Obama, c’est un pantin au bout de sa ficelle. Il est pas question que je soutienne un noir qui fait la politique des blancs. Je voterai pas pour le prochain négrier. “Shabazz” (membre du New Black Panther Party de Philadelphie)
Obama rassure. Les Black Panthers ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Denis Sieffert
Quelle meilleure preuve de la victoire du « cowboy Bush » sur le terrorisme?
Administration républicaine victime, après 7 ans sans attentats sur le territoire américain, de ses propres succès contre le terrorisme …
Future administration démocrate qui, après avoir si violemment critiqué ses prédécesseurs, s’apprête à engranger les bénéfices desdits succès avec non seulement le hold up du siècle mais aussi la fermeture annoncée de Guantanamo et le retrait partiel d’Irak …
Voici, énième preuve de la victoire du si décrié président Bush sur le terrorisme, l’organisation terroriste Al-Qaeda, réduite à la surenchère verbale à défaut d’attentats spectaculaires devenus au-dessus de ses moyens pour tenter d’exister dans la couverture médiatique …
Et à reprendre, après tant d’autres, les paroles et le discours des militants radicaux noirs des années 60 à la Malcom X contre le prétendu « esclave des blancs » Obama …
Pour, comme le rappelle le spécialiste genevois (de l’apaisement) du Monde arabe Mathieu Guidère, « tenter de faire douter de leur choix les musulmans noirs-américains » à la Farrakhan ou à la Jeremiah Wright …
« Obama peut vider le discours d’al-Qaida de sa substance »
Propos recueillis par Constance Jamet
Le Figaro
20/11/2008
INTERVIEW – Dans un message vidéo, al-Qaida a traité mercredi Barack Obama «d’esclave noir au service des blancs». Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe, explique pourquoi le nouveau président américain risque de décrédibiliser le message de l’organisation terroriste.
Réagissant pour la première fois à l’élection de Barack Obama, le numéro 2 d’al-Qaida, Ayman al-Zawahri, a insulté, mercredi, le 44e président des Etats-Unis, le traitant dans un message vidéo, «d’esclave noir au service des blancs». Le lieutenant de Ben Laden reproche au prochain président américain de d’avoir «choisi d’être un ennemi de l’islam et des musulmans», et d’avoir, par son soutien à Israël, déçu la communauté musulmane. Ayman al-Zawahri a également mis en garde le futur locataire de la Maison-Blanche sur sa politique en Afghanistan. «Ce que vous avez annoncé… que vous retirerez des soldats d’Irak pour les envoyer en Afghanistan est une politique vouée à l’échec. Souvenez-vous du sort de l’ancien président pakistanais Pervez Musharraf et des Soviétiques», a-t-il lancé.
Certains décèlent dans ce message offensif le signe d’une certaine fébrilité des dirigeants d’al-Qaida. L’accession de Barack Obama à la Maison-Blanche pourrait risquer de diminuer la légitimité de l’organisation d’Oussama Ben Laden. Mathieu Guidère (1), spécialiste du monde arabe et professeur à l’Université de Genève, explique pourquoi.
LE FIGARO.FR – Un «esclave noir au service des blancs». La tonalité agressive employée par Zawahari marque-t-elle un changement d’attitude d’al-Qaida vis-à-vis de Barack Obama ?
MATHIEU GUIDERE – Dans son message, le numéro 2 d’al-Qaida n’invente rien : il ne fait que reprendre les mots et la rhétorique du célèbre militant afro-américain des années 1960 Malcolm X. C’est lui qui avait employé le premier cette expression et Zawahiri n’a fait que la traduire -mal- en arabe, avant qu’elle ne soit de nouveau retraduite -aussi mal- dans les sous-titres anglais de son discours. Ce message est un discours de récupération de la figure de Malcolm X. Zawahri veut distinguer à travers Malcom X, les «bons» des «mauvais» noirs américains. Le changement de ton n’est qu’une façade, Zawahiri est coutumier de ce type de manipulation discursive.
Le numéro 2 d’al-Qaida vise directement, à travers l’évocation et les citations de Malcolm X, les musulmans noirs qui vivent aux Etats-Unis. C’est une communauté importante et bien organisée qui a démontré dans le passé sa capacité de mobilisation, notamment lors de la marche sur Washington de 1995, la fameuse «Million Man March» organisée par Farrakhan. Maintenant, Zawahiri essaie de faire douter cette communauté de Barack Obama.
La popularité du sénateur de l’Illinois, dont le père était musulman, peut-elle affaiblir le message d’al-Qaida dans le monde arabe ?
Il y a là une occasion historique pour l’Amérique de «gagner les cœurs et les esprits» dans le monde musulman après des décennies de désamour et les échecs successifs au Moyen-Orient. Barack Obama représente en lui-même une réfutation magistrale du «choc des civilisations» qui a empoisonné les esprits depuis plus d’une décennie. Il est une synthèse de la diversité ethnique, politique et culturelle de notre monde moderne.
S’il dispose de relais aussi efficaces dans l’opinion nationale et internationale que ceux dont a bénéficiés la droite néoconservatrice sous Bush, il peut à terme vider de sa substance le discours xénophobe d’al-Qaida et affaiblir considérablement l’organisation terroriste à l’échelle globale et pas seulement dans le monde arabe.
Barack Obama a été un des plus féroces critiques de George Bush et de la guerre en Irak. Il s’est engagé à retirer les troupes américaines d’Irak. al-Qaida a-t-elle perdu un de ses arguments clé ?
Si Barack Obama s’en tient à ses premières positions concernant l’Irak, il peut annihiler l’un des arguments majeurs d’al-Qaida pour la lutte armée. On constate d’ailleurs que Zawahiri s’empresse de réorienter son discours sur l’Afghanistan où la position de Barack Obama tranche moins avec la politique de l’administration Bush.
Barack Obama entend concentrer la lutte contre le terrorisme sur les fronts afghan et pakistanais. Cette stratégie peut-elle porter un coup fatal à al-Qaida ?
La meilleure stratégie de lutte contre al-Qaida n’est pas seulement militaire mais elle est aussi politique et idéologique. C’est en répondant aux arguments de lutte de l’organisation qu’il est possible de réduire durablement la menace terroriste. Un véritable changement de stratégie de Barack Obama serait de lutter sur ce terrain-là également et non pas de se contenter d’un transfert des troupes d’Irak vers l’Afghanistan.
(1) Auteur des «Martyrs d’al-Qaida» (Editions du Temps), du «Manuel de recrutement d’al-Qaida» (Editions du Seuil), et d’ «al-Qaida à la conquête du Maghreb» (Editions du Rocher).
Voir aussi:
« Al-Qaida n’aurait pas les moyens d’un nouveau 11/9 »
Propos recueillis par Julie Connan
Le Figaro
11/09/2008
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INTERVIEW – Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS et islamologue, analyse les ambitions et les moyens de l’organisation terroriste, sept ans après les attentats du 11 Septembre.
Al-Qaida aurait-elle les moyens et les motivations de refaire un second 11 Septembre ?
Les motivations sont certaines. Al-Qaida est obligée de faire de la surenchère : l’organisation n’existe que dans la mesure où elle commet des attentats et où elle obtient une couverture médiatique. Sinon en termes d’organisation politique, al-Qaida n’existe pas. Ils doivent faire des actions spectaculaires, ou bien alors, leur image se dégonfle.
En a-t-elle les moyens ? Ce n’est pas évident : le concours de circonstances qui a rendu possible le 11/9 a peu de chances de se trouver à nouveau réuni, après toutes les mesures policières, de renseignements, prises depuis.
La France doit-elle avoir peur d’al-Qaida après son engagement en Afghanistan?
Je crois qu’il ne faut pas exagérer la capacité de précision stratégique d’al-Qaida. S’ils disposaient d’un réseau structuré dans l’Hexagone, alors oui, ils essaieraient de commettre des attentats pour «punir» Paris de son activisme en Afghanistan.
Mais ce n’est plus comme ça que cela fonctionne : c’est une question de moyens, de centralisation et d’organisation.
Si la France n’a pas connu d’attentats, c’est aussi parce que les services français ont réussi à agir de façon préemptive pour arrêter des réseaux potentiels avant qu’ils ne passent à l’action. Donc l’idée qu’il y a un danger supérieur en France suite à l’intervention en Afghanistan n’est pas corroborée par les faits.
Que faut-il penser des menaces proférées contre la France par l’ex-GSPC, aujourd’hui reconverti en «al-Qaida au Maghreb islamique» ?
Ces mouvements n’existent que par la parole et l’action, mais il y a un décalage croissant entre les deux car ils n’ont ni les moyens humains, ni les moyens financiers de leurs déclarations.
Depuis les attentats de 95 en France, il y a cette idée que la menace terroriste en France vient de l’Algérie, alors que ce n’est pas corroboré. C’était vrai en 95, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas.
Pour moi, l’ex-GSPC, comme beaucoup d’organisations locales, est un résidu des grands mouvements de radicalisation, le FIS d’abord et le GIA ensuite en Algérie. Privés de perspective territoriales nationales comme la construction d’un Etat islamique en Algérie, ils se rattachent à al-Qaida.
Quel est le profil des sympathisants d’al-Qaida en Europe ?
Tous les gens associés à al-Qaida ont un profil commun : ce sont des «déterritorialisés», qui circulent entre plusieurs pays et entre plusieurs nationalités.
Al-Qaida est également un phénomène générationnel : ce sont des jeunes en rupture avec leur famille et avec leur milieu, des marginaux, que je compare plutôt à l’ultragauche des années 70.
Mais, il ne faut pas voir ça comme une marginalité sociale économique, il y en a qui sont très bien intégrés : Kamel Daoudi dans le réseau Beghal (du nom du Franco-algérien, Djamel Beghal, chef présumé d’une cellule islamiste radicale, NDLR) était informaticien par exemple à Athis-Mons, dans l’Essonne.
Ils ne viennent pas du tout des milieux religieux traditionnels et n’ont pratiquement aucune formation religieuse. Quand ils deviennent des born again, des reconvertis ou des convertis tout court, ils passent à l’action extrêmement rapidement.
C’est l’organisation «islamique» qui a le plus grand nombre de convertis. En France, on peut dire que 20% des membres du réseau Beghal étaient par exemple des convertis.
Les autorités auront-elles les moyens à long terme d’endiguer la menace ?
Il y a toujours un risque : comment savoir à l’avance qu’un petit groupe de jeunes dans un endroit quelconque, est en train de se radicaliser et décide de passer à l’action, alors même qu’ils n’ont pas établi de liens directs avec le centre au Pakistan ?
Il y en a qui passeront entre les mailles du filet, il y aura des attentats. Mais ces jeunes-là n’ont pas les capacités logistiques pour monter de gros attentats, parce dès qu’ils veulent passer à l’échelle supérieure, ils doivent circuler, communiquer, stocker, s’organiser, etc. Et c’est là qu’ils peuvent tomber sous les radars des services de polices et de renseignements.
Après le Pakistan, le Maghreb, l’Afrique, quels sont les nouveaux foyers potentiels d’al-Qaida ?
Le Liban est à surveiller : on assiste à une radicalisation des jeunes sunnites qui ne se sentent plus intégrés dans l’espace national.
Ce sera peut-être le cas des Palestiniens quand il n’y aura plus aucune perspective de règlement de paix en Palestine. Je ne pense pas forcément aux Palestiniens de Gaza ou des Territoires occupés, mais les Palestiniens de l’exil. Al-Qaida peut puiser dans les groupes de population qui vont être amenés à se déterritorialiser, à ne plus de reconnaître dans un pays ou un territoire donné, comme les gens qui proviennent de camps de réfugiés ou qui appartiennent à des milieux nomades.
Olivier Roy : «Le croissant et le chaos», Hachette, 2007
A paraître : «La Sainte ignorance», Le Seuil, octobre 2008.