Commémorations: A quand une fête nationale pour l’élection du premier président noir américain? (Will Obama election spark new memory wars in France?)

The Messiah factor (Spiegel)Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Ce n’est pas une chose que nous devions approuver. La charia ne nous requiert pas d’approuver le port du coquelicot. Il est question ici de la Seconde Guerre Mondiale, et elle n’a rien à voir avec les musulmans. Il n’est pas permis aux musulmans de participer à quoi que ce soit qui est visiblement du nationalisme britannique. Anjem Choudary
Dire qu’il y a des commémorations qui seraient dignes d’être célébrées par la communauté nationale et d’autres qui ne le seraient pas, c’est prendre le risque d’ouvrir cette concurrence des mémoires. Patrick Lozès (président du Conseil représentatif des associations noires de France)
Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la Nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes. Rapport Kaspi
Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent. Luc Rosenzweig

A quand une fête nationale pour l’élection du premier président noir américain?

En ce 90e anniversaire de la victoire de la Grande Guerre …

A l’heure où, après les fêtes chrétiennes et les drapeaux, les prêcheurs de haine dénoncent le port de coquelicots

Et après les énièmes sifflets de la Marseillaise à l’occasion d’un match avec une équipe du Maghreb le mois dernier …

Appel pour un Grenelle de la diversité (intitulé, surprise, « Oui nous pouvons! »), réception à l’Élysée du président du Conseil représentatif des associations noires de France, dénonciation par ledit collectif du Rapport Kaspi proposant la réduction du nombre de commémorations nationales …

L’élection du messie du multiculturalisme n’en a pas fini, on le voit, de faire des miracles et de déplacer les montagnes.

Mais surtout, derrière la tempête dans un verre d’eau (les commémorations à « déclasser » n’ont jamais eu le statut de jours fériés) …

Et la réelle inflation de lois mémorielles et des commémorations: lois Gayssot, Taubira, déportation (dernier dimanche d’avril), fête de Jeanne d’Arc (2e dimanche de mai), fin de l’esclavage (10 mai), guerre d’Indochine (8 juin), hommage à Jean Moulin ( le 17 juin), l’appel de De Gaulle (18 juin), Justes de France (16 Juillet), harkis (25 septembre), guerre d’Algérie (5 décembre) …

Enième épisode de la mise au pas que veulent imposer aux historiens les associations communautaires et leur claque de parlementaires en mal de popularité …

Commémorations : le rapport qui fait polémique
Guillaume Perrault
Le Figaro
10/11/2008

En préconisant d’abaisser de douze à trois le nombre de commémorations nationales, l’universitaire André Kaspi a ouvert un débat sur le rôle et la fonction de ces journées mémorielles.

La polémique sur le nombre des commémorations nationales enfle, alors que la France célèbre aujourd’hui le 90e anniversaire de l’armistice qui mit fin à la Grande Guerre. La commission «sur l’avenir et la modernisation des commémorations publiques», instituée à la demande de l’Élysée en décembre 2007, présidée par l’historien André Kaspi et qui doit remettre officiellement son rapport demain, préconise de réduire de douze à trois – le 8 Mai, le 14 Juillet et le 11 Novembre, tous trois fériés – les journées de commémorations nationales. Et cette proposition suscite déjà de vives réactions.

«Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé, affirme le rapport Kaspi. Il n’est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes.» De 1995 à 2007, les pouvoirs publics – Jacques Chirac, Lionel Jospin de 1997 à 2002 et le Parlement – ont institué une journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France, une journée nationale des mémoires de la traite de l’esclavage et de leurs abolitions, deux journées nationales d’hommage aux «morts pour la France» en Indochine et en Algérie et une journée nationale d’hommage aux harkis.

Le rapport Kaspi ne recommande pas de supprimer ces commémorations, mais estime qu’il faut «procéder avec tact » en leur accordant un caractère «local ou régional». «Au lieu de commémorer la guerre d’Indochine sur l’ensemble du territoire national, une ville pourrait être retenue, par exemple Fréjus», explique André Kaspi.

Une seule date pour toutes les guerres

La proposition de la commission traduit l’inquiétude des universitaires face à l’intervention croissante des politiques sur les questions de mémoire. Sensible au risque de morcellement de la société française en groupes de pression, André Kaspi avait ainsi déclaré le 10 juin lors de son audition par la mission d’information de l’Assemblée sur les lois mémorielles : «Peut-être la bonne solution consisterait-elle à trouver une date pour commémorer tous les morts des guerres passées, présentes et malheureusement futures – car n’oublions pas les opérations militaires extérieures.»

Le rapport Kaspi suscite en tout cas de vives critiques. Reçu lundi à l’Élysée, le président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), Patrick Lozès, a indiqué qu’il était opposé au «déclassement» de certaines journées de commémorations. «Attention à ne pas ouvrir la boîte de Pandore et la concurrence des mémoires», a-t-il argumenté. Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) a également manifesté sa réprobation. À droite, le président du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, s’est déclaré «totalement hostile» au «déclassement» de certaines journées. Interrogé sur BFM, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, a lui aussi plaidé pour le statu quo en faisant valoir qu’il «ne faut blesser personne».

Voir enfin:

Le rapport qui dénonce un excès de commémorations
Jean-Marc Leclerc
Le Figaro
10/11/2008

Une commission présidée par un historien affirme que le doublement du nombre de commémorations nationales ces dernières années relève du clientélisme. Elle propose d’en réduire le nombre de douze à trois.

«Assez de repentance !», avait lâché Nicolas Sarkozy en succédant l’an dernier à Jacques Chirac. Le rapport de la commission Kaspi précise, à sa façon, la pensée élyséenne, alors que le président de la République s’apprête à célébrer mardi le 90e anniversaire de la victoire de la Grande Guerre dans la Meuse, à Verdun et à Douaumont. Les conclusions du groupe de travail présidé par l’historien André Kaspi sont sans appel : «Les commémorations publiques et nationales sont trop nombreuses.»

On en compte douze aujourd’hui, dont une moitié instaurée sous Chirac, de la célébration de l’abolition de l’esclavage (10 Mai), à l’hommage aux morts d’Indochine (8 Juin), en passant par l’hommage aux Justes de France (16 Juillet), aux harkis (25 Septembre) et aux morts d’Algérie (5 Décembre). «Il n’est pas sain, écrivent les membres de la commission Kaspi, qu’en l’espace d’un demi-siècle le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes, car ce serait affaiblir la conscience nationale, susciter d’autres demandes et diluer la portée de commémorations.»

«Une véritable désaffection»
Selon les rapporteurs, «trop de commémorations revêtent un caractère spécifique et catégoriel». Ils déplorent même que «le clientélisme ou le communautarisme mémoriel provoque des revendications nouvelles et incessantes». La solution préconisée est radicale : ne garder que trois dates au titre des célébrations nationales : «Le 11 Novembre pour commémorer les morts du passé et du présent, le 8 Mai pour rappeler la victoire sur le nazisme et la barbarie, le 14 Juillet qui exalte les valeurs de la Révolution française.» D’ailleurs, relèvent les auteurs du rapport, à l’exception de ces trois dates, les cérémonies de commémorations connaissent «une véritable désaffection». Les autres dates auront quand même droit à des célébrations officielles . Mais «elles deviendront des commémorations locales ou régionales» , comme, dimanche, la célébration de la mort du général de Gaulle, dans de nombreuses communes. Elles pourront même revêtir un caractère exceptionnel, à l’instar des cérémonies grandioses du soixantième anniversaire des débarquements alliés de 1944.

Hier, le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, Jean-Marie Bockel s’est dit contre «l’inflation mémorielle», mais aussi opposé «à la remise en cause des commémorations existantes». Le patron des députés UMP, Jean-François Copé, s’est pour sa part déclaré hostile à la suppression de ces «rendez-vous nationaux».

Au-delà du choix des dates, c’est l’organisation même des événements qui sera revue. «Les cérémonies doivent évoluer, pas pour le bénéfice ou le plaisir de changer, mais pour toucher un public plus jeune qui n’a pas connu ce que nous commémorons», indiquait le chef de l’État, le 10 janvier dernier. Son secrétaire d’État aux Anciens Combattants annonce que les écoles seront davantage associées. Les célébrations devraient aussi être plus magistrales. Le 11 novembre 2008 donnera le ton.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :