Libertés: Le Moyen-Orient n’est pas arabo-musulman (The Middle-east is neither Arab nor Muslim)

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Bringing democracy to the Middle East
Les musulmans n’en ont pas toujours conscience, mais ils se sont imposés les premiers en Europe comme concurrents, avec des aspirations dominatrices. La plupart des pays musulmans actuels étaient alors chrétiens – l’Egypte, la Syrie, la Turquie… Pendant longtemps, les musulmans ont été les plus forts, les plus riches, les plus civilisés. (…) L’Occident chrétien a définitivement emporté la partie quand, à partir des années 1800, sa domination technologique a été écrasante. En fait, quand les canons et les fusils occidentaux se sont mis à tirer plus vite… Maxime Rodinson
L’Institut du Monde Arabe est un lieu de culture fruit d’un partenariat entre la France et vingt-deux pays arabes : Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Djibouti, Égypte, Émirats Arabes Unis, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Palestine, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie et Yémen. Fondation de droit français, l’IMA a été conçu pour faire connaître et rayonner la culture arabe. Il est devenu aujourd’hui un véritable « pont culturel » entre la France et le monde arabe. L’Institut du monde arabe (Paris)
Voilà, en tout cas, une réalisation qui prouve la volonté de la France d’être en mesure de servir la relation entre nos cultures, entre ce vaste monde qui est le vôtre, et nous-mêmes reliés que nous avons été à travers l’histoire par la géographie, par la mer Méditerranée, après tant de confrontations et de luttes, baignés, surtout lorsque l’on songe à la montée de l’Islam par l’Espagne, aux sources les plus prestigieuses et les plus exaltantes d’une culture que nous avons appris à connaître et à intégrer dans nos propres concepts. Vous nous avez beaucoup apporté et dans le domaine des sciences, et dans le domaine des arts, et dans le domaine des lettres. J’évoquais, il y a peu d’heures, ici même, l’apport dans le domaine des mathématiques, de l’astronomie, de l’optique, de l’hydraulique, du calcul. Impossible d’énumérer d’une façon aussi simple l’apport littéraire qui change avec chacun de ceux qui ont su le créer. Quant à l’apport artistique, je crois que l’idée architecturale a voulu précisément évoquer ici même plus qu’un reflet de la culture arabe, a voulu créer un climat, inventer une façon d’être, transposer, toujours en l’intégrant, cette réalité culturelle qui est l’élément dominant, qui doit désormais diriger la pensée de ceux qui géreront l’Institut du monde arabe et de ceux qui y viendront pour parfaire leur culture … François Mitterrand (inauguration de l’IMA, Paris, 1987)
Si l’intervention militaire en Irak et le renversement du régime chauviniste de Saddam Hussein a apporté un quelconque résultat positif, hormis le déclenchement timide d’un processus politique démocratique, c’est sans doute le dévoilement de la grande diversité confessionnelle, ethnique et culturelle du Moyen-Orient qui demeure une réalité résiliente. (…) En réalité, les Egyptiens ne sont pas plus Arabes que ne sont Espagnols les Mexicains et les Péruviens. Ce qui fonde la nation, c’est la référence à une entité géographique, le partage de mêmes valeurs, une communauté de convenances politiques, d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et de rêves communs. A contre-courant de toutes les expériences nationalistes venant couronner des faits nationaux, objectifs et observables, le nationalisme panarabe est plus le créateur que la création de la nation arabe. Sa conception arbitraire de la nation qui veut que l’on soit Arabe malgré soi, pour la simple raison que l’on fait usage de la langue arabe met à l’écart d’importants récits historiques et de légitimes revendications nationales. Masri Feki

Et si le Moyen-Orient n’était tout simplement pas arabo-musulman?

Exclusion de fait des emplois publics (coptes égyptiens: 15% de la population/ 1.5%, des postes) et du Parlement (1 siège sur 444), quasi-exclusion des hauts échelons de l’armée et de la magistrature, interdiction de pratiquer l’obstétrique ou d’enseigner l’arabe, impossibilité de construire ou d’entretenir leurs lieux de culte, réduction à la quasi-invisibilté politique ou médiatique…

Mise à la botte des peuples non-arabes qui ont adopté l’arabe comme langue nationale (Egyptiens, Somaliens, Soudanais – jusqu’au quasi-génocide pour les habitants du Darfour!), arabisation forcée (kurdes d’Irak et de Syrie), persécution permanente (coptes d’Égypte, assyriens et chaldéens d’Irak, juifs du Yémen, Syrie, Irak) …

Alors qu’avec l’euphorie obamienne, la mantra bien-pensante du prétendu bourbier irakien est en passe de devenir vérité historique …

Retour, avec le toujours aussi bon et hélas toujours aussi peu connu en France chercheur d’origine égyptienne Masri Feki, sur l’un des aussi indéniables qu’inattendus succès de l’opération Liberté pour l’Irak.

A savoir, mis à part « le déclenchement (certes) timide d’un processus politique démocratique », la (re)découverte de la « grande et toujours vivante diversité confessionnelle, ethnique et culturelle du Moyen-Orient ».

Et plus précisément, au-delà des tensions claniques ou tribales au sein de certains régimes arao-musulmans (alaouites en Syrie, sunnites au Bahreïn), le véritable enfer quotidien que vivent, au Moyen-Orient et dans l’indifférence générale du reste du monde, nombre de « ceux qui ne se retrouvent pas dans le schéma arabo-musulman »…

Le Moyen-Orient n’est pas arabo-musulman
Masri Feki*
Hürriyet (quotidien turc libéral)
2 décembre 2008
Traduction de Lyn Julius

Dans un article intitulé « Les droits des minorités ? Non merci ! » paru dans le Guardian du 19 septembre, Brian Whitaker a commenté une conférence que j’ai donné la veille au London Middle East Institute. M. Whitaker a réduit le problème minoritaire au Moyen-Orient à la question de l’autoritarisme des régimes en place sous prétexte que tout le monde est opprimé dans cette partie du monde, et pas une communauté plus qu’une autre. Il a pris pour exemples des régimes autoritaires soit-disant issus de minorités (alaouites en Syrie, sunnites Bahreïn). Je suis en désaccord total avec cet argument.

D’abord les exemples avancés sont inexacts, puisque les régimes évoqués sont à la fois arabes et musulmans et se revendiquent comme tels. Ils n’incarnent par conséquent pas les angoisses et les difficultés que ressentent les minorités dont il a été question lors de notre conférence. Les clivages qui les distinguent du reste de leurs sociétés sont plutôt d’ordre clanique et tribal que national ou religieux. Enfin, nous constatons qu’outre le problème de gouvernance dont souffre l’ensemble des sociétés de la région, il existe des problèmes spécifiques aux minorités, c’est-à-dire à ceux qui ne se retrouvent pas dans le schéma « arabo-musulman » qui nous a été imposé au lendemain de la chute de l’Empire ottoman et dont les deux pôles (l’islamisme et l’arabisme) sont décrits dans les lignes qui suivent.

L’islam politique est incompatible avec la citoyenneté

L’islamisme est une idéologie exclusiviste par définition. En rejetant la conception moderne de la citoyenneté, il écarte l’hypothèse d’une participation civique non-musulmane. Sa constitution est immuable (droit divin), son programme ne peut être remis en cause puisqu’il émane du Créateur du monde. Absolutiste par nature, son discours exclut les incroyants et par conséquent les non-musulmans. En contradiction apparente avec les principes constitutionnels des gouvernements en place, ces derniers ont beaucoup cédé pour éviter de s’attirer les foudres de l’opposition islamiste alors qu’ils manquent d’assise populaire et de légitimité.

Même les régimes arabes se revendiquant du socialisme progressiste (Egypte, Syrie, ancien Irak) ont contribué, par leur passivité, à l’essor de l’islam politique. En Egypte par exemple, c’est avec Sadate que l’islam investit la sphère publique dans les années 70. Les Frères musulmans connaissaient alors une véritable lune de miel avec celui qui se faisait appeler « le président croyant ». Certains d’entre eux trouvaient des postes importants dans l’administration et les universités. Militants d’une lecture littérale du Coran excluant les infidèles de la vie publique, ils serviront aux yeux de Sadate de bouclier contre le communisme tandis que les Coptes deviennent la cible privilégiée de la violence islamiste et l’objet d’une discrimination diffuse. Ces 15% des Egyptiens n’occupent désormais que 1.5% des emplois dans la Fonction publique, ne détiennent qu’un seul siège au Parlement (sur 444) et sont quasiment exclus des hauts échelons de l’armée et de la magistrature. L’interdiction de pratiquer l’obstétrique ou d’enseigner l’arabe, les contraintes légales et administratives liées à la construction et à l’entretien des lieux de cultes chrétiens, la faible visibilité des communautés chrétiennes sur la scène politique et dans les médias officiels sont autant de preuves non seulement des discriminations bien réelles auxquelles celles-ci doivent faire face mais aussi du manque d’empressement des autorités d’y mettre fin, ce qui est régulièrement dénoncé dans les rapports annuels du Comité des droits des l’homme des Nations unies.

Les arabophones ne sont pas tous Arabes

Certes, une langue commune est un facteur d’unité capable de rapprocher les membres disparates d’une nation donnée. Mais tout comme la religion n’est pas la caractéristique d’une ethnie, la langue n’est pas un critère objectif suffisant pour créer une nation. De nombreux peuples dans le monde partagent une même langue sans pour autant constituer une seule et même nation. En réalité, les Egyptiens ne sont pas plus Arabes que ne sont Espagnols les Mexicains et les Péruviens. Ce qui fonde la nation, c’est la référence à une entité géographique, le partage de mêmes valeurs, une communauté de convenances politiques, d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et de rêves communs. A contre-courant de toutes les expériences nationalistes venant couronner des faits nationaux, objectifs et observables, le nationalisme panarabe est plus le créateur que la création de la nation arabe. Sa conception arbitraire de la nation qui veut que l’on soit Arabe malgré soi, pour la simple raison que l’on fait usage de la langue arabe met à l’écart d’importants récits historiques et de légitimes revendications nationales.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut rejeter la légitimité de l’identité arabe. Le nationalisme arabe (l’arabisme) n’est pas illégitime en soi, mais la définition extensive qu’il revendique (le panarabisme) dénie les identités nationales des peuples non-arabes qui ont adopté l’arabe comme langue nationale (Egyptiens, Soudanais, Somaliens), mais aussi de ceux qui ne l’ont pas adopté. L’arabisation forcée des populations kurdes en Irak et en Syrie, la persécution permanente des minorités coptes en Égypte, assyriennes et chaldéennes en Irak, le harcèlement continu des dernières communautés juives des pays arabes de la région (Yémen, Syrie, Irak), et le recours à la violence, l’intimidation et la négation culturelle à l’encontre de toute minorité qui refuse d’être à la botte du panarabisme exprime le chauvinisme belliqueux de cette idéologie.

Le Moyen-Orient est une « aire de diversité »

Cette conception étonnante de l’identité nationale et religieuse, est pourtant en totale contradiction avec les grandes valeurs arabes et ne représente aucunement les revendications de la mosaïque culturelle, ethnique, religieuse et linguistique qu’a toujours été le Moyen-Orient. Il est temps de faire la distinction entre, d’une part, les Arabes et les musulmans. Et de l’autre, entre l’arabité et l’arabophonie.

Si l’intervention militaire en Irak et le renversement du régime chauviniste de Saddam Hussein a apporté un quelconque résultat positif, hormis le déclenchement timide d’un processus politique démocratique, c’est sans doute le dévoilement de la grande diversité confessionnelle, ethnique et culturelle du Moyen-Orient qui demeure une réalité résiliente. Apprendre à accepter l’ « autre » avec sa différence et son identité est le vrai défi que nous devons affronter.

*Natif du Caire, Masri M. FEKI est politologue et écrivain. Il est le fondateur du Middle East Pact (MEP) – « http://www.mep-online.org » – et l’auteur de nombreux ouvrages sur le Moyen-Orient.

4 commentaires pour Libertés: Le Moyen-Orient n’est pas arabo-musulman (The Middle-east is neither Arab nor Muslim)

  1. jugurta dit :

    Remarquable, tout simplement.

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  2. josé dit :

    Masri FEKI est à lire / cf ses livres chez Studyrama perspectives

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    • jcdurbant dit :

      Oui, mais il est hélas snobé par nos gardiens du temple qui refusent systématiquement ses articles, probablement parce qu’il bouscule trop de leurs idées reçues et que les petits livres qu’il réussit à publier sont trop accessibles et risqueraient de dessiller les yeux du grand public et donc de leur fonds de commerce en faux en écriture …

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  3. jcdurbant dit :

    Non, nous ne sommes pas des Arabes. Assez de mensonge, de fraude, de courtisanerie, d’impuissance et de peur … !!

    La Syrien n’est pas un Arabe, l’Irakien n’est pas Arabe, l’Egyptien n’est pas un Arabe, le Libanais n’est pas un Arabe, le Jordanien et le Palestinien non plus.

    Nous sommes des Levantins, nous sommes des Byzantins, des syriaques, des Chaldéens, des Assyriens, des Coptes, nous sommes les descendants d’Ebla et de la Mésopotamie, des Phéniciens, des Pharaons, nous sommes du Levant et son peuple autochtone. Nous ne sommes pas des Arabes, assez de viol de falsification de l’histoire, de la géographie, de la vérité et la réalité.

    Les descendants de l’Arabie sont les Arabes – et pour rester fidèle à l’Histoire – nous disons qu’il y a des tribus arabes qui sont devenues chrétiennes mais l’arabité de la minorité ne saurait se généraliser à la majorité Levantine qui n’a jamais été Arabe.

    Même si nous sommes arabophones, cela ne veut pas dire pour autant que nous sommes des Arabes. l’Américain qui parle anglais n’est pas un anglais pour autant, le brésilien qui parle portugais n’est pas portugais pour autant et l’Argentin qui parle espagnol n’est pas espagnol pour autant. Ce sont des langues coloniales héritées d’un passé colonial.

    Même si nous parlons arabe, nous ne sommes pas des Arabes et ne nous ressemblons en rien aux Arabes, ni dans la pensée, ni dans le goût ni non plus dans la civilisation.

    Nous étions un pont entre vous et l’Occident et vous êtes devenus un outil entre les mains de l’Occident pour détruire notre oritentalité. Nous vous avons connu à travers vos fruits, un passé barbare, fait d’humiliation et de fractures. Rappelez-nous une seule victoire à vous ? Ou une seule gloire à vous ? Vos victoires se réduisent à l’anéantissement de l’Autre, du frère à frère, du fils à son père pour le pouvoir ou pour une femme ou pour un chameau ou encore pour un âne. L’Occident vous a écrasé , celui-là même que vous taxez d’infidèle et vous lui léchez quand même les pieds pour qu’il préserve vos trônes, et voler ensuite les deniers des pauvres pour remplir ses ( l’Occident ) banques.

    On en a assez et on ne couvrira plus jamais cette farce à partir d’aujourd’hui. Ô vous bergers et messieurs les arabisants et les passionnés de l’arabisme, si vous souhaitez la parler et vous en targuez, parlez plutôt de votre lâcheté et non des peuples massacrés, violés et enlevés et dont le passé et le présent ont été détruit et peut-être même l’avenir, tout au nom de l’arabisme …

    Père Théodoros Daoud (pasteur à l’Église orthodoxe antiochoise, Baltimore – Maryland)

    http://www.tabrat.info/?p=3188

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