Crise financière: C’est un manque plutôt qu’un excès de marché qui cause les crises (Crises are caused by political interferences not by an excess of market forces)

No way like the American wayC’est un manque de marché, ou plutôt une subversion du marché par la puissance publique et les interférences politiques, plutôt qu’un excès de marché, qui cause les crises, et la présente en particulier. Laurent Murawiec
A l’heure où, profitant d’une crise qu’ils avaient largement contribué à créer, les Démocrates viennent de perpétrer le hold up du siècle
.
Se défaussant, comme pour les guerres qui ont suivi les attentats du 11/9 (préparés, on s’en souvient, sous leur propre Administration Clinton), sur un président Bush, ultime tête de turc à la planète entière …

Il faut lire l’excellente remise des pendules à l’heure de Laurent Murawiec sur Metula News qui rappelle que, comme pour 29, ce n’est pas les crises elles-mêmes qui créent les catastrophes mais les interférences politiques qui les suivent et les ont souvent préparées

Extraits :

Il ne suffit pas de dénoncer « la cupidité et la corruption de Wall Street », comme l’ont fait MM. McCain et Obama. Les grandes banques américaines et européennes se sont laissé griser par les énormes profits que promettaient, en particulier, les hypothèques titrisées. La fonction des crises, c’est de les punir de cette prise de risque hypertrophiée.

Les parlementaires américains, qui ont été des pousse-au-crime au nom d’une politique d’accession de tous, ou presque, à la propriété – noble cause insolvable -, ne sont pas moins coupables : c’est la recherche démagogique de la « justice sociale » qui est en cause.

(…) On ne sache pas d’ailleurs que les bonnes âmes qui s’égosillent aujourd’hui à blâmer le capitalisme, comme le bon M. Krugman, aient trop protesté contre les bulles spéculatives qui gonflaient démesurément, à l’époque de la présidence Clinton.

Les crises ? Elles sont le mode imparfait – imparfait, comme les marchés eux-mêmes – d’autorégulation du système. L’idée délirante, née au XIXème siècle et devenue omniprésente dans les années trente, et jusqu’aux années soixante-dix du siècle passé, qu’il soit possible (si cela était souhaitable) de planifier centralement la production et la distribution dans un pays, s’est effondrée.

Ni sa résurrection molle, ni ses parodies de « troisième voie », mi- marché, mi-planification, mi-marché, mi-salmigondis d’Etat régulateur, de « gouvernement économique », de « théorie de défaillance des marchés », de « public choice », que pondent à jet continu les universitaires qui n’hésitent jamais à essayer d’imposer leurs schèmes abstraits au réel, ne peuvent, ni ne doivent revenir sur les leçons amèrement tirées des désastres communistes et des échecs sociaux-démocrates et keynésiens.

En juin 1930, le président Hoover signait la loi Smoot-Harley , que venait de voter le Congrès. Cette loi protectionniste augmentait de façon draconienne les barrières douanières et les taxes à l’importation. En trois ans, de 1929 à 1932, les importations américaines de produits européens allaient baisser de 70 pour cent. Le commerce mondial chuta de 66 pour cent entre 1929 et 1934.

(…) Contrairement à la légende, le krach de Wall Street de 1929 ne causa pas la Grande Dépression: c’est la politique budgétaire restrictive suivie par le président Hoover, la politique monétaire déflationniste menée par la Réserve fédérale, et la législation protectionniste, votée peu après par le Congrès, qui s’en chargèrent. Des décisions désastreuses, prises sous l’empire de la panique, firent d’un krach une dépression, qui n’était nullement inévitable.

(…) C’est de là que vint la Grande Dépression, avec son cortège d’abominations politiques induites. Le risque, aujourd’hui, vient plus des absurdités anticapitalistes qui exigent de « contrôler les spéculateurs », de nationaliser, d’étatiser, de « re-dirigiser ». Ce, alors que les immenses progrès économiques et sociaux réalisés depuis une génération dans une très grande partie du monde sont précisément venus de la libéralisation économique, qui fut, pour ces pays, une libération des chaînes de l’autarcie, de la planification et de l’hyper-régulation.

Du bon et du mauvais usage des crises
Laurent Murawiec à Washington
Metula News Agency
09/11/08

“Qu’est-ce qu’un communiste ?” demandait-on jadis dans les pays affligés par ce fléau. « C’est un type qui proclame à minuit sur la place du village qu’il est midi. Douze heures après, il se vante de l’avoir annoncé avant tout le monde». Ce ressassement noctambule, cette histoire à dormir debout marquent un grand nombre des commentaires émis sur la crise financière présente.

On se rue sur les clichés. Comme chaque fois qu’une crise agite les marchés, les noctambules de la crise s’enthousiasment: c’est la crise finale du capitalisme. C’est ce qui se disait, il y a vingt-et-un ans, lors de la panique boursière de 1987. On sait ce qu’il en advint: elle fut suivie de vingt ans d’essor économique prodigieux.

« C’est la fin du capitalisme », s’exclame le néo-marxiste universitaire Immanuel Wallerstein [2], que Le Monde, auquel rien de ce qui pense faux n’est étranger, se précipite à interviewer. Pour les déçus du Grand Soir, après un siècle entier de déboires, on comprend leur allégresse sans toutefois la partager.

La répétition putative de la Grande Dépression, qui causa des maux infinis, doit camper le décor du Grand Soir, qu’appellent de leurs vœux les contempteurs du capitalisme. Chaque fois que les marchés trébuchent et chutent, on croit donc y voir le prodrome de l’effondrement final du système honni.

Cinq siècles de capitalisme touchent à leur fin, s’extasie le prophète, tout comme divers professeurs de philosophie, dont la prose visionnaire orne également les pages du quotidien parisien du soir. Le Comité Nobel d’économie attribue même son prix à un type dont la contribution à la science économique est nulle, qu’il s’agisse de la compréhension théorique ou pratique des marchés et de l’économie ; mais l’heureux élu, Paul Krugman, est le répétiteur attitré de la rengaine keynésienne, l’imprécateur gauchisant du New York Times dont la carrière a surtout consisté à dégoiser sur George Bush. Et hop ! cela vous suffit à engranger un prix qui récompensait naguère des économistes, et non des feuilletonistes.

Des crises financières de grande ampleur, le monde en a connu à foison ; de la crise financière de l’an 33, racontée par Tacite dans les Annales [3], laquelle comportait tous les ingrédients, les ordinateurs en moins, qui secouent aujourd’hui les marchés, à la spéculation débridée sur les tulipes, qui secoua les Pays Bas en 1637, en passant par les grands krachs de la Compagnie anglaise des Mers du Sud et de la Compagnie du Mississipi de John Law, en France, en 1720.

Sans oublier les multiples paniques bancaires et boursières du XIXème siècle : 1837 (Etats-Unis), 1857 (Etats-Unis), 1866 (Londres), 1873 (Vienne), 1882 (Paris), 1890 (Londres).

Contrairement à la légende, le krach de Wall Street de 1929 ne causa pas la Grande Dépression: c’est la politique budgétaire restrictive suivie par le président Hoover, la politique monétaire déflationniste menée par la Réserve fédérale, et la législation protectionniste, votée peu après par le Congrès, qui s’en chargèrent. Des décisions désastreuses, prises sous l’empire de la panique, firent d’un krach une dépression, qui n’était nullement inévitable.

Ajoutons la crise qui partit de Cologne en 1974, et celle dont l’Indonésie donna le coup d’envoi en 1975 ; la dette latino-américaine en 1982, 1987, sur tous les marchés boursiers, 1997, la crise financière et monétaire en Asie, sans omettre de mentionner l’effondrement des Savings & Loans (Caisses d’épargne) aux Etats-Unis, à la fin des années 80, et l’éclatement de la bulle financière de la « Nouvelle économie », en 2000.

Le phénomène est humain, trop humain : au sommet de la vague, on ne voit que des crêtes, les creux sont invisibles ; quand on est au creux de la vague, entouré de murs aquatiques verticaux, on ne voit qu’eux.

Ce devrait être la tâche des économistes de mettre l’événement en perspective : tout comme la démocratie est le pire des régimes, à part tous les autres, la crise est le pire des régulateurs, à part tous les autres. Le marxisme, et son incarnation soviétique, n’avaient pas de mots assez durs contre l’ « anarchie de la production capitaliste », et assuraient que le « socialisme », ou le « communisme », ne pouvaient, axiomatiquement, connaître de crise. On sait ce qu’il en advint.

Marx avait raillé la bourgeoisie, à laquelle il fait dire « plutôt une fin pleine d’effroi qu’un effroi sans fin ». Le système économique issu de cette brillante cervelle abolit donc les crises convulsives pour en faire une convulsion sans fin.

L’école keynésienne assurait également avoir trouvé la grande recette : les déficits (et dépenses) budgétaires anticycliques, qui semblèrent marcher à court terme, avant que les deux variables, censées être inversement proportionnelles, l’inflation et le chômage, ne se mettent à augmenter dangereusement et de concert. Cela donna lieu à la stagflation (stagnation plus inflation) des années 70, ce qu’on appela à l’époque la « maladie anglaise », avant que Mme Thatcher n’y mette bon ordre.

La stagflation n’empêcha d’ailleurs pas les krachs. Elle contribua cependant à discréditer le keynésianisme, de même que la sous- performance des économies-phares de la social-démocratie, scandinaves et bénéluxiennes en particulier : l’Etat-providence n’arrivait plus à être la providence des pauvres, mais créait de la pauvreté sans plus créer de croissance. La régulation étatiste, qu’on appelle en France « colbertisme » ou « dirigisme », était en faillite.

Le mécanisme fondamental qui cause les crises financières est bien connu. Des actifs, boursiers, bancaires, gagés sur matières premières, sur du foncier ou de l’immobilier, deviennent l’objet d’une surévaluation spéculative provoquée par l’apparence, ou même la réalité temporaire d’un rendement supérieur à la moyenne des autres actifs disponibles sur le marché : après les professionnels, ce sont les semi-pros, puis les amateurs, qui se portent acquéreurs.

Le rendement de ces actifs n’augmente pas, mais leur prix négociable monte en flèche ; au lieu de faire baisser le prix, l’excès de demande le fait monter. Tous se convainquent que le prix ne pourra jamais baisser. Plus le prix est élevé, plus faible est le rendement réel (price/earning ratio). La courbe continue de monter, jusqu’au moment où un événement inopiné provoque un retournement brutal de la tendance; tous se ruent alors pour liquider leurs positions et encaisser en bonne monnaie la valeur de ce qui semble désormais être de la mauvaise graine.

La baisse des prix des actifs devient cumulative. Il y a maintenant excès d’offre. C’est le krach. Les institutions, dont on sait qu’elles détiennent d’importants paquets de ces actifs, perdent leur crédit, la confiance disparaît, on se précipite pour en retirer ses avoirs, qu’on soit déposant, épargnant ou investisseur.

Le gigantesque marché américain de l’immobilier résidentiel, de bureau et d’affaires, engendre un marché hypothécaire encore plus gigantesque. Les actifs hypothécaires (mortgages) ont été, ces dernières années, ficelés par tranches par les institutions créancières, et revendus par paquets. Comme de vulgaires mutual funds : ils ont été « titrisés ».

La valeur réelle de ces actifs était extrêmement difficile à établir, mais, tant que leur prix montait, nul ne s’en souciait trop, puisque c’est la demande qui la fixait : tant qu’il y avait preneur, le prix montait. Que le Congrès, agissant par l’intermédiaire des quasi- étatiques organismes de prêts à la propriété Freddie Mac et Fannie Mae, ait forcé les banques, à trop prêter à des taux insuffisants, à des débiteurs à la solvabilité douteuse, donna lieu à l’essor de ces hypothèques douteuses, les sub-prime.

C’est leur valeur qui a chuté sans retenue, à mesure que ces débiteurs se sont trouvés en cessation de paiements: on les avait encouragés à trop emprunter, et ces emprunteurs marginaux ont été les premiers frappés. Les titres sont sans valeur et invendables.

Sous-capitalisés, Freddie et Fannie se sont trouvés en quasi-faillite, avant d’être repris par la puissance publique. Les banques sont détentrices d’énormes paquets de titres sub-prime, qu’elles avaient imprudemment acquis en les pensant solvables à l’infini, puisque soutenus par Freddie et Fannie.

Mais les banques, qui ne pouvaient plus les liquider sans consentir à d’énormes pertes comptables, ont dû les passer aux pertes et profits, par dizaines de milliards de dollars, ce qui a plombé leurs comptes et avalé une grande partie de leur fonds propres – d’où faillites retentissantes dans le secteur bancaire, et contagion affectant toute la profession.

La rente avait semblé acquise et éternelle. Sa cessation, et l’effondrement de la valeur des actifs qui la payaient, ont frappé les rentiers (banques, assurances, etc.) de plein fouet. Pour éviter que la panique ne se transforme en déroute, les gouvernements sont intervenus un peu partout, reprenant des banques, en recapitalisant d’autres, garantissant les échanges interbancaires, etc. C’est le cas aux Etats-Unis, où la Réserve fédérale et le gouvernement fédéral ont procédé à une réorganisation de grande ampleur du secteur bancaire.

Sur le marché, la fonction d’une crise est de détruire une montagne de pseudo-valeurs qui exigent paiement sous forme de dividendes ou de tout autre type de rémunération; la valeur factice créée par une spéculation telle qu’elle a fait monter le prix des actifs hors de toute commune mesure avec leur rendement futur, doit être ramenée à un niveau compatible avec ce rendement cumulé sur des années : c’est bien ce qu’exprime le rapport entre prix et rendement (le PER).

Ne dispose-t-on pas de moyens d’empêcher qu’un retour au réalisme économique se mue en catastrophe ? Les crises ne se débarrassent-elles pas du bébé sain avec l’eau du bain et sa crasse ? Y a-t-il un mode de régulation permettant de faire, c’est le cas de le dire, l’économie de la crise ? – Les économies de marché créent constamment des instruments de régulation.

Le premier est le système des prix, qui envoie quotidiennement, par millions des signaux, des informations permettant aux agents du marché de se repérer quant aux préférences des consommateurs. Si une situation de rente s’affermit et peut manipuler les prix, les signaux sont brouillés, et il devient difficile, voire impossible, de se repérer : le marché navigue à vue, louvoie, et n’évitera souvent pas l’accident.

C’est un manque de marché, ou plutôt une subversion du marché par la puissance publique et les interférences politiques, plutôt qu’un excès de marché, qui cause les crises, et la présente en particulier.

Il existe d’autres modes de régulation, comme les ratios prudentiels imposés aux banques par les autorités monétaires, par la loi aux entreprises, destinée à assurer la transparence des comptes, faire l’audit de leurs opérations, etc. Mais quant se développent de nouveaux produits, de nouveaux marchés, des marges nouvelles d’entreprises qui sont un peu un Wild West, la régulation est à la traîne.

Elle l’est d’autant plus que de gigantesques sommes sont en jeu et que le groupe de pression constitué par ceux qui bénéficient de ce Far West ne milite pas en faveur d’une régulation, qu’elle soit auto-imposée par la profession, ou légiférée par le Congrès, ou encore décrétée par les agences fédérales.

C’est bien ce qui est arrivé avec les produits financiers dérivés, et avec les produits hypothécaires. On apprend par la crise, et non par dessein préalable : on ne sait pas ce qui se passera, il faut que l’accident survienne pour le savoir. Le système est-il parfait ? En aucun cas, mais c’est au bout du compte le moins coûteux.

On a souvent pris pour exemple de ce vil capitalisme les junk bonds (les obligations pourries) émis par des asset-strippers, des pilleurs d’actifs, comme on les appelait alors. Le film du gaucho- dérangé Oliver Stone, Wall Street (1987), caricature ainsi le méchant financier qui s’oppose aux producteurs de biens matériels au nom du (gros mot) « profit ».

Gottfried Feder , qui insuffla ses doctrines économiques dirigistes et anticapitalistes au jeune Adolf Hitler, au début des années 20, avait la même conception de l’antagonisme entre le noble et productif schaffendes Kapital (capital créateur) et l’ignoble raffendes Kapital (capital rafleur) des spéculateurs, ploutocrates anglo-saxons et (quelle surprise !) juifs.

L’énorme masse des gloses émises par le Forum Social altermondialiste et par leurs compagnons de route intellectuelle, n’a rien inventé mais tout répété.

En s’emparant d’entreprises somnolentes ou insuffisamment valorisées, en vendant ce qui dormait et en valorisant ce qui recelait de la valeur potentielle, ces entrepreneurs ne faisaient rien d’autre que délivrer les entreprises des capteurs de rentes qui les dirigeaient, et permettre et appliquer ce que l’économiste austro- américain Joseph Schumpeter avait remarquablement identifié comme un principe moteur du capitalisme : la « destruction créatrice ». Encore fallait-il qu’une économie en croissance offre de nouveaux emplois à ceux qui perdaient les leurs – c’est l’histoire du capitalisme depuis des siècles.

Le producteur agricole qui se couvre à terme, afin qu’une subite baisse des cours ne détruise pas sa marge bénéficiaire, ne « spécule » pas : il assure prudemment la stabilité de son entreprise en réduisant le risque inhérent à son activité.

Les contrats d’achat et de vente à terme (futures) qu’il souscrit sont de bonne économie. La production des récoltes ne va pas sans cette assurance. De même, l’importateur ou l’exportateur qui se « couvrent » contre des risques trop élevés de variation des changes – une hausse de 10, 20 ou 30 pour cent de ses prix d’achats, non compensés par des achats à terme de devises, ou symétriquement, de ses prix de vente – vont au devant d’énormes pertes, peut-être fatales.

Ceux qui dénoncent l’accumulation de ces contrats croisés au nom de l’ « économie réelle » voltigent dans l’irréel : cette finance est organiquement liée aux biens matériels. C’est quand les flux de hot money se dirigent vers des biens massivement surévalués que naît le problème.

Il ne suffit pas de dénoncer « la cupidité et la corruption de Wall Street », comme l’ont fait MM. McCain et Obama. Les grandes banques américaines et européennes se sont laissé griser par les énormes profits que promettaient, en particulier, les hypothèques titrisées. La fonction des crises, c’est de les punir de cette prise de risque hypertrophiée.

Les parlementaires américains, qui ont été des pousse-au-crime au nom d’une politique d’accession de tous, ou presque, à la propriété – noble cause insolvable -, ne sont pas moins coupables : c’est la recherche démagogique de la « justice sociale » qui est en cause.

Mais la spéculation n’est pas seulement là où on la dénonce. On ne sache pas d’ailleurs que les bonnes âmes qui s’égosillent aujourd’hui à blâmer le capitalisme, comme le bon M. Krugman, aient trop protesté contre les bulles spéculatives qui gonflaient démesurément, à l’époque de la présidence Clinton.

Quant aux néo-, paléo-, crypto- et quasi-marxistes, ils continuent de croire bêtement que le capitalisme est un jeu à somme nulle, ou Pierre doit voler (« piller ») Paul pour faire un profit. Je faisais allusion, tout à l’heure, au brave professeur Wallerstein [2 bis] : c’est bien de cela qu’il parle, tout comme ce banal représentant de l’illettrisme intellectuel français qu’est Alain Badiou , autre professeur, pour qui le capitalisme, c’est le « banditisme ». Mais, respirons, les « luttes » auront bientôt raison des bandits, et les lendemains chanteront, comme au temps où ledit Badiou encensait, était-ce Pol Pot ou Kim Il-sung, j’ai oublié ce… détail.

Schumpeter insiste, comme Friedrich Hayek ou Ludwig von Mises après Adam Smith: les grands perdants de la destruction créatrice sont les détenteurs de positions de rente. La génération écoulée a vu le formidable essor du capitalisme, qui a brisé les autarcies asphyxiantes. La Chine et l’Inde ont suivi les tigres et dragons asiatiques. Pour ne citer qu’un seul exemple, c’est la première fois, en des milliers d’années d’histoire de la Chine, que la grande majorité du peuple chinois fait trois repas par jour. L’ignoble capitalisme, vous dis-je.

Les crises ? Elles sont le mode imparfait – imparfait, comme les marchés eux-mêmes – d’autorégulation du système. L’idée délirante, née au XIXème siècle et devenue omniprésente dans les années trente, et jusqu’aux années soixante-dix du siècle passé, qu’il soit possible (si cela était souhaitable) de planifier centralement la production et la distribution dans un pays, s’est effondrée.

Ni sa résurrection molle, ni ses parodies de « troisième voie », mi- marché, mi-planification, mi-marché, mi-salmigondis d’Etat régulateur, de « gouvernement économique », de « théorie de défaillance des marchés », de « public choice », que pondent à jet continu les universitaires qui n’hésitent jamais à essayer d’imposer leurs schèmes abstraits au réel, ne peuvent, ni ne doivent revenir sur les leçons amèrement tirées des désastres communistes et des échecs sociaux-démocrates et keynésiens.

Pourquoi évoquer le criard chroniqueur du New York Times, le professeur Nimbus ou le supposé philosophe qui a bien mérité sa pension de retraite ? Une fois n’est pas coutume, citons John Maynard Keynes lui-même : « Les praticiens qui se croient parfaitement exempts de toute influence intellectuelle sont la plupart du temps les esclaves de quelque économiste défunt ».

En l’espèce, pas besoin d’être défunt pour exercer une influence délétère sur nos politiciens, prêts à faire dans le grand style pour venir en aide au système bancaire. Les idées reçues qui circulent dans les têtes en matière économique en France sont complètement imprégnées du dirigisme le plus niais, pour lequel le mot de « libéralisme » est une insulte.

La vulgate marxo-gauchisante du planisme, du contrôle d’Etat, de l’ « économie publique » a inondé les rivages d’une droite qui est bien plus colbertiste et collectiviste que libérale, quoiqu’en dise une gauche qui a perdu le sens commun.

On évoque ici des publicistes de faible importance, parce qu’ils contribuent à répandre ces lieux communs, que l’on retrouve ensuite sous la forme des « plans » mirobolants, offerts par nos dirigeants pour nous sauver de tous les désastres qui nous guettent, et que, souvent, leurs propres agissements antérieurs ont causés ou précipités.

Les crises passent. Ce qui importe avant tout, c’est que les mesures palliatives décidées pour y faire face – ou pour faire face aux conséquences les plus dramatiques d’icelles – ne les aggravent pas, ne fassent pas d’une crise une dépression.

En juin 1930, le président Hoover signait la loi Smoot-Harley , que venait de voter le Congrès. Cette loi protectionniste augmentait de façon draconienne les barrières douanières et les taxes à l’importation. En trois ans, de 1929 à 1932, les importations américaines de produits européens allaient baisser de 70 pour cent. Le commerce mondial chuta de 66 pour cent entre 1929 et 1934.

C’est de là que vint la Grande Dépression, avec son cortège d’abominations politiques induites. Le risque, aujourd’hui, vient plus des absurdités anticapitalistes qui exigent de « contrôler les spéculateurs », de nationaliser, d’étatiser, de « re-dirigiser ». Ce, alors que les immenses progrès économiques et sociaux réalisés depuis une génération dans une très grande partie du monde sont précisément venus de la libéralisation économique, qui fut, pour ces pays, une libération des chaînes de l’autarcie, de la planification et de l’hyper-régulation.

L’un des commandements majeurs du Serment d’Hippocrate [4], c’est de « ne pas faire de mal ». On souhaiterait que cette déontologie s’applique également aux économistes et aux politiques.

Notes :

[1] L’auteur est également directeur de recherche à l’ Institut Hudson à Washington

[2] Immanuel Wallerstein , chercheur au département de sociologie de l’université de Yale, ex-président de l’Association internationale de sociologie : « Le capitalisme touche àsa fin », Le Monde 11.10.08 : « Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIème siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries ».

[3] Voir Frank Tenney The Financial Crisis of 33 A. D., Baltimore, The Johns Hopkins University Press .

[4] Le serment prêté par les jeunes médecins avant de commencer à exercer.

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