Bilan Chirac: La vie des autres en VF (How Chirac used the country’s intelligence service to smear his opponents)

Yves BertrandUne repoussante histoire de coups fourrés, de complots et de salisssures. The Times
Bienvenue au pays où, avec leur version locale de la Stasi, les dirigeants surveillent les chambres à coucher de leurs administrés et la justice refourgue tranquillement les infos à la presse!
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Coucheries, vies sentimentales, séparations, adultères, achats d’appartements, valises de billets, renseignements divers et variés, distributions d’argent secret, manipulations, coups tordus, renseignements d’alcôve, tuyaux percés, maraboutages, bisexualité, consommation de cocaïne, problèmes fiscaux, ardoises de grands hôtels, étouffement ou amplification d’affaires, liftings présidentiels, fouilles dans les dossiers fiscaux …

A l’heure où on l’apprend la confirmation que le célèbre animateur de télévision des années 80 Philippe de Dieuleveult assassiné au Zaïre il y a 23 ans était probablement bien un honorable correspondant des services français

Et après les carnets noirs du général Rondot saisis par la justice il y a deux ans, voici, énième vestige des années Chirac,… les carnets de coucheries!

Sortis, cette fois dans Le Point et à l’heure où l’ancien premier ministre Dominique de Villepin vient d’être rattrapé par la justice, et de la main même de la 2e pièce du cabinet noir du tandem Chirac-Villepin, Yves Bertrand , patron des tristement fameux RG.

Qui, avec l’aide d’une poignée de fonctionnaires et de journalistes affidés parfois rémunérés, a, sous huit ministres de l’Intérieur et deux cohabitations (soit douze longues années : 1992-2004), assuré les basses besognes de la Chiraquie et notamment la déstabilisation des présidentiables tels qu’un Pasqua, un Jospin ou un Sarkozy …

Les carnets noirs de la République
Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens
Le Point
le 09/10/2008

Yves Bertrand, l’homme qui a dirigé les Renseignements généraux pendant douze ans, notait tout dans ses carnets. Le Point a eu entre les mains les 23 cahiers à spirale qui courent de 1998 à 2003. Coups tordus, déstabilisation politique, indiscrétions sur le tout-Paris… Un voyage sous les jupes de la République.Lundi 27 janvier 2003, d’une écriture ronde et en soulignant certains noms propres, le patron des Renseignements généraux, Yves Bertrand, relate en détail dans un carnet à spirale qui ne le lâche jamais les conditions de la séparation de Nicolas Sarkozy de sa première femme, sur fond d’adultère. Le tout complété de renseignements sur Cécilia, ses parents et son ex-mari, Jacques Martin. A cette époque, Bertrand collectionne toutes les informations, même anciennes, susceptibles de pouvoir déstabiliser son ministre de l’Intérieur, futur candidat à la présidentielle.

Le Point a pu consulter dans leur intégralité le contenu de ce carnet et des vingt-deux autres, saisis le 16 janvier 2008, au domicile de celui qui a dirigé près de douze ans les RG. La justice n’en a extrait que ce qui concernait l’affaire Clearstream. Depuis, des centaines de pages noircies à la main par Yves Bertrand dorment sous scellés au palais de justice de Paris.

On y trouve, pêle-mêle, le nom de ses informateurs, le compte rendu de ses conversations, ses rendez-vous, les enquêtes secrètes qu’on lui commande, avec l’identité des donneurs d’ordre, les promotions ou les renvois d’ascenseur à tel syndicaliste. Bertrand prend également soin d’amasser du « biscuit » sur ses concurrents place Beauvau. Tel directeur général de la police se retrouve ainsi dans les carnets, impliqué dans un achat d’or au Liban. Au fil des pages apparaît une certaine Henriette, la fonctionnaire qui distribuait l’argent secret du ministère de l’Intérieur. Et au milieu les rendez-vous d’Yves Bertrand chez le dentiste, le relevé de ses comptes bancaires, la liste des courses ou la litière du chat à changer. Les carnets, qui courent de mai 1998 à novembre 2003, dévoilent aussi le travail de basse police orchestré par « YB ». Manipulations, coups tordus, renseignements d’alcôve, tuyaux percés. Avec quelques bouffées délirantes, lorsque le patron des RG consigne que tel chef d’Etat africain est « marabouté ». Tout ce qui a récemment nourri la polémique sur Edvige, le fichier de police qui prévoyait d’indiquer l’orientation philosophique, religieuse, les préférences sexuelles ou les informations sur la santé des personnalités publiques, se trouvait déjà dans les carnets d’Yves Bertrand. La bisexualité de tel ministre, la consommation de cocaïne ou les problèmes fiscaux de tel autre, l’ardoise laissée par un ancien Premier ministre dans un grand hôtel parisien… tout y est. C’est pour avoir tenté de dénoncer ces dérives, avec trois autres policiers, en 1995, que l’ancien commissaire des RG Patrick Rougelet s’est fait révoquer. « J’ai vu des gens craquer parce qu’on leur demandait de faire des choses inavouables », raconte l’auteur de « RG, la machine à scandales » (1).

« Théorie du complot. »

Beaucoup, à gauche comme à droite, soupçonnent Yves Bertrand d’avoir été la pièce maîtresse d’un cabinet noir piloté par Dominique de Villepin au service de Jacques Chirac. En essayant d’étouffer certaines affaires ou au contraire en soufflant sur les braises, YB aurait protégé l’ancien président de la République et déstabilisé ses ennemis ou concurrents. Des accusations réfutées en bloc par les intéressés, qui parlent d’une « théorie du complot ». « On ne peut pas rester douze ans à la tête des RG et servir sous autant de gouvernements sans susciter d’inévitables jalousies et laisser derrière soi un parfum de mystère… » ironise Yves Bertrand dans son livre « Je ne sais rien… mais je dirai (presque) tout » (2). Une confession dans laquelle il se donne le beau rôle, très loin de ce qu’on lit dans les carnets. L’ombre de ce cabinet noir plane sur ces écrits. Les initiales « DV », pour Dominique de Villepin, tour à tour secrétaire général de l’Elysée puis ministre des Affaires étrangères, apparaissent régulièrement au fil des pages. Souvent soulignées, ce qui dans les habitudes de Bertrand signifie que la personne lui donne des informations ou lui fait une demande. Dans les deux éphémérides saisies avec les cahiers, on compte plus d’une trentaine de rendez-vous avec « DV » souvent en début de soirée, en 2001 et 2002. Autres courroies de transmission entre l’Elysée et Yves Bertrand : Philippe Massoni, successivement préfet de police de Paris et chargé de mission pour les questions de sécurité auprès de Chirac à l’Elysée. Interrogé par Le Point , Philippe Massoni a indiqué que ses contacts avec Yves Bertrand entraient strictement dans le cadre de sa mission, « essentiellement orientée vers la lutte contre le terrorisme » . Dans les carnets secrets, on découvre l’ampleur des moyens déployés pour mettre hors jeu Charles Pasqua et Lionel Jospin dans la course à la présidentielle de 2002. Dès janvier 2000, le Premier ministre et son entourage (jusqu’à sa cousine germaine) font l’objet d’un véritable acharnement. La vie privée de chacun est passée à la loupe. Ainsi, en janvier 2000, YB note à propos d’un proche collaborateur de Lionel Jospin qu’il « a une maîtresse polonaise ».

Vie privée

Nicolas Sarkozy n’a pas été épargné. Y compris lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Dès qu’il le pourra, Sarkozy se débarrassera d’ailleurs de l’inoxydable Bertrand-qui avait résisté à huit ministres de l’Intérieur et deux cohabitations-en l’exilant, en janvier 2004, à l’Inspection générale de l’administration. Atteint par la limite d’âge, YB est relégué dans un petit bureau au fond d’un couloir. Devenu président de la République, Nicolas Sarkozy confie à un proche, Bernard Squarcini, l’ex-rival de Bertrand, le soin de reprendre en main les Renseignements généraux. Squarcini démembre la machine RG entre la Sécurité publique et la DST, pour prendre la tête de la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur. Des milliers de notes blanches datant de la période Bertrand sont alors exhumées des archives pour être officiellement détruites. Un fatras dont les carnets de l’ex-patron des RG conservent l’empreinte.

Yves Bertrand est un pur produit de la vieille école RG. Celle d’une police politique qui n’hésitait pas à regarder par les trous de serrure. Cheveux poivre et sel tirant sur le blanc, à 64 ans, l’homme qui ressemble plus à un habitué des thés dansants qu’à un James Bond a commencé sa carrière sous le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin en faisant la chasse aux gauchistes. Ce qui ne l’empêchera pas d’être nommé à la tête des RG en 1992 par les socialistes. Même en roulant pour Chirac, YB n’a pas résisté à la tentation de consigner quelques commérages sur son mentor. En octobre 2003, on peut lire : « Chirac s’est fait faire un lifting au Canada. »

Intouchable

Bertrand a su devancer les demandes inavouables des politiques de droite comme de gauche tout en leur faisant comprendre qu’il pouvait devenir leur pire fléau. Anecdote révélatrice, lorsque Charles Pasqua s’en va, après son deuxième passage au ministère de l’Intérieur, il donne ses dernières recommandations à Philippe Barret, qui vient d’arriver comme conseiller police dans les bagages de Jean-Pierre Chevènement : « Bertrand est la seule personne dont il m’a conseillé de me séparer : « Il est là depuis trop longtemps » », se souvient Barret. Chevènement, alors en conflit avec les conseillers de Jospin à Matignon, a préféré le garder. « Pasqua avait compris à quel point il pouvait lui être néfaste et Jospin a commis l’erreur de céder. » Bertrand ne se montrera pas ingrat. Pendant les quatre mois d’absence du ministre, victime d’un accident d’anesthésie, YB consignera avec soin les rumeurs que les uns et les autres font courir sur sa santé. Des notes qu’il s’empressera de porter à Chevènement dès son retour, comme YB le raconte : « A peine revenu Place Beauvau, Chevènement savoure les notes circonstanciées […] : « Ah ! il a dit ça, celui-là, et lui aussi, en qui j’avais placé toute ma confiance !  » »

Intouchable, Yves Bertrand ? Il est vrai que Jacques Chirac, tant qu’il est resté à l’Elysée, a soutenu le patron des RG contre vents et marées. Dans son livre, Bertrand s’amuse à raconter cette scène. En 2001, Daniel Vaillant, qui occupe le fauteuil place Beauvau, le convoque et exige sa lettre de démission. YB botte en touche : « Demandez au président de la République de mettre fin à mes fonctions ! […] Vaillant se tasse sur lui-même et me répond : « Vous savez bien que pour cela il faut un décret pris en conseil des ministres ! Et ce décret, voilà des semaines que je le présente au président de la République et qu’il refuse de le signer… Convenez qu’à la fin, cela devient très humiliant pour moi ! » » Finalement, Bertrand restera en poste.

Pour faire la sale besogne, le patron des RG pouvait compter sur une poignée de fonctionnaires dévoués dont les noms apparaissent régulièrement dans ses carnets. On y croise aussi des barbouzes et quelques journalistes affidés, qui sont parfois rémunérés, comme le montrent les sommes d’argent en regard de certains noms. La presse, Yves Bertrand la fréquente assidûment. Chaque jour, il déjeune avec un journaliste ou en reçoit un dans son bureau. Certains le voient entre une et trois fois par mois.

Les carnets secrets sont un effarant voyage sous les jupes de la République. On pourrait en sourire si ce travail de basse police n’avait parfois brisé des carrières, faussé le jeu démocratique et même détruit des vies.

La réaction d’Yves Bertrand

Ce n’est pas parce que j’écris sur untel ou unetelle que c’est parole d’Evangile. Ces carnets qui ont un caractère privé sont à considérer comme des brouillons. Il s’agit d’un outil de travail, on ne peut pas en interpréter le contenu. Il est normal que le patron des RG soit informé très en amont des affaires. Cela veut dire que j’étais bon. Les destinataires de mes notes étaient le cabinet du ministre de l’Intérieur, Matignon et l’Elysée. Quant à la vie privée, je n’ai pas dû écrire beaucoup de choses et si je l’ai fait, c’était certainement pour protéger les membres du gouvernement. »

Voir aussi:

« Carnets noirs », « confidences » : Yves Bertrand ou l’art de la manipulation
Le Monde
Isabelle Mandraud
14.10.08

Rumeurs, ragots, et « tuyaux » en tout genre, l’ancien patron des Renseignements généraux (RG), Yves Bertrand, ne se contentait pas de les récolter, et de les écrire. Il savait aussi les distiller. C’est lui qui a ainsi inspiré quelques-uns des chapitres d’un livre intitulé Histoire secrète de la droite – 50 ans d’intrigues et de coups tordus, à paraître le 16 octobre, d’Eric Branca et Arnaud Floch (Plon). Où l’on découvre une scabreuse tentative de déstabilisation de la famille Oussekine.

Après la mort, le 6 décembre 1986, de Malik Oussekine, victime d’une bavure policière lors d’une manifestation d’étudiants, les auteurs affirment que le cabinet de Robert Pandraud, ministre délégué à la sécurité, « avait réclamé aux Renseignements généraux un dossier complet sur le défunt et sa famille » puis « fourni clé en main », quelques-uns des éléments dudit dossier à des représentants de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute. Y figuraient, notamment, des renseignements sur un frère qui aurait eu des démêlés avec la justice et sur l’une des soeurs prétendument prostituée. Ce que les envoyés spéciaux de Minute iront vérifier… L’affaire, nauséabonde, a tourné court car rien de tout cela, bien sûr, n’était vrai. Yves Bertrand était alors directeur adjoint des RG. Des années plus tard, « c’est lui qui m’a mis sur la piste de cette histoire, affirme Eric Branca. Il m’a confirmé qu’il s’agissait bien de discréditer la famille ».

PETITS SECRETS ET RUMEURS

Autre exemple des « infos » distillées par le responsable policier : l’imputation à un actuel ministre d’une « tentation » de s’allier aux élections européennes de 1999 avec l’extrême-droite. Yves Bertrand, assure Eric Branca, « avait eu des choses là-dessus ». Les deux hommes se connaissent bien. Eric Branca, journaliste à Valeurs actuelles, reconnaît qu’il faisait partie des visiteurs du soir réguliers d’Yves Bertrand. Ce dernier fera d’ailleurs appel à lui pour rédiger son livre Je ne sais rien… mais je dirai (presque) tout (Plon, 2007) dans lequel celui qui dirigea pendant douze ans les RG avait trié quelques « informations » du passé. Mais sur ses carnets, pas un mot.

Dans son édition du 9 octobre, Le Point a cependant consulté les « carnets noirs de la République », ces 23 cahiers à spirale rédigés entre 1998 et 2003 par Yves Bertrand et saisis par la justice dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Clearstream. L’hebdomadaire rapporte qu’entre la liste de ses courses, et de ses rendez-vous chez le dentiste, l’homme le mieux informé de France notait les petits secrets et rumeurs dont il était détenteur. Bisexualité de tel ministre, problèmes fiscaux d’un autre ou addiction à la cocaïne d’un troisième… Une visite sordide dans les coulisses de la République. Et même des « bouffées délirantes », souligne Le Point, lorsqu’Yves Bertrand consigne que tel chef d’Etat est « marabouté ». Exactement ce qu’Eric Branca dépeint sous les traits de Valéry Giscard d’Estaing dans l’avant-propos de son livre…

Soupçonné d’avoir été la pièce maîtresse d’un cabinet noir piloté par Dominique de Villepin et d’avoir contribué à alimenter les fameux listings de Clearstream, le nom d’Yves Bertrand apparaît aussi dans un autre scandale, l’Angolagate. Dans le but de déstabiliser alors Charles Pasqua, et de nuire à un opposant de Jacques Chirac, il aurait « nourri » quelques-unes des pistes qui ont permis de remonter les filières de ce trafic d’armes.

Yves Bertrand ou l’art de la manipulation. L’ancien patron des RG a travaillé de 1992 à 2004 sous l’autorité de huit ministres de l’intérieur successifs. Et encore aujourd’hui, pas une voix ne s’élève pour s’indigner de ces méthodes que l’on dit révolues…

Voir aussi:

Les carnets noirs de la République – Haro sur Lionel Jospin

Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens
Le Point
le 09/10/2008

« Marin Karmitz, propriétaire de MK2, a payé à Noëlle Châtelet, soeur de Jospin, un scénario bidon (50 000 francs), ni réalisé, ni même rédigé. » Nous sommes le 15 décembre 2000, le patron des Renseignements généraux consigne dans son carnet les informations qu’il a obtenues sur la soeur de son Premier ministre. A un an et demi de la présidentielle, Yves Bertrand passe au peigne fin tout l’entourage du candidat de la gauche.

Quand Marin Karmitz, producteur et propriétaire des cinémas MK2, a pris connaissance des pages le concernant, il est tombé de sa chaise. « L’histoire remonte à 1986. Noëlle venait de perdre son mari, le philosophe François Châtelet, dont j’étais très proche. Je lui ai commandé ce scénario pour l’aider. Elle l’a écrit, ce n’était absolument pas bidon, même s’il n’a jamais donné lieu à un film, comme cela arrive souvent », explique Karmitz. Et d’ajouter : « Je n’en ai jamais parlé à personne. Ce genre d’info ne peut-être récupérée qu’en allant fouiller dans les dossiers fiscaux. »

Sur sa lancée, Bertrand s’intéresse aussi à l’écrivain Caroline Eliacheff, la compagne du producteur. Puis il évoque des « anomalies » en 1993, sur des comptes de MK2 dans une banque suisse. « A l’époque, je tournais en Suisse le dernier volet de la trilogie Kieslowski. A partir d’un mélange de vrai et de faux, on crée une rumeur qui peut ruiner une carrière », s’indigne Marin Karmitz, qui a fait partie du comité de soutien à Lionel Jospin en 1995.

Des renseignements qui sont précédés des initiales « B. H. » pour Brigitte Henri. Interrogé par Le Point , l’ex-commissaire des RG confirme avoir travaillé sur Karmitz. « C’était un dossier financier qui a donné lieu à des notes blanches. Je ne l’ai pas fait dans un cadre politique. » Sous la plume d’Yves Bertrand, la famille Jospin prend des allures de « Famille Adams ». En octobre 2000, YB s’intéresse à la cousine germaine de Jospin, dont il passe aux rayons X les activités professionnelles. En janvier 2001, c’est la première épouse qui se retrouve épinglée dans les carnets avec la mention « emploi fictif chez EDF ». « Une pure invention qui ferait rire chez EDF, où j’ai bel et bien été chargée de mission. On est dans la basse police », déclare la psychosociologue Elisabeth Dannenmüller. Et quand il s’agit de salir le père du Premier ministre, on verse dans le nauséabond. En mai 2001, Bertrand commande une enquête sur le passé de Robert Jospin, en indiquant les initiales du policier chargé de la mission. Quelques pages plus loin, sous les initiales du même enquêteur, il consigne le résultat des recherches. Deux mois après paraît un livre qui évoque, entre autres, le passé de Robert Jospin pendant la guerre.

Si le patron des RG a pu travailler en toute impunité sur son Premier ministre, c’est parce que Jacques Chirac a toujours refusé de signer le décret qui aurait permis de le démettre de ses fonctions, comme le demandait Jospin. Mais Bertrand a aussi profité de la guerre entre le Premier ministre et son ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, futur candidat à la présidentielle de 2002. Dans les carnets, on le voit renseigner le cabinet de Chevènement sur le rapprochement que tente Matignon avec les nationalistes corses. Des tractations que Bertrand réprouve autant que son ministre de l’Intérieur. Bertrand a une autre raison de torpiller Jospin. Le Premier ministre veut faire une croix sur les RG. Il l’a d’ailleurs déclaré devant les députés : « Dans la république, il n’y a pas de place pour une police politique. » Un démantèlement auquel s’oppose Jean-Pierre Chevènement, qui se sert des RG pour exister face à Matignon. « On savait pertinemment que Bertrand jouait un double jeu », explique au Point Clotilde Valter, l’ancienne conseillère pour les affaires de sécurité de Lionel Jospin, dont le nom est cité plusieurs fois dans les carnets.

Yves Bertrand veille comme le lait sur le feu sur les affaires financières susceptibles de mouiller Jospin. A l’automne 2000, alors qu’une ancienne conseillère de Jospin au ministère de l’Education a été mise en examen quelques mois plus tôt pour un présumé emploi fictif dans le scandale de la MNEF, la principale mutuelle étudiante, Bertrand marque dans son carnet « liens de Jospin avec la MNEF ». Cherche-t-il du « biscuit » pour impliquer Jospin, contre lequel aucune charge n’a jamais été retenue ? De même, lorsque YB écrit le 13 janvier 2000 : « Moatti en prolongation de garde à vue depuis hier après-midi. Prolongation justifiée par des raisons techniques. On s’oriente vers une remise en liberté. » Ce financier est présenté comme un pourvoyeur de fonds occultes pour le Parti socialiste, ce qu’il a toujours démenti. Richard Moatti est surtout un proche de Jospin. Il l’aurait souvent reçu dans sa villa des Bouches-du-Rhône, voisine de celle du comédien Jean-Marc Thibault, dont Lionel Jospin a épousé la belle-soeur, Sylviane Agacinski. Quand le couple Jospin est victime d’une dénonciation calomnieuse à propos de leur résidence secondaire sur l’île de Ré, prétendument achetée avec une partie des fonds secrets de Matignon, Yves Bertrand suit avec gourmandise l’évolution de l’affaire.

Joint par Le Point pour réagir à ces documents qui prouvent toute l’attention que le patron des RG lui a portée, Lionel Jospin a fait répondre par son secrétariat privé qu’il n’avait pas « l’intention de lire ces « dossiers » », « ni de [s] ’exprimer » dans l’article. « Trambert » comme on l’appelle (Bertrand à l’envers) est soupçonné par les conseillers de Lionel Jospin à Matignon d’être à l’origine des tuiles qui tombent en cascade sur la tête du Premier ministre. Des collaborateurs, dont le patron des RG, rapportent les faits et gestes dans ses carnets. Comme pour ce membre éminent du cabinet que Bertrand affuble d’ « une maîtresse polonaise ».

En 2001, le passé trotskiste de Jospin fait la une de la presse et le succès de deux livres biographiques dont YB note scrupuleusement pour l’un d’entre eux les chiffres de vente. Yves Bertrand jure n’y être pour rien : « Ce sont ses anciens copains qui l’ont balancé. Je n’ai pas organisé de fuite pour le compte de l’Elysée. » Pourtant, dès septembre 2000, Bertrand noircit dans ses carnets une dizaine de pages sur le passé politique du Premier ministre.

Autre élément troublant, dans les cahiers secrets apparaît régulièrement le nom du journaliste free-lance qui a rédigé en 2000 un projet de livre sur le passé trotskiste de Jospin. Ce manuscrit, dont Le Point a eu copie, est annoté par un proche collaborateur de Bertrand qui dirige alors ce que l’on appelle les « enquêtes réservées » à la DCRG. Et c’est un ex-commissaire des RG qui aurait été chargé par Bertrand en mars 2001 de démarcher les éditeurs pour tenter de faire publier l’ouvrage. En vain.

Jusqu’à la veille de la présidentielle, Bertrand met de la poudre dans le canon. Il écrit dans ses cahiers : « Hôtel Warwick (8e), rencontre entre Jospin et Le Pen dans une suite. » Le genre de rumeur qui ne vous aide pas à quelques jours des élections.

Voir enfin:

Sarkozy’s women ‘used in smear plot’
Matthew Campbell
The Sunday Times
October 12, 2008

A TALE of skulduggery and intrigue has emerged in France, where the former intelligence chief is suspected of spying on President Nicolas Sarkozy’s wives and lovers as part of an effort to smear him.

Evidence that the telephone of Marie-Dominique Culioli, Sarkozy’s first wife, had been bugged even after their separation was one of the secrets leaked last week from the private notebooks of Yves Bertrand, head of the Renseignements Généraux, or secret police, for 12 years until 2004.

The revelations have cast an unusual light on the grubby underbelly of French politics and the extent to which the intelligence service has been used as a tool for settling personal vendettas instead of defending state interests.

In January 2003, Bertrand filled two pages of his notebook with an account of how “Sarko”, as he called the then interior minister, had left Culioli in the late 1980s for Cécilia, who became his second wife in 1996.

The diary entry made liberal use of a transcript of a telephone conversation between Culioli and her best friend in which they discussed Sarkozy’s adultery with Cécilia. The transcript was presumed to have come from a phone tap.

Filled with explosive claims about the drug habits and sexual exploits of various top politicians, the diaries were seized from Bertrand’s home last January as part of an investigation into dirty tricks against Sarkozy. They were leaked last week to Le Point magazine, which called them “an alarming journey under the skirts of the republic”.

The large round handwriting covers at least 23 notebooks that were found in Bertrand’s cellar. References to the secret lives of the leaders are interspersed with shopping lists, Bertrand’s bank balance and memos to himself such as “change cat litter”.

Bertrand, 64, who is described as representing the “old school” of French intelligence, last week denied any attempt to discredit Sarkozy, who had moved him to another post in 2004 after accusing him of “plotting”.

“It is pure fantasy,” he said, defending his interest in the personal lives of other politicians on the grounds that “it is normal that I be kept informed at an early stage . . . When a politician takes cocaine, that can have an impact on the life of the country”. He added, however, that “rarely did these rough drafts [of reports] ever become a subject for official exploitation”.

Even so, the diary shows him to be somewhat obsessed with Sarkozy. In one entry, in 2002, he writes: “Sarkozy building a villa near Sartrouville. Using construction companies from Neuilly. All on the black [using illegal labour].”

Another entry noted that Guillaume Sarkozy, a textile entrepreneur, vice-president of the French union of employers and brother of the president, was the victim of a “blackmail” attempt.

In the view of Le Point, the diaries offered the first credible evidence that the intelligence services had played an active role in the efforts of Jacques Chirac, the former president, to stop Sarkozy succeeding him last year. It called Bertrand the “key player in a black cabinet . . . in the service of Chirac”.

“One could smile,” said the magazine, “if this below-the-belt police work had not sometimes shattered careers and undermined democracy.”

French leaders have often used – or abused, say critics – the intelligence services to further their goals.

François Mitterrand, the former Socialist president, liked to keep tabs on friends and foes alike by eavesdropping on their telephone conversations.

Chirac had his reasons for keeping an eye on Sarkozy. Once a mentor to the younger man, he had never forgiven him his treachery in backing a rival for the presidency in 1995. Sarkozy had compounded this betrayal by dating and dumping Claude, Chirac’s daughter. Chirac apparently wanted to get even.

He left no stone unturned in trying to thwart the man he might once have regarded as the perfect son-in-law. He was even rumoured to have ordered the intelligence service to inform Cécilia about her husband’s affairs in the hope that this would weaken Sarkozy: in one of his diary entries, Bertrand claimed Sarkozy was having an affair four years ago with the wife of an MP who is now in his cabinet.

Whether or not the information was passed on to Cécilia – she was said by one source to have received photographs in an unmarked brown envelope – Sarkozy’s alleged infidelities, say friends, were a factor in driving her into the arms of Richard Attias, the Moroccan-born events organiser, just as Sarkozy was preparing his assault on the presidency.

Sarkozy was devastated by the loss of Cécilia but consoled himself in the arms of a journalist with whom he conducted an affair over several months.

A guilt-stricken – and apparently jealous – Cécilia returned to Sarkozy in time for the election but left again after only a few months in the role of first lady. Sarkozy quickly filled the vacancy by marrying Carla Bruni, the former model and singer, in February.

Several pages were found to have been ripped out of Bertrand’s notebooks when judges examined them. Even so, they contained extraordinary hints of how the intelligence service was at the beck and call of Chirac.

An attempt to spare Bernadette, the first lady, from embarrassment, was made with a plot to implicate Bruno Gaccio, the creator of a satirical television puppet show, in drug trafficking. Les Guignols had relentlessly targeted Bernadette as a frumpy matronly figure obsessed with her handbags.

Bertrand notes that Gaccio was placed under surveillance by the drug squad but nothing incriminating was found in his behaviour.

The diaries offer evidence that it was also Bertrand who tipped off judges about the so-called “Angola-gate” arms trafficking affair. This was simply in the hope of discrediting Charles Pasqua, another former interior minister who Chirac had feared might run against him – and win – in the presidential election of 2002.

The trial, with 42 defendants including Pasqua and Jean-Christophe Mitterrand, son of the Socialist leader, began last week amid calls from their army of lawyers for Bertrand’s diaries to be included as evidence.

However, the diaries were seized by a judge in a different case – the “Clearstream” affair – in which Dominique de Villepin, Chirac’s former prime minister, faces a possible prison sentence for trying to paint Sarkozy as a beneficiary of bribes on a sale of warships to Taiwan.

Bertrand’s diaries show that he held 33 meetings between 2001 and 2002 with de Villepin, the poet and politician who went on to become foreign minister in time for the war in Iraq.

De Villepin insisted that they had discussed only national security matters. Bertrand said they talked about things “that could threaten the head of state”.

Sarkozy, who has pledged “rupture” with the bad old ways of the past, has sought to reorganise intelligence undera new agency called the Central Directorate of Interior Intelligence. High time, say critics of French espionage.

Notes on a scandal

Bertrand’s notebooks also disclose:

A former minister had sex with “little boys” in the Mamounia hotel in Marrakesh, Morocco

Another minister was addicted to cocaine A third minister was investigated by the tax authorities

A French police chief got involved in a big gold purchase in Lebanon

Chirac had a facelift in Canada

2.5m – The number of citizens on whom French intelligence keeps files

Un commentaire pour Bilan Chirac: La vie des autres en VF (How Chirac used the country’s intelligence service to smear his opponents)

  1. […] Beaucoup, à gauche comme à droite, soupçonnent Yves Bertrand d’avoir été la pièce maîtresse d’un cabinet noir piloté par Dominique de Villepin au service de Jacques Chirac. En essayant d’étouffer certaines affaires ou au contraire en soufflant sur les braises, YB aurait protégé l’ancien président de la République et déstabilisé ses ennemis ou concurrents. (…) Autres courroies de transmission entre l’Elysée et Yves Bertrand : Philippe Massoni, successivement préfet de police de Paris et chargé de mission pour les questions de sécurité auprès de Chirac à l’Elysée. (…) Dans les carnets secrets, on découvre l’ampleur des moyens déployés pour mettre hors jeu Charles Pasqua et Lionel Jospin dans la course à la présidentielle de 2002. Dès janvier 2000, le Premier ministre et son entourage (jusqu’à sa cousine germaine) font l’objet d’un véritable acharnement. La vie privée de chacun est passée à la loupe. (…) Nicolas Sarkozy n’a pas été épargné. Y compris lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Dès qu’il le pourra, Sarkozy se débarrassera d’ailleurs de l’inoxydable Bertrand-qui avait résisté à huit ministres de l’Intérieur et deux cohabitations-en l’exilant, en janvier 2004, à l’Inspection générale de l’administration. (…) Yves Bertrand est un pur produit de la vieille école RG. Celle d’une police politique qui n’hésitait pas à regarder par les trous de serrure. Cheveux poivre et sel tirant sur le blanc, à 64 ans, l’homme qui ressemble plus à un habitué des thés dansants qu’à un James Bond a commencé sa carrière sous le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin en faisant la chasse aux gauchistes. Ce qui ne l’empêchera pas d’être nommé à la tête des RG en 1992 par les socialistes.(…) Bertrand a su devancer les demandes inavouables des politiques de droite comme de gauche tout en leur faisant comprendre qu’il pouvait devenir leur pire fléau. (…) Pour faire la sale besogne, le patron des RG pouvait compter sur une poignée de fonctionnaires dévoués dont les noms apparaissent régulièrement dans ses carnets. On y croise aussi des barbouzes et quelques journalistes affidés, qui sont parfois rémunérés, comme le montrent les sommes d’argent en regard de certains noms. La presse, Yves Bertrand la fréquente assidûment. Chaque jour, il déjeune avec un journaliste ou en reçoit un dans son bureau. Certains le voient entre une et trois fois par mois. Les carnets secrets sont un effarant voyage sous les jupes de la République. On pourrait en sourire si ce travail de basse police n’avait parfois brisé des carrières, faussé le jeu démocratique et même détruit des vies. Le Point […]

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