Chine: Comment perdre un mandat du ciel qu’on n’a jamais eu? (Enough karma and numerology crap, Hu and Wen’s party is just a bunch of unrepentant serial killers!)

Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech (2005)
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier. La Chine ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade.  (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs seraient permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? (…) Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec (2000)
Je n’apprécie pas la façon dont les Chinois traitent les Tibétains car je crois que personne ne devrait se montrer méchant envers quelqu’un d’autre. Et puis est arrivé ce tremblement de terre et tout ce qui s’est passé. Et je me suis demandé, est-ce que ce ne serait pas le karma – quand vous n’êtes pas gentils et que de mauvaises choses vous arrivent? Sharon Stone
Rappelons que, selon la tradition chinoise, les catastrophes naturelles peuvent annoncer que la dynastie régnante a perdu le « mandat du Ciel » et doit donc laisser la place. Jean-Philippe Béja

Comme si, en cette veille du 19e anniversaire du massacre de la Place Tienanmen, on avait besoin de ressortir du magasin des accessoires des superstitions humaines des vieilleries aussi éculées que le karma ou la numérologie pour appeler un chat un chat …

A savoir que, comme son grand frère soviétique et contrairement au nazisme, le parti communiste chinois encore au pouvoir n’a toujours pas eu son procès de Nuremberg pour les dizaines de millions de ses sujets qu’il a assassinés au cours de ses 80 ans d’existence …

Que, comme les victimes précédentes, les familles des centaines voire des milliers d’étudiants désarmés lâchement écrasés sous les chars de la prétendue Armée populaire une certaine nuit de juin 1989 n’ont toujours aucune information sur ce qui est réellement arrivé à leurs enfants ou frères et sœurs ni bien sûr quand les responsables auront à en rendre compte …

Une bien dangereuse numérologie chinoise
Jean-Philippe Béja
le Monde
03.06.08

Le 8 (en chinois ba) est un chiffre faste, que les habitants de Hongkong ont rendu populaire parce qu’il est homonyme de fa, s’enrichir. Le ba devait donner le « la » de l’année olympique, dont les dirigeants du Parti communiste chinois se préparent depuis des années à faire le symbole du retour de la Chine au premier plan de la scène internationale. Ils ont ainsi décidé que la cérémonie d’ouverture des JO commencerait le 8 août (8e mois) à 8 h 08. En tout, pas moins de cinq 8. On peut s’étonner de voir les dirigeants du Parti communiste, pourfendeurs des « superstitions féodales », donner une telle importance aux croyances populaires.

Cette concession aux traditions ne les a pourtant pas servis. Aujourd’hui, de nombreux Chinois observent que, loin d’être faste, le chiffre 8 semble plutôt porter malheur. Voyons : le 25 janvier se produisent les premières tempêtes de neige dans le sud du pays, phénomène très rare qui provoque une pagaille sans précédent dans les transports ferroviaires au moment où les millions d’ouvriers rentrent dans leur district d’origine pour le Nouvel An chinois. Premier signe du destin ? Les mauvaises langues font les comptes : 2 + 5 (25) +1 (janvier, premier mois) = 8.

A peine le Nouvel An passé, le 14 mars, éclate à Lhassa une émeute anti-Han suivie par une répression qui provoque un tollé dans l’opinion internationale. En Occident, des manifestations transforment le parcours de la torche olympique qui devait symboliser la grandeur de la Chine en un véritable chemin de croix. Les internautes à mauvais esprit font remarquer que 1 + 4 (14) + 3 (mars, 3e mois) = 8.

Enfin, le 12 mai se produit le terrible tremblement de terre de Wenchuan, qui se solde par au moins 50 000 morts et 5 millions de sans-abri. Là encore, 1 + 2 (12) + 5 (mai est le 5e mois de l’année) = 8. Nombreux sont les Chinois qui se demandent si, en reprenant à leur compte les croyances populaires, les dirigeants n’ont pas joué avec le feu. Bien entendu, au XXIe siècle, un politologue sérieux ne peut que se gausser de ces superstitions. Toutefois, il est indéniable qu’elles peuvent influencer les comportements et avoir des conséquences politiques. Rappelons que, selon la tradition chinoise, les catastrophes naturelles peuvent annoncer que la dynastie régnante a perdu le « mandat du Ciel » et doit donc laisser la place.

Les dirigeants communistes ne sont pas les derniers à donner foi à ces croyances. Ainsi, lorsqu’en juillet 1976 s’est produit le tremblement de terre de Tangshan, qui a fait officiellement 240 000 morts, la seule référence à l’événement dans la presse était la citation de Mao Zedong qui chaque jour apparaissait en manchette du Quotidien du peuple : « Lutter contre les superstitions ! » Or, à peine un mois et demi après la catastrophe, Mao Zedong mourait et, le 6 octobre, l’arrestation de la « bande des quatre » ouvrait la voie à l’adoption de la politique de réforme et d’ouverture qui était aux antipodes de la ligne du Grand Timonier.

Aujourd’hui, les dirigeants du parti sont conscients que le récent tremblement de terre est considéré comme un mauvais présage par bien des citoyens, d’autant qu’il a conduit à l’interruption du parcours de la torche olympique, ce symbole si important aux yeux de certains dirigeants qu’ils la qualifient de « feu sacré » (shenghuo). Pour conjurer ce danger, les autorités ont dépêché le premier ministre Wen Jiabao sur les lieux de la catastrophe dans les heures qui l’ont suivie. Wen représente ainsi le mandarin intègre qui manifeste la sollicitude du pouvoir pour la population. Un bon moyen de montrer que le pouvoir jouit toujours du « mandat du Ciel ».

Certains observateurs ont cru discerner une lutte de lignes dans la différence entre les attitudes du secrétaire général du parti, Hu Jintao, et du premier ministre, Wen Jiabao. Il n’en est rien : il s’agit de la division du travail classique entre le numéro un du parti et le chef du gouvernement. Tandis que Mao Zedong gardait ses distances le premier ministre Zhou Enlai montrait sa sollicitude envers la population. En réalité, quand il s’agit de défendre la légitimité du régime les dirigeants sont unis.

Jusqu’à présent, la mobilisation de l’ensemble de l’appareil d’Etat pour aider les victimes, la transparence sans précédent de l’information semblent avoir permis de limiter les rumeurs sur la perte du mandat du Ciel. Les rassemblements de masse sur la place Tiananmen aux cris d' »allez la Chine, allez le Sichuan », la création de nouveaux personnages modèles qui se dévouent pour aider les victimes montrent que le parti recourt à ses moyens traditionnels de mobilisation pour renforcer sa légitimité et lutter contre le doute. Enfin, l’approbation manifestée par les Occidentaux montre que les autorités chinoises jouissent à nouveau d’une bonne image sur la scène internationale. Toutefois, la situation n’est pas encore réglée, et les Jeux, qui avaient été conçus comme une gigantesque opération de propagande, pourraient bien être un test grandeur nature de la légitimité du régime.

Jean-Philippe Béja est directeur de recherche au CNRS, au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) et à Sciences Po.

3 Responses to Chine: Comment perdre un mandat du ciel qu’on n’a jamais eu? (Enough karma and numerology crap, Hu and Wen’s party is just a bunch of unrepentant serial killers!)

  1. […] pas à la Chine ? L’ordinateur ou le téléphone portable ne sont pas faits pour la Chine? Bao Tong (Ancien bras droit de Zhao Ziyang, le patron du PC au moment de […]

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  2. […] pas à la Chine ? L’ordinateur ou le téléphone portable ne sont pas faits pour la Chine? Bao Tong (Ancien bras droit de Zhao Ziyang, le patron du PC au moment de […]

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  3. jcdurbant dit :

    WHAT CHINESE CHERNOBYL ? (How can you lose a mandate of Heaven you never had ?)

    With a new coronavirus stalking China, netizens have been heaping praise on “Chernobyl”, an American-made television drama about the Soviet Union’s worst nuclear disaster. Their aim is to sneak discussion of the outbreak onto China’s tightly policed internet. In less hectic times censors would swiftly stamp out such impertinence. For the parallels with the reactor explosion in 1986, and the official cover-up that followed, are painful for China’s Communist Party bosses, whose system of government was cribbed from Soviet designs. But pointed comparisons keep popping up on China’s social media. One urges Chinese viewers to learn from “Chernobyl” that a free flow of information offers more security than aircraft-carriers, Moon landings and other signs of superpower might. Another contrasts a soothing interview granted to state television by the governor of Hubei, the province where the epidemic began, with a speech by the hero of “Chernobyl”, a Soviet scientist, about the costs of official lies.

    Parallels are likely to continue in the real world. Back in the 1980s, Kremlin leaders scapegoated local officials and engineers, coolly blaming them for the disaster and denying a wider cover-up. In recent days, Chinese state media have dropped heavy hints that the mayor of Wuhan, the industrial city where the virus was first detected, will lose his job. When Li Keqiang, China’s prime minister, was appointed to oversee virus-control work, cynics suggested that his role was to take the fall should the outbreak spark a pandemic—in effect, to protect President Xi Jinping.

    As it happens, censors should be relieved that Chinese netizens are focusing on the ills of Soviet collective leadership. It would be more dangerous if online critics were to start exploring a historical parallel closer to home, namely the way that in Chinese history natural disasters undermined an emperor’s claim to rule. More than one dynasty fell after catastrophes signalled that Heaven had withdrawn its favour. It was not only seen as ineptitude when a ruler was unable to protect his people from floods or famine—or, as in the second century during the Han dynasty, from repeated outbreaks of disease (probably smallpox and measles) that killed perhaps a third of the population. Such bungling showed that the emperor lacked virtue and deserved to be overthrown, people said.

    Modern-day Chinese may not believe that a rampaging coronavirus signals divine anger with Mr Xi. Still, the party chief has a great deal at stake in this crisis, precisely because large claims are made about his wisdom, which is now taught in schools and studied by party members as Xi Jinping Thought. Every day, state media credit Mr Xi with personally guiding China to ever-greater prosperity, modernity and global clout. No leader has amassed such individual power since Mao Zedong, or been so lavishly praised. Chinese intellectuals accuse Mr Xi of claiming the mantle of an emperor. They point to Mr Xi’s speeches praising traditional Chinese culture, and lauding codes of morality and deference to imperial authority, as handed down by Confucius and other sages.

    The result is an awkward hybrid. On the one hand, officials make claims about the efficiency of collective party leadership that would be familiar to any Soviet apparatchik. To them, populist insurgencies sweeping the West are proof that multiparty elections, a free press and other forms of democratic accountability are sources of chaos and dysfunction. As they describe it, China’s system is a meritocracy that selects highly competent experts to run the country, with a track record of correcting their own mistakes. Yet at the same time, the party’s propagandists lay claim to a very different form of legitimacy, involving the people’s love for and trust in one man, Mr Xi. So sweeping is their praise of him that it leaves essentially no room for the idea that Mr Xi could make a serious mistake.

    This convoluted claim to legitimacy can be heard in the context of the current coronavirus outbreak, as leaders insist that their system of government is ideally suited to tackling the disease. On January 28th Chinese leaders hosted the head of the World Health Organisation (WHO), a UN body that played an invaluable role in demanding transparency in 2003 after China’s initial cover-up of the extent of an outbreak of Severe Acute Respiratory Syndrome (SARS), which led to many avoidable deaths. Wang Yi, the foreign minister, assured the WHO’s boss, Tedros Adhanom Ghebreyesus, that China would be more resolute this time thanks to “the strong leadership of the party Central Committee with Comrade Xi Jinping as the core and the strong advantages of the socialist system”, as well as its experience of SARS.

    Unaccountable, even to Heaven

    It is too simplistic to assume that all bad things that happen in China must harm Mr Xi. The virus outbreak could end swiftly, amid worldwide praise for the bravery of China’s doctors and nurses, the self-discipline of the public and the resolve of Chinese leaders, albeit after a slow start. If the crisis does not end well, scapegoats will be found, and underlings punished. That alone would not have to shake Mr Xi’s authority, which can always be shored up with repression, still greater ideological discipline and nationalist propaganda. But a botched response to the virus would lay bare tensions inherent in the party’s hybrid claims to legitimacy.

    Mr Xi’s China is two things at once. It is a secretive, techno-authoritarian one-party state, ruled by grey men in unaccountable councils and secretive committees. It also claims to be a nation-sized family headed by a patriarch of unique wisdom and virtue, in a secular, 21st-century version of the mandate of Heaven. If forced to choose between those competing models, bet on cold, bureaucratic control to win out. For Mr Xi and his team learned their own lesson from the Soviet Union’s fall, five years after the Chernobyl disaster. Expressions of public love for Mr Xi, the “People’s Leader”, are all very well. But keeping power is what counts.

    https://www.economist.com/china/2020/01/30/xi-jinping-wants-to-be-both-feared-and-loved-by-chinas-people

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