C’est une coutume établie parmi les Nègres de rendre esclaves tous les captifs qu’ils font à la guerre. On sait de manière à n’en pouvoir douter qu’un grand nombre de captifs pris à la guerre seraient exposés à être massacrés cruellement si les vainqueurs ne trouvaient pas s’en défaire en les vendant aux Européens. William Snelgrave
Le 8 août 2007, le Parlement mauritanien a adopté une loi condamnant jusqu’à dix ans de prison tout détenteur d’esclave. En République islamique de Mauritanie, la première ordonnance abolissant l’esclavage date de 1981. Ces législations anachroniques soulignent l’ampleur d’une question restée longtemps taboue : pourquoi, quatorze siècles après la Révélation coranique, plusieurs millions de personnes sont-elles aujourd’hui encore réduites en servitude dans certaines sociétés et pays musulmans ? (…) Car aujourd’hui, comme le souligne Malek Chebel, les « serviteurs » noirs de Mauritanie, les « domestiques » des palais marocains ou des monarchies du Golfe, les enfants exploités en Afrique de l’Ouest ou en Indonésie sont-ils autre chose que des « esclaves modernes ? L’Express
Enfin réédité en français, par l’un des éditeurs de la correspondance de Tocqueville qui l’a retrouvé dans sa bibliothèque, cet étonnant journal de bord d’un négrier anglais le capitaine William Snelgrave publié en 1734 et traduit en français l’année suivante (« Journal d’un négrier au XVIIIe siècle. Nouvelle relation de quelques endroits de Guinée et du commerce d’esclaves qu’on y fait, 1704-1734″ »).
Et ce pour son témoignage de première main sur la traite des Noirs entre la côte de Guinée et les Antilles et surtout sa partie intra-africaine, systématiquement occultée (comme d’ailleurs les traites musulmanes) par nos belles âmes et amateurs de culpabilité rétrospective.
Notamment, contre les guimauveries des chantres du bon sauvage et entre sacrifices humains et cannibalisme, les cruelles et brutales réalités de l’Afrique de l’époque.
Mais aussi, comme en témoigne son ton apologétique, l’opposition à laquelle, du sein même de l’Angleterre, tout le système était de plus en plus confronté …
Journal d’un négrier au XVIIIe siècle
William Snelgrave
Edition Gallimard
Le journal du capitaine Snelgrave: un document passionnant sur la traite des Noirs au XVIIIe siècle.
François Dufay
TV5
En d’autres temps, il aurait fait un excellent journaliste ou un ethnologue épatant. William Snelgrave avait un vrai talent de conteur, et une curiosité insatiable pour les moeurs des sauvages. Mais voilà: ce sujet de Sa Majesté britannique était aussi doué pour le commerce. Et il avait choisi d’exercer, entre Londres, l’Afrique et la Jamaïque, le métier, fort honorable à son époque, de négrier.
Retrouvée dans la bibliothèque de Tocqueville, la relation qu’il a laissée de sa sinistre activité, traduite en français en 1735, est un régal dans le genre glaçant. Dans la langue élégante du siècle des Lumières, le capitaine Snelgrave raconte comment il remplissait ses cales de captifs de guerre vendus par des potentats africains. Le morceau de bravoure du livre est sa négociation avec le redoutable roi du Dahomey: en se rendant à sa cour, Snelgrave comprend pourquoi il est sans cesse incommodé par des mouches… en apercevant des pyramides de têtes coupées.
Si le capitaine anglais s’appesantit ainsi sur les sacrifices humains et autres scènes de cannibalisme, c’est afin de démontrer que les «nègres» seront bien plus heureux esclaves dans les plantations que libres chez eux! Hélas, «sournois» ou «opiniâtres», certains, pendant la traversée, se laissent mourir ou se mutinent: ils finissent alors pendus en haut d’une vergue et «arquebusés».
Pour tout dire, on n’est pas fâché, à la fin du livre, de voir le bon capitaine passer un sale quart d’heure aux mains de pirates. Il saura cependant tirer son épingle du jeu et reprendra son juteux business. Tant pis pour la morale. Mais tant mieux pour les lecteurs de ce document aussi palpitant qu’exceptionnel.
Voir aussi:
Journal de bord d’un négrier
Jean Pierre Plasse
Le Mot et le reste, Marseille 2005, 147 p.
9 mai 2005
Christiane Peyronnard
Clionautes
Dans sa préface, Olivier Pétré Grenouilleau qui vient de publier une synthèse fort utile sur les traites négrières, rappelle les précautions indispensables pour tout historien face à une source. Il nous restitue ce journal dans son époque : l’auteur Jean Pierre Plasse est un français travaillant pour un armateur français, à bord d’un navire hollandais faisant le commerce de traite à l’occasion. L’auteur qui est un habitué du trafic défend donc les intérêts de l’armateur, il présente son action et dit vouloir servir à ceux qui se lanceraient dans ce commerce. Son récit permet au lecteur de se faire une représentation de ce que pouvait être pour un Français, à l’époque, cette activité. Ce journal quotidien, ou presque, a été remis en français moderne par un descendant de l’auteur.
Depuis son départ d’Amsterdam début mai 1762, l’auteur nous donne des informations sur la navigation, les rencontres avec les marines « ennemies » qui peuvent être plus inquiétantes même que la météo, les cartes incertaines et les hauts-fonds de la côte africaine. L’intérêt principal réside dans sa description très précise des lieux de traite, les conditions d’approche de la côte, les marchandises à acheter pour le voyage ou le troc en d’autres points de commerce (huile de palme par exemple) et des marchandises échangées (cotonnades, barre de fer, armes à feu), variables au long de la côte tant de par leur nature que de par leur valeur d’échange et bien différentes de la « pacotille » longtemps évoquée comme l’objet du commerce des esclaves. Ce journal dresse un tableau précis des intermédiaires africains : interprètes, courtiers…, des autorités côtières et des us et coutumes, des croyances des habitants. Le plus surprenant est la durée même de l’expédition. S’il faut moins d’un mois pour atteindre les côtes de l’Afrique de l’Ouest (le navire est face à la Gambie le 31 mai), le cabotage avec les premiers achats de captifs dure quatre mois suivi d’une longue escale sur la côte de l’actuel Bénin, très longuement décrite, pour compléter la cargaison. C’est l’occasion de percevoir les représentations d’un négrier tant sur ses futurs captifs que sur les populations à qui il les achète. Si le navire repart le 14 mars 1763 c’est pour une nouvelle escale d’un mois à l’île du prince (actuelle São Tomé-et-Príncipe) pour « préparer les esclaves » avant la traversée de l’Atlantique ce qui permet l’évocation des conditions « humaines » nécessaires à un voyage sans trop de pertes. Il quitte enfin l’Afrique le 23 avril soit pratiquement un an après le départ d’Europe pour arriver en vue des côtes américaines le 14 mai et toucher au but le 19 juin sur les côtes du cap français (Haïti ) où notre homme souhaite vendre sa cargaison humaine. C’est là que s’arrête son journal qui hélas ne nous renseigne pas sur le sort des esclaves qu’il a ainsi acheminé vers l’Amérique.
Ce périple raconté dans un style sobre présente pour un lecteur d’aujourd’hui l’intérêt certain d’une plongée dans l’univers mental d’un négrier du XVIIème siècle. Les considérations sur ses « partenaires commerciaux » montre toute la complexité de ce que fut la traite négrière.
C’est une coutume établie parmi les Nègres de rendre esclaves tous les captifs qu’ils font à la guerre. On sait de manière à n’en pouvoir douter qu’un grand nombre de captifs pris à la guerre seraient exposés à être massacrés cruellement si les vainqueurs ne trouvaient pas s’en défaire en les vendant aux Européens.
[…] à notre récent billet sur la récente réédition en français du journal du négrier anglais William Snelgrave […]
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