Médias: Un Canard décidément très enchainé

21 novembre, 2008

La Face cachée du CanardPour ceux qui doutaient encore du caractère décidément très enchainé du Canard du même nom …

« Courtisans bavards », « maîtres de l’intrigue », « balances occasionnelles », pigistes de luxe (Mitterrand, Sarkozy, Hortefeux, Hollande), écriture de chroniques par des communicants de l’Elysée ou de la Mairie de Paris, ménagement de certaines sources (leur ancien avocat Roland Dumas dans l’affaire Elf), révélations intéressées ou téléguidées (diamants de Giscard), vengeances différées et règlements de comptes par fuites interposées (affaire Papon contre « plombiers » et micros), fourvoiements historiques (sabotage du Rainbow Warrior attribué aux services secrets britanniques, prétendues responsabilités de deux ministres dans l’assassinat d’un préfet), pot rituel annuel pour récompenser les informateurs et relayeurs de ses infos, trésor de guerre dépassant les 90 millions d’euros, enveloppes en liquide, journalistes parmi les mieux payés du pays (de 7 500 euros mensuels à 200 000 euros net annuels), résultats sans aucune publicité en constante hausse …

A l’heure où un appel d’offres pour une prestation de veille d’opinion (en fait l’extension, comme dans tous les grands ministères, de la traditionnelle revue de presse aux nouveaux medias internet) se voit, pour soupçons de soi-disant fichage (le repérage des leaders d’opinion et des lanceurs d’alerte), salué par une levée de boucliers

Et en ces temps où, après les réseaux de défenseurs de clandestins, des enseignants se la jouent désobéissance civile et résistance sur leurs blogs

Retour, via les extraits du livre-enquête de deux journalistes que publie l’Express cette semaine, sur la feuille à ragots préférée de la République qui tient lieu au pays autoproclamé des droits de l’homme de presse d’investigation, à savoir le Canard enchainé …

La face cachée du Canard
Christophe Barbier, Jérôme Dupuis
L’Express
le 19/11/2008

Le Canard enchaîné n’est pas un journal; c’est un monument.

Créé en 1915, l' »hebdomadaire satirique paraissant le mercredi » apporte, depuis 4595 numéros, sa bouffée d’oxygène et sa giclée de vitriol démocratique dans le débat public. Attendu par ses lecteurs, redouté par ses cibles, disséqué par ses concurrents, Le Canard enchaîné occupe une place à part dans la presse française. Il vit sans recourir à la publicité, n’a presque jamais changé de maquette, ne comprend que huit pages, présente plus de 30 dessins pour une seule photo et ses journalistes fuient les plateaux de télévision…

Consacrer une enquête à cette institution médiatique était donc plus que légitime: nécessaire. « Nous critiquons les autres, donc nous sommes critiquables », reconnaissait Roger Fressoz, ancien patron du journal.

Le travail de Karl Laske et Laurent Valdiguié, Le Vrai Canard (Stock), est copieux et minutieux: il détaille le fonctionnement complexe de l’hebdomadaire, en retrace l’histoire et décrit les coulisses de ses scoops.

Car Le Canard lève des lièvres. Journal d’humeur et d’humour, il est devenu, sur le tard, un spécialiste de l’investigation. Certains dossiers, parce qu’ils ont mêlé enquête et action politique, ont changé l’Histoire, comme celui des diamants offerts à Giscard par Bokassa, celui des « plombiers » surpris en train de poser des micros au journal ou encore l’affaire Papon. Quant à d’autres « révélations », envoyées aux oubliettes du journal, elles sont autant de fourvoiements: le sabotage du Rainbow Warrior par les services secrets britanniques, la responsabilité de Jean-Claude Gaudin et de François Léotard dans l’assassinat de Yann Piat, le compte japonais de Jacques Chirac…

Le Canard, c’est aussi un petit monde et un gros tas de secrets. L’argent du journal, la lutte pour le pouvoir interne, le parcours politique de ses plumes d’hier et d’aujourd’hui, la misogynie ambiante… Le Vrai Canard, dont L’Express publie des extraits en exclusivité, lève le voile sur cette face cachée d’une institution qui se veut au-dessus de tout soupçon.

La face cachée du Canard
– Extraits
La page d’eux, ou le journal de Nicolas S.
Karl Laske et Laurent Valdiguié
L’Express
le 19/11/2008

Les journalistes Karl Laske et Laurent Valdiguié publient chez Stock Le vrai Canard, une enquête sur les coulisses du célèbre hebdomadaire satirique, sur son fonctionnement et ses scoops. L’Express vous en révèle cette semaine quelques extraits choisis: celui-ci évoque les relations qu’entretient le Canard Enchaîné avec Nicolas Sarkozy et sa femme.

Force est de constater qu’avec la présidence Sarkozy Le Canard est en dessous de la main. […] « Est-ce qu’il y a des gens séduits par Sarko? C’est possible », explique le journaliste Claude Roire. Selon ce dernier, Nicolas Brimo, administrateur délégué du journal, a eu de l’admiration pour Sarkozy. « Nicolas n’est pas sarkozyste, poursuit Roire. Mais il trouve que Sarko a du culot, de la présence d’esprit. Qu’il est assez énergique. » La page 2, que Brimo dirige avec Michel Gaillard, s’en ressent. « Lorsqu’on analyse La Mare aux canards, on s’aperçoit que ces brèves sont souvent à décharge de Nicolas Sarkozy », estime un pigiste politique. […]

Pâle copie de ces vieilles rubriques d’autrefois, Le Journal de Carla B. tient lieu de chronique de la vie à l’Elysée sous Sarkozy. La formule décline Le Journal de Xavière, qui avait été mis au point dans les derniers mois de la régence Tiberi à l’hôtel de ville de Paris. Un faux journal méchant. « C’est moi qui faisais les dialogues, nous révèle aujourd’hui Jean-François Probst, alors communicant des Tiberi à la mairie de Paris. J’avais quelqu’un du Canard tous les lundis au téléphone et je lui racontais la semaine des Tiberi, avec les textes qui allaient avec. J’en profitais pour glisser des vacheries sur nos ennemis du moment. Jean et Xavière en raffolaient […]. » Pour Le Journal de Carla B., Le Canard a repris la même recette. Pas très méchante. La vraie Carla adore. Pierre Charon, le plus vieux conseiller de Sarkozy, revenu en cour après le départ de Cécilia et attaché à la communication de la nouvelle première dame, se charge de certains dialogues. « Il m’arrive de faire passer des messages dans Le Journal de Carla B., admet-il volontiers. Quand le déjeuner [avec Carla] de Jean-Michel Thénard [journaliste du Canard] à l’Elysée a été révélé, Pierre Charon a même dû se faire petit. « On m’a fait comprendre qu’il fallait que je me mette en veilleuse, admet-il. Cela n’a duré que quelques semaines. » Déjeuner avec une première dame n’était déjà pas anodin, mais associer un communicant de l’Elysée à la rédaction d’une chronique, ça l’était encore moins.

[…] « C’est le vrai journal de Carla, assure François-David Cravenne, conseiller ministériel du premier cercle sarkozyste. Carla Sarkozy demande directement à Charon de faire passer ceci ou cela dans « son » journal. On raconte qu’elle le lit tous les mardis soir à Sarko. » […]

Brice Hortefeux est [également] une « source » de première importance pour Le Canard enchaîné. Le copain d’enfance du président, devenu ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, s’est rapproché du journaliste Frédéric Haziza, l’un des pigistes de La Mare aux canards. « Une fois sur deux, quand mon portable sonne, c’est Haziza », a confié le ministre à un journaliste politique.

« Haziza passait voir Hortefeux tous les dimanches soir, à Beauvau », se souvient un membre du cabinet Sarkozy au ministère de l’Intérieur. C’est un secret de Polichinelle dans le cercle du président que le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale fournissait de bons échos à la page 2 du Canard.

[…] « La page 2, Hollande et Sarkozy l’ont beaucoup utilisée, assure un pigiste. Il y a une réunion du PS tous les mardis, et Nicolas Brimo a les informations aussitôt après par François Hollande. Sarkozy s’est servi de la 2 tout au long de la campagne électorale pour motiver ses troupes et faire passer des messages. »
Tous les extraits du Vrai Canard (Stock) dans le numéro 2994 de L’Express, à paraître ce jeudi.

La face cachée du Canard
Bonnes feuilles d’un pot
Karl Laske et Laurent Valdiguié
L’Express
le 19/11/2008

Les journalistes Karl Laske et Laurent Valdiguié publient chez Stock Le vrai Canard, une enquête sur les coulisses du célèbre hebdomadaire satirique, sur son fonctionnement et ses scoops. L’Express vous en révèle cette semaine quelques extraits choisis: il s’agit ici d’une réunion inévitable.

« Il y a une réunion tous les mardis, et Nicolas Brimo a les informations aussitôt après par François Hollande ».

« Il faut parler du pot du Canard ! » C’est un journaliste qui le recommande. Un « ami du Canard ». Un travail sur l’hebdomadaire ne saurait ignorer le rituel qui fédère tous les ans la maison Canard. « C’est un concours des élégances. Y être, c’est bien ; ne pas y être, c’est un signe de disgrâce, parfois très mal vécu. » Dans la foule qui s’y presse, parmi les proches du journal et leurs familles, se faufilent les fameuses sources de l’hebdo. Petits et grands amis. Des stakhanovistes de la page 2, des courtisans bavards, quelques maîtres de l’intrigue. Et des balances occasionnelles. Des notables plus brillants, de l’édition ou du show-biz, attirent heureusement l’attention. « Un cahier circule quelques semaines avant, et on peut y inscrire ses invités. Et parfois rayer des noms. Certains se retrouvent blacklistés. » Michel Gaillard et ses rédacteurs en chef ont, seuls, cette faculté de rayer des noms. Dans Paris, certains sont discrètement avertis qu’ils figurent sur « la liste ». « La question devient: « Est-ce que je vais être barré ou pas? » » s’amuse un autre habitué, journaliste. Un investigateur parisien longtemps invité s’est vu soudain privé de carton parce qu’il n’avait pas relayé une enquête du palmipède. Il s’en amuse, lui aussi. Mais Le Canard est pointilleux à ce sujet.

C’est au 217, boulevard Saint-Germain, à la Maison de l’Amérique latine, que Le Canard régale ses invités. […] Pour faire bonne mesure, Le Canard a eu l’idée de poster, en haut de l’escalier d’honneur, un huissier à chaîne, ancien du Sénat. Un « aboyeur », comme on dit, mais qui, au Canard , se contente de rester au garde-à-vous. […] « C’est le plus beau buffet de la place de Paris ! s’enthousiasme un journaliste. [En 2008,] il y avait quatre saumons différents, quatre foies gras différents. Et des toasts de toutes les couleurs, de petites galettes indiennes, et toujours à volonté. » La dernière invitation a vu passer plus de people qu’à l’accoutumée. On y a aperçu Guy Bedos, Robert Charlebois, Vincent Lindon, Antoine de Caunes. Un des collaborateurs du Coin-coin des variétés, Albert Algoud, a coécrit des sketchs dans l’émission Nulle Part ailleurs.

Le dédale des salons, l’ouverture des jardins permettent à ceux qui le veulent de s’éviter. Mais pas toujours. Ainsi le directeur général des impôts (DGI) a-t-il rencontré le président du Syndicat national unifié des impôts (Snui) non loin de Nicolas Brimo, qui s’est vanté de contribuer ainsi à régler un conflit social dans l’administration « grâce au pot du Canard ». En 2006, certains repèrent au buffet un jeune homme un peu emprunté. Un fonctionnaire? Presque: c’est David Martinon, conseiller diplomatique du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, promis à une fonction de porte-parole de l’Elysée. On chouchoute les seconds couteaux. Lorsque l’ancien Premier ministre Pierre Mauroy était venu, sans invitation, mais en accompagnant son chef de cabinet, Jean-Michel Rosenfeld, les patrons du Canard, dit-on, n’avaient pas apprécié. Michel Charasse, en revanche, est venu souvent, avec son propre carton. Jean-Noël Tassez aussi, avec ou sans sa femme, Charlotte Rampling. « A priori, c’était le pot des copains et des informateurs ; ça devient le pot de ceux qu’on protège », rumine un journaliste.
Retrouvez d’autres extraits du Vrai Canard (Stock) dans le numéro 2994 de L’Express, en vente dès ce jeudi.

La face cachée du Canard
Que les gros salaires lèvent la palme

Karl Laske et Laurent Valdiguié
L’Express
le 19/11/2008

Les journalistes Karl Laske et Laurent Valdiguié publient chez Stock Le vrai Canard, une enquête sur les coulisses du célèbre hebdomadaire satirique, sur son fonctionnement et ses scoops. L’Express vous en révèle cette semaine quelques extraits choisis: dans celui-ci, les gros salaires lèvent le doigt.

Bien que son capital ne soit pas cessible, ni rétribué, Le Canard « nourrit bien son monde ». Ainsi, tous les ans, les journalistes et les patrons reçoivent, dans un esprit de partage, des « chocolats ». Ce moment est généralement très apprécié, même par les réfractaires. La « coopérative » n’offre pas de vrais chocolats, mais de généreuses gratifications, distribuées au personnel, devant un buffet bien garni.

« Le rituel est immuable, raconte un journaliste. La remise des chocolats a lieu dans la foulée de l’assemblée générale, dans la salle du troisième étage, la salle des dessinateurs. Autrefois, la maison offrait vraiment une boîte de chocolats à ses employés. Les boîtes ont été remplacées par une enveloppe. Le restaurateur du coin livre des bouteilles de grands crus classés et des pâtés, des saucissons et de la charcutaille en pagaille. La comptable, une dame un peu forte, a préparé des enveloppes nominatives. Ça commence à 18 heures. Ce n’est pas une distribution à proprement parler. La comptable passe discuter avec chacun et lui remet son enveloppe. Dans le temps, il paraît qu’il y avait du liquide à l’intérieur. Aujourd’hui, c’est un chèque. »

Les journalistes du Canard sont parmi « les mieux payés » de la place de Paris, et ils le savent bien. « Les rédacteurs ont un salaire fixe – le salaire moyen se situant aux alentours de 3 750 euros – trois mois de salaire double et une prime versée en deux fois. » Leur salaire est généralement doublé. Et 7 500 euros n’est encore qu’un salaire mensuel moyen d’un journaliste confirmé. Selon nos informations, les dirigeants du Canard, quant à eux, émergent à hauteur de 200 000 euros net annuels. Ce qui les place dans la fourchette des meilleures rémunérations de la « grande presse ». […] L’entreprise affiche aujourd’hui 81 salariés, que Le Canard dispense d’un comité d’entreprise. « Le PDG – en l’occurrence, moi – signe tous les ans un constat de carence, explique Michel Gaillard. Ce document, adressé à l’administration, constate qu’aucun salarié ne s’est porté candidat à l’élection d’un comité d’entreprise. Il faut croire que les salariés du Canard, qui en sont aussi les actionnaires et élisent chaque année les membres du conseil d’administration, n’éprouvent pas le besoin d’être représentés dans d’autres organes. »

Canard enchaîné
Un Canard laqué or

Karl Laske et Laurent Valdiguié
L’Express
le 19/11/2008

Les journalistes Karl Laske et Laurent Valdiguié publient chez Stock Le vrai Canard, une enquête sur les coulisses du célèbre hebdomadaire satirique, sur son fonctionnement et ses scoops. L’Express vous en révèle cette semaine quelques extraits choisis: celui-ci parle d’argent. De beaucoup d’argent.

Le Canard est riche. Vraiment riche. De plus en plus riche. En 2008, il dispose de 91,7 millions d’euros de réserves. La presse qui reprend, parfois chaque semaine, les informations de l’hebdomadaire s’intéresse très rarement à l’entreprise qui l’édite, à sa gestion, à son argent. Comme à sa situation sociale, d’ailleurs. On admire ses résultats: 6,2 millions d’euros de bénéfice net en 2007 ; 7,7 millions en 2006 ; 5,9 millions en 2005 ; 4,9 millions en 2004 ; 4,7 en 2003… […] En 2006, Le Canard a enregistré une plus-value exceptionnelle en vendant des bons du Trésor arrivés à échéance. […]

En mai 2006, un journaliste de Libération invité à la soirée annuelle du Canard ose approcher Nicolas Brimo, l’administrateur du journal, pour lui demander si Le Canard ne pourrait pas entrer dans le capital du quotidien en crise. Nicolas Brimo clôt aussitôt la conversation. « On n’a pas envie de crever avec vous », lance-t-il, fanfaron.

[…] « Depuis la fin des années 1960, Le Canard a toujours gagné de l’argent, sauf en 1982, où l’on a trop tardé à augmenter le prix, explique Nicolas Brimo à l’historien Laurent Martin en 1995. On a un gros matelas financier. Il se monte à peu près à une année de chiffre d’affaires. On ne possède pas d’actions pour des raisons déontologiques. Pas de sicav placées à l’étranger… Ce sont des dépôts à terme dans de grands établissements bancaires (dans les années 1950, des bons du Trésor). Nos réserves n’ont jamais été entamées pour des investissements. Le journal doit être rentable en exploitation. »

[…] « Vous ne saurez pas qui détient les actions du Canard », avertit un ancien. Difficile à croire. Et pourtant, en sortant du greffe du tribunal du commerce de Paris avec la copie du dossier 58B9332 des Editions Maréchal-Le Canard enchaîné, on doit convenir que le sujet est difficile. D’abord, il n’est précisé nulle part que le capital est détenu par ses rédacteurs, ses journalistes ou, plus largement, son équipe. Ce qui contredit bien des légendes. Le 21 juin 2000, la société a porté son capital à 100 000 euros. Ce capital est divisé en 1 000 actions de 100 euros chacune. […] Les actions sont incessibles et reviennent aux administrateurs du Canard.

Une seconde société, la société civile LCE, qui n’apparaît pas dans les statuts de la SA, complète le dispositif. Sans la nommer, Nicolas Brimo en a justifié l’existence devant Laurent Martin: « La structure du journal est la suivante: une société anonyme, dont la majeure partie du personnel est actionnaire: c’est la société d’exploitation qui fait la totalité du chiffre d’affaires. La société civile [qui] possède le titre, et dans laquelle figurent les responsables du journal. Ils possèdent les parts de la société, qui ne rapportent aucun dividende. » Selon Brimo, cette structure est le « moyen de protéger le capital et l’indépendance » […]. La société civile propriétaire du titre a été sécurisée par une association. En décembre 1987, Roger Fressoz, le directeur, dépose les statuts d’une association loi 1901, qu’il préside. […] Le Canard est donc triplement verrouillé. La société anonyme au sein de laquelle on est éventuellement coopté est verrouillée par la société civile propriétaire du titre, elle-même verrouillée par l’association.

[…] Selon de nombreux témoignages, jusqu’au début des années 1980, lorsque la direction délivre ses actions, elle demande à son nouvel actionnaire salarié de signer un blanc-seing. « C’est un document que l’on vous fait signer selon lequel vous acceptez la cession de tant d’actions du Canard. Il y a un blanc pour y indiquer le cas échéant le nom d’un futur bénéficiaire. De cette façon, si vous ne marchez pas droit ou si vous quittez l’entreprise, que vous vouliez ou non vous défaire de vos actions, l’administrateur prend votre lettre, remplit le blanc par le nom d’un autre. Et l’on vous oppose que vous avez accepté la cession. »


Election américaine: Al-Qaida ne fait que reprendre la rhétorique de Malcolm X (I will not vote for the next slavemaster)

20 novembre, 2008
Malcom XObama, c’est un pantin au bout de sa ficelle. Il est pas question que je soutienne un noir qui fait la politique des blancs. Je voterai pas pour le prochain négrier. “Shabazz” (membre du New Black Panther Party de Philadelphie)
Obama rassure. Les Black Panthers ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Denis Sieffert

Quelle meilleure preuve de la victoire du « cowboy Bush » sur le terrorisme?

Administration républicaine victime, après 7 ans sans attentats sur le territoire américain, de ses propres succès contre le terrorisme …

Future administration démocrate qui, après avoir si violemment critiqué ses prédécesseurs, s’apprête à engranger les bénéfices desdits succès avec non seulement le hold up du siècle mais aussi la fermeture annoncée de Guantanamo et le retrait partiel d’Irak …

Voici, énième preuve de la victoire du si décrié président Bush sur le terrorisme, l’organisation terroriste Al-Qaeda, réduite à la surenchère verbale à défaut d’attentats spectaculaires devenus au-dessus de ses moyens pour tenter d’exister dans la couverture médiatique …

Et à reprendre, après tant d’autres, les paroles et le discours des militants radicaux noirs des années 60 à la Malcom X contre le prétendu « esclave des blancs » Obama …

Pour, comme le rappelle le spécialiste genevois (de l’apaisement) du Monde arabe Mathieu Guidère, « tenter de faire douter de leur choix les musulmans noirs-américains » à la Farrakhan ou à la Jeremiah Wright

« Obama peut vider le discours d’al-Qaida de sa substance »

Propos recueillis par Constance Jamet
Le Figaro
20/11/2008

INTERVIEW – Dans un message vidéo, al-Qaida a traité mercredi Barack Obama «d’esclave noir au service des blancs». Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe, explique pourquoi le nouveau président américain risque de décrédibiliser le message de l’organisation terroriste.

Réagissant pour la première fois à l’élection de Barack Obama, le numéro 2 d’al-Qaida, Ayman al-Zawahri, a insulté, mercredi, le 44e président des Etats-Unis, le traitant dans un message vidéo, «d’esclave noir au service des blancs». Le lieutenant de Ben Laden reproche au prochain président américain de d’avoir «choisi d’être un ennemi de l’islam et des musulmans», et d’avoir, par son soutien à Israël, déçu la communauté musulmane. Ayman al-Zawahri a également mis en garde le futur locataire de la Maison-Blanche sur sa politique en Afghanistan. «Ce que vous avez annoncé… que vous retirerez des soldats d’Irak pour les envoyer en Afghanistan est une politique vouée à l’échec. Souvenez-vous du sort de l’ancien président pakistanais Pervez Musharraf et des Soviétiques», a-t-il lancé.

Certains décèlent dans ce message offensif le signe d’une certaine fébrilité des dirigeants d’al-Qaida. L’accession de Barack Obama à la Maison-Blanche pourrait risquer de diminuer la légitimité de l’organisation d’Oussama Ben Laden. Mathieu Guidère (1), spécialiste du monde arabe et professeur à l’Université de Genève, explique pourquoi.

LE FIGARO.FR – Un «esclave noir au service des blancs». La tonalité agressive employée par Zawahari marque-t-elle un changement d’attitude d’al-Qaida vis-à-vis de Barack Obama ?

MATHIEU GUIDERE – Dans son message, le numéro 2 d’al-Qaida n’invente rien : il ne fait que reprendre les mots et la rhétorique du célèbre militant afro-américain des années 1960 Malcolm X. C’est lui qui avait employé le premier cette expression et Zawahiri n’a fait que la traduire -mal- en arabe, avant qu’elle ne soit de nouveau retraduite -aussi mal- dans les sous-titres anglais de son discours. Ce message est un discours de récupération de la figure de Malcolm X. Zawahri veut distinguer à travers Malcom X, les «bons» des «mauvais» noirs américains. Le changement de ton n’est qu’une façade, Zawahiri est coutumier de ce type de manipulation discursive.

Le numéro 2 d’al-Qaida vise directement, à travers l’évocation et les citations de Malcolm X, les musulmans noirs qui vivent aux Etats-Unis. C’est une communauté importante et bien organisée qui a démontré dans le passé sa capacité de mobilisation, notamment lors de la marche sur Washington de 1995, la fameuse «Million Man March» organisée par Farrakhan. Maintenant, Zawahiri essaie de faire douter cette communauté de Barack Obama.

La popularité du sénateur de l’Illinois, dont le père était musulman, peut-elle affaiblir le message d’al-Qaida dans le monde arabe ?

Il y a là une occasion historique pour l’Amérique de «gagner les cœurs et les esprits» dans le monde musulman après des décennies de désamour et les échecs successifs au Moyen-Orient. Barack Obama représente en lui-même une réfutation magistrale du «choc des civilisations» qui a empoisonné les esprits depuis plus d’une décennie. Il est une synthèse de la diversité ethnique, politique et culturelle de notre monde moderne.

S’il dispose de relais aussi efficaces dans l’opinion nationale et internationale que ceux dont a bénéficiés la droite néoconservatrice sous Bush, il peut à terme vider de sa substance le discours xénophobe d’al-Qaida et affaiblir considérablement l’organisation terroriste à l’échelle globale et pas seulement dans le monde arabe.

Barack Obama a été un des plus féroces critiques de George Bush et de la guerre en Irak. Il s’est engagé à retirer les troupes américaines d’Irak. al-Qaida a-t-elle perdu un de ses arguments clé ?

Si Barack Obama s’en tient à ses premières positions concernant l’Irak, il peut annihiler l’un des arguments majeurs d’al-Qaida pour la lutte armée. On constate d’ailleurs que Zawahiri s’empresse de réorienter son discours sur l’Afghanistan où la position de Barack Obama tranche moins avec la politique de l’administration Bush.

Barack Obama entend concentrer la lutte contre le terrorisme sur les fronts afghan et pakistanais. Cette stratégie peut-elle porter un coup fatal à al-Qaida ?

La meilleure stratégie de lutte contre al-Qaida n’est pas seulement militaire mais elle est aussi politique et idéologique. C’est en répondant aux arguments de lutte de l’organisation qu’il est possible de réduire durablement la menace terroriste. Un véritable changement de stratégie de Barack Obama serait de lutter sur ce terrain-là également et non pas de se contenter d’un transfert des troupes d’Irak vers l’Afghanistan.

(1) Auteur des «Martyrs d’al-Qaida» (Editions du Temps), du «Manuel de recrutement d’al-Qaida» (Editions du Seuil), et d’ «al-Qaida à la conquête du Maghreb» (Editions du Rocher).

Voir aussi:

« Al-Qaida n’aurait pas les moyens d’un nouveau 11/9 »
Propos recueillis par Julie Connan
Le Figaro
11/09/2008
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INTERVIEW – Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS et islamologue, analyse les ambitions et les moyens de l’organisation terroriste, sept ans après les attentats du 11 Septembre.

Al-Qaida aurait-elle les moyens et les motivations de refaire un second 11 Septembre ?

Les motivations sont certaines. Al-Qaida est obligée de faire de la surenchère : l’organisation n’existe que dans la mesure où elle commet des attentats et où elle obtient une couverture médiatique. Sinon en termes d’organisation politique, al-Qaida n’existe pas. Ils doivent faire des actions spectaculaires, ou bien alors, leur image se dégonfle.

En a-t-elle les moyens ? Ce n’est pas évident : le concours de circonstances qui a rendu possible le 11/9 a peu de chances de se trouver à nouveau réuni, après toutes les mesures policières, de renseignements, prises depuis.

La France doit-elle avoir peur d’al-Qaida après son engagement en Afghanistan?

Je crois qu’il ne faut pas exagérer la capacité de précision stratégique d’al-Qaida. S’ils disposaient d’un réseau structuré dans l’Hexagone, alors oui, ils essaieraient de commettre des attentats pour «punir» Paris de son activisme en Afghanistan.

Mais ce n’est plus comme ça que cela fonctionne : c’est une question de moyens, de centralisation et d’organisation.

Si la France n’a pas connu d’attentats, c’est aussi parce que les services français ont réussi à agir de façon préemptive pour arrêter des réseaux potentiels avant qu’ils ne passent à l’action. Donc l’idée qu’il y a un danger supérieur en France suite à l’intervention en Afghanistan n’est pas corroborée par les faits.

Que faut-il penser des menaces proférées contre la France par l’ex-GSPC, aujourd’hui reconverti en «al-Qaida au Maghreb islamique» ?

Ces mouvements n’existent que par la parole et l’action, mais il y a un décalage croissant entre les deux car ils n’ont ni les moyens humains, ni les moyens financiers de leurs déclarations.

Depuis les attentats de 95 en France, il y a cette idée que la menace terroriste en France vient de l’Algérie, alors que ce n’est pas corroboré. C’était vrai en 95, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas.

Pour moi, l’ex-GSPC, comme beaucoup d’organisations locales, est un résidu des grands mouvements de radicalisation, le FIS d’abord et le GIA ensuite en Algérie. Privés de perspective territoriales nationales comme la construction d’un Etat islamique en Algérie, ils se rattachent à al-Qaida.

Quel est le profil des sympathisants d’al-Qaida en Europe ?

Tous les gens associés à al-Qaida ont un profil commun : ce sont des «déterritorialisés», qui circulent entre plusieurs pays et entre plusieurs nationalités.

Al-Qaida est également un phénomène générationnel : ce sont des jeunes en rupture avec leur famille et avec leur milieu, des marginaux, que je compare plutôt à l’ultragauche des années 70.

Mais, il ne faut pas voir ça comme une marginalité sociale économique, il y en a qui sont très bien intégrés : Kamel Daoudi dans le réseau Beghal (du nom du Franco-algérien, Djamel Beghal, chef présumé d’une cellule islamiste radicale, NDLR) était informaticien par exemple à Athis-Mons, dans l’Essonne.

Ils ne viennent pas du tout des milieux religieux traditionnels et n’ont pratiquement aucune formation religieuse. Quand ils deviennent des born again, des reconvertis ou des convertis tout court, ils passent à l’action extrêmement rapidement.

C’est l’organisation «islamique» qui a le plus grand nombre de convertis. En France, on peut dire que 20% des membres du réseau Beghal étaient par exemple des convertis.

Les autorités auront-elles les moyens à long terme d’endiguer la menace ?

Il y a toujours un risque : comment savoir à l’avance qu’un petit groupe de jeunes dans un endroit quelconque, est en train de se radicaliser et décide de passer à l’action, alors même qu’ils n’ont pas établi de liens directs avec le centre au Pakistan ?

Il y en a qui passeront entre les mailles du filet, il y aura des attentats. Mais ces jeunes-là n’ont pas les capacités logistiques pour monter de gros attentats, parce dès qu’ils veulent passer à l’échelle supérieure, ils doivent circuler, communiquer, stocker, s’organiser, etc. Et c’est là qu’ils peuvent tomber sous les radars des services de polices et de renseignements.

Après le Pakistan, le Maghreb, l’Afrique, quels sont les nouveaux foyers potentiels d’al-Qaida ?

Le Liban est à surveiller : on assiste à une radicalisation des jeunes sunnites qui ne se sentent plus intégrés dans l’espace national.

Ce sera peut-être le cas des Palestiniens quand il n’y aura plus aucune perspective de règlement de paix en Palestine. Je ne pense pas forcément aux Palestiniens de Gaza ou des Territoires occupés, mais les Palestiniens de l’exil. Al-Qaida peut puiser dans les groupes de population qui vont être amenés à se déterritorialiser, à ne plus de reconnaître dans un pays ou un territoire donné, comme les gens qui proviennent de camps de réfugiés ou qui appartiennent à des milieux nomades.

Olivier Roy : «Le croissant et le chaos», Hachette, 2007

A paraître : «La Sainte ignorance», Le Seuil, octobre 2008.


Violences anti-chrétiennes: Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes (Let us remember that the tribes of Arabia were Christian)

19 novembre, 2008
https://i1.wp.com/i129.photobucket.com/albums/p224/Ybeetse/mecca_road_sign.jpgSouvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (…) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des chrétiens. Abd Al-Nasser Al-Najjar (quotidien palestinien Al-Ayyam, le 25 octobre 2008)
Dans le monde entier, le cycle des persécutions commence toujours de la même façon : une sourde pression sociale, des petites vexations administratives, suivies de menaces verbales, puis d’agressions physiques jusqu’aux attentats meurtriers. Annie Laurent
Suite à notre avant-dernier billet sur la véritable captation d’héritage du judéo-chrétien que constitue l’islam …Retour sur une récente chronique du quotidien de l’Autorité palestinienne Al-Ayyam (traduite par l’excellent site MEMRI) qui a le mérite de rappeler les actuelles persécutions antichrétiennes (une véritable épuration religieuse en fait) dans une bonne partie du monde musulman.Et aussi la multimillénaire présence, souvent oubliée ou ignorée, du christianisme sur la plupart des terres envahies par l’islam.

De la Palestine à… la Péninsule arabique!

Un chroniqueur palestinien : les musulmans persécutent les chrétiens et marginalisent leur culture
L’Institut de recherche des medias du Moyen-Orient
12 novembre, 2008

Dans une chronique du quotidien palestinien Al-Ayyam, Abd Al-Nasser Al-Najjar dénonce la persécution des chrétiens dans les pays arabes, notamment sous l’Autorité palestinienne. [1] Extraits:

« En Irak, on commet actuellement un crime – un de plus dans la série des injustices amenées par le vent de changement qui souffle depuis l’occupation [des Etats-Unis] dans le but d’ensemencer la démocratie en Irak. Mais le fœtus [de la démocratie] a vu le jour déformé et étrange. La pire conséquence de cette situation est probablement le carnage des communautés ethniques et des minorités qui balaie l’Irak. Ni les sunnites, ni les chiites, ni les chrétiens, ni les Kurdes, ni les Turkmènes, ni les autres [minorités] n’ont pu y échapper.

Toutefois, la série de meurtres et d’expulsions de chrétiens, qui dure depuis plusieurs mois, est de loin la plus douloureuse – et doit être considérée comme une mise en garde face à une éventuelle propagation de l’hostilité et des crimes commis à l’encontre des minorités dans les pays voisins.

Les chrétiens sont persécutés non seulement en Irak, mais dans la plupart des pays arabes, sans égard pour leur nombre dans ces pays. Ils sont victimes de tous les types possibles de discriminations, ainsi que d’expulsions. Le problème est que ce ne sont pas seulement les officiels arabes qui gardent le silence [vu que leur mentalité primitive est centrée sur le culte du dirigeant] mais, ce qui est plus inquiétant, les intellectuels arabes, les élites, les organisations non-gouvernementales et les dirigeants du secteur privé. Tous ces groupes observent cette folie sans précédent sans évaluer le danger représenté par ces crimes.

Les statistiques révèlent qu’en 2005, le nombre de chrétiens en Irak s’élevait à 800 000. Mais début 2008, il est tombé de moitié, ce qui signifie que 50% des chrétiens irakiens ont été expulsés de leurs habitations et de leurs terres.

Aujourd’hui, le problème est également répandu en Egypte, au Liban, en Algérie et en Palestine ; même si la situation est un peu différente en Palestine, la tendance est la même.

Soyons honnêtes avec nous-mêmes en reconnaissant courageusement que les chrétiens palestiniens se reçoivent de nombreux coups durs, et continuent de souffrir en silence pour ne pas attirer l’attention. Je ne pense pas ici aux souffrances causées par l’occupation… mais aux agissements de ces vingt dernières années au moins, [qui durent depuis peut-être déjà] le début de l’occupation en 1967, et qui incluent la confiscation des propriétés des chrétiens, notamment à Bethlehem, Ramallah et Al-Birah.

Pour ne rien arranger, ceux qui pillent les propriétés [des chrétiens] ont du pouvoir ou bénéficient de l’appui de divers éléments, dont des hauts gradés et des membres influents de clans importants.

Les efforts des dirigeants politiques pour remédier au problème se sont soldés d’un échec. Le système judiciaire n’a pas non plus su [résoudre] ces problèmes, qui existent encore aujourd’hui. Ces dernières années, plusieurs de mes amis chrétiens m’ont confié les souffrances endurées, les menaces, de mort parfois, proférées parce qu’ils avaient tenté de récupérer leurs terres usurpées par d’influents résidents de Bethléem.

En outre, il y a eu des tentatives de marginalisation de la culture chrétienne en Palestine, bien qu’elle y soit foisonnante et profondément ancrée. Cela a commencé par des accusations d’impiété [à l’encontre des chrétiens]. Cette tendance a fini par affecter la société palestinienne dans son ensemble (…)

Malgré toutes les injustices [commises contre les chrétiens], aucune action constructive n’a été prise pour enrayer le phénomène et défendre leurs droits – ni par les élites, ni par aucune des trois branches [exécutive, législative et judiciaire], ni par des ONG, ni même par des factions politiques. [Des mesures auraient du être prises] non par gentillesse ou compassion, mais parce que les chrétiens palestiniens sont des indigènes sur cette terre et se trouvent dans la même situation que nous [musulmans], ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Mais le problème de fond ici est peut-être lié à la culture. Nous continuons d’insuffler une culture horrible à nos enfants, culture qui présente les chrétiens comme des infidèles (…) comme étant ‘l’autre’. Nous avons besoin d’une injection d’humanisme et de patriotisme. Nous devons hausser le ton et nous lever pour rétablir les droits bafoués des chrétiens, ceci afin de préserver l’équilibre démographique qui permettra de sauvegarder l’unité de notre pays et [d’affirmer] la légitimité de la cause palestinienne.

Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (…) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des chrétiens.

Assez [d’exemples] ! Ce ne sont pas de mots dont nous avons besoin, mais d’attitudes progressistes, et de vérité, afin qu’elle puisse être présentée aux dirigeants tyranniques, que les clercs et les anciens ne soient pas les seuls chrétiens restants en Terre sainte et dans la ville de la naissance de [Jésus]. »

[1] Al-Ayyam (Autorité palestinienne), le 25 octobre 2008


Statistiques ethniques: Bienvenue au pays où on sait sans avoir besoin de compter! (Where ignorance is bliss, it’s folly to be wise)

18 novembre, 2008
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Au lendemain du hold up du siècle du messie noir et rouge du Très Grand Capital
Et après le déni, par les pleureuses de service, de la surdélinquance des jeunes d’origine immigrée …
Retour, avec la démographe Michèle Tribalat, sur le contresens français qui y voit « une simple affaire de couleur ».
Et surtout sur ces associations comme le Cran qui, pour pousser leurs pions, en profitent pour avancer les chiffres les plus fantaisistes sur le nombre de noirs en France (5 millions contre, selon les estimations des spécialistes, un maximum de 3,5 millions, soit quelque 6% de la population totale).
Ou, après la Halde, un CSA qui nous sort de sa manche une prétendue sous-représentation des noirs à la télévision (8% pour les noirs, 11 % pour les non-blancs) …
Alors qu’on sait que le Conseil constitutionnel vient de confirmer, au pays autoproclamé des droits de l’homme,… l’interdiction de toutes statistiques ethniques!
Statistiques: la question des minorités en France
Michèle Tribalat
Le Figaro
18/11/2008
Alors que le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) revendique une plus grande place des candidats issus des minorités aux prochaines élections, l’auteur, démographe à l’Institut national d’études démographiques (Ined), prend part au débat.
En France, l’élection de Barack Obama a conduit à des réactions préoccupantes. Alors qu’elle dénote un dépassement de la question noire aux États-Unis, comme y avait invité le candidat, elle est trop souvent interprétée en France comme une simple affaire de couleur.
Le Cran a profité de l’aubaine pour mettre en avant ses revendications. Il avance un nombre de personnes dites noires hautement improbable, sans soulever l’once d’un désaccord. On a déjà connu cela du temps de Calixthe Beyala, qui chiffrait le peuple noir à 7 millions en 2000 ! La seule référence disponible est une enquête réalisée pour le Cran en 2007, qui évalue leur pourcentage dans l’Hexagone à 2,5 %.
Aujourd’hui, le président du Cran, Patrick Lozès, nous assure qu’il y aurait 5 millions de Noirs en France, y compris ceux des DOM, et que ce nombre égale celui des personnes d’origine maghrébine. D’après mes estimations, le nombre de ces derniers vivant en métropole, sur trois générations, serait de 3,5 millions en 2005, soit près de 6 % de la population, ce qui rend le chiffre du Cran tout à fait irréaliste.
L’incapacité à mettre en cause un chiffre avancé par un Noir sur le nombre de Noirs en France en dit long sur notre société et constitue un traitement discriminatoire à part entière. Mais elle tient aussi au parisianisme de la presse nationale. Cette dernière extrapole la situation française d’après ce qu’elle a sous les yeux. 60 % de l’immigration subsaharienne arrive en Ile-de-France. La migration des DOM a été elle aussi très francilienne.
Le CSA vient de réaliser une enquête sur les émissions télévisées et la présence, sur nos écrans, des Noirs et des non-Blancs, mais oui des non-Blancs ! Un Arabe est ainsi classé parmi les non-Blancs par le CSA et parmi les Blancs aux États-Unis ! Les non-Blancs en général, et les Noirs en particulier, seraient sous-représentés à la télévision : 8 % de Noirs dans l’ensemble des programmes, ce n’est pas assez.
Il faut revenir au b.a.-ba statistique : on ne peut établir une sous-représentation d’une catégorie particulière sans disposer d’une référence nationale. Pour savoir s’ils sont sous-représentés, il faut donc connaître le nombre de Noirs en France, ce qui n’est pas le cas, enquête du Cran en 2007 mise à part. Tout le reste n’est que divagations.
Le plus drôle c’est que, même d’après les hypothèses les plus fantaisistes du Cran, les Noirs ne seraient pas sous-représentés à la télévision. Le CSA nous dit que les non-Blancs ne constituent que 11 % des personnages recensés dans la fiction française contre 19 % dans la fiction américaine. Faut-il préciser que le cinéma américain n’est pas destiné en priorité au public français ?
En 2007, aux États-Unis, où l’on élabore des statistiques raciales, 14 % des Américains sont noirs. En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs.
Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Or le Conseil constitutionnel a interdit les statistiques fondées sur une appréciation subjective. Mais c’est pour la bonne cause. Non ? La question étant sur la table, il vaudrait mieux avoir des statistiques bien faites plutôt que des évaluations approximatives élaborées par des groupes de pression, fort légitimes, mais directement intéressés par les résultats. L’abstention de la statistique publique n’a pas empêché le ressassement des questions ethnoraciales.

Islam: Dieu est grand et Mahomet n’est pas son prophète (How can you reproduce the image of someone who probably never existed?)

17 novembre, 2008
Faceless Mohammed
Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. (…) C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Jésus (Mat 7: 15-20)
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. Anne-Marie Delcambre
Rien ne prouve que Mahomet ait oui ou non vraiment existé» et faute de pouvoir donner une réponse définitive à cette question, j’estime plutôt qu’il n’a jamais existé. Mohammed Sven Kalisch
Il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux: la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. La Bible = le Coran est un faux-semblant qui suffit à illustrer l’impasse que constitue le « dialogue des civilisations ». Christian Makarian

Ultime confirmation de l’impossibilité de représenter l’image de Mahomet

Au lendemain, sur fond de persécutions et d’assassinats de chrétiens orientaux, d’un énième échange, par nos dignitaires religieux, d’énièmes banalités sur le prétendu « dialogue des cultures et des religions »

Enfin un spécialiste de l’islam qui ose dire tout haut la vérité sur la véritable captation d’héritage que constitue l’islam!

A savoir que, comme le confirme l’islamologue allemand Sven Kalisch, Mahomet n’a probablement pas existé et que, loin d’être la « parole incréée de Dieu » lui-même, le Coran est au mieux issu d’une hérésie chrétienne.

Et que, comme le rappelle le dernier livre du journaliste de l’Express Christian Makarian (« Le Choc Jésus-Mahomet »), l’expression « gens du Livre » que tout le monde répète complaisamment désigne en fait des peuples (juifs et chrétiens) dont l’islam s’est non seulement accaparé l’héritage mais qu’il accuse en plus d’avoir falsifié leurs Ecritures » ».

De même pour la « fausse symétrie » Bible-Coran qui avalise tous les contresens.

Comme le fait que, contrairement au Coran, la Bible n’est pas écrite directement par Dieu (du moins pour le christianisme actuel) mais par des hommes inspirés, « ce qui l’autorise à contenir des erreurs et, par conséquent, fait appel à l’esprit critique du croyant » (« la Bible ne se récite pas, elle demande une « lecture’ « ).

Que les scènes de massacre évoquées dans la Bible sont en fait le reflet des pratiques de l’époque et que « jamais il n’est dit: ‘Nous avons suscité la haine entre eux » à destination des siècles à venir’, comme nous pouvons le trouver dans le Coran ».

Et enfin que, par la multiplicité des textes qu’elle réunit sur quelque mille ans, la Bible « contient en elle-même la notion d’évolution comme celle d’interprétation » …

« Mahomet n’a jamais existé », affirme Sven Kalisch

Sven Kalisch, professeur d’islamologie à l’Université de Münster, craint pour sa sécurité. Le magazine d’actualités Der Spiegel déclare qu’il serait l’objet de menaces à peine voilées. Un certain nombre de musulmans ne le considèrent plus comme l’un des leurs. Les musulmans conservateurs ont vu dans l’apostasie un délit passible de la peine de mort. Le magazine du son « Focus » souhaite que l’année prochaine, Kalisch expose sa thèse controversée dans un livre en anglais. Selon le journal, l’auteur nierait l’existence du prophète Mahomet et plaiderait pour une réinterprétation historique et critique du Coran, arguant que ce dernier ne serait pas la parole directe de Dieu. Kalisch a réservé un accueil favorable à la théorie de l’école de Sarrebruck selon laquelle le Coran reposerait sur un texte chrétien. En raison de ces divergences d’ordre théologique, le Conseil des musulmans d’Allemagne a entre-temps suspendu toute collaboration avec lui. En outre, l’Université de Münster aurait décidé de confier la chaire de M. Kalisch à un autre professeur.

Traduit de l’allemand par Patrick H

Source: Die Welt

Voir aussi:

La Bible est loin du Coran
L’Express
le 29/10/2008

Les textes fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l’islam ne sont pas comparables. C’est cette « fausse symétrie » que décrypte Christian Makarian dans Le Choc Jésus-Mahomet (Lattès). Extraits.

LA PATERNITÉ D’ABRAHAM

Le Coran rediscute l’histoire d’Israël, non pas à partir de l’avènement de Mahomet, mais dès l’origine, dans la nuée des siècles écoulés. C’est pourquoi la nature du lien qu’institue Mahomet avec les chrétiens est, hélas, conflictuelle par essence. On ne discute pas le Coran; or il contient des versets parfois accablants. Nous savons que Mahomet fait du patriarche Abraham le premier « soumis » au Dieu unique. Comme « soumis » se dit en arabe muslim (musulman en français), cela fait habilement d’Abraham le premier musulman de l’Histoire.

C’est ainsi que le Prophète opère une « captation à la source » de l’épopée biblique. Sur ce point, le christianisme est en contradiction parfaite avec l’islam par l’effet d’une parole cinglante de Jésus. « Ne vous avisez pas de dire en vous-même: Nous avons pour père Abraham; car je vous le dis, des pierres que voici, Dieu peut susciter des enfants à Abraham » (Matthieu 3, 8-9). Jésus dit ici le contraire de ce que soutiendra Mahomet: cette fracture-là est irréductible. Autrement dit, la paternité abrahamique n’est pas une garantie d’élection ou de salut, ni un avantage au ciel, ni encore une faveur divine accordée à certains élus au détriment des autres….

LES « RELIGIONS DU LIVRE »

L’expression « gens du Livre » (Ahl al-Kitab), c’est-à-dire les juifs et les chrétiens, revient une trentaine de fois dans le Coran : si l’islam n’occulte pas ces derniers, s’il accepte en grande partie leur héritage, s’il se situe dans leur lignage, que leur reproche-t-il donc au final ? En vérité, le Coran accuse les « gens du Livre » d’avoir falsifié (tahrîf) leurs Ecritures, ni plus ni moins, et d’avoir perverti la vérité qu’elles contenaient. « Ô gens du Livre! Pourquoi dissimulez-vous la Vérité sous le mensonge? Pourquoi cachez-vous la Vérité alors que vous la savez ? » (3, 71).

La preuve de leur mensonge est offerte par le fait que les juifs et les chrétiens se sont divisés, opposés, au lieu d’offrir à Dieu le spectacle de la paix et de l’unité. Le Coran est très clair sur ce point: « Certains juifs altèrent le sens des paroles révélées… Ils tordent leurs langues et ils attaquent la Religion » (4, 46). La sourate 5, qui pratique un curieux amalgame entre chrétiens et juifs, étant définitive : « Ils [les juifs] altèrent le sens des paroles révélées ; ils oublient une partie de ce qui leur a été rappelé. Tu ne cesseras pas de découvrir leur trahison » (v. 13)… Parmi ceux qui disent: « Nous sommes chrétiens, nous avons accepté l’alliance », certains ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons suscité entre eux [les juifs et les chrétiens] l’hostilité et la haine jusqu’au jour de la Résurrection (v. 14)… Ceux qui disent: « Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie », sont impies. Dis: « Qui donc pourrait s’opposer à Dieu s’il voulait anéantir le Messie, fils de Marie, ainsi que sa mère, et tous ceux qui sont sur terre » (v. 17)… Les juifs et les chrétiens ont dit: « Nous sommes les fils de Dieu et ses préférés. » Dis : « Pourquoi, alors, vous punit-il pour vos péchés » (v. 18). La conclusion de cette sourate terrible se passe de commentaires: « Si les incrédules possédaient tout ce qui se trouve sur la terre, et même le double, et s’ils l’offraient en rançon pour éviter le châtiment au jour de la Résurrection, on ne l’accepterait pas de leur part : un douloureux châtiment leur est réservé. Ils voudront sortir du feu, mais ils n’en sortiront pas : un châtiment leur est réservé » (5, 36-37). Le mot châtiment est prononcé trois fois, bien que Dieu soit désigné, deux versets plus loin, comme « celui qui pardonne » et qu’il soit qualifié de « miséricordieux ».

L’exaltation du discours fait ressortir la nature extrêmement ambiguë, torturée, des rapports entre l’islam et les deux autres monothéismes. Le verset essentiel – « Nous avons suscité entre eux l’hostilité et la haine » – démontre au passage une conception très offensive de la bonté et de la miséricorde divines. Louis Massignon fera remarquer que « la tendance générale de la théologie islamique va à affirmer Dieu plutôt par la destruction que par la construction des êtres » (Passion, p. 631, n° 4). Le résultat en est une série de sourates particulièrement dérangeantes qui instaurent une tension permanente dans le rapport avec les juifs et les chrétiens.

A ce stade, il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux : la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. La Bible = le Coran est un faux-semblant qui suffit à illustrer l’impasse que constitue le « dialogue des civilisations ».

Mettre tous les textes dos à dos, quelle harmonie parfaite! Le chrétien sécularisé tend la main en effaçant sa propre personnalité; l’athée résout toutes les différences en démontrant l’inanité universelle du fait religieux. Une telle « symétrie » a tout pour plaire. Elle est pourtant contraire à la vérité et a pour principaux effets d’éviter à la religion musulmane d’entreprendre l’effort d’interprétation moderne dont elle a tant besoin et de détruire la communauté de valeurs des sociétés postchrétiennes, actionnant du même coup des extrémismes fondés sur le rejet de l’autre. Il faut sérieusement réviser cette opinion.

La Bible présente trois différences de taille avec le Livre saint de l’islam. D’abord, elle n’est pas directement dictée par Dieu, surtout pas « incréée », mais écrite par des hommes inspirés par Dieu, ce qui l’autorise à contenir des erreurs et, par conséquent, fait appel à l’esprit critique du croyant. Il y a, par exemple, des incohérences manifestes, donc assumées en matière de chronologie dans plusieurs passages de l’Ancien comme du Nouveau Testaments. On y trouve également un grand nombre d’approximations qui montrent que l’exactitude n’est pas le but du texte, au bénéfice de la morale qu’il faut tirer de l’épisode. Au contraire du Coran, la Bible ne se récite pas, elle demande une « lecture », c’est-à-dire un processus de distanciation, un effort de déchiffrage, une capacité à dépasser la lettre.

Ensuite, la Bible relate l’histoire du peuple hébreu, narration parfois fastidieuse de mille pérégrinations effectuées sous le regard de Dieu. Que le texte comporte des scènes de massacre collectif, des meurtres, des viols, des supplices et des bains de sang est choquant à l’aune de l’universalisme contemporain tout en étant rigoureusement conforme à la tristesse du champ historique concerné. Mais jamais il n’est dit: « Nous avons suscité la haine entre eux » à destination des siècles à venir, comme nous pouvons le trouver dans le Coran.

Enfin, la Bible contient en elle-même la notion d’évolution comme celle d’interprétation. Plus qu’un livre, c’est un ensemble de livres, une véritable bibliothèque dont la définition fait justement débat depuis des lustres entre juifs et chrétiens, entre catholiques et protestants. Au cours des mille ans qu’a duré sa rédaction, cette « centrale documentaire de Dieu » n’a cessé de s’enrichir de nouveaux textes qui comportent des réflexions sur les épisodes antérieurs, les commentent, y renvoient. La Bible est ouverte à la spéculation intellectuelle, l’esprit des hommes est incité à investiguer. Même Dieu y trouve sa science: la théologie, invention chrétienne qui n’aura pas d’équivalent exact dans l’islam.

Voir également:

Un prof de théologie viré pour avoir douté de l’existence de Mahomet
MARC SEMO
Libération
Monde 28 oct. 2008

Publiquement, il s’est interrogé sur la réelle existence du prophète Mahomet. Pour s’être posé cette question afin d’inciter ses étudiants à développer leur esprit critique, Muhammad Kalisch, 42 ans, professeur de théologie islamique à l’université de Münster (dans le nord-ouest de l’Allemagne) a été en partie relevé de ses fonctions et craint pour sa sécurité, déménageant son bureau dans des locaux plus faciles à protéger.

«Penser par eux-même».

«Il n’y a pas de menace concrète, mais certains m’accusent d’avoir renié ma foi et dans la conception traditionnelle de l’islam, l’apostasie est punie de mort. Il faut donc être prudent», explique à l’AFP cet universitaire qui s’était converti à l’âge de 15 ans, changeant son prénom de Sven en Muhammad. Il s’occupe de former les futurs enseignants de religion islamique dans les écoles allemandes. Il prônait un islam plutôt conservateur, voire rigoriste, et d’aucuns le critiquaient pour son dogmatisme dans des conférences où il martelait que la charia était la loi de Dieu. Puis, ces deux dernières années il a changé, devenant un libéral.

En juillet, il y eut ainsi une conférence à Bielefeld (Rhénanie du Nord-Westphalie) où il commença à mettre en doute la réalité historique du Prophète. Il revint à la charge à la radio, affirmant que «rien ne prouve que Mahomet ait oui ou non vraiment existé» et que «faute de pouvoir donner une réponse définitive à cette question, il estimait plutôt qu’il n’avait jamais existé». S’il qualifie lui-même ces thèses «d’extrêmes», il explique à l’hebdomadaire Die Zeit vouloir ainsi «inciter ses étudiants à penser par eux-mêmes» tout en affirmant que «même sans un Mahomet historique ce n’est pas la fin de l’islam».

Ces propos firent naturellement scandale. «Si le Prophète n’a pas existé, alors le Coran n’existe pas non plus ; et si le Coran n’existe pas qu’est ce qui reste ?» s’indigne Ali Kizilkaya, porte-parole du Conseil de coordination des musulmans (KRM) qui regroupe quatre associations réputées conservatrices et qui est régulièrement consulté par l’université de Münster. Embarrassée par la colère du KRM, l’université de Münster, en coordination avec les autorités régionales, a demandé à Muhammad Kalisch d’abandonner ses fonctions de formateur des futurs professeurs de religion tout en gardant son poste à l’université. «Il est important que les personnes qui effectuent cette formation puissent être acceptées par la communauté», explique Andre Zimmerman, du ministère régional de la Recherche. Une centaine d’universitaires et de dignitaires religieux ont pris fait et cause pour le professeur Kalisch, signant une pétition de solidarité.

Ecoles parallèles.

Cette polémique relance aussi la question de l’enseignement de la religion islamique dans les écoles publiques par des professeurs formés en Allemagne. Ce Land de Rhénanie-Nord Westphalie doit être l’un des premiers à se lancer dans l’expérience. L’enjeu est important alors que 800 000 enfants reçoivent des cours de religion dans des écoles coraniques parallèles, à l’initiative d’iman et de religieux des diverses communautés d’une immigration musulmane comptant plus de 3 millions de personnes.

Voir enfin:

Professor Hired for Outreach to Muslims Delivers a Jolt
Islamic Theologian’s Theory: It’s Likely the Prophet Muhammad Never Existed
ANDREW HIGGINS
The WSJ
November 15, 2008

MÜNSTER, Germany — Muhammad Sven Kalisch, a Muslim convert and Germany’s first professor of Islamic theology, fasts during the Muslim holy month, doesn’t like to shake hands with Muslim women and has spent years studying Islamic scripture. Islam, he says, guides his life.

So it came as something of a surprise when Prof. Kalisch announced the fruit of his theological research. His conclusion: The Prophet Muhammad probably never existed.
Theology Without Muhammad

Muslims, not surprisingly, are outraged. Even Danish cartoonists who triggered global protests a couple of years ago didn’t portray the Prophet as fictional. German police, worried about a violent backlash, told the professor to move his religious-studies center to more-secure premises.

« We had no idea he would have ideas like this, » says Thomas Bauer, a fellow academic at Münster University who sat on a committee that appointed Prof. Kalisch. « I’m a more orthodox Muslim than he is, and I’m not a Muslim. »

When Prof. Kalisch took up his theology chair four years ago, he was seen as proof that modern Western scholarship and Islamic ways can mingle — and counter the influence of radical preachers in Germany. He was put in charge of a new program at Münster, one of Germany’s oldest and most respected universities, to train teachers in state schools to teach Muslim pupils about their faith.

Muslim leaders cheered and joined an advisory board at his Center for Religious Studies. Politicians hailed the appointment as a sign of Germany’s readiness to absorb some three million Muslims into mainstream society. But, says Andreas Pinkwart, a minister responsible for higher education in this north German region, « the results are disappointing. »

Prof. Kalisch, who insists he’s still a Muslim, says he knew he would get in trouble but wanted to subject Islam to the same scrutiny as Christianity and Judaism. German scholars of the 19th century, he notes, were among the first to raise questions about the historical accuracy of the Bible.

Many scholars of Islam question the accuracy of ancient sources on Muhammad’s life. The earliest biography, of which no copies survive, dated from roughly a century after the generally accepted year of his death, 632, and is known only by references to it in much later texts. But only a few scholars have doubted Muhammad’s existence. Most say his life is better documented than that of Jesus.

« Of course Muhammad existed, » says Tilman Nagel, a scholar in Göttingen and author of a new book, « Muhammad: Life and Legend. » The Prophet differed from the flawless figure of Islamic tradition, Prof. Nagel says, but « it is quite astonishing to say that thousands and thousands of pages about him were all forged » and there was no such person.

All the same, Prof. Nagel has signed a petition in support of Prof. Kalisch, who has faced blistering criticism from Muslim groups and some secular German academics. « We are in Europe, » Prof. Nagel says. « Education is about thinking, not just learning by heart. »

Prof. Kalisch’s religious studies center recently removed a sign and erased its address from its Web site. The professor, a burly 42-year-old, says he has received no specific threats but has been denounced as apostate, a capital offense in some readings of Islam.

« Maybe people are speculating that some idiot will come and cut off my head, » he said during an interview in his study.

A few minutes later, an assistant arrived in a panic to say a suspicious-looking digital clock had been found lying in the hallway. Police, called to the scene, declared the clock harmless.

A convert to Islam at age 15, Prof. Kalisch says he was drawn to the faith because it seemed more rational than others. He embraced a branch of Shiite Islam noted for its skeptical bent. After working briefly as a lawyer, he began work in 2001 on a postdoctoral thesis in Islamic law in Hamburg, to go through the elaborate process required to become a professor in Germany.

The Sept. 11 attacks in the U.S. that year appalled Mr. Kalisch but didn’t dent his devotion. Indeed, after he arrived at Münster University in 2004, he struck some as too conservative. Sami Alrabaa, a scholar at a nearby college, recalls attending a lecture by Prof. Kalisch and being upset by his doctrinaire defense of Islamic law, known as Sharia.

In private, he was moving in a different direction. He devoured works questioning the existence of Abraham, Moses and Jesus. Then « I said to myself: You’ve dealt with Christianity and Judaism but what about your own religion? Can you take it for granted that Muhammad existed? »

He had no doubts at first, but slowly they emerged. He was struck, he says, by the fact that the first coins bearing Muhammad’s name did not appear until the late 7th century — six decades after the religion did.

He traded ideas with some scholars in Saarbrücken who in recent years have been pushing the idea of Muhammad’s nonexistence. They claim that « Muhammad » wasn’t the name of a person but a title, and that Islam began as a Christian heresy.

Prof. Kalisch didn’t buy all of this. Contributing last year to a book on Islam, he weighed the odds and called Muhammad’s existence « more probable than not. » By early this year, though, his thinking had shifted. « The more I read, the historical person at the root of the whole thing became more and more improbable, » he says.

He has doubts, too, about the Quran. « God doesn’t write books, » Prof. Kalisch says.

Some of his students voiced alarm at the direction of his teaching. « I began to wonder if he would one day say he doesn’t exist himself, » says one. A few boycotted his lectures. Others sang his praises.

Prof. Kalisch says he « never told students ‘just believe what Kalisch thinks’  » but seeks to teach them to think independently. Religions, he says, are « crutches » that help believers get to « the spiritual truth behind them. » To him, what matters isn’t whether Muhammad actually lived but the philosophy presented in his name.

This summer, the dispute hit the headlines. A Turkish-language German newspaper reported on it with gusto. Media in the Muslim world picked up on it.

Germany’s Muslim Coordinating Council withdrew from the advisory board of Prof. Kalisch’s center. Some Council members refused to address him by his adopted Muslim name, Muhammad, saying that he should now be known as Sven.

German academics split. Michael Marx, a Quran scholar at the Berlin-Brandenburg Academy of Sciences, warned that Prof. Kalisch’s views would discredit German scholarship and make it difficult for German scholars to work in Muslim lands. But Ursula Spuler-Stegemann, an Islamic studies scholar at the University of Marburg, set up a Web site called solidaritymuhammadkalisch.com and started an online petition of support.

Alarmed that a pioneering effort at Muslim outreach was only stoking antagonism, Münster University decided to douse the flames. Prof. Kalisch was told he could keep his professorship but must stop teaching Islam to future school teachers.

The professor says he’s more determined than ever to keep probing his faith. He is finishing a book to explain his thoughts. It’s in English instead of German because he wants to make a bigger impact. « I’m convinced that what I’m doing is necessary. There must be a free discussion of Islam, » he says.

—Almut Schoenfeld in Berlin contributed to this article.


Election américaine: Une obamanie unanimiste, nord-coréenne et quasi religieuse (Europe goes eyes wide shut for Obama)

16 novembre, 2008
Obamamania reaches ParisLes opinions européennes, droite et gauche confondues, s’abandonnent à une vision postmoderne de l’histoire et démissionnent, comme s’il appartenait aux Américains et désormais à Obama seul de régir à notre place la gouvernance planétaire. 84 % ! Nous fêtons une puissance qui nous délivre de nos responsabilités et libère de l’obligation d’agir. André Glucksmann
Parmi les rares voix à s’inquiéter, suite au hold up du siècle, de la dimension quasi-religieuse et inquiétante de la bobamanieambiante …André Glucksmann a le mérite de souligner l’incroyable décalage entre une approbation, du côté européen et notamment français, digne de la Corée du nord et, de l’autre, un plébiscite beaucoup plus mesuré où 47% d’Américains, totalement évacués par nos obalamâtres, la rejettent totalement.

Et surtout, au-delà de l’aveuglement et de l’ignorance volontaires de projets concrets que le disciple du Machiavel du pauvre s’est bien gardé de dévoiler, la large part de renoncement que dissimule une telle adulation …

Extraits:

L’électeur américain s’est offert une «obamania» politique et festive, sagement majoritaire en bonne démocratie, avec un score adulte de 53 %. Le spectateur européen a cultivé, bien avant les résultats, une «obamanie» unanimiste, nord-coréenne et quasi religieuse à 84 %. Le taux d’adulation atteint parfois 93 % ! Comme si le Messie était apparu, non à Washington, mais entre Paris et Rome, Berlin et Bruxelles, comme s’il étendait son aile conciliatrice sur l’ensemble de la planète. Nous, Européens, avons allègrement gommé toutes les aspérités du candidat. Il soutient la peine de mort que nous sommes si fiers d’abolir. Il n’interdit pas la vente libre des armes qui nous paraissaient jusqu’à hier le signe fatidique de la barbarie américaine et de cette mentalité de cow-boy que nous, gens de qualité et de raffinements multiséculaires, vomissons. Wall Street, le temple honni de la spéculation carnassière, l’a choisi et financé, ce qui n’inquiète manifestement plus nos gauches antilibérales. Les yeux fermés, nous sommes satisfaits de tout ignorer des projets concrets qu’il n’a du reste pas dévoilés en matière de crise économique et internationale.


Obamania et renoncement de l’opinion européenne

André Glucksmann, philosophe
Le Figaro
11/11/2008

En élisant Obama, les Américains – et le monde tout entier – semblent avoir succombé à une vision postmoderne de l’histoire, qui s’apparente à une démission.

Étonnons-nous. L’intronisation sur la planète de nouveaux dirigeants évidemment nous importe, que ce soit à Moscou ou à Pékin. Toutefois, en ce 4 novembre 2008, nous ne fûmes pas simplement concernés, mais remués, bouleversés, transportés.

L’élection de Barack Hussein Obama n’est pas seulement un événement objectif, c’est un avènement subjectif. Preuve que les États-Unis demeurent, malgré tous leurs détracteurs, capitale de la mondialisation. Entendons: non pas une hyperpuissance, mais un phare. Non pas le centre du monde, mais le pivot d’une communauté de destin qui nous lie pour le meilleur ou pour le pire. Les derniers mois, nous vécûmes bon gré mal gré à l’heure de Manhattan et nous avons frémi comme jamais lors d’une échéance électorale.

Le triomphe d’Obama fut homologué «historique» par ses adversaires – McCain, Bush, Condoleezza Rice – et salué par les mêmes avec les larmes d’une sincère émotion comme la victoire des États-Unis d’Amérique tout entiers. Elle prolonge la lutte contre l’esclavage et le combat pour les droits civiques.

Elle n’incarne pas une victoire communautariste des «Blacks», mais au contraire une transgression universaliste, une émancipation générale, où les Blancs, les grands et les petits, les «Wasp» et les sudistes échappent à leurs angoisses, leurs égoïsmes et leurs préjugés traditionnels, où les Africains-Américains dépassent leur enfermement et l’esprit de revanche, si magnifiquement décrits dans les films de Spike Lee. À son «Do the right thing», la réponse tombe : «Yes, we can !» Le «rêve américain», jamais totalement accompli, est une prise de risque sans cesse recommencée. Il instaure dès l’origine une société d’immigrés, un pays de dépaysés, une communauté de déracinés qui se reconnaissent une patrie dans l’avenir et qui petit à petit construisent une société de complet métissage, où hommes et femmes – noirs, blancs, métis, chocolat, café au lait, anciens et nouveaux venus aux religions multiples et à l’infinité des goûts – se projettent avec d’autant plus de patriotisme, égaux en droits et en devoirs.

Pareille pulvérisation prolongée des tabous, les plus intimes, douloureux et supposés indépassables, parle au monde : s’ils le peuvent, pourquoi pas nous ? Dans un pays qui connût il y a cinq générations l’esclavage, la ségrégation il y a trois décennies et qui vit une inégalité ethnico-sociale flagrante encore de nos jours, un «Noir à la Maison-Blanche» sidère et permet à la terre entière de percevoir une issue. Voilà qui explique notre adhésion lucide. Reste à scruter notre dévotion aveugle.

Étonnons-nous de nous. L’électeur américain s’est offert une «obamania» politique et festive, sagement majoritaire en bonne démocratie, avec un score adulte de 53 %. Le spectateur européen a cultivé, bien avant les résultats, une «obamanie» unanimiste, nord-coréenne et quasi religieuse à 84 %. Le taux d’adulation atteint parfois 93 % ! Comme si le Messie était apparu, non à Washington, mais entre Paris et Rome, Berlin et Bruxelles, comme s’il étendait son aile conciliatrice sur l’ensemble de la planète. Nous, Européens, avons allègrement gommé toutes les aspérités du candidat. Il soutient la peine de mort que nous sommes si fiers d’abolir. Il n’interdit pas la vente libre des armes qui nous paraissaient jusqu’à hier le signe fatidique de la barbarie américaine et de cette mentalité de cow-boy que nous, gens de qualité et de raffinements multiséculaires, vomissons. Wall Street, le temple honni de la spéculation carnassière, l’a choisi et financé, ce qui n’inquiète manifestement plus nos gauches antilibérales. Les yeux fermés, nous sommes satisfaits de tout ignorer des projets concrets qu’il n’a du reste pas dévoilés en matière de crise économique et internationale.

Notre rêve européen adoube un homme providentiel dont on attend tout sans rien exiger d’avance. Nos fantasmes couronnent un nouveau président innocent de nos péchés historiques, un leader blanc comme neige – simplement «bronzé» selon Berlusconi, qui l’intronise en alter ego de Poutine, ce fameux exterminateur de «culs noirs» caucasiens. À l’inverse, McCain, héros rescapé des geôles vietnamiennes, faisait tache ; son corps couturé par les blessures du tragique XXe siècle fut d’office ostracisé par la bien-pensante volonté d’oublier. Les opinions européennes, droite et gauche confondues, s’abandonnent à une vision postmoderne de l’histoire et démissionnent, comme s’il appartenait aux Américains et désormais à Obama seul de régir à notre place la gouvernance planétaire. 84 % ! Nous fêtons une puissance qui nous délivre de nos responsabilités et libère de l’obligation d’agir.

Telle est la composante malsaine de notre joie générale et consensuelle: déléguer à un autre immaculé le soin des malheurs du monde et des défis de l’avenir. Le rêve américain des Américains les engage à poursuivre le dur travail d’émancipation post-raciale et universelle de l’humanité. L’aboulique rêve américain du Vieux Continent s’installe, équivoque gardien de nos sommeils.


Election américaine: Obama et son Machiavel du pauvre (Machiavelli for Have-Nots)

15 novembre, 2008
« Le Prince » a été écrit par Machiavel pour les nantis sur la façon de tenir le pouvoir. Le « Manuel du gauchiste » est écrit pour les pauvres sur la façon de le leur prendre. Saul Alinsky
L’action, le pouvoir, l’intérêt particulier. J’aimais ces concepts. Ils témoignaient d’un certain réalisme, d’un refus temporel pour le sentiment ; la politique, et non la religion. Barack Obama
Pour moi, la morale consiste à faire ce qui est le mieux pour le maximum de gens.
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule une personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. Un organisateur doit accepter sans crainte, ni anxiété, que les chances ne soient jamais de son bord.
Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky
Il n’y aucune discussion de la théorie qui sous-tendait son travail et qui guida ses maîtres. Alinsky est la couche absente de ce récit. Ryan Lizza

Pour ceux qui refusent toujours de voir, derrière les belles paroles, l’autre face de Saint Obama …

Ou ceux qui inversement s’étonneraient du cynisme et des côtés sans foi ni loi qui ont permis à l’ex-animateur de quartier de réussir, de Chicago à Washington, son hold up du siècle

Petit retour, avec un intéressant compte rendu de Michael C. Behrent, sur celui qui fut son maitre tacticien, le théoricien de toute une génération d’activistes américains des années 60 (du syndicaliste Cesar Chavez à… Hillary Clinton !), Saul Alinsky …

Extraits :

Ces principes ne font que traduire, dans un langage théorique, les tactiques utilisées par Alinsky et ses disciples à Chicago et ailleurs. Puisque l’organizer cherche avant tout à faire prendre conscience aux laissés-pour-compte de leur propre pouvoir, sa première tâche, lorsqu’il arrive dans une communauté, est de repérer ceux qui sont susceptibles de la mobiliser, en faisant appel aux « leaders locaux ». Alinsky travaillait ainsi beaucoup aussi avec les églises, qui constituent souvent la colonne vertébrale des quartiers défavorisés aux Etats-Unis,

La « méthode Alinsky » exerça une influence considérable sur le militantisme et les formes de contestation sociale aux Etats-Unis, tant par son propre travail (notamment à travers l’Industrial Areas Foundation et la Woodlawn Organization) que par les « organizers » qu’il a formés et les associations qui ont suivi son exemple. Parmi ceux passés par son école figure en particulier César Chávez, le militant pour les droits civiques et le fondateur des United Farm Workers, le syndicat qui a organisé la célèbre « grève des raisins » en Californie en 1965.

Saul Alinsky, la campagne présidentielle et l’histoire de la gauche américaine
Michael C. Behrent
La vie des idées
10-06-2008

Situé au croisement de la tradition du « self-made man » et de l’autogestion à l’américaine, Saul Alinsky est la figure de proue d’un mouvement qui a profondément marqué l’histoire du progressisme aux États-Unis. Michael C. Behrent dresse ici le portrait du père fondateur du community organizing, dont l’histoire a inspiré aussi bien Hillary Clinton que Barack Obama.

Les primaires démocrates viennent de se terminer aux États-Unis. Elles ont permis à l’opinion publique de mesurer la distance qui sépare les deux candidats, distance qui a tant mobilisé – au risque de la diviser – la gauche américaine. Mais au moment où cet affrontement-là cède la place à celui qui opposera Obama à McCain, revenons sur un héritage intellectuel et politique que les deux candidats démocrates partagent : l’enseignement de Saul Alinsky.

Si Alinsky est quasiment inconnu en France, c’est parce qu’il fut un militant et un penseur résolument américain – dans ses croyances, ses références et ses méthodes. Aux États-Unis, il est généralement reconnu comme le père fondateur du community organizing, terme que l’on pourrait traduire de manière approximative par « animation de quartier » [1], mais dont le sens est à la fois plus politique et plus radical : il se réfère aux activités par lesquelles un animateur aide les habitants d’un quartier défavorisé à faire valoir leurs droits, que ce soit en exigeant de l’administration des HLM de mettre les logements sociaux aux normes sanitaires en vigueur, ou en demandant aux banques implantées dans le quartier d’offrir des taux d’intérêts plus raisonnables.

Né lui-même dans un ghetto de Chicago en 1909, Alinsky est issu d’une famille juive originaire de la Russie. Après des études à l’université de Chicago, il s’intéresse à la criminologie et obtient une bourse lui permettant de suivre de près la vie des gangs urbains : il développera ainsi une grande estime pour celui d’Al Capone, qu’il considère comme un vaste service public informel. Mais surtout, à partir de 1938, il trouve sa vocation lorsqu’il décide d’« organiser » le quartier Back of the Yards, le fameux ghetto dont les conditions de vie atroces ont été portées au grand jour par le roman d’Upton Sinclair, La Jungle (1905). C’est là qu’Alinksy mettra pour la première fois en œuvre des méthodes dont il fera plus tard un système. Son idée fondamentale : pour s’attaquer aux problèmes sociaux, il faut bâtir des « organisations populaires » (« People’s Organizations ») permettant aux populations de se mobiliser. Ces méthodes s’avéreront fructueuses aussi lorsqu’il organisa – toujours à Chicago – aux débuts des années soixante « The Woodlawn Organization » (TWO), du nom d’un quartier noir menacé par les efforts dits de « rénovation urbaine » de l’université de Chicago. Il fonda aussi l’Industrial Areas Foundation (IAF), une association où de nombreux futurs organizers (« animateurs de quartier ») apprendront la « méthode Alinsky » pour l’appliquer un peu partout dans le pays.

La « méthode Alinsky »

Bien qu’il fût avant tout un homme d’action, Alinsky tenta, dans plusieurs textes, d’expliquer les principes qui guident sa démarche. Son radicalisme puise ses racines dans l’histoire américaine – une histoire traversée avant tout par l’idée de la démocratie, qui a animé les penseurs radicaux américains depuis toujours, des révolutionnaires de Boston en 1776 jusqu’aux fondateurs du mouvement syndical, en passant par les jeffersoniens et les militants œuvrant pour l’abolition de l’esclavage. Citons-en trois principes qui constituent, pour lui, autant de tabous à lever :

1) Le pouvoir. Alinsky est loin d’épouser une vision irénique de la démocratie. Le principe primordial de l’organizer est celui du pouvoir. Le pouvoir, soutient-il, est « l’essence même, la dynamo de la vie » (dans certains textes, il ira jusqu’à citer Nietzsche) [2]. « Aucun individu, aucune organisation ne peut négocier sans le pouvoir d’imposer la négociation ». Ou encore : « Vouloir agir sur la base de la bonne foi plutôt que du pouvoir, c’est de tenter quelque chose dont le monde n’a pas encore fait l’expérience—n’oubliez pas que pour être efficace, même la bonne foi doit être mobilisée en tant qu’élément de pouvoir ». Malheureusement, poursuit-il, la culture moderne tend à faire de « pouvoir » un gros mot ; dès qu’on l’évoque, « c’est comme si on ouvrait les portes de l’enfer. » [3] Surmontant ce moralisme gênant, l’organizer identifie le pouvoir dont une communauté dispose, pour ensuite lui montrer le plaisir à l’éprouver – pour ensuite, enfin, le manier à ses propres fins.

2) L’intérêt propre. Si le pouvoir est le but de l’organizer, son point d’appui est l’intérêt propre (self-interest), un autre terme considéré souvent comme tabou. Pour organiser une communauté, il doit faire appel à ses intérêts (et les convaincre qu’il n’y a pas de honte à agir sur cette base) tout en identifiant ceux des personnes qui y ont font obstacle. « Douter de la force de l’intérêt particulier, qui pénètre tous les domaines de la politique, insistera Alinsky, c’est refuser de voir l’homme tel qu’il est, de le voir seulement comme on souhaiterait qu’il soit ». [4]

3) Le conflit. Mais puisque celui qui essaie de faire valoir son intérêt particulier se heurte souvent aux intérêts de quelqu’un d’autre, l’organizer doit accepter le conflit non seulement comme inéluctable, mais même comme désirable – car rien ne mobilise autant que l’antagonisme. Sa tâche doit être « de mettre du sel dans les plaies des gens de la communauté ; d’attiser les hostilités latentes de beaucoup, jusqu’au point où ils les expriment ouvertement ; de fournir un canal dans lequel ils puissent verser leurs frustrations passées… ». [5] Loin d’être un mal nécessaire, le conflit est « le noyau essentiel d’une société libre et ouverte ». Si la démocratie était un morceau de musique, selon Alinsky, « son thème majeur serait l’harmonie de la dissonance ». [6]

Ces principes ne font que traduire, dans un langage théorique, les tactiques utilisées par Alinsky et ses disciples à Chicago et ailleurs. Puisque l’organizer cherche avant tout à faire prendre conscience aux laissés-pour-compte de leur propre pouvoir, sa première tâche, lorsqu’il arrive dans une communauté, est de repérer ceux qui sont susceptibles de la mobiliser, en faisant appel aux « leaders locaux ». Alinsky travaillait ainsi beaucoup aussi avec les églises, qui constituent souvent la colonne vertébrale des quartiers défavorisés aux Etats-Unis, et entretenait notamment d’excellentes relations avec l’Eglise catholique (dans une lettre à Jacques Maritain, Alinsky ira jusqu’à dire, avec son sens d’humour habituel, qu’il est le deuxième juif le plus influent dans l’histoire du christianisme…).

L’organizer doit, d’autre part, écouter patiemment les habitants pour pouvoir identifier leurs problèmes. Une fois une tâche identifiée, plusieurs méthodes peuvent s’imposer. Pour faire bouger une administration, les habitants peuvent rassembler des informations gênantes et menacer de les distribuer à la presse, ou inviter un responsable municipal à une réunion de quartier pour lui faire part de leur grief. Mais ils peuvent également opter pour des méthodes plus rudes. Pour dénoncer l’insuffisance de l’administration, par exemple, ils peuvent faire pression sur la municipalité en organisant une grève d’impôts, ou encore débarquer en masse dans les bureaux d’un fonctionnaire, refusant de partir avant que celui-ci ne leur accorde, sur-le-champ, la réunion tant de fois reportée (de préférence, sous le regard des caméras de télévision locale). Ou encore : faire un sit-in dans les locaux d’une banque fréquentée par un propriétaire malhonnête ou dans ceux d’une compagnie d’assurances qui pénalise les quartiers défavorisés ; déposer des sacs d’ordures devant une agence de santé dont on estime qu’elle ne remplit pas ses obligations ; manifester devant la maison du propriétaire des taudis de banlieue ; ou encore, se coucher devant les bulldozers lorsque la municipalité se lance dans la rénovation urbaine sans l’approbation des personnes concernées…

La « méthode Alinsky » exerça une influence considérable sur le militantisme et les formes de contestation sociale aux Etats-Unis, tant par son propre travail (notamment à travers l’Industrial Areas Foundation et la Woodlawn Organization) que par les « organizers » qu’il a formés et les associations qui ont suivi son exemple. Parmi ceux passés par son école figure en particulier César Chávez, le militant pour les droits civiques et le fondateur des United Farm Workers, le syndicat qui a organisé la célèbre « grève des raisins » en Californie en 1965.

Cependant, Alinsky a toujours été un personnage controversé dans l’histoire du mouvement social américain – réputation, d’ailleurs, qu’il entretenait lui-même avec enthousiasme. Certains le considéraient comme trop radical et trop diviseur, tandis que d’autres — surtout le mouvement étudiant des années soixante — étaient gênés par son réformisme et son apathie idéologique. De son côté, il ne cachait pas son mépris pour des organisations comme Students for a Democratic Society (SDS) ou le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) : de Jerry Rubin et Abbie Hoffman, les leaders des « Yippies » (Youth International Party). Il disait qu’ils n’étaient « pas fichus d’organiser un déjeuner, encore moins une révolution ». [7] Surtout, Alinsky reconnaissait que les valeurs dénoncées par cette jeunesse en colère étaient justement celles auxquelles les pauvres pour lesquels il a milité aspiraient : en 1967, il remarquera : « Les gosses du SDS me disent : ‘Alinsky, tu sais ce que tu fais ? Tu organises les pauvres au nom de valeurs décadentes, ruinées, bourgeoises, et matérialistes.’ Et je me trouve en train de répondre : ‘Vous savez ce qu’ils veulent, les pauvres, dans ce pays ? Ils veulent une part plus grande dans ces valeurs décadentes, ruinées, bourgeoises ». [8] Les associations d’inspiration alinskienne travaillaient en collaboration avec les pouvoirs publics voire les chefs d’entreprise (Marshall Field III, le millionnaire de Chicago, siégea par exemple dans le conseil de direction de l’IAF) plutôt que s’engager dans une lutte « gauchiste ». Son héritage, partagé entre ses tactiques de dissident et des instincts foncièrement réformiste, est donc complexe.

Alinsky, Clinton et la critique du welfare

A l’automne 1968, alors que l’Amérique ne s’est pas encore remise des assassinats de Marin Luther King et de Robert Kennedy, et qu’elle a encore en tête les images des émeutes qui ont éclatées lors de la convention démocrate de Chicago, portant ainsi au grand jour l’opposition à la guerre au Vietnam, une étudiante de Wellesley College, âgée de vingt-deux ans, férue de politique et de justice sociale, décide de consacrer son mémoire de fin d’études à Saul Alinksy. Elle s’appelle encore Hillary Rodham. Dans son mémoire, qu’elle intitule (en citant T. S. Eliot) There is only the fight : an analysis of the Alinsky model, la future candidate à l’investiture démocrate médite la pensée et la carrière d’Alinsky – et, en passant, égrène quelques brins de sa propre vision politique, à l’époque encore en gestation. Au moins laisse-t-elle entrevoir ses préoccupations.

Alinsky la fascine autant par sa soif insatiable de la justice que par sa critique acerbe de la morale chrétienne version middle class, dans laquelle la jeune Hillary a baigné pendant son enfance et qui fait peu de place aux notions comme le pouvoir, le conflit et l’intérêt particulier. D’autre part, Alinsky est à la fois radical et réformiste. Elle remarque que ce qu’il professe « ne sonne pas très ‘radical.’ Ses paroles sont les mêmes que l’on entend dans nos écoles, chez nos parents et leurs amis, chez nos pairs ». Mais elle souligne : « La différence, c’est qu’Alinsky y croit vraiment ». [9] La possibilité de fonder une contestation sur des principes globalement reconnus est sans doute attirant pour une jeune femme tentée par les grandes luttes des sixties, mais qui choisit de rester dans le « système ». Enfin, Hillary porte un intérêt manifeste pour la place centrale qu’Alinsky accorde à la notion de « communauté ». Le problème qui hante sa pensée est celle « de la quête d’une communauté viable ». [10] En particulier, il nous oblige à penser ce que signifie une « communauté » à l’âge de l’industrialisation et de la société de masse – si, dans ce contexte, une communauté peut encore exister. Alinsky, qu’Hillary rencontre en complétant son mémoire, est impressionné par la jeune étudiante : il lui propose de venir travailler pour son association. Elle refusera, décidant plutôt de poursuivre des études de droit à Yale (où elle fera la connaissance d’un certain Bill Clinton…).

Alinsky n’aura-t-il été qu’un intérêt passager d’une jeune étudiante passionnée par la politique ? Peut-être. On peut néanmoins considérer la carrière d’Hillary Clinton à la lumière de cet engouement estudiantin pour le community organizer. Son intérêt pour la notion de communauté et les valeurs de solidarité qu’elle véhicule se retrouveront, par exemple, dans son militantisme en faveur des droits de l’enfant [11] et de l’assurance sociale. D’autre part, le pragmatisme d’Alinksy, ainsi que son allergie aux idéologies, rejoignent curieusement les valeurs de la « troisième voie » clintonienne. Clinton remarque ainsi dans son mémoire qu’Alinsky s’intéresse à l’idée d’appliquer ses méthodes à la classe moyenne américaine qui, elle aussi, éprouve un sentiment d’impuissance (powerlessness) devant « ces guerres que l’on suit sur les écrans de télévision ». [12] Mobilier la classe moyenne – n’est-ce pas ce que tentent les époux Clinton dans les années 1990, lorsqu’ils repartent à la conquête des couches sociales que leur parti semble avoir abandonné ? D’autre part, tout en militant pour les plus pauvres, Alinsky ne cache pas sa suspicion à l’égard de l’Etat-providence, surtout à l’égard de la « guerre contre la pauvreté » menée par le Président Lyndon Johnson dans les années 1960, qu’il qualifiera de « pornographie politique ». Alinsky se vantait de n’avoir jamais rien fait pour les pauvres, comme voulaient le faire les bureaucrates bien-pensants de Washington : il n’a fait que travailler avec eux, les aidant à chercher eux-mêmes des solutions à leurs problèmes.

Situé au croisement de la tradition du « self-made man » et d’une sorte d’autogestion à l’américaine, Alinsky insiste toujours sur la nécessité des pauvres de pourvoir à leurs intérêts, mêmes « bourgeois » et « décadents », et nourrit un profond mépris pour les « libéraux » (au sens américain du terme, donc la gauche) qui, en prétendant connaître les intérêts profonds des couches sociales démunies, ne font que les infantiliser. Mais de là à rejoindre les critiques libérales (au sens européen) de l’Etat-providence ? Rappelons qu’en 1996, le président Clinton, appuyé par les Républicains, adopta la loi sur la « responsabilité personnelle » (Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act, PRWORA), qui supprima de nombreuses allocations destinées aux plus démunis (en particulier celles destinées aux enfants), en les remplaçant, au niveau des Etats fédérés, par une politique dite de « workfare », qui lie le droit aux prestations sociales à l’obligation de travailler (même dans des conditions indignes). Clinton annonça à cette occasion que « l’ère du big government » est terminée aux Etats-Unis. En dépit de son engagement profond pour les pauvres, Alinsky et sa méthode ne constituent-ils pas, par le biais de leur critique des aides gouvernementales au nom du savoir-faire spontané de la communauté, la voie détournée vers le « workfare » ?

La principale leçon que les Clinton retiendront d’Alinsky est cependant sa vision du pouvoir. L’analyse qu’ils font de l’expérience des années 1960, de l’ère Nixon et du scandale de Watergate, mais aussi du déclin du Parti démocrate à l’époque de Reagan, est précisément celle d’Alinsky : la noblesse des principes ne vaut strictement rien sans le pouvoir. Alinsky s’en prend à ceux qu’il appelle les « liberals » (et qu’il oppose aux « radicals »), c’est-à-dire ceux pour qui tous les moyens ne peuvent pas être justifiés par la noblesse du but. Railleur, Alinsky cite La Rochefoucauld : « Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui ». [13] Lorsque les Clinton se défendent contre ceux qui leur reprochent de vouloir accaparer le pouvoir à tout prix, on peut imaginer que ce proverbe est leur réplique secrète. Dans son mémoire, Hillary Clinton note avec intérêt que selon Alinsky, contrairement à l’idée reçue, rien n’est plus facile en politique que d’être moral : « Il y a deux voies qui mènent à tout : la voie basse et la voie haute. La voie haute est la plus facile. Il suffit à parler des principes et de se montrer angélique à l’égard des choses que l’on ne pratique point. La voie basse est plus la rude. C’est la tâche de faire ressortir une conduite morale de son intérêt personnel ». [14] Cela aurait pu être la devise de la campagne menée par Hillary Clinton contre Obama : il ne suffit pas d’inspirer les auditeurs par des belles phrases et par son éloquence ; la politique est l’art des résultats ; s’il faut être méchant et déshonnête pour faire un peu de bien, s’il faut être un peu démagogue pour mobiliser la rage des démunis, soit.

Alinsky dans le parcours d’Obama

Le paradoxe, pourtant, c’est que celui que Clinton accuse d’être trop idéaliste est passé par la même école qu’elle. En 1985, Barack Obama, ayant tout juste reçu son diplôme de Columbia, désirant participer au changement social dans le même esprit que les luttes pour les droits civiques des années 1960, mais ne sachant trop comment, répond à une publicité publiée dans le New York Times par le Calumet Community Religious Conference (CCRC). Cette association, qui cherche à faire des églises dans le South Side de Chicago, le célèbre ghetto noir, des forces militantes, est animée par plusieurs disciples d’Alinksy (Mike Kruglik, Gregory Galluzzo et Gerald Kellman) qui veulent recruter des jeunes noirs pour gagner la confiance d’une communauté qui les regarde (ils sont blancs et pour la plupart juifs) avec méfiance. [15] Agé tout juste de vingt-quatre ans, Obama arrive dans le South Side. Aussitôt, il reçoit son baptême du feu d’organizer, aidant une communauté à obtenir un bureau de placement pour les chômeurs, ou encore portant son soutien aux efforts des résidents d’un HLM pour obtenir le désamiantage de leurs logements.

Obama consacre presque deux cents pages à cet épisode dans ses mémoires, Dreams from my father. Certes, comme l’observe le journaliste Ryan Lizza, « il n’y a aucune discussion de la théorie qui sous-tendait son travail et qui guida ses maîtres. Alinsky est la couche absente de ce récit ». [16] Mais Obama évoque le pouvoir de séduction qu’exerça sur lui le langage alinskien au cours de sa formation comme organizer : « L’action, le pouvoir, l’intérêt particulier. J’aimais ces concepts. Ils témoignaient d’un certain réalisme, d’un refus temporel pour le sentiment ; la politique, et non la religion ». [17] A son tour, Obama enseignera à d’autres la méthode que la CCRC lui a apprise.

Toutefois, même si son nom n’est jamais mentionné, les mémoires d’Obama contiennent une critique implicite d’Alinsky – partielle, sans doute, et pourtant claire. D’abord, Obama, dans le South Side, suggère qu’il arrive parfois aux organizers de surestimer l’importance de l’intérêt particulier – ou, du moins, qu’ils le conçoivent de manière trop étroite. Les motivations des résidents du South Side qu’il mobilisa dépassaient le simple intérêt matériel ; ils étaient aussi animés par un intérêt spirituel, ou plutôt un désir de sens, une capacité d’offrir un récit significatif de leur identité. Il apprend que « l’intérêt particulier que j’étais sensé chercher s’étendait bien au-delà des problèmes immédiats, qu’au delà des banalités, des biographies sommaires, et des idées reçues, les gens portent dans leur for intérieur une explication essentielle d’eux-mêmes. Des histoires pleines de terreur et de merveilles, clouées d’événements qui les hantent ou les inspirent encore. Des histoires sacrées ». [18] Ce qui commence, pour Alinsky, en politique, finit chez Obama en mystique.

La méthode d’Alinsky est mise en question par Obama à un autre niveau encore. Alinsky, nous l’avons vu, assume sans regret le fait que la politique entraîne le conflit, et que la stigmatisation de l’autre peut être une puissante force de mobilisation. Mais quel sens cette idée peut-elle avoir pour une communauté qui vit quotidiennement la conséquence d’une telle stigmatisation – en l’occurrence, la communauté noire américaine ? Une réaction tout à fait logique, qu’Obama rencontre au South Side, est le nationalisme noir, qui assume la stigmatisation, mais en la projetant sur les blancs. Obama développera plus tard un certain respect pour cette attitude, surtout lorsqu’il se rendra compte à quel point les Noirs ont intégré le racisme dont ils sont victimes. La haine des Blancs constitue, pour les Noirs, un « contre-récit enfouit profondément à l’intérieur de chacun, au centre duquel se trouvent des Blancs : certains cruels, d’autres ignorants, parfois un seul visage, parfois l’image anonyme d’un système qui prétend contrôler nos vies. J’étais forcé de me demander si les liens de communauté pouvaient être restauré sans un exorcisme collectif de la figure spectrale qui hantait les rêves noirs ». [19] Mais surtout, il finira par conclure que la haine, même justifiée, est sans issue. Il acceptera, en quelque sorte, la psychologie d’Alinsky, mais pas sa politique.
*

Ce qu’enseigne, en fin de compte, l’école d’Alinsky, est un mélange de romantisme et de rudesse, d’une soif pour la justice atteinte par des moyens impitoyables. Hillary Clinton semble y avoir puisé pour formuler sa vision non-idéologique du progrès social, tout en tenant fortement compte de sa leçon sur la centralité du pouvoir et de sa conquête, nécessaires à toute politique digne de son nom. Barack Obama, en appliquant la méthode d’Alinsky à Chicago, cherche à donner aux impuissants une preuve de leur propre puissance—tout en critiquant l’intérêt conçu en dehors de toute visée spirituelle, en même temps qu’il se méfie des conséquences de la stigmatisation d’autrui dans la poursuite du pouvoir.

Mais que se passe-t-il lorsque les enfants d’Alinsky passent à la politique politicienne ? Citons le maître : « Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu ». [20] Aux supporters d’Obama et d’Hillary de reconnaître leur candidat dans cette phrase…

– L’association de Saul Alinsky : http://www.industrialareasfoundation.org/

– Le mémoire d’Hillary Rodham (Clinton) sur Alinsky
http://www.gopublius.com/HCT/HillaryClintonThesis.html

– Elections américaines 2008 (dossier)
Documents joints

*
Saul Alinsky, la campagne présidentielle et l’histoire de la gauche américaine (PDF – 153.9 ko)
par Michael C. Behrent

Notes

[1] Ou « animateur social » : le seul livre d’Alinsky qui semble avoir été traduit en français s’intitule Manuel de l’animateur social : une action directe non violente (Seuil, 1976).

[2] Saul Alinksy, Rules for radicals : a practical primer for realistic radicals (Random House, 1971), 51, 50.

[3] Alinksy, Rules for radicals, 51.

[4] Idem, 54.

[5] Cité dans Hillary Rodham « There is only the fight » : an analysis of the Alinsky model, mémoire non-publiée (Wellesley College, 1969), 10. Disponible en ligne : http://www.gopublius.com/HCT/HillaryClintonThesis.html. 8-9

[6] Alinksy, Rules for radicals, 62.

[7] Donald C. Reitzes et Dietrich C. Reitzes, « Alinsky in the 1980s : two contemporary Chicago community organizations », The Sociological Quarterly, 28:2, 1986, 265.

[8] Cité dans Mike Miller, « The 60’s student movement & Saul Alinsky : an alliance that never happened », Social Policy 34 :2-3 (2003-2004), 107.

[9] Hillary Rodham, « There is only the fight », 10.

[10] Idem, 65-66.

[11] voir son livre Il faut tout un village pour élever un enfant, Denoël 1996

[12] Idem, 74.

[13] Alinksy, Rules for radicals, p. 26.

[14] Cité dans Rodham, There is only the fight, p. 14.

[15] Voir Ryan Lizza, « The agitator », The New Republic, March 19, 2007, http://www.pickensdemocrats.org/info/TheAgitator_070319.htm

[16] Idem.

[17] Barack Obama, Dreams from my father : a story of race and inheritance (Three Rivers Press, 1995, 2004), 155.

[18] Idem, 190.

[19] Idem, 195.

[20] Alinsky, Rules for radicals, 61.

Voir aussi :

http://209.85.135.104/search?q=cache:-oTA0SI7qcEJ:www.caracoleando.org/IMG/doc/Alinsky.doc+Manuel+de+l%27animateur+social&hl=fr&ct=clnk&cd=1&gl=fr&lr=lang_fr

Actions à la Alinsky

L’idée de base serait que dans leur façon de lutter, les acteurs soient eux mêmes dans des logiques coopératives, ludiques, non violentes… et arrêtent de mimer les logiques des autres….

Alinsky, lui même travailleur social aux USA, dans les années 50/60, a imaginé et développé des actions avec cette logique. Nous vous proposons ci-après une fiche de lecture de son livre « Manuel de l’animateur social » (merci aux auteurs de la fiche, et au site de la fédération des centres sociaux Rhône Alpes qui la met à disposition des internautes…. nous ne pouvons d’ailleurs que vous inciter à aller butiner sur ce site….).

Quelques grands principes

– cibler la lutte : trouver un cas précis, exemplaire, symbolique, de ce qu’on veut combattre

– enquete civique : repérer tous les points faibles de l’adversaire, mais toujours des points qui ne créent pas d’insécurité (perspective non violente)

– repérage d’une idée d’action, non violente, sur un de ces point de faiblesse. Action ludique, où l’on se fait plaisir et où on utilise l’arme du rire (qui rend difficile d’imaginer la riposte…. sous peine de ridicule)

– la menace est toujours supérieure à l’action : lorque l’action est imaginée et organisée, on peut aller prévenir de sa mise en œuvre, et ainsi déjà donner un espace de discussion et négociation.

– la radicalité imaginative de l’action est toujours au service de la tactique de la négociation (ne pas courir le risque de ne pas pouvoir répondre si l’adversaire propose de négocier…., tranformer l’ennemi en adversaire, et lui donner la possibilité de donner le meilleur de sa propre posture……)

Manuel de l’animateur social, Saul Alinsky

FICHE DE LECTURE

vendredi 25 juillet 2003, par François Vercoutère, par Fabrice Dupuis

Mise en forme des techniques de Saul Alinsky pour « organiser » des groupes pour l’action et la revendication. L’animateur social est un « organisateur ».

L’ouvrage aborde un certain nombre de problématiques :

1° le débat entre fins et moyens

La question « la fin justifie-t-elle les moyens ? » n’a pas de sens en soi. Les populations n’ont pas toujours le choix des moyens dans une lutte. La question de la moralité des moyens peut être un prétexte à ne pas agir. Le point de repère pouvant être alors de savoir si les moyens choisis servent le plus grand nombre et non pas seulement ma personne.

Série de règles se rapportant à l’éthique de la fin et des moyens :

1ère règle : l’importance que l’on attache à l’éthique de la fin et des moyens est inversement proportionnelle aux intérêts que nous avons dans l’affaire.

2ème règle : l’éthique de la fin et des moyens varie selon les positions politiques de ceux qui se posent en juges.

3ème règle : En temps de guerre la fin justifie n’importe quel moyen.
4ème règle : On ne doit jamais juger de l’éthique de la fin et des moyens en dehors du contexte dans lequel se passe l’action.

5ème règle : Le souci de la morale de la fin et des moyens augmente avec le nombre de moyens disponibles et vice versa. « Pour moi (Saul Alinsky) la morale consiste à faire ce qui est le mieux pour le maximum de gens ».

6ème règle : On aura d’autant plus tendance à évaluer les critères moraux des moyens que la fin est moins importante.

7ème règle : D’une façon générale, le succès ou l’échec constituent un facteur déterminant de la morale. C’est ce qui fait toute la différence entre le traître et le héros. Un traître qui réussit ça ne s’est jamais vu. S’il réussit ce n’est plus un traître mais un père fondateur.

8ème règle : les critères moraux des moyens varient selon que ces derniers sont utilisés à une époque de défaite ou de victoire imminente. « Le même moyen employé à un moment où la victoire semble assurée peut être considéré comme immoral, alors qu’utilisé dans des circonstances désespérées, afin d’éviter le pire, la défaite, la question de moralité ne serait pas soulevée. »

9ème règle : Tout moyen qui s’avère efficace est automatiquement jugé immoral par l’opposition.

10ème règle : Vous devez tirer le meilleur parti de ce que vous avez et habiller le tout d’un voile de moralité.

11ème règle : Les objectifs définis doivent prendre la forme de slogans très concis et généraux. L’histoire est faite d’actions qui permettent à un objectif d’en déclencher un autre.

2°. La formation de « l’organisateur  » :

Liste types de qualités pour un bon organisateur :

Curiosité : La vie pour un organisateur est la recherche d’un plan d’ensemble, la recherche de ressemblances dans les différences apparentes, de différences dans les ressemblances apparentes, la recherche d’un ordre dans le désordre, la recherche d’un sens autour de lui, la recherche d’une façon de se situer par rapport à lui même, une recherche incessante.

Irrévérence : La curiosité et l’irrévérence vont de pair. L’homme curieux en arrive vite à demander « est-ce que tout ceci est vrai ? ». Pour celui qui pose des questions rien n’est sacré. Il hait le dogme et rejette toute définition catégorique de la morale qui n’en admettrait aucune autre. Il provoque, il agite, dérange, désacralise, bouscule.

Imagination : L’imagination est inséparable de la curiosité et de l’irrévérence. Pour l’organisateur l’imagination c’est le dynamisme qui le lance et le soutient dans toute son action. L’imagination produit l’étincelle du démarrage et entretient la force qui le pousse à organiser en vue du changement. Mais ce n’est pas seulement l’énergie qui permet à l’organisateur d’organiser, c’est aussi la base de l’efficacité dans l’action et dans la tactique. Pour évaluer et anticiper de façon réaliste les réactions probables de l’ennemi, il doit être capable de se mettre dans sa peau et d’imaginer ce qu’il ferait à sa place.

Sens de l’humour : L’organisateur qui cherche avec un esprit libre et ouvert, qui ne connaît pas la certitude, qui hait le dogme, trouve dans le rire, non seulement une façon de garder l’esprit sain, mais également une clé qui lui permet de comprendre la vie. Pour un tacticien, l’humour est un élément essentiel de succès car les armes les plus puissantes du monde sont la satire et le ridicule. Le sens de l’humour permet de garder une juste perspective des choses et de prendre la réalité pour ce qu’elle est, une pincée de poussière qui brûle en l’espace d’une seconde.

Pressentiment d’un monde meilleur : Le travail d’un organisateur consiste essentiellement en menues tâches répétitives et ennuyeuses. Si on compare ce qu’il fait à l’ensemble de l’œuvre dans laquelle il est engagé, sa part est plutôt mince. Ce qui lui permet de continuer c’est qu’il entrevoit la grande « fresque » qu’avec d’autres il est en train de créer. Chaque morceau est essentiel.

Une personnalité organisée : L’organisateur doit être bien organisé lui-même pour se sentir à l’aise dans une situation désorganisée, et il doit être rationnel au milieu des irrationalités qui l’entourent. A de rares exceptions près, on s’appuie sur de mauvaises raisons pour faire le bien. C’est perdre son temps que d’exiger que l’on fasse le bien pour de bonnes raisons, c’est se battre contre des moulins à vent. Il lui faut donc chercher à utiliser les mauvaises raisons qu’on a d’agir, pour parvenir au bon résultat. Il doit pouvoir se servir de ce qui est irrationnel pour tâcher d’avancer vers un monde rationnel.

Une schizophrénie politique bien intégrée : L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. Avant de pouvoir passer à l’action, l’homme doit pouvoir se polariser sur une question. Il agira quand il sera convaincu que sa cause est à cent pour cent du côté des bons et que ses opposants sont à cent pour cent du côté des méchants. Il sait, l’organisateur, que l’on ne passera pas à l’action si les problèmes ne sont pas polarisés de cette façon. Ainsi l’organisateur doit se dédoubler. D’un côté, l’action où il s’engage prend tout son champ de vision, il a raison à cent pour cent, le reste égale zéro. Il jette toutes ses troupes dans la bataille. Mais il sait qu’au moment de négocier il lui faudra tenir compte à quatre vingt-dix pour cent du reste. Il a deux consciences en lui et elles doivent vivre en harmonie. Seule un personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée.

Ego : La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. Un organisateur doit accepter sans crainte, ni anxiété, que les chances ne soient jamais de son bord. Fort de cet ego il est un homme d’action qui agit. L’idée de se dérober ne fait jamais long feu chez lui. La vie est action.

Un esprit libre et ouvert, une relativité politique : Toutes les qualités citées auparavant donnent une souplesse. S’étant forgé une personnalité forte, l’organisateur peut se passer de la sécurité qu’apportent les idéologies ou les solutions miracles. Il sait que la vie est une quête perpétuelle d’incertitudes et la seule certitude est que la vie est incertitude. Il faut vivre avec cela. Il sait que toutes les valeurs sont relatives, dans un monde où tout est relatif, y compris la politique. Equipé de ces qualités, il a peu de chances de tourner au cynisme ou à la désillusion, car il n’a pas d’illusion. Enfin, l’organisateur est constamment en train de créer : il crée du nouveau à partir du vieux et sait que les nouvelles idées ne peuvent naître que d’un conflit. L’œuvre de création est à ses yeux ce qui donne le sens le plus profond de la vie. Sans cesse tendu vers la nouveauté, il se sent incapable de supporter ce qui se répète, ce qui est immuable. C’est la différence essentielle entre le chef et l’organisateur. Le chef aspire au pouvoir, l’organisateur cherche à créer du pouvoir pour permettre aux autres de s’en servir.

3°. Les tactiques de l’organisateur :

1° règle : le pouvoir n’est pas seulement ce que vous avez, mais également ce que l’ennemi croit que vous avez.

2° règle : ne sortez jamais du champ d’expérience de vos gens.

3° règle : sortez du champ d’expérience de l’ennemi chaque fois que c’est possible. Car chez lui c’est la crainte, la confusion, l’abandon que vous voulez provoquer.

4° règle : mettre l’ennemi au pied du mur de ses propres déclarations morales.

5° règle : le ridicule est l’arme la plus puissante dont l’homme dispose.

6° règle : une tactique est bonne si vos gens ont du plaisir à l’appliquer.

7° règle : une tactique qui traîne trop en longueur devient pesante

8° règle : maintenir la pression

9° règle : la menace effraie généralement davantage que l’action elle-même.

10° règle : le principe fondamental d’une tactique, c’est de faire en sorte que les événements évoluent de façon à maintenir, sur l’opposition, une pression permanente qui provoquera ses réactions.

11° règle : en poussant suffisamment loin un handicap on en fait finalement un atout

12° règle : une attaque ne peut réussir que si vous avez une solution de rechange toute prête et constructive. Vous ne pouvez vous laisser prendre au piège par l’ennemi qui brusquement virerait de bord et accepterait de satisfaire à vos revendications en vous disant : »nous ne savons pas comment régler ce problème dites-nous comment faire ».

13° règle : Il faut choisir sa cible, la figer, la personnaliser et polariser sur elle au maximum.

Eléments de conclusion :

La première tâche de l’organisateur c’est de raviver l’espoir c’est à dire communiquer les moyens et les tactiques qui donneront aux gens le sentiment qu’ils détiennent les instruments du pouvoir et qu’ils peuvent désormais faire quelque chose.

Les sociétés doivent désormais oublier toutes les inepties qu’elles ont pu dire sur le secteur privé. Non seulement parce que les contrats gouvernementaux et les affectations des fonds du gouvernement ont depuis longtemps franchi la ligne de démarcation entre le secteur privé et le secteur public mais également parce que tous les américains et toutes les sociétés américaines appartiennent aussi bien au secteur privé qu’au secteur public ; « public » , en ce sens que nous sommes américains et concernés par le bien-être national. Nous avons tous un double devoir, et les sociétés devraient bien le reconnaître dés maintenant si elles veulent survivre. La pauvreté, la discrimination, la maladie, la criminalité, doivent, tout autant que les profits, faire partie de leurs soucis.

Ed. Seuil Coll. Points. 247p.

Edité en 1976 en français (épuisé)

COMPLEMENT:

Saul Alinsky: A Complicated Rebel
Nicholas von Hoffman’s new book complicates a right-wing caricature.By Ronald Radosh

National Review

August 11, 2010

Radical: A Portrait of Saul Alinsky by Nicholas von Hoffman (Nation Books, 237 pp., $26.95)
Nicholas von Hoffman’s short, breezy, and informative sketch of Saul Alinsky — and of the decade he spent with him working as a community organizer — offers us a very different take on the legendary activist than the narrative we are accustomed to. This is especially the case for those conservatives who consider Alinsky close to the devil. Alinsky made the comparison himself, invoking Lucifer, along with Thomas Paine and Rabbi Hillel, in the epigraphs to his classic, bestselling 1971 guide, Rules for Radicals: A Pragmatic Primer for Realistic Radicals. As Alinsky put it, clearly facetiously, Lucifer was “the very first radical . . . who rebelled against the establishment,” and who was so effective “that he . . . won his own kingdom.” But the reality of Alinsky and his work was significantly different from what this tongue-in-cheek self-presentation — and, a fortiori, today’s conservative attacks on Alinsky — would have us believe. He was not a radical believer in Big Government, and he probably would have had serious problems with Barack Obama’s agenda.

Alinsky became famous by organizing ethnic workers in the old Chicago stockyards from 1939 to the end of the 1950s, where he created the Back of the Yards Neighborhood Council as the vehicle to organize them. Because of his work, von Hoffman notes, “what had been an area of ramshackle, near-slum housing tilting this way and that had been rebuilt into a model working-class community of neat bungalow homes.”

Candidly, von Hoffman adds that Alinsky did not challenge the neighborhood’s pattern of segregation, which had “become an impregnable fortification of whites-only exclusionism.” Back in 1919, these same workers played a part in the famous 1919 Chicago-area race riots, in which 500 people, most of them black, were wounded and 38 killed. Alinsky did manage to obtain permission for blacks to have unmolested passage through the Back of the Yards as they were on their way to other places — which seems little by today’s standards, but, as von Hoffman notes, was a major accomplishment then.

As for the Neighborhood Council’s funding, it came not from government largesse, but from — of all things — the illegal-gambling activities of Alinsky’s partner, Joe Meegan. This spoke to Alinsky’s longstanding friendly relations with gangsters, thugs, and the organized-crime syndicates. That source of funding meant that any pressure from government to end racial exclusion would come to naught. Moreover, Alinsky’s belief that the people had to determine their own destiny meant, for him, that if the people wanted an all-white community, they should not be challenged on the matter. Although he wanted integration, and hoped that he could select and induce a few middle-class black families to buy homes in the Back of the Yards neighborhood and then convince whites to accept them, his partner Meegan nixed the idea. “Even public discussion of a Negro family,” von Hoffman writes, “would have the same effect as news that the bubonic plague was loose.” Even fair-minded whites in the area believed that blacks’ moving in meant “slumification, crime, bad schools, and punishing drops in real-estate values,” and hence the simple idea of an interracial neighborhood “would destroy the community and the council.” Alinsky’s code of loyalty to the Back of the Yards Council came before his personal opposition to segregation. (As von Hoffman rationalizes it, “the leaders behind the whites-only policy were his friends.”) The people pursued a policy he abhorred; and he had no choice but to stand with the people.

An even more surprising revelation is that Alinsky admired Sen. Barry Goldwater, whose libertarian objections to the proposed 1964 civil-rights act he shared. Countervailing power from organizations, not decisions made by courts, Alinsky thought, was the only way to achieve permanent change. Thus, von Hoffman tells us, “he was less than enthusiastic about much civil-rights legislation,” and during Goldwater’s run for the presidency, he had at least one secret meeting with the conservative senator, during which they discussed Lyndon Johnson’s civil-rights proposal. “Saul,” von Hoffman writes, “shared the conservative misgivings about the mischief such laws could cause if abused,” but would not publicly oppose the bill, since he had no better idea to propose in its place.

Alinsky also opposed Martin Luther King Jr.’s attempted march in Chicago in 1965, criticizing King for not building a “stable, disciplined, mass-based power organization.” He saw King as a man without local roots, who did not know the community, and who did not have any idea about how to organize it. Von Hoffman writes that King led “a little army stranded inside a vast and hostile terrain,” whose efforts “accomplished nothing except to reinforce the perception” that King “was an outsider.”

But what did Alinsky think about the other major liberal ideas of the time — for example, Lyndon Johnson’s Great Society program, or Robert F. Kennedy’s program for the poor? According to David Horowitz, the conservative activist and author — in his very influential pamphlet “Barack Obama’s Rules for Revolution: The Alinsky Model” — Alinsky’s radical organizers had a responsibility to work “within the system.” They did not follow the path advocated by the New Left, who preferred to utter meaningless calls for “revolution.” Thus, Horowitz writes, they “infiltrated the War on Poverty, made alliances with the Kennedys and the Democratic Party, and secured funds from the federal government. Like termites, they set about to eat away at the foundations of the building in expectation that one day they could cause it to collapse.” While the New Left created riots like that at the Chicago Democratic convention in 1968, “Alinsky’s organizers were insinuating themselves into Johnson’s War on Poverty program and directing federal funds into their own organizations and causes.”

According to von Hoffman, though, Alinsky had nothing but contempt for activists who gladly took money from the government, and hence his own group did not work within or for the government’s War on Poverty programs. Writes von Hoffman:

Although Alinsky is described as some kind of liberal left-winger[,] in actuality big government worried him. He had no use for President Lyndon Johnson’s Great Society with its War on Poverty. He used to say that if Washington was going to spend that kind of dough the government might as well station people on the ghetto street corners and hand out hundred-dollar bills to the passing pedestrians. For him governmental action was the last resort, not the ideal one.
Moreover, according to von Hoffman, Alinsky also opposed putting community organizers on the government payroll, as Bobby Kennedy sought to do, since “it made an independent civil life next to impossible.” It also created the conditions by which any administration could use their work for “social and political control.” It would “stifle independent action,” and possibly turn paid organizers “into police spies.” As von Hoffman sees his mentor, Alinsky opposed not only big government, but also large corporations and big labor. What he wanted was not revolution — despite his radical rhetoric meant to appeal to the New Left — but “democratic organizations which could pose countervailing power against modern bureaucracies.” Thus, in von Hoffman’s view, Saul Alinsky was a radical, but a Tory radical or a radical conservative: a man with a libertarian sensibility who supported all the little men fighting against any large structure, whether it was the government, a corporation, or organized labor.

In today’s America, conservatives have paid a great deal of attention to what was — until its recent demise after a series of scandals — the largest and most successful community organization, ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now). Critics have accused the group of electoral fraud, of shakedowns of large banking and manufacturing firms, and of helping to create the housing bubble by fighting to have community banks grant loans to those who had no way to pay them back. Many of the critics claim that the organization, formed in 1970, was inspired by Alinsky’s methods and concepts — but Alinsky had nothing to do with its founding.

This is an important issue, because the great interest Alinsky has for commentators today stems largely from his reputed influence on Barack Obama. One often hears critics of President Obama’s policies proclaim that he is acting “straight out of the Alinsky playbook.” Because Obama was a community organizer for a brief time before going to law school, many people have assumed that, as a disciple of Saul Alinsky, he was committed thereafter to apply Alinsky’s principles as a guide for whatever position he held in life. Many therefore assume that he is now acting on them as president.

It is true that Obama’s mentors were trained by Alinsky’s organization. In re­searching a piece for The New Republic in 2007, Ryan Lizza spoke to Gregory Galluzzo, one of the three men who instructed Obama when he became a community organizer. Galluzzo told Lizza that many organizers would start as idealists, and that he urged them to become realists and not be averse to Alinsky’s candid advocacy of gaining power, since “power is good” and “powerlessness is evil.” Galluzzo taught Obama that people have to be organized according to their self-interest, and not on the basis of what Obama himself has characterized as “pie-in-the-sky idealism.”

In 1992, Obama famously worked for a voter-registration group called Project Vote, which was an ACORN partner, and helped Carol Moseley Braun defeat an incumbent U.S. senator in the 1992 Democratic primary. A few years later, Lizza reported, Obama became ACORN’s attorney, and won a decision forcing Illinois to implement the Motor Voter Law, with what the Wall Street Journal’s John Fund called “loose voter-registration requirements that would later be exploited by ACORN employees in an effort to flood voter rolls with fake names.” Obama cited ACORN first on a list he composed in 1996 of key supporters for his campaign for the state senate.

So Obama’s association with ACORN was real, and close. This, combined with the fact that Obama taught Alinsky’s methods when he worked with community organizers, has led many to assume that Alinsky himself approved of ACORN. Von Hoffman, however, challenges this notion. He writes: “[ACORN’s] cheekiness, truculence, and imaginative tactical tropes have an Alinskyan touch but the organization’s handling of money, embezzlement, and nepotism would have drawn his scorn. Nor would he have been comfortable with the large amounts of government money flowing into the organization.” (Emphasis added.) This conclusion is essentially confirmed by the activist and writer John Atlas, whose new pro-ACORN book, Seeds of Change: The Story of ACORN, explains that the group broke with the Alinsky model in a number of ways — most importantly, by applying for and receiving government contracts.

According to von Hoffman, Alinsky had nothing but disdain for the New Left with which Obama was associated. He thought Bill Ayers was wedded to “petulant ego decision making,” as well as a “comic-book leftism whose principal feature was anger at a government which did not do as they bade it. Their foot-stamping anger and humiliation at their failures . . . made them believe they were justified in taking up violence.” He saw the Weather Underground as a group prone to tantrums and “Rumpelstiltskin politics.”

Alinsky’s own approach had some major successes. In Rochester, N.Y., he got Eastman Kodak to agree to hire more blacks. In 1965, he had been approached by ministers from Rochester after Martin Luther King Jr. had turned down an overture from them. This in itself provides an interesting contrast with some of the activism of later times: Alinsky took action after he was asked to intervene by community ministers. This was quite different from the kind of shakedown associated in more recent years with Rev. Jesse Jackson and Rev. Al Sharpton, the kind in which large corporations fill an organization’s coffers with money in exchange for a hands-off agreement.

Yet, even in the Rochester fight, Alinsky’s methods often appeared rather comical, and it is rather hard to believe that they were taken seriously. According to von Hoffman, what Alinsky proposed, and scared the city’s elite with, was a scheduled “fart-in” at the Kodak-sponsored Rochester Symphony. He planned to gather black activists — for whom concert tickets had been bought — for a pre-concert dinner made up exclusively of baked beans. This would be his substitute for sit-ins and picket lines. Alinsky called it a “flatulent blitzkrieg,” and the result of this threat (along with other tactics, including the use of proxies at stockholder meetings) evidently was a settlement in which the city fathers agreed to the demands. In Chicago, he threatened a “piss-in” at O’Hare Airport, which immediately led the city to the bargaining table. That such juvenile tactics worked perhaps says more about the fears of the politicians than the genius of Alinsky.

Alinsky had some impressive backers. Among them was the old giant of the mine workers’ union, John L. Lewis, who advised him and supported him. (Like Lewis, he used Communists as orga­nizers on his staff. He disdained the Communist Party and its Marxist and pro-Soviet positions, and regarded its members as “servants of an antidemo­cratic foreign power” — but because he valued the organizing skill of individual Communists, he hired them as staffers anyway.) He also bonded with key figures in the Catholic archdiocese of Chicago. The whites he sought to organize were mainly believing Catholics, and thus Alinsky became particularly close to Fr. John O’Grady, whom von Hoffman credits with doing away with clerically dominated local charities and replacing them with charities run by professionals from social-work schools in Catholic colleges and universities. Later, Alinsky became close to the Catholic philosopher Jacques Maritain, with whom he regularly corresponded. He also befriended Cardinal Stritch and Fr. Jack Egan, who got the archdiocese to give him the money to launch organizing drives in the 1950s. This constituency is hardly what one thinks of as a force for social revolution in America.

So what were Alinsky’s goals in the end? Von Hoffman does not really answer this question, perhaps because Alinsky never did. Before people decide whether Saul Alinsky was a man with an actual revolutionary plan, they owe it to themselves to take into consideration von Hoffman’s contrary assessment of the father of community organizing.

– Ronald Radosh, an adjunct fellow at the Hudson Institute and a blogger for PajamasMedia.com, is the author of Commies: A Journey through the Old Left, the New Left and the Leftover Left.


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