiterroristes » qui prévalent en France ouvrent la voie à une justice arbitraire. » Telle est la conclusion du sévère rapport d’enquête de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), consacré à l’application de la législation antiterroriste. Chargés d’étudier la question de la détention provisoire et les conditions d’exercice des droits de la défense, un avocat anglais, Michael Mc Colgan, et son confrère italien, Alessandro Attanasio, constatent « l’existence d’un large spectre de violations des obligations de la France au regard de la Convention européenne des droits de l’homme ». Ces violations sont jugées « très préoccupantes » et « contribuent à vider de leur substance certains droits de l’homme fondamentaux pourtant formellement garantis par la Constitution ».

Le rapport de la FIDH dénonce les « effets pervers » de la « centralisation des organes responsables de la lutte antiterroriste » inscrite dans la loi du 9 septembre 1986 et le « pouvoir accru donné à ces nouveaux départements centralisés » : la quatorzième section du parquet de Paris et le pool des juges d’instruction spécialisés, qui concentre l’essentiel des critiques. Il qualifie en outre de « dangereuse » l’incrimination, largement utilisée par les magistrats instructeurs d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». « Elle offre une trop grande possibilité d’interprétation et d’application arbitraires. (…) N’importe quelle type de  » preuve » , même insignifiante, se voit accorder une certaine importance. »

A titre d’exemple, les rapporteurs évoquent longuement le « dossier Chalabi », au terme duquel 138 prévenus soupçonnés d’avoir participé à un réseau de soutien logistique aux maquis islamistes algériens ont comparu, à l’automne 1998, dans un gymnase de l’administration pénitentiaire à Fleury-Mérogis. Les pièces à conviction retrouvées lors des perquisitions – des armes et des explosifs – « ne sont pas suffisantes », affirme le rapport. « C’est le lien étroit, en fait et en intention, entre les accusés, ces armes et l’utilisation présumée qui devait en être faite, qui doit conduire à la conclusion de responsabilité pénale », ajoute-t-il.

Les rapporteurs critiquent également la longueur des instructions, en « violation manifeste de l’article 5 de la Convention, qui exige que toute personne soit jugée  » dans un délai raisonnable » », et les abus en matière de détention provisoire. Selon leurs calculs, les prévenus du « dossier Chalabi » ont fait en moyenne quatorze mois de prison avant de comparaître devant leurs juges, alors que la moyenne nationale s’établit à 4,4 mois. « Ces chiffres qui n’ont rien d’exceptionnel, écrivent-ils, dénotent un manque de célérité de la part des autorités compétentes. » La détention provisoire est, selon la FIDH, un « moyen de pression » utilisée pour obtenir des mis en examen « des confessions qui ne sont pas sincères » ou pour « incriminer leurs coaccusés ».

« PREUVES FRAGILES »

Dénonçant des instructions qui se déroulent souvent « uniquement à charge », la FIDH accuse les juges de « tirer, dans la plupart des cas, les pires conclusions de preuves fragiles et indirectes » et de répugner à « prendre en compte des explications qui contredisent leur point de vue tiré des premiers éléments apparents ». En fait de débats contradictoires, les interrogatoires des prévenus, « menés de façon irrégulière et très fréquemment décousue, sur de longues périodes » font, selon le rapport, « penser tout au plus à une inquisition dans le sens étroit et médiéval du terme ».

Les rapporteurs craignent que de telles méthodes ne dessinent « un scénario inquiétant où les interrogatoires sont structurés de telle sorte qu’ils ne peuvent aboutir qu’à la conclusion de la culpabilité », au mépris du respect de la présomption d’innocence évoquée à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme sur le « droit à un procès équitable ». Au passage, ils égratignent les médias coupables d’avoir « suivi la ligne de la moindre résistance par rapport à la propagande officielle en reproduisant fidèlement, pour ainsi dire, la vérité établie ».

La FIDH s’inquiète également des « relations étroites qui lient le parquet, les juges du siège et les juges d’instruction » et qui ne permettent pas de « dissiper le sentiment que chacune de ces instances ne peut agir de manière totalement indépendante ». L’instauration d’une cour d’assises spéciale, uniquement composée de magistrats professionnels, « l’abolition des jurés et l’introduction de verdicts adoptés à une majorité simple » est perçue comme une « évolution rétrograde ». Dans un chapitre entièrement consacré aux questions basque et corse, la FIDH affirme en outre qu’ « une répression légale continue crée plus de problèmes qu’elle n’en résout ». Jugeant « hautement improbable » que ces questions puissent jamais « être résolues par des moyens purement juridiques », ils suggèrent aux pouvoirs publics d’aborder, « à un moment donné, la question politique ». Le rapport revient enfin sur la « rafle préventive » réalisée le 26 mai 1998 dans les milieux islamistes, à quelques jours du Mondial de football, qualifiée de « gadget publicitaire » et d ‘« exploitation cynique de la crainte de l’immigré ».

Au terme de leur enquête, le rapport de la FIDH dénonce une « justice spectacle (…) qui vise autant, sinon plus, à impressionner les opinions publiques qu’à réprimer les auteurs effectifs d’actes terroristes ». Dans ses recommandations, elle suggère d’ « en finir avec les lois d’exception », de supprimer la spécialisation de la quatorzième section et d’augmenter le nombre de magistrats instructeurs, « car il existe un risque que ces juges, lorsqu’ils exercent depuis trop longtemps, ne soient gagnés par une logique purement répressive ». Elle souhaite cependant que leur soit « retiré le pouvoir d’ordonner la détention d’une personne mise en examen ». Ils plaident enfin pour la suppression de l’incrimination « fourre- tout » d’ « association de malfaiteurs » et de l’allongement « systématique » de la garde à vue et recommandent d’ « assurer des conditions décentes de mise en oeuvre des droits de la défense ».

Réagissant au rapport, Irène Stoller, chef de la quatorzième section, a déclaré qu’il s’agissait d’une « campagne initiée par les avocats des terroristes ». « Il n’y a pas une ligne sur les victimes des attentats, regrette-t-elle . Ce document est une apologie du terrorisme. » Selon la magistrate, la spécificité de la section antiterroriste n’est qu’un « fantasme ».

Voir de même:

EDITORIAL
Dérives de l’antiterrorisme
Le Monde
22.01.99

COMME beaucoup de démocraties occidentales, la France est une des cibles du terrorisme, local ou international. Nombre de Français ont payé cher pour le savoir, tués, mutilés à vie, traumatisés par la mort de proches. Trop de Parisiens ont un jour, un matin de printemps, à la terrasse d’un café, à la sortie d’une grande librairie ou dans une rame de métro, été victimes de la barbarie d’un poseur de bombe. Parce que le premier devoir d’un gouvernement est d’assurer la sécurité de ses ressortissants, celui de Jacques Chirac a été à l’origine, en 1986, d’une législation ad hoc destinée à faciliter le travail de la justice dans la lutte contre le terrorisme.

Idée simple : le combat contre les terroristes est plus dur que celui livré à la criminalité dite de droit commun. Les terroristes sont, souvent, lourdement armés ; ils disposent de ramifications internationales, quelque fois du soutien de tel ou tel Etat ; leur objectif – tuer pour tuer, souvent au hasard – les rend particulièrement difficiles à appréhender. D’où la centralisation des enquêtes, un corps spécialisé de magistrats instructeurs, une durée de garde à vue étendue, toutes dispositions qui forment l’essentiel de la législation du 9 septembre 1986.

On peut admettre ce raisonnement, soutenir que la singularité de la bataille à mener suppose, en effet, des dispositions dérogatoires au droit commun. Et, pour ces mêmes raisons, on peut juger excessive la philosophie implicite du rapport d’enquête rendu public jeudi 21 janvier par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), ainsi résumée : le terrorisme ne justifie aucune procédure judiciaire d’exception.

On partage, en revanche, la plupart des graves critiques portées par la FIDH sur les dérives auxquelles a donné lieu l’application de la loi de 1986. Dix ans de « jurisprudence » permettent un premier bilan. Il est lourd d’abus, d’excès, de graves distorsions qui, bien souvent, observe la FIDH, sont autant de violations pures et simples de la Convention européenne des droits de l’homme. On citera pêle-mêle : des instructions sans fin, des détentions « provisoires » utilisées aux fins de pression sur les prévenus et qui dépassent allégrement les douze mois ; une interprétation laxiste de la notion d’ « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » qui, sur le plus ténu des indices, permet de mettre en examen n’importe qui ou presque ; des magistrats instructeurs échappant au contrôle de la cour d’appel et rarement soucieux de la présomption d’innocence.

Pitoyable exercice de justice de cirque – « à l’abattage », diront les avocats -, le procès Chalabi vit récemment, au nom de la lutte contre un réseau islamiste algérien, 137 personnes comparaître dans des conditions d’une indignité telle que la défense finit par se récuser. Doyen des juges antiterroristes, Alain Marsaud reconnaissait récemment un « malaise ».

La France est victime du terrorisme parce qu’elle est une démocratie ; elle doit le rester, même dans la lutte contre le terrorisme.

Voir enfin:

La Cour européenne des droits de l’homme condamne la France

Acacio Pereira
Le Monde
13.11.99

Une détention trop longue dans le dossier Chalabi

LA COUR EUROPÉENNE des droits de l’homme a condamné la France, mardi 9 novembre, pour violation de l’article 5 alinéa 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme qui exige que toute personne soit jugée « dans un délai raisonnable ». Le recours avait été déposé par Ismaïl Debboub, ressortissant algérien de cinquante ans, condamné à six ans d’emprisonnement lors du procès de 138 membres présumés d’un réseau de soutien logistique aux maquis algériens, dit « réseau Chalabi » qui s’est tenu en septembre et octobre 1998. Considéré comme l’un des membres importants du réseau, il était poursuivi pour participation à une « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », « infraction à la législation sur les armes et les munitions », « infraction à la législation sur les explosifs », « falsification et usage de documents administratifs » et « infraction à la législation sur les étrangers ». La Cour européenne lui a alloué une somme de 30 000 francs pour « frais et dépens ».

M. Debboub avait été interpellé à Villeneuve- Saint-Georges (Val-de-Marne), le 8 novembre 1994, lors d’un vaste coup de filet dans les milieux proches du Groupe islamique armé (GIA). Après 96 heures de garde à vue, il avait été placé sous mandat de dépôt. A neuf reprises le magistrat instructeur avait prolongé sa détention provisoire, malgré les nombreuses demandes de mise en liberté déposées par le prévenu. M. Debboub avait donc comparu détenu lors du procès qui s’était déroulé dans un gymnase de l’administration pénitentiaire de Fleury-Mérogis (Essonne).

A l’issue du jugement, rendu le 22 janvier, M. Debboub avait été condamné à six ans d’emprisonnement et finalement remis en liberté le 6 mai, après avoir passé près de quatre ans et demi en prison, dont quatre ans, deux mois et dix jours de détention provisoire.

Dans son arrêt, la Cour européenne rappelle que « si la persistance de raisons plausibles de soupçonner la personne arrêtée d’avoir commis une infraction est une condition sine qua non de la régularité du maintien en détention, au bout d’un certain temps elle ne suffit plus ». « Les motifs invoqués par les autorités judiciaires doivent se révéler alors pertinents et suffisants », poursuit l’arrêt qui estime que « si les juridictions compétentes ont pu estimer qu’il y avait un risque que l’intéressé s’enfuie en cas de mise en liberté, ce danger s’était amenuisé avec le temps et qu’il ne persistait plus après plus de trois ans ».

Les juges européens considèrent également que « les impératifs liés à la préservation de l’ordre public et la nécessité d’empêcher le renouvellement de l’infraction ne justifient pas à eux seuls une telle durée de la détention provisoire ». La Cour européenne reproche également à la justice française de n’avoir pas fait « preuve d’une grande célérité » : Ismaïl Debboub n’a en effet été interrogé en moyenne que deux fois par an pendant toute la durée de l’instruction.

La décision de la Cour européenne renforce la position de la Fédération internationale des droits de l’homme qui, dans un rapport rendu public la veille du jugement du « réseau Chalabi », dénonçait l’ « arbitraire » de la justice antiterroriste française. Ce rapport critiquait notamment la longueur excessive des détentions provisoires et l’utilisation abusive de l’incrimination d’ « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Voir finalement:

« Au nom du 11 septembre »
Les caractéristiques de l’antiterrorisme français : « Parer les coups plutôt que panser les plaies »
Le Monde
11.09.08
Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe publient aux éditions La Découverte un ouvrage intitulé « Au nom du 11 septembre… Les démocraties à l’épreuve de l’antiterrorisme ».

L’une des conséquences les plus immédiates des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et de ceux qui ont secoué certaines métropoles européennes (Madrid en 2004, Londres en 2005 et 2007) a sans doute été la multiplication des propositions de réorganisation des forces de sécurité des différents États occidentaux, sommées de mieux coopérer et d’être plus efficaces dans leur lutte contre les groupes qualifiés de  » djihadistes « .

Cette effervescence contraste pourtant avec la grande stabilité de l’antiterrorisme français. Jusqu’en 2007, celui-ci n’a en effet pas connu de modifications significatives, sans d’ailleurs que cela semble poser problème aux professionnels qui en ont la charge. Le magistrat Jean-Louis Bruguière, qui en fut longtemps une pièce centrale, expliquait ainsi :  » Je n’ai pas la prétention de dire que nous avons le meilleur système […]. Mais force est de constater que notre dispositif, regardé avec intérêt par nos partenaires anglais et américains, est performant1.  » De nombreux agents des services de renseignement expriment cette satisfaction avec plus d’emphase encore et louent l’efficacité des outils depuis longtemps à leur disposition pour opérer une neutralisation préventive des groupes clandestins.

C’est la généalogie de cette stratégie, visant selon l’expression de Nicolas Sarkozy en 2005, alors ministre de l’Intérieur, à  » parer les coups plutôt que panser les plaies2 « , que nous retracerons dans ce chapitre. En partant du début des années 1980, nous présenterons d’abord son architecture (légale, judiciaire, policière et militaire), puis nous étudierons son fonctionnement pratique et les systèmes de relations (notamment entre magistrats spécialisés et services de renseignements) dans lesquelles elle se construit et se reformule en permanence.

L’architecture judiciaire et législative de l’antiterrorisme français

Jusqu’en 1981, les  » crimes et délits contre les intérêts fondamentaux de la nation « , dont le  » terrorisme  » et l’espionnage, étaient jugés par une juridiction spécialisée, la Cour de sûreté de l’État. Composée de trois magistrats et de deux officiers supérieurs de l’armée, elle avait été créée en 1963, au lendemain de la guerre d’indépendance algérienne. Durant les années 1970, cette Cour devint un symbole de la répression politique et la cible des organisations de gauche.

Sa suppression fut d’ailleurs l’une des premières mesures du gouvernement du socialiste Pierre Mauroy, issu des élections législatives de juin 1981. Les crimes et délits dont la Cour de sûreté de l’État avait la charge furent fondus dans le droit commun. La volonté d’en finir avec une juridiction d’exception était manifeste, mais le renvoi vers le droit commun marquait également la fin de la reconnaissance du statut proprement  » politique  » de certains délits et de certains prévenus. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que, par des mesures d’amnistie (pour des militants d’Action directe ou des mouvements nationalistes corses par exemple) ou par la promesse de ne pas engager de poursuites (notamment pour les militants réfugiés en France de groupes italiens comme les Brigades rouges, Lotta continua ou Potere operaio), le gouvernement français offrait à une série de groupes clandestins de renoncer à la lutte armée, tout en leur signifiant que la poursuite de cette dernière serait impitoyablement réprimée et traitée comme une criminalité ordinaire (c’est-à-dire sans les aménagements des conditions de détention — regroupement, aménagement des parloirs, etc. — dont bénéficiaient les anciens prisonniers  » politiques « ).

Cette politique connut des succès variables, mais elle n’épuisa pas la violence politique des années 1980. Entre avril 1982 et septembre 1986, la France connut d’abord une vague d’attentats, liés pour la plupart à la situation au Moyen-Orient, dont le bilan fut particulièrement lourd : trente-cinq morts et plusieurs centaines de blessés. À ceux-ci s’ajouta un regain de la violence politique interne, avec les actions du groupe basque Iparretarrak, la reprise de la lutte armée par Action directe et les plasticages de nationalistes corses.

C’est dans ce contexte que l’activisme de certains professionnels de l’antiterrorisme comme Alain Marsaud, juge d’instruction au tribunal de grande instance de Paris, chargé des dossiers relatifs au terrorisme de 1984 à 1986, va porter ses fruits. Jacques Chirac et Charles Pasqua, respectivement Premier ministre et ministre de l’Intérieur à partir de mars 1986, font ainsi voter une loi  » relative à la lutte contre le terrorisme et aux atteintes à la sûreté de l’État  » (9 septembre 1986), qui restructure les dispositifs antiterroristes.

Elle concentre d’abord le traitement des affaires  » terroristes  » nationales ou internationales entre les mains d’une section du Parquet de Paris, la 14e section (dont Alain Marsaud prend la tête de 1986 à 1989) et d’un cabinet de juges d’instruction spécialisés (sous la direction de Gilles Boulouque, puis de Jean-Louis Bruguière). Si la Cour de sûreté de l’État n’est pas ressuscitée, la spécialisation judiciaire en matière antiterroriste redevient une réalité3. La loi de 1986 introduit également en matière antiterroriste des dérogations par rapport au droit commun : les gardes à vue sont portées de 48 à 96 heures et l’entretien avec un avocat ne peut intervenir qu’à compter de la 72e heure. Enfin, elle modifie le code pénal, pour aggraver les sanctions encourues pour certaines infractions existantes si elles sont commises  » en relation avec une entreprise à caractère terroriste4  » ; et elle crée de nouvelles infractions  » terroristes  » : le terrorisme écologique et le financement d’une entreprise terroriste.

Le  » lien avec une entreprise terroriste  » a suscité des controverses lors de l’examen de la loi du 9 septembre 1986, les adversaires du texte s’inquiétant de l’imprécision d’une telle notion. Néanmoins, le Conseil constitutionnel le valida et, six ans plus tard, la loi du 22 juillet 1992 introduisit dans le Code pénal le délit spécifique d' » association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste  » (le nouveau Code pénal est entré en vigueur le 1er mars 1994).

Le souci constant des gouvernements successifs d’accroître la portée des dispositifs antiterroristes se manifestera à nouveau avec le vote de la loi du 8 février 1995 (la prescription des faits de  » terrorisme  » est alors portée à vingt ans pour les délits et à trente ans pour les crimes), et plus encore après les attentats qui frappèrent la France de juillet à octobre 1995 et imputés aux GIA algériens. Une nouvelle loi est votée, le 22 juillet 1996,  » tendant à renforcer la répression du terrorisme et des atteintes aux personnes dépositaires de l’autorité publique ou chargées d’une mission de service public et comportant des dispositions relatives à la police judiciaire « .

Cette loi élargit les pouvoirs policiers, en autorisant sous certaines conditions les perquisitions sans le consentement des intéressés, y compris de nuit. Mais surtout, le fait de participer  » à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels  » d’un des actes de terrorisme mentionnés dans la loi de 1986 est désormais considéré comme un acte de terrorisme en soi, passible d’une peine de dix ans d’emprisonnement. Cette incrimination extrêmement large constitue le cœur du système antiterroriste français, en ce qu’elle permet d’agir avant que des actes ne soient commis. Elle est devenue le fer de lance de la lutte antiterroriste et d’une doctrine de  » neutralisation judiciaire préventive5 « .

La loi de 1986 et ses actualisations de 1992 et 1996 constituent ainsi la véritable colonne vertébrale de la législation antiterroriste française et les évolutions postérieures, loin de les remettre en cause, viendront en durcir certains aspects.

Après le 11 septembre 2001, les votes successifs des lois  » relative à la sécurité quotidienne  » (31 octobre 2001),  » pour la sécurité intérieure  » (12 février 2003), puis  » portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité  » (11 février 2004) ont accru le spectre de l’action policière et diminué le rôle de la défense. Bien qu’elles ne soient pas spécifiques à la lutte antiterroriste, elles comportent de nombreuses dispositions qui y sont applicables, comme l’extension de la fouille de véhicules, le contrôle des communications, l’infiltration policière ou la lutte contre le blanchiment. Un pas supplémentaire sera franchi avec la loi  » relative à la lutte contre le terrorisme et portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers  » (23 janvier 2006), qui généralise notamment l’usage de la vidéosurveillance dans les lieux publics, renforce le contrôle des communications et autorise l’ouverture du feu sur un véhicule refusant de s’arrêter à un barrage. Et, surtout, cette dernière loi propose de combler ce que certains professionnels de l’antiterrorisme considéraient comme des lacunes des lois antérieures : l’aménagement des peines des personnes condamnées pour faits de terrorisme échappe désormais aux juges d’applications des peines compétents géographiquement pour être centralisé à Paris, les gardes à vue sont prolongées de 48 heures supplémentaires et portées à six jours et le délit d' » association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste  » devient un crime, passible désormais de vingt ans d’emprisonnement.

L’architecture policière et militaire

Aux côtés de magistrats spécialisés, la lutte antiterroriste mobilise des sections entières de la police judiciaire, des services de renseignement intérieurs (Direction de la surveillance du territoire, DST ; et Renseignements généraux, RG), extérieurs (Direction générale de la sécurité extérieure, DGSE) et même de la gendarmerie.

La police judiciaire fut la principale bénéficiaire de la loi de 1986, puisque la concentration des affaires de terrorisme s’est accompagnée de l’extension des compétences de la 6e division de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Cette section, qui devint par la suite la Division nationale antiterroriste (DNAT) puis la Sous-direction antiterroriste de la DCPJ (SDAT), reçoit une compétence nationale sur ces sujets, au détriment des services régionaux de police judiciaire (SRPJ). C’est théoriquement elle qui reçoit les commissions rogatoires des magistrats antiterroristes, bien qu’en pratique, elle les partage largement avec la DST.

Créée en 1944, cette dernière doit  » rechercher et prévenir, sur le territoire de la République française, les activités inspirées, engagées ou soutenues par des puissances étrangères et de nature à menacer la sécurité du pays et, plus généralement, lutter contre ces activités  » (décret du 22 décembre 1982). Concrètement, les missions de la DST sont de trois types : contre-espionnage, contre-terrorisme, protection du patrimoine économique et scientifique. Après l’effondrement de l’URSS, qui avait jusque-là concentré l’essentiel de son énergie, une grande partie de cette activité va être recentrée vers l’intelligence économique, la lutte contre prolifération des armes nucléaires, bactériologiques, chimiques et balistiques et la lutte contre le  » terrorisme « . En 2006, le directeur de la DST, Pierre Bousquet de Florian, évaluait la part de l’antiterrorisme à 50 % de l’activité du service, contre 25 % pour le contre-espionnage et 25 % pour la protection du patrimoine6. En raison de son histoire, la DST offre la particularité de cumuler les fonctions d’un service de renseignement et celles d’un service de police judiciaire. Certains de ses agents, regroupés au sein des unités d’enquête judiciaire (UEJ), sont en effet officiers de police judiciaire (OPJ) et sont à ce titre autorisés à engager des procédures.

Cela n’est pas le cas des policiers des Renseignements généraux, l’autre service de renseignement politique interne. La Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) est  » chargée de la recherche et de la centralisation des renseignements d’ordre politique, social et économique nécessaires à l’information du gouvernement7 « . Les RG s’intéressent de la sorte aux agents sociaux et aux groupes engagés dans des actions  » politiques « , au sens le plus extensif possible (partis, mouvements politiques, syndicats, associations, etc.). S’ils ont dû officiellement abandonner le suivi des partis politiques institutionnels en 1994, ils continuent à porter une attention particulière aux groupes radicaux pouvant troubler l’ordre public, par la violence notamment. Cette surveillance s’étend aux groupes étrangers présents sur le territoire français, avec des intensités et des intérêts variables selon les périodes. De cette manière, ce ne sont pas moins de 130 mouvements qui mobilisent l’attention de ces fonctionnaires de police : Kurdes du PKK, membres de l’extrême gauche turque, Tamouls du LTTE, Péruviens du MRTA ou du Sentier lumineux, Colombiens des FARC ou de l’ELN, Basques de l’ETA, Irlandais de l’IRA, Algériens du FIS, etc. Cette surveillance ne se limite pas aux mouvements qui se revendiquent explicitement  » politiques « , mais s’étend aux mouvements religieux — en particulier  » islamiques  » —, aux mouvements sectaires, voire aux violences dites  » urbaines « . Les effectifs des RG étaient en 2005 de 4 100 personnes8, contre 1 700 pour la DST.

La gendarmerie nationale est moins présente que ses homologues policiers sur ce terrain. Ce qui ne veut pas dire que son action soit inexistante, bien au contraire. On peut par exemple mettre à son actif l’arrestation de nombreux militants nationalistes basques, interpellés lors de contrôles routiers. Une large proportion (près de la moitié selon plusieurs de nos interlocuteurs) des dossiers traités par la DNAT sur ce terrain provient de ce travail. Dans un autre registre, le groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) reste l’unité la plus mobilisée lors de prises d’otages, comme celle de l’Airbus détourné par des membres des GIA, en décembre 1994 à Marignane.

Des représentants de la SDAT, de la DST, des RG, de la gendarmerie nationale et de la DGSE se retrouvent régulièrement au sein de l’unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT). Cette structure permanente, créée en 1984, est rattachée à la Direction générale de la police nationale (DGPN). Elle centralise les informations venant des différents services nationaux et étrangers sur les menaces terroristes, en produit des synthèses et transmet les plus crédibles aux magistrats antiterroristes. Elle représente également la DGPN aux réunions internationales touchant à la lutte antiterroriste.

Enfin, il faut mentionner l’action des services de police judiciaire menant des investigations financières (brigade financière et brigade de recherches et d’investigations financières de la police parisienne, Office central de la répression de la grande délinquance financière et Direction nationale des investigations financières) et de TRACFIN, une unité de renseignements à laquelle les professionnels de la banque et de la finance doivent déclarer leurs soupçons en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.

Les services de police et de gendarmerie ne sont pas les seuls à participer à la lutte antiterroriste. Celle-ci concerne également les services de renseignement militaires, au premier rang desquels la DGSE, créée en avril 1982, pour remplacer le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage). La DGSE doit rechercher et exploiter les renseignements intéressant la sécurité de la France, et détecter et entraver les activités d’espionnage dirigées contre les intérêts français hors du territoire national. Ses missions sont classifiées  » secret défense « , mais l’on sait que la DGSE se caractérise d’abord par des capacités technologiques bien supérieures aux autres services français, notamment pour ce qui touche aux interceptions des communications et à l’usage d’images satellitaires. Elle est notamment en charge d’une quinzaine de stations d’écoute9. Elle comporte également un service  » action  » d’un millier d’hommes, capable de mener des actions clandestines à l’étranger, dont il est parfois publiquement fait écho, notamment quand elles échouent10. Fin 2005, la DGSE employait au total 4 700 personnes, dont 1 400 relevaient du statut militaire.

Aux côtés de la DGSE, on trouve la Direction du renseignement militaire (DRM) et la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD). La première a été créée à la suite de la guerre du Golfe, en juin 1992, avec pour principales missions de conduire et coordonner la recherche et l’exploitation du renseignement d’origine militaire à caractère opérationnel. Elle comptait 1 700 agents en 2007 et ses activités portent surtout sur le renseignement d’origine électromagnétique (communications utilisant les ondes, émissions d’ondes faites par un radar ou par des instruments de télémétrie) et le contrôle des satellites d’observation militaire Hélios. La DPSD, quant à elle, assure la protection et la sécurité du personnel, des informations, des matériels et des sites sensibles relevant du ministère de la Défense. Ses 1 500 agents sont notamment en charge des enquêtes d’habilitation pour l’accès aux différents niveaux de classification des informations, des zones, des matériels ou des installations.

Ces organismes relevant du ministère de la Défense ont bénéficié d’augmentations budgétaires notables. Les effectifs de la DGSE sont passés de 4 000 personnes en 1997 à 4 700 en 2002 et ses crédits ont augmenté de 31 % sur la période, essentiellement destinés aux infrastructures en France et à l’étranger. Ceux de la DRM (hors frais de personnel) ont quant à eux crû de 17 % entre 2001 et 2003 et ceux de la DPSD de 7,5 %11.

Mais l’action des militaires ne se limite pas à celle de leurs services de renseignement et il faut au moins mentionner leur participation à la prévention des actes terroristes sur le territoire national, par leur déploiement dans le  » plan Vigipirate « , activé de manière permanente depuis 1995 [voir p. 227].

Concurrences et convergences des services dans la lutte antiterroriste

La description du dispositif antiterroriste français était nécessaire, tant ses structures et ses agents sont divers et souvent méconnus. Mais elle pose pourtant deux problèmes majeurs. Elle gomme d’abord la dimension proprement politique de la régulation de la violence des groupes clandestins : des pactes implicites ou explicites de  » non-agression  » aux mesures discrètes de clémence pour des activistes emprisonnés, en passant par la modification d’une posture politique ou diplomatique, le spectre des moyens pour maintenir ou ramener le calme excède en effet largement la seule action policière (voire militaire). Ensuite, cette description reste trop fonctionnaliste. Elle donne l’impression d’un ensemble relativement articulé, évoluant au gré des transformations de la menace  » terroriste « , pour rechercher une efficacité toujours plus grande. Mais rien ne serait plus faux que cette vision qui donne une cohérence rétrospective à des processus éclatés, répondant à des logiques et à des temporalités propres. L’antiterrorisme est au contraire un enjeu de luttes, dans lesquelles s’affrontent des systèmes de représentation et des ambitions différents, voire contradictoires.

Les services de renseignement ne sont qu’exceptionnellement un État dans l’État, mais jamais un simple outil au service de la décision politique12. Ils font valoir des intérêts et des analyses propres, tout en s’efforçant de consolider leur crédit auprès des élites politiques, par la production d’informations pertinentes pour ces dernières. L’observation montre que ces deux dimensions ne se recoupent pas toujours entièrement. L’antiterrorisme ne constitue ainsi pas la seule source de légitimité des services de renseignements. Le contre-espionnage de la DST, l’espionnage de la DGSE ou l’information politique et sociale des RG sont aussi autant d’activités par lesquelles ces services démontrent et justifient leur  » utilité  » aux yeux des gouvernements.

Le maintien ou l’augmentation des crédits, voire l’existence même de chaque service ne vont en effet pas de soi, particulièrement dans un contexte de diminution des dépenses publiques. Ces services doivent donc attester régulièrement de leurs performances. Mais les secteurs d’excellence de chacun d’eux ne sont pas immuables : un service de contre-espionnage très spécialisé sur le KGB soviétique et les services des pays du pacte de Varsovie a perdu beaucoup de son intérêt après l’effondrement du Mur de Berlin, tout comme la succession des alternances politiques à partir de 1981 a compliqué l’usage d’une police qui se consacre exclusivement à la surveillance politique.

C’est donc sur le terrain de l’antiterrorisme que les services de renseignement français ont tenté de raffermir leur crédit auprès des responsables politiques. Durant les années 1980 et 1990, marquées par un regain de violence politique, ils vont proposer à ces derniers des cadres d’analyse et des  » résultats  » dont les gouvernants vont pouvoir se prévaloir dans un débat public et politique placé sous le signe de l’urgence. Les enjeux de légitimité qui sous-tendent cet échange expliquent que la concurrence entre services de renseignement l’emporte largement sur l’harmonieuse répartition des tâches définie par leurs statuts. La lutte antiterroriste peut ainsi s’analyser comme un champ de luttes pour l’allocation de moyens (crédits, personnels, matériels) ou la distribution des rétributions (honneurs, prestige), dans lequel chaque service essaie de faire valoir son rôle, ses définitions et ses modes d’actions13. Ce qui implique une compétition dans laquelle il est nécessaire, comme nous l’indiquaient en août 2007 certains de nos interlocuteurs de l’UCLAT ou des Renseignements généraux, de  » gagner des parts de marché  » ou, plus trivialement, de  » défendre son bout de gras « .

Sans refaire toute leur histoire, retenons que ces luttes ont pris une dimension particulière avec la réforme de 1986, qui a introduit un nouvel acteur dans le jeu. L’assignation à la 6e division de la DCPJ (ancêtre de la DNAT) de compétences spécifiques en matière d’antiterrorisme perturbe alors les équilibres antérieurs et, plus encore après 1990, avec l’arrivée à sa tête du commissaire Roger Marion. Ce dernier recrute de nombreux officiers venant de la police judiciaire (notamment de la préfecture de police de Paris), pour transformer un service qui faisait jusque-là plutôt de l’analyse. Il entendait donner une réalité opérationnelle à la centralisation des affaires. Deux sections — terrorisme international (avec un groupe  » islam  » et un groupe  » extrême gauche/extrême droite « ) et répression des séparatismes (corses et basques surtout) — se partagent les commissions rogatoires, dessaisissant les SRPJ locaux et recherchant une forme d’hégémonie en matière antiterroriste. Cette boulimie de la DNAT et de son responsable connaît pourtant des résistances, notamment de la part de la DST.

Cette dernière se retrouve en effet au début des années 1990 dans une position singulière. La menace soviétique, qui était sa principale raison d’être et qui structurait son activité, s’est considérablement affaiblie. La violence politique liée à la situation au Moyen-Orient se transforme également, comme nous l’expliquait en avril 2000 Jacques Fournet, directeur de la DST de 1990 à 1993 :  » C’était la fin du terrorisme moyen-oriental classique. Les papys du terrorisme, comme je les appelle, recevaient des prix Nobel. Arafat et Begin sont de bons exemples. En revanche, apparaissent de nouvelles formes liées aux intégrismes, et j’insiste sur le aux . Le contre-espionnage classique était la raison de vivre de la DST. Les agents de ces services ont cherché à se reconvertir en trouvant une menace aussi globale que le communisme, et c’est ainsi qu’on est passé des intégrismes à la menace islamiste.  » La DST va notamment mener une enquête sur les  » filières afghanes « , à la suite de l’attentat de Marrakech commis en août 1994 par de jeunes Franco-Marocains venus de France et dont la majorité était allée s’entraîner en Afghanistan. Elle transmet alors un rapport de synthèse à la 14e section du Parquet de Paris, qui ouvre une enquête judiciaire, confiée au juge Jean-Louis Bruguière. La DST a tiré un double bénéfice de cette initiative : s’affirmer sur un terrain qui relève de sa compétence (les menaces sur le territoire national, mais provenant d’acteurs transnationaux) et nouer de profondes relations de confiance avec Jean-Louis Bruguière, qui lui confiera sur ce sujet de plus en plus de commissions rogatoires (au détriment de la DNAT).

Quant aux Renseignements généraux, ils sont aussi dans une situation délicate au début des années 1990. Le travail de surveillance des partis politiques traditionnels qu’ils assuraient jusque-là est contesté par les gouvernants, au point que l’on songe même à supprimer le service. À cette époque, la fusion de la DST et des RG dans une Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est d’ailleurs l’un des projets du patron de la DST, Jacques Fournet. Ancien inspecteur des impôts, ce préfet entendait  » rationaliser  » le monde du renseignement, conformément aux velléités modernisatrices du Premier ministre Michel Rocard, qui souhaitait faire de l’institution policière le  » laboratoire de la réforme du service public « . Ce projet, qui impliquait la fin de certaines missions et la réorganisation d’autres, représentait un véritable bouleversement des cultures professionnelles et des routines de travail. Il suscita de nombreuses oppositions, tant internes qu’externes (dont celle du président de la République François Mitterrand, hostile à la toute-puissance potentielle d’un service unique de renseignement interne). Quoi qu’il en soit, c’est le moment où les RG essaient de reconquérir leur légitimité en s’engageant sur des terrains nouveaux (les  » violences urbaines « , les affaires politico-financières14), ou en faisant valoir leurs savoir-faire en matière antiterroriste.

Le tournant des attentats de 1995 et l’affirmation de la DST

La vague d’attentats meurtriers qui frappent la France de juillet à octobre 1995, revendiqués par les islamistes des GIA algériens [voir p. 336], constitue ainsi une occasion de réévaluer les positions de chacun dans le champ de l’antiterrorisme. L’ensemble des services se concentre alors sur l’enquête, mais la compétition semble l’emporter sur la collaboration. Au point que le nouveau président de la République, Jacques Chirac, fustige publiquement le  » désordre  » et le manque  » de cohérence et d’harmonie  » entre les services15. Finalement, c’est la DNAT qui procède aux principales interpellations et reçoit les lauriers de cette opération. La nouveauté des attentats permet toutefois aux RG et à la DST de faire-valoir leurs analyses, qui reflètent la division du travail de renseignement. À partir du cas de Khaled Kelkal, un jeune d’une cité de Vaulx-en-Velin impliqué dans les attaques, les RG tentent de montrer les risques de radicalisation de jeunes Français issus de l’immigration ; alors que la DST fait de Kelkal un agent de réseaux étrangers opérant sur le territoire (les GIA algériens), insistant sur l’internationalisation de la menace islamiste qu’ils avaient entrevue avec les  » filières afghanes « .

L’enquête sur une série de braquages effectués à Roubaix en 1996 par de jeunes Français convertis à l’islam et passés par la Bosnie conforte la DST dans ses analyses. Elle s’intéresse donc aux filières  » bosniaques « , puis  » tchétchènes « . Pour le service, il ne s’agit plus seulement de prévenir les menaces que peuvent représenter ces djihadistes sur le territoire national, mais également de démanteler les réseaux financiers, de propagande et d’acheminement d’hommes et de matériel vers les théâtres extérieurs. La DST travaille sur ce terrain en étroite coopération avec les services de renseignement étrangers16, notamment ceux du Maghreb. Ce qui ne va pas sans lui attirer certaines critiques, comme celles d’empiéter sur le terrain de la DGSE, de collaborer avec des services de pays non démocratiques ou encore de vouloir trop élargir le spectre de la lutte contre le terrorisme. Comme nous l’a expliqué en avril 2000, un brin désabusé, un policier des RG :  » Leur fantasme ultime, à la limite, c’est de mettre Ben Laden en prison ici. Ils ne se rendent même pas compte que si on détient tous les terroristes du monde, on va avoir des vrais problèmes.  » Néanmoins, la seconde moitié des années 1990 est une période durant laquelle la DST conquiert une position d’autorité sur la question de l’islamisme radical. Cela grâce au développement de son expertise, à sa proximité avec Jean-Louis Bruguière, nous l’avons dit, mais également au désengagement rapide de la DNAT à partir de 1998.

L’assassinat du préfet de Corse Claude Érignac par des nationalistes, le 6 février 1998, constitue un nouveau défi pour les services antiterroristes. Le gouvernement entend en effet y apporter une réponse ferme et rapide. Soucieux de conforter la place de son service, Roger Marion le mobilise alors pendant plus d’un an sur le dossier, y compris les policiers des groupes  » islam « . Mais les résultats sont mitigés. Yvan Colonna, l’assassin présumé du préfet, s’échappe ; et les méthodes comme l’efficacité de la DNAT sont publiquement questionnées par une commission d’enquête parlementaire17. La promotion — contestée — de Roger Marion en octobre 1999 (il devient directeur central adjoint de la DCPJ) aggrave encore la situation, puisqu’à la suite d’un conflit avec son successeur à la tête de la DNAT (devenue SDAT), il diminue les crédits de cette dernière et l’ampute d’un cinquième de son personnel.

L’ensemble de ces épisodes fragilise le service antiterroriste. Si la SDAT reste très investie sur les questions corses et basques, elle n’est alors plus guère en position, au début des années 2000, de contester la position que la DST a acquise en matière de radicalisme musulman. Les attentats du 11 septembre ne constitueront pas un bouleversement pour les services mobilisés dans la lutte antiterroriste, car, comme nous le confiait en août 2007 un de leurs agents :  » On était déjà au taquet, on était déjà à fond depuis 1995.  » Ces attentats ne feront guère que conforter les positions de chacun des services internes18 et leurs propres approches des problèmes.

Les groupes sous surveillance et les manières de les surveiller

Pour le  » terrorisme « , une séparation est en théorie marquée entre les menaces qui émanent de l’intérieur (RG), celles provenant d’agents extérieurs mais agissant sur le territoire national (DST) et celles qui concernent l’extérieur (DGSE, DRM). Mais ces lignes de partage sont en réalité très mouvantes. Par exemple, parmi les  » groupes à risques  » surveillés par les RG, on ne compte aucune organisation liée aux anciens pays de l’Est, qui relèvent de la zone traditionnelle de compétence de la DST. Pour ce qui concerne le nationalisme nord-irlandais, les RG étaient en charge de l’IRA (Irish Republican Army) et la DST de l’INLA (Irish National Liberation Army). La répartition des tâches de surveillance est en fait le fruit de l’histoire. Elle reste plus empirique que théorisée, si bien que les chevauchements et les empiètements sont nombreux. Ce qui vaut particulièrement sur un thème aussi large que l' » islam « .

Les RG s’occupent ainsi de la structuration de l’islam en France. Ils ont joué un rôle important dans les différentes tentatives d’organisation publique du culte, qui se sont finalement concrétisées par la mise en place du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2003. Plus généralement, ils s’intéressent à tous les lieux de culte musulman,  » pour savoir qui est qui et qui veut quoi « , comme le signalait en avril 2000 l’un de nos interlocuteurs des RG. Agissant le plus souvent à découvert (méthodes dites de  » milieu ouvert « ), les policiers des RG cultivent des relations de confiance avec quelques interlocuteurs privilégiés qui leur permettent de connaître les rapports de force internes, les poids des différentes personnalités, les tentatives de  » déstabilisation  » ou de  » conquête  » par d’autres courants, etc. Ce travail, dont sont destinataires le ministre de l’Intérieur et localement les préfets, s’inscrit dans le répertoire traditionnel d' » information politique et sociale  » du service, qu’il déploie dans d’autres secteurs, comme le monde syndical ou associatif.

Il se prolonge assez naturellement par une recherche des pôles de radicalité et concerne également la DST. En utilisant plutôt des méthodes de travail dites de  » milieu fermé  » (écoutes, filatures, traitement d’agents, etc.), ils vont ainsi surveiller les mosquées, les prêches ou les associations culturelles19. Les services de renseignement vont de la sorte être attentifs à l’activité des institutions et des groupes musulmans, afin de repérer les personnes susceptibles de rejoindre les rangs des radicaux. Fondant leur travail sur des études de cas d’individus impliqués dans des actions clandestines, les services de renseignement vont élaborer des  » profils  » typiques et consacrer une vigilance particulière aux activités de ceux qui y répondent. C’est ainsi qu’une origine étrangère (et particulièrement d’un pays musulman), un niveau d’études relativement élevé, la fréquentation de telle ou telle association ou mosquée ( » fondamentaliste  » ou  » salafiste  » surtout), des voyages fréquents, une rupture professionnelle ou des séjours à l’étranger (à Londres notamment) déclenchent presque automatiquement l’attention des agences de renseignement.

La suspicion est encore plus grande pour les  » convertis « . Cette figure de l’Européen rallié à l’islam concentre l’ensemble des propriétés de la  » dangerosité  » définie par les services de renseignement. Comme l’indiquait en 2003 Yves Bertrand, alors directeur central des RG :  » La dangerosité, […] c’est le clandestin. Le clandestin, ce sont les réseaux. Je rappelle que la France a été le premier pays touché par les attentats terroristes [ » islamistes « ] au milieu des années 1990. Nous avons découvert à cette occasion […] le phénomène des convertis […] et leur importance au sein de ces réseaux. Les convertis jouaient et jouent toujours le rôle que jouaient les Français qui étaient dans le Front de libération nationale [FLN] ; les porteurs de valise , comme on les appelait. En fait, ils étaient bien plus importants que de simples porteurs de valise. J’établis cette comparaison non pas sur un plan idéologique, mais pour montrer comment cela fonctionne20.  » Ce n’est pas tant le potentiel de radicalité des convertis — lié à leur conversion récente et aux surenchères qui peuvent l’accompagner — qui inquiète les membres des services de renseignement que leur appartenance à la communauté nationale, dans laquelle ils se fondent. L’image des porteurs de valise — outre qu’elle montre la persistance des schémas issus de la décolonisation — est intéressante, puisqu’elle devient la métaphore de l’ennemi invisible, qui bénéficie de tous les droits que procure la nationalité (libre circulation, protection juridique, facilités administratives, etc.) et les retourne contre les intérêts de l’État qui les lui a concédés.

En même temps qu’ils essaient de neutraliser les membres des groupes radicaux, les services de renseignement tentent de démanteler ce qu’ils considèrent comme leurs réseaux de soutien. C’est ainsi, par exemple, qu’ils surveillent les proches des individus soupçonnés de prendre part à des actions radicales. Comme l’expliquait en 2002 Pierre de Bousquet de Florian, directeur de la DST :  » Nous travaillons aussi beaucoup sur les entourages. Certains activistes, sans jamais avoir habité en France ou avec peu de liens ici, peuvent y avoir des attaches : un cousin ou un copain, une sœur et un beau-frère. Sans parler de réseau organisé, ils peuvent bénéficier de complicités plus ou moins volontaires, de solidarités amicales ou familiales susceptibles de déboucher sur des aides logistiques21.  » L’implantation locale des RG semble favoriser davantage la détection autonome de pôles de radicalité, alors que les relations qu’entretient la DST avec les services étrangers l’amènent à cibler davantage quelques individus signalés pour leur activisme transnational. Néanmoins, le travail de surveillance des deux services est assez similaire, y compris dans ses effets. Bien au-delà de cas précis, il participe en effet de la construction de  » populations à risques « , objets de suspicion et de mesures de  » neutralisation préventive « .

Neutralisation judiciaire préventive et mesures administratives

Ces dernières revêtent différentes formes. La première est surtout le fait de la DST, qui bénéficie, on l’a vu, d’un double statut de service de renseignement et de police judiciaire. Cette double identité soulève de nombreuses critiques. Le cycle traditionnel du renseignement consiste en effet à recueillir des informations sur un individu ou un groupe et, quand des éléments de preuve suffisants ont été collectés, à saisir un service de police judiciaire qui présentera un dossier au magistrat instructeur et/ou exécutera la commission rogatoire. Or, la concentration entre les mains du même service de ces deux compétences amène souvent au cheminement inverse, c’est-à-dire à l’usage de la coercition judiciaire (et des négociations qu’elle autorise) pour obtenir des informations22.

Le délit (et maintenant le crime) d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste (AMT) offre en ce sens des possibilités très larges. Comme nous l’indiquait en août 2007 ce policier antiterroriste :  » Elle permet d’incriminer dans la même affaire des gens qui n’ont rien à voir. Il suffit que votre numéro de téléphone soit dans un carnet d’adresse et c’est bon.  » Les usages de l’AMT ont déjà fait l’objet de vives protestations, tant de magistrats que des défenseurs des droits de l’homme23. Cette incrimination permet en effet d’utiliser ce que les professionnels appellent la stratégie du  » filet « , ou du  » coup de pied dans la fourmilière « , qui consiste à arrêter de manière extrêmement large des individus dont on pense qu’ils peuvent être liés d’une manière ou d’une autre à des réseaux radicaux.

L’AMT est présentée par ses partisans comme un formidable outil pour déstabiliser ces réseaux et pour mettre à mal leur logistique. C’est parfois vrai, mais cela pose question. D’abord, elle autorise l’incarcération des personnes contre lesquelles les éléments à charge sont légers, puisqu’elle repose le plus souvent sur des intentions et non sur des faits. Selon les chiffres du ministère de la Justice, parmi les 358 personnes qui étaient en détention (détention provisoire comprise) pour une incrimination terroriste en 2005, 300 l’étaient pour AMT24. Et si l’on s’intéresse à l’ensemble des condamnations pour AMT de 2003 à 2006, on s’aperçoit que cette dernière apparaît comme infraction principale (c’est-à-dire qu’elle n’est pas accompagnée d’une infraction de nature criminelle) dans la moitié, voire dans les quatre cinquièmes des cas selon les années25. Ensuite, le nombre de prévenus innocentés lors des procès, après avoir passé un ou deux ans en détention préventive, est très élevé. En 1998, le procès du réseau Chalabi, accusé de soutien logistique aux groupes islamistes armés algériens, apparaît à cet égard exemplaire, puisque plus de la moitié des prévenus ont été reconnus innocents : sur les 173 personnes incarcérées à l’époque, 35 ont bénéficié d’un non-lieu en cours d’instruction et, sur les 138 renvoyées au tribunal, 55 ont été acquittées au procès26. Malgré ces cinglants démentis judiciaires, l’AMT est pourtant restée la pierre angulaire de la  » répression préventive  » à la française et de la stratégie de la DST et de la DNAT, ou de celle de juges antiterroristes comme Jean-Louis Bruguière ou Laurence Le Vert. Elle a même été renforcée par la loi de 2006.

Mais l’AMT n’est pas la seule option des services de renseignement pour lutter contre le radicalisme musulman. Ils s’appuient aussi sur des mesures administratives. Les RG ont ainsi mis en place en janvier 2005 des  » pôles régionaux de lutte contre l’islam radical « . Au nombre de vingt-deux, ils regroupent plusieurs services de l’État (vétérinaires, fiscaux, préfectoraux, policiers) et peuvent prendre des mesures immédiates de fermeture, d’éloignement, de contrôle des comptes et de l’hygiène. En mai 2007, ils avaient inspecté plus de 500 locaux et contrôlé plus de 2 000 personnes par an. Dès qu’un lieu est repéré par les RG comme pouvant abriter des activités liées à l’islam radical (financement, prosélytisme, propagande), les différentes administrations concernées viennent vérifier, qui les normes d’hygiène et sécurité, qui la légalité du séjour, qui celle des comptes. Une boucherie hallal peut ainsi être fermée pour ne pas respecter les normes d’hygiène, un lieu de prière pour n’avoir pas rempli celles de sécurité, un cybercafé ou une entreprise de prêt à porter pour fraude fiscale. Propriétaires, animateurs ou participants peuvent aussi être expulsés pour être en situation irrégulière.

L’expulsion du territoire national est ainsi une mesure fréquente, même pour ceux qui sont en situation régulière, en cas de  » menaces graves pour l’ordre public « . Deux possibilités existent : l’interdiction du territoire français (ITF), prononcée par un tribunal à titre de sanction infligée suite à une condamnation pénale ; et l’expulsion administrative, qui prend la forme d’un arrêté ministériel d’expulsion (AME), pris par le ministère de l’Intérieur. Les ITF sont communes pour les ressortissants étrangers condamnés pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, même lorsque les peines d’emprisonnement auxquelles ils sont condamnés sont relativement courtes. Quant aux AME, ils constituent un outil privilégié pour lutter contre ceux qui sont désignés comme des  » prêcheurs de haine « .

Dès qu’un étranger a des comportements considérés comme portant  » atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes « , il peut être expulsé. En 2006, dix-sept  » référents religieux  » (principalement algériens) et quatre imams ont dû ainsi quitter le territoire français. Ce procédé est d’autant plus commode que, dans la pratique, les arrêtés n’incluent que des informations sommaires sur les motifs de l’expulsion. Ce n’est que lors d’un éventuel recours (qui n’est pas suspensif) que le gouvernement doit fournir des preuves pour étayer l’argument de la menace, ce qu’il peut faire en produisant des rapports des services de renseignements, notamment les  » Notes blanches  » des RG. Ces dernières sont anonymes et rédigées sur du papier sans en-tête, officiellement pour ne pas compromettre les sources qui en sont à l’origine.

En juin 2007, l’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a ainsi pointé le risque de fonder une décision d’expulsion  » sur des informations provenant d’indicateurs, dont certains ont subi des pressions pour qu’ils rendent ces services en échange de leur non-expulsion, soit parce qu’ils risquent de faire l’objet d’un arrêté ministériel d’expulsion, soit parce qu’ils résident en France en situation irrégulière  » ; et l’organisation humanitaire de conclure que,  » en règle générale, les expulsions administratives frappent les personnes que le gouvernement n’est pas en mesure ou n’est pas disposé à poursuivre27 « .

L’antiterrorisme en question ?

Cette description de l’antiterrorisme français ne serait toutefois pas complète sans évoquer les réformes plus récentes. La plus importante concerne le rapprochement des services antiterroristes, conformément aux souhaits exprimés par le président de la République élu en mai 2007, Nicolas Sarkozy, d’éviter les redondances et les concurrences dans la lutte contre le terrorisme. Au printemps 2007, les RG, la DST et la SDAT ont emménagé dans des locaux communs à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et, en juin, le conseil des ministres a décidé la fusion des RG et de la DST dans un service commun. Cette  » Direction centrale du renseignement intérieur  » comporterait deux pôles, l’un consacré à l’analyse et au renseignement et l’autre plus judiciaire. Dans le premier, seraient regroupés les personnels des RG et de la DST chargés de la lutte contre la violence politique, du contre-espionnage et de la protection du patrimoine, tandis que le second intègrerait ceux des unités d’enquêtes judiciaires de la DST28.

Alors que la fusion est effective depuis le 1er juillet 2008, les modalités concrètes de cette importante réforme, plusieurs fois ajournée, restent alors encore incertaines. Certaines lignes de résistance à la réforme Fournet de 1990, assez similaire sur le fond, sont encore vivaces (la question de l’information politique, notamment au niveau local), mais d’autres se sont affaiblies. Ainsi, la circulation des policiers entre les services, favorisée par la réforme des corps et carrières de la police nationale de 1995, comme l’intensification du travail de surveillance de populations communes ont graduellement réduit les différences de socialisation professionnelle entre RG et DST, rendant leur rapprochement plus plausible. Mais surtout, la réforme s’opère dans une configuration différente de celle de 1990, puisque le président de la République en est un fervent partisan.

Comme ancien ministre de l’Intérieur (2002-2004 et 2005-2007), Nicolas Sarkozy possède les ressources et les soutiens pour opérer les transactions nécessaires à la fusion des services. Les nominations de Frédéric Péchenard, un ami de longue date, comme directeur de la police nationale (DGPN), de Claude Guéant, DGPN de 1994 à 1998, comme secrétaire général de l’Élysée, et celle de Michel Gaudin, DGPN de 2002 à 2007, à la tête de la Préfecture de police de Paris, en attestent.

Quant aux motivations de la réforme, elles sont de plusieurs ordres. Conjoncturelles d’abord, puisque Nicolas Sarkozy a eu à souffrir des usages politiques des RG, des RGPP et de la DST dans les luttes au sein de la majorité UMP dans la période qui a précédé l’élection présidentielle de 2007 (implication dans l’affaire Clearstream, démenti de ses propos lors des émeutes de 2005, révélations de l’enquête portant sur un conseiller de la candidate socialiste), qui l’ont conforté dans l’idée que l’éclatement était incontrôlable politiquement.

Plus fondamentalement peut-être, deux logiques fortes sous-tendent la réforme. La première touche à des dynamiques de rationalisation budgétaire et de redéfinition de la forme et des missions de l’État, auxquelles le monde de l’antiterrorisme n’échappe pas. Comme nous l’indiquait en août 2007 un policier d’un service spécialisé,  » les réformes, c’est faire mieux en dépensant moins. Mais là, on a trouvé le prétexte marteau : le terrorisme fait sauter les derniers verrous psychologiques, de sociologie administrative, pour le faire « .

Ensuite, cette nouvelle structure antiterroriste semble surtout consacrer les approches développées au sein de la DST depuis le milieu des années 1990, à savoir le brouillage des frontières entre renseignement et judiciaire, comme celles entre interne et externe. Plébiscitées par des magistrats antiterroristes, souvent proches du monde politique29, ces logiques apparaissent en effet comme les plus immédiatement en phase avec les exigences des gouvernements en matière de lutte antiterroriste. Depuis le milieu des années 1990, on observe ainsi chez ces derniers un assez large consensus pour essayer d’empêcher à tout prix des attentats politiquement déstabilisateurs, quitte pour cela à commettre quelques injustices contre des individus appartenant à des groupes ciblés (les populations dites  » à risques « ).

Soulever ce point crucial n’est pas une lubie d’idéaliste. Car ce sont certains fondements de l’État de droit — et notamment la promesse d’égalité des citoyens devant la loi — qui sont mis en cause. Pour les  » populations à risques « , les professionnels de l’antiterrorisme français superposent en effet les figures du suspect et du coupable, qui sont pourtant loin de toujours se confondre. Outre les dégâts causés aux existences de personnes innocentes (incarcération, perte d’un emploi, etc.), cette stratégie alimente un cycle de défiance et de rejet envers certains groupes, renforçant à la fois leur marginalisation et leur sentiment d’être considérés comme des  » ennemis de l’intérieur « . Elle enclenche ainsi une dynamique de radicalisation des différences, dont il serait effectivement utile de  » parer les coups plutôt que panser les plaies « 


Impérialisme occidental: Les analystes demeurent perplexes (When anthropology runs amok)

17 février, 2009
Amok headhunter
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Alors que la pression de la communauté internationale se faisait de plus en plus forte en Indonésie afin de mettre fin à la montée des violences au Timor oriental, les analystes demeuraient perplexes face à deux questions fondamentales: qui est en train d’orchestrer ce carnage et pourquoi. Seth Mydals (NYT, le 8 septembre 1999)
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
Le rejet de cet animal et tous les interdits qui l’accompagnent ne seraient-ils pas nés le jour où l’homme a découvert que la chair du cochon avait la même saveur que la chair humaine? Michel Pastoureau
Le massacre de sorcières dans la région remonte à des siècles, depuis au moins la colonisation néerlandaise des îles qui sont par la suite devenues l’Indonésie. Bien que légalement injustifiable, le massacre de sorcières a longtemps servi de mécanisme aux villages ruraux pour expulser les comportements antisociaux. TU Bagus Ronny Nitibaskara (anthropologue, université d’Indonésie)
Il existe peu de sources historiques sur les massacres et une controverse autour de l’idée répandue selon laquelle ils ont supplanté les rituels de sacrifice humain qu’on y célébrait avant que les Espagnols n’apportent leurs chèvres et leurs guildes de gardiens de bestiaux dans le Nouveau Monde. Cependant, regarder les massacres comme une façon d’obtenir de la viande de chèvre serait méconnaitre l’intensité et le symbolisme de ce qui a lieu. Tim Golden (NYT)
C’est un travail dur de tuer une sorcière, il faut se répéter sans cesse qu’elles sont méchantes et que tu es en train de protéger des gens innocents contre leurs malédictions et leurs sorts. Chasseur de sorcières indonésien
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie

Quand l’anthropologie devient folle ...

A l’heure où nos athées de service n’ont pas de mots assez durs pour fustiger l’unique source de tous nos maux …

Où, fascinés par le “regard lointain” et “la pensée sauvage”, nos bons apôtres du multiculturalisme n’ont de cesse de dénoncer l’ethnocentrisme occidental …

Où de courageuses féministes islamiques montre au monde les évidentes limites des valeurs occidentales …

Et où de pauvres Indiens se font arrêter en plein Brésil pour avoir simplement voulu pratiquer l’une de leurs coutumes ancestrales …

Retour sur d’autres exemples récents de l’impérialisme culturel occidental tentant d’imposer ses valeurs à la planète entière.

Comme ces bons musulmans de Java qui se voient progressivement privés d’une longue tradition (en fait un simple « mécanisme servant à expulser les comportements antisociaux ») remontant à plusieurs siècles (« depuis au moins la colonisation néerlandaise », précise l’anthropologue TU Bagus Ronny Nitibaskara) et contraints à une longue préparation psychologique …

Ou ces pauvres villageois de Tehuacan qui, ployant sous les inspections, les frais de transport et les taxes, en oublient leurs pas de danse et se voient à présent contraints d’immoler leurs chèvres à coup de pistolets pour bétail …

Amazon Indians accused of cannibalizing farmer
Helena de Moura
CNN
February 9, 2009

(CNN) — A city official in the remote Brazilian Amazon village of Envira told CNN that five members of the Kulina tribe are on the run after being accused of murdering, butchering and eating a farmer in a ritual act of cannibalism.

The village’s chief of staff, Maronilton da Silva Clementino, said Kulina tribesmen took the life of Ocelio Alves de Carvalho, 19, last week on the outskirts of Envira, which is in the far western part of Brazil that bumps up against Peru.

Portal Amazonia newspaper reported that the Indians escaped after being held for a few hours in the city’s police station.

No arrest warrants were issued. Brazilian law does not allow the military or civil police to enter Indian lands, Portal Amazonia reported.

It is still unknown how many people took part in the alleged cannibalistic ritual, although several Indians have fled into the jungle fearing prosecution, the newspaper Diario do Amazonas reported.

Clementino said the victim was herding cattle when he met with a group of Indians who invited him back to their village.

« They knew each other and they sometimes helped one another. They invited him to their reservation three days ago and he was never seen again, » Clementino said.

« The family decided to go into the reservation and that’s when they saw his body quartered and his skull hanging on a tree. It was very tragic for the family, » he said.

The news of the incident came from the Indians themselves, who apparently bragged about eating the man’s organs, Clementino said.

Members of the tribe told residents of Envira — where 190 Kulina families brush shoulders with non-tribal Brazilians — that they held a cannibalistic ritual in which they cooked the victim’s organs, Clementino said.

He said Kulina Indians began surrounding the police station where the suspects were briefly interrogated.

Villagers told authorities they are incensed by the lack of response from FUNAI, Brazil’s National Indian Foundation.

« The family is very frustrated with the law here, which protects the Indians and doesn’t help protect us, » he said. « They start drinking and local farmers here are afraid who could be next. »

Clementino said groups Indians — often outnumbering police — pose a security threat to locals.

He said the man’s family are upset that authorities did not arrive until three days later. But a FUNAI official told the newspaper Voz do Acre that access to Envira is very difficult, requiring long boat or helicopter rides.

According to FUNAI, about 2,500 Kulina live in Brazil’s Acre state, which borders with Peru, where 450 Kulina live. This remote jungle corridor is known for its isolated tribes.

The Kulina are classified as an « isolated » tribe but some have contact with the non-indian population.

The Kulina are also known for their complex language. FUNAI studies show that Kulina women speak a completely different language from the men.

According to FUNAI, there are 460,000 Indians in Brazil and 1,300 indian languages. There are 55 groups considered to live in isolation.

Voir aussi:

Witch Hunts in Java Called a Cover for Murders
Calvin Sims
The NYT
January 2, 2001

In this verdant farm belt of West Java, where sorcery and superstition have deep roots, few were surprised last September when an angry mob decapitated a 70-year-old woman accused of casting spells that made people ill. Before lopping off her head, witnesses said, the crowd gouged out her eyes and severed some of her limbs, which they tossed into the street.

Beheadings of suspected witches are not uncommon in rural towns and villages of Java, Indonesia’s most populous and perhaps most mystical island. The local police estimate that there were at least 100 witch killings in Java last year. Still, few people seemed upset by the killings, which typically occur in Indonesia’s backwaters and are committed under the guise of wiping out evil.

But indifference to the killings may now be changing after 21 people accused of practicing black magic were beheaded or chopped to death between July and October in one district alone — Cianjur, about 60 miles south of Jakarta, Indonesia’s capital. Because of the high concentration of witch murders in one area, the police suspected that there was more to the killings than just fear of sorcery.

This month, the police announced the arrest of 28 suspects linked to the killings, which they said were driven less by fear of evil forces than by personal gain. In most cases, the police said, the suspects had falsely accused the victims of practicing witchcraft and then either killed them or incited or paid others to do so. Their motives were mainly revenge, rivalry and extortion, although some of the suspects may have indeed been driven by genuine terror, the police said.

So far, there is no direct evidence linking the victims — who were mainly farmers, Muslim teachers and elderly women — to the practice of witchcraft, which is not illegal in Indonesia.

While some of those arrested were bit players caught in the hysteria of a bloodthirsty crowd, the police said that many suspects were connected to a well-organized syndicate that for a fee cleverly engineered murders to look like witch hunts.

 »Many of these were premeditated murders arranged by a network of experienced witch hunters who preyed on the fears of ordinary citizens and convinced them to kill, » said Agus Nugroho, Cianjur’s senior police inspector.  »This case shows just how real black magic is in the minds of the people of this region. »

Mr. Agus said that for about $100 syndicate gangs would persuade someone in a village to accuse the targeted person of being a witch. Once the village became convinced that there was a witch in its midst, the gang carried out the killing, usually with the help of townspeople who had been whipped into a frenzy.

Typically, the witch-hunting syndicate found clients in local businessmen seeking to get rid of competitors and candidates for village offices who sought to eliminate political opponents, the police said.

People with grudges or seeking an early inheritance also contracted with the syndicate.

At least 2 of the 21 victims were casualties of a highly competitive local election. In September, two men who were candidates for administrative chief of the local mosque in Hegar Sari in southern Cianjur were suddenly branded as witches and killed, the police said.

Of the 24 suspects now in custody, the police said, a pivotal role in the witch hunts was played by Apih Barma, a 53-year-old farmer and part-time healer. He was the man who judged whether or not a person was in fact a witch.

For 50,000 rupiah, or about 50 cents, Mr. Barma administered what the police called a  »medical » test to determine if a person was a black magic practitioner. They said Mr. Barma had effectively condemned to death many of the people brought before him by declaring them witches. He has been charged with practicing medicine without a license.

In an interview at the Cianjur jail where is being held, Mr. Barma said that he was innocent and that he knew nothing of a network to frame people as witches.

Mr. Barma, who has spiky hair and a fixed, piercing stare, at first admitted to administering the witch test to dozens of people brought to him by local community leaders. He said the test consisted of reading from the Koran and observing how the accused reacted. Later in the interview, Mr. Barma denied that there was any witch testing and said that he simply read scriptures to try to free people under the sway of the devil.

 »I didn’t give any instructions or permission for anyone to be killed, » Mr. Barma said.  »Those people who were killed died because they were witches and deserved it. »

In these poor and undeveloped areas of Indonesia, where education and medical care are scarce, people are prone to believe in the power of supernatural forces to influence sickness and health.

A person can be branded a witch by being the last to have contact with someone who fell ill or suddenly died. Even common ailments like rashes, allergies and the flu are attributed to black magic. In some instances, healers are accused of being witches if they fail to rid clients of disease.

Cianjur residents recount, with evident belief, stories of people vomiting nails, snakes and paper clips, and of bloated stomachs the size of giant balloons that cause people to float around a room.

In the case of Jumsih Canak, her problems began in early September when she tried to do a good deed by feeding her sick neighbor a piece of fish. The neighbor’s condition worsened and she eventually died.

Other villagers recalled becoming ill after contact with Mrs. Jumsih, and she was labeled a witch. Five men stormed her house and severed her head with machetes, the police said.

Witch hunters are considered heroic in most villages because they rid the community of evil forces. When the police first began detaining and questioning suspects in the killings, local residents staged huge protests demanding that the suspects be freed.

In one case, villagers overpowered several police officers and held them hostage until the suspects were released.

Hiday, a 36-year-old farmer who is also being held at the Cianjur prison, said in an interview that he had taken part in the killing of three witches in southern Cianjur, which he said was overrun with witches who had cast  »evil spells » on many people there.

 »The only way to get rid of witches is to kill them, » he said. Before going on a witch hunt, Mr. Hiday said, he and his colleagues would prepare themselves psychologically.

 »It’s hard work killing a witch, but you just have to keep telling yourself over and over again that they are evil and that you are helping to save innocent people from their curses and spells, » he said.

Tu Bagus Ronny Nitibaskara, a University of Indonesia anthropologist, said witch killing in the region dates back centuries, at least as far back as the Dutch colonization of the islands that eventually became Indonesia. Although legally unjustifiable, the witch killing has long served as a mechanism for rural villages to expunge antisocial behavior.

Asked why witch killings are so sadistic, Mr. Nitibaskara said:  »They are killed in such a savage way because people believe that they are witches and that they can come back to life. That is why they separate the head from the body or chop the body into pieces. »

Abdul Halim, chief of Cianjur’s Council of Islamic Teachers, said that although Islam forbids the belief in and practice of black magic, many pre-Islamic traditions and superstitions are widely followed in Indonesia, which has the world’s largest Muslim population.

Mr. Halim said that while a lack of education led many people to believe in witchcraft, many well-educated people also dabbled in the spiritual world.

According to persistent reports he has never denied, President Abdurrahman Wahid regularly consults spiritualists, as do many prominent Indonesian political and social figures.

Even among the educated class in Indonesia, black magic is often a convenient explanation for one’s own shortcomings.

A senior government official whose house was recently ransacked and robbed by his domestic help said that his workers had been hypnotized and ordered to steal by a witch hired by the political opposition. Close friends of the official said the workers had robbed his house because he had refused to pay them the customary year-end bonus.

 »My greatest fear is that this trend will spread to other regions of Indonesia, » Mr. Halim said of the use of witch hunts as a cover for murder or threatening to identify people as witches to squeeze money from them.  »You must understand that rural villagers who are not very educated are very easily provoked and moved by rumors so we must combat people using witchcraft for extortion. »

The police said they have some leads as to who is behind the syndicate but are still searching for the organizers.

Voir également:

Tehuacan Journal; Back of the New Mall, Age-Old Ritual of Slaughter
Tim Golden
The NYT
November 1, 1993

Past the Nissan dealership and Tehuacan Ford, just beyond the pastel-colored tract homes going up on the edge of town, the Slaughter of the Goats has begun again.

As they have at every harvest, the goatherds have brought their animals over the Oaxaca mountains to this market town, and the matanceros, the butchers, have come from the nearby village of San Gabriel Chilac. Each day for two weeks, or as long as the herd might last, they will fill the courtyard of an old hacienda here with an ancient ritual of blood and death.

On the first and last mornings of the slaughter, there is still a dance — dancing the goat, the Indians call it. And each afternoon, as the intestines hang from clotheslines and boys with wheelbarrows cart away the severed heads, the goat killers rise up on their knees as their fathers did, to pray at their chopping blocks for the Lord’s protection.

But almost four centuries after it took root in what were then still known as « the lands of the chieftains, » the Matanza, as the ritual is called in Spanish, has taken on an air of uncertainty. Some of the dancers have begun to forget their steps, and no one seems to remember why one of them holds a flaming chalice toward the sky. Some in the courtyard say that this might be the last Matanza, or that at most there might be a few more.

Guns Are Now Used

It has been six or seven years since the matanceros could slash the necks of a thousand goats each day and let them stagger about the patio bleeding until they died. Because of the protests of animal-rights campaigners in Mexico City, 158 miles to the northwest, the killing is now done with guns, thick black livestock pistols that leave neat holes in the goats’ heads.

Bloody as it remains, the business seems less violent to the men than that of the rustlers who come out from the poppy and marijuana fields not far from where the goats are pastured. The rustlers carry assault rifles now; in a raid this spring, they shot two of the goatherds and left one of them dead.

« We just do this to keep from giving up, » says Inigo Garcia Peralta, a Huajuapan rancher who has brought his goats to Tehuacan (pronounced tay-wah-KAHN) for the last 44 of his 70 years. « We don’t make money any more. And what is it worth if they kill you? »

No one asks directly whether the ritual ought to continue right behind the new domed shopping mall, in a town that is trying to change its image, in a country that wants a free-trade agreement with Canada and the United States.

The challenge is more complicated than that.

There is the transport tax that the ranchers must pay because there is no longer enough open land to herd the goats from Oaxaca to Tehuacan, so they come by truck. There is sales tax on the meat and skins, income tax on any profits and bribes to pay some of the health inspectors and highway police.

The Only One Left

More important, goat-loin mole now costs about $10 a plate, more than poor people can afford for the spicy dish they have always eaten after the Matanza. Years ago, almost 100,000 goats were killed in a half a dozen slaughters in Tehuacan and the Oaxacan town of Huajuapan de Leon. Now, Mr. Garcia’s slaughter is the only one left, and he will be lucky to kill and sell 6,000 goats.

There is little record of the history of the slaughter, and some dispute over the prevalent notion that it supplanted rituals of human sacrifice that existed here before the Spaniards brought their goats and stockmen’s guilds to the New World. But to view the slaughter as a way to butcher goat meat would seem to ignore the intensity and seeming symbolism of what takes place.

At the beginning, hooves scrape across the cement patio as young men drag the goats from their pens in twos, a horn in either fist. They swarm around the captains, men in coarse aprons and cowboy hats, and the captains drop their arms quickly, firing between the goats’ eyes.

Older men wearing only shorts and T-shirts reach down and drive their knives into the goats’ chests. Women with plastic buckets rush up to catch the blood, and the old men help them, holding the goats over their pails. Frenzy Yields to Order

The younger men carry the animals away, dumping them across the patio in twitching piles of horns and legs and stained fur. For a while, the only sounds are the clacking and popping of the black guns and the thud of the goats being dropped on straw mats.

After a while, the frenzy gives way to an almost mechanical order. The least experienced men move across a first row of mats, carving off tails and ears. Behind them, the more expert butchers set to the harder work, scoring the bellies of the goats and then digging their bare heels beneath the skin to pull it off whole. For a long time, they say almost nothing to one another. When they do, it is in Nahuatl, the language of the Aztecs and other Indian peoples of central Mexico.

‘This Is Nothing’

On the patio’s edge, a 69-year-old woman named Fermina Romero de Rojas watched the carnage the other day and was unimpressed.

« This is nothing, » said the woman, who had come from nearby San Gabriel Chilac. « Each of us used to do 100, 150 heads every day. You did not have time to eat or sleep. »

Beside Mrs. Rojas, her husband, Eusebio Rojas, 71, watched quietly.

« Before, they did not clean anything, » he said after a while. « There wasn’t any cement. It was the earth, and the earth consumed the blood. »

Voir enfin:

The Timor Enigma
Seth Mydans
The NYT
September 8, 1999

As international pressure mounted on Indonesia today to halt a continuing surge of violence in East Timor, analysts here were stumped by two fundamental questions: who is orchestrating the carnage and why?

The crisis in East Timor comes against the backdrop of a broader crisis of leadership in Indonesia. The central Government is weak and fragmented as politicians fight over the presidential succession, and the once-powerful military has become hesitant, angry and divided. All around the country feuds and fiefs are creating local policy.

What is clear in East Timor is that irregular militias backed by the Indonesian military are carrying out an organized campaign of terror that involves widespread killings, arson and the forced evacuation of tens of thousands from the remote territory of 800,000 people.

Less clear is what the campaign is meant to achieve and what degree of control the Government in Jakarta has over the people waging it. Those are key questions as the United Nations and a number of foreign countries seek to put pressure on Indonesia to bring the violence to an end.

Last week, the people of East Timor voted by 78.5 percent for independence from Indonesia, which invaded the former Portuguese colony in 1975 and has fought against separatist guerrillas there ever since.

That vote, organized by the United Nations, is now, as one diplomat put it,  »part of history. » It is unclear whether the current violence is an attempt somehow to turn back history, to seek some sort of bargaining power in a new East Timor, to send a warning to other separatist movements or simply to wreak vengeance. Several of these elements may be involved, but none seem to explain fully what is going on.

It is also unclear whether the policy, whatever it is, was ordered by the armed forces chief, Gen. Wiranto, or whether it was the work of military elements in East Timor that have rampaged beyond his control.

General Wiranto is in a tenuous position as he seeks to lead the military toward reforms that reduce its power and privileges at a time of dangerous instability in Indonesia. Some analysts say he may find it difficult to bring to heel the entrenched units that have had their way in East Timor for 24 years.

If General Wiranto is in fact commanding the campaign of violence, he would be undermining the policy of President B. J. Habibie, who offered the East Timorese their freedom early this year. That sudden shift in policy was deeply unpopular among many in the military.

With an electoral assembly scheduled to choose the next President later this fall, Mr. Habibie’s East Timor policy could cost him the potentially decisive political backing of the armed forces for a new term in office.

Convinced that Jakarta does have the power to halt the violence if it is pressed hard enough, Australia announced on Tuesday that it had dispatched two warships with 500 troops to the waters off East Timor with the intention of leading a peacekeeping force if Indonesia agrees to its presence.

On the diplomatic front, a five-member delegation from the Security Council arrived here today to press for quick action. In New York, the United Nations Secretary General, Kofi Annan, said on Tuesday that Indonesia had 48 hours to show that it could control the situation. If not, he said,  »the international community will have to consider what other measures it can take to assist the Indonesian Government in meeting its obligations. »

Realistically, though, the options of the international community are extremely limited. It is most unlikely that any military action will be taken without Jakarta’s consent — and that consent is also most unlikely.

And any economic sanctions would jeopardize hopes for the recovery here that foreign nations have worked so desperately to foster.

Though the carnage in East Timor arouses moral outrage, the territory is a tiny one with little international importance. Any intervention on its behalf must be weighed against the costs to relations with Indonesia, the world’s fourth most populous nation, with more than 200 million people.

In his warning, Mr. Annan was referring to Indonesia’s announcement on Tuesday that it was imposing martial law on East Timor, which has descended into chaos since it voted for independence. Foreign Minister Ali Alatas said the decree included  »the shooting on sight of people who go against the curfew, »

If the military cracks down now on the violence, it will be cracking down on a campaign that it instigated and that is being controlled now by at least some of its own elements.

The militias that are carrying out the carnage were created by the military early this year in an evident attempt to skew or derail the vote through violence and intimidation. Until election day, that plan seemed straightforward enough.

But suddenly and inexplicably the militias backed off. On the day of the vote, East Timor became an island of peace, with virtually no attempt made to disrupt the vote. Once the voting was complete, no one tried to steal the ballot boxes. And during five days of vote counting in an unguarded building, no attempt was made to spoil the process.

If this was a real attempt to derail the vote, one diplomat said, it seemed a rather halfhearted one.

But as soon as the result was announced last Saturday, the militias took heart again, initiating a rampage of terror that has continued for four days. They have intimidated most foreign journalists, aid workers and election observers into fleeing the territory and on Tuesday even the Roman Catholic Bishop, Carlos Belo, whose residence was burned on Monday, fled to Australia.

They have been rounding up tens of thousands of residents and trucking them across the border into West Timor, which is part of Indonesia. The International Committee for the Red Cross said refugees were pouring across the border on Tuesday at the rate of 3,000 an hour.

But why? This is not ethnic cleansing; ethnic conflicts are not a key part of the East Timorese dynamic. And with four out of five East Timorese voting for independence, it seemed futile to try to expel all independence supporters.

There is speculation here that the anti-independence forces could be hoping to create an Indonesian enclave within a new East Timorese nation, but this theory too seemed inadequate to explain the tactics of the militias.

Despite the declaration of martial law, residents of the capital, Dili, reported that the violence and terror were continuing.

 »The situation here in the United Nations compound is deteriorating very rapidly, » said Tjitske Lingsma, a Dutch journalist who has remained in Dili, speaking by telephone on Tuesday evening.  »The whole city is being destroyed and houses are being looted. The situation is getting worse and worse. »


Athéisme: Le christianisme comme ultime bouc émissaire (Laughing religion off the planet with Pat Condell: It’s christianity, stupid!)

16 février, 2009
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Jésus (Matthieu 12 : 43-45)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair, 1999, pp. 274-278)
Il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux : la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. (…) la Bible relate l’histoire du peuple hébreu, narration parfois fastidieuse de mille pérégrinations effectuées sous le regard de Dieu. Que le texte comporte des scènes de massacre collectif, des meurtres, des viols, des supplices et des bains de sang est choquant à l’aune de l’universalisme contemporain tout en étant rigoureusement conforme à la tristesse du champ historique concerné. Christian Makarian
J’ai vraiment eu plaisir à regarder la vidéo ci-dessous d’un athée britannique appelé Pat Condell. Soi-disant adressée aux « chrétiens en colère », la vidéo est en fait plus révélatrice sur les athées. (…) je pense que son attitude reflète étrangement celle des athées célèbres comme Richard Dawkins, Sam Harris et Christopher Hitchens. Si les télévangelistes sont coupables de produire des chrétiens obtus et autosatisfaits, alors les auteurs athées sont coupables de produire des bouffons pleins d’eux-mêmes comme Condell. Dinesh D’Souza
J’ai un problème avec toute religion. Bill Maher
La meilleure chose dans la religion, c’est qu’elle est si clairement absurde qu’elle ne pourra probablement pas durer pour toujours. Je suis convaincu que ça ne prendra qu’une petite var iation dans la conscience humaine pour qu’elle soit définitivement ridiculisée et expulsée de la planète, et j’espère que je serai encore là le jour où ça se produira. Pat Condell
Au sujet de l’islam (…) D’abord, j’aime bien leur symbole, leur croissant lunaire, je le trouve beaucoup plus beau que la croix, peut-être parce qu’il n’a pas quelqu’un cloué dessus.  Pat Condell (cité par Harold Kroto, prix Nobel de chimie 1996)
La tolérance et la diversité, c’est bien sur le papier. Nous sommes tous pour la tolérance et la diversité, mais en pratique c’est devenu un cauchemar d’hypocrisies et de mensonges où les gens les plus déraisonnables sont encouragés à devenir encore plus déraisonnables.(…) Si les droits de la personne veulent dire quelque chose alors un jour les Saoudiens verseront autant en réparations aux femmes que l’église catholique a versé aux enfants. Pat Condell sur l’islam
Des trois dogmes des enfants d’Abraham, les musulmans, les chrétiens et les juifs, mes préférés sont les juifs. Quand je dis je les aime: je pense que toutes les religions sont une insulte à l’humanité, mais les juifs n’ont pas autant de revendications et de recherche de privilèges que les deux autres dogmes. Et, plus important, tandis que les musulmans et chrétiens veulent vous imposer leurs croyances, les juifs se fichent pas mal de ce que vous croyez tant que vous les laissez tranquilles. (…) Maintenant, étant donné l’histoire des juifs, il est facile de comprendre pourquoi ils voudraient avoir leur Etat autonome. Mais le problème, c’est qu’il est au mauvais endroit. Parce que s’il y avait vraiment une justice dans ce monde, Israël occuperait actuellement la moitié de l’Allemagne. Mais ce qu’il y a derrière Israël, ce n’est pas la justice, c’est Jérusalem, autrement dit la Bible et autrement dit la prophétie, autrement dit, comme on le sait, la folie. What about the Jews?
Pour moi, l’Eglise catholique et le nazisme vont aussi bien ensemble que les Bibles et les foules de lyncheurs. Si on pense à l’un, c’est difficile de ne pas penser à l’autre. Catholic morality
Je me suis battu politiquement contre l’extrême droite en France, à Dreux. J’ai des positions politiques qui sont radicalement opposées, mais quand je vois ce qui se passe aussi avec M. Gollnisch, retirer son travail à quelqu’un sans que la justice ait pu se prononcer. On est dans un Etat de droit, sous la pression d’un lobby qui se croit tout permis dans ce pays. Dieudonné (mars 2005)

Comment! Vous ne connaissez pas Condell?

A l’heure, sur notre propre territoire européen, des tribunaux islamiques, procès pour transport d’alcool et refoulements de critiques de l’islam

Pendant qu’au pays des valeurs asiatiques, les taupes des mollahs nous (re)font le coup du « féminisme islamique » (autre oxymore du siècle) …

Retour sur l’un des plus intéressants phénomènes de Youtube, l’humoriste britannique et athée militant Pat Condell dont les vidéos sont vues par des millions d’internautes.

Et dont le principal fonds de commerce, entre deux menaces de procès ou de mort, se trouve être le très sérieux sujet de la place de la religion dans nos vies.

Intéressant parce qu’en ces temps de lâcheté politiquement correcte et d’islamisation rampante de nos sociétés, on ne peut que se réjouir que certains caricaturistes ou humoristes aient le courage d’en pointer publiquement les méfaits.

Mais aussi symptomatique d’un certain mouvement anti-religion qui, de Richard Dawkins à Christopher Hitchens ou Sam Harris pour le monde anglo-saxon et tout en pointant à juste titre !et avec souvent un réel et réjouissant bonheur de l’expression) les restes d’aberration de notre propre héritage judéo-chrétien (notamment l’attribution de notre propre violence humaine à la divinité comme les idées de feu de l’enfer ou de destruction apocalyptique du monde), se permet toutes les simplifications et, dans son obsession de mettre toutes les religions dans le même sac, fait hélas souvent preuve d’une rare ignorance (notamment sur la pratique historique, l’historicité de nos Socrate, Alexandre ou César n’étant par exemple, comme le rappelle l’essayiste indo-américain Dinesh D’Souza, pas plus fondée que celle de Jésus).

Ignorance hélas couplée à la plus extrême naïveté politique (comme si abandonner Jérusalem allait contenter les Arabes et les encourager à s’arrêter en si bon chemin!) comme sur la nature humaine et les vertus supposées de l’athéisme quand on se rappelle la sauvagerie qu’ont pu déchainer les régimes qui, du néo-paganisme nazi au marxisme-léninisme soviétique ou maoïste, ont tenté d’en finir avec le judéo-christianisme.

Et qui, sans parler du caractère foncièrement ambivalent d’un dispositif faisant souvent la belle part à l’unanimité de la foule et à l’exclusion d’un tiers, n’est pas forcément très rassurante quand on se souvient du triste sort qui a été celui d’un certain ex-pourfendeur du Front national au nom si perversement prédestiné

Why Is This Atheist So Smug?
Dinesh D’Souza
Sep 26th 2007

I really enjoyed watching the video below of a British atheist named Pat Condell. Supposedly addressed to « angry Christians, » the video is actually more illuminating about atheists. Condell is ostensibly chastizing Christians for burning with inward rage and for secretly wanting people to burn in hell. Actually, I don’t know a single Christian who fits this description, although perhaps there are some.

What is obvious for all to see is what a smug, self-satisfied character Condell is. On his website he boasts, « Hi, I’m Pat Condell. I don’t respect your beliefs and I don’t care if you’re offended. » Religion has its uses, he concedes. « I turn to it whenever I want my intelligence insulted. » Ordinarily I wouldn’t pay much attention to this guy, but in a strange way I think his attitude mirrors that of the big-name atheists like Richard Dawkins, Sam Harris, and Christopher Hitchens. If the televangelists are guilty of producing some simple-minded, self-righteous Christians, then the atheist authors are guilty of producing self-congratulatory buffoons like Condell.

Only Condell doesn’t know he is a buffoon. He regards himself as super-sophisticated, a man of knowledge. Yet consider his argument in the video that Christ probably didn’t exist. Condell says Christ’s historicity is based on « hearsay. » But all historical evidence is « hearsay, » including the evidence for the existence of Voltaire and George Washington. In reality there is more evidence for Christ’s existence than there is for the existence of most of the figures of the ancient world. Do you believe that Socrates existed? Alexander the Great? Julius Caesar? Think about this: we only know about Socrates because of Plato and Xenophon, and there are only a couple of sources for Alexander and Caesar. The documentary evidence for these men is limited to very few manuscripts which are sometimes dated centuries later. Yet no historian doubts that these men existed.

By contrast, Christ’s existence is attested not only by the writers of the gospels and the Acts of the Apostles, who wrote in the first hundred years after Christ’s death, but also because of Jewish, Greek and Roman sources, such as Josephus, Suetonius, Pliny, and Tacitus. There are innumerable early manuscripts of the gospels and they have been assiduously compared to establish their authenticity. The early church and its martyrs who risked death rather than renounce Christ all suggest that there was a man behind it all, a man who was crucified and who was believed by his disciples to have risen. Whatever you think of the miracles, no serious historian questions the historicity of Christ.

Next month my book What’s So Great About Christianity hits the shelves, and atheists are going to find that they no longer have the public field to themselves. In fact, I’m scheduled to debate Christopher Hitchens in New York city October 22. So far Hitchens has been foraging around the country beating up pastors who are unaccustomed to dealing with spear-chuckers like him. Mine is a book that will empower believers and challenge unbelievers. It meets skepticism and atheism on its own intellectual ground, which is the ground of reason and evidence. Michael Shermer, editor of « Skeptic » magazine, says of my book, « It takes the debate to a new level. Read it. » And here is my old debating rival Stanley Fish, a noted scholar who hardly shares either my theology or my politics: « The great merit of this book is that it concedes nothing. Rather than engaging in the usual defensive ploys, D’Souza meets every anti-God argument head on and defeats it on its own terms. Infinitely more sophisticated than the rants produced by Richard Dawkins, Sam Harris, and Christopher Hitchens, What’s So Great About Christianity leaves those atheist books in the dust. » If you are ready for the challenge, preorder the book here.

Voir aussi:

Laughing religion off the planet – an interview with Pat Condell
The Freethinker
February 27, 2008

With over 5 million hits on YouTube, and another couple of million on LiveLeak, Pat Condell is a leading voice of atheism on the internet. He is also a stand-up comedian, a playwright, a former lumberjack, a talk-show panelist, and a subscriber to The Freethinker.

Pat Condell
We tracked the blaspheming infidel down to a garden shed in London and asked him a few questions.

The Freethinker: Your first Youtube video was a response to the Blasphemy Challenge. Was this your first foray into the world of internet video? If so, did you imagine that it would snowball like it did?

Pat Condell: Yes, it was. I didn’t know what to expect. I was looking for ways to publicise my stand-up show when I heard about the Blasphemy Challenge. It looked like fun, so I devised a little rant about how much I deny the holy spirit (quite a lot, as it happens), made the video in my garden shed and posted it on YouTube. The positive response convinced me that this was a medium I should explore further.

I didn’t know much about YouTube, but I guessed that most of the audience would be in America, so I made ‘Hello America‘ about how I see the relationship between our two countries. Again the response was very positive, especially from Americans. It was viewed thousands of times in a few days, and I realised I could reach a lot more people like this than in a lifetime of performing in small theatres. So I mothballed the stand-up show, much of which was topical anyway, and decided to make more videos.

Then somebody alerted me to LiveLeak, a site with a more newsy edge than YouTube. I posted my videos there and ‘The trouble with Islam‘ took off. To date it has had more than 1,750,000 hits, and with 380,000 on YouTube, it’s now been seen well over two million times.

FT: What do you like about internet video as a medium?
PC: It’s open to anyone. We no longer have to ask someone else’s permission to communicate with a wider audience.

I’ve been criticising religion for years, but only in comedy clubs. Whenever I tried to do it in the mainstream media I was censored, especially by the BBC where jokes about the subject are always heavily edited, and it’s virtually impossible to say anything at all about Islam.

The internet allows all of us to bypass these self-appointed gatekeepers and communicate our ideas without interference.

FT: How has becoming an “internet celebrity” changed your life?
PC: Thanks, but I’m not any kind of celebrity. I’m just speaking my mind. My personal life hasn’t changed, I’m glad to say, because I’m very happy with it as it is.

FT: Your attacks on religion in general, and Islam in particular, have led many people to describe you as “fearless”. Are you?
PC: No. I get death threats and I take them seriously. However, I’ve never responded well to bullies, and I have no intention of starting now.

FT: Christian evangelist Dinesh D’Sousa has accused you of being smug. How do you respond to this?
PC: People have called me a lot worse. I’d never heard of this guy until someone directed me to his blog. Since then I’ve read his book on Christianity, and I didn’t see anything in it to warrant respecting his opinion on anything, so he can call me whatever he likes.

FT: Do you still do stand-up?
PC: I haven’t worked the circuit full time for years. I wrote my last show specifically to say something about religion. Confronted first hand by the political correctness at the BBC, I felt the subject was being falsely represented and legitimate opinion was being censored. As a result, religion, and Islam in particular, was getting an inflated idea of its own importance. Stand-up was the medium I knew best, and as I didn’t see anybody else in the comedy world queuing up to address this situation I elected myself.

FT: How would you describe your personal philosophy?
PC: I’m a vegetarian and I strongly support animal rights. (I hope that’s OK with Jesus.) I find it hard not to smile at religion’s conceit that we’re superior to animals on the basis that we have souls and they don’t, when five minutes in a slaughterhouse would convince anyone that, if anything, it’s animals who have the souls and human beings who don’t.

As for my opposition to religion, it’s not about theology – I couldn’t care less whether God exists or not – it’s a civil rights issue. I believe everyone should be free to determine their own experience in life and not have it imposed by someone else. We don’t need our reality filtered through religious dogma any more than we need spring water adulterated with chemicals.

FT: What is your favourite thing about religion?
PC: If nothing else it is genuinely inclusive. Nobody is rejected, as it doesn’t require intelligence, only faith. Not that some intelligent people aren’t religious. There are people with biochemistry degrees who devote their lives to proving Genesis true. Nobody could call those people unintelligent, but they are fools.

The best thing about religion is that it’s so transparently absurd it can’t possibly last forever. I’m convinced it will only take a small shift in human consciousness for it to be laughed off the planet, and I hope I’m still around when that happens.

FT: What about the future? Will we see a collection of your videos on the market?
PC: Yes. The Richard Dawkins Foundation is issuing a non-profit DVD of my first thirty-five videos which should be out soon.

FT: What can we do to resist the growing influence of religion?
PC: We can speak out. That’s what the internet is for, and it’s the only reason my voice is being heard. We need to make as much noise as religious people do, and with as much certainty about our right to do so.

Nobody should be bullied into showing respect they don’t think is deserved. If you hear somebody claiming special treatment because of their faith you’re entitled to say: ‘No, I object to this. It offends me, it insults my beliefs, and it’s a violation of my human rights.’

Use their tactics if you feel strongly enough. Make a nuisance of yourself. Make an official complaint. Take it to a tribunal. As an atheist you’re part of a minority whose beliefs are constantly ignored and marginalised while religious prejudice is pandered to and encouraged, and you have every right to be offended by that.

Also, I would urge everyone to join the National Secular Society and the British Humanist Association, both of whom do excellent work in the cause of sanity.

Remember, one person on their own can’t do much, but a million people each doing a little every day can change things very quickly.


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