Crise financière: Le contresens continue (Sooner or later Tuesday comes around)

Subprime crisis

Un gouverneur de l’Alaska doit être plus cosmopolite dans sa vision du monde que ses collègues insulaires des 48 états à sa frontière sud. Entouré comme il l’est par les sept nations arctiques (Canada, Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Russie et Suède), l’Alaska a, comme aucun autre des états américains, une position véritablement stratégique. Il a d’ailleurs une frontière contiguë de 2 500 km avec le Canada, mais aucune avec les 48 autres états continentaux. James P. Lucier

Au lendemain d’un débat vice-présidentiel américain où nos médias ont repris comme un seul homme leur campagne condescendante et sexiste contre la colistière républicaine pour avoir à nouveau démontré qui représente vraiment le changement et l’Américain moyen …

Et à l’heure où, après le récent renflouement de la banque de nos collectivités locales Dexia, nos propres caisses d’épargne ont des fins de mois de plus en plus difficiles …

Retour, avec l’économiste Pascal Salin, sur le dernier contresens de notre Sarkozy national et de la plupart de nos journalistes et commentateurs politiques concernant la crise financière américaine et maintenant mondiale.

Notamment le haro habituel sur le capitalisme sauvage et la folie des marchés alors qu’elle représente au contraire la plus pure démonstration des dérives et des effets pervers auxquels peut mener l’interventionnisme étatique.

Ainsi ce véritable tsunami de liquidités déversées sur le monde par la longue période de bas taux d’intérêt et de crédit facile décidée par nul autre que la réserve fédérale américaine et donc des autorités publiques.

Comme ces véritables monstres d’irresponsabilité qu’ont pu être pendant des années les établissements hypothécaires à l’origine publics de la Federal National Mortgage Association (dite “Fanny Mae”) et la Federal Home Loan Mortgage Corporation (dite “Freddie Mac”), revendues au privé mais en conservant la garantie de l’Etat …

…ou l’échec d’un Etat pas assez libéral
PASCAL SALIN

Les Echos
01/10/08

La crise financière actuelle est l’occasion pour beaucoup de commentateurs de chanter le refrain habituel sur l’instabilité chronique du capitalisme et sur la nécessité d’un renforcement de la réglementation des marchés que l’on appelle d’ailleurs, de manière erronée, une régulation des marchés financiers. Tel fut d’ailleurs le credo affirmé par le président français dans son récent discours de Toulon. C’est pourtant une leçon toute différente que l’on devrait tirer de la crise actuelle, à savoir que la meilleure régulation passe par le libre fonctionnement des marchés et non par leur réglementation.

La cause essentielle de cette crise provient en effet de l’extraordinaire variabilité de la politique monétaire américaine au cours des années récentes. Or celle-ci est bien évidemment décidée par des autorités publiques et non déterminée par le marché. C’est ainsi que la Fed est passée d’un taux d’intérêt de 6,5 % en 2000 à un taux de 1 % en 2003. Il y eut ensuite une lente remontée à partir de 2004 jusqu’à atteindre 4,5 % en 2006. Pendant toute la période de bas taux d’intérêt et de crédit facile, le monde a été submergé de liquidités. Afin de profiter de cette magnifique occasion de profits faciles, les établissements financiers ont accordé des crédits à des emprunteurs de moins en moins fiables, comme l’a montré la crise des « subprimes ». Lorsque l’on est revenu à des taux d’intérêt plus normaux, les excès du passé sont apparus au grand jour. C’est l’éclatement de la « bulle financière ».

Or les conséquences néfastes de cette politique ont été aggravées par plusieurs phénomènes. Tout d’abord, le sens de la responsabilité à l’égard du risque est émoussé parce qu’il est implicitement admis que les autorités publiques ne laisseraient pas se produire des faillites importantes en cas de difficultés (ce que confirme en partie le comportement actuel des autorités américaines). En particulier, les deux grands pourvoyeurs de crédits « subprime », Fannie May et Freddie Mac – initialement créés par l’Etat américain – bénéficiaient de garanties étatiques privilégiées qui les ont conduits à prendre des risques très excessifs.

Par ailleurs, la réglementation financière elle-même est la source d’effets pervers. Il en est ainsi de l’obligation imposée aux banques par l’accord de Bâle II de maintenir un ratio de fonds propres égal à 8 % de leurs avoirs. Devant les opportunités de gain formidables créées par la politique de bas taux d’intérêt de la Fed, les banques ont voulu développer au maximum leurs crédits, tout en maintenant le ratio imposé par la réglementation. Dans ce dessein, elles ont cherché à contourner la réglementation – comme cela est toujours le cas – en se débarrassant d’une partie de leurs encours vers d’autres organismes, par exemple fonds d’investissement et SIV (Special Investment Vehicles). Une partie des crédits accordés par les banques ont ainsi disparu de leurs bilans, leur permettant d’accroître leurs prêts dans le respect apparent de la réglementation.

Certes, on peut considérer comme souhaitable que les fonds propres soient « suffisants » par rapport aux fonds prêtés. D’ailleurs, au XIXe siècle, les fonds propres des banques représentaient le plus souvent 60 à 80 % de leur bilan : les banquiers prêtaient les fonds qui appartenaient à leurs actionnaires et le ratio élevé (et désiré) de fonds propres constituait une garantie formidable de stabilité pour les actionnaires comme pour les clients des banques. Les banquiers étaient alors de vrais capitalistes – c’est-à-dire des propriétaires de capital. Ils étaient responsables en tant que tels.

A notre époque, on a cru possible de fonder le développement économique sur le crédit et non pas sur les fonds propres. Par ailleurs, une grande partie du crédit provient d’une création ex nihilo, à savoir la politique monétaire expansionniste, et non d’une épargne volontaire. Simultanément, le dépérissement du capitalisme – résultant lui-même bien souvent de l’interventionnisme étatique – a fait en sorte que les grandes banques ne sont plus dirigées par des capitalistes, propriétaires du capital, mais par des managers qui, ne supportant pas eux-mêmes les risques de l’actionnaire, sont tentés de maximiser les profits à court terme.

Dans le monde capitaliste du XIXe siècle, plus stable que le monde financier actuel, le crédit bancaire résultait des décisions des actionnaires des banques. Dans l’univers étatisé de notre époque, c’est le contraire qui se passe. On impose arbitrairement un ratio de fonds propres qui ne fait que mimer un vrai monde capitaliste, mais cela conduit à l’apparition de bulles financières. Les établissements de crédit maximisent le montant de leurs crédits et essaient ensuite par des manipulations de présenter un ratio de fonds propres conforme à la réglementation. Une réglementation qui impose un résultat ne remplacera jamais le libre jeu des décisions d’êtres humains responsables (c’est-à-dire capitalistes). C’est pourquoi les appels constants lancés de nos jours en faveur d’une plus forte réglementation des marchés financiers ne sont pas fondés.

Certes, on peut reprocher aux établissements financiers de n’avoir pas été plus prudents. Cela résulte des structures institutionnelles de notre époque que nous avons rappelées. Mais cela reflète aussi le fait que l’information ne peut jamais être parfaite : un système capitaliste n’est pas parfaitement stable, mais il est plus stable qu’un système centralisé et étatique. C’est pourquoi, au lieu de stigmatiser une prétendue instabilité du capitalisme financier, on devrait stigmatiser l’extraordinaire imperfection de la politique monétaire. On peut regretter que les managers des grandes banques n’aient pas été plus lucides et n’aient pas mieux évalué les risques qu’ils prenaient dans un monde où la politique monétaire est fondamentalement déstabilisatrice. Mais c’est précisément et surtout ce caractère déstabilisant de la politique monétaire que l’on doit déplorer. Arrêtons donc les procès faits à tort au capitalisme et recherchons au contraire le moyen de libérer les marchés financiers de l’emprise étatique.

PASCAL SALIN est professeur à l’université Paris-Dauphine.

Voir aussi

sur NRO, l’excellente explication de la crise et des dangers des remèdes qui y sont proposés:

Welcome to History
Jim Manzi
NRO
September 19, 2008

It’s helpful to think of how to address the current financial crisis (and I don’t use that word casually) in terms of the end-state we want to achieve, and the transition plan to get there.

The problem we face is often described as mind-bendingly complex, but in its essentials, it is simple.

It is well known, in retrospect, that we had a classic speculative bubble in home prices. As is typical in a bubble, its later stages were characterized by reckless investment, excess debt and shady-tending-to-illegal business practices. As cheap credit pushed up the market price of houses, homeowners began to incur lots of debt (i.e., promises to pay other people on Tuesday for a hamburger today), which they were comfortable doing because they believed that they had sufficient equity value in their homes to make good on the debt if required. Some of this debt was mortgage debt. Many people who previously would not have received mortgages got them. Simultaneously, many homeowners were offered and accepted mortgages that approached all-debt at floating interest rates, rather than the traditional 20% down 30-year fixed rate mortgage. In the worst instances, these mortgages had payments that were all-but-certain to rise in the future. These homeowners were betting that they would get raises, inherit money, or, more likely, would be bailed out by an increasing home price that would allow them to roll over the debt. Other debt was incurred by existing homeowners for the purpose of consumer expenditures, which had the net effect of hollowing out the equity they had in their homes. All these effects are just examples of greater levels of debt secured against the market prices of homes.

Here’s the problem with having lots and lots of debt and no savings, whether in the form of passbook savings or equity in your house: Sooner or later Tuesday comes around when you happen to have had a bad week, and the guy who sold you your hamburger wants his money, but you don’t have it. Once home prices began to decline (or for the most over-leveraged homeowners, simply stopped rising fast enough), therefore, it was a big problem when Tuesday started to come around and lenders and vendors started to ask to get paid for the hamburgers.

Normally this would have been bad for both the homeowner and the guy who wanted to get paid for his hamburger, which might very well be the mortgage lender, but not really a big deal for you or me. (If enough of this occurred, of course, it could lead to a general slowdown and hurt pretty much everybody.) But this impact was magnified by the fact that most of the mortgage lenders sold the right to the payments under the mortgage to third parties. These third parties broke up the rights to the payments from the mortgages into lots of little pieces, combined these pieces with the rights to payments for little pieces of lots of other mortgages, repacked these in “creative” ways, and re-sold them to fourth, fifth and sixth parties. Four, five and six then used these promises as their own equity in order to raise further debt of their own. This would be like you using an IOU from your neighbor as your down payment for a mortgage. So when lots of these over-leveraged homeowners started to miss mortgage payments, parties four, five and six had less money than they expected, and they had problems making their own debt payments if they themselves had taken out enough debt. Oh yeah, many of these debt contracts are in fact between parties four, five and six.

Unfortunately for you and me, parties four, five and six are the financial institutions where we have our life savings deposited.

The end state that we want to get to is pretty clear.

The price of the average home in America has fallen a lot, and is likely to fall further (although there will be huge regional differences). Some very over-leveraged homeowners are going to declare bankruptcy. Others are going to sell the boat and eat out less in order to avoid this. We need prices to mark to market (which they will eventually do anyway), as rapidly as possible consistent with not causing a depression caused by a collapse of consumer activity.

Many financial institutions have both profitable commercial businesses, and financial instruments that are wildly unprofitable, housed under one roof. We want the executives of these companies to lose their jobs, and the shareholders and bondholders in them to lose their money, while preserving the productive parts of the businesses and preventing a depression caused by a collapse of credit.

The trick, of course, is how we get these excesses purged from the system without tanking the economy worse than anything we have seen at least since the 1930s. What makes this especially tricky is that we don’t have a lot of visibility into how exposed each of parties four, five and six are to collapse.

This is what Paulson and Bernanke are trying to manage. They have done three big things in the past couple of days:

1. Proposed a huge RTC-like government “bad bank” that banks can dump all their bad loans into. (Apparently, though, unlike the case with the RTC, they will not need to declare bankruptcy to do it.)

2. Provided a federal guarantee on money-market accounts.

3. Promulgated a temporary ban on naked shortselling for about 800 financial stocks (in related news, the new recommended medical practice when you discover that you have a fever is to smash the thermometer against the wall, since this makes the problem go away).

All of these things are, in theory, bad. In practice, all will have very negative consequences over time. Here are some of the problems:

1. We’re getting pretty close to nationalizing (hopefully temporarily) a reasonably big piece of the U.S. housing finance market, as well as other financial sectors that are put at risk by it.

2. Time will tell, but likely medium-term implications include higher government interest payments, worse deficits and higher taxes. This certainly reduces the probability of making the Bush tax cuts permanent in a couple of years, no matter who is in the White House.

3. This is obviously unfair. It bails out irresponsible behavior, and by implication, punishes responsible behavior. Longer-term, unless there is a lot of pain felt by financial company executives — who, remember, don’t look like they have to go bankrupt to dump their bad loans on taxpayers — this creates a massive moral hazard problem. Further, if such a situation develops, it won’t be lost on voters, who will likely demand greater socialization of consequences of reasonably-foreseeable bad behavior by people who don’t make a million dollars per year. The ideological consequences of the last few weeks will take many years to play out, and conservatives are unlikely to happy about them.

4. It’s also unclear how much of the problem, and what problem, this really solves until home prices hit bottom. As the market price of the underlying assets keeps dropping, more and more debt instruments become “bad,” with cascading effects. Though not likely, it is a lot more plausible than it was five days ago that the federal government may become a buyer of the actual housing assets. In that case, welcome to the introduction of large-scale public housing for middle-class Americans.

These all sit on one side of the scale. Against all of this we have one huge consideration. If investors lose confidence in the safety of money market funds, mutual funds, demand deposit accounts and the other storehouses of value in the modern economy, we would have a problem that would make somewhat higher taxes and moral hazard seem like child’s play. Trust me — you do not want to experience a full-scale bank run in contemporary America. I’m not sure how many people realize how close we were to the wheels coming off at about noon yesterday, as major commercial-paper processing banks like State Street lost 30% – 60% of their value in about 2 hours. Want evidence: When was the last time you heard of the U.S. government identifying a problem, developing a multi-hundred-billion-dollar program and announcing it within about 48 hours?

It seems to me that these are prudent actions as temporary, emergency measures. What will be essential is that:

1. These are temporary, and these positions be unwound as rapidly as possible. This includes not just the actions of the past two days, but also getting the federal government out of the insurance business (AIG) and the home lending business (Freddie and Fannie) as rapidly as is consistent with orderly unwinding of these positions.

2. The ultimate resolution assures that prior investors in these financial institutions and their executives bear very large financial penalties. Irresponsible homeowners should as well. Expect big political battles over the definition of “irresponsible.”

If done in this way, we can (in the hopeful case) work through the problem with limited actual costs to the taxpayers as assets are sold off, while limiting moral hazard and long-run government control of financial assets. But there are many very bad downside cases.

One Response to Crise financière: Le contresens continue (Sooner or later Tuesday comes around)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :