Crise financière: Attention, une folie peut en cacher une autre (It’s the government, stupid!)

Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes. Le gouvernement est le problème. Ronald Reagan
Ainsi nous sommes arrivés à l’un de ces grands moments de l’histoire. L’agitation financière globale a arraché presque tout le monde à leurs catégories idéologiques normales. La pression de la réalité nous oblige à repenser le rapport entre le gouvernement et l’économie. David Brooks
Il est vrai que Fanny Mae a prêté plus d’argent à plus de minorités et d’individus défavorisés que n’importe quelle autre compagnie dans l’histoire. Daniel Mudd (Président intérimaire de Fanny Mae, 2005)
Il existe des moyens d’accroître massivement les erreurs d’appréciation sur les marchés. Comment ? En centralisant les décisions de manière telle que ces erreurs ne puissent plus se compenser statistiquement. Or, il n’y a que les décideurs politiques qui aient accumulé suffisamment de pouvoir pour mettre ainsi en échec la loi des grands nombres. En outre, alors que les investisseurs sont responsables de leurs choix de placement, et risquent la prison s’ils violent leurs engagements, ces deux disciplines-là sont épargnées au décideur « public ». C’est donc toujours la politisation des décisions qui crée les risques majeurs évitables. (…) le point commun le plus frappant c’est le souci des hommes de l’Etat de faire échapper les mauvais gestionnaires aux conséquences de leurs fautes.
L’étatisation des choix remplace par définition les décisions dispersées et responsables par des décisions centralisées et irresponsables : ce qui ne peut qu’aggraver les pertes. Georges Lane et François Guillaumat

Et si cette prétendue démonstration de la « folie des marchés » était en fait la confirmation de l’intuition de Reagan?

A l’heure où, en un énième contresens, notre Sarkozy national enfourche à nouveau son cheval anticapitaliste pour, avec la vielle antienne des « patrons voyous » et de « la finance folle » et entre deux coupes de champagne avec l’inévitable Bono, rivaliser une énième fois avec le petit facteur de son Neuilly natal …

Et où ceux qui, à la Soros en ont le plus bénéficié et soutiennent le prétendu changement, en profitent aujourd’hui pour cracher dans la soupe …

Petit retour à la réalité avec un papier de l’économiste français de l’Université George Mason Frédéric Sautet qui, avec quelques autres, rappelle que, loin d’être le fait du manque de contrôle, la crise actuelle apparaît au contraire largement liée à l’action réglementatrice de l’Etat lui-même.

Et notamment de la Réserve fédérale américaine (dont l’ancien patron, encensé de tous, Alan Greenspan) qui avec moult réductions des taux d’intérêt et de promesses d’interventions avait largement poussé les feux inflationnistes.

Et encouragé, via les entreprises de refinancement hypothécaire para-étatiques (la Federal National Mortgage Association dite « Fanny Mae » et la Federal Home Loan Mortgage Corporation dite « Freddie Mac », créées respectivement en 1938 par FDR et 1970 par Nixon), l’attribution de prêts hypothécaires à des millions d’Américains modestes ou membres des minorités qui ont pu ainsi accéder à la propriété, mais aussi hélas à combien de centaines de milliers d’insolvables (les fameux « prêts NINJA »: « No Income, No Job, no Assets ») pour des logements dont ils n’avaient en fait pas les moyens réels de se payer.

Faisant de ce fait exploser, via de nouveaux produits et instruments financiers et au-delà de toute raison, tant la rentabilité et les gains des banques que les risques de pertes.

En un mot, quelqu’un aurait-il oublié de rappeler à notre zélé maitre-renfloueur de l’Elysée et aux nombreux renfloueurs forcés de Crédit lyonnais et autres Arcelor que nous sommes…

Que, sous les airs innocents de leurs folkoriques surnoms, les deux entreprises hypothécaires par qui tout a commencé sont en fait de véritables monstres d’irresponsabilité, combinant, dans le pire des mélanges des genres, la légitimité et garantie implicite de l’Etat fédéral américain qui les avait initialement créées avec une direction d’actionnaires privés appuyés par une véritable armée de lobbyistes ou membres du Congrès grassement rémunérés?

Les limites du nouvel interventionnisme
Frédéric Sautet
Le Figaro
18/09/2008

Pour l’auteur, économiste au Mercatus Center (George Mason University), les problèmes financiers et économiques que le monde connaît aujourd’hui sont avant tout d’ordre institutionnel.

La tragédie qui est en train de se jouer à Wall Street, qui compte désormais parmi ses victimes trois des plus grandes banques d’investissements, les grands noms du marché du prêt immobilier américain, ainsi qu’un géant de l’assurance, ne s’est révélée au public qu’il y a quelques mois avec la crise du subprime. Elle avait pourtant commencé il y a déjà longtemps…

Le diagnostic de cette situation n’est pas facile à établir. Certains, comme Joseph Stiglitz, pensent que la nouvelle crise offre une preuve supplémentaire que le capitalisme ne fonctionne pas bien, et doit être réinventé ou, a minima, davantage contrôlé. D’autres y voient le reflet conjoncturel du mauvais climat économique dû à l’expansion de la dette publique américaine, à la baisse du dollar, ou encore à la hausse du prix du pétrole.

Si la conjoncture ne peut provoquer une telle crise, même si elle peut contribuer à l’aggraver, il est tout aussi surprenant de soutenir que le manque de contrôle serait la cause première du mal actuel. En effet, le secteur financier américain est déjà extrêmement réglementé et supervisé par plusieurs organisations gouvernementales. D’ailleurs, les «hedge funds», qui sont moins réglementés que le reste du secteur financier, semblent être beaucoup moins sensibles aux remous actuels.

Il existe en réalité une autre interprétation des difficultés actuelles, liée à la qualité des règles qui gouvernent les marchés financiers. En d’autres termes, les problèmes financiers et économiques que le monde connaît aujourd’hui sont avant tout, à l’origine, des problèmes institutionnels.

Poser le sujet sous cet angle nous fait remonter quelques années en arrière, avec la flambée des valeurs informatiques liées à l’explosion d’Internet. Alan Greenspan, alors à tête de la Réserve fédérale, décide en effet, au début des années 2000, d’assouplir avec force la politique monétaire pour essayer de contrôler la réduction de la bulle spéculative sans entraîner de crise généralisée. Cette politique volontariste a introduit un surplus de liquidités dans le système qui a notamment permis, avec le développement de nouveaux instruments financiers, d’offrir des prêts hypothécaires à une population grandissante d’acquéreurs – pas toujours solvables – de biens immobiliers. L’effet inflationniste de cette stratégie monétaire se fit d’ailleurs principalement sentir sur le marché de la propriété immobilière où tout le monde avait fini par croire que les prix ne cesseraient plus d’augmenter. Mais les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel : la valeur des actifs dépend, in fine, de leur utilité économique.

En plus d’une politique monétaire laxiste, l’accroissement de l’utilisation des innovations financières, tels que les produits dérivés, créa un effet de levier considérable et augmenta très nettement la rentabilité des banques. Beaucoup, y compris dans l’industrie financière, ne comprirent cependant pas entièrement la portée de ces nouveaux instruments. Mais chacun y voyait un intérêt à court terme. Cependant, lorsque, comme c’était le cas à l’époque, l’effet de levier est important, certes la rentabilité comme les gains sont importants, mais on a oublié que les pertes pouvaient être tout aussi conséquentes. Les banques d’investissement ont alors pris, à l’évidence, des positions qu’elles n’auraient jamais prises si la politique monétaire avait été plus conforme à la réalité et si, autre facteur d’accélération de la crise, les banquiers n’avaient pu, en aucun cas, parier sur l’intervention publique pour les sauver du marasme en cas de problème.

Or, dans un premier temps, le gouvernement américain s’est précipité au chevet de l’ensemble des établissements bancaires d’ampleur défaillants, afin de rassurer les marchés. Lehman Brothers fait sur ce point figure d’exception. Si, à première vue, ces tentatives de sauvetage public peuvent paraître opportunes, une telle infusion de liquidités comporte cependant, consubstantiellement, une illusion : le gouvernement n’ayant pas de ressources illimitées pour sauver le système de la faillite, la seule ressource dont il dispose, au final, c’est l’argent des contribuables (impôts et inflation)… Et cette solution ne peut résoudre, à elle seule, le problème fondamental de moyen/long terme qu’est la raréfaction de l’épargne réelle.

L’insolvabilité de grands établissements financiers montre à quel point leurs activités n’étaient plus créatrices de valeur. L’accès au crédit artificiellement bon marché – car subventionné par les contribuables – a promu la construction de beaucoup trop de biens immobiliers qui n’auraient pas dû être construits compte tenu de la capacité (ou plutôt de l’incapacité) à payer d’une grande partie des acheteurs. Les banques d’investissement ont tiré parti de règles du jeu détachées de la réalité qui leur ont donné la capacité de vendre des produits en ayant peu d’épargne réelle, donc peu de lien de responsabilité. Aujourd’hui, les banques, et l’économie réelle, payent le prix de dix années de crédit rendu trop facile par des réglementations bancaires inadéquates. En jouant avec les taux et en garantissant la solvabilité de la plupart des établissements financiers, le gouvernement américain a sans doute cru bien faire. Mais il a finalement introduit des effets pervers au cœur du système économique et financier. Pour s’en sortir, il n’y a, hélas, désormais d’autre issue que d’accepter les faillites bancaires et de renoncer, au plus vite, à ce nouvel interventionnisme qui, à court terme, paraît rassurant, mais qui, à moyen et long terme, alimente des tsunamis économico-financiers devenant véritablement incontrôlables.

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One Response to Crise financière: Attention, une folie peut en cacher une autre (It’s the government, stupid!)

  1. jcdurbant dit :

    Voir aussi confirmation, sur le blog d’Ann Coulter, de la manière dont nos belles âmes démocrates, depuis Clinton jusqu’aux potes à Obama, ont imposé à l’industrie hypothécaire les bonnes intentions qui valent aujourd’hui aux classes moyennes de devoir payer les centaines de millions de dollars nécessaires pour renflouer leurs principaux soutiens: les « riches banquiers de Wall Street et les RMIstes »:

    « the subprime mortgage crisis currently roiling the financial markets. (…) was caused by political correctness being forced on the mortgage lending industry in the Clinton era.

    Before the Democrats’ affirmative action lending policies became an embarrassment, the Los Angeles Times reported that, starting in 1992, a majority-Democratic Congress « mandated that Fannie and Freddie increase their purchases of mortgages for low-income and medium-income borrowers. Operating under that requirement, Fannie Mae, in particular, has been aggressive and creative in stimulating minority gains. »

    Under Clinton, the entire federal government put massive pressure on banks to grant more mortgages to the poor and minorities. Clinton’s secretary of Housing and Urban Development, Andrew Cuomo, investigated Fannie Mae for racial discrimination and proposed that 50 percent of Fannie Mae’s and Freddie Mac’s portfolio be made up of loans to low- to moderate-income borrowers by the year 2001.

    Instead of looking at « outdated criteria, » such as the mortgage applicant’s credit history and ability to make a down payment, banks were encouraged to consider nontraditional measures of credit-worthiness, such as having a good jump shot or having a missing child named « Caylee. »

    Threatening lawsuits, Clinton’s Federal Reserve demanded that banks treat welfare payments and unemployment benefits as valid income sources to qualify for a mortgage. That isn’t a joke — it’s a fact.

    When Democrats controlled both the executive and legislative branches, political correctness was given a veto over sound business practices.

    In 1999, liberals were bragging about extending affirmative action to the financial sector. Los Angeles Times reporter Ron Brownstein hailed the Clinton administration’s affirmative action lending policies as one of the « hidden success stories » of the Clinton administration, saying that « black and Latino homeownership has surged to the highest level ever recorded. »

    Meanwhile, economists were screaming from the rooftops that the Democrats were forcing mortgage lenders to issue loans that would fail the moment the housing market slowed and deadbeat borrowers couldn’t get out of their loans by selling their houses.

    A decade later, the housing bubble burst and, as predicted, food-stamp-backed mortgages collapsed. Democrats set an affirmative action time-bomb and now it’s gone off.

    In Bush’s first year in office, the White House chief economist, N. Gregory Mankiw, warned that the government’s « implicit subsidy » of Fannie Mae and Freddie Mac, combined with loans to unqualified borrowers, was creating a huge risk for the entire financial system.

    Rep. Barney Frank denounced Mankiw, saying he had no « concern about housing. » How dare you oppose suicidal loans to people who can’t repay them! The New York Times reported that Fannie Mae and Freddie Mac were « under heavy assault by the Republicans, » but these entities still had « important political allies » in the Democrats.

    Now, at a cost of hundreds of billions of dollars, middle-class taxpayers are going to be forced to bail out the Democrats’ two most important constituent groups: rich Wall Street bankers and welfare recipients. »

    http://www.humanevents.com/artic…le.php? id=28714

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