Election américaine: Attention un mensonge peut en cacher un autre! (More white lies about Obama’s election)

Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule un personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. (…) Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky

Les Américains ont choisi le candidat le plus talentueux et le plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau. Le Monde

Attention: un (pieux) mensonge peut en cacher un autre!

Intéressant papier dans le Monde d’il y a deux jours sur le déluge de louanges qui a salué le hold up du siècle (pardon: « l’apothéose électorale »!) de celui qui n’aurait effectivement pu être élu ni au Kénya ni en France …

D’abord, puisqu’y sont bien pointés le goût particulièrement prononcé, au Pays autoproclamé des droits de l’homme, pour « les vaines proclamations et les débats théologiques » comme pour la « récupération politique ».

Ou l’absurde controverse sur les « statistiques ethniques », y compris dans sa version allégée de la mention du lieu de naissance des parents ou de la limite à des études ciblées et anonymes, qui condamne effectivement, faute de mesure objective, toute vélléité de traitement du problème racial (pardon: ethnique !).

Et nous promet encore en effet de longues années de discrimination à l’embauche, au logement ou à l’accession aux postes dirigeants de la politique.

Sauf que si la reprise d’un terme aussi funeste (d’ailleurs très vite abandonné aux Etats-Unis mêmes) que celui de « discrimination positive » ne peut en effet qu plomber les débats, les solutions envisagées par notre bon dirigiste français de commentateur semblent se réduire pour une bonne part aux habituelles condamnations bien-pensantes des timides débuts de libéralisation susceptibles de mettre fin au véritable assignement à résidence auquel se résume jusqu’ici la politique de rénovation urbaine à la française (exigences légales en matière de mixité sociale dans l’habitat ou carte scolaire).

Ou aux dénonciations angélistes du début de prise en compte, après des décennies de déni, du véritable problème que constitue, y compris pour les migrants en règle dont on déplore par ailleurs les difficultés, les évidents détournements de procédures d’immigration comme celle des mariages blancs.

Et si « lourds contresens » il y a effectivement sur « l’accession du « premier Noir à la Maison Blanche », il ne sont peut-être pas du côté que l’on croit.

Du moins pas tant du côté du « mensonge de certains responsables politiques français qui feignent de croire que M. Obama a été élu parce qu’il est Noir » que de celui de certains commentateurs.

Comme ceux qui tentent de nous faire avaler que l’élection, après la déroute financière provoquée par « la recherche démagogique de la ‘justice sociale’ «  commencée sous Clinton, du candidat du Très Grand Capital et de la rue noire (à, excusez du peu,…96% !) comme du politiquement correct universitaire ou médiatique (le bon vieux chantage au racisme)…

Etait celle du « plus talentueux et plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau »!

Les pièges de l’obamania à la française
Philippe Bernard
Le Monde
19.11.08

Barack Obama aurait-il pu être élu en France ? Depuis que l’ascension du sénateur de l’Illinois s’est terminée en apothéose électorale, la question agite la France monocolore. Pour de bonnes raisons d’abord, puisque l’irrésistible ascension, outre-Atlantique, d’un métis, fils d’immigré, souligne par contraste l’homogénéité stérilisante des milieux politiques français et l’urgence à leur donner les couleurs de la société. Mais la vague d’obamania qui a déferlé sur l’exécutif français masque d’abord l’extrême confusion du débat dans la République. Comme si le vacarme était orchestré pour faire oublier les turpitudes hexagonales, au prix de lourds contresens sur l’accession du « premier Noir à la Maison Blanche ».

Lorsque Christine Lagarde assure que l’élection de M. Obama, « quelque part, ça s’est un peu produit » en France avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy, en présentant ce dernier comme « le représentant d’une minorité », la ministre de l’économie ne participe pas seulement à une grossière opération de récupération politique. Elle reflète le double mensonge auquel feignent de croire certains responsables politiques français : M. Obama a été élu parce qu’il est Noir ; la France est sur le bon chemin de la « diversité » dont M. Sarkozy est l’emblème. Ce qui a dû faire rire jaune les enfants d’ouvriers maliens notamment.

Carla Bruni-Sarkozy, dans sa fougue à soutenir – sans le signer – l' »appel pour l’égalité réelle des chances » du chef d’entreprise Yazid Sabeg, a renchéri en affirmant que « les Français ont voté pour un fils d’immigré hongrois, dont le père a un accent, dont la maman est d’origine juive (…) », revendiquant sa propre qualité d' »artiste, née italienne ». Ces assertions, outre qu’elles recourent à la manipulation très peu républicaine de la notion de « minorité » et à l’étalage soudain d’une « origine », se réfèrent à une réalité américaine dépassée. Les Américains ont choisi le candidat le plus talentueux et le plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau.

Le parallèle avec la France est fragile. La « question noire » aux Etats-Unis, pays où chaque citoyen a des origines étrangères, sauf les Indiens, prend racine dans une tragédie consubstantielle à la nation, l’esclavage. La France, elle, nation unitaire séculaire, peine à intégrer les fils et filles de ceux qu’elle a longtemps considérés dans ses colonies comme des indigènes. Sans compter que l’histoire familiale de M. Obama ne se réfère ni à la traite des Noirs ni au colonialisme, mais à l’immigration africaine moderne. Il apparaît d’ailleurs pour le moins paradoxal que la France rouvre le débat sur l’accès aux responsabilités des personnes issues de l’immigration au moment même où le nouveau président américain privilégie les facteurs sociaux sur les variables raciales dans son analyse des fractures de la société américaine.

Tout se passe en réalité comme si notre pays s’emparait rituellement de cette question sur des bases erronées, pour mieux conforter le statu quo. Car question il y a : qu’à qualification égale, un descendant de Maghrébin coure 2,5 fois plus de risques d’être chômeur qu’un enfant de Français ; que la couleur de la peau rende improbable la possibilité de trouver un logement ; et qu’un seul député de France métropolitaine ne soit pas Blanc, montrent à quel point la République a failli à tenir sa promesse d' »égalité ».

DES RÉFORMES CONTRE LA « DIVERSITÉ »

Les émeutes récurrentes qui agitent les quartiers populaires, perpétuellement analysées, de la gauche à la droite, comme symboles de l' »échec de l’intégration » (sous-entendue raciale) alors qu’elles expriment d’abord la rage d’être socialement exclu, n’ont jamais débouché sur un plan cohérent et de longue haleine de promotion scolaire et professionnelle. Des ambitions plus coûteuses que l’invitation de quelques « bronzés » sur des plateaux de télévision ou la nomination au gouvernement de quelques « Arabes qui cachent la forêt », selon l’expression de l’écrivain Azouz Begag qui a siégé au gouvernement de Villepin. Sept ans après son lancement, la main tendue par Sciences Po Paris aux élèves des banlieues (54 diplômés) demeure la suprême référence.

A l’inverse, plusieurs réformes engagées pèsent contre la « diversité » prétendument célébrée : la diminution des exigences légales en matière de mixité sociale dans l’habitat, la suppression de la carte scolaire, le refus de généraliser par la loi à toutes les formations supérieures sélectives le quota de 10 % d’étudiants venant de tous les lycées du pays, outremer compris, et l’asphyxie de la rénovation urbaine. Au surplus, le climat de suspicion à l’égard des étrangers et en particulier des « couples mixtes » qui prévaut en France rendrait aléatoire le mariage des parents d’un futur Obama français.

Pour promouvoir autrement que symboliquement les descendants d’immigrés, M. Sarkozy a pourtant les mains libres. La gauche au pouvoir s’est caractérisée par une troublante pusillanimité, là où la droite a commencé à passer à l’acte. Mais le candidat Sarkozy, après avoir agité la perspective de « statistiques ethniques », a fait le silence depuis que ces projets ont été censurés par le Conseil constitutionnel. Quant au comité présidé par Simone Veil chargé de réfléchir à l’introduction de la  » diversité » dans le préambule de la Constitution, il vient d’être opportunément réactivé. Plutôt que de s’engager dans l’action concrète, la France continue de privilégier les vaines proclamations et les débats théologiques. A l’idée de « discrimination positive » plombée par sa formulation paradoxale elle-même pourrait pourtant se substituer des mesures volontaristes de portée générale dans des quartiers socialement ciblés.

Quant à la controverse sur les « statistiques ethniques », sans issue dans une France traumatisée par son histoire, elle pourrait être dépassée en lançant immédiatement les réformes et les enquêtes nécessaires à la connaissance et à la lutte contre les discriminations que permet la Constitution : introduction dans le recensement de la question du lieu de naissance des parents, et autorisation de questionnaires sur la couleur de la peau ou les origines, limitée à des études ciblées et anonymes.

L’obamania aurait alors secoué utilement la France. L’on s’apercevrait probablement qu’à l’heure où un métis accède au bureau Ovale et où les Verts allemands choisissent un fils de Turc pour leader, la « diversité » en France irrigue et enrichit déjà les ateliers, les commerces, les salles de professeurs et les prétoires. A peu près tous les milieux, à l’exception notable de la haute hiérarchie des partis politiques.

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