Election américaine: Ces (quelques) Français qui refusent l’obamalâtrie ambiante (Those few French who dare stand up to Obamamania)

Obamania
Pour 85 % des Français interrogés, l’élection du successeur de George W. Bush est une « bonne chose ». Ce chiffre tombe à 43 % côté américain. Le Figaro (sondage Opinionway)
La victoire, franche et massive, de Barack Obama, premier président de couleur de l’histoire des Etats-Unis est bien sur un évènement de portée historique: elle met fin à un quart de siècle de domination de la “révolution conservatrice” sur la politique comme sur les esprits américains. Elle ouvre une ère nouvelle, non de révolution mais de restauration des idéaux qui furent ceux du New-Deal de Roosevelt, et de l’ère Kennedy-Johnson, d’aspiration à une société plus juste, moins inégale; ainsi qu’à une République qui se projette à l’extérieur autrement que par les armes. (…) Un hymne à l’Amérique telle qu’est devrait être, un pays où “tout est possible”, le pays où s’affirme “le pouvoir de la démocratie”. Sans plus attendre, une promesse: celle de l”aube d’un nouveau leadership américain”, qui ne soit pas recherché “par les armes”, mais bien par la force des idéaux démocratiques. L’occasion, lors de cette première adresse, de vérifier la qualité de son éloquence, faite de simplicité, d’une forme de conviction qui semble l’habiter, à l’image des prédicateurs habités par leur foi; ici une foi presque religieuse dans l’exception que constitue le rêve américain et sa réhabilitation. (…)  Il est de bon ton, en France, d’expliquer que Obama et Mc Cain, démocrates et républicains, c’est, selon la formule consacrée, “blanc bonnet et bonnet blanc”. Rien n’est plus faux: la droite qui est sortie du paysage a été, dans l’histoire, l’une des plus radicales, toute entière dédiée à effacer les marques du New Deal et d’un Etat Providence certes loin de celui dont nous profitons en Europe, mais qui exista bel et bien ; elle a porté l’inégalité à son plus haut niveau, et mis fin au règne de la classe moyenne, fruit d’une politique publique de réduction des inégalités poursuivie des années 1940 aux années 1970; puis progressivement, voire brutalement déconstruite. La victoire d’Obama est donc le fruit d’une aspiration à un retour à une politique de réduction des inégalités, à une politique dont seule une partie de la gauche française pense qu’elle n’est pas la gauche. Ce retour, donc de la gauche, incarnée par un homme qui est né au temps de la ségrégation, fruit d’un mariage mixte qui était encore interdit dans certains États, montre on ne peut plus clairement le reflux du racisme dans la société américaine, l’impossibilité pour la droite de faire de l’héritage raciste un argument électoral, ainsi que la profondeur du changement introduit par la diversité de la population américaine. Comme l’écrit Paul Krugman, qui vient d’être couronné par le jury Nobel, “la politique de la riposte blanche qui a été essentielle au succès du conservatisme républicain perd de son efficacité pour deux raisons: l’Amérique devient moins blanche, et beaucoup de Blancs deviennent moins racistes.” Enfin la victoire d’Obama, opposé à la prison de Guantanamo, qui souhaite un plan de retrait d’Irak, qui prône une rencontre entre grands pays musulmans et occident pour écarter l’idée comme la perspective d’un absurde “choc des civilisations”, marque sans doute la fin d’une phase de rejet inégalé des Etats-Unis par une bonne part de la planète, et la fin de ce contresens historique qui menaçait de transformer une République marchande en République impériale, se proclamant, de façon si “simpliste”, le “bien” contre le “mal”, avec les méthodes du “mal”. Promesse donc d’un retour à la diplomatie. Jean-Marie Colombani
Après huit années de présidence Bush, une perte de crédibilité politique et morale sans précédent (sauf peut-être après la guerre du Vietnam, mais il y avait alors l’URSS), après Guantanamo, après la torture, après l’Irak, après le rejet hautain de tout effort sur le réchauffement climatique, comme si l’Amérique ne partageait pas vraiment la condition commune des hommes sur cette planète , la voilà qui, en une seule élection, change l’ordre du jour et récupère son leadership moral. Justin Vaïsse (historien français, Brookings Institution)
Se réjouir, à ce point d’unanime exaltation, de l’élection de Barack H. Obama? (…) L’immaculé Obama, cette image doucereuse produite par un exceptionnel marketing politique, n’est pas la moindre des ambiguïtés de cette élection, soutenue par les médias et les élites. Devenue l’incarnation du Bien, l’icône aura été financée par Wall Street et scénarisée par Hollywood. (…) Alors qu’Obama s’est intelligemment présenté comme le symbole postracial, sa couleur de peau aura été au centre des arguments de ses soutiens. Ivan Rioufol
Je n’ai pas l’habitude de m’incruster dans la politique intérieure d’autres pays. Mais là, je suis agacé par l’Obamania qui sévit en France. En ce moment, c’est à la mode de se dire pro-Obama, ça fait moderne. Même les hommes de droite, qui logiquement sont plus proches des républicains, n’y échappent pas. Mais cela ne repose pas sur des convictions idéologiques. D’ailleurs, personne n’est vraiment capable de me dire quel est son programme ni sa vision de l’avenir. C’est vraiment pathétique. Beaucoup le soutiennent simplement car il est noir, notamment dans les banlieues. On est à la limite du communautarisme. Rachid Kaci
Quand on voit les Etats-Unis avec ses 641 maires noirs, ses quatre gouverneurs, (…) ses deux secrétaires d’Etat (…) ses 42 noirs députés à la Chambre des représentants (…) on se dit qu’il y a encore du travail. Rama Yade
Il y a 10 000 élus noirs aux Etats-Unis, depuis les fonctions modestes de shérif ou de conseiller municipal jusqu’au poste de sénateur. En France, on ne dispose pas de ce vivier d’élus d’où, un jour, pourrait émerger un Obama français. La nomination de personnalités à de hautes fonctions est utile, car cela permet d’accoutumer les Français à voir des responsables politiques noirs à la télévision, et pas seulement des champions sportifs ou des chanteurs. Mais l’élection, c’est mieux. Pap Ndiaye
Selon un sondage IFOP publié dans le « Journal du Dimanche » le week-end dernier, 80% des Français se disent prêts à voter pour un noir à l’Elysée et 72% pour un candidat d’origine asiatique. L’enthousiasme est nettement plus mesuré s’agissant d’un candidat d’origine maghrébine: 58% seraient prêts à voter pour lui. Le Nouvel observateur
« Enumérations vagues, plates, floues », « affligeants slogans multipliant les appels à la fraternité et aux rapprochements entre les peuples et les religions » digne « d’un Pape ou d’un artiste de variétés en mal de promotion » …Après le hold up du siècle (pardon: « l’intifada historique« ) dûment saluée par tout ce que la planète peut compter de dictateurs …

Et au moment où, du chercheur à l’homme de la rue et jusquà notre notre maitre ès opportunisme de Sarkozy (qui a déjà invité des associations communautaires à l’Elysée), une France unanime communie à nouveau dans l’obamalâtrie ambiante …

Retour sur ces (quelques) Français qui, refusant de céder au chantage au racisme ou du conformisme facile des diners en ville, n’ont que faire du « défilé de mode » ni des « discours creux pleins de bons sentiments » qui ont permis le hold up du siècle au pantin du Très Grand Capital et de la bande de Chicago …

JOHN McCAIN : LE PRESIDENT QU’IL FAUT A L’AMERIQUE …
Rachid Kaci
Blog de La Droite Libre
27 octobre 2008

La campagne présidentielle américaine semble intéresser la France et les Français. Une sorte d’hystérie s’est emparée d’une partie de la population française en faveur du candidat démocrate Obama. Ce dernier est devenu LE candidat à soutenir pour être dans le coup ou pour faire bien dans les diners en ville.

Sa visite ou plutôt son passage éclair dans notre pays à la fin du mois de juillet dernier a été une occasion de mesurer le côté surréaliste de ses soutiens, de mesurer aussi l’absence absolue de ligne politique affirmée de la part du candidat démocrate.

Ses déclarations n’ont été qu’une suite d’énumérations vagues, plates, floues et surtout empreintes d’affligeants slogans multipliant les appels à la fraternité et aux rapprochements entre les peuples et les religions (sic). Nous avions plus l’impression d’entendre un Pape ou un artiste de variétés en mal de promotion qu’un homme d’Etat…

Pourtant, la situation politique et économique dans le monde nécessite d’avoir à la tête des Etats-Unis un homme d’expérience et d’envergure ; un homme d’Etat capable d’avoir une vision d’avenir lucide et éclairée.
Dans une élection d’une aussi haute importance, il ne s’agit de faire un défilé de mode ni d’aligner des discours creux pleins de bons sentiments, il s’agit de présenter un plan d’action aux défis posés par l’Iran, la situation au Proche Orient, au Pakistan et j’en passe…

Si les Etats-Unis venaient à céder une once de leur force et de leur détermination à lutter contre les nouveaux totalitarismes alors nous sombrerions dans le chaos le plus total…

Barak Obama et sa volonté d’être perçu comme le réconciliateur absolu, le trait d’union entre les peuples et les religions apparaitra aux yeux des fascistes de tout poil comme un faible, à l’image de ce que représentait un président comme Jimmy Carter dont le bilan présidentiel a fait de l’Amérique la risée de tous les dictateurs au début des années 80.

Nous traversons un période où la faiblesse politique devient une faute majeure. Il faut afficher de la détermination, des convictions fortes et un attachement profond à nos valeurs libérales universelles.

Ce dont l’Amérique a besoin c’est d’une personnalité au caractère exigeant, à l’expérience affirmée et surtout pourvue d’une lucidité et d’un sens des responsabilités face notamment à une situation politique des plus tendues.

Ce sens des responsabilités sera absolument nécessaire lorsqu’il faudra prendre des décisions impopulaires particulièrement au niveau international.

Personne n’aura à se réjouir d’une Amérique affaiblie, surtout pas la France. Je crains que Barak Obama soit un Président qui ramènera les Etats-Unis à ce qu’ils étaient au milieu des années 70 avant l’arrivée du grand Reagan. Il n’est qu’une image et parfois même malheureusement qu’une couleur de peau.

D’ailleurs, les soutiens dont il bénéficie ici en France trouvent trop souvent leur raison dans l’origine ethnique du personnage et non dans son programme politique.

Certes, ce serait un véritable tremblement de terre d’avoir à la Maison blanche un homme de couleur comme l’on dit pudiquement. Mais cet argument ne saurait tenir lieu de programme politique.

Pour toutes ces raisons, je m’inscris résolument et sans état d’âme derrière le candidat républicain, John McCain.

D’abord et avant tout, je me retrouve globalement dans son programme et celui des Républicains. Je trouve, par ailleurs, qu’il possède la dimension nécessaire tant sur le plan humain que sur le plan du parcours personnel pour assumer une présidence difficile et pleine de dangers.

L’heure pour les Etats-Unis n’est pas à l’expérimentation ni à celui de jouer dans le registre des symboles. Il me semble qu’il s’agit plutôt de porter à la tête de cette grande nation un homme qui assumera ses convictions et ses valeurs sans complexe et avec courage.

John McCain est de la trempe d’un Ronald Reagan. Nous avons besoin de cette trempe pour affronter les épreuves difficiles qui nous attendent…

A cette occasion, nous lançons un Comité de soutien à John McCAIN au sein de l’UMP. Trop de personnalités de notre parti n’osent plus affirmer leurs convictions en se rangeant, pour suivre la mode, derrière Obama. Il est temps que le pro McCain s’affirme au sein de l’UMP.

Rachid KACI
Président de la Droite Libre
Conseiller Exécutif UMP.

Voir aussi:

Ces Français qui soutiennent McCain
Enquête – Face au soutien massif pour Obama dans l’Hexagone, les partisans français du candidat républicain s’organisent autour du « comité McCain France ».

Moins nombreux, leur tâche s’annonce difficile étant donné la piètre image du parti de l’éléphant en France.
Fabrice AUBERT
le 03/09/2008

Fin 2007, avant le début des primaires, les Français qui s’investissaient, de manière évidemment symbolique, dans la campagne américaine se trouvaient essentiellement du côté républicain. Outre les blogs de la pensée libérale, on trouvait ainsi, pêle-mêle, l' »Association des amis du parti républicain », une autre structure favorable à Rudolph Giuliani, alors favori pour l’investiture, ou encore des groupes de soutien à Ron Paul, l’un des candidats du parti de l’éléphant.

Et puis, début janvier, le phénomène Obama a tout balayé dans l’Hexagone. En quelques semaines, les comités de soutien en faveur du sénateur de l’Illinois se sont multipliés, avec l’appui de de nombreux intellectuels, écrivains, people ou hommes politiques, de droite comme de gauche (cliquez ici pour lire notre article). Largement minoritaires, les « Frenchies » pro-républicains se sont alors retrouvés noyés dans la masse, sans pouvoir faire entendre leur voix.

« Expliquer McCain aux Français »

Afin de tenter de rééquilibrer le rapport de force, Pierre Toullec, déjà fondateur de « l’Association des amis du parti républicain », a donc créé dans le courant de l’été une structure parallèle dédiée au candidat, « McCain France ». « Les médias ne parlent quasiment pas de lui. En revanche, tout le monde parle d’Obama, sans être cependant capable de dire ce qu’il défend », explique cet étudiant de 22 ans, qui se qualifie lui-même de « néo-conservateur ». « Nous voulons expliquer la candidature de McCain aux Français et montrer, en décortiquant leur programme respectif, en quoi son choix est préférable à celui d’Obama, aussi bien pour les Etats-Unis que pour l’Europe et la France », ajoute-t-il. Autre objectif : informer les Américains de France -ils sont environ 200.000- sur les modalités pratiques du vote par correspondance depuis l’Hexagone.

Face à l’anti-américanisme et à la piètre image du parti républicain en France, Pierre Toullec, ancien membre d’Alternative libérale qu’il a quitté en raison d’une ligne jugée trop à gauche, est conscient des difficultés qui l’attendent. « Nous savons pertinemment que nous n’arriverons jamais au niveau du comité de soutien à Obama. Ce n’est donc pas notre but », souligne-t-il, en revendiquant une dizaines de membres répartis dans toute la France et une quarantaine d’adhérents au groupe qu’il a créé sur Facebook -à noter qu’un autre blog de soutien au sénateur de l’Arizona est aussi apparu sur la toile récemment.

Soutiens de philosophes

Pour se faire entendre, Pierre Toullec, dont les moyens financiers sont quasi-inexistants, entend s’appuyer les différents blogs de le pensée libérale et surtout multiplier les apparitions dans les médias -il a déjà été interrogé sur France 24 ou RFI- et dans les conférences sur les Etats-Unis, qui ne vont pas manquer d’être organisées un peu partout d’ici au 4 novembre.

Et il a surtout obtenu le soutien de quelques personnalités de la mouvance libérale. Tout d’abord, ceux des philosophes Yves Roucaute et Guy Millière, les deux principaux représentants de la pensée néo-conservatrice en France. « Contrairement à 2004 où la propagande anti-Bush avait atteint un tel point de paroxysme, j’espère que la France médiatique va cette fois accepter le jeu républicain. Comme dans toutes les démocraties avancées, il faut donner libre accès aux différents points de vue. Bref, il faut que les médias soient des intercesseurs, et non des censeurs », explique Yves Roucaute.

« Ce n’est pas très sain quand un seul côté des choses est montré dans une démocratie », renchérit Guy Millière. « Soutenir McCain via le comité de Pierre Toullec nous permet de prendre date. Dans le contexte français, son élection serait une douche froide. Il nous faut donc anticiper et expliquer que McCain admire les valeurs fondamentales, que ce n’est pas un abominable homme d’extrême-droite comme il est caricaturé. Et si, par malheur, Obama était élu, il nous faut expliquer que la situation ne sera pas aussi idyllique que ce qu’imaginent les Européens. Sa politique économique serait catastrophique pour l’Europe et sa politique étrangère entraînerait l’instabilité au Proche-Orient », poursuit Guy Millière.

Rachid Kaci, seul politique pro-McCain

Dans la classe politique, une seule personnalité revendique pour l’instant fermement son soutien au candidat du parti de l’éléphant : Rachid Kaci, le leader de la Droite libre, le courant de la pensée libérale conservatrice associé à l’UMP. « Idéologiquement, je soutiens les convictions républicaines, donc je penche naturellement pour McCain », note celui qui s’était opposé à Nicolas Sarkozy pour la présidence de l’UMP.

« Je n’ai pas l’habitude de m’incruster dans la politique intérieure d’autres pays. Mais là, je suis agacé par l’Obamania qui sévit en France. En ce moment, c’est à la mode de se dire pro-Obama, ça fait moderne. Même les hommes de droite, qui logiquement sont plus proches des républicains, n’y échappent pas. Mais cela ne repose pas sur des convictions idéologiques. D’ailleurs, personne n’est vraiment capable de me dire quel est son programme ni sa vision de l’avenir. C’est vraiment pathétique », enrage-t-il. Et d’asséner : « Beaucoup le soutiennent simplement car il est noir, notamment dans les banlieues. On est à la limite du communautarisme ». Rachid Kaci a donc l’intention de mobiliser son courant autour de « John McCain France », mais aussi de manière plus personnelle en lançant son propre comité de soutien en interne à l’UMP.

« Appréciable, mais à ne pas trop ébruiter »

Que pensent les républicains et l’équipe de campagne du sénateur de l’Arizona de ces improbables soutiens français ? Selon Pierre Toullec, son initiative a été plutôt bien accueillie par le staff de campagne du sénateur de l’Arizona -un QG qui préfère néanmoins rester très discret sur le sujet avec la presse. A Paris, la direction de Republicans abroad France -la section du parti dans l’Hexagone- avoue « apprécier que des étrangers s’intéressent à la politique américaine ». « Nous sommes très contents d’avoir le soutien de Français. D’ailleurs, même s’ils sont minoritaires, je croise beaucoup de Français qui me disent être pro-républicains, voire supporters de Bush », explique George Yates, son président.

Pour autant, même si George Yates participera « avec plaisir » à des débats organisés par Pierre Toullec, pas question pour lui de trop ébruiter la chose outre-Atlantique. « Les Américains le percevraient de manière négative. Ils sont très méfiants quand des étrangers se mêlent de nos affaires, encore plus quand cela provient de la France. C’est bien que des Français disent que McCain est un bon candidat. Mais il ne faut pas qu’ils franchissent le pas en demandant aux Américains de voter pour lui », fait-il remarquer. Avant de conclure : « C’est valable aussi pour les démocrates. D’ailleurs, je pense que le vaste soutien pour Obama en Europe lui sera préjudiciable et sera plutôt bon pour nous ».

Voir par ailleurs:

« La restauration des idéaux américains »
Jean-Marie Colombani
Challenges
05-11-2008

LA victoire, franche et massive, de Barack Obama, premier président de couleur de l’histoire des Etats-Unis est bien sur un évènement de portée historique: elle met fin à un quart de siècle de domination de la “révolution conservatrice” sur la politique comme sur les esprits américains. Elle ouvre une ère nouvelle, non de révolution mais de restauration des idéaux qui furent ceux du New-Deal de Roosevelt, et de l’ère Kennedy-Johnson, d’aspiration à une société plus juste, moins inégale; ainsi qu’à une République qui se projette à l’extérieur autrement que par les armes.

Moment d’intense émotion populaire et spectacle à l’image forte de ce que fut sa campagne: celui de cette foule de toutes races, de tous âges, rassemblée à Chicago, quartier général et fief historique des démocrates, qui disait en quelques images à quel point Obama est pour un si grand nombre, un si grand symbole, d’une si grande attente. D’abord la famille, lui, sa femme -“the rock and the love of my life”- et leurs filles, brièvement. Puis, seul au pupitre, un premier discours, sobre, loin de tout triomphalisme, presque sombre, comme s’il voulait montrer qu’il mesure l’ampleur de ce qui est devant lui. Et déjà l’annonce qu’il lui faudra “plus d’un mandat” pour accomplir le changement qu’il a promis.

Un hymne à l’Amérique telle qu’est devrait être, un pays où “tout est possible”, le pays où s’affirme “le pouvoir de la démocratie”. Sans plus attendre, une promesse: celle de l”aube d’un nouveau leadership américain”, qui ne soit pas recherché “par les armes”, mais bien par la force des idéaux démocratiques. L’occasion, lors de cette première adresse, de vérifier la qualité de son éloquence, faite de simplicité, d’une forme de conviction qui semble l’habiter, à l’image des prédicateurs habités par leur foi; ici une foi presque religieuse dans l’exception que constitue le rêve américain et sa réhabilitation.

Mais une telle victoire est tout sauf le fruit d’une improvisation. Elle est au contraire celui d’une préparation minutieuse, à trois composantes: la défense, tout au long d’un marathon électoral d’un seul et même cap, ordonné autour d’un slogan: “yes, we can”- c’est possible, on peut y arriver! Avec un principe d’organisation qui a reposé sur la participation de milliers et de milliers de personnes transformées en militants et en donateurs. Le tout avec un professionnalisme de tous les instants, à l’image de ce qu’il est : très discipliné, exprimant ses émotions, certes, mais aussi rigoureux et méthodique pour lui-même comme dans ce qu’il entreprend.

Il est de bon ton, en France, d’expliquer que Obama et Mc Cain, démocrates et républicains, c’est, selon la formule consacrée, “blanc bonnet et bonnet blanc”. Rien n’est plus faux: la droite qui est sortie du paysage a été, dans l’histoire, l’une des plus radicales, toute entière dédiée à effacer les marques du New Deal et d’un Etat Providence certes loin de celui dont nous profitons en Europe, mais qui exista bel et bien ; elle a porté l’inégalité à son plus haut niveau, et mis fin au règne de la classe moyenne, fruit d’une politique publique de réduction des inégalités poursuivie des années 1940 aux années 1970; puis progressivement, voire brutalement déconstruite. La victoire d’Obama est donc le fruit d’une aspiration à un retour à une politique de réduction des inégalités, à une politique dont seule une partie de la gauche française pense qu’elle n’est pas la gauche.

Ce retour, donc de la gauche, incarnée par un homme qui est né au temps de la ségrégation, fruit d’un mariage mixte qui était encore interdit dans certains États, montre on ne peut plus clairement le reflux du racisme dans la société américaine, l’impossibilité pour la droite de faire de l’héritage raciste un argument électoral, ainsi que la profondeur du changement introduit par la diversité de la population américaine. Comme l’écrit Paul Krugman, qui vient d’être couronné par le jury Nobel, “la politique de la riposte blanche qui a été essentielle au succès du conservatisme républicain perd de son efficacité pour deux raisons: l’Amérique devient moins blanche, et beaucoup de Blancs deviennent moins racistes.”

Enfin la victoire d’Obama, opposé à la prison de Guantanamo, qui souhaite un plan de retrait d’Irak, qui prône une rencontre entre grands pays musulmans et occident pour écarter l’idée comme la perspective d’un absurde “choc des civilisations”, marque sans doute la fin d’une phase de rejet inégalé des Etats-Unis par une bonne part de la planète, et la fin de ce contresens historique qui menaçait de transformer une République marchande en République impériale, se proclamant, de façon si “simpliste”, le “bien” contre le “mal”, avec les méthodes du “mal”. Promesse donc d’un retour à la diplomatie.
Mais avant toutes choses, il faudra sortir de la crise. Comme on dit au soir d’une élection, les difficultés commencent!

3 commentaires pour Election américaine: Ces (quelques) Français qui refusent l’obamalâtrie ambiante (Those few French who dare stand up to Obamamania)

  1. […] il y a à peine quatre ans de l’autre coté de l’Atantique avec l’atterrante hystérie obamalâtre et les non moins affligeantes quatre années de “hype and blame” (enflure rhétorique […]

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  2. […] de nos responsabilités et libère de l’obligation d’agir. André Glucksmann Parmi les rares voix à s’inquiéter, suite au hold up du siècle, de la dimension quasi-religieuse et […]

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  3. […] en ce premier anniversaire de son élection et avec l’une des rares voix discordantes, la même image largement fantasmée qui nous avait été faite d’un certain messie noir […]

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