Bien entendu nous n’allons rien faire. Claude Cheysson (ministre de Mitterrand, après le coup de force du général Jaruzelski du 13 décembre 1981)
C’est donc un pays difficile que le Pape visite. Les catholiques lui montreront des réussites réelles et peut-être quelques villages à la Potemkine. En face, on criera à la reconquête, on protestera au nom de la « laïcité » et des « Lumières ». Rémy Braque
Etrange hasard du calendrier, cette conjonction ce weekend de la Foire du Trône patronale annuelle du « Parti des 75 000 fusillés qui étaient 4 000″ (alias fête de l’Humanité) …
Et de la visite du Pape pour le 150e anniversaire de la foire des miracles de Lourdes et, comme le rappelle le philosophe Rémy Braque, de quelques villages Potemkine …
Comme un ultime rappel de la double vocation et (de Mao à Castro et… Robespierre!) la singulière nostalgie et faiblesse pour le totalitarisme de ce pays qui, de Pépin le bref à Bonaparte, fit et défit la Papauté et fut, jusqu’il n’y a pas si longtemps, fille ainée de l’Eglise catholique comme du plus meurtrier de ses clones, l’Eglise communiste.
Et qui, via son tout puissant et tout-compatissant Etat-Providence et derrière les cris d’orfraie contre le simple rappel, par notre Sarkozy national, de ses racines (judéo-)chrétiennes (qui nous changeait un peu de celui des prétendues racines musulmanes du prédécesseur!), continue à les subventionner toutes les deux.
De l’entretien des lieux de culte et des salaires des enseignants des « écoles libres » dans toute la France ou des officiers des cultes dans les régions concordataires (est et DOMTOM).
Aux subventions de la presse des successeurs des hérauts de la dictature du prolétariat, les Marie-France Buffet comme le postier Besancenot.
Pourtant, derrière la fausse symétrie et les apparences trompeuses d’égale folklorisation, l’Histoire retiendra que lorsqu’il fut question de la la mise au pas du premier syndicat libre de l’Europe non encore libérée une certaine nuit de décembre 1981, c’est l’église de Karol Wojtyla qui tint tête quand le PCF bénit et l’Etat français consentit …
Le PCF est-il devenu une simple attraction foraine ?
Rodolphe Geisler
Le Figaro
12/09/2008
Loin, très loin de sa splendeur d’hier, le Parti communiste ne cesse de voir fondre son électorat. Premier parti de France en 1945, il est aujourd’hui quasi inexistant : 1,93 % à la à la présidentielle de 2007. Son audience dans l’opinion est des plus faibles. Selon un sondage OpinionWay, cette semaine, 1 % des sympathisants de gauche citent Marie-George Buffet comme «premier opposant», quand ils sont 21% à citer le leader de la Ligue communiste révolutionnaire Olivier Besancenot.
Le PCF est-il pour autant mort ? Celui qui se faisait appeler à la Libération le «Parti des 75 000 fusillés», chiffre depuis contesté par les historiens, reste un parti fort de 10 000 élus. Ce n’est pas rien. Mais pour combien de temps encore ? Après avoir perdu son groupe autonome à l’Assemblée nationale en 2007, ses élus sont essentiellement des «barons» locaux. Plus souvent réélus sur leurs noms que sur leur étiquette communiste. Cet héritage a subi de nouvelles fissures aux dernières élections municipales, où plusieurs de ses bastions sont tombés. Le plus emblématique a été celui de Montreuil, où la sénatrice verte Dominique Voynet a ravi à Jean-Pierre Brard la mairie, communiste depuis 1944.
Le Parti communiste français reste plus que jamais une spécificité française. Presque partout en Europe, voire dans le monde, les anciens partis communistes ont abandonné toute référence au communisme dans leur nom. Chez nous, la mutation engagée par Robert Hue dans les années 1990 a échoué. Aujourd’hui, les «orthodoxes», l’un des courants minoritaires, cherchent même à réintroduire le marteau et la faucille comme emblème. «Fiers de nos couleurs», martèle le député du Rhône André Gerin, candidat déclaré à la succession de la secrétaire nationale, Marie-George Buffet, au congrès de décembre.
Marie-George Buffet, qui succéda à Robert Hue en 2001, elle, ne sait dire qu’une chose : «rassemblement». Rassemblement des communistes, rassemblement de la gauche. Elle le répète depuis des années. En vain. Sa proposition d’une candidature unique de la gauche pour la présidentielle de 2007 s’est soldée par six candidatures au premier tour.
Parallèlement, son parti périclite, vieillit. Les jeunes, du moins ceux qui se revendiquent de la mouvance antilibérale, se tournent, pour la plupart sans le savoir, vers l’ennemi héréditaire des «vieux stals» (staliniens) du PCF, à savoir vers le leader trotskiste de la LCR, Olivier Besancenot.
À ce titre, la dernière campagne présidentielle a été instructive. Les jeunes remplissaient les Zénith de province où s’exprimait Olivier Besancenot, quand Marie-George Buffet était en peine d’en trouver… Peu de jeunes donc, et de moins en moins d’anciens.
Depuis l’époque d’un certain Georges Marchais, qui prônait alors la «préférence nationale» comme remède au chômage, beaucoup de vieux militants ont en effet rejoint le rang du FN dans les années 1990. Anciens et jeunes ont été séduits par la fonction tribunitienne occupée en 2002 par Jean-Marie Le Pen et en 2007 par Olivier Besancenot. Mais, semble-t-il, perdue pour le PCF.
Aujourd’hui, Besancenot nargue le «vieux PCF». En s’invitant à la Fête de l’Humanité, ce week-end, il devrait une nouvelle fois ravir la vedette. Si la LCR a depuis de nombreuses années un stand dans les travées de La Courneuve, la présence du médiatique facteur, qui lancera en janvier son Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), devrait cette année prendre une autre tournure. Tout au plus lui offrir un ballon d’essai pour son nouveau parti. Et reléguer ainsi le PCF au rôle de gentil organisateur de la Fête de l’Huma. Mais peut-être est-ce ça aujourd’hui le PCF : une sympathique attraction foraine.
Voir aussi:
Le Pape, les intellectuels et la culture française
Rémi Brague
Le Figaro
12/09/2008
Pour le philosophe Rémi Brague, le Pape s’est adressé, vendredi à l’occasion de la rencontre des Bernardins, à un milieu intellectuel qui est le reflet des fractures historiqueset idéologiques françaises.
Dans quel état le Pape trouve-t-il la France ? Quelle image s’en fait-il ? Pour lui comme pour beaucoup d’intellectuels étrangers, la France est avant tout le français et ce qui s’y est écrit. Lorsqu’ils sont catholiques, il est naturel qu’ils privilégient des écrivains comme Claudel, Péguy ou Bernanos. Le Pape a parmi ses théologiens préférés Hans Urs von Balthasar, Suisse alémanique mais parfait connaisseur de la langue et de la littérature française, qui a passé la dernière guerre à Lyon, chez les jésuites de Fourvière.
On y trouve aussi des Français, tous les artisans de la grande renaissance des études catholiques qui commença dans les années 1950 avec d’admirables études sur les sources du christianisme : la Bible, les Pères de l’Église, la scolastique médiévale.
Les PP. Bouyer, Chenu, Congar, Daniélou et de Lubac furent des références pour le jeune Joseph Ratzinger, comme ils le restent pour les catholiques du monde entier qui essaient de penser leur foi. Mais pour le Pape comme pour tous les étrangers, même les mieux avertis, il faut tenir compte d’un certain retard. Nous avons tous tendance à photographier les cultures étrangères dans l’état où elles étaient au moment où, étudiants, nous les avons découvertes. Ainsi, pour beaucoup, la pensée française, c’est encore Sartre et Camus et, en face, Gilson et Maritain. Ou, une génération plus tard, Foucault et Deleuze, voire les «nouveaux philosophes».
Il n’est pas question de porter un diagnostic d’ensemble sur la culture française d’aujourd’hui. Ce qui s’exporte n’est pas toujours de la meilleure qualité. Le temps fera son œuvre de sélection. Et, surtout, la culture française n’est pas unifiée. En matière de religion, elle est au contraire profondément divisée.
La France est depuis des siècles un pays double. Elle est d’une part le pays de Vincent de Paul et de Thérèse de Lisieux, celui qui a fourni les gros bataillons de missionnaires au XIXe siècle. Elle est le pays des grands écrivains catholiques. Au XXe siècle, elle a produit des théologiens du même niveau que les Allemands.
Mais elle est aussi le pays de l’anticléricalisme. C’est en France que l’État moderne, dès Philippe le Bel, s’est opposé le plus violemment au Pape, jusqu’à le kidnapper. C’est là que Louis XIV est arrivé à kidnapper, cette fois en bloc, l’Église de France, non sans la complicité de celle-ci, et à la mettre à son service. La France est le pays de la Révolution. Celle-ci tenta d’abord de réaliser le rêve des rois en faisant de l’Église, avec la Constitution civile du Clergé, un instrument de l’État. Puis elle voulut en finir avec le christianisme par une persécution sanglante. C’est en France que la bourgeoisie radicale du XIXe siècle réussit à détourner le mécontentement populaire sur «les curés».
L’anticléricalisme combat les vices du clergé et ses prétentions à tout régenter. Il peut le faire au nom même des exigences du christianisme auxquelles les chrétiens, même les clercs, ne sont que rarement fidèles. Mais en France la haine du christianisme comme tel, surtout catholique, prit dès le XVIIe siècle une virulence particulière.
Les Lumières françaises, à la différence du reste de l’Europe, tournèrent parfois à un athéisme radical. Depuis peu, cette haine s’étale avec une violence accrue. Et peu importe qu’elle fasse mine de porter sur «les religions», «les monothéismes», etc. ou qu’elle avoue franchement son véritable objet.
C’est donc un pays difficile que le Pape visite. Les catholiques lui montreront des réussites réelles et peut-être quelques villages à la Potemkine. En face, on criera à la reconquête, on protestera au nom de la «laïcité» et des «Lumières». Des deux côtés, on se plaindra. Le Pape est assez fine mouche pour ne pas se laisser duper ou impressionner.
Mais je crains que, des deux côtés, les Français ne ratent l’occasion de se poser quelques bonnes questions : comment vivre en paix les uns avec les autres, et avec le passé de tous ? Peut-on prendre comme principe : n’importe quoi, le meilleur comme le pire (les exemples sont au choix), mais en tout cas pas le christianisme ? Un peuple qui renonce à sa foi peut-il encore désirer vivre ? J’espère que le Pape les aidera à se les poser.