Election américaine: Vous avez dit couilles? (Looking back on Obama’s latest Sister Souljah moment)

Si les noirs tuent des noirs tous les jours, pourquoi ne pas avoir une semaine où on tue les blancs? Lisa Williamson alias Sister Souljah (le 13 mai 1992)
Tu es ma came Plus mortelle que l’héroïne afghane Plus dangereux que la blanche colombienne Tu es ma solution à mon doux problème Carla Bruni
Barack Obama sera-t-il le Ronald Reagan de la gauche, un président qui a profondément transformé le pays ? Ou sera-t-il juste un autre Bill Clinton ? […] A ce stade, il a l’air définitivement clintonien. Paul Krugman
Saint Barack était un mirage (…) Il nous a été vendu comme un post-tout (post-partisan, post-idéologique, post-racial et post-étiquette). Si cela disparaît, alors Obama ne sera plus perçu que comme un sénateur très libéral et comme une sorte d’imposteur. Ceci pourrait être suffisant pour le battre. Peter Wehner (National Review)
J’ai toujours pensé que le deuxième amendement protège le droit des individus à porter une arme, mais je m’identifie aussi avec le besoin des communautés minées par la criminalité qui cherchent à protéger leurs enfants de la violence. Barack Obama.
Le problème de Barack… c’est qu’il est condescendant avec les noirs… J’ai envie de lui couper les couilles. Jesse Jackson
Obama, un blanc déguisé en noir (…) Il y a quelque chose de fascinant à voir un homme politique relativement jeune (47 ans) et noir comme Barack Obama briguer avec quelque chance de succès l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine. Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait – n’avait pu jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle. Une aisance qui le fait même qualifier de « nouveau Kennedy ». (…) La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir ! Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui descendrait du président sudiste Jefferson Davis – mais aussi, plus classiquement, de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à vous faire « black ». C’est de son père, Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale. Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs, « peuple sûr de lui et dominateur », a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. (…) On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’Oncle Tom, pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississippi ! C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement, d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. C’est ce qui explique aussi peut-être la difficulté qu’éprouve la communauté noire américaine à se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale qu’il a eue dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire. Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis. Roland Hureaux
Alors que la soi-disant « Première dame de France » se sert sans vergogne de son statut et des medias complaisants pour écouler « comme si de rien n’était » sa « came » …

Et que le Premier monsieur du « Pays (autoproclamé) des droits de l’homme » continue à s’asseoir sur ses principes si ostentatoirement étalés en forçant ses propres soldats à défiler devant le chef d’un des états qui a commandité le lâche assassinat d’au moins 58 de leurs frères d’armes avant d’aller se coucher devant les massacreurs de Tienanmen

Retour sur un autre spécialiste du double langage, des retournements de veste et des volte-face, le candidat des munichois Barack Obama. Renoncement au financement de campagne public (pour conserver le financement privé sans limite de plafond), soutien de la récente confirmation du droit au port d’arme par la Cour suprême, déclaration en faveur de l’immunité pour les compagnies de télécommunications ayant participé aux écoutes électroniques de citoyens américains dans le cadre de la lutte contre le terrorisme …Y a—t-il une promesse de primaire que « Saint Barack », alias le champion du changement, de la vérité et du détachement des querelles partisanes, ne sacrifiera pas pour assurer son élection en novembre prochain?Mais, au-delà de la déception des associations et blogs de gauche (MoveOn, Blue America PAC, Daily Kos) pour des positions le plus souvent aussi manifestement irresponsables et intenables que l’abandon de l’Irak (que le monsieur en question n’avait même pas, depuis le début de la campagne, pris la peine de visiter!), il est une toute récente critique particulièrement intéressante pour le premier candidat noir en position de devenir président de l’histoire américaine.

Non pas tant pour sa forme particulièrement musclée (il y était question, avec la candeur – d’ailleurs pas nécessairement négative pour l’intéressé – que permettent les micros indiscrets, de coupage de couilles!), mais pour ce qu’elle représente, comme l’analyse bien la chroniqueuse démocrate nigériano-américaine (significativement plutôt clintonienne) Chizoba Nnaemeka du blog du Figaro Route 44, du conflit générationnel et du passage de témoin qui est en train de se faire au sein de la communauté noir américaine.

Et au sein même de la propre famille du chef de file de l’ancienne garde (représentée par le pasteur Jesse Jackson) contre la nouvelle génération montante, représentée par le candidat démocrate, de Deval Patrick (gouverneur du Massachussetts) ou du propre fils de Jackson, Jesse Jackson Jr., (député de l’Illinois, qui a d’ailleurs vivement critiqué les propos de son père).

L’objet ou le prétexte de la dispute est d’ailleurs particulièrement révélateur, Jackson reprochant notamment à Obama sa critique, lors de la dernière Fête des Pères, des pères absents (« qui ont fui leurs responsabilités et se comportent comme des gamins, pas comme des hommes ») d’une communauté noire où 7 enfants sur 10 sont nés d’une mère célibataire.

D’abord, ce qu’oublie étrangement ou significativement la démocrate Chizoba Nnaemeka, comme confirmation de la duplicité et du côté calculateur (s’agit-il d’autre chose que de racoler les voies blanches ?) de quelqu’un qui, comme l’a montré sa longue association, tout récemment révélée, avec le pasteur Wright, a pendant le plus clair de sa carrière flatté les pires dérives de l’électorat noir.

Qui rappelle d’ailleurs un autre maitre-manipulateur qui avait eu lui aussi en 92 son « moment Souljah », du nom de sa fameuse – et politiquement payante – critique contre la certes évidente irresponsabilité, au lendemain des émeutes de Los Angeles, de l’appel à tuer du blanc par la tristement célèbre membre du groupe de rap noir Public enemy.

Mais aussi comme indicateur de la grande hétérogénéité (d’origine, socio-économique, résidentielle), bien soulignée par l’article de Chizoba Nnaemeka car pas toujours comprise de ce côté-ci de l’Atlantique, des membres de la communauté noire aux Etats-Unis.

Et surtout enfin comme incarnation des différentes conceptions qui s’affrontent au sein de la communauté noire sur les causes de cette situation (responsabilité individuelle contre responsabilité gouvernementale).

Et maintenant, avec la troisième voie ouverte par Bill Clinton, le refus de la victimisation et l’idée, reprise par la nouvelle garde représentée par Obama mais aussi la jeune génération des Deval Patrick ou du propre fils de Jackson, que « les individus ET le gouvernement doivent oeuvrer ensemble pour améliorer la situation des Noirs en Amérique ».

D’où bien sûr la vive opposition des tenants de la revendication, à savoir l’arrière-garde, symbolisée par les prédicateurs historiques du mouvement noir à la Jessie Jackson, mais aussi les Al Sharpton et le tristement célèbre pasteur Wright avec lequel Obama, on l’a dit, a frayé si longtemps

Révérend Jackson, attention avec ce couteau…
Par Chizoba Nnaemeka

le 10 juillet 2008Avant Barack Obama, la politique américaine avait eu des candidats noirs à la présidence. Le Révérend Jesse Jackson, qui a fait campagne en 1984 et 1988 était –jusqu’à présent – le plus connu. Rappelons la remarque de Bill Clinton lorsqu’il cherchait à diviser l’électorat démocrate et minimiser les victoires d’Obama: “Jesse Jackson a gagné la Caroline du Sud.” Ou autrement dit, le gain écrasant de cet Etat quasiment Noir était inévitable pour Obama puisqu’il était noir lui aussi. (Selon le recensement de 2002, seul la Louisiane compte plus de Noirs – 30% de la population totale contre 27% de la population totale en Caroline du Sud. Mais je soupçonne que depuis l’ouragan Katrina, la Caroline du Sud a du la devancer).Pour Clinton, le message implicite était le suivant: le mouvement Obama était en train de puiser ses forces uniquement du soutien aveugle et prévisible de la communauté noire américaine. Par contre, le sénateur d’Illinois n’accédera pas à la présidence dans un pays multiracial dans lequel les Blancs rejetteront un néophyte méconnu et différent d’eux.Le Révérend Jesse Jackson, qui a bâti sa vie professionnelle et politique sur la dénonciation coléreuse, vocale et souvent égocentrique du racisme, y voyait une autre façade néfaste. Obama exploitait, pour son propre avantage électoral, le soutien aveugle et prévisible de la communauté noire, pour ensuite la condamner, la rabaisser et faire fi de ses problèmes.

Le dimanche de la Fête des Pères, dans une église à Chicago, Obama avait imploré les hommes noirs d’assumer leurs devoirs en tant que pères.

Obama, lui-même avait souffert de l’absence d’un père, tourmente et douleur qu’il avait révélées dans son premier livre, le bestseller, Les Rêves de mon Père. Il s’était donc positionné, non pas comme un prêcheur hautain et sans reproche, mais comme une victime — courageuse — qui avait vu et vécu les défauts de ce vide et ne souhaitait pas que d’autres enfants le connaissent. Aux Etats-Unis, les Afros-Americains — ceux qui sont descendus des Africains esclavagés par les Européens entre les 17ème et 19ème siecle — vivent une dure et choquante réalité: 7 enfants sur 10 (70%) sont nés d’une mère solitaire, le taux le plus élevé de toutes les communautés americaines, et un chiffre qui est franchement très troublant.

Les Noirs aux Etats-Unis forment un groupe hétérogène, originaire des Caraïbes, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud, de l’Amerique du Nord, mais partagent l’héritage et la quotidienneté du racisme. Pauvres et aisés, ils habitent la ville, la banlieue et la campagne. Cependant les études menées dans ce pays démontrent que depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, les Afro-Americains — nés de parents, grandparents et arrière grandparents américains — souffrent différemment. Ils confontent un éventail d’obstacles qui conspirent contre leur ascension sociale, ou du moins, la rend très difficile.

En outre de l’absence paternelle, les Afro-Américains connaissent toutes sortes de rudesses: ils sont les plus susceptibles d’arrêter leurs études prematurément, d’être infectés par le SIDA, de mourir d’une crise cardiaque, d’être emprisonnés, d’être victimes d’un crime violent… une liste si longue et décevante et honteuse que j’en suis sidérée par son existence et sa perpétuité, surtout dans un pays qu’on dit la première puissance mondiale.

De ce portrait indigne, deux théories se sont dessinées.

1) celle de la responsabilité individuelle

2) celle de la responsabilité gouvernementale.

Les deux factions s’opposent assez violemment et rares sont les voix intellectuelles qui osent attribuer la responsabilité et à l’indivudu et au gouvernement. Pourtant, le progrés de cette communauté repose sur l’engagement de ces deux partis. Jesse Jackson, le Révérend Al Sharpton, et presque tous les sociologues américains de gauches se classent nettement dans la deuxième camp. Puisque le Révérend Wright est désormais connu, je l’ajoute à la liste de ceux qui blâment le gouvernement américain pour tous les maux dont souffre la majorité de la communauté afro-américaine.

Il est dur de communiquer le phénomène Jesse Jackson à ceux qui n’ont pas eu la chance de l’observer de prés aux Etats-Unis. Moi-même, je suis désavantagée par mon âge. Les extravagances dont j’ai été témoin ne constituent qu’1/10 de la grandeur et de la bassesse qui ont défini la trajectorie de Jackson depuis la fin des années 70s. Les Français connaissent l’activisme de la HALDE, (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité), cette organisation qui milite –- comme l’indique son nom -– contre les discriminations. Jesse Jackson est un peu une HALDE individuelle qui avait débuté sa carrière avec de bonnes intentions. Mais, il s’est perdu en quête de célébrité et d’infaillibilité.

Proche ami du grand révérend Martin Luther King, Jr., il s’etait voué à continuer sa mission d’égalite sociale et raciale, après l’assassination de King en 1968. Trois ans plus tard, il avait fondé l’Operation PUSH (et plus tard la Rainbow Coalition) pour but de renforcer la stabilité économique de la communauté noire.
King et Jackson.PNG
Parmi ses stratégies pour appeler l’attention politique aux difficultés des noirs, Jackson organisait des boycotts de sociétés qui se montraient racistes envers les clients ou les employés de couleur. (Dans un pays capitaliste, n’est ce pas le coup le plus fort?). Il incitait les noirs à l’entrepreneuriat et les encourageait à soutenir les entreprises créees et gérées par les noirs. Son domaine d’influence s’étendait même aux médias: il réclamait l’inclusion des minorités dans le commerce profitable d’Hollywood, et leur présence devant et derrière l’écran.

Au cours de 40 années, les thèses de sa philosophie sont restées assez claires:

– le racisme existe,

– le racisme est omniprésent,

– le gouvernement et les grandes entreprises le pratiquent.

Les thèses sous-jacentes sont les suivantes:

– lorsqu’on parle de racisme, on parle presqu’uniquement du racisme des blancs envers les noirs,

– les noirs d’aujourd’hui continuent à être victimes de l’esclavagisme qui a eu lieu des centaines d’années,

– les blancs d’aujourd’hui sont aussi responsables que leurs ancêtres pour le vile marché humain qui a eu lieu sur le sol américain (y inclus les blancs nés d’immigrés italiens, irlandais, allemands, qui sont arrivés aux Etats-Unis APRES l’abolition de l’esclavage…),

– les blancs, qui sous-estiment la présence du racisme, sont l’ennemi.

– mais les véritables monstres sont les noirs qui disent que le racisme n’est pas aussi grave que prétenderaient certains…

Et voilà donc qu’arrive Barack Obama, un partisan du troisième camp qui pense que les individus ET le gouvernement doivent oeuvrer ensemble pour améliorer la situation des Noirs en Amérique. Oui, le racisme persiste, dit Obama, mais la responsabilité individuelle ne peut ni être abdiquée ni minimisée. Quand je serai votre président, continue ce bizarre monsieur Obama, je vous aiderai en instaurant des programmes pour encourager vos efforts. Mais vous vous devez de vous aider. Vous vous devez de ne pas saboter votre progrès en cédant à la tentation du crime, du plaisir immédiat, de la lâcheté, et de l’auto-victimisation.

Des propos véritablement blasphématoires pour le Révérend Jackson, dont le soutien pour Obama, a toujours paru, forcé et fébrile.

Dimanche, il s’est refâché (en privé, pensait-il) avec ce jeune charlatan, irréverencieux et hérétique, qui semble éponger avec chaque mot les efforts des activistes de droits civiques qui l’ont précédé et qui ont rendu son histoire possible.

Croyant son entrevue terminée, le révérend avait dit à son interlocuteur qu’il voulait « couper les couilles » d’Obama. Il etait furieux du discours du jour de la Fête de Pères pendant lequel le candidat Democrate appelait les pères noirs à s’investir dans la vie de leurs familles et de leurs communautés. Jackson s’est vite excusé auprès du candidat démocrate et encore dans une interview avec Wolf Blitzer sur CNN. Je l’applaudis de ne pas avoir cherché à nier ou réduire la gravité de sa remarque qu’il a caractérisée de « grossière » (Lecteurs: traduction du mot anglais « crude »?). Remarque qui, selon le révérend, visait non pas Obama mais son omission systématique du rôle nocif que jouait le racisme structurel. Pour le moment, aucune réponse de la campagne d’Obama.

Depuis les années 90s, le révérend voit se restreindre sa sphère d’influence. Les scandales et une nouvelle ère l’ont rendu tantôt ridicule tantôt obsolète. Jadis, un homme au côte duquel tout candidat sérieux souhaitait s’afficher (en signe de leur ouverture d’esprit), M. Jackson est de nos jours ignoré — et pire encore — ignorable. Une nouvelle vague de politiciens noirs baigne les partis et tranche avec l’idéologie de Jackson, Sharpton, et al. Elle fait voguer — avec assez de succès — l’idée d’une Amérique post-raciale, multi-éthnique, et ne se définit plus par son obsession avec les tensions entre noirs et blancs. Grande ironie pour le Révérend Jackson dont le propre fils, Jesse Jackson, Jr., (voir la photo ci-dessous) est une des figures importantes de cette nouvelle génération politique, qui compte aussi Barack Obama, Harold Ford Jr., Deval Patrick et Cory Booker.

La remarque de Jackson, je l’aurais facilement imaginée sortir de la bouche du président Bill Clinton. A mon avis, elle témoigne moins de la frustration de ces deux hommes avec le programme et la philosophie de Barack Obama et plus de leur jalousie latente (transparente?) de ce faon charismatique du Kansas et du Kenya, qui sort de nulle part, qui réussit sans avoir sollicité leur sagesse, et qui prend leur place avant qu’ils ne soient prêts à renoncer leur pouvoir déclinant.

Qui d’autre aurait pu sympathiser avec Mr Jackson? Mme Clinton?

Et qui aurait deviné que le changement de garde et non pas le racisme poserait le plus grand problème aux efforts d’Obama ?

Voir aussi:

Barack Obama pivote au centre
Les volte-face du candidat démocrate à la présidentielle américaine marquent un repositionnement.
De notre correspondante à New York MARIA PIA MASCARO
Libération
1 juillet 2008

Beaucoup d’Américains veulent croire qu’il pourra être un véritable agent du changement (de la gauche, bien sûr). D’autres, tout aussi nombreux, craignent qu’il ne soit finalement juste un politicien comme un autre, maître dans l’art du «recentrage». «Barack Obama sera-t-il le Ronald Reagan de la gauche, un président qui a profondément transformé le pays ? Ou sera-t-il juste un autre Bill Clinton ? […] A ce stade, il a l’air définitivement clintonien.» Paul Krugman, le célèbre économiste chroniqueur du New York Times, résume le sentiment général qui prévaut à l’égard du candidat démocrate à la Maison Blanche depuis qu’il a décroché la nomination de son parti. Les derniers revirements de Barack Obama alimentent toutes les chroniques.

Port d’armes.

Ce fut d’abord sa décision de renoncer aux fonds publics – et plafonnés – pour financer sa campagne électorale, préférant au contraire continuer à lever des contributions privées sans limite de plafond. La semaine dernière, il a salué la décision de la Cour suprême qui a confirmé le droit de chacun de posséder et de porter une arme à feu, invalidant ainsi une loi de la capitale fédérale, Washington, qui interdisait depuis 1976 le port d’armes à ses résidents. «J’ai toujours pensé que le deuxième amendement [de la Constitution] protège le droit des individus à porter une arme, mais je m’identifie aussi avec le besoin des communautés minées par la criminalité qui cherchent à protéger leurs enfants de la violence», déclarait Barack Obama. Quelques mois plus tôt, pourtant, il affirmait que les Etats et les villes ont le droit d’adopter leurs propres législations en matière de port d’armes. Il fut pendant plusieurs années membre de la fondation Woods, à Chicago, dont l’un des buts est de limiter la circulation des armes à feux dans les centres urbains.

La semaine dernière, encore, Barack Obama s’est dit en faveur d’une loi accordant rétroactivement l’immunité aux compagnies de télécommunications ayant participé aux écoutes électroniques de citoyens américains dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Pendant la campagne, le sénateur de l’Illinois avait dit son opposition à cette loi. Cette seconde volte-face lui a valu un concert de critiques à la gauche de son parti. Plusieurs associations, dont MoveOn.org et Blue America PAC l’ont prié de revoir sa position. Si ce recentrage (certains parlent d’hypocrisie) lui vaut des grimaces à gauche, la majorité des commentateurs ne s’en étonnent guère. Les élections se gagnent au centre de l’échiquier politique. «Soyons honnêtes, c’est soit Obama, soit John McCain. Nous n’avons pas vraiment le choix», admettait Markos Moulitsas Zuniga, fondateur du Daily Kos, un site de gauche influent, sur la chaîne MSNBC. Le repositionnement s’explique aussi bien par la nécessité de regagner les électeurs plus modérés d’Hillary Clinton (ils sont encore près de 20 % à vouloir voter pour John McCain) que les indépendants qui pourraient se laisser séduire par l’image de franc-tireur du candidat républicain, même si ce dernier a opéré un sérieux virage à droite pour ne pas s’aliéner la base conservatrice du parti républicain.

Si les supporters de la première heure de Barack Obama s’accommodent tant bien que mal du nouveau pragmatisme de leur candidat, la droite, elle, s’est enfilée dans la brèche, profitant de l’aubaine ainsi offerte. «Saint Barack était un mirage», titre la très conservatrice National Review. Son chroniqueur, Peter Wehner, qui admet avoir été impressionné par Obama en début de campagne, écrit : «I l nous a été vendu comme un post-tout (post-partisan, post-idéologique, post-racial et post-étiquette). Si cela disparaît, alors Obama ne sera plus perçu que comme un sénateur très libéral [progressiste, ndlr] et comme une sorte de fraudeur. Ceci pourrait être suffisant pour le battre.»

Détruire.

Pour l’heure, Barack Obama continue de devancer John McCain dans les sondages, y compris dans les Etats clefs indispensables que sont la Pennsylvanie et l’Ohio. Mais les républicains savent qu’ils tiennent un os. Quel meilleur argument que de détruire l’image sur laquelle Obama a bâti toute sa campagne : celle d’un agent du changement, au-dessus des querelles partisanes et promettant de toujours dire la vérité à ses concitoyens ?

Comprendre le phénomène Obama nécessite de se pencher sur ses origines, et donc de prendre le temps d’un détour par l’Afrique de l’Est, ses noblesses et son histoire.

Il y a quelque chose de fascinant à voir un homme politique relativement jeune ( 47 ans) et noir comme Barack Obama briguer avec quelque chance de succès l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine.
Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait – n’avait pu jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle. Une aisance qui le fait même qualifier de « nouveau Kennedy ».Le contraire d’un afro-américain
La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir ! Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui descendrait du président sudiste Jefferson Davis – mais aussi, plus classiquement, de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à vous faire « black ». C’est de son père, Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale.
Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs, « peuple sûr de lui et dominateur », a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. Ces peuples fiers et guerriers (Parmi lesquels les célèbres masaïs) dominèrent longtemps les Bantous, cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d’esclaves arabes de la côte swahili, quand ils ne collaborèrent pas avec eux. Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan ( quoique les Nilo-Hamitiques soudains se prétendent Arabes). De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere , fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni, actuel président de l’Ouganda, en sont. De même l’ancien archevêque de Dar-es-Salaam Lawrence Rugambwa, fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s’y connait en chefs. Kabila, président du Congo est, dit-on, à moitié tutsi.

En héritage, la noblesse d’Afrique de l’Est
Se rattachent en effet aux peuple nilo-hamitiques les Tutsis du Rwanda et du Burundi : minorité « noble » pesant entre 5 et 10 % de la population, qui domina longtemps dans ces deux royaumes la majorité Hutu ( lesquels sont des bantous). Renversée au Rwanda en 1960, la minorité tutsi, aidée par l’ougandais Museveni, est revenue au pouvoir sous l’égide de Paul Kagame en 1994. L’armée des « ci-devants », exilés depuis plus de trente ans est rentrée au pays en massacrant à tour de bras. Les tenants du pouvoir majoritaire hutu, pris de panique, commencèrent alors à massacrer tous les Tutsis de l’intérieur et leurs amis réels ou supposés: ce fut le grand génocide de 1994. Le pouvoir est aujourd’hui exercé dans ce pays d’une main de fer par une petite minorité de Tutsis de l’étranger – très peu nombreux du fait du massacre des Tutsis de l’intérieur : peut-être 1 % de la population.
La diaspora tutsi en Europe ( particulièrement forte en Belgique) et dans le monde est depuis lors un relais efficace de la propagande de Paul Kagame : personne ne conteste le chiffre devenu « canonique » de 900 000 victimes, pourtant issu d’une source unilatérale ; personne ne parle des massacres de Hutus par les Tutsis qui , quoique moins concentrés dans le temps, ont fait sur la longue période encore plus de victimes. Tous ceux qui contestent la version officielle propagée par le gouvernement de Kigali sont menacés, où qu’ils se trouvent, de lynchage médiatique ou internautique, ou de procès téléguidés dissuasifs : la France fut ainsi fort injustement mise au banc des accusés dans l’opération Turquoise pour complicité avec les génocidaires, jusqu’à ce que Bernard Kouchner aille à Canossa en se rendant à Kigali (au cours d’une visite dont l’incongruité fait débat. Le courageux journaliste Pierre Péan, qui a osé contester la version des vainqueurs tutsi et par là défendre l’honneur de l’armée française dans un livre remarquable (1), est depuis lors l’objet d’ une persécution sans merci. Agents conscients ou inconscients de l’internationale tutsi, la plupart des journalistes français se sont déchaînés contre son livre. SOS-Racisme a traîné son auteur devant les tribunaux pour racisme et complicité de génocide.

Accepté par l’establishment, il laisse froid les afro-américains

Au Kenya, l’ethnie dominante est au contraire une ethnie bantoue, les Kikuyus, servis par leur majorité relative, leur centralité et surtout une empreinte anglaise plus forte. L’actuel président kikuyu Mwai Kibaki, usé , s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par une coalition menée par le Luo Rail Odinga, fils d’Oginga Odinga , homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama. Que Kibaki n’ait été réélu qu’au moyen de fraudes massives est aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.
Même si le rôle des Tutsis du Rwanda est sujet à caution, être nilo-hamitique n’a certes rien d’infâmant, bien au contraire.
On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’Oncle Tom, pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississippi !
C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement, d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi.
C’est ce qui explique aussi peut-être la difficulté qu’éprouve la communauté noire américaine à se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale qu’il a eue dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire. Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis.

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