Prix de l’énergie: Le pétrole, ça sert d’abord à faire la guerre! (Oil firstly serves to make war)

Oil shocksLa géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. Yves Lacoste

C’est un salaud, mais c’est notre salaud. John Foster Dulles (propos attribué au secrétaire d’Etat d’Eisenhower au sujet de Nehru un an après la Conférence de Bandung du Mouvement des non-alignés, 1956)

Il faudrait que le prix de l’essence atteigne 2,5 euros le litre pour retrouver le niveau du coût d’usage de 1984, soit un baril à 200 dollars! Cabinet Arthur D. Little

L’énergie abondante et à bas prix a progressivement permis au consommateur occidental de se retrouver à la tête d’une armée d' »esclaves énergétiques », qui nous fournissent objets et nourriture à profusion, mobilité à bas prix et tout ça pour juste 35 heures par semaine. Jean-Marc Jancovici

1984,… c’est demain!

Intéressant article du Monde, suite à la flambée actuelle des prix du baril et à l’évidente démagogie de la réponse qu’y proposent nos dirigeants, sur le coût des carburants et la relativité des perceptions.

Où l’on découvre notamment que, contrairement aux impressions, « le coût d’usage actuel d’un véhicule est encore de 30 % à 35 % inférieur à celui de 1984 » et qu’il faudrait un baril à 200 dollars « pour retrouver le niveau du coût d’usage de 1984 ».

Que, si « le prix du baril de pétrole en monnaie constante valait 20 dollars en 1880, moins de 20 dollars en 1970 et en 1990, depuis 1880, le pouvoir d’achat a été multiplié par dix »!

Mais que, « bâti sur une ressource non renouvelable », le système est condamné à être « rattrapé par la vérité des prix » et que (comme pour d’autres inéluctables explosions de coûts comme la santé ou les retraites ajouterions-nous) « demander aux pouvoirs publics de subventionner les carburants ne fait que déplacer le problème dans le temps, mais ne le règle pas ».

Manque juste la variable historique et géopolitique des choses, chacun semblant oublier qu’à l’origine des deux premiers chocs pétroliers, il y a surtout l’arme du pétrole secrètement programmée dès août 1973 par les pays arabes à la veille de  leur guerre du Kippour contre Israël pour punir les États « qui soutiennent Israël » (« embargo » ou plus précisément réduction des livraisons et quadruplement des prix).

Et, pour le deuxième, au tournant des années 80, la révolution islamique iranienne et la guerre Iran-Irak, qui, avec notamment l’arrêt puis la réduction des exportations iraniennes, provoque un quasi-triplement des prix du baril.

Même si, pour revenir à l’argument de la ressource non-renouvelable, ces guerres (auxquels il faudrait ajouter, en plus de l’agression du Koweit par Saddam puis son refus de déclarer ses ADM, les surcoûts liés aux mesures de sécurité liées à la menace terroriste palestinienne et islamique notamment sur les transports aériens) pourraient finalement être considérées, selon l’expression anglaise, comme une « bénédiction déguisée ».

Mais, post-11/9 oblige, on pourrait aussi se demander ce que lesdits pays arabo-musulmans ont fait et continuent à faire avec les centaines de milliards qu’ils accumulent sur le dos du reste du monde depuis plus de trois décennies

Finalement, l’essence n’est pas si chère
Stéphane Lauer
Le Monde
24.06.08

L’essence coûte-elle trop chère ? Lorsqu’on se place du côté des pêcheurs, routiers, taxis et automobilistes, la réponse est assez évidente. La hausse des prix des carburants est en train de mettre en péril quantité de professions, créant des situations individuelles dramatiques. Pourtant, lorsqu’on remet les choses en perspective, la réponse n’est pas si limpide.

Tout un chacun est persuadé que le budget consacré à ses déplacements a explosé. C’est vrai sur le très court terme, mais lorsqu’on prend un peu de recul, cette impression se révèle fausse. Prenons le coût d’usage d’une voiture, qui comprend l’amortissement du prix d’achat, l’entretien, l’assurance, le carburant, les taxes et réglementations. Dans cette enveloppe, le carburant compte pour environ un tiers. Or, malgré la flambée récente des prix du baril, le cabinet Arthur D. Little a calculé que le coût d’usage actuel d’un véhicule est encore de 30 % à 35 % inférieur à celui de 1984. « Il faudrait que le prix de l’essence atteigne 2,5 euros le litre pour retrouver le niveau du coût d’usage de 1984, soit un baril à 200 dollars ! » note le cabinet.

Autre façon d’aborder le problème : sur une longue période, se déplacer coûte de moins en moins cher. Deux indices tendent à le prouver. Le parc automobile a littéralement explosé. En Ile-de-France, en vingt ans, le taux d’équipement automobile des ménages a augmenté de l’ordre de 30 % et la proportion de ceux possédant plusieurs voitures a doublé.

La raison : le pouvoir d’achat a progressé à un rythme infiniment plus rapide que le prix de l’énergie. Le consultant Jean-Marc Jancovici s’est livré au calcul suivant : selon lui, le prix du baril de pétrole en monnaie constante valait 20 dollars en 1880, moins de 20 dollars en 1970 et en 1990. Or depuis 1880, le pouvoir d’achat a été multiplié par dix ! « L’énergie abondante et à bas prix a progressivement permis au consommateur occidental de se retrouver à la tête d’une armée d' »esclaves énergétiques », qui nous fournissent objets et nourriture à profusion, mobilité à bas prix et tout ça pour juste 35 heures par semaine », résume M. Jancovici.

La logique du système pourrait être, d’une certaine façon, vertueuse, si elle n’était pas bâtie sur une ressource non renouvelable. A partir du moment où les perspectives d’extraction sont inférieures aux anticipations de consommation, tout bascule et le système est rattrapé par une vérité des prix. Il va donc falloir travailler plus pour obtenir autant d’énergie, en attendant de trouver des solutions alternatives aux hydrocarbures.

Refuser de regarder cette réalité en face en demandant aux pouvoirs publics de subventionner les carburants ne fait que déplacer le problème dans le temps, mais ne le règle pas. Ce que l’on peut leur reprocher en revanche, c’est de n’avoir pas suffisamment anticipé l’ère de l’après-pétrole. Accepter de payer le baril plus cher est douloureux au quotidien, déstabilisant sur le plan économique, mais c’est le seul moyen de repenser vraiment les modes de développement. Le temps de la désintoxication des consommateurs est sans doute venu.

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