Nuit de Cristal/70e: Le socialisme serait-il, en son fond, un antisémitisme? (From Enlightenment to world jihad)

Kristallnacht (NYT)Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler. Voltaire (Dictionnaire philosophique, 1769)
Victime en tous temps de son fanatisme, de sa religion insociable, de sa loi insensée, [le peuple juif] est maintenant dispersé dans toutes les nations, pour lesquelles il est un monument durable des effets terribles de l’aveuglement superstitieux […]. Ose donc enfin, ô Europe, secouer le joug insupportable des préjugés qui t’affligent ! Laisse à des Hébreux stupides, à de frénétiques imbéciles, à des Asiatiques lâches et dégradés, ces superstitions aussi avilissantes qu’insensées. Paul Henri Thiry d’Holbach (L’esprit du judaïsme, 1770)
La nation juive n’est pas civilisée, elle est patriarchale, n’ayant point de souverain, n’en reconnaissant aucun en secret, et croyant toute fourberie louable, quand il s’agit de tromper ceux qui ne pratiquent pas sa religion. Elle n’affiche pas ses principes, mais on les connaît assez. Un tort plus grave chez cette nation, est de s’adonner exclusivement au trafic, à l’usure, et aux dépravations mercantiles […] Tout gouvernement qui tient aux bonnes mœurs devrait y astreindre les Juifs, les obliger au travail productif, ne les admettre qu’en proportion d’un centième pour le vice: une famille marchande pour cent familles agricoles et manufacturières; mais notre siècle philosophe admet inconsidérément des légions de Juifs, tous parasites, marchands, usuriers, etc.Charles Fourier (Analyse de la civilisation, 1848)
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister. Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
La nouvelle judéophobie se présente comme une saine réaction à l’injustice – la “spoliation” des Palestiniens, des musulmans, de tous les peuples victimes de l’“arrogance” occidentale. Aussi est-elle assez largement partagée par les multiples héritiers du communisme, du gauchisme et du tiers-mondisme. D’autant plus qu’elle se veut – spécificité nauséeuse – un rejet de la discrimination.«L’antijuif de notre temps ne s’affirme plus raciste », il dénonce au contraire le racisme comme il condamne l’islamophobie et, en stigmatisant les sionistes en tant que racistes, il s’affirme antiraciste et propalestinien.Les antijuifs ont retrouvé le chemin de la bonne conscience. (…) Autrefois rejetés comme venus d’Orient puis comme apatrides, les juifs sont à présent “désémitisés”, fustigés comme sionistes et occidentaux. L’antisémitisme refusait la présence des juifs au sein de la nation; l’antisionisme leur dénie le droit d’en constituer une. La rhétorique a changé. L’anathème demeure. Atila Ozer

Voltaire, Holbach, Fourier, De Bonald, Proudhon, Bakounine, Marx, Jaurès, Dieudonné, Siné

En ce 70e anniversaire, après celui de Munich, du coup d’envoi de la Solution finale, la tristement célèbre Nuit de Cristal sous le prétexte de l’assassinat d’un diplomate allemand à Paris deux jours avant par le jeune réfugié juif d’origine polonaise Herschel Grynszpan (voir l’expo au Musée de la Shoah à Paris)…

Au moment où avec l’actuelle crise financière ressurgissent, via Youtube et Internet et après les faux à la Enderlin, les versions modernisées des “Protocoles des sages de Sion” …

Et où, juste avant le prochain téléthon onusien pour la solution finale de Genève du printemps prochain et dans l’indifférence générale l’aggravation des persécutions antichrétiennes en Orient comme des agressions antisémites dans nos propres quartiers parisiens, la planète entière salue l’élection du nouveau Messie américain de la repentance

Retour, avec le dernier livre de Pierre-André Taguieff, sur la généalogie, des Lumières au jihad mondial, de l’antisémitisme.

Cette fois sous couvert d’une prétendue révolte grandissante contre l’injustice faite aux Palestiniens et, de pair avec la haine de l’Occident et son avant-poste les Etats-unis, via l’islamisme et le gauchisme.

D’où la question, dans cette filiation (même si, air du temps oblige, nos Churchill ou De Gaulle n’y ont pas toujours échappé), de la part du socialisme et non du seul national-socialisme …

La judéophobie, paranoïa moderne
Essai. L’antisémitisme revient en force, via l’islamisme et le gauchisme.
Atila Ozer
Valeurs actelles
le 06-11-2008
Dans une étude historique magistrale, le philosophe et politologue Pierre-André Taguieff décrypte les origines et les variations de cette forme particulière de xénophobie.

Un temps,on a pu croire que la haine antijuive était morte avec le nazisme. Et puis,lentement, elle a relevé la tête. À la suite de la guerre des Six-Jours, Brejnev accusait Israël d’imiter Hitler. Quarante ans plus tard, cette comparaison est devenue courante. Indice du fait que les juifs, de nouveau, sont diabolisés; que la judéophobie, relégitimée, s’universalise.

Comme si Auschwitz n’avait pas servi de leçon. Inquiétant phénomène, qui oblige à s’interroger. Comment se fait-il que cette forme particulière de xénophobie persiste depuis l’Antiquité? Qu’aucun argumentaire, moral ou scientifique, ne l’ébranle ? Que l’ire populaire, systématiquement, retombe sur les juifs?

Depuis la Force du préjugé (1988), Pierre-André Taguieff, politologue et historien des idées, traque les ambiguïtés du racisme et de l’antiracisme, à bonne distance du politiquement correct, soulevant des polémiques, s’attirant – à droite et à gauche – moult inimitiés. Son propos fait mouche. Et il s’est imposé comme le meilleur analyste de la nouvelle vague antijuive, dont la Judéophobie des modernes, son dernier ouvrage, scrute les antécédents. Nombreux sont ceux qui croient – ou feignent de croire – que cette nouvelle vague n’existe que dans l’imagination des partisans d’Israël. Insultes, agressions, attentats, tout cela n’exprimerait, en réalité, qu’une révolte grandissante contre l’injustice faite aux Palestiniens.

Comme dans la Nouvelle Judéophobie (2002), Taguieff s’oppose à la banalisation et procède aux distinctions nécessaires. On a le droit de critiquer Israël – comme tout autre État. Mais l’“antisionisme”, du moins le radical, sort du registre de la mise en cause rationnelle. « Il ne s’agit pas d’un examen critique visant telle ou telle politique, mais d’une condamnation à mort lancée contre l’État juif. » C’est la forme actuelle de la haine judéophobe, laquelle va de pair avec la haine de l’Occident. Autrefois rejetés comme venus d’Orient puis comme apatrides, les juifs sont à présent “désémitisés”, fustigés comme sionistes et occidentaux. L’antisémitisme refusait la présence des juifs au sein de la nation ; l’antisionisme leur dénie le droit d’en constituer une. La rhétorique a changé. L’anathème demeure.

Ce qui n’implique nullement que la mutation soit dénuée d’importance. Elle traduit de nouveaux conflits, de nouvelles menaces. Pour Taguieff, la nouvelle judéophobie est impulsée par l’essor d’une « configuration théocratique totalitaire », l’islamisme. Ensemble peu cohérent: l’Iran, le Hamas, les talibans, Al- Qaïda, les mouvements fondamentalistes en Europe… autant d’interprétations de l’islam. Oui,mais une seule guerre contre l’Occident judéo-chrétien, qui aurait offensé Dieu en inventant la démocratie, la séparation du politique et du religieux, l’examen critique des traditions, bref, un vivre-ensemble totalement profane et fondé sur l’indépendance de l’individu. Cette guerre, l’islamisme la ramène à un combat contre les juifs, car il interprète l’occidentalisation comme une américanisation, et celle-ci comme un complot qu’ils auraient ourdi pour dominer le monde. L’amalgame fut lancé par Sayyid Qutb, l’idéologue « qui a placé le jihad au coeur de l’islam en même temps qu’il désignait l’Amérique et les juifs comme les ennemis à combattre ». Dans le contexte des guerres israélo-arabes, les masses ne sont pas restées sourdes à cette identification du sionisme à l’impérialisme américain.

En effet, la nouvelle judéophobie se présente comme une saine réaction à l’injustice – la “spoliation” des Palestiniens, des musulmans, de tous les peuples victimes de l’“arrogance” occidentale. Aussi est-elle assez largement partagée par les multiples héritiers du communisme, du gauchisme et du tiers-mondisme. D’autant plus qu’elle se veut – spécificité nauséeuse – un rejet de la discrimination.«L’antijuif de notre temps ne s’affirme plus raciste », il dénonce au contraire le racisme comme il condamne l’islamophobie et, en stigmatisant les sionistes en tant que racistes, il s’affirme antiraciste et propalestinien. Les antijuifs ont retrouvé le chemin de la bonne conscience.

Les philosophes des Lumières à l’origine de l’antisémitisme moderne

Une telle impudence, et cet indigne basculement d’une partie de la gauche, voilà qui justifiait un livre. Mais Taguieff n’a pas voulu seulement réagir. La Judéophobie des modernes servira de référence, à l’instar des analyses d’Hannah Arendt ou de Léon Poliakov.Car c’est une somme.Et une démonstration historique implacable.

Édifiants sont les chapitres où l’auteur met au jour les origines du phénomène. On le savait plus ou moins: le délire des modernes est une progéniture des Lumières. Taguieff égrène les preuves, disséquant le baron d’Holbach et son devancier, Voltaire, qui ne s’en tenait pas, dans sa dénonciation du fanatisme, à une charge contre la religion des juifs, mais agonissait d’outrances un « peuple barbare, superstitieux, ignorant, absurde ». Ainsi, « la responsabilité des philosophes dans la formation de l’antisémitisme en tant que forme moderne de judéophobie, culminant dans le racisme antijuif, apparaît immense ».

Avec l’utopiste Fourier, le juif se mue en ploutocrate. Identifié aux marchands, à la finance, il devient le symbole répulsif de l’exploitation capitaliste. Le tableau donne le tournis. De Bonald, le catholique traditionaliste, à Proudhon ou Bakounine, tous les contempteurs de la société bourgeoise brodent sur le thème du juif parasite ou adorateur de l’Argent. Mais, cela crève les yeux, dans cette compétition de bêtise, les fondateurs du socialisme sont les champions. À commencer par Marx, qui, non content de condamner le capitalisme comme réalisation de « l’esprit juif », vitupère les « youpins » à longueur de correspondance. Pierre- André Taguieff relève l’étrange obsession : il n’est pas un révolutionnaire, au XIXe siècle, qui ne voie dans l’éradication de la supposée mentalité juive un préalable au dépassement du “vieux monde”. Le socialisme serait-il, en son fond, un antisémitisme ? Contemporain de son essor, Nietzsche le suggérait, qui voyait en lui une politique du ressentiment. Taguieff pose la question: le mouvement révolutionnaire, au départ, a-t-il pour moteur la haine des juifs ?

L’antisémitisme au sens strict se constitue après 1850, postulant que l’Histoire est structurée par une lutte des races entre Sémites et Aryens. L’idéologie, colportée par le pangermanisme, culminera, comme on sait, dans les atrocités nazies.

Ultime phase de la paranoïa moderne, le conspirationnisme, dont le coup d’envoi est donné par “Les Protocoles des sages de Sion”, célèbre faux de la police tsariste “dévoilant” un plan secret de domination du monde. Suivront le “complot judéo-bolchévique”, “l’État panjuif ” de Henry Ford, le “sionisme mondial” des islamistes… Depuis un siècle, ce mythe « offre une réponse indéfiniment réadaptable à la question de l’origine du mal ».

Ainsi, la persistance de la judéophobie est liée à son “utilité” sociale. Comme tout mythe, elle fournit repères et horizons de sens. Taguieff montre que, de l’Antiquité à nos jours,le juif représente la cause diabolique de tous les malheurs. Car les mythes judéophobes se ramènent en réalité à quelques grands thèmes d’accusation constamment réinventés: le juif xénophobe, criminel, usurier, comploteur…

L’antisionisme parachève donc le réquisitoire, dévoyant la colère comme naguère le fascisme ou l’Inquisition.

Il fallait oser le dire, alors que la bienpensance, drapée dans la cause palestinienne, accrédite la rhétorique islamiste, attisant les plus dangereuses passions.

La Judéophobie des modernes, des Lumières au jihad mondial, de Pierre-André Taguieff, Odile Jacob, 688 pages, 35 €.

5 commentaires pour Nuit de Cristal/70e: Le socialisme serait-il, en son fond, un antisémitisme? (From Enlightenment to world jihad)

  1. Antisemitisme dit :

    Ou peut on acheter ce livre ?

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  2. […] La nouvelle judéophobie se présente comme une saine réaction à l’injustice – la “spoliation” des Palestiniens, des musulmans, de tous les peuples victimes de l’“arrogance” occidentale. Aussi est-elle assez largement partagée par les multiples héritiers du communisme, du gauchisme et du tiers-mondisme. D’autant plus qu’elle se veut – spécificité nauséeuse – un rejet de la discrimination. L’antijuif de notre temps ne s’affirme plus raciste, il dénonce au contraire le racisme comme il condamne l’islamophobie et, en stigmatisant les sionistes en tant que racistes, il s’affirme antiraciste et propalestinien. Les antijuifs ont retrouvé le chemin de la bonne conscience. (…) Autrefois rejetés comme venus d’Orient puis comme apatrides, les juifs sont à présent “désémitisés”, fustigés comme sionistes et occidentaux. L’antisémitisme refusait la présence des juifs au sein de la nation; l’antisionisme leur dénie le droit d’en constituer une. La rhétorique a changé. L’anathème demeure. Atila Ozer […]

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  4. […] La nouvelle judéophobie se présente comme une saine réaction à l’injustice – la “spoliation” des Palestiniens, des musulmans, de tous les peuples victimes de l’“arrogance” occidentale. Aussi est-elle assez largement partagée par les multiples héritiers du communisme, du gauchisme et du tiers-mondisme. D’autant plus qu’elle se veut – spécificité nauséeuse – un rejet de la discrimination.«L’antijuif de notre temps ne s’affirme plus raciste », il dénonce au contraire le racisme comme il condamne l’islamophobie et, en stigmatisant les sionistes en tant que racistes, il s’affirme antiraciste et propalestinien.Les antijuifs ont retrouvé le chemin de la bonne conscience. (…) Autrefois rejetés comme venus d’Orient puis comme apatrides, les juifs sont à présent “désémitisés”, fustigés comme sionistes et occidentaux. L’antisémitisme refusait la présence des juifs au sein de la nation; l’antisionisme leur dénie le droit d’en constituer une. La rhétorique a changé. L’anathème demeure. Atila Ozer […]

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