Gaza: ‘Avoir la paix’, le grand mot de toutes les lâchetés (All Quiet on the Western Front meets no-holds-barred warfare)

EU building (Gaza, 2006)Gaza: a la « densité démographique la plus élevée du monde ». Cliché journalistique inepte mais fréquent. Les chiffres officiels: Gaza, 3 823 habitants par kilomètre carré, Paris XIème arrondissement: 41 053 hab./km2 …
Hamas: organisation charitable; pourvoyeur de services sociaux pour les Palestiniens; vecteur de La Rage et de La Frustration. Partisan irréductible de l’extermination des Juifs et d’Israël. Ne traiter le fait que comme exagération rhétorique bien compréhensible de la part des Victimes. Petit dictionnaire moyen-oriental des idées reçues (Laurent Murawiec)
‘Avoir la paix’, le grand mot de toutes les lâchetés civiques et intellectuelles. Péguy
La guerre est toujours la pire des solutions. Jacques Chirac (2003)
Je conteste le mot de guerre, je le conteste totalement. Hervé Morin (ministre français de la Défense)
La guerre a déserté nos esprits. Jean-Louis Georgelin (chef d’état-major des armées)
La différence entre l’Union Soviétique et la France, c’est que les Soviétiques savaient qu’on leur mentait. Philippe Karsenty
Constantes agressions verbales chinoises contre Taiwan avec attaques informatiques et destruction réussie d’un microsatellite en orbite basse, cyberattaque russe de l’Estonie via l’infiltration d’ordinateurs européens, manœuvres russes juste avant l’annexion de fait d’une partie du territoire géorgien accompagnées de cyberattaques contre la présidence géorgienne, appels iraniens à la solution finale et préparation des moyens nucléaires idoines, Moyen-Orient qui multiplie conflits (huit depuis 1945!), territoires disputés, organisations terroristes et prolifération d’armes non conventionnelles …
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Pour ceux qui s’étonneraient de l’étrange réflexe rotulien qui saisit l’Europe et la France unanimes à chaque opération militaire israélienne et les pousse à la qualifier systématiquement de « disproportionnée » …
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Dans un monde où les écoles et les mosquées servent de dépots d’armes et où un côté téléphone aux civils pour les avertir de ses bombardements pendant que l’autre envoie ses roquettes au hasard en espérant tuer le plus de civils possible …
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Retour, avec un éclairant entretien d’octobre dernier de la polémologue Thérèse Delpech dans l’Expansion, sur cette « pathétique forme de pensée magique » qui, dans une Europe largement sortie de l’histoire (à l’image de ses crédits de défense) mais dans un monde de guerre larvée et sans frontières de missiles balistiques et de terrorisme international, rend quasiment impossible toute réflexion stratégique …

Thérèse Delpech
« Pour penser la guerre, il faut la regarder en face »
Propos recueillis par Bernard Poulet
L’Expansion
01/10/2008

Dernier livre de cette chercheuse du Ceri : « Le Grand Perturbateur : réflexions sur la question iranienne » (Grasset, 2007).

Afghanistan, Irak, Caucase : la guerre semble faire retour. Il faut au moins arriver à la penser. C’est ce qu’explique ici Thérèse Delpech, chercheuse associée au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) et directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Elle a participé à la rédaction du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, présenté par le président de la République le 17 juin.

La guerre froide s’est achevée il y a vingt ans. De nouveaux conflits sont survenus depuis – Balkans, Irak, Caucase, etc. Comment pense-t-on la guerre aujourd’hui ?

Il est difficile de penser la guerre quand le mot « guerre » est frappé d’une sorte de tabou. Depuis la fin de la guerre froide, même la notion de rapport de forces n’est plus acceptée partout, notamment en Europe, comme si l’expérience séculaire de ce continent était bannie de la conscience. Bien entendu, la guerre est toujours un horizon au XXIe siècle, même pour ceux qui le refusent. Elle peut encore prendre des formes terribles, inconnues de nos ancêtres, compte tenu des capacités destructrices actuelles. Il faut regarder la réalité en face et ressusciter la pensée stratégique en Europe. C’est l’un des messages du livre blanc.

Ce refus de penser la guerre n’est pas universel, même dans le monde occidental ?

Naturellement. Les Etats-Unis ne peuvent se permettre ce luxe, compte tenu de leur rôle dans les affaires du monde et de leurs réseaux d’alliances dans les régions les plus troublées. Certes, ils font trop confiance à la technologie, ils veulent des solutions trop rapides, ils laissent souvent des situations dangereuses après leur départ, mais ils ont une pensée stratégique. Il y en a aussi une en Chine, inquiétante parfois en raison d’une tendance exactement inverse à celle de l’Europe, et qui consiste à tout penser en termes de rapports de forces. Il y en a une à nouveau en Russie, comme on le voit en Géorgie – une opération très bien pensée -, mais aussi dans la série de succès remportés face à un Occident divisé, voire paralysé. On peut continuer la liste : avec huit conflits depuis 1945, des territoires disputés, de multiples organisations terroristes et la prolifération d’armes non conventionnelles, le Moyen-Orient n’a pas la possibilité de choisir une sortie de l’histoire.

Seule l’Europe ne se reconnaît pas d’ennemis ?

En effet, comme en témoigne la baisse de ses crédits de défense, phénomène unique au monde (la France et le Royaume-Uni sont des exceptions). Il y a une « fatigue de la guerre » sur ce continent qui, depuis le XVIIe siècle, a connu une grande guerre pratiquement à chaque génération. L’Europe veut sans doute la paix, noble objectif, mais désire surtout avoir la paix, ce qui est moins admirable. En France, très peu de politiques reconnaissent la nécessité de prendre des risques, de se battre et de parler de la guerre.

Les Français sont-ils toujours prêts à « mourir pour la patrie » ?

A l’âge de l’Europe, de la fin des invasions du territoire et de la professionnalisation des armées, je ne pense pas que cette expression soit très familière aux jeunes générations. Mais l’expérience récente montre, avec les Balkans, que les soldats français sont prêts à mourir pour mettre fin à des combats ethniques là où la défense de nos valeurs est plus claire que celle de nos intérêts de sécurité. Le siècle passé a montré les terribles conséquences stratégiques de l’oblitération des valeurs. La leçon ne doit pas être oubliée. On voit en Afghanistan que notre armée accepte les risques de ces conflits lointains où se joue notre sécurité, notamment face au terrorisme.

Qu’est-ce qui a changé dans l’approche des conflits potentiels au XXIe siècle ?

Il y a tout d’abord une grande difficulté à prévoir le type de conflit. C’est la raison de la priorité accordée dans le livre blanc aux activités de renseignement et de prospective. Pour ne prendre que quelques exemples : si la guerre du Golfe a été rapide et technologique, l’Afghanistan est un autre cas de figure, et une attaque terroriste massive sur le territoire national présenterait une situation encore différente. Il y a un élargissement de l’horizon géographique des conflits qui peuvent avoir un impact sur nos intérêts de sécurité. Une guerre en Extrême-Orient, par exemple, peut nous affecter en bouleversant des voies de communication et des flux de ressources essentiels, en perturbant les pays asiatiques qui contribuent à la richesse mondiale et en impliquant potentiellement les Etats-Unis – donc, dans certaines circonstances, leurs alliés. Le déplacement du centre de gravité des affaires stratégiques de l’Europe vers l’Asie ne nous met pas à l’abri.

Dans un monde où planent les menaces des missiles balistiques et du terrorisme international – qui ignorent les frontières -, il n’y a pas de sens à soutenir que nous n’avons « plus d’ennemis à nos frontières ». Enfin, la croyance selon laquelle la supériorité technologique des Occidentaux leur permettrait de conserver un avantage décisif a fait long feu après l’Afghanistan et l’Irak. A fortiori en cas d’usage d’armes biologiques ou nucléaires contre nos forces armées.

La notion de guerre n’est-elle pas devenue plus difficile à caractériser ?

Souvent, on ne sait pas bien si l’on est dans une situation de « guerre larvée », de « paix provisoire » ou de forte tension, pouvant ou non déboucher sur un conflit armé. C’est le genre de situation inconfortable que nous avons connue dans les Balkans, en Afrique et en Afghanistan. Cette limite floue entre guerre et paix ne permet plus de penser la guerre sous le seul angle des opérations militaires. Il faut y intégrer l’activité diplomatique, à condition que celle-ci se donne pour objectif d’obtenir des résultats, et non d’entretenir des discussions et des « processus ». Il faut aussi faire une place à la partie « postconflit ». C’est ce qui a manqué en Irak. On peut aussi passer brusquement d’une opération de maintien de la paix à un conflit de haute intensité. En Afghanistan, les dix Français morts en août étaient engagés dans une simple reconnaissance. Les soldats doivent donc être capables de mener des opérations très diverses, car la nature de leur action peut se transformer très vite.

Peut-on mieux prévoir les conflits à venir ?

La prévision peut être bonne sans que cela change grand-chose. Savoir sans agir ne sert à rien. On l’a encore constaté en Géorgie cet été. Il n’y avait guère de conflit plus prévisible, mais la réponse occidentale a été faible. Et cela ne semble pas avoir conduit beaucoup de services occidentaux à suivre les événements des derniers mois.

Les manœuvres russes en juillet, une sorte de répétition générale de ce qui allait se passer, n’ont pas retenu l’attention. L’Iran offre un autre exemple : on peut continuer à répéter que l’on ne veut ni une arme nucléaire iranienne ni la guerre, mais, avec le temps qui passe, le choix sera peut-être fait par d’autres. Que ferons-nous alors ? Le problème concerne moins l’intelligence que la volonté.

Même si la supériorité technologique ne garantit pas la victoire, n’en est-elle pas une composante essentielle ?

La manœuvre restera toujours plus importante que la technologie, mais il est clair que, si l’on veut éviter de faire la guerre d’hier, on ne peut négliger les technologies spatiales ou « cyberspatiales ». Le spatial est un multiplicateur de forces. Dès les premières heures d’un conflit, il peut permettre de détruire les défenses adverses. Il est essentiel pour l’observation, les communications, l’écoute… La Chine l’a compris mieux que les Européens. Après la première guerre du Golfe, en 1991, les Chinois ont entrepris un effort considérable pour rattraper leur retard. Ils ont d’ailleurs fait, en 2007, une démonstration remarquable, détruisant un microsatellite en orbite basse. Une performance qui a inquiété les Occidentaux à juste titre.

Et les technologies de l’information ?

Le cyberespace n’a rien à voir avec l’espace physique : il est évolutif, il n’a pas de frontières, et l’identification de l’adversaire y est très difficile. Une attaque peut se traduire par des blocages de systèmes informatiques, par des destructions de programmes, par des vols de données et même par des prises de contrôle d’un dispositif. Les auteurs peuvent être des Etats, mais aussi des acteurs non étatiques, liés ou non à des Etats. Il faut combiner la protection des systèmes avec la capacité de réaction rapide et d’actions offensives. En Estonie, l’an dernier, des attaques informatiques ont été déclenchées avec la participation involontaire de nombreux ordinateurs sur le sol européen, dans lesquels avaient été infiltrés des agents dormants, activés lors de l’offensive.

En Géorgie, les attaques provenant d’un serveur russe cet été visaient principalement la présidence géorgienne. C’était une guerre psychologique, comme les Chinois en conduisent contre Taïwan pour montrer qu’ils ont la capacité de pénétrer ses systèmes informatiques : ils plantent le drapeau chinois dans les ordinateurs du ministère taïwanais de la Défense !

Que reste-t-il des théories de guerres propres ou avec zéro mort ?

La guerre restera toujours primitive et barbare. Avec ou sans les technologies modernes, il n’y aura jamais de guerres propres, pas plus au XXIe siècle qu’il n’y en a eu au Moyen Age. La guerre est une régression, au sens psychologique du terme, et la violence qu’elle déchaîne est en partie incontrôlable. Le conflit mondial de 1914-1918 a sans doute été la dernière guerre de soldats. Celles qui ont suivi ont vu une implication croissante des populations civiles, comme victimes mais aussi comme enjeux. La barbarie a de beaux jours devant elle, surtout si les armes non conventionnelles entrent en scène. Cette situation devrait inciter les civils à s’intéresser davantage aux conflits, et les gouvernements à mieux informer sur les problèmes de la guerre et de la paix. Ce n’est pas en proclamant que la guerre est la pire des choses que l’on y mettra fin : je trouve pathétique cette forme de pensée magique compte tenu des dangers qui se profilent à l’horizon.

Thérèse Delpech

Cette agrégée de philosophie est l’auteure de nombreux ouvrages, dont « La Guerre parfaite » (Flammarion, 1998), « Politique du chaos » (Seuil, 2002), « L’Ensauvagement : essai sur le retour de la barbarie au XXIe siècle » (Grasset, 2005), « L’Iran, la bombe et la démission des nations » (Autrement-Ceri, 2006)

2 Responses to Gaza: ‘Avoir la paix’, le grand mot de toutes les lâchetés (All Quiet on the Western Front meets no-holds-barred warfare)

  1. hichem dit :

    Ne vous inquieter pas GAZA on sera toujours avec vous tenez bon ALLAH est avec vous et nous aussi nous faisons des dons nous venons pour vous aider et sur ne l’acher pas accrocher vous ALLAH vous protegera.

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  2. […] Avoir la paix’, le grand mot de toutes les lâchetés civiques et intellectuelles. Péguy […]

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