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Dubai: Entre « Las Vegas du Moyen-Orient » et « nouvelle Mecque de l’esclavage » (Vying for the title of world’s ultimate sin city and slave mecca)

Ce que Touria Tiouli a sans doute oublié ce jour-là, c’est qu’elle était à Dubaï. Et à Dubaï, le plus libéral des Emirats arabes unis, à Dubaï, sorte d’enclave de vie à l’occidentale en pleine région arabo-persique, à Dubaï où tout semble si loin de l’Arabie saoudite, de l’Iran, du Yémen et autres voisins du Golfe, il y a de quoi oublier où l’on se trouve. (..) Une ville tellement libérée que presque plus rien ne semble indiquer que la charia reste la loi. Une ville où l’alcool est en vente libre dans toutes les boîtes de nuit, mais où la consommation d’alcool est sévèrement punie. Où la prostitution est passible de prison alors que les prostituées grouillent par endroits. Où règne cette règle non dite : tout est toléré tant qu’on ne se fait pas arrêter. (…) Jouant sur les frontières, brouillant les pistes, tenant le double discours. Occident ou Orient ? Moderne ou tradition ? Libéralisme ou islamisme ? Peut-elle seulement se prétendre « émirienne », cette ville où les étrangers, surtout indiens et pakistanais, représentent plus de 90 % de la population ? Dans les souks propres et sans odeurs, les passants se croisent : des femmes cachées sous leur abaya noire, d’autres en jupe courte ; des hommes en costume traditionnel bédouin, d’autres à l’occidentale.(…) Mais qu’on ne s’y trompe pas (…) l’islam est la loi. Autrement dit : la ville à tête de Janus n’en a pas moins ses codes. Et ses pièges. (…) La beurette de Brive-la-Gaillarde, la Française venue de Casablanca qui se sent, comme elle dit, « étrangère partout » avait trouvé à Dubaï « une deuxième Amérique, un pays arabe avec la liberté occidentale ». (…) Et là, elle avait trouvé le paradis. Une ville sur mesure. « Il y avait exactement ce qui me convenait : ce mélange de vie occidentale et de vie orientale qui permet, quand on est beur, de se retrouver quelque part. Le Monde
Une fois qu’ils arrivent ici leurs familles restées en Inde commencent à exiger qu’ils renvoient l’argent. Chacun croit que Dubaï est plein d’argent. Ces hommes sont comme une bougie brûlant pour quelqu’un d’autre. KV Shamsudheen (homme d’affaires indien fondateur d’une association d’entraide)
Nos dirigeants veulent nous transformer en pays moderne du premier-monde, et c’est bien. Mais maintenant tout tourne autour de l’argent. Vous vous rendez compte: il n’y a pas eu une seule protestation contre les caricatures danoises du prophète – Dubaï était le seul endroit du monde musulman où il n’y a eu aucun tollé. Cela n’en dit-il pas long sur ce que nous sommes devenus? Jamal (patron émirien d’une agence immobilière)

Travailleurs privés de passeports, non rémunérés ou sous-rémunérés, réduits à l’état de quasi-marchandises, à la servitude pour dettes (souvent héréditaires) et au travail forcé sous la menace de sévices corporels ou psychologiques …

Domestiques régulièrement battues, violées et privées de paie …

Travailleuses du sexe des quatre coins du monde (chinoises, taïwanaises, coréennes, africaines, bulgares, ukrainiennes, ouzbèkes, moldaves, iraniennes, marocaines, you name it!) …

Milliers d’enfants jockeys de chameaux battus et affamés pour maintenir leur poids …

Mais aussi, à l’instar de la Franco-marocaine Touria Touli pour qui le rêve avait mal tourné il y a quelques années, une vague toujours plus grande de jeunes de la planète entière attirés par ce nouvel eldorado alimenté par l’actuelle flambée du prix du baril …

A l’heure où, au lendemain du lancement par notre Sarkozy national d’un club Med pour dictateurs arabes toujours à l’affût de nouveaux moyens de sanctuariser leurs régimes et de blanchir leurs détournements de fonds, la plupart des observateurs se trouvent bien en peine de donner un contenu à la nouvelle coquille vide …

Retour, toutes proportions gardées, sur ce à quoi pourrait ressembler la future Union pour la Méditerranée.

Mélange de centre financier mondial et de terrain de jeux planétaire, plaque tournante des projets les plus fous comme des trafics les plus effrénés, quelle meilleure image en effet de l’avenir possible de toute la région que ce que nombre d’observateurs ont déjà surnommé la Las Vegas du Moyen-orient?

Mais aussi, même si (comme on va vite s’en apercevoir pour l’accusation de « génocide«  pour le président d’un Soudan lui encore réellement esclavagiste?) le terme est probablement trop fort et d’utilité douteuse,… « la nouvelle Mecque de l’esclavage »?

Dubaï, la nouvelle Mecque de l’esclavage

Benjamin Skinner

traduit par Annie Lessard et Marc Lebuis
lundi 7 juillet 2008,

Dans un nouveau livre qui documente la traite moderne d’esclaves, Benjamin E. Skinner nous amène à Dubaï, connu dans le commerce du sexe comme le « Disneyland pour hommes ». Dubaï a connu en 2006 ce que le rédacteur en chef d’un journal de Beyrouth a appelé la « première révolte moderne d’esclaves dans le monde arabe ».

La culture esclavagiste est aussi importée en Occident. Lisez par Daniel Pipes : Les Saoudiens importent des esclaves en Amérique et sur le blog Bivouac-ID : Esclavagisme mahométan : Sauvées de l’enfer de l’hôtel Conrad à Bruxelles. Il reste au monde arabo-musulman à faire ce que le monde occidental a fait : admettre que l’esclavage est une atteinte à la dignité de l’être humain, quelle que soit sa race ou sa religion, assumer son histoire, se repentir et lutter contre les formes contemporaines de cette pratique monstrueuse.

Traduction de : Slavery’s new Mecca, par E. Benjamin Skinner, National Post, le 4 juillet 2008

Pour entrer dans la plus célèbre maison close de Dubaï, Le Cyclone, j’ai payé 16 $ pour un billet que l’intendant a estampillé avec le sceau officiel du ministère du Tourisme et du Commerce. La prostitution est illégale à Dubaï, où l’islam est la source des lois, avec des peines allant jusqu’à la mort. Mais l’estampille n’était que la première des nombreuses contradictions dans ce lieu d’esclavage pour les femmes que les voyageurs de commerce britanniques surnomment le « Disneyland pour hommes ».

Une affiche se lit « Pas de sollicitation », une autre « Pas de vêtements de camouflage dans l’aire de la discothèque ». Dans le club, pas moins de 500 prostituées sollicitaient une douzaine de clients potentiels, y compris quelques militaires occidentaux.

Un Indien vivant à Londres est propriétaire du lieu, et n’avait pas modernisé le décor depuis une décennie, comme si le bon goût pouvait altérer le charme de l’endroit et dissuader les touristes. Je me suis dirigé vers le bar, et deux filles coréennes, qui n’avaient pas l’air d’avoir plus de 15 ans et se présentaient comme des sœurs, se sont approchées de moi.

« Voulez-vous un massage ? » m’a demandé l’une d’elles.

Alors que les lumières stroboscopiques, la musique forte et le grand tourbillon de féminité anxieuse dégageaient un air de chaos absolu, le lieu était soigneusement ordonné selon la race. À gauche, un mélange de femmes chinoises, taïwanaises et coréennes ; au centre, des africaines sub-sahariennes ; à droite, des femmes d’Europe orientale et d’Asie centrale qui au départ se sont identifiées comme Russes, révélant plus tard qu’elles étaient bulgares, ukrainiennes, ouzbèkes et moldaves.

Une jeune femme chinoise portait un parfum enfantin. Le club la baignait dans sa lumière noire, de sorte qu’elle semblait comme le négatif radioactif d’elle-même. Parlant anglais, elle a expliqué qu’elle était arrivée à Dubaï 28 jours plus tôt après avoir reçu la promesse d’un emploi de femme de chambre. Au lieu de cela, les trafiquants d’être humains connus sous le nom de Snakeheads l’ont vendue à une Madame (ndlr : tenancière de maison close) qui l’a forcée à payer une dette en vendant du sexe ici. Elle tremblait quand elle a dit qu’elle voulait simplement rentrer chez elle.

Son histoire n’est pas rare. Une nuit plus tôt dans un autre méga-bordel situé dans l’Hôtel trois-étoiles York International dans le chic quartier Bur Dubai, une ouzbèque de 30 ans m’a dit qu’elle devait rembourser une dette 10000 $ sinon « la mafia tuera mes enfants ».

Dans le Cyclone, chaque femme qui m’a parlé longuement a expliqué que les trafiquants prenaient leur passeport en garantie jusqu’à ce qu’elles aient remboursé une dette. Alina, une blonde javelisée du nord de la Roumanie, était assise tristement et fumait en jouant des jeux électroniques solitaires près du mur arrière. Elle avait une voix râpeuse et un teint cireux qui la faisaient paraître beaucoup plus âgée que ses 23 ans. Elle est arrivée ici en 2004, après avoir divorcé le père alcoolique de son fils de trois ans. Une femme roumaine à Dubaï lui avait promis un emploi de serveuse dans un restaurant local.

Lorsque la femme a rencontré Alina à l’aéroport, elle lui a dit ce que son vrai travail serait. Sans son passeport, sans argent, sans contacts locaux, elle n’avait d’autre choix que de suivre la femme au Cyclone. Depuis lors, sa vie est un mélange de clients – américains, européens, indiens, et surtout arabes. Certains hommes achètent le sexe oral dans le « Salon VIP » au-dessus du bar, mais ils amènent généralement Alina dans un hôtel ou un appartement. Ils sont souvent violents.

« Il y a beaucoup de clients à problèmes », a-t-elle dit, en particulier parmi les Arabes.

Tous les matins à six heures, elle revient à l’appartement de Madame, une femme abusive qui prend tout l’argent. Pour son travail, Alina recevait un repas par jour, du café et des cigarettes.

Alina a envisagé de s’échapper, mais le désert serait une condamnation à mort pour elle, et alerter la police serait une condamnation à mort de son fils. Sa santé s’est détériorée, sa peau s’est flétrie et dans le marché saturé du Cyclone, elle a cessé d’attirer les clients, ce qui a déclenché la fureur de sa Madame.

Un soir, la femme a forcé Alina d’accompagner un Syrien à la ville voisine d’Al Ain. Dès qu’il est venu la chercher, il a commencé à crier après elle en arabe. Elle était terrifiée, et a pleuré tout le chemin jusqu’à son appartement. Là, il l’a torturée et violée pendant deux jours. Peu de temps après que l’homme l’ait laissé partir, la Madame a annoncé qu’elle retournait en Roumanie et qu’elle allait libérer Alina.

Pour la première fois en un an, Alina avait un choix. Malgré les horribles abus, elle avait survécu, et en dépit de son statut d’étrangère en situation irrégulière, elle est retournée à la prostitution. Elle savait que sa réputation était brisée chez elle et qu’elle ne trouverait jamais un travail légitime ou un mari pour subvenir aux besoins de son fils. Elle est donc restée. Mais elle a insisté que « Je m’appartiens ».

Dans le Cyclone j’ai trouvé un éventail de nationalités, une mine d’histoires tristes. Bien que la plupart étaient réduites en esclavage, certaines étaient maintenant libres. Mais pour Alina, comme pour beaucoup d’autres, il n’y avait pas de joie dans la liberté.

Avant mon départ, j’ai noté un signe qui, contrairement au reste, n’était pas en contradiction avec les environs. Sur un dessous de verre encastré dans la finition de polyuréthane du bar, une citation de Martin Luther King Jr. : « Nous sommes tous venus sur des navires différents, mais nous sommes maintenant dans le même bateau ».

Dubaï a connu une croissance à un rythme effréné au cours des années 1990, se développant plus rapidement que n’importe quel pays du globe. En 1991, une poignée d’édifices étagés voisinaient une route à deux voies poussiéreuse, avec les occasionnels oasis, des pistes de chameaux et beaucoup de sable.

Quinze ans plus tard, Dubaï est une métropole étincelante de 1,5 millions d’habitants. Il y a du verre miroir partout, et alors qu’il fait bien au-dessus de 100 degrés Fahrenheit dehors, les gratte-ciel sont gardés à la température de frigos à viande par des climatiseurs massifs. De grandioses mosquées et des palais marquent l’horizon, et même l’adhan (ndlr : appel à la prière diffusé des minarets) a une sono assistée par ordinateur.

Mais avec la croissance est venu un contrecoup. Alors que les Émirats arabes unis ont graduellement levé les obstacles à l’investissement et à l’immigration, des opérateurs sans scrupules se sont installés. Les arrestations de trafiquants de drogue ont augmenté de 300% dans les deux années précédant ma visite. Et aussi Dubaï est devenue la Mecque de la nouvelle traite des esclaves. Bien que l’esclavage a été aboli ici en 1963, de nombreuses personnes non payées ou sous payées travaillent sous la menace de violence. À l’occasion, des travailleurs non rémunérés ou sous-payés ont résisté. En mars 2006, un petit groupe de travailleurs de la construction originaires d’’Asie du Sud construisant la tour Burj Dubaï – qui devait être l’immeuble le plus haut du monde – ont commis des saccages à travers l’émirat pendant plusieurs jours pour protester contre les mauvaises conditions de travail et les bas salaires. Rami G. Khouri, rédacteur en chef du Daily Star de Beyrouth, a parlé de « notre première révolte moderne d’esclaves dans le monde arabe ».

Bien que les émeutiers étaient exploités, ils n’étaient pas réduits en esclavage. Des dizaines de milliers d’autres l’étaient, mais leur sort était caché. En plus de la servitude pour dettes des travailleurs de la construction, des domestiques philippines étaient régulièrement battues, violées et privées de paie par leurs maîtres arabes. Pas moins de 6000 enfants jockeys de chameaux – principalement de l’Asie du Sud – languissaient en esclavage, cachés dans des fermes où leurs maîtres les battaient et les affamaient pour maintenir leur poids.

J’ai trouvé Natasha à nouveau réduite en esclavage par une Madame russe au Cyclone. Un soir, la police de Dubaï a fait irruption, elle a allumé les lumières, ordonné aux hommes de quitter et exigé les passeports des filles. Celui de Natasha était détenu par sa Madame, alors la police l’a jetée dans une prison surpeuplée du désert pendant un mois sans procès. Les conditions étaient épouvantables. Elle a affirmé que les autorités pénitentiaires ajoutaient du Bron dans sa nourriture, une drogue à base de codéine qui devait prétendument tuer son appétit sexuel. Le médicament l’a laissée dans un état de stupeur et en a fait une proie facile pour les autres prisonniers. Un mois plus tard, elle était de retour à Chisinau, sans le sou et, une fois de plus, sans espoir.

Voir aussi:
Les Saoudiens importent des esclaves en Amérique

Daniel Pipes
New York Sun
16 juin 2005
http://fr.danielpipes.org/article/2688

Version originale anglaise: Saudis Import Slaves to America
Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Homaidan Ali Al-Turki

Homaidan Ali Al-Turki, 36 ans, et son épouse Sarah Khonaizan, 35 ans, semblent former un couple d’immigrants modèles. Arrivés aux États-Unis en l’an 2000, ils vivent avec leurs quatre enfants dans une banlieue aisée de Denver. Al-Turki est étudiant diplômé en linguistique à l’université du Colorado, où il se spécialise en intonation et prosodie arabes. Il soutient financièrement la Société de linguistique d’Amérique et dirige la société Al-Basheer Publications and Translations, une librairie spécialisée dans les ouvrages consacrés à l’Islam.

Pourtant, la semaine passée, le FBI accusa le couple de maintenir en esclavage une femme indonésienne d’une vingtaine d’années. L’acte d’inculpation précise qu’ils créèrent, durant quatre ans, «un climat de crainte et d’intimidation, par le viol et d’autres moyens». La femme, l’esclave, cuisinait, nettoyait, s’occupait des enfants et se chargeait d’autres tâches pour un salaire insignifiant, voire nul, de peur que, faute d’obéir, «elle n’ait à subir des torts sérieux».

Les deux Saoudiens sont accusés de travail forcé, de violences sexuelles aggravées, de servitude et d’hébergement de ressortissant étranger. S’ils sont déclarés coupables, ils pourraient avoir à passer le reste de leurs jours en prison. Le gouvernement souhaite également saisir le compte bancaire du couple Al-Basheer pour payer à l’ex-esclave 92’700 dollars d’arriérés de salaire.

Le cas est choquant, surtout pour un étudiant diplômé et propriétaire d’une librairie religieuse – mais il n’est pas particulièrement rare. Voici quelques autres exemples de mise en esclavage impliquant des membres de la famille royale saoudienne ou des diplomates vivant aux États-Unis:

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En 1982, un juge de Miami émit un mandat autorisant une perquisition dans l’appartement terrasse du prince Turki Bin Abdul Aziz pour établir s’il y détenait contre son gré une femme égyptienne nommée Nadia Lutefi Mustafa. Turki et ses gardes du corps français empêchèrent la perquisition puis obtinrent l’immunité diplomatique rétroactive leur permettant d’éviter tout autre désagrément de ce type.
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En 1988, l’attaché à la Défense saoudien à Washington, le colonel Abdulrahman S. Al-Banyan, employa une domestique thaïlandaise, Mariam Roungprach, jusqu’à que celle-ci parvienne à s’échapper de la maison par une fenêtre. Elle déclara plus tard qu’elle y avait été emprisonnée, sous-alimentée et non rémunérée. Fait intéressant, son contrat de travail précisait qu’elle ne devait pas sortir de la maison ou utiliser le téléphone sans l’autorisation de son employeur.
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En 1991, le prince Saad Bin Abdul-Aziz Al Saud et son épouse, la princesse Noora, occupèrent deux étages du Ritz-Carlton de Houston. Deux de leurs servantes, Josephine Alicog, des Philippines, et Sriyani Marian Fernando, du Sri Lanka, déposèrent une plainte contre le prince, affirmant qu’elles avaient été retenues durant cinq mois contre leur volonté, «par l’emploi de menaces illicites, d’intimidation et de violence physique», qu’elles n’avaient été payées que partiellement, qu’on leur avait refusé l’accès à des soins médicaux et qu’elles avaient subi des violences psychiques et physiques.
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En mars 2005, l’une des épouses du prince saoudien Mohamed Bin Turki Alsaud, Hana Al Jader, 39 ans, fut arrêtée à son domicile des environs de Boston sur l’inculpation de travail forcé, servitude domestique, falsification de visa et hébergement de ressortissants étrangers. Al Jader est accusée d’avoir obligé deux femmes indonésiennes à travailler pour elle en leur faisant croire «que si elles refusaient de faire ce travail, elle auraient de sérieux ennuis». En cas de condamnation, Al Jader risque jusqu’à 140 ans d’emprisonnement et 2,5 millions de dollars d’amende.

Il existe de nombreux autres cas, par exemple les frasques des princesses saoudiennes Maha al-Sudairi et Buniah al-Saud à Orlando. Joel Mowbray parle de douze servantes «prises au piège et violentées» dans les ménages de dignitaires ou de diplomates saoudiens.

Pourquoi ce problème est-il si prononcé parmi les riches Saoudiens? Quatre raisons peuvent être mentionnées. Bien que l’esclavage ait été aboli dans le royaume en 1962, l’usage y reste commun. Les autorités religieuses saoudiennes approuvent l’esclavage; ainsi, le cheikh Saleh Al-Fawzan affirmait récemment encore que «l’esclavage fait partie de l’Islam» et que tous ceux qui veulent l’abolir sont «des infidèles».

Le Département d’État américain est au courant des servitudes pratiquées dans les ménages saoudiens, et des lois existent pour lutter contre ce fléau mais, comme le démontre Mowbray, le gouvernement «refuse de prendre des mesures pour le combattre». Les Saoudiens savent qu’ils peuvent impunément se permettre à peu près n’importe quoi. Leur ambassade leur fournit des fonds, des lettres de soutien, des avocats, l’immunité diplomatique rétroactive, l’intervention d’anciens ambassadeurs américains, et même un avion pour quitter le pays; elle se chargera aussi de maintenir à distance des témoins gênants.

Vu l’attitude souvent louche du gouvernement américain envers les Saoudiens, les cas d’esclavage de Denver, Miami, Washington, Houston, Boston et Orlando n’étonnent guère. Le comportement des Saoudiens ne s’améliorera que lorsque Washington défendra plus vigoureusement les intérêts américains.

Voir enfin:

Esclavagisme mahométan : Sauvées de l’enfer de l’hôtel Conrad à Bruxelles

Yann

le 2 juillet 2008

L’hôtel a été visité par la police : 14 servantes ont pu être libérées des griffes de cinq princesses qui les exploitaient

BRUXELLES C’est à un réveil totalement inhabituel qu’ont eu droit ce mardi les cinq princesses séjournant depuis un an au quatrième étage de l’hôtel Conrad à Bruxelles. Il était 8 h 45 hier matin lorsqu’une quarantaine de policiers et de membres de l’inspection sociale envoyés par l’Auditorat du travail ont frappé aux 54 portes des chambres (et suite royale) qu’occupent les cinq dames et leurs enfants originaires des Emirats Arabes Unies.

La princesse Hamda, veuve de l’émir Muhammed Khalid Al Nahyan, et ses quatre filles, Shaima, Myriam, Maesa et Rawda, ont été dénoncées pour exploitation économique voire traite des êtres humains et pratiques comparables à l’esclavagisme. La plainte émane de deux de leurs anciennes servantes qui ont réussi à prendre la fuite des murs dorés du cinq étoiles où elles et leurs autres collègues, tous membres du personnel des cinq princesses, affirmaient être privées de leur liberté.

Hier matin, les policiers et les inspecteurs qui ont réveillé les princesses ont quitté les lieux trois heures plus tard, accompagnés des 17 membres du personnel de ces dames, qui ont tous été auditionnés dans l’après-midi.

L’Auditorat du travail a accordé le statut de victime à 14 femmes. Ces servantes ont été prises en charge par l’asbl Pagasa, chargée de les reloger. Et qu’en est-il des princesses, qui se contentaient de payer un salaire de 150 euros par mois à certaines de leurs servantes, et 500 pour les plus qualifiées d’entre elles (voir ci-dessous) ?

Hier, l’Auditorat du travail précisait qu’à ce stade, les princesses n’étaient pas inquiétées par la justice. Pourraient-elles donc quitter notre pays sans rien craindre ?

Le député Ecolo Fouad Lahssaini compte, lui, épuiser tous les recours possibles pour empêcher que ces femmes rentrent librement chez elles sans être traduites devant la justice belge qui condamne sévèrement l’exploitation économique.

Du côté de la direction du Conrad, on décline toute responsabilité. Le personnel des princesses se servait pourtant des cuisines de l’hôtel, situées au sous-sol, pour préparer les mets de leurs patronnes. “Oui, il pouvait se servir de nos cuisines mais nous ne posons pas de questions au personnel de nos clients“, se défend Marc de Beer. Un directeur qui a tout intérêt à ne pas critiquer de si bons clients.

L’ambassadeur des Emirats Arabes Unies a lui-même tenté de défendre ces hôtes prestigieux en se rendant dans l’hôtel quelques minutes après l’arrivée des policiers.

Source : Nawal Bensalem, La Dernière Heure

“J’ai tellement peur qu’ils me retrouvent”

Sous les ordres des princesses, elle a réussi à prendre la fuite et à tout dénoncer. Elle nous raconte son calvaire

BRUXELLES Nous l’appellerons Jamila car elle refuse, par crainte de représailles, de dévoiler son identité. La jeune femme de 32 ans accepte par contre de raconter son calvaire, pour que plus jamais d’autres n’aient à vivre une situation similaire.

Il y a deux mois, cette servante qui travaillait pour le compte de la veuve du défunt Muhammed Khalid Al Nahyan, Emir des Emirats Arabes Unis, installée à l’hôtel Conrad depuis un an, a eu le courage de fuir le palace situé avenue Louise. Depuis, elle craint pour sa vie mais c’est surtout grâce à elle que cette affaire d’exploitation économique a pu éclater ce mardi.

“J’ai pris la fuite, sans vêtements, sans bagages, sans passeport. Elles vous privent de vos papiers d’identité dès que vous commencez à travailler pour eux“, précise Jamila qui bénéficie désormais du statut de victime. “Je travaillais en cuisine. Comme j’étais la responsable des autres cuisinières, je gagnais 500 euros par mois. Je travaillais jour et nuit. Je n’avais droit qu’à trois heures de sommeil par nuit. J’ai accepté d’être au service de cette famille pour quitter mon pays, le Maroc, et gagner ainsi mieux ma vie. J’ai commencé à travailler pour ces princesses à Abu Dhabi. Ensuite, elles sont venues vivre ici il y a presque un an et j’ai donc été forcée de les suivre à l’hôtel Conrad. La veuve de l’émir, la princesse Hamda, y occupe tout le quatrième étage avec ses quatre filles. Nous étions près de vingt personnes à leur service. Certains avaient le droit de dormir à huit dans une chambre d’un lit double. Moi et plusieurs autres, nous dormions dans le couloir de l’étage“, poursuit la jeune femme, précisant toutefois ne pas avoir été victime de violence physique.

“C’était de la violence verbale constante. Elles n’aimaient pas leurs servantes marocaines et tunisiennes. Elles nous traitaient de p…. et de chiennes,… J’avais le droit de sortir de l’hôtel une fois par mois, pas plus. Je n’avais plus le choix. C’était soit mourir, soit fuir“, conclut Jamila.

Et heureusement, la servante a opté pour la seconde solution, ce pourquoi certaines de ses anciennes collègues la remercieront longtemps encore. Grâce à Jamila, elles ont pu à leur tour dénoncer les faits dont elles étaient aussi victimes.

Source : Nawal Bensalem, La Dernière Heure

Voir enfin:

Touria une Franco -marocaine à Dubaï
Marion Van Renterghem
Le Monde
Le 5 mars 2003 –

En déposant plainte pour viol dans l’émirat, cette Française s’est retrouvée accusée. A travers son histoire s’esquisse le portrait d’une ville double, avec ses codes et ses pièges.

Ce jour-là, par deux fois, Touria Tiouli a visiblement oublié quelque chose. A la sortie d’une boîte de nuit de Dubaï, alors qu’elle appelait un taxi, trois jeunes Emiriens avec qui elle avait fait connaissance lui ont proposé de la raccompagner. La nuit a tourné au drame. Et la suite, à un engrenage kafkaïen : une semaine en prison, quatre mois et demi placée sous contrôle judiciaire et un procès à rebondissements qui traîne encore.

Ce que Touria Tiouli a sans doute oublié ce jour-là, c’est qu’elle était à Dubaï. Et à Dubaï, le plus libéral des Emirats arabes unis, à Dubaï, sorte d’enclave de vie à l’occidentale en pleine région arabo-persique, à Dubaï où tout semble si loin de l’Arabie saoudite, de l’Iran, du Yémen et autres voisins du Golfe, il y a de quoi oublier où l’on se trouve. Une ville tellement sécurisée qu’une femme peut s’imaginer invulnérable, même en montant dans une voiture avec trois inconnus. Une ville tellement libérée que presque plus rien ne semble indiquer que la charia reste la loi. Une ville où l’alcool est en vente libre dans toutes les boîtes de nuit, mais où la consommation d’alcool est sévèrement punie. Où la prostitution est passible de prison alors que les prostituées grouillent par endroits. Où règne cette règle non dite : tout est toléré tant qu’on ne se fait pas arrêter. Ce que Touria a sans doute oublié ce jour-là, c’est une question de langage. Une façon de lire les signes.

Les signes, Dubaï a l’air de s’en amuser. Jouant sur les frontières, brouillant les pistes, tenant le double discours. Occident ou Orient ? Moderne ou tradition ? Libéralisme ou islamisme ? Peut-elle seulement se prétendre « émirienne », cette ville où les étrangers, surtout indiens et pakistanais, représentent plus de 90 % de la population ? Dans les souks propres et sans odeurs, les passants se croisent : des femmes cachées sous leur abaya noire, d’autres en jupe courte ; des hommes en costume traditionnel bédouin, d’autres à l’occidentale.

On est en plein désert, et un gazon plus anglais que nature borde les autoroutes urbaines. Les innombrables et clinquants centres commerciaux au sol de marbre sont les lieux de rendez-vous usuels, les voitures sont allemandes et japonaises, les gratte-ciel encore plus délirants qu’à New York. Pourtant, cinq fois par jour, l’appel du muezzin souffle comme un vent du désert. Comme un calme rappel à l’ordre. On le croit perdu dans le brouhaha urbain, la ville ne s’arrête pas pour lui. Mais qu’on ne s’y trompe pas, insinue cette mélodie vibrante, vertigineuse, élancée vers l’infini : l’islam est la loi. Autrement dit : la ville à tête de Janus n’en a pas moins ses codes. Et ses pièges.

Touria Tiouli ne les a pas vus. La beurette de Brive-la-Gaillarde, la Française venue de Casablanca qui se sent, comme elle dit, « étrangère partout » avait trouvé à Dubaï « une deuxième Amérique, un pays arabe avec la liberté occidentale ». Le hasard l’y avait conduite une première fois en 1999, dans l’espoir d’y valider son diplôme de prothésiste dentaire. Puis, ayant décidé de changer de voie, elle y était retournée pour des vacations de marketing. Et là, elle avait trouvé le paradis. Une ville sur mesure. « Il y avait exactement ce qui me convenait : ce mélange de vie occidentale et de vie orientale qui permet, quand on est beur, de se retrouver quelque part. »

Dans la chambre d’hôtel où elle réside depuis quatre mois et demi, en liberté mais sous contrôle judiciaire, Touria Tiouli ressasse ses angoisses. Elle est assise sur son lit, la radio diffuse du disco arabe. Son histoire ? Elle s’arrête, les larmes aux yeux, conclut qu’elle n’est « pas en état ». Reprend dans le désordre, par bribes interrompues, s’arrête à nouveau. Annonce qu’elle garde des secrets : « On ne sait jamais, si j’écrivais un livre. » Puis, visiblement à bout de nerfs, rigole, répond joyeusement au téléphone, qui n’arrête pas de sonner. Un vrai secrétariat. C’est son fils de 14 ans ; sa mère, qui n’en peut plus d’attendre ; l’avocate française, Me Clarissoux, qui sans compter son temps la conseille bénévolement ; quelques amis à Dubaï et en France ; la présidente de l’ADFE, une des deux associations des Français de l’étranger, qui se débat pour elle ; le comité de soutien qui s’est spontanément formé dans la région de Brive. Touria s’excuse, répond, raccroche, parle d’autre chose, sourit chaleureusement, offre du thé. Epuisée, le visage sous tension, elle revient à son histoire. Avec légèreté cette fois. Ou en prenant un ton théâtral, comme si tout cela ne la concernait pas.

Quand Touria Tiouli se décide à monter les marches du commissariat, c’est le jour de ses trente-neuf ans, le 15 octobre 2002. Un commissariat « nickel », à l’image de Dubaï, où l’on vous reçoit avec une courtoisie qui fait rêver. Même – surtout – si vous êtes une femme. Cela aussi fait partie des codes. Et des pièges. L’agent de la section criminelle prend note sur l’ordinateur. Les faits ont eu lieu la veille, déclare Touria. Elle raconte la boîte de nuit, les trois Emiriens d’une vingtaine d’années qui proposent de la raccompagner, la villa où ils l’entraînent. Elle dépose plainte pour enlèvement et viol.

Ce jour-là, Touria Tiouli a oublié la loi. L’appel du muezzin et la charia qui s’applique, malgré cette foule d’Européens et d’Américains qui peuplent les bureaux, malgré les femmes en jupe courte et aux bras dénudés, malgré l’extrême courtoisie des policiers. Le lendemain de sa plainte, quand Touria Tiouli est rappelée au commissariat pour complément d’information, ce sont les menottes qui l’attendent. Les policiers, entretemps, avaient entendu les trois Emiriens. Leur version : Touria était consentante. « Je lui ai même donné 1 000 dirhams », dit l’un d’eux. Les Emiriens n’ignorent pas, eux, les codes de Dubaï. Ils savent ce que coûte un viol à celui qui le commet : la prison à perpétuité, voire la peine de mort. Ils savent aussi que la loi punit sévèrement (1 à 3 ans de prison) toute femme reconnue coupable de prostitution ou de « relation sexuelle hors mariage ». Une infraction qui répond aussi au charmant nom d’ »attentat à la pudeur avec consentement ». Fait aggravant : Touria avait consommé de l’alcool. Voilà comment, d’un tour de main, la victime s’est retrouvée accusée.

Pour avoir consenti à attenter à la pudeur, Touria Tiouli a passé une semaine en détention provisoire, à la prison des femmes. « Une cellule pour six, raconte-t-elle. Il y avait une Marocaine, une Anglaise, une Iranienne… » De nouveau, le visage fermé. « C’est mon secret. » On apprendra juste qu’une des gardiennes était « super » et que la prison était propre, même si, en sortant, ses vêtements avaient « une odeur horrible ». On saura combien furent pénibles les confrontations avec les trois Emiriens, à la police et devant le procureur : elle seule femme devant une assemblée d’hommes qui ne lui épargnaient aucune question intime. Puis la sortie de prison et le début d’un procès interminable, fait de coups de théâtre. Des mois d’attente dans sa chambre d’hôtel.

Dès le début, la presse locale ne ménage pas Touria Tiouli. Gulf News, Khaleej Times ou Al Khaleej, comme les chaînes de télévision (Al-Jazira, MBC), accordent peu d’importance à l’événement, mais avancent la version officielle, plus favorable aux trois Emiriens. Le procureur général fait état d’une enquête de police et de tests ADN qui ne permettent pas d’accréditer avec certitude les accusations de la jeune femme. Alors que la presse française fait vite de Touria Tiouli un étendard de la victime française en terre d’islam, eux ironisent sur « les médias de ce pays, devenus fous sur le sujet ».

Touria Tiouli est d’origine marocaine. C’est une chose que la presse locale précise toujours. Parce qu’à Dubaï ce n’est pas rien d’être marocaine. Même si, nous a confié le procureur général, « la justice émirienne est la même pour tous. Que l’on soit émirien ou étranger, musulman ou chrétien, homme ou femme ». Il insiste, le procureur. N’empêche. Ce n’est pas l’avis de ce commerçant indien, entre autres, qui raconte entre deux sourires combien il vaut mieux ne pas être indien, à Dubaï, si on commet une infraction. Là encore, c’est affaire de signes.

Ces signes, les habitants les décryptent. « Pour nous Arabes, cette fille est d’abord une Arabe », affirme avec véhémence Imad Ben Khalifa, un Palestinien de vingt-neuf ans, directeur artistique, à Dubaï, du journal gouvernemental Al Bayan. Un soir, au bowling où son cœur balance entre l’équipe de Dubaï et celle de Jordanie, il s’enflamme : « Le fait qu’elle soit arabe inspire ici des sentiments compliqués. De la sympathie, mais surtout de la colère, du fait qu’elle a agi contre notre système. Et surtout, si elle est marocaine et qu’elle est devenue française, c’est pire pour elle. Ça veut dire qu’elle s’est perdue. En précisant son origine, on sous-entend : pourquoi a-t-elle quitté le monde arabe, pourquoi sa famille et son pays l’ont-ils laissée se perdre en Occident ? »

Ce n’est pas rien d’être marocaine à Dubaï pour une autre raison : un grand nombre de prostituées y viennent du Maroc et elles sont, allez savoir pourquoi, « les plus chères ». C’est une autre Marocaine qui le dit, Fadwa Z., vingt-huit ans, assistante d’une société de production à Dubaï. Il y a neuf mois, Fadwa est soudain devenue très religieuse et s’est mise à porter le foulard. Elle raconte sans déplaisir sa vie d’ »avant », quand elle sortait en boîte et consommait de l’alcool avec ses cousines, qui n’en finissent pas de la taquiner sur son revirement. « Quand tu es marocaine (et une Marocaine, tu la reconnais tout de suite, la façon de parler, de s’habiller), les Emiriens te regardent d’une façon spéciale : leur regard te demande si tu es d’accord. Et les prostituées marocaines font comme eux : avant que je porte le foulard, ça arrivait souvent qu’une d’elles m’aborde dans la rue pour me proposer de l’accompagner dans une « soirée ». »

En blue-jean et chaussures Puma, le visage ravissant cerné par son foulard rose pâle, Fadwa tient aux nuances : « Ce n’est pas parce que tu es marocaine qu’un mec va t’embêter, même si tu es seule. A Dubaï, à 3 heures du matin, tu sors sans problème, la police est partout. Pour draguer, les mecs passent devant toi sans te regarder en te donnant leur numéro de téléphone. Ca ne va pas plus loin, tu notes ou tu ne notes pas. Les filles sont habituées à ça dans les centres commerciaux, entendre des numéros qui volent comme des mouches. » Autre particularité de Dubaï : les dragueurs peuvent se faire arrêter par la police. Leurs photos sont publiées dans la section justice des journaux. Les filles s’y précipitent en gloussant. Dans la famille, c’est la honte. Conclusion de Fadwa : « Si tu montes dans une voiture avec un mec que tu ne connais pas, c’est autre chose que de noter un numéro de téléphone. Pour lui, ça veut dire que tu es prête à tout. Ce genre de choses, tu les apprends au fur et à mesure. »

Touria Tiouli l’a-t-elle appris trop tard ? Dans sa chambre d’hôtel, elle garde ses secrets. Lâchant juste du bout des lèvres : « J’ai été imprudente. » Le procès traîne, son passeport est toujours confisqué et l’ardoise s’alourdit chaque jour : entre les honoraires de son avocat émirien, le téléphone et la chambre d’hôtel, ses dettes s’élèvent à près de 9 000 euros. Les aides de son comité de soutien ou de l’ADFE, l’une des deux associations des Français de l’étranger, celles à venir du conseil régional du Limousin ou des villes de Brive et de Tulle ne suffisent pas. Au terme du procès, qui payera ? Quand rentrera-t-elle en France ?

« Je m’en veux d’avoir porté plainte », lâche Touria, qui s’avoue « à bout ». Pourtant, quelle que soit l’issue judiciaire, cette histoire aura brisé un tabou à Dubaï. Une amie à elle, qui vit depuis trente ans dans les pays du Golfe, s’en réjouit secrètement : « Le simple fait qu’une question liée à la sexualité d’une femme ait été évoquée dans les journaux peut rendre service à l’évolution des femmes à Dubaï. Le gouvernement fait appel à elles, elles sont aux affaires, dans les ministères, à la télévision, mais les « problèmes de femmes » ne sont jamais évoqués publiquement. » Dans cette ville hésitante, qui n’en finit pas de se chercher une âme entre la tradition bédouine, la radicalité religieuse et la pointe du moderne, les femmes se taisent. Les repères tremblotent. Mine de rien, l’affaire Touria apporte son petit grain de sel.