Présidence Obama: Attention, un Guantanamo peut en cacher un autre (What about your second Afghan Gitmo, Mr. Obama?)

Bangram prison (Afghanistan)

Aucun président n’a autant fait au cours de son premier jour pour rendre son gouvernement plus transparent. Meredith Fuchs (consultante des Archives de la Sécurité nationale)
Et s’ils capturaient brusquement Oussama Ben Laden? Où est-ce qu’ils le mettraient? Reginald Dale (Center for Strategic and International Studies, Washington)
Si le désir de sauver la vie d’un enfant de 11 ans est une circonstance atténuante, comment le désir d’empêcher un nouveau 11/9 et de sauver potentiellement des milliers de vies innocentes n’en serait-il pas une? Et si la difficulté présentée par l’interrogatoire d’un étudiant astucieux et arrogant de 27 ans qui “a reçu une formation en droit” est une circonstance atténuante, comment la difficulté que représente l’interrogatoire d’un agent d’Al Qaeda évasif, potentiellement dangereux et rompu aux techniques de résistance aux interrogatoires n’en être pas une non plus? John Rosenthal
Le système légal fortement codifié de la France, dans lequel l’Etat français bénéficie d’énormes pouvoirs d’intrusion et de coercition, ne ressemble pas au système américain plus compliqué de séparation des pouvoirs, d’indépendance de la justice, et des droits présomptifs de l’individu contre le gouvernement. (…) Le système légal et politique de l’Amérique, au moins sous George W. Bush, ne pouvait gérer des défis “extrajudiciaires” tels que Guantanamo, l’externalisation des interrogations ou la surveillance sans mandat. Selon les auteurs du rapport, les Etats-Unis se sont pris à leur propre piège en transformant la lutte contre l’extrémisme islamique radical en une “guerre fortement politisée et militarisée contre la terreur” que leur système légal et moral ne pourrait pas gérer. (…) En fin de compte, la comparaison des approches françaises et américaines contre le terrorisme révèle une étrange symétrie. Dans le cas de la France, la menace est en grande partie — mais pas simplement – issue de son propre sol. Pour y faire face, les Français sont prêts à fournir à leurs fonctionnaires ce que nous considérerions comme des pouvoirs d’exception. Dans le cas des Etats-Unis, la menace terroriste vient en grande partie — mais pas seulement — de l’étranger. Pour y faire face, le Président Bush a élargi au maximum ses pouvoirs en tant que commandant en chef. Et tandis que ses adversaires politiques et un certain nombre de juges critiquent l’utilisation de ces pouvoirs, les Américains n’ont pour la plupart pas réagi d’une manière qui suggère qu’ils y voient l’ombre d’une menace pour leurs libertés personnelles. De même, depuis le moment où, avec le début de la mission si peu conforme au droit anglo-saxon du juge Bruguière en 1986, la lutte contre le terrorisme intérieur est devenue beaucoup plus intrusive, la France n’a pas glissé dans la tyrannie. Bien au contraire, la société, la vie politique et nombre des lois françaises sont devenues beaucoup plus libérales et ouvertes. Gary J. Schmitt et Reuel Gerech

Attention: un Guantanamo peut en cacher un autre!

Ex-détenus relâchés et retrouvés sur le champ de bataille ou même recapturés ou tués quelques temps plus tard …

Ancien locataire (responsable de l’attentat meurtrier contre l’ambassade américaine de Sanaa en septembre 2008) relâché et déjà devenu numéro deux de la branche yéménite d’Al-Qaida …

Pays d’origine desdits locataires (où ils risqueraient de plus la peine de mort), comme le Yemen, inflexibles et aux zones mal contrôlées et frontières poreuses …

Etats américains détenteurs de prisons militaires peu enthousiasmés, “syndrome NIMBY” oblige, par les éventuels gros travaux et explications électorales ultérieures avec leurs mandants …

Casse-tête inextricable de procès impossibles à gagner pour cause de procédures nécessairement « déloyales », y compris contre les membres importants d’Al-Qaeda comme le cerveau lui-même des attentats du 11 septembre …

Pays alliés les plus proches dont le Canada et l’Australie qui ont freiné pendant des années ou continuent à freiner le retour de leurs propres ressortissants comme pour le Canadien Omar Khadr …

Alliés européens jusqu’ici plutôt circonspects dont une France qui a pourtant seule en Europe jugé et condamné ses ressortissants (verdict de leur appel la semaine prochaine) mais refuse par ailleurs les extraditions à ses propres voisins …

Ex-détenu récemment libéré (l’Australien Mamdouh Habib) qui déconseille à son pays d’accueillir ses anciens codétenus …

Actuel centre alternatif de détention (base aérienne afghane de Bagram) déjà trop petit et surtout à la sulfureuse « réputation de sévices, secret et de détention sans procès » considéré par les humanitaires comme « un second Guantanamo » ….

Au lendemain d’une première décision sur Guantanamo qui voit une presse et une opinion mondiale aveuglées par les yeux de l’amour rivaliser de mots doux sur le maitre-illusionniste qui leur sert actuellement de messie …

Petit retour, après déjà le flou créatif du retrait des troupes d’Irak (de « seize mois » à retrait militaire responsable ») comme de Guantanamo lui-même (de « 100 jours » à maintenant « un an »), sur les complexes réalités d’une fermeture (d’ailleurs déjà prévue depuis un moment – mais qui prend la peine de le rappeler? – par l’Administration Bush elle-même) qui n’en finit pas de poser problème.

Mais qui a surtout l’insigne avantage d’éviter qu’on ne parle trop de ce que nombre d’organisations humanitaires ont déjà baptisé… le second Guantanamo!

Fermer Guantanamo : plus facile à dire qu’à faire
Dan Ephron
Newsweek
traduit par Courrier international
20 nov. 2008

Le président élu a promis de supprimer le centre de détention situé sur l’île de Cuba. Mais la fermeture du camp se heurte à plusieurs obstacles.
Le centre de détention de Guantanamo Bay et le système judiciaire pour le moins contestable qui a été créé pour juger les terroristes présumés qui y sont enfermés font partie des plus lourds fardeaux légués par le gouvernement Bush. C’est désormais à Barack Obama de s’en charger. Le nouveau président a assuré qu’il fermerait “Gitmo” et que certains détenus allaient être poursuivis devant des juridictions pénales américaines ou devant des tribunaux militaires. Il va cependant falloir du temps et de l’imagination pour assainir ce bourbier carcéral créé par Bush en novembre 2001 et qui, en sept ans, a pris de l’ampleur. Or quatre raisons majeures laissent penser que le centre de détention sera probablement encore en activité dans un an.

LE “FACTEUR YÉMÉNITE”
Toute voie vers la fermeture de Guantanamo implique le rapatriement de la majorité des quelque 250 prisonniers toujours détenus à Cuba. Avant de les renvoyer chez eux, il faudra négocier avec leur pays d’origine. Et, comme les Yéménites forment le groupe de prisonniers le plus important de Guantanamo, il faudra discuter avec Sanaa. Or le Yémen a été l’interlocuteur le plus inflexible dans ce dossier. Le gouvernement Bush a demandé à tous les pays d’origine des suspects de les surveiller. Par exemple, l’Arabie Saoudite a gardé en prison certains “anciens” de Gitmo, restreint les déplacements d’autres et obligé ceux qu’elle pensait pouvoir réintégrer à suivre un programme de “déradicalisation”. “Le Yémen ne veut pas donner l’impression d’accéder à quelque demande que ce soit des Etats-Unis”, explique un ancien haut fonctionnaire. Et, même si le Yémen acceptait de coopérer, il ne serait peut-être pas capable de tenir ses engagements. “Certaines zones du pays sont mal contrôlées, et ses frontières sont poreuses”, poursuit la même source. Si le nouveau gouvernement consent à libérer certains prisonniers sans rien exiger de leur pays d’origine, cela se fera au détriment de la sécurité des Etats-Unis.

LE “SYNDROME NIMBY”
(Not in my backyard) [littéralement “pas dans mon jardin”]. Les Etats-Unis vont garder sous les verrous quelques dizaines de suspects qu’ils veulent juger ou qu’ils considèrent comme trop dangereux pour être libérés. La question est de savoir où. Selon un ancien membre du Pentagone, une étude secrète réalisée en 2006 indique quelques possibilités sur le sol américain, dont la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, et celle de Charleston, en Caroline du Sud. Mais les représentants de ces Etats ou d’autres régions dotées de centres de détention militaires ont déjà averti qu’ils s’opposeraient à tout projet en ce sens. “On a là un problème”, explique Charles Stimson, qui était jusqu’à l’année dernière sous-secrétaire à la Défense chargé des détenus. “Je n’ai vu aucun parlementaire lever la main et dire : ‘Envoyez-les-moi’.” Et si les membres du Congrès se laissaient convaincre, poursuit-il, il faudrait faire de gros travaux dans les prisons existantes avant d’y transférer les détenus de Guantanamo. “Comme on ne peut pas les mélanger avec des prisonniers militaires, il faudrait les mettre dans une aile séparée ou vider les lieux”, précise-t-il.

MIRANDA [règle de notification des droits aux détenus]
Une fois transférés, les prisonniers déjà inculpés de participation aux attentats du 11 septembre 2001 ou à d’autres crimes seraient probablement jugés soit par un tribunal pénal fédéral, soit par un tribunal militaire. C’est du moins ce qu’a proposé Obama dans l’une de ses déclarations. Mais rien ne garantit que les procès seraient gagnés, même contre des membres importants d’Al-Qaida, comme le cerveau présumé des attentats du 11 septembre, Khaled Cheikh Mohammed. Les tribunaux fédéraux et militaires respectent beaucoup plus les droits des accusés que les commissions militaires misent en place à Guantanamo. Selon le colonel Morris Davis, ancien procureur général à Gitmo, un membre d’Al-Qaida enfermé depuis des années dans une prison secrète de la CIA pourrait très bien se plaindre devant une cour fédérale que son droit à être jugé rapidement n’a pas été respecté, qu’on ne l’a jamais informé de ses droits, que l’examen des preuves à son encontre n’a pas suivi le circuit légal et que ses aveux lui ont été extorqués lors d’interrogatoires musclés. “Chacun de ces éléments pourrait compromettre la possibilité d’une condamnation”, affirme Morris Davis. Certains experts, comme Neal Katyal, professeur de droit à l’université de Georgetown, ont proposé de créer de nouvelles “cours de sécurité nationale” où les inculpés auraient davantage de droits que dans les commissions militaires, mais sans bénéficier de toutes les protections accordées habituellement. L’idée a suscité une controverse dans le monde judiciaire, mais ce pourrait être la seule solution viable pour remplacer les commissions militaires de Guantanamo, complètement discréditées.

ET BAGRAM ?
Barack Obama va également devoir réfléchir sérieusement à ce que les Etats-Unis feront de leurs nouveaux prisonniers dans le futur. Des travaux d’agrandissement sont actuellement en cours dans le centre de détention situé sur la base aérienne de Bagram, en Afghanistan. Mais Bagram a la même réputation de sévices, de secret et de détention sans procès que Guantanamo. Les organisations de défense des droits de l’homme considèrent le centre de détention de Bagram comme un second Guantanamo. Pour véritablement changer les choses, le nouveau gouvernement va devoir instaurer de nouvelles règles qui garantissent aux terroristes présumés un procès rapide et juste. “Pour moi, Guantanamo est symptomatique d’un problème plus vaste”, explique Matthew Waxman, professeur de droit à l’université Columbia, qui a occupé d’importantes fonctions au département d’Etat et au Pentagone. “Nous allons continuer à arrêter et à emprisonner les terroristes d’Al-Qaida. Mais nous avons besoin d’un cadre solide pour traiter leur cas.” Ce ne sont pas les idées qui manquent. Mais en choisir une et bâtir une nouvelle structure autour d’elle demandera de l’autorité et du temps.

Voir aussi:

Guantanamo ne guérit pas
The NYT
Traduit par Courrier international
23 janv. 2009

« Alors que le nouveau président américain a signé le 22 janvier un décret ordonnant la fermeture de Guantanamo d’ici un an, le cas d’un ancien détenu de la prison cubaine, Said Ali Al-Shihri, devenu numéro deux de la branche yéménite d’Al-Qaida, illustre les difficultés que pose la fermeture du centre de détention de l’île cubaine », note The New York Times.

Relâché en 2007 et renvoyé dans son pays d’origine, l’Arabie Saoudite, l’ancien détenu matricule 372 aurait fui peu après avoir suivi le programme de réhabilitation pour anciens terroristes mis en place par le régime saoudien. Réfugié au Yémen, il est suspecté d’avoir participé à l’attentat meurtrier contre l’ambassade américaine à Sanaa en septembre 2008.

« Cette révélation montre bien que la fermeture de Guantanamo reste un casse-tête. Près de la moitié des 245 prisonniers que compte encore le centre de détention sont d’origine yéménite et leur rapatriement, qui doit faire l’objet d’un accord préalable entre les Etats-Unis et le Yémen, est plus que jamais incertain », conclut The New York Times.

Voir enfin:

Gitmo good riddance
The Australian
January 05, 2009

Gillard was right to reject Guantanamo Bay inmates

WHAT a difference a day makes. On Friday we reported Acting Prime Minister Julia Gillard confirming that requests from the US Government that Australia resettle Guantanamo Bay inmates were being considered. And on Saturday The Weekend Australian argued that there was absolutely no case for taking detainees. By that night, Ms Gillard had ruled out accepting any of them. It should not have taken her that long to reject a proposal that was never on. There is no doubting that the Bush administration made a mess of the legal process under which terrorists and their confederates were held at Guantanamo Bay. But that many, many, of them were very bad men is equally assured. As Major General John Altenburg, the US officer charged with supervising the trials of terrorists, warned, after their release some detainees had again committed terror attacks and others had been recaptured on the battlefield. And on Saturday the Seven Network reported that a former Guantanamo inmate, Australian Mamdouh Habib, had urged the Government not to accept any detainees.

It was a commonsense end to Australia’s involvement in the Guantanamo Bay fiasco. There is no doubting that some inmates were poorly treated – Mr Habib was imprisoned there for three years before the Americans decided there was insufficient evidence to hold him. But all over the world enemies of the US and its allies tried to turn Guantanamo Bay into a symbol of everything that was wrong with the way the US has fought against terrorism since September 11, 2001. And in Australia people tried to make a martyr of David Hicks. That Mr Hicks was locked up at Guantanamo for five years before being tried was unjust. And now that he has served the sentence he received after a plea bargain, he has a right to get on with his life here at home.

But there is no denying that Mr Hicks trained with terrorists, and that combatants in the cause he volunteered to serve are now trying to kill Australian soldiers in Afghanistan. If he was not from Adelaide it seems certain that he would be one of the people Ms Gillard has decided we do not want. Yesterday Mr Hicks’s father was reported as saying a book by his boy was « in the pipeline » and the ex-inmate has previously promised to explain « the hell that was Guantanamo Bay ». But the more important question for Mr Hicks to address is what was he doing that led him to be there in the first place. Guantanamo Bay was a bad place, but that does not make the people there innocents

2 commentaires pour Présidence Obama: Attention, un Guantanamo peut en cacher un autre (What about your second Afghan Gitmo, Mr. Obama?)

  1. […] tribunaux d’exception, des assassinats ciblés, des écoutes, du Patriot Act, de Guantanamo et de Bagram […]

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