Exposition: Picasso, peintre du Très Grand Capital (From ancient masters to masters of the world)

Picasso's StalinJ’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant. Picasso
Nous ne faisons pas des chefs-d’œuvre, nous. Nous nous moquons de faire des chefs-d’œuvre, nous faisons des études, des exercices, nous travaillons, nous étudions, nous nous exerçons. Picasso (à Francis Ponge, 1960)
Je peins contre les tableaux qui comptent pour moi, mais aussi avec ce qui leur manque. Picasso (cité par Malraux, 1974)
La leçon saute aux yeux: les maîtres sont faits pour être maltraités… Le Monde

Aucun code ne vaut pour l’homme de toutes les libertés. Nicolas Sarkozy (avant-propos du catalogue)

Quand l’argent était roi, cette promo de nouveau riche serait passée pour une vertu. Maintenant que le roi est nu, elle pourrait passer pour un péché, sinon une honte. Philippe Lançon et Gérard Lefort

On oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres. Max Weber

Du candidat du Très Grand Capital au… peintre du Très Grand Capital!

Trop chère pour être couverte par les assurances, 4 millions d’euros d’installation, 210 tableaux de maitres, trois ans de préparation, trois musées nationaux …

Titien, Velazquez, Goya, Zurbaran, Rembrandt, Poussin, Ingres, Manet, Cézanne, Van Gogh, Goya, Cézanne, Ingres, Poussin, Delacroix, le Greco, Gauguin, Renoir, Degas, Manet, Courbet, Murillo, Degas, le Douanier Rousseau, Toulouse-Lautrec…

Alors qu’au moment de la plus grande crise du capitalisme depuis 29, la planète entière, via ses médias unanimes, s’apprête à élire le candidat du Très Grand Capital déguisé en défenseur du peuple et des démunis …

Paris est à son tour en train de faire un triomphe au peintre du Très Grand Capital déguisé lui aussi un temps en défenseur du peuple et des démunis!

Qui aurait cru en effet que le compagnon de route et relais appliqué des campagnes de désinformation du Comintern en un temps où l’Amérique avait aussi la rage ne frayerait plus aujourd’hui qu’avec les milliardaires?

Et que nos musées que seul le très Grand capital et nos Etats peuvent encore se payer seraient condamnés à toujours plus de surenchère pour pouvoir juste survivre?

En tout cas, malgré les nécessairement méga-queues (il faudra faire les trois expos et les 1h 30 de queue chacune dans la même journée pour gagner son paradis de billet commun!), il serait dommage de bouder le plaisir que promet la dernière « méga-opération de branding du « club Picasso » avant le prochain saut vers Abu Dhabi« .

Ne serait-ce que, via « le peintre qui a peint la peinture », pour l’exceptionnelle concentration de chefs d’oeuvres des grands maîtres de la peinture occidentale venant d’une soixantaine de musées et de collections privées.

Mais aussi, contre l’idéologie de l’œil neuf et de la table rase, pour l’exceptionnelle démonstration qu’elle nous offre.

A savoir que pour devenir le prophète de l’avant-gardisme et l’incarnation de la modernité célébrés aujourd’hui, le fils du professeur de dessin et conservateur du musée de sa ville natale qui, du Prado au Musée ethnographique du Trocadéro passait ses journées dans les musées espagnols ou parisiens, sera aussi sa vie entière un théoricien et un érudit de la peinture

Picasso à côté de ses maîtres, au Grand Palais
Fabienne Faur
Le Point
08/10/2008

Titien, Velazquez, Goya, Zurbaran, Rembrandt, Poussin, Ingres, Manet, Cézanne, Van Gogh… : ils fûrent les maîtres de Picasso, qui n’a jamais cessé de les regarder. Ils sont tous au Grand Palais, pour une exposition exceptionnelle qui témoigne de ce dialogue permanent.

« Picasso et les maîtres » (8 octobre – 2 février 2009) présente quelque 210 oeuvres exécutées du XVIe siècle à 1971, en une concentration rarement égalée de chefs d’oeuvres signés de Picasso et des grands maîtres de la peinture occidentale.

Pablo Picasso (1881-1973) est « parmi tous les peintres modernes, le seul à avoir à ce point endossé toute l’histoire de la peinture », indique Anne Baldassari, directrice du musée Picasso à Paris et co-commissaire de cette exposition « miraculeuse », dit-elle, avec Marie-Laure Bernadac, du Louvre.

C’est « cette confrérie de pairs qui ont tous dit à leur époque, +je suis le peintre qui révolutionne la peinture+, qui accompagnent Picasso, et vont le porter », ajoute-t-elle.

L’exposition ne les montre pas tous, mais les plus grands sont là, avec des chefs d’oeuvres qui pour certains, ne quittent jamais les murs du Prado, du MoMA (Museum of Modern Art) de New York, de la Gemälde Galerie de Berlin ou de la National Gallery de Londres.

Leurs portraits ouvrent l’exposition, de Goya, de Cézanne, d’Ingres, Poussin ou Delacroix. Il y a aussi le père, le vrai, le peintre José Ruiz-Blasco dont la légende dit qu’il abandonna pinceau et palette devant le génie de son fils.

Formé de manière très académique dans des écoles de Beaux-Arts, Picasso dessine à 14 ans des études déjà virtuoses de mains, de torses, que l’exposition réunit pour la première fois. Déjà, on voit des « effets de décentrement, de découpes de l’espace. Il est, enfant, le grand peintre qu’il va devenir », dit Mme Baldassari.

Le parcours, thématique et chronologique, amène le visiteur à cette confrontation permanente à travers les thèmes de la couleur, des natures mortes, des grands portraits, des nus, des variations.

Mais « nous ne sommes pas dans le vis-à-vis réducteur », insiste la commissaire. « L’exposition ne dit pas +Picasso est le fils de Machin et le petit-fils de Truc, il est toujours en train de croiser toute la peinture à la fois », dit-elle.

Il peut s’inspirer du Greco, dont le découpage de l’espace dans +Le songe de Philippe II+ est « proto-cubiste », dit-elle. Il reprend pour ses +Amoureux+ des formes de la +Nana+ de Manet mais aussi d’une toile du Douanier Rousseau, premier artiste qu’il collectionna.

Il pose un bonnet phrygien sur la tête d’un soldat de son +Enlèvement des Sabines+ repris de Poussin, pastiche Rembrandt et sa +Femme se baignant dans un ruisseau+ qu’il transforme en drôle de +Pisseuse+, reprend Courbet, brosse une Arlésienne tirée de Van Gogh.

D’un +Portrait de nain+ de Velazquez, il exécute des variations que l’on n’a jamais vues réunies depuis 1971. Une salle est consacrée à toutes celles issues des célèbres +Ménines+ de Velazquez, restées au Prado.

Dans l’éblouissante dernière salle consacrée aux grands nus, Picasso voisine avec une +Vénus+ du Titien, la +Maja desnuda+ de Goya et l’+Olympia+ de Manet, trois oeuvres qui n’ont jamais quitté leurs cimaises. « Personne n’a jamais vu la +Maja+ et l’+Olympia+ ensemble. Picasso non plus! », dit Mme Baldassari.

En parallèle, le musée du Louvre et le musée d’Orsay exposent des variations de Picasso autour des +Femmes d’Alger+ de Delacroix au Louvre et du « Déjeuner sur l’herbe » de Manet à Orsay.

(tlj sauf le mardi de 10H00 à 22H00, le jeudi jusqu’à 20H00. Tlj de 9H00 à 23H00 pendant les vacances scolaires. Tarif : 12 euros (TR: 8 EUR). Catalogue, 368 pages, RMN. 49 euros. Hors série Découvertes Gallimard. 8,40 EUR).

Voir aussi:

Picasso et la démesure des chiffres
Philippe Dagen
Le Monde
le 08.10.08

L’exposition « Picasso et les maîtres », qui ouvre ses portes à Paris ce matin dans trois musées (Grand Palais, Louvre et Orsay), s’annonce comme un triomphe. C’est un vrai festival de premières.
ifficile de l’ignorer : l’exposition Picasso et les maîtres qui se tient dans les Galeries nationales du Grand Palais, au Louvre et au Musée d’Orsay s’annonce depuis longtemps comme un triomphe en matière de fréquentation et d’écho. A moins d’avoir réservé son entrée, il faudra de l’endurance. Et les longues chaînes qui doivent organiser la queue au Grand Palais sont à la mesure des prévisions : au moins 10 000 entrées par jour pour que la Réunion des musées nationaux (RMN) équilibre son budget, à raison de 12 euros par personne. Car c’est d’abord cela aujourd’hui, une grande exposition : calculs et négociations, chiffres et tractations en tous genres pour composer le « plateau » le plus prestigieux.

Des chiffres, donc. Trois des plus grandes institutions de Paris qui n’avaient jusqu’ici jamais collaboré pour une manifestation commune ; plus de 200 œuvres de Picasso et des plus grands peintres anciens, de Titien à Goya, avec lesquels il est confronté ; des prêts consentis par une soixantaine de musées et de collections privées, en France et à l’étranger. Et encore, côté pratique, quatre mois d’ouverture, cinq nocturnes jusqu’à 22 heures par semaine au lieu d’une d’habitude et, durant les vacances scolaires, l’ouverture tous les jours de 9 heures à 23 heures, une première dans l’histoire des musées français. Le budget de Picasso et les maîtres est estimé à 4,3 millions d’euros, ce qui en fait l’une des manifestations les plus chères de l’histoire des musées français, sinon la plus chère. Le groupe LVMH en est le mécène pour un montant que le groupe, comme d’habitude, refuse de révéler et qui serait de l’ordre d’un million, 150 000 euros pour le Louvre, autant pour Orsay, le reste pour le Grand Palais.

De ce budget, trois postes se détachent par leur importance. Il y a d’abord le million attribué aux sociétés sous-traitantes chargées de l’accueil et de la surveillance des salles : étant donné les horaires d’ouverture exceptionnels et les flux annoncés, il a fallu renforcer le gardiennage. Investissement logique : dépenser plus pour recevoir beaucoup plus, grâce à la billetterie. Autre point majeur, les assurances des œuvres : 730 000 euros. Cette somme serait bien plus élevée si l’Etat français n’était son propre assureur pour ses collections. Sans ce dispositif de « garantie d’Etat », l’exposition aurait été impossible. La valeur cumulée des œuvres s’estime en milliards d’euros, 2, 4 ou plus. Estimation sans beaucoup de sens : qui peut réellement fixer la valeur financière de la Maja desnuda de Goya ou de l’Olympia de Manet, tableaux aussi universels que La Joconde ? Et qui oserait économiser sur le transport de tels trésors ? Il en coûte près d’un million – avions, caisses, camions – pour faire venir à Paris en toute sécurité quelques-unes des toiles les plus célèbres de l’histoire de la peinture occidentale : Titien, Vélasquez, Greco, Zurbarán, Rembrandt, Poussin, Ingres, Manet. Encore deux des plus importantes, Les femmes d’Alger de Delacroix et le Déjeuner sur l’herbe de Manet sont-elles demeurées dans leurs musées habituels, le Louvre pour la première, Orsay pour le second, où elles ont été rejointes par les dessins et peintures qu’elles ont inspirées à Picasso. Et encore les Ménines de Vélasquez sont-elles restées à Madrid, au Prado, qui refuse de les laisser sortir.

Tel est en effet l’autre défi d’une telle opération : s’il faut la financer, il faut commencer par obtenir des musées et des collectionneurs qu’ils se dessaisissent pour plusieurs mois de plusieurs de leurs chefs-d’œuvre. Plus ils sont célèbres, moins leurs propriétaires acceptent de s’en séparer. Pour Picasso et les maîtres, les négociations ont donc commencé il y a trois ans. Car une grande exposition, aujourd’hui, c’est de la diplomatie et du troc. Anne Baldassari, l’une des deux commissaires, dirige le musée Picasso. L’autre, Marie-Laure Bernadac, est conservatrice au Louvre. Si elles n’occupaient pas ces fonctions, elles n’auraient pu réussir.

Anne Baldassari n’en fait pas mystère : elle a érigé le troc en méthode de travail : « La coopération avec la National Gallery de Londres était primordiale, pour plusieurs tableaux anciens, tel le Portrait de Madame Moitessier d’Ingres. Nous lui prêterons donc une vingtaine de Picasso l’an prochain pour leur propre version de l’exposition. » Autre exemple : « Il nous fallait absolument la Nana de Manet, conservé à la Kunsthalle de Hambourg, parce que Picasso en a fait sa version. La Nana est en principe indéplaçable, le directeur du musée l’avait annoncé à son conseil d’administration. » Elle viendra pourtant au Grand Palais – et Hambourg aura son exposition Picasso dans quelque temps. Le jeu de grandes expositions, aujourd’hui, c’est cela. Incontestablement, la France, forte de son patrimoine, s’y montre plutôt efficace.

Voir enfin:

Picasso à l’ancienne
Coup d’envoi hier de «l’événement» Picasso. Les Galeries du Grand Palais associées à Orsay et au Louvre confrontent in situ le maître du cubisme à ses inspirateurs.

Philippe Lançon et Gérard Lefort
Libération
9 octobre 2008

A lire ces temps-ci toutes les feuilles et à regarder toutes les télés, il semblerait que le principal intérêt de la poly-expo Picasso (au Grand Palais, à Orsay et au Louvre) soit sa cherté (4,3 millions d’euros TTC). La faute aux assurances, aux transports, à la sécurité et tout le toutim. Une superproduction dont le lancement s’apparente à s’y méprendre à la promotion d’un film-auquel- vous-n’échapperez-pas. Asterix chez les Picassiettes? Dans les propos des responsables, le chantage est à peine voilé : vous n’allez tout de même pas dire du mal d’un «événement» qui a coûté aussi cher, rien qu’avec des stars internationales. Et, seconde louche de prise d’otage, qui fut tellement compliqué à organiser. Sur ce dernier point, les mêmes responsables sont intarissables, notamment sur les aléas et soucis d’une sorte de troc et puces inter-musées: tu me prêtes un Goya, je te fourgue vingt Picasso. Dealé ? Cette double approche bancaire et psycho(-pathologique?) est dans l’air du temps et n’est pas nouvelle pour les manifestations culturelles dites à grand spectacle. Sauf qu’ici elle tombe légèrement en porte à faux avec l’actualité mondiale. Quand l’argent était roi, cette promo de nouveau riche serait passée pour une vertu. Maintenant que le roi est nu, elle pourrait passer pour un péché, sinon une honte. Tout ceci étant dit, à quoi ressemble le Magical Picasso Tour ?

Aux Galeries (du Grand Palais), tout commence par une salle des autoportraits. Les invités vedettes se bousculent au portillon : Poussin, Gauguin, Cézanne, Goya, Greco, Delacroix, Rembrandt et Picasso le jeune (1901) donc. Ce qui reviendrait dans une surboum chez les milliardaires à commencer par le carré VIP. Cette première impression jet-set est la bonne et se confirme. De salle en salle, le beau linge s’étend, à tu et à toi. Holà Pablo! Que tal, Francisco? Tout le monde s’amuse, tout le monde est très gai, sauf les Menines, putas de su madre, qu’on ne verra donc pas en peinture mais qui ont quand même envoyé un mot d’excuse : leur projection en diapo dans les cimaises mais dans un coin, sans doute pour exalter leur évidence procubiste. A Madrid, il y a deux ans, elles étaient le clou d’un semblable spectacle, modèle réduit, qui sonne rétrospectivement comme une avant-première. C’était plus modeste mais plus efficace, le diable Picasso s’habillait en Prado.

A Paris, c’est plus copieux, c’est buffet de chefs-d’œuvre à volonté, sidérants certes, mais c’est quoi l’idée? Picasso a regardé des peintures. Faites excuse : des maîtres ! Ce qui place l’accrochage sous la haute surveillance d’un esprit lourdement scolaire. Exemples. Un adorable petit baigneur massif de Cézanne (1883) fait l’avion avec ses bras. A côté, bling-bling, deux adolescents picassiens de 1906, tout roses de plaisir, tout épilés, s’étirent. Une femme de Cézanne (1898) ne cache rien de sa nudité, bras en l’air. A côté, drelin-drelin, une femme de Pablo (1906), tout aussi nue, masque des mains son buisson censément ardent. Au rayon Vanités, entre une tête de mouton de l’ami Goya (1808-1812) et le carré d’agneau de la maison Chardin (1732), un trio de mâchoires de bêtes (17 octobre 1939) et une nature morte au crâne de mouton (6 octobre 1939) de Pablito. Voyez le rapport? Oui, mais encore? C’est pour le jeu des sept erreurs ?

En clou du showroom : mesdemoiselles au salon (des indépendantes), avec les top-modèles Venus, Maja et Olympia qui ont fait le déplacement, un peu poseuses, surtout à poil, sous le regard des vieilles putes magnifiques de Degas (La fête de la patronne, monotype à l’encre rehaussé de pastels. 1878). Ces belles plantes ne s’étaient jamais rencontrées, personne n’avait songé à les faire défiler ensemble. Voilà c’est fait, c’est chic. Bisous je t’embrasse. Et à plus.

A la sortie, on se sent ballonné. Et même gavé, avec un mal de foi carabiné. A ceux qui croyaient en effet que l’histoire de l’art n’est pas un long fleuve tranquille mais un torrent fait de ruptures, de sauts dans le vide, de coups de hache dans la glace, Picasso et les bons maîtres assènent un sérieux coup de bambou sur la tête : Picasso s’est inspi-ré. Pas un copieur non, pas un voleur, raccrochez quelle horreur, mais un-classique-moderne-qui-s’inscrit-dans-une-continuité. Respect! Car, suivez le guide, déjà Picasso perçait sous Delacroix, Ingres, Manet, Chardin, Poussin, etc. (si l’on ose dire). On sait les dégâts de cette idéologie croissante du «tout est dans tout» pourvu qu’il y en ait trop, et son effet induit: la paix des braves dans un silence de caveau de famille.

Etant donné la rigidité et pour tout dire la pauvreté paradoxale du propos, qui d’ailleurs s’autodénature en une exposition fédérale sur les genres (l’autoportrait, la nature morte, les nues, les femmes…), c’est au chausse-pied que les «preuves» entrent dans leurs petits souliers démonstratifs avec la grâce d’un éléphant dansant la tektonik. Des fois ça casse (entre autres les pieds). Pour la Buveuse d’absinthe de Picasso (1901), Degas, tel l’esprit, est là, mais Toulouse hurle son nom de Lautrec dans les Galeries désertes. Des fois, ça marche : fondu en noir et gris d’un nu (d’Ingres) à l’autre (de Picasso). La Pisseuse de 1965 au corps à corps avec la Femme se baignant dans un ruisseau de Rembrandt (1654), sorte d’équivalent de la miction sartrienne sur la tombe de Chateaubriand. La «copie» (1962) de L’enlèvement des Sabines (1637-1638) de Poussin : péplum et couilles au vent. Et toujours cette impression que les tableaux venus d’ailleurs sont ici en vacances, dans une auberge de jeunesse, s’encanaillant avec Pablo le taulier. La Maja nue, on ne l’avait jamais vue, en tout cas pas comme ça, aussi libre, aussi naturiste, aussi chaude parmi les nues du Vieux.

Direction Orsay, quatre salles dévolues à la confrontation avec Le déjeuner sur l’herbe de Manet. Ce qui frappe et aveugle, c’est la déco: un papier peint tendance (olive et marron), librement inspiré, quant au motif, du Déjeuner (des arbres stylisés), et qui ne choquerait pas en vitrine de n’importe quel Habitat. Superflu, modasse et raté.

Final au Louvre, qui n’a presque rien changé à ses habitudes. Dans un hall du pavillon Denon, Les femmes d’Alger de Delacroix sont mises en regard des quinze variations et moult dessins préparatoires que Picasso lui a fait subir. C’est sec comme un coup de trique, mais cette ascèse fait enfin toucher des yeux ce que pouvait être, comme du Pérec en peinture, une tentative d’épuisement du sujet, qu’il soit cruche ou chef-d’œuvre certifié. Une sorte d’inépuisé inépuisable.

A Ponge en 1960, Picasso dit : «Nous ne faisons pas des chefs-d’œuvre, nous. Nous nous moquons de faire des chefs-d’œuvre, nous faisons des études, des exercices, nous travaillons, nous étudions, nous nous exerçons.»

Picasso et les maîtres. Galeries du Grand Palais. Tous les jours sauf mardi. 12 €. Tarif réduit : 8 €.

Picasso-Manet. Musée d’Orsay. Tous les jours sauf lundi. 9,50 €.

Picasso-Delacroix. Musée du Louvre, Aile Denon. Tous les jours, sauf mardi. 9 euros avant 18 heures, 6 euros après, les mercredis et vendredis.

Le ministère de la Culture a créé un billet groupé pour les trois expositions à 26€.

One Response to Exposition: Picasso, peintre du Très Grand Capital (From ancient masters to masters of the world)

  1. […] ainsi qu’avec ses quarterons de compagnons de route et d’idiots utiles (Sartre, Aragon, Picasso & co), la continuation du défaitisme révolutionnaire par d’autres moyens […]

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