Médias: Bienvenue au pays où l’investigation se paie décidément très cher (Another French case of what sex was to the Victorians)

Xavier NielA l’origine du capitalisme, il y a parfois des forbans. Première génération : des forbans, voire des négriers; la deuxième génération se veut respectable; la troisième fait des études et crée des fondations culturelles. Les individus peuvent être égoïstes, antipathiques et sans intelligence, mais l’ensemble construit une société qui fonctionne. Guy Sorman (Info matin, le 11 mai 1994)
C’est un pays dans lequel la police peut débarquer chez le journaliste d’un quotidien, l’humilier devant ses enfants, l’insulter, le menotter, le déshabiller complètement au dépôt… A cause de quelques mots écrits dans ce journal qu’il a dirigé pendant quelques mois. Ce pays, c’est la France de 2008. Pascal Riché
Après des débuts dans la télématique et le minitel rose, puis quelques investissements dans des “peep-shows » (un à Paris et deux à Strasbourg) qui ont servi de couverture à des activités de prostitution, il est devenu vice-président et directeur de la stratégie d’Iliad, groupe de télécommunications français, maison mère du fournisseur d’accès internet Free. Wikipedia

Après le bon vieux temps tontonesque du harcèlement de nos Jean-Edern Hallier et de nos docteur Gubler comme de la mise sur écoutes de la moitié de Paris …

La énième confirmation, le mois dernier, de la très victorienne pudeur des médias français pour les pantalonnades de leurs responsables politiques …

Et celle, la semaine dernière, du caractère « très enchainé » du canard-feuille à ragots qui nous tient lieu de presse d’investigation …

Bienvenue au pays où la vie privée est reine et où l’investigation se paie décidément très cher!

Au lendemain de l’interpellation apparemment mouvementée de l’ex-directeur de la publication de Libération pour non-présentation à une convocation et possible “prise de haut” des policiers suite à l’hébergement sur son site du commentaire d’un internaute jugé diffamatoire …

Retour sur cette vie dite “privée” que le plaignant de l’affaire, qui a d’ailleurs perdu tous ses procès en diffamation mais surtout bien plus en valorisation boursière, semble tant tenir à préserver.

Co-fondateur du fournisseur d’accès internet Free et tout récent et célébré membre du club relativement fermé des 25 plus grandes fortunes de France (plus de 2,7 milliards d’euros pour ses 2/3 des parts du groupe Iliad, regroupant aussi l’annuaire téléphonique inversé Annu et la banque de données Société. com), Xavier Niel avait certes été l’objet de nombre d’articles de Libération pour une partie de sa biographie un peu plus sombre.

Comme le rappellent allusivement sa notice Wikipedia mais d’une manière très détaillée les articles de Libération, celui qui a tant fait pour la démocratisation de l’accès à l’internet en France avait en effet été condamné (avec sursis plus 250.000 euros d’amende), il y a deux ans pour abus de biens sociaux.

En clair, une fâcheuse habitude, apparemment héritée de ses jours dans l’industrie du sexe dans les années 90 (peep shows, téléphone rose) et qui lui avait déjà valu un méga redressement fiscal en 2000, des paiements au noir et en espèces …

Le X, versant obscur du patron de Free
Renaud Lecadre
Libération
Le 14 septembre 2006

Outre les nouvelles technologies, Xavier Niel exploite des peep-shows. Il comparaît pour abus de biens sociaux.

Xavier Niel, 39 ans, fondateur du groupe Iliad, qui comprend le fournisseur d’accès à l’Internet Free, l’annuaire téléphonique inversé Annu et la banque de données Société. com, est le petit prince des nouvelles technologies. Mais il n’y a pas que l’ADSL dans la vie. Depuis une vingtaine d’années, il cultive en parallèle un jardin secret : exploitation de peep- shows et sex-shops, sites pornos, vente par correspondance de sex-toys… Cela lui vaut de comparaître aujourd’hui en correctionnelle pour abus de biens sociaux, après avoir échappé aux poursuites pour proxénétisme. Lui qui revendiquait le droit au respect de sa «vie économique» privée, va devoir assumer publiquement. Il semble désormais prêt à le faire.

Main à la main

Aux enquêteurs, Xavier Niel a exposé sa vision de l’industrie du sexe, carburant au black : «Retour sur investissement intéressant et non fiscalisé», «argent facile». Sans fausse pudeur, il leur a confessé : «Ces espèces utilisables instantanément ne donnent pas la même sensation de gain que l’argent que je gagne de façon orthodoxe comme opérateur de télécommunications.» D’autant que Xavier Niel a de gros besoins en liquide. En 2001, son partenaire historique dans Iliad, Fernand Develter, lui avait vendu une partie de ses actions. Le prix de cession étant discutable, ils auraient convenu d’un complément de la main à la main : 9 100 euros mensuels, sur une durée de… trente ans.

Niel et Develter se sont rencontrés au milieu des années 80 au café le Petit ramoneur, QG des employés de sex-shops de la rue Saint-Denis, à Paris. Le second, ancien fondé de pouvoir à la Société générale, prend sous son aile le jeune premier tout juste sorti de maths sup, «brillant mais désargenté». Ensemble, ils prospèrent dans le Minitel rose, puis investissent 500 000 euros dans une dizaine de peep- shows parisiens. L’un de ces établissements, le New Sex Paradise, leur vaut une sueur froide en 2001 : deux de leurs associés, gérants effectifs de cet Eros center, sont poursuivis pour proxénétisme (ils seront condamnés en 2003 à deux ans de prison avec sursis, Xavier Niel étant entendu comme simple témoin), il faut les éloigner au plus vite. Leur chèque de sortie du capital, 7 300 modestes euros, est complété par un dessous de table de 200 000. Xavier Niel admet s’être remboursé à la bonne franquette, en prélevant 15 000 euros par mois sur les recettes non déclarées du New Sex Paradise.

A Strasbourg, l’alerte est encore plus chaude puisque l’enquête pour proxénétisme vise nommément Niel et Develter. Leur établissement alsacien, sous l’enseigne Sex-Shop X Live Peep-Show, emploie une quinzaine de jeunes femmes comme «artistes visuelles». Mais en cabine, on ne touche pas qu’avec les yeux. Le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, spécialiste des affaires financières, détaille dans son ordonnance de renvoi la «variété des contacts physiques» avec le même détachement que pour les transactions off-shore : «Caresses par le client sur les seins et les fesses des danseuses, intromission de godemichés ou de vibromasseurs dans le sexe et/ou l’anus des danseuses par le client, intromission par les danseuses de ces mêmes ustensiles dans l’anus de certains clients.» Les gestionnaires locaux sont renvoyés en correctionnelle pour proxénétisme, après avoir admis la réalité de ces prestations excédant le simple show. Xavier Niel et Fernand Develter, qui avaient investi 200 000 euros sans se mêler de la gestion, étaient-ils au courant ? Le juge Van Ruymbeke accorde au premier un non-lieu «au bénéfice du doute», Niel ne s’étant jamais rendu sur place. Le second est renvoyé pour proxénétisme car, lors d’une tournée d’inspection anonyme, Develter avait demandé à une des artistes de lui faire une fellation : pour s’assurer du respect des bonnes pratiques, jure-t-il aux enquêteurs, «grandement satisfait» que son employée ait refusé ; parce que «ces pratiques devaient être habituelles pour lui», interprète au contraire l’intéressée.

Lettre anonyme

Xavier Niel ne se voit plus reprocher que des paiements en espèces portant sur plusieurs milliers d’euros. La montagne a accouché d’une souris. : en 2002, une lettre anonyme dénonçait excusez du peu un vaste blanchiment, Ilyad étant accusée de recycler l’argent du proxénétisme et de la pédophilie. Tracfin (l’organisme anti-blanchiment) y allait aussi de sa dénonciation officielle au parquet. A l’arrivée, une minable affaire d’enveloppes. Niel reconnaît les faits, admet les «risques» inhérents à l’industrie du sexe, mais dit ne pas pouvoir tout contrôler. Ce n’est que le «résidu de ce qu’il faisait il y a une quinzaine d’années», plaide son avocate, Me Catherine Toby. A la fin des années 90, Xavier Niel envisageait en effet de se retirer du sexe : candidat à la reprise du Palace (une boite de nuit parisienne), son pedigree de «roi du porno» avait été brandi pour lui barrer la route. Mauvais genre, car au même moment, la banque d’affaires Goldman Sachs envisageait d’entrer au capital d’Iliad. Depuis, sa soeur Véronique porte parfois des parts en son nom. L’accusation la qualifie de «faux nez». En 2004, Xavier lui offre un Land Cruiser Toyota tout neuf. «Contrepartie de sa passivité arrangeante», estime le juge Van Ruymbeke. Comme si un milliardaire n’avait pas le droit d’offrir un cadeau de 45 000 euros à sa soeur.

Voir aussi:

Deux ans avec sursis pour le patron de Free

Xavier Niel écope aussi de 250.000 euros d’amende • Ce pionnier de l’internet en France, était poursuivi pour recel d’abus de biens sociau

Renaud LECADRE
Libération
27 oct. 2006

Xavier Niel a été condamné hier à deux ans de prison avec sursis et 250.000 euros d’amende. C’est ce qu’avait réclamé le parquet lors du procès correctionnel qui s’était tenu du 14 au 22 septembre.

Le patron de Free, pionnier de l’internet en France, était poursuivi pour recel d’abus de biens sociaux: gestionnaire de peep shows dans les années 90, les recettes comme les bénéfices ne se monnayaient qu’en liquide, «la caisse noire tenant lieu de politique», selon l’accusation.

A la barre du tribunal, Xavier Niel avait sagement admis les faits et plaidé l’erreur de jeunesse. «Probable ivresse de la transgression, avait tenté d’expliquer son avocate, Me Caroline Toby. Quand il a lancé Free, Xavier Niel a trainé comme un boulet cette image de maitre du porno»

Il est également resté prisonnier de sa culture du black. Niel devra en outre verser 188.000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles. Par contre, pour avoir passé un mois en détention provisoire, il pourra réclamer un dédommagement, puisqu’il n’est finalement condamné qu’à une peine avec sursis.

Son ancien partenaire dans le sexe puis dans Free, Fernand Develter, a été condamné pour sa part à deux ans de prison dont neuf mois ferme (couvrant l’essentiel de sa détention provisoire), et relaxé de l’accusation de proxénétisme, Niel ayant obtenu sur ce point un non-lieu en cours d’instruction. Vendredi après-midi, les avocats hésitaient à faire appel mais devraient en rester là.

Voir enfin:

Le fondateur de Free accro à la caisse noire.

Deux ans avec sursis requis contre Xavier Niel, accusé d’abus de biens sociaux par le biais de sex-shops.
Renaud LECADRE
Libération
22 sept. 2006

Le procès de Xavier Niel s’est achevé hier sur un mystère. Le fondateur de Free a sagement reconnu les faits : 368 000 euros de recel d’abus de biens sociaux. Le parquet a requis contre lui deux ans de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende et la confiscation de ses biens à hauteur des détournements, pour «purger le passé sans obérer l’avenir». Mais la question reste entière, malgré une expertise psychologique, rarissime dans une affaire financière : pourquoi ?

Niel, vedette des nouvelles technologies, a mené une vie parallèle dans l’exploitation de sex-shops. Le tribunal n’était pas là pour lui faire la morale, même si le procureur Stéphane Hardouin s’est laissé aller à des considérations hors sujet sur les «pratiques sexuellement marginales». C’est tout bêtement une affaire de black : les clients paient en liquide, les actionnaires se rémunèrent en enveloppes. Des «dividendes sauvages», résume parfaitement le proc : «Le prélèvement en espèces est au coeur du projet, la caisse noire est une politique de groupe.» Son avocate, Me Caroline Toby, globalement «d’accord avec l’analyse du parquet», tente une explication : «Probablement ivresse de la transgression. Quand il a lancé Free, Xavier Niel a traîné comme un boulet cette image de « maître du porno », titre d’un article du Canard Enchaîné. Au lieu de rompre, il est resté prisonnier de ce système. La justice lui a permis de mettre fin à tout cela.» L’accusation ironise sur ce «soudain élan de vertu», les paiements en espèces n’ayant cessé qu’en 2001, après descente de police, puis repris comme si de rien n’était en 2003.

Xavier Niel affirme avoir «soldé le passé», payé ses redressements fiscaux (il avait également omis de déclarer sa plus-value lors de la vente de Worldnet, pionnier français de l’accès au web), cédé ses parts dans l’industrie du sexe à son partenaire historique, Fernand Develter. Ce dernier, contre lequel le parquet a requis deux ans de prison ferme car il est également poursuivi pour proxénétisme, entend lui gâcher sa repentance. En marge de leurs petites affaires de peep-shows, ils étaient co actionnaires d’Iliad (maison mère de Free, désormais cotée en Bourse). En 2002, Niel rachète les parts de Develter. Le second se dit aujourd’hui victime d’une «véritable escroquerie», le premier s’étant attribué un dividende exceptionnel et rétroactif sitôt la vente conclue. Sauf qu’à l’époque, les deux partenaires s’étaient mis d’accord sur un complément de prix occulte, de la main à la main : 9 100 euros par mois pendant… trente ans. Niel proclame avoir tout «soldé par trois chèques de banque» ; Develter assure avoir été «payé en espèces pendant 31 mois», grâce à des primes versées fictivement à des cadres d’Iliad, assurant tenir cela d’un «informateur» interne… Me Toby s’insurge contre cette «réécriture de l’histoire», dans le «seul souci d’entraîner Xavier Niel dans sa chute». Le tribunal a préféré couper court à ces «règlements de comptes postérieurs à l’affaire». Jugement le 27 octobre.

Voir finalement:

Governance case against Xavier Niel, chairman of Iliad, for financing a prostitution racket
Telecom Asia
July 1, 2004

GOVERNANCE: It’s always been taken as read that sex was going to be one of the killer apps of broadband. In the case of Iliad, France’s second biggest broadband service provider, sex is proving to be something of a liability–at least on its stock price.

Iliad’s share value dropped over 10% last month after its chairman founder and lead shareholder Xavier Niel was arrested for allegedly financing a prostitution racket. According to the French prosecutor’s office which has been conducting a money laundering investigation over the past year, Niel financed three peep shows suspected of housing illegal prostitution operation, reports Boardwatch. (Insert you own « triple play » joke here, although Iliad says that Niel’s arrest has nothing to do with the company’s business or activities.)

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