Les gens veulent une certaine mystique. Ils ne veulent pas un gars ordinaire. Ray Noland (artiste de rue de Chicago)
Les affiches et pochoirs sont apparus une nuit de nulle part, placardés par des mains invisibles sur tous les coins de rue et bâtiments désaffectés de la ville. (…) Petite mais colorée partie de l’iconographie d’Obama, les affiches mystérieuses sont apparues pour la première fois cet été à Chicago et ont depuis essaimé jusqu’aux rues de Detroit, New York ou de Californie. Colleen Mastony (Chicago Tribune, le 7 février 2008)
Si Obama était blanc, il ne serait pas dans cette position. Et s’il était une femme, il ne serait pas dans cette position. Il a beaucoup de chance d’être ce qu’il est. Geraldine Ferraro (mars 2008)
La crise des « subprimes » qui sème actuellement la panique dans les marchés financiers (…) a été provoquée par l’imposition du politiquement correct sur l’industrie de prêt hypothèquaire sous l’Admistration Clinton. (…) Maintenant, pour un coût de centaines de milliards de dollars, les contribuables de la classe moyenne vont devoir renflouer les deux plus importants groupes de soutien des Démocrates: les riches banquiers de Wall Street et les RMIstes. Ann Coulter
Alors que, sur fond de mère de toutes les crises financières faussement attribuée comme à l’habitude au seul bouc émissaire universel Bush, nos médias toujours si prompts à mettre en avant leur objectivité, s’étonnent encore ouvertement (le NYT encore ce matin) que le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine soit « encore perçu dans les sondages comme plus compétent en relations internationales » …
Et qu’à à peine plus d’un mois d’une élection théoriquement gagnée d’avance pour les Démocrates, leur candidat peine toujours à s’imposer dans l’opinion …
Retour, avec un récent commentaire dans le journal genevois Le temps (merci drzz), du nécessairement partisan (il est républicain) spécialiste américain des relations transatlantiques du fameux « think tank » londonien Chatham House (Institut Royal des Affaires Internationales), sur ce que l’on est bien obligé d’appeler le mystère Obama.
A savoir, comme le rappelait à ses dépens il y a quelques mois une ex-membre influente de la campagne démocrate, la position tout à fait singulière d’un candidat qui, légèreté de son bilan oblige, « n’aurait aucune chance s’il était blanc ».
Dans une élection, que, règle de l’alternance et défaveur de Bush obligent comme on l’a déjà dit, les Démocrates ne pouvaient en théorie pas perdre.
Mais aussi en plus dans un pays manifestement prêt, tous les sondages l’indiquent, à élire un noir …
Robert McGeehan: « L’Amérique est prête à élire un Noir, mais pas Barack Obama »
ETATS-UNIS. Américain et républicain vivant en Grande-Bretagne depuis trente ans, Robert McGeehan est un analyste politique respecté et engagé.
Frédéric Koller
Le Temps
18 septembre 2008
Le Temps: Quel peut être l’impact de la crise financière sur l’élection américaine?
Robert McGeehan: Les milieux d’affaires pensent qu’elle peut aider John McCain car il est perçu comme plus conservateur, plus expérimenté et plus à même de prendre des mesures sensées pour restaurer la santé de l’économie.
– Cette crise n’est-elle pas au contraire la démonstration de la faillite de trente ans de dérégulation dont les républicains – mais aussi Clinton en son temps – se sont faits les champions et dont Barack Obama pourrait profiter pour se profiler comme un nouveau Roosevelt?
– Bien sûr, et il va le faire. Il sera tentant pour les démocrates d’accuser les républicains d’incompétence économique. Mais je pense qu’au niveau gouvernemental ce sera difficile de le démontrer. Les mauvaises décisions ont été faites dans le secteur économique et non dans le secteur gouvernemental.
– Cette crise, et plus généralement l’économie, ne devient-elle pas la question clé de ces élections?
– Pas encore. Si l’élection avait lieu aujourd’hui, l’impact ne serait pas décisif. Si cela empire, si cela devient visible avec des gens qui font la queue pour du boulot ou un bol de soupe, alors ce sera très mauvais pour tout gouvernement quel qu’il soit.
– Quels sont les enjeux décisifs?
– Si la situation économique n’empire pas, la politique étrangère, malgré les progrès en Irak, va rester importante simplement parce que les Etats-Unis sont impliqués dans tellement d’endroits dans le monde et parce que le monde devient de plus en plus complexe et dangereux.
– Les valeurs morales, qui avaient permis à George Bush de remporter une seconde élection, jouent-elles encore un rôle important?
– Oui, probablement, car il y a une base républicaine qui ne votera jamais démocrate mais qu’il faut convaincre de voter républicain plutôt que rester à la maison. C’est l’effet magique de Sarah Palin qui a énergisé la campagne de McCain. Elle lui a probablement permis de gagner plus de 2 millions de votes.
– Pensez-vous que cet effet Palin peut durer ou va-t-elle «exploser en vol»?
– Le fait d’être une inconnue est favorable car tout le monde veut savoir qui elle est. Elle représente quelque chose de nouveau, éloigné de l’establishment de Washington, l’idée de frontière, elle est comme issue du XIXe siècle. Il y aura probablement un petit scandale avec le troopergate (ndlr: un abus de pouvoir de Palin qui a limogé le commissaire à la Sécurité publique de l’Alaska). Cela pourrait être dangereux politiquement car elle est jusqu’ici perçue comme une personne de bonne morale.
– Une victoire de McCain pourrait-elle se résumer à un troisième mandat pour Bush, comme disent les démocrates?
– Non. Bush et McCain ont été des ennemis politiques. Ils ont été en concurrence pour la présidence en 2000. McCain a été très critique et souvent en désaccord avec les politiques de Bush. Même s’il a approuvé la guerre en Irak, il a condamné tout le reste concernant la gestion de la guerre.
– John McCain était le favori des néo-conservateurs en 2000…
– Plus ou moins. Bush l’était aussi puisqu’il a mis beaucoup de leurs représentants au gouvernement et au Pentagone.
– De ce point de vue, Bush et McCain se rejoignent. On peut en conclure que leur politique étrangère pourrait être comparable.
– Cela se peut. Mais McCain a aussi répété qu’il chercherait la coopération des alliés de l’Amérique comme le père Bush le fit lors de la première guerre du Golfe.
– La fin de Bush signifie-t-elle la fin de la domination des idéologues néo-conservateurs?
– Mes amis de Washington me disent que les neocons sont toujours vivants, toujours actifs et toujours puissants car ils ont l’argent et les réseaux d’influence. Ils auront probablement un bon accès à McCain s’il est élu. Mais McCain a une forte personnalité et n’est pas facilement influençable.
– L’Amérique est-elle prête à élire un Noir?
– Oui. Mais pas ce Noir. Obama n’a que trois ans d’expérience en tant que sénateur. S’il était Blanc, il n’aurait aucune chance. En 1996, le général Colin Powell était dans la course à la nomination pour le Parti républicain. J’aurais voté pour lui. Mais il a finalement décidé de renoncer, le jour où (Yitzhak) Rabin a été assassiné (ndlr: en 1995). Sa femme pensait que c’était simplement trop dangereux pour un Noir. Je pense qu’il aurait pu gagner. Obama est aussi en danger. Plus il se rapprochera de la présidence, plus il deviendra une cible. Le nombre de personne qui songent à le faire est minuscule, mais ils sont réels, stupides, désagréables, Blancs et ils ont des fusils. Ils sont sérieux et très dangereux.

