Election américaine: Portrait d’un Monde figé (Palin’s real threat: Change we both need and can believe in)

Palin with bear skinBref, Sarah Palin est le symbole du meilleur de ce que le féminisme était censé représenter: une femme sans peur, indépendante, audacieuse, qui s’est hissée au sommet par ses propres mérites sans l’aide du parrainage patriarcal d’un conjoint à haut capital économique et intellectuel ni réseau ou relations haut-placés. Victor Davis Hanson
Le plus énervant pour les Démocrates, c’est qu’Obama et son appel au changement ont été totalement éclipsés par le choix de Palin. Ceci explique les attaques féroces déjà lâchées contre Palin. Les libéraux dans les médias et ailleurs pour qui elle ne représente pas leur idée d’une « femme » (toutes les femmes sont des femmes actives qui revendiquent le droit à l’avortement, n’est-ce pas?) vont fondre sur elle avec tout le vitriol qui est réservé à toute femme ou minorité qui tente d’échapper à la plantation intellectuelle. (…) Pourquoi ? Parce que Sarah Palin est une menace. Une menace grave. Elle est l’incarnation même du changement fondamental. Si elle avait le courage de s’en prendre au club très fermé des politiciens d’Alaska, il est clair qu’elle n’hésitera pas une seconde à faire la même chose à Washington. Jeffrey Lord (ancien directeur politique de la Maison Blanche sous Reagan)
De la frénésie des premiers jours, du flou des premiers portraits émergent ainsi des images d’une étonnante fixité. Celle d’une certaine Amérique qui se rêve immuable,qui ne veut pas voir autour d’elle combien la planète est en train de changer. Jérôme Fenoglio (Le Monde 2)

Enième confirmation du fameux proverbe chinois selon lequel « quand le sage montre la lune du doigt, l’idiot regarde le doigt »?

Alors que, suite au succès que l’on sait de leur convention, le « ticket » McCain-Palin a non seulement rattrapé mais carrément dépassé leurs adversaires démocrates dans les sondages

Prenez une femme encore relativement jeune pour une politicienne, issue d’une petite ville américaine, loin des centres de pouvoir politique et médiatique et de surcroit élue dans un coin rural d’Alaska …

Assurez-vous qu’elle n’a pas fréquenté les meilleures universités du pays, et de plus pas dans la discipline-reine du droit à la Obama/Clinton …

Insistez pour qu’elle épouse un non-métrosexuel, de préférence sans argent, influence ou une profession de pouvoir et que sa propre famille n’ait ni capital, ni nom reconnu ou entrée de l’intérieur dans la politique régionale …

Encouragez là à avoir pas un mais cinq enfants et assurez-vous qu’elle soit une Républicaine à la fois conservatrice, pro-vie, pro-armes à feu, pro-religion et pro-forage …

Faites-la démarrer sa carrière politique dans un environnement hostile avec un réseau aussi indéracinable, corrompu et strictement masculin que celui de l’Alaska et dans un des pires moments d’une administration républicaine impopulaire …

Enfin présentez-la dans une vidéo avec la dépouille d’un caribou dégoulinant de sang ou sur une motoneige pétaradante comme preuve de son affinité sauvage avec les armes à feu et une empreinte de carbone aussi surdimensionnée qu’injustifiée …

Et vous avez, pour VDH, le symbole du meilleur de ce que le féminisme était censé représenter.

Ou, pour le correspondant du Monde 2 qui nous gratifie de son portrait dans le numéro de ce weekend, … l’Amérique la plus parfaitement « immobile »!

Portrait d’une Amérique figée
Jérôme Fenoglio
LE MONDE 2
07.09.08

On le saura : le site Wikipédia peut être capable de divination. Des heures avant la désignation surprise de Sarah Palin comme colistière de John McCain, candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre, l’encyclopédie en ligne a été frappée d’une révélation.

La notice biographique de l’encore obscure gouverneure de l’Alaska s’est agitée de convulsions, des modifications de son état initial faisant progressivement apparaître des anecdotes toutes au bénéfice de Mme Palin. Evidemment, nombre de connaisseurs du Web n’ont pas cru à la pureté de cette vision. Ils soupçonnent un receleur de délit d’initié, pas très éloigné de l’équipe de campagne républicaine,d’avoir cherché à dévier cette source de renseignements immédiats pour orienter le flot qui s’annonçait.

De fait, rien de tel que l’irruption d’une inconnue sur la scène planétaire pour mesurer la diversité et la rapidité des réactions dans la fourmilière de l’information.

Chacun est parti rassembler, avec ses moyens, le tas de petits faits qui composent le portrait de la nouvelle venue.Dans cette quête, les renseignements allusifs des premières heures ont parfois provoqué des erreurs. La mention d’une apparition de l’ancienne dauphine de Miss Alaska dans Vogue a donné du crédit à une fausse couverture du magazine,un montage qui circulait depuis des mois sur Internet et qui s’est retrouvé en « une » d’un quotidien italien.

Comme toujours, il y a eu des rumeurs, qui ont fini par influer sur le cours même de la campagne. Farouchement hostile au droit à l’avortement, Sarah Palin a ainsi affirmé avoir été contrainte de rendre publique la grossesse de sa fille de 17 ans, célibataire, pour contrer des allégations fallacieuses propagées par des sites américains.

Il y a eu des coups de chance aussi. L’hebdomadaire américain Newsweek avait envoyé un reporter à la rencontre de la nouvelle gouverneure de l’Alaska en automne dernier, ce qui lui a permis de brosser le portrait le plus complet de la candidate au poste de viceprésident.

Un texte recoupé par les photographies saisissantes de la vie de la famille Palin en Alaska, qui ont fini par se substituer aux clichés des premières apparitions de la gouverneure au côté de John McCain. De la frénésie des premiers jours, du flou des premiers portraits émergent ainsi des images d’une étonnante fixité. Celle d’une certaine Amérique qui se rêve immuable,qui ne veut pas voir autour d’elle combien la planète est en train de changer.

Dans l’Alaska des Palin, un père de famille cloue des peaux de grizzly sur les murs en bois de son salon. Sur son 4×4, comme le rapporte Newsweek, il revendique son mode de vie sous forme d’autocollant ironique : « Végétarien : vieux mot indien pour dire mauvais chasseur . »

Sa fille ne voit aucune influence humaine dans les changements climatiques en cours, aucune raison de remettre en cause les forages pétroliers dans les zones protégées. L’ordre naturel, et la place de l’homme en son centre ont été fixés une fois pour toute par ce créationnisme qu’il conviendrait d’opposer dans les écoles à l’évolutionnisme honni.

Certes l’Alaska des Palin est loin de représenter toute l’Amérique.Il est même partiellement en contradiction avec certaines des idées défendues par John McCain. Mais c’est bien à ce pays-là que le candidat républicain a choisi de faire signe en composant son ticket. Au risque de figer sa campagne dans ces images d’une Amérique immobile.

A comparer avec:

Sarah Palin and Her Discontents
Sneering power-women and the foul whiff of aristocratic disdain.
Victor Davis Hanson
National Review Online
September 6, 2008

There is something ignoble about these elite, affluent, and well-connected observers in smug fashion savaging Palin, when — especially in the case of the sneering power-women — we should all at least grant that Palin is intrinsically bright, energetic, savvy, and independent to have come this far at all, given the slanted and insider rules of the game she’s in.

So pause to consider: If we wished to ensure that a bright, ambitious, and capable woman would not make it in contemporary national politics, as practiced by most successful contemporary office-holders and adjudicated by the New York-Washington media, then we would insist on the following ten requisites:

1. Ensure that she grew up in small-town America away from the centers of power and media influence;

2. Trump that by ensuring it was in rural Alaska;

3. Make sure she didn’t go to the Ivy League — and especially an Ivy-League law school in the paired Obama/Clinton tradition;

4. Require that she marry a non-metrosexual, one without money or influence or a fast-track job;

5. Trump that by assurance that her own family lacked capital, a brand name, or easy inside entry into regional politics;

6. Encourage her to have not one, but five, children;

7. Ensure that she was a conservative, pro-life, pro-gun, pro-religion, pro-drilling Republican;

8. Have her start a political career amid a hostile, entrenched good-ole-boy, all-male, “you rub my back, I’ll rub yours” corrupt Republican cloister like Alaska’s;

9. If she did reach state or national attention, be sure it was during a downside cycle in times of an unpopular Republican administration;

10. Get her on video with a bloody moose, or on a loud snowmobile as proof of her savage affinity with guns and her gratuitously large carbon footprint.

When we consider, in contrast, the latticed background of careers of successful contemporary female role-model politicians, such as a Diane Feinstein, Nancy Pelosi, Mary Landrieu, or Hillary Clinton — or pundits like Sally Quinn, Eleanor Clift, Andrea Mitchell, Campbell Brown, Gail Collins (the list is depressingly endless, in which marriage or lineage provides either the necessary capital, contacts, or insider influence — or sometimes all three) — then surely, whatever one’s politics, there should be some concession that what outsider Palin has accomplished, given where she began, is nothing short of remarkable.

In short, Sarah Palin is the emblem of what feminism was supposed to be all about: an unafraid, independent, audacious woman, who soared on her own merits without the aid of a patriarchal jumpstart, high-brow matrimonial tutelage and capital, and old-boy liaisons and networking.

Instead this entire sorry episode of personal invective against, and jealousy toward, Sarah Palin is surreal. Given the rising backlash, Palin Derangement Syndrome may prove to be the one thing, fairly or not, that sinks Barack Obama.

One Response to Election américaine: Portrait d’un Monde figé (Palin’s real threat: Change we both need and can believe in)

  1. -YMS- dit :

    Une nordique qui ne fait pas dans la dentelle ! La gauche caviar américaine va en prendre pour son rhume. YMS

    J’aime

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