Affaire Al Doura: Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information (French court throws the book at France 2 reporter)

27 mai, 2008
Enderlin le journaliste-combattant
Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Représentants de France 2 (cités par Enderlin)
Pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
Il y a lieu de décider que Patrick Karsenty a exercé de bonne foi son droit à la libre critique (…) En répondant à Denis Jeambar et à Daniel Leconte dans le Figaro du 23 janvier 2005 que « l’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie », alors que la diffusion d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles Enderlin a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entrainant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné. Laurence Trébucq (Présidente de la Cour d’appel de Paris, le 21 mai dernier)

Remarquable leçon de journalisme en effet que huit ans après les faits le jugement (mise en ligne sur son site par Richard Landes) de la 11e chambre d’appel de Paris mercredi dernier au sujet de l’Affaire Enderlin.

Qui, déboutant complètement les accusations de diffamation de France 2 et de Charles Enderlin à l’encontre du journaliste Philippe Karsenty, affirme haut et fort le droit de celui-ci à exercer de bonne foi son « droit de libre critique ».

Reprenant l’ensemble des inexplicables incohérences des images présentées comme des réponses contradictoires et des réticences persistentes, tant d’Enderlin que de France 2, à laisser visionner la totalité des images, il enfonce le clou en démontrant que le correspondant permanent de France 2 en Israël a reconnu par ses propres paroles que « ses images ne correspondaient peut-être pas au commentaire qu’il en avait donné ».

Reste à présent, en attendant l’appel en cassation des parties civiles, à en convaincre ses toujours aussi prudents confrères (seuls Marianne et Le Monde jusqu’à présent et à demi-mot ou aussitôt contredit) de façon à ce que le principal intéressé, le public que ceux-ci prétendent informer, puisse enfin lui aussi exercer son droit à l’information et au libre jugement …

Extrait:

Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de france 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à ce titre, il s’expose inévitablement à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères.

L’affaire Mohamed Al Doura rebondit
David Martin-Castelnau
Marianne
23/05/2008

« En déboutant France 2, la justice française rend désormais inévitable un débat concret sur cette affaire passionnelle. » (D. Martin-Castelnau).

La mort du « petit Mohamed » Al Doura ? Les choses étaient parfaitement claires : le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim (Gaza), l’armée israélienne avait tué un jeune enfant au cours d’une fusillade filmée pour France 2 par un caméraman palestinien. Quelques secondes d’images insoutenables. Une émotion planétaire. Et des conséquences dévastatrices : l’affaire a depuis fait couler presque autant de sang que d’encre.

Bien sûr, l’instrumentalisation de ce fait divers géopolitique par certains démagogues antisémites était répugnante ; mais enfin, nous serrions les dents : jadis, déjà, Le Pen exploitait de manière odieuse, lui aussi, des faits avérés.

Bien sûr, une poignée de militants pro-israéliens criait à l’imposture, à la manipulation, au complot. Qu’importait ! Les islamo-gauchistes avaient bien Thierry Meyssan… Et puis le journaliste qui avait endossé ce reportage était estimé.

Bien sûr, on s’interrogeait à voix basse : mais pourquoi, diable, France 2 refusait-elle de tuer une bonne fois pour toute la polémique en diffusant l’ensemble des « rushes » d’une fusillade dont elle n’avait retenue que quelques brefs instants ?

Bien sûr, huit ans plus tard, subsistait comme un malaise à devoir choisir entre une vérité officielle que la chaîne publique française se refusait à démontrer – alors que les preuves étaient déclarées existantes… – et les arguments, parfois troublants, de militants que l’on disait tout droit sortis de la série X-Files.

L’affaire Al Doura relancée

Le jugement rendu ce mercredi 21 mai par la 11ème chambre de la Cour d’Appel de Paris vient tout bouleverser. Elle relance, de fond en comble, le débat sur l’affaire Al Doura. Chargée de dire si Philippe Karsenty, fondateur d’une agence de notation des médias, avait, oui ou non, diffamé France 2 et son journaliste, Charles Enderlin, en affirmant qu’ils s’étaient rendus coupables d’une «imposture médiatique», la cour a tranché : au vu des images, il n’y a, en aucun cas, diffamation.

« La Cour d’Appel a fait apparaître, mercredi, un doute sur l’authenticité des images d’un enfant palestinien tombant sous les balles, devenues le symbole de l’Intifada [et] qui ont fait le tour du monde. Le visionnage des 18 minutes de «rushes» du reportage «ne permettent pas d’écarter les avis de professionnels qui concluent au trucage.» (Reuters, Paris, 21 mai)

Traduction en français : on peut légitimement s’interroger sur la bien-fondé de la thèse de France 2, selon laquelle le petit enfant, désigné comme « Mohammed Al Doura » serait bel et bien mort, ce jour-là, à cet endroit-là, et qu’il serait mort sous les balles israéliennes et non sous des balles palestiniennes.

Retour à la case départ, donc : ceux qui prétendent que le film de la mort du « petit Mohammed Al Doura », tourné par un Palestinien, relève de la propagande, voire de la mise en scène, ne sont donc ni des maboules, ni des ordures. La décision de la Cour d’Appel de Paris est, sur ce point, catégorique : les arguments de Philippe Karsenty méritent d’être examinés. Et doivent l’être.

Car il est anormal que, huit ans après les faits, les citoyens d’un pays libre, prospère et éduqué comme la France soient encore et toujours dans l’impossibilité de se faire une idée objective, et donc définitive, de l’événement. Les dirigeants de France devraient estimer que le temps est venu d’accepter un débat contradictoire au sujet de cette affaire, qui a eu des conséquences épouvantables. Mieux : France 2 pourrait prendre l’initiative de rendre accessible l’intégralité des « rushes » en ligne, pour que chacun puisse se faire une opinion concrète.

Il faut désormais nous éclairer : tel est le sens de la décision de la Cour d’Appel de Paris. L’affaire Al Doura, décidément, n’est pas close.

Grand reporter au magazine « Optimum », il est notamment l’auteur des « Francophobes » (Fayard, 2002) et publiera prochainement « Ecoute Ismaël ! Histoire, Islam & Repentance ».

Voir aussi:

Charles Enderlin perd son procès en diffamation

Pascale Robert-Diard

Le Monde

25.05.08

Un permis de douter a été décerné, mercredi 21 mai, par la cour d’appel de Paris, dans l’affaire qui oppose, depuis sept ans, France 2 et Charles Enderlin au directeur d’une agence de notation des médias, Philippe Karsenty, à propos des images de la mort de, Mohammed Al Dura, 12 ans, dans les bras de son père à Gaza. Réalisées en septembre 2000, ces images et leur commentaire affirmant que l’enfant palestinien avait été tué par des tirs « venus des positions israéliennes », sont devenues emblématiques de la cause palestinienne.

Reprenant les accusations lancées par une agence franco-israélienne, Metula News Agency, M. Karsenty avait qualifié ce reportage de « supercherie » et d' »imposture » sur son site Mediaratings. Condamné pour diffamation en octobre 2006 par le tribunal correctionnel de Paris, M. Karsenty avait fait appel.

Dans son arrêt, la cour infirme le jugement de première instance en reconnaissant la « bonne foi » à M. Karsenty qui « n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression ». « Il est légitime pour une agence de notation des médias d’enquêter, ne serait-ce qu’en raison de l’impact qu’ont eu (ces) images, sur les conditions dans lesquelles le reportage en cause a été tourné et diffusé », note la cour dans son arrêt.

Si elle ne se prononce pas sur le contenu du reportage diffusé sur France 2, elle relève que « l’examen des rushes ne permet plus d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure » qui avaient mis en doute l’authenticité du reportage. « On a mis sept ans à obtenir ces rushes. On en attendait 27 minutes, on est passé à 18. Pourquoi ? » s’était interrogé l’avocat de M. Karsenty, Me Patrick Maisonneuve à l’audience le 27 février.

France 2 et Charles Enderlin s’étaient montré moins affirmatifs sur l’origine des tirs. L’avocat de la chaîne, Me Francis Szpiner, qui s’est déclaré « attristé » par l’arrêt, a annoncé son intention de se pourvoir en cassation.


Israël/60e: Quand les victimes universelles d’hier deviennent les fascistes universels d’aujourd’hui (When yesterday’s universal victims become today’s universal offenders)

26 mai, 2008
israel 60Pour les vivants, le juif est un mort, pour les autochtones, un étranger et un vagabond; pour les pauvres et les exploités, un millionnaire; pour les patriotes, un apatride; pour toutes les classes, un rival haï. Leo Pinsker (1882)
Comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali

A la mesure de ces services si grands qu’on ne peut les payer, comme disait Dumas, que par l’ingratitude, Israël serait-il condamné par sa position cumulée d’éternel créancier et d’imprescriptible objet de culpabilité de l’Occident?

Retour, en ce 60e anniversaire de la (re)création d’Israël, sur cet étrange chassé croisé qui voit l’Allemagne et Israël quasiment échanger leurs places dans l’opinion internationale.

Alors qu’au lendemain de la victoire sur le nazisme, Israël jouissait, pays arabes exceptés, d’un capital de sympathie probablement à la hauteur de l’exécration qu’avait suscitée le nazisme …

Voici, 60 ans après (et alors que si l’on en croit un récent sondage de la BBC les Etats-Unis du pestiféré Bush améliorent eux leur image!), leurs positions pratiquement inversées: l’Allemagne, se retrouvant à la 1ère place des avis favorables tandis qu’Israël continue à partager les dernières places avec l’Iran.

Et pire encore, comme le rappelait récemment le Wall street journal, c’est en Allemagne (Espagne exceptée et contrairement à la politique de leur gouvernement) que l’opinion publique semble la plus critique de l’Etat d’Israël (jusqu’à, pour 30% d’entre eux dans un autre sondage, le comparer à l’Allemagne fasciste!).

D’où la légitime question, par le WSJ, de la solidité de relations internationales fondées sur la culpabilité et non, comme pour les Etats-Unis (aux médias pourtant tout aussi sévères) sur les valeurs et l’héritage partagés avec une démocratie sœur en danger pour une Europe largement post-chrétienne …

German War Guilt and the Jewish State
Daniel Schwammenthal
The Wall Street Journal
May 14, 2008

As Israel celebrates its 60th anniversary there is no denying that the Jewish state has an image problem in Europe.

Opinion polls in the U.S. consistently show that a majority of Americans are sympathetic to Israel. But the situation is the reverse on the other side of the Atlantic. It’s particularly bad in Germany. In a British Broadcasting Corp. (BBC) survey last month, for example, Germans were among the Europeans with the least favorable views of Israel, second only to Spain. Even the respondents in the United Arab Emirates had a more positive perception of the Jewish state than Germans did.

This may be surprising, given that Berlin is considered one of Israel’s more reliable allies in Europe. Successive German governments have justified the « special » relationship with Israel by pointing to the countries’ « special » history. In light of the Holocaust, Germany seems to have no choice but to support the Jewish state. Former Green Foreign Minister Joschka Fischer advocated this policy of « historical responsibility » as effortlessly as Christian-Democratic Chancellor Angela Merkel does.

But guilt is an unhealthy basis for a relationship; it easily turns into resentment. This may help explain why so many Germans – 30% according to last year’s survey by Bertelsmann Foundation – are eager to compare Israel to fascist Germany. If it were true that Israelis are modern-day Nazis, there would be less reason to feel guilty about the real Nazis.

Historical obligations also tend to have a statute of limitations. Postwar Germans may reasonably reject any special obligations to Israel as a result of crimes committed before they were born.

This brings us to the fundamental problem with Berlin’s Israel policy. It implies that had there been no Holocaust, Israel would have no right to exist or, at least would have no reason to expect Germany’s support. Israel’s detractors take this argument one step further, claiming it was immoral to establish a Jewish state in the Middle East to atone for European crimes.

In 1922, long before the Holocaust, Winston Churchill debunked the idea that Israel could be justified only as reparation for past atrocities when he said, « The Jews are in Palestine by right and not by sufferance. » Europe and Germany should thus be able to support Israel not just because of past wrongs committed against Jews, but because of Jews’ inalienable right to a state in their ancestral homeland.

Israel’s right to exist doesn’t mean Germans must automatically back it. There has to be a special bond between nations to prompt support. Such alliances are usually forged around common interests and values. As the Mideast’s most vibrant democracy, Israel should qualify for a truly « special relationship. »

But unlike Americans, Germans rarely argue that Israel deserves solidarity as a Western ally. Americans generally see Israel as a fellow democracy under attack. But in Germany and much of Europe, Israel is often seen as a human-rights violator.

What explains this difference in perceptions? The U.S. media are not that much better in presenting a balanced view of the Middle East than their European counterparts. More likely, Americans are simply less disposed to believe the worst of Israel.

A key factor is Americans’ appreciation of their Judeo-Christian heritage. While this is a common term in the U.S., it is a novel concept in Europe. Only recently has it found its way into the vocabulary of a few conservative Germans. Ms. Merkel and colleagues from Poland and Italy wanted to add a reference to the Continent’s Judeo-Christian heritage to Europe’s proposed constitution. The idea was rejected as too divisive.

But the term does not just cover the moral standards shared by Judaism and Christianity. Its meaning goes beyond matters of faith. It describes the fact that next to the Greco-Roman heritage, the Judeo-Christian tradition is the other main pillar of Western civilization. Acknowledging this fact helps Americans view Jews as part of that civilization and the Jewish state as part of the broader Western alliance.

In post-Christian Europe and Germany, this realization is largely missing. Moses’s law, the foundation for Western legal codes and moral values, is hardly acknowledged on the Continent. Jews are more often seen as having contributed to Western civilization, rather than being an integral part of it, thanks to the role they played as a nation. Jews – often viewed as some kind of guest contributors – thus remain strangers in Europe, as does the Jewish state. And one can be inclined to believe bad things about strangers.

Given the similar threats Europe and Israel face from Islamic terror and a nuclear Iran, an alliance between them would seem natural. But as long as Europe’s public considers Israel more as part of the problem than as part of the solution, any alliance will suffer. It’s time for German and European officials to make the real case for Israel – that of solidarity with an embattled ally.

Mr. Schwammenthal is an editorial writer for The Wall Street Journal Europe.


Livres: C’est Daladier et Pétain qui avaient raison (Human smoke: Welcome to the 5 minutes for the jews-5 minutes for Hitler school of history!)

25 mai, 2008
WWII for dummiesIl vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance. Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Vous pouvez laisser les Nazis dominer le monde, ce qui est mal; ou vous pouvez les renverser par la guerre, ce qui est également mal. Il n’y a pas d’autre choix devant vous… George Orwell (1941)
L’objectivité parfaite, c’est cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler. Jean-Luc Godard
C’est les Français qui avaient raison pour l’Irak. Bill Steigerwald
Lorsqu’on est en désaccord profond avec quelqu’un, il faut lui parler directement. Barack Obama
Toutes les guerres doivent être vendues, mais la Deuxième guerre mondiale, avec la mémoire du carnage injustifié qui devint alors la Première Guerre Mondiale, n’était pas une guerre facile à vendre. Roosevelt et Churchill s’en sont remarquablement tirés et nous devons depuis lors vivre avec leurs mensonges. (…) La Deuxième guerre mondiale est l’un des mensonges les plus grands et les plus soigneusement élaborés de l’histoire moderne (…) Human smoke (…) pourrait aider le monde à comprendre qu’il n’y a aucune guerre juste, il y a juste la guerre – et que les guerres ne sont pas provoquées par les isolationnistes et les peaceniks mais par les bellicistes et les marchands de canons. Mark Kurlansky (LA Times)

Comme pour l’Irak et comme d’habitude, c’est les Français qui avaient raison.

Nouvelle confirmation de la singulière perspicacité de nos concitoyens, notamment nos Daladier et Pétain, par le dernier grand succès des ventes outre-Atlantique, « Human Smoke » du romancier à succès Nicholson Baker dont le dernier titre de gloire était jusqu’à présent un roman envisageant, « pour le bien de l’humanité », l’assassinat du président Bush.

Et surtout véritable petit joyau d’équivalence morale où l’on découvre que Roosevelt et Churchill étaient de fieffés antisémites et donc pas meilleurs qu’Hitler et que c’est en fait leur bellicisme qui, contre les vaillants efforts de nos valeureux pacifistes, a poussé les nazis et les militaristes japonais à la guerre et à la fumée humaine des cheminées d’Auschwitz.

Qui tombe naturellement à pic pour une certaine gauche et ses relais médiatiques comme le LA Times (mais il est vrai pas le NYT) ce que Murawiec appelait « l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain » pour confirmer l’actuelle mise au pilori de l’équipe Bush et la candidature de leur nouvelle coqueluche Obambi.

Quitte à retomber, comme le rappelle l’excellente critique du NY Sun, dans les pires travers (via une très tendance et tendancieuse juxtaposition chronologique de coupures de presse de 1892 à 1941) de l’objectivité journalistique qui, selon le bon mot de Godard donne « cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler » …

War Games
Review of: Human Smoke
Adam Kirsch
The NY Sun
March 12, 2008

Even a book as bad as « Human Smoke » (Simon and Schuster, 576 pages, $30), Nicholson Baker’s perverse tract about the origins of World War II, helps to confirm the continuing centrality of that war in our moral lives. Myths call forth debunkers, and the myth of « the good war » — that complacent phrase that camouflages the most deadly conflict in human history — has provoked Mr. Baker to remind us of some of the ways in which World War II was not good. There is nothing to object to in this: On the contrary, no one is more alert than the historians to the true ambiguities of the war. In particular, the terrible facts of the Allied bombing campaign — which inflicted unspeakable civilian casualties on Germany, without appreciably shortening the war — have been studied and debated more openly in the last few years than ever before.

The problem with Mr. Baker’s book is that he is not interested in ambiguity, but in countering the received myth of the good war with his own myth of the bad war. Mr. Baker’s ignorance, however, is much more disgraceful than the ignorance he seeks to combat — first, because he presents it as knowledge, and second, because World War II was, in fact, if not simply a good war, then an absolutely necessary one. In arguing the contrary, Mr. Baker is trying to convince his reader that false is true, and at times even that good is evil.

To take its theses one by one, Mr. Baker’s book is designed to convince the reader that America should not have fought Germany or Japan; that Franklin Roosevelt connived to get us into the war at the behest of the arms manufacturers, and probably knew about the bombing of Pearl Harbor in advance; that Winston Churchill was a bloodthirsty buffoon and a protofascist; that in Japan’s invasion of China, China was the aggressor; that after the fall of France, Churchill was culpable in vowing to fight on, and not acceding to Hitler’s « peace » terms; that the Holocaust was, at least in part, Hitler’s response to British aggression, and that the only people who demonstrated true wisdom in the run-up to the war were American and British pacifists, who refused to take up arms no matter how pressing the need.

« Was the war necessary? » Mr. Baker asks in his author’s note. « Was it a ‘good war’? Did waging it help anyone who needed help? These were the basic questions that I hoped to answer when I began writing. » Though he does not explicitly say so here, the whole tendency of « Human Smoke » is to answer all three questions with a negative. In other words, Mr. Baker seeks to rehabilitate the most decisively refuted interpretation of World War II, the interpretation advanced by isolationists and appeasers in the 1930s. That interpretation was refuted, not by historians with an axe to grind or by Allied propagandists, but by history itself. By 1945 at the latest, it was easy to answer all of Mr. Baker’s questions in the affirmative, and for far-sighted observers — such as Churchill, the villain of « Human Smoke » — the answers were clear even in 1935. If it was necessary for the survival of civilization to stop Nazi Germany from dominating Europe — which is to say, from replacing freedom with tyranny, suffocating culture and thought; inculcating racism and cruelty in future generations; depopulating Eastern Europe and turning it into German lebensraum; enslaving tens of millions of Poles and Russians, and exterminating European Jewry — then it was necessary to fight the war. If it was good that, after 1945, the United States was the dominant power in the Western world and not Nazi Germany, then World War II was a good war — even though war itself is always a tragedy. If the Allied victory spared Europeans from France to Greece the fate of Nazi occupation and slavery, then waging the war helped people who needed help.

These conclusions are so plain that no one who spent even a little time reading and thinking seriously about World War II could avoid them. But Mr. Baker confessedly knew little about the subject before he began « Human Smoke. » « My interest in World War II, » he writes in an author’s note, « began when, some years ago, I first opened bound volumes of the Herald Tribune and read headlines for the bombing of Berlin and Tokyo and wondered how we got there. »

Nor does Mr. Baker have any experience with writing about large historical and moral questions. On the contrary, he is known as a writer obsessed with trivia, and his novels are stunts designed to discover how narrow a writer’s compass can become before it vanishes entirely. « The Mezzanine » is an interior monologue that takes place entirely during an escalator ride, as the narrator contemplates buying shoelaces; « Vox » is a transcript of a conversation between strangers on a phone-sex line. Mr. Baker’s last book, « Checkpoint, » was something of a departure: It was a dialogue about whether it would be morally acceptable to assassinate President Bush.

When such a writer turns to history, it is only to be expected that he will be hopelessly at a loss. Mr. Baker, in fact, does not even attempt to make a consecutive argument based on knowledge of all the relevant sources, the sine qua non of historical writing. Instead, he designed « Human Smoke » as a collage or montage — a series of short paragraphs, each of which presents a single incident or observation from the years up to and including 1941. (Each one is tagged with a portentous announcement of the date — « It was May 31, 1941, » and so on — as though to give the impression of a newsreel or a rocket-launch countdown.)

With a novelist’s preference for the dramatic and immediate, Mr. Baker takes most of his examples from published newspaper stories, or else from diaries and correspondence. In fact, it was his much-publicized devotion to newspapers — he created a personal archive to save old issues that libraries threw away — that led Mr. Baker to write the book in the first place. As he told a New York Times reporter recently, « Over and over again I would take out the five most important books on X subject, and then I’d go back to the New York Times, and by God, the story that was written the day after was by far the best source. Those reporters were writing with everything in the right perspective. »

But how does Mr. Baker know what the right perspective was? Since when is a reporter more knowledgeable than a historian, or foresight more accurate than hindsight? What Mr. Baker really means, one suspects, is that old newspapers offer a sense of contingency, of different possible futures, that histories do not. But read without a historian’s judgment and knowledge, old clippings simply reproduce old errors.

Mr. Baker is especially fond, for instance, of stories about heroic pacifists who made dire prophecies about what would happen if America went to war. He quotes Congresswoman Jeannette Rankin, the only member of Congress to vote against American participation in both world wars, speaking at a rally at Town Hall in Manhattan in April 1941: « You cannot have war and democracy; you cannot have war and liberty. » Mr. Baker admires Rankin, and clearly wants this message to echo resonantly. But if we take a moment to think about it, it is obvious that Rankin was exactly wrong. America had war, and still had democracy and liberty. What’s more, if America had not entered the war, there would have been far less liberty in the world than there was after Germany’s defeat.

It does not take much thought to puncture Rankin’s slogan; but thought is just what Mr. Baker’s montage-method discourages. He gives us disconnected factoids, portentous with implications, but does not give us the means to decide whether the implications are correct. Using omission and juxtaposition in place of narrative allows him to distort the real sequence of events — as when he allows the reader to imagine that America sold weapons to China for aggressive purposes, rather than to assist China in resisting Japanese invasion; or when he implies that, if Britain had made peace with Hitler in 1941, Nazi aggression would have ceased.

This technique is never more delusive than when Mr. Baker seems to take Nazi propaganda at face value. In September 1941, when the mayor of Hanover deported the city’s Jews « to the East » — code for extermination — he gave as an excuse the shortage of housing caused by British bombing. « In order to relieve the distressed situation caused by the war, » the mayor announced, « I see myself compelled immediately to narrow down the space available to Jews in the city. » That this was a transparent and shameless lie, of a piece with all the Nazi « justifications » for their persecution of Jews — that by September 1941 the genocide of the Jews was already well advanced, and the « final solution » a matter of implicit if not yet explicit Nazi policy — cannot emerge in Mr. Baker’s uncritical account. Indeed, by reproducing Nazi language uncritically, Mr. Baker effectively endorses it.

This is never more shocking than when he quotes Joseph Goebbels’s description of Churchill: « His face is devoid of one single kindly feature. This man walks over dead bodies to satisfy his blind and presumptuous personal ambition. » This is so close to Mr. Baker’s own vision of Churchill that he seems to be citing Goebbels as a trustworthy source — an impression reinforced when Mr. Baker writes that this little rhapsody of hatred was composed after Goebbels took « a moment to look searchingly at a photograph of the prime minister. »

A book that can adduce Goebbels as an authority in order to vilify Churchill has clearly lost touch with all moral and intellectual bearings. No one who knows about World War II will take « Human Smoke » at all seriously. The problem is that people who don’t know enough, and who enjoy the spectacle of a writer of apparent authority turning the myth of « the good war » upside down, will think « Human Smoke » is a brave book. Already a reviewer in the Los Angeles Times has praised it for « demonstrating that World War II was one of the biggest, most carefully plotted lies in modern history. » That people who think this way about the past will apply the same self-righteous ignorance to the politics of the present and future makes « Human Smoke » not just a stupid book, but a scary one.

Voir aussi:

‘Human Smoke’ by Nicholson Baker
An inside look at the inexorable march of Britain and the United States toward World War II.

Mark Kurlansky
LA Times
March 9, 2008

Human Smoke

The Beginnings of World War II, the End of Civilization

Nicholson Baker

Simon & Schuster: 576 pp., $30

Not long ago, because there is no winter baseball in this country, I was channel surfing in search of amusement and ended up watching a debate of Republican presidential candidates. Sen. John McCain was attacking Rep. Ron Paul for opposing the Iraq war. He called Paul an « isolationist » and said it was that kind of thinking that had caused World War II. How old, I asked myself, is John McCain, that he is keeping alive this ancient World War II canard? Is it going to pass down to subsequent generations? All wars have to be sold, but World War II, within the memory of the pointless carnage that then became known as World War I, was a particularly hard sell. Roosevelt and Churchill did it well, and their lies have been with us ever since.

Nicholson Baker’s « Human Smoke » is a meticulously researched and well-constructed book demonstrating that World War II was one of the biggest, most carefully plotted lies in modern history. According to the myth, British and American statesmen naively thought they could reason with such brutal fascists as Germany’s Hitler and Japan’s Tojo. Faced with this weakness, Hitler and Tojo tried to take over the world, and the United States and Britain were forced to use military might to stop them.

Because Baker is primarily a novelist, it might be expected that, having taken on this weighty subject, he would write about it with great flare and drama. Readers may initially be disappointed, yet one of this book’s great strengths is that it avoids flourishes in favor of the kind of lean prose employed by journalists. « Human Smoke » is a series of well-written, brilliantly ordered snapshots, the length of news dispatches. Baker states that he wanted to raise these questions about World War II: « Was it a ‘good war’? Did waging it help anyone who needed help? » His very effective style is to offer the facts and leave readers to draw their own conclusions.

The facts are powerful. Baker shows, step by step, how an alliance dominated by leaders who were bigoted, far more opposed to communism than to fascism, obsessed with arms sales and itching for a fight coerced the world into war.

Anti-Semitism was rife among the Allies. Of Franklin Roosevelt, Baker notes that in 1922, when he was a New York attorney, he « noticed that Jews made up one-third of the freshman class at Harvard » and used his influence to establish a Jewish quota there. For years he obstructed help for European Jewry, and as late as 1939 he discouraged passage of the Wagner-Rogers bill, an attempt by Congress to save Jewish children. British Prime Minister Neville Chamberlain said in 1939 of German treatment of Jews that « no doubt Jews aren’t a lovable people. I don’t care about them myself. » Once the war began, Winston Churchill wanted to imprison German Jewish refugees because they were Germans. What a comfort such leadership must have been to the Nazis, who, according to the New York Times of Dec. 3, 1931, were trying to figure out a way to rid Germany of Jews without « arousing foreign opinion. »

Churchill is a dominant figure in « Human Smoke, » depicted as a bloodthirsty warmonger who, in 1922, was still bemoaning the fact that World War I hadn’t lasted a little longer so that Britain could have had its air force in place to bomb Berlin and « the heart of Germany. » But no, he whined, it had to stop, « owing to our having run short of Germans and enemies. »

Churchill was not driven by anti-fascism. In his 1937 book « Great Contemporaries, » he described Hitler as « a highly competent, cool, well-informed functionary with an agreeable manner. » The same book savagely attacked Leon Trotsky. (What was wrong with Trotsky? « He was still a Jew. Nothing could get over that. ») Churchill repeatedly praised Mussolini for his « gentle and simple bearing. » In 1927, he told a Roman audience, « If I had been an Italian, I am sure that I should have been entirely with you from the beginning to the end of your victorious struggle against the bestial appetites and passions of Leninism. » Churchill considered fascism « a necessary antidote to the Russian virus, » Baker writes. In 1938, he remarked to the press that if England were ever defeated in war, he hoped « we should find a Hitler to lead us back to our rightful position among nations. »

As Baker’s book makes clear, between the two World Wars communism, not fascism, was the enemy. David Lloyd George, who had been Britain’s prime minister during World War I, cautioned in 1933, the year Hitler came to power, that if the Allies managed to overthrow Nazism, « what would take its place? Extreme communism. Surely that cannot be our objective. » But even more than the communists, Churchill’s enemy No. 1 in the 1920s and early ’30s was Mohandas Gandhi and his doctrine of nonviolence, which Churchill warned « will, sooner or later, have to be grappled with and finally crushed. »

In the 1930s, U.S. industry was free to sell the Germans and the Japanese whatever they’d buy, including weapons. Not to lose out, the British and French sold tanks and bombers to Hitler. Calls by Joseph Tenenbaum of the American Jewish Congress to boycott Germany were ignored. There was no attempt to contain, isolate, hinder or overthrow Hitler — not because of naiveté but because of commerce. It was the Depression. There were Germans trying to overthrow Hitler, but the U.S. and Britain and their industries were obstructing that effort.

Baker shows that the Japanese, as early as 1934, were complaining that Roosevelt was deliberately provoking them. In January 1941, Japan protested the U.S. military buildup in Hawaii. Joseph Grew, our ambassador to Japan, reported rumors that the Japanese response would be a surprise attack on Pearl Harbor. Yet according to World War II mythology, America was blissfully sleeping, unprepared for war, when caught by surprise by the dastardly « sneak attack. » (Isn’t it curious that Asians carry out « sneak attacks, » whereas Westerners launch « preemptive strikes »?) A year earlier, Baker shows, Roosevelt began planning the bombing of Japan — which had invaded China, but with which we were not at war — from Chinese air bases with American planes and, when necessary, American pilots. Pearl Harbor was a purely military target, but Roosevelt wanted to bomb Japanese cities with incendiary bombs; he’d been assured that their cities would burn fast, being made largely of wood and paper.

Roosevelt evinced no desire to negotiate. In fact, Baker writes, in October he « began leaking the news of his new war plan, » with $100 billion earmarked for airplanes alone. Grew again warned Roosevelt that he was pushing Japan toward armed conflict with the United States, but the president continued his war preparations. Finally, the night before the Japanese attack, Roosevelt sent a message to Emperor Hirohito calling for talks. He read it to the Chinese ambassador, remarking that he thought the message would « be fine for the record. »

People are going to get really angry at Baker for criticizing their favorite war. But he hasn’t fashioned his tale from gossip. It is documented, with copious notes and attributions. The grace of these well-ordered snapshots is that there is no diatribe; you are left to put things together yourself. Read « Human Smoke. » It may be one of the most important books you will ever read. It could help the world to understand that there is no Just War, there is just war — and that wars are not caused by isolationists and peaceniks but by the promoters of warfare. *

Mark Kurlansky is a journalist and the author, most recently, of « Nonviolence: 25 Lessons From the History of a Dangerous Idea. »

Voir enfin:

In praise of pacifism

Nicholson Baker’s Human Smoke presents a singular portrait of the world’s slide into war, says Piers Brendon
Piers Brendon
The Guardian
May 3, 2008

Human Smoke
by Nicholson Baker
566pp, Simon & Schuster, £20

This book consists of hundreds of vignettes, arranged in chronological order, which provide a composite picture of the world sliding into the abyss of Hitler’s war. One item features Nazi stormtroopers letting off stink bombs in a cinema showing the anti-war film All Quiet on the Western Front in 1930; another cites Frank Lloyd Wright’s 1940 opinion that the bombing of Europe is a blessing since it will enable architects to start again; yet another records how in 1941 Russian aircraft dropped Christmas cards on the invaders depicting fields of crosses topped with German helmets over the caption, « Living space in the East ». Nicholson Baker’s snippets come from a variety of printed sources, including diaries, letters, historical accounts and contemporary newspapers, especially the New York Times. And their singular purpose is, as his afterword confirms, to show that American and British pacifists were right to oppose the war.

Theirs was an unfashionable cause during their own time despite Baker’s assertion that in 1925 « most of the world was pacifist ». This was not so: what gave a fillip to the pacifist movement was the anti-war literature of the late 20s and the prospect of another global conflict during the 30s. Even then, pacifists had only a marginal influence, partly because few of them believed in their own creed. Most wanted international disarmament and collective security, and they were prepared to resist when faced by aggression. As Gandhi said, they espoused their cause « with the mental reservation that when pacifism fails, arms might be used ». Yet the Mahatma himself acknowledged (in 1938) that if there could be a justifiable war it would be fought against Germany to prevent the persecution of the Jews. It was, indeed, the enormity of Hitler’s crimes and the impossibility of stopping him with anything less than brute force that discredited pacifism.

Here Baker becomes especially interesting and provocative, standing this argument on its head and trying to demonstrate that the very horrors of Nazism vindicated the pacifist position. His model is Gandhi, who thought that non-violence was most efficacious when violence was most terrible. And Baker’s case is summed up by Christopher Isherwood, who, on July 8 1940, engaged in a lunchtime dispute with Thomas Mann’s son, Klaus. The latter said that pacifists, by giving the Nazis free rein, would permit civilisation to be annihilated. Isherwood answered with Aldous Huxley’s point: « Civilisation dies anyhow of blood poisoning the moment it takes up its enemies’ weapons and exchanges crime for crime. » Baker’s contention is that when people fight fascism they descend to its moral level. By killing in cold blood as many as possible of their own species who have never offended them, as Swift said, they shed their humanity and become as feral as their foes.

Much of Baker’s book seems designed to expose the ethical equivalence between the democracies and the dictatorships. The former condemned Nazi antisemitism but, at the international conference at Evian in July 1938, refused to accept its victims as refugees, prompting a German newspaper headline: « Jews for sale: Who wants them? No one. » Franklin Roosevelt’s pleas that the innocent should not suffer for the deeds of the guilty appear as consummate hypocrisy when set beside his implacable prosecution of hostilities after Japan’s attack on Pearl Harbor, which Baker represents as the outrage that the president had long sought to provoke in order to enter the war. Winston Churchill earns opprobrium as an admirer of Mussolini and a militant imperialist who advocated the use of poison gas on « recalcitrant natives » and « uncivilised tribes ».

Churchill, almost as much as Hitler, is the villain of Baker’s book because he championed « an absolutely devastating, exterminating attack by very heavy bombers on the Nazi homeland ». Here Baker is on more familiar ground. At the time, Bishop Bell of Chichester and others bravely denounced the immorality of airborne attacks on civilians, an indictment that grew more telling as Allied bombing became increasingly accurate and destructive later in the war. Yet after Dunkirk Churchill had no other means of retaliating against Hitler, even though, as emerged in 1941, the RAF could only hit military targets with one bomb in a hundred – one bomber group based in Yorkshire mistook the Thames for the Rhine and dropped its bombs near Cambridge. Moreover Churchill, though ruthless, was not heartless. Watching a film about air raids on Germany, he exclaimed: « Are we beasts? Are we taking this too far? »

Baker prefers to note Goebbels’s comment on a photograph of Churchill: « This man walks over dead bodies to satisfy his blind and presumptuous personal ambition. » Baker also includes cameos which suggest, incorrectly, that Churchill was antisemitic. For example, he quotes from an essay in Churchill’s 1937 book Great Contemporaries which identified the malign Trotsky by his race: « ‘He was a Jew,’ wrote Churchill with finality. ‘He was still a Jew. Nothing could get over that.' » But Baker omits the context. Churchill was explaining that Trotsky’s Jewishness was an obstacle to his becoming autocrat of Communist Russia, and he criticised « so narrow-minded a reason ».

Other bits of Baker’s collage are misleading. Details are wrong, and there is a muddle over when in 1939 Churchill became First Lord of the Admiralty. An uninformed reader would infer from two items that Hitler was responsible for the burning of the Reichstag. Mass Observation is said to be the government’s public opinion sampling service, whereas it was a private quasi-anthropological enterprise which the authorities deemed leftwing and subversive. Of course, Baker is an American novelist, not a British historian. But unfortunately this is also reflected in his mode of writing, which is not joined up. He presents us with a disparate sequence of epiphanies, some very striking, rather than a coherent thesis. His book is a diversified mosaic, a tessellated pavement without cement.

The reason for this, perhaps, is that fragments of idealism carry more conviction than a systematic justification of pacifism in the age of the dictators. Thus Baker makes much of a fable enshrined in John Haynes Holmes’s play If This Be Treason (1935). It tells how a pacifist American president ignores cries of vengeance after a surprise Japanese attack on the US fleet and flies unarmed to seek peace, whereupon the Japanese people revolt non-violently against their militaristic leaders and restore amity. But Baker fails to admit that pacifists could only survive in a liberal society, secured by what Kipling called the « uniforms that guard you while you sleep ». He does not say how the Nazis would have dealt with the Indian Congress: Hitler told Lord Halifax that he would shoot Gandhi first and then his supporters in batches.

Finally, Baker refuses to acknowledge that submitting to violence is in itself a form of wickedness because it assists the triumph of tyranny. As George Orwell said in 1941, his contemporaries had to choose between two evils: « You can let the Nazis rule the world; that is evil; or you can overthrow them by war, which is also evil. » The lesser evil was to fight. Paradoxically, though, there is no denying the moral courage and noble purpose of many conscientious objectors. Baker represents them well in this high-minded, wrong-headed book.

· Piers Brendon’s The Decline and Fall of the British Empire is published by Cape
guardian.co.uk © Guardian News and Media Limited 2008


Livres: Pourquoi y a-t-il encore tant de « compagnons de route », alors qu’il n’y a plus de route? (Pour Jean-François Revel)

24 mai, 2008
Pour JF RevelLes gens n’ont pas besoin qu’on leur fasse la morale, ils ont besoin qu’ont leur rafraîchisse la mémoire. Samuel Johnson
Ce qui distingue le communisme du nazisme, ce n’est pas le système du pouvoir, il est identique dans les deux cas. C’est que le premier est une utopie et non le second; lorsqu’Hitler supprime la démocratie et crée des camps d’extermination, il réalise ses idées et tient ses promesses. Lorsque c’est Lénine qui le fait, il réalise le contraire de ses idées et trahit ses promesses. Mais il le nie au nom de l’avenir qu’il prétend radieux. L’utopie rend légitime la déconnexion entre les intentions et les actes. Jean-François Revel
C’est précisément en ce point que l’extrême gauche rejoint l’extrême conservatisme de la droite radicale, car Zizek n’est pas très loin, sur ce point précis, de Carl Schmitt, le fameux juriste du IIIe Reich, qui haïssait également la démocratie libérale et pour lequel la véritable démocratie, celle où le prolétariat est intégré à l’unité politique, est dictatoriale. Yves Charles Zarka

« Tel ce Japonais resté caché dans la jungle des années après la fin de la guerre », persiflait il y a quelques années le Nouvel observateur

Ce n’est pas la moindre des ironies, deux ans à peine après la disparition de celui à qui on reprocha toute sa vie son « obsession » antitotalitaire, de voir, éternels atermoiments du PS compris, le pays autoproclamé des droits de l’homme à nouveau ressaisi par une étrange nostalgie antidémocratique.

Retour donc, en ces temps singuliers (40e anniversaire de Mai 68 oblige) où l’on prétend redécouvrir les vertus de la terreur ou affiche sans honte son admiration pour Robespierre ou le « Che », sur l’anti-maitre-penseur par excellence, le polémiste Jean-François Revel décédé il y a deux ans à l’âge de 82 ans et sur le livre mi-hommage mi-pamphlet que lui avait consacré Pierre Boncenne en septembre 2006.

Et qui montre, comme le rappelait en janvier 2007 une émission de Philippe Meyer sur France culture (évoquées ci-dessous par nos confères des sites Hoplite et Sardanapale), « le silence et le mépris » mais aussi « les innombrables faux, calomnies, tricheries, falsifications et autres truquages » qui tinrent si souvent lieu de réponse » à celui qui toute sa vie durant fut accusé de d’anticommuniste primaire.

Pour n’avoir jamais cessé de dénoncer non seulement la proximité idéologique des deux phénomènes totalitaires du siècle (nazi et communiste) mais, via une sorte de “clause du totalitarisme le plus favorisé”, le négationnisme procommuniste …

Lire le reste de cette entrée »


Immigration: Mais où sont passés les « sans papiers »? (Who bothers to stay undocumented these days?)

21 mai, 2008
Love & consequences
The State Department has suspended a humanitarian program to reunite thousands of African refugees with relatives in the U.S. after unprecedented DNA testing by the government revealed widespread fraud. The freeze affects refugees in Kenya, Ethiopia, Uganda, Guinea and Ghana, many of whom have been waiting years to emigrate. The State Department says it began DNA testing with a pilot program launched in February to verify blood ties among African refugees. Tests found some applicants lied about belonging to the same family to gain a better chance at legal entry. (…) Typically, a refugee already living in the U.S., a so-called anchor, is entitled to apply for permission to bring a spouse, minor children, parents and siblings. The process requires interviews, medical examinations and security screening. But suspicion has grown in recent years that unrelated Africans were posing as family members to gain entry. « This program is designed for people to reunify with family members » already in the U.S., says Barbara Strack, director of the refugee division at U.S. Citizenship & Immigration Services. « We wanted to have empirical data » to confirm suspected fraud, she says. (…) As word spread, some applicants began missing appointments, and others refused to cooperate. Laboratory analysis of the samples indicated a large portion of applicants weren’t blood relations, as they claimed. « The results were dismaying, » says Ms. Strack. « This told us we had a problem with the program. » The results prompted expansion of the testing to other countries. « We had high rates of fraud everywhere, except the Ivory Coast, » says a State Department official. (…) Refugee advocates say the definition of family among Africans extends beyond blood relatives, especially when families fleeing persecution are scattered. « Some families are raising children who aren’t their own but whom they call son or daughter, » says Ms. Fox of Catholic Charities. Refugee slots are precious. The world’s uprooted people are estimated to number 37 million; only about 1% are resettled. As the largest recipient, the U.S. absorbs about half of all refugees who are resettled. Such demand « creates an incentive to get past the system, » says Ralston H. Deffenbaugh Jr., president of Lutheran Immigration and Refugee Services. « Desperation makes people more susceptible to abuse or bribery. » WSJ
Dans certains pays, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, les deux Congo, le Togo, Madagascar ou les Comores, de 30 % à 80 % des actes d’états civils sont frauduleux. Adrien Gouteyron (sénateur UMP)

A l’heure où, après la fausse petite fille aux loups, une jeune femme de bonne famille vient de démontrer qu’on pouvait abuser l’ensemble du monde littéraire américain avec une fausse autobiographie à condition de multiplier les clichés misérabilistes (petite métis indienne adoptée, quartier pauvres, violence, gangs, drogue) …

Et où, avec la démagogie ambiante, un vrai métis venu de nulle part mais expert en fausses paroles et fausses écritures pourrait se retrouver du jour au lendemain président de la première puissance mondiale …

Et si, au moment où on en parle le plus, il n’y avait tout simplement plus de « sans papiers »?

Identités fictives, usurpations, substitutions, vols d’identité, fausses dates de naissance, jeu sur la translittération approximative des noms arabes ou la difficulté pour des non-initiés de reconnaître les visages noirs ou asiatiques, escroqueries aux prestations sociales, travail clandestin …

Préjudices de millions voire milliards d’euros (1% du budget pour la sécurité sociale, soit 1,4 milliard d’Euros par an), 90% d’amendes impayées par an pour la SNCF soit quelque 200 millions d’Euros de pertes, sans parler des allocations familiales, ASSEDIC, banques …

Faibles taux de découverte (1 infraction révélée pour 25 commises) et d’élucidation (1 condamnation pour 5 infractions révélées), risque pénal minimal (de 10 à 12 ans pour un vol à main armée sans violences de 150 000 Euros, contre 2 ans environ pour une escroquerie avec faux et usage de faux du même montant), sans compter la présomption d’innocence qui pousse la justice à condamner légèrement les auteurs d’infractions dont elle ne peut garantir l’identité …

Après les actes d’état civil frauduleux des pays africains, (30 % à 80 % dans nombre de pays) et l’explosion des mariages entre Français et étrangers dont nombre de mariages de convenance ou blancs …

Après la découverte il y a deux ans d’un réseau de faux papiers à la Préfecture de Paris avec l’implication d’un haut fonctionnaire ou à en juin 2003, l’interpellation de 40 personnes impliquées dans un vaste trafic en bande organisée de faux papiers pour travailleurs clandestins turcs …

Après les salariés à faux papiers (ou vrais papiers avec photo falsifiée) dits abusivement sans papiers dont sont actuellement pleins nos quotidiens …

Après les réseaux de « squats » et de faux “contrats de location” d’ appartements appartenant à l’Etat ou aux collectivités locales, voire privés, avec au besoin soutien de sous-ministres …

Après les appels à la désobéissance civile et la dissimulation de sans papiers et de leurs enfants …

Après les malades qui se font enlever 17 appendices par le même médecin ou les femmes qui accouchent tous les deux mois sur la même carte de sécurité sociale …

Après les vols, comme en février 2004 à Boulogne-Billancourt, de 6 000 passeports, 6 500 permis de conduire, dont 1 500 permis internationaux, 10 000 cartes grises – tous vierges et comportant toutes les sécurités pour une valeur sur le marché noir de 55 millions d’euros …

Après les trafics d’esclaves modernes pour diplomates africains dont les noms et les nationalités ne sont jamais communiquées …

Après la découverte en février 2003, de la traite d’êtres humains par le musicien congolais Papa Wemba qui, une dizaine de fois par an, faisait venir une quinzaine de faux musiciens en Europe à 3 500 dollars le passage pour un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros ….

Voici, pour nos belles âmes des beaux quartiers pourfendeurs d’ADN et maitres chanteurs au racisme et au pétainisme …

Une filière associative qui depuis trois ans auraient vendu, pour de 20 à 30 euros, des milliers de faux documents (allocations scolaires, baux locatifs, bulletins de salaire ou certificats médicaux) aux résidents du quartier africain du XVIIe arrondissement de Paris!

D’où la question: si on peut se procurer des faux papiers à 20 euros pièce ou se jouer aussi facilement de l’Administration ou de la Justice françaises, on se demande bien qui est encore assez bête pour rester… « sans papiers »?

Un «supermarché» de faux papiers découvert à Paris
C. M.
Le Figaro
20/05/2008

Allocations scolaires, baux locatifs, bulletins de salaire ou certificats médicaux… C’est presque par hasard que les policiers ont mis au jour une véritable filière de faux documents, dont auraient bénéficié des milliers de personnes.

Vendredi, les policiers interpellent une femme de 68 ans en train de vendre de faux certificats médicaux à la sortie du métro Château-Rouge, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Après un contrôle et des aveux immédiats, ils remontent assez facilement la piste du trafic et découvrent un véritable «supermarché des faux papiers».

La femme interpellée était membre de l’association «La Main tendue» ayant pignon sur rue dans le quartier Château-Rouge. Officiellement, cette association devait aider la communauté camerounaise, très présente dans le secteur. De manière plus officieuse, l’organisme vendait moult documents administratifs faussés, allant des allocations scolaires aux baux locatifs, en passant par des bulletins de salaire ou des certificats médicaux. Et ce pour 15 ou 20 euros pièce.

Ampleur du trafic

Des milliers de faux documents et six ordinateurs servant à les fabriquer ont été saisis. Six personnes ont été déférées devant la justice. Une information judiciaire va être ouverte pour tenter d’identifier les milliers de personnes qui ont bénéficié de ces faux documents. Pour donner une idée de l’ampleur du trafic, un policier a raconté : «Une trentaine de clients se sont présentés… rien que durant la perquisition».

Voir également:

Un haut fonctionnaire impliqué dans un trafic de faux papiers
Piotr Smolar
Le Monde

14.04.06

Un haut fonctionnaire de la préfecture de police parisienne est soupçonné d’avoir délivré de faux documents à des étrangers pour faciliter leur séjour en France. Attaché principal d’administration centrale, Yves Riou était le chef, depuis décembre 1999, du 9e bureau de la police générale, en charge des démarches administratives des étrangers originaires du Maghreb, d’Afrique et de l’Union européenne.

Le 5 avril, après quarante-huit heures de garde à vue, il a été mis en examen par la juge d’instruction Corinne Goetzmann pour « aide à l’entrée et au séjour irrégulier », « association de malfaiteurs », « corruption passive » et « usage de faux ». Il a été ensuite écroué par le juge des libertés et de la détention (JLD).

Au total, onze personnes ont été mises en examen dans cette enquête menée par la brigade de répression du banditisme (BRB) depuis janvier 2006 sur la base d’un renseignement fourni par un informateur au sujet d’un trafic de documents ayant pour origine la préfecture. Le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire le 6 février.

Parmi ces personnes figurent à la fois des étrangers bénéficiaires des documents délivrés par M. Riou et plusieurs intermédiaires qui ont organisé la filière.

Elément important aux yeux des enquêteurs : aucune trace de rémunération n’a été découverte à ce jour dans les documents de M. Riou. Toutefois, le préfet de police, Pierre Mutz, a demandé sa suspension au ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, au terme d’une enquête administrative menée par l’Inspection générale des services (IGS). Il semblerait que la motivation de M. Riou n’ait pas été financière. Il aurait succombé aux promesses faites par un des organisateurs de la filière. Cet homme, se disant officier de réserve à la retraite, se targuait de nombreux contacts – supposés ou réels – au sein de l’administration et du monde politique. Beau parleur et habile, il aurait fait miroiter au fonctionnaire une évolution professionnelle très favorable en échange de sa participation.

C’est ainsi que M. Riou aurait validé seul des dossiers litigieux qui venaient d’être retournés au bureau qu’il dirigeait après un premier examen défavorable. De source judiciaire, on indique que M. Riou a reconnu s’être sans doute fait manipuler, mais qu’il a rejeté toute participation à des faits de corruption.

En 2004, la police générale, à laquelle appartient M. Riou, a délivré plus de 200 000 cartes de séjour pour étrangers et près de 60 000 autorisations de même type pour des demandeurs d’asile.

Voir aussi quelques exemples tirés d’une étude de 2004 de Christophe Naudin:

– En décembre 1999, Régis, 30 ans, né à Brazzaville de parents français et résident en Martinique, est sommé par la RATP de régulariser une soixantaine d’amendes. Or Régis n’a jamais été en métropole. Il hausse les épaules, jusqu’au jour où il se retrouve interdit bancaire. Des dizaines de comptes bancaires ont en fait été ouverts en France sous son identité, avec des « faux-vrais » papiers. Régis est sur le point de créer une entreprise : le projet capote. En 2001, Régis est ensuite arrêté par la gendarmerie, accusé de nombreuses escroqueries. Libéré sous contrôle judiciaire, Régis enquête seul, se méfiant désormais des institutions. Il découvre alors que son père a perdu (ou s’est fait voler) sa carte d’identité en 1996 en Martinique. Le document se retrouve en France entre les mains d’un Africain qui change la photo. Partant de cette carte d’identité falsifiée, le malfaiteur parvient à obtenir un livret de famille complet. Grâce au livret, l’homme se fait délivrer une « fausse-vraie » carte d’identité au nom de Régis, et ouvre des comptes bancaires un peu partout, sans risque. A la fin de ses recherches, Régis dénombre 40 personnes portant son identité rien qu’à Paris. Le livret a circulé. On l’a sans doute vendu à des clandestins qui ont obtenu d’autres papiers et ouvert d’autres comptes bancaires. En avril 2002, Régis comparait en correctionnelle à Nantes. Les banquiers lésés évoquent tous dans leurs dépositions un escroc Noir. Or, bien que né à Brazzaville et résident en Martinique, Régis est Blanc… Le président du tribunal prononce la relaxe. Reste à convaincre la Banque de France, la Sécurité sociale et la RATP qui n’ont pas cessé leurs poursuites pour autant !

– Le 5 novembre1998, deux prostituées camerounaises sont interpellées à Mulhouse. Divorcée d’un français, l’une d’elles est connue pour avoir vendu sa carte d’identité (qu’elle a déclaré perdue) à une compatriote qui s’est prostituée sous ce nom, avant d’être expulsée. On apprend ensuite que ces femmes, entre temps naturalisées françaises, revendent fréquemment leurs papiers à des compatriotes, tout en sachant que des infractions peuvent être commises sous leur nom. Une des deux femmes explique ainsi que « le nom français importe peu ; c’est le nom camerounais qui compte ». Elle ne pense donc pas commettre la moindre infraction. Cette femme est placée en rétention administrative avant expulsion.

– Le 24 juin1999, Le Monde publie un article sur la triche aux diplômes. On y apprend ainsi que la substitution d’identité aux examens est « un stratagème relativement fréquent ». le cas de Demba K. est cité. Le jeune homme a été exclu de l’Université Paris XIII pour 3 ans. A son sujet, la présidente de l’université explique que « dans certains cas, la procédure administrative peut déboucher sur une information judiciaire, car la fraude est un délit passible (…) de 3 ans de prison et de 60.000 francs d’amende. Cela étant, ajoute t-elle, les peines infligées en correctionnelle sont autrement plus légères et invariablement assorties du sursis. »

– Mohamed S, homme mûr originaire d’Algérie, avertit son médecin qu’il se fait opérer à Bordeaux et ne le verra pas pendant deux mois. De passage à Bordeaux, le praticien visite son patient à l’improviste. A l’hôpital, on lui indique la chambre. Surprise : un inconnu occupe le lit. C’est un compatriote, à qui Mohamed S a prêté ses papiers d’identité, pour qu’il bénéficie de sa couverture sociale.

– Rosalie B est mère célibataire : elle a deux enfants ; un troisième va naître. Elle est hébergée par un couple dont l’épouse, Madame M., ne peut avoir d’enfant. Aussi, avec l’accord de son mari, s’entend-elle avec Rosalie pour que l’enfant attendu soit déclaré à l’état civil au nom des époux. Une opération courante en Afrique – mais qui, en France, constitue le délit de substitution d’enfant. Mme M. se dit donc enceinte à son employeur, prend un congé de maternité, éludant – cela va sans dire – les visites prénatales. L’accouchement de Rosalie a lieu chez les époux M. dont le mari se rend ensuite au bureau de l’état civil pour déclarer la naissance de « son » fils. Mais l’affaire s’ébruite. Une enquête est ouverte et une procédure adressée au parquet – qui se montre humain : il n’engage pas de poursuites, se contente de faire modifier l’acte de naissance de l’enfant, tout en indiquant aux époux B. les formalités à accomplir en vue de son adoption.

– Malik Étienne C… 40 ans, né à Kaolack (Sénégal), vit depuis 13 ans sous l’identité d’un compatriote, Amadou Gueye, 40 ans, né à Marseille, qui lui prête son identité après son retour au pays. Grâce à l’extrait de naissance d’Amadou Gueye, Malik Étienne C… obtient un passeport et une carte d’identité français. En 1984, il devient gardien de la paix. Il fait une carrière sans histoire dans la police, jusqu’en 1996 où il est détaché au tribunal de Police de Paris. Mais Malik Étienne s’est lancé dans une entreprise d’usurpation d’identité au profit de compatriotes. Or trois d’entre eux sont arrêtés, et parlent. Convoqué, Malik Étienne est confondu par ses empreintes digitales. On réalise alors qu’il est fiché à l’identité judiciaire pour avoir tenté en 1978, d’usurper l’identité d’un autre compatriote…

– Le 18 mai 2004, un étranger en situation irrégulière est arrêté à la mairie de Lorient alors qu’il retire un passeport, délivré sur la foi de faux papiers français. Or depuis quelques temps, à Lorient, nombre de demandes de passeports, de cartes d’identité, d’extraits d’acte de naissance sont requis par des habitants de la région parisienne – ce qui finit par intriguer les employés de la mairie. Les policiers estiment qu’une filière de faux papiers avait jeté son dévolu sur Lorient, ville provinciale sans grande criminalité.

– On l’appelle l’escroquerie « à la zaïroise », en hommage à ses inventeurs. Elle consiste à ouvrir nombre de comptes bancaires sous des identités distinctes, fausses de préférence ; puis à y déposer des chèques d’origine douteuse, qu’on fait circuler d’un compte à l’autre. En jouant sur les délais d’encaissement, on récupère in fine une somme importante, puis on disparaît. Disciple doué des zaïrois, l’Ivoirien Guy Charlie. Depuis 1982, il ouvre de multiples comptes sous fausse identité et y soustrait ensuite de fortes sommes. Charlie ouvre d’abord un compte avec une simple déclaration de perte de sa carte de séjour. L’opération est enfantine : il multiplie les domiciliations bancaires. Il est arrêté en mars 2003 en déposant sur un nouveau livret un chèque de 29 000 Euros. Ses dernières opérations bancaires s’élèvent à 127 530 Euros. Il vient de commander une Audi cabriolet et une Cadillac, valant 100 000 Euros. Sachant qu’outre les espèces, de tels escrocs utilisent désormais cartes bancaires et chéquiers, on imagine le préjudice commis par celui-ci sur 20 ans…

– A l’aide de faux papiers fourni par un Zaïrois, deux femmes ouvrent des comptes en banque en Seine Saint-Denis, ensuite alimentés par des chèques volés et falsifiés. Puis ces femmes retirent l’argent, gardant 10% du montant du retrait. Le reste va au patron et couvre ses frais « techniques ». Les policiers tâchent désormais de retrouver les particuliers et banques abusées. Sur un seul mois, disent-ils, le préjudice dépasserait les 20.000 Euros.

– Arrestation à Lyon de Fabienne, une zaïroise de 32 ans qui a usurpé l’identité d’une étudiante lyonnaise, ouvert un compte à son nom et émis 90 chèques, pour 40.000 Euros au total. Fabienne est dans une filière dont le chef, en fuite, est mis en examen en novembre 2003 pour quarante escroqueries analogues, commises sous 39 identités.
L’homme a été remis en liberté par le Juge des libertés ; le parquet a fait appel et un mandat de dépôt a été délivré contre lui. Entre temps, l’homme a disparu.

Christian, malfaiteur camerounais de 27 ans, commande ses courses avec une Carte Bleue établie sous un faux nom. Une commande de 700 Euros de champagne intrigue le service de vente à domicile. Interpellé, Christian est ensuite remis en liberté.

– Le 06 janvier 2003, Matondo comparait devant le tribunal d’Evry pour faux et usage. « Je travaillais sans papiers, mais mon employeur ne voulait plus prendre de risque… alors j’ai eu recours à des faux ». or Matondo, d’origine indéterminée, a déjà été poursuivi pour recel, vol et contrefaçon sous 7 identités diverses… même sa compagne ne connaît pas son vrai nom ! Il est déjà interdit définitif de territoire français, mais la sentence n’a jamais été appliquée.

COMPLEMENT:

Refugee Program Halted As DNA Tests Show Fraud
Thousands in Africa Lied about Families To Gain U.S. Entry
Miriam Jordan
WSJ
August 20, 2008

The State Department has suspended a humanitarian program to reunite thousands of African refugees with relatives in the U.S. after unprecedented DNA testing by the government revealed widespread fraud.

The freeze affects refugees in Kenya, Ethiopia, Uganda, Guinea and Ghana, many of whom have been waiting years to emigrate. The State Department says it began DNA testing with a pilot program launched in February to verify blood ties among African refugees. Tests found some applicants lied about belonging to the same family to gain a better chance at legal entry.

The U.S. has responded by halting refugee arrivals from East Africa, where hundreds of thousands of people have been stranded in precarious conditions since civil war erupted in the early 1990s. The temporary suspension has generated panic in African communities in the U.S., where thousands wait to be joined by relatives.

Typically, a refugee already living in the U.S., a so-called anchor, is entitled to apply for permission to bring a spouse, minor children, parents and siblings. The process requires interviews, medical examinations and security screening.

But suspicion has grown in recent years that unrelated Africans were posing as family members to gain entry. « This program is designed for people to reunify with family members » already in the U.S., says Barbara Strack, director of the refugee division at U.S. Citizenship & Immigration Services. « We wanted to have empirical data » to confirm suspected fraud, she says.

In February, the State Department launched pilot testing in Kenya to verify family relationships, mainly among Somalis. When applicants arrived for a previously scheduled appointment, a U.S. official asked them to volunteer for a DNA test.

An expert then swabbed the cheek of those who claimed biological relationships, such as a mother and her purported children.

The cell samples were sent to labs in the U.S. for analysis.

As word spread, some applicants began missing appointments, and others refused to cooperate.

Laboratory analysis of the samples indicated a large portion of applicants weren’t blood relations, as they claimed. « The results were dismaying, » says Ms. Strack. « This told us we had a problem with the program. »

The results prompted expansion of the testing to other countries. « We had high rates of fraud everywhere, except the Ivory Coast, » says a State Department official.

In late April, the government decided to temporarily halt the family reunification resettlement program for East Africans. A government official confirms that « many thousands of people » are affected by the suspension, particularly Somalis and Ethiopians.

Refugee resettlement agencies report that arrivals have slowed to a trickle.

In Minneapolis and St. Paul, Minn., home to the country’s largest East African population, Catholic Charities hasn’t handled a single family reunification case since March 19. The agency has resettled 35 East African families this year, compared with more than 450 last year and about 1,300 in 2006. « Everyone is calling or walking in here and asking what is going on, » says Angela Fox, a resettlement worker at Catholic Charities.

Some refugees received a notice from U.S. authorities advising them that their case is on hold because relatives didn’t show up for a scheduled interview or they refused to supply a DNA sample.

Those who agreed to take the test are also in limbo.

Abdirahman Dhunkal, who hails from Somalia, petitioned in early 2005 for his father, mother and six siblings who are in Kenya to join him in Minnesota.

Their case was approved in late 2006, but Mr. Dhunkal says that his family was asked to take a DNA test earlier this year. Since the cell samples were collected, « nothing has happened. We are still waiting, » says Mr. Dhunkal, 31, who hasn’t seen his family in 14 years.

The government testing has raised questions about using DNA as an immigration tool.

« No one condones people gaining entry by false means; the integrity of the program must be ensured, » says Bob Carey, chair of Refugee Council USA, a coalition of U.S. agencies that work on refugee issues, and vice president of resettlement for the International Rescue Committee. However, he adds, « DNA is not the only means to assess family relationships. »

Refugee advocates say the definition of family among Africans extends beyond blood relatives, especially when families fleeing persecution are scattered. « Some families are raising children who aren’t their own but whom they call son or daughter, » says Ms. Fox of Catholic Charities.

Refugee slots are precious. The world’s uprooted people are estimated to number 37 million; only about 1% are resettled. As the largest recipient, the U.S. absorbs about half of all refugees who are resettled.

Such demand « creates an incentive to get past the system, » says Ralston H. Deffenbaugh Jr., president of Lutheran Immigration and Refugee Services. « Desperation makes people more susceptible to abuse or bribery. »

To be approved as a refugee, an applicant must establish that he or she has suffered persecution or has a well-founded fear of persecution on account of race, creed or origin.

Between Oct. 1, 2007, and Aug. 13 of this year, the U.S. admitted 45,644 refugees. For the fiscal year ending Sept. 30, 2008, the Bush administration set a ceiling for African refugees at 16,000. But by Aug. 13, only 6,780 Africans had been admitted.

Family unity has long been a pillar of U.S. refugee admissions, with relatives accorded priority. U.S. officials say the government must balance a need to ensure the integrity of the program with the desire to let in vulnerable refugees.


Anciens présidents: La France s’invente son Carter (Chirac gets his foundation and France its very own Carter)

20 mai, 2008
Carter's gangQu’il y ait des passerelles pour discuter, après tout, moi je ne me permets pas de juger ce que font les uns et les autres, peut-être que ça sera utile un jour. Nicolas Sarkozy (suite à la récente rencontre de Jimmy Carter avec le chef du bureau politique du Hamas)

Après sa « CNN à la française« , l’ancien président Chirac va-t-il enfin offrir à la patrie reconnaissante et en sa propre personne son Carter français?

Alors que le nouveau locataire de l’Elysée multiplie les chiraqueries (condamnation, d’un côté, du Hamas – qui fait former ses cadres en Iran – avec envoi de l’autre d’émissaires discrets à la veille de sa visite en Israël) …

Et qu’entre deux bidonnages, le « quotidien de révérence » se lâche sur le « fiasco » du mandat finissant du président Bush …

Voici le délinquent multirécidiviste et ancien squatter de la rue du faubourg Saint-Honoré, alias Tyrannophilus Rex, qui, entre deux coups de main à ses anciens potes du camp de la paix Poutine ou Schroeder, lance sa fondation avec notamment un autre grand tryrannophile devant l’Eternel et célèbre maitre d’oeuvre du fiasco onusien au Rwanda comme de celui du programme pétrole contre pourriture, un certain Koffi Annan …

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Erratum du Monde: ce que le monde n’avait jamais vu (You saw nothing in Hiroshima)

18 mai, 2008

You saw nothing in Hiroshima

Tu n’as rien vu à Hiroshima. Marguerite Dumas
C’est un serpent de mer: les Japonais allaient-ils capituler ? Les Etats-Unis ont-ils voulu intimider l’URSS ? etc. Pas plus tard que l’an dernier, un ministre japonais a provoqué un tollé en déclarant: « Hiroshima était inévitable ». Jean-Marie Bouissou (Sciences Po)

Incroyable mais vrai: le Monde publie son 2e erratum en 50 ans!

Après le fameux faux “rapport Fechteler” de mai 1952 …

Et sans parler de la discrète confession sur le Cambodge, il y a deux ans (on n’est pas à 30 ans près!) …

Ou tout récemment du demi-aveu des chiffres bidonnés de l’Irak (mais toujours rien sur les “colonnes infernales” de Rémy Ourdan, les suicides de GI’s, les “dont des femmes et des enfants” palestiniens) …

Voici, ultime confirmation de la grave crise que traverse depuis des années et comme nombre de ses concurrents le “quotidien de référence” et “conscience de la France” créé à la Libération sur ordre du Général …

L’affaire des fausses photos de charniers d’Hiroshima (en fait d’un tremblement de terre de 1923) de l’incorrigible Sylvain Cypel (et apparemment d’un de ses collègues du Nouvel Obs) qui comme par hasard désignait à la vindicte publique… l’Etat-repoussoir de dernier ressort!

Le piège des photos
Véronique Maurus
Médiatrice
Le Monde
18.05.08

S’il est vrai que faute avouée est à demi pardonnée, Le Monde a fait un grand pas sur le chemin de l’indulgence en publiant, mardi 13 mai, sur une demi-page (avec annonce à la « une »), l’un des errata les plus longs de son histoire. Sous le titre « Très suspectes photos d’Hiroshima », notre correspondant à New York, Sylvain Cypel, expliquait pourquoi le journal avait publié, quatre jours plus tôt, dix clichés censés montrer les charniers d’Hiroshima peu après l’explosion de la première bombe A, le 6 août 1945, alors que, pour six d’entre eux au moins, il s’agissait des ravages du tremblement de terre de 1923, autour de Tokyo.

Inutile de revenir sur les détails de l’affaire, nos contempteurs s’en sont largement chargés, notamment sur Internet. Mais la repentance ne nous exonère pas d’analyser les causes de cette bévue – ne serait-ce que pour éviter sa répétition. Le Monde a-t-il péché par incompétence ? Négligence ? Goût du sensationnel ? Ou précipitation ? Pour les lecteurs, cela ne semble guère faire de doute : « Il est navrant de constater, dans votre article à sensation («Hiroshima : ce que le monde n’avait jamais vu»), que vos journalistes écrivent n’importe quoi, après un minimum de recherches, ou, pour faire sérieux, citent de soi-disant experts, qui n’en connaissent guère plus », regrette M. Cartier (Bouilly, Yonne). « En espérant que vous prendrez le temps de vérifier la provenance des photographies que vous avez évoquées dans votre article », écrit Philippe Jarlat (Bessancourt, Val-d’Oise), en conclusion d’un courriel démontrant, citations d’experts à l’appui, que ces images avaient peu de chances d’être celles d’Hiroshima.

Plus dure encore, la réaction navrée d’Yves Carmona (Singapour) : « Le Monde, ses forces – le recul, un réseau de correspondants à l’étranger hors pair dans la presse française, sa capacité d’analyse -, les lecteurs comme moi y tiennent. Je n’en suis que plus triste de cette énorme bévue (…) . Ce qui fait la différence entre un journal de qualité, comme Le Monde doit le redevenir, et ses confrères (…), c’est précisément cela, le souci de tout vérifier sans se précipiter sur les scoops. »

Enquête faite, le dossier est moins accablant qu’il n’y paraît. Prenons les reproches un à un. D’abord l’incompétence. Tout est parti d’une double page publiée, le 7 mai, dans le quotidien italien La Repubblica, qui reproduisait lesdites « images d’Hiroshima ». Le journaliste photo qui les repère, de même que Michel Guerrin, chef du service culture, et Claire Guillot, rédactrice spécialisée, aussitôt saisis, savent tous que l’existence de telles photos inédites est probable. « On connaît des photos du champignon, des photos de victimes, mais aucune des charniers, explique Claire Guillot. Aucune jusqu’ici ne montre l’ampleur des morts. Mais on sait, par des témoignages, que des photos ont été prises sur place, le jour même, et que la censure américaine les a fait disparaître. »

La découverte tardive de ces clichés, même dans des conditions mystérieuses, est donc parfaitement plausible. C’est la vraie source de notre erreur. Elle est à rapprocher de la bourde historique commise par Le Monde, en mai 1952, avec la publication du fameux « rapport Fechteler », rapport ultrasecret censé émaner des autorités militaires américaines, qui se révélera un vulgaire article de réflexions stratégiques publié un an et demi plus tôt… L’histoire était, hélas !, trop belle, mais le contexte, comme ici, l’expliquait.

Second reproche, la négligence. On ne saurait pourtant ranger cette bavure au rang de rumeur non vérifiée. Car le journal a vérifié, pas assez, certes, on le voit a posteriori, mais consciencieusement. D’abord au sein du service photo, puis à New York, d’où Sylvain Cypel a joint la Hoover Institution de l’université de Stanford (en Californie), qui a diffusé ces images, le 5 mai. Il a aussi interrogé l’historien Sean Malloy, qui les avait découvertes dans les archives de la Hoover, puis publiées en partie dans un livre, La Tragédie nucléaire, paru en mars, et enfin toutes mises en lignes sur son site, le 5 mai. Par acquit de conscience, notre correspondant a également contacté un grand journal américain qui lui a laissé entendre qu’il travaillait sur le dossier.

Avec la caution d’une institution illustre et d’un historien spécialisé, les images semblaient donc validées, même si, compte tenu du décalage horaire, notre correspondant à Tokyo n’avait pu vérifier auprès du Musée d’Hiroshima et se limitait donc à ajouter, dans l’article, quelques paragraphes de contexte historique.

Troisième reproche, le sensationnalisme. Le Monde aurait-il dû se contenter d’un modeste article dans les pages internationales, signalant la sortie desdites photos, sans insister sur leur importance historique ? C’était une solution hypocrite. Car de deux choses l’une : soit le doute existait sur leur authenticité et mieux valait, alors, ne rien faire du tout, soit il n’y avait pas de doute et il convenait de leur donner toute leur portée. Une page illustrée n’avait, dans cette optique, rien d’excessif.

Reste la précipitation. Le journal n’aurait pas commis cette erreur s’il avait différé la publication d’un ou deux jours, le temps d’obtenir la validation des experts japonais, estiment la plupart de nos détracteurs. C’est vrai. Mais, d’une part, le délai pouvait être beaucoup plus long : notons en effet que ni le livre de Sean Malloy, pourtant adressé il y a deux mois au Musée d’Hiroshima, ni la double page de La Repubblica publiée le 7 mai, n’avaient été contestés au jour de la parution de nos articles, le 9 daté 10. D’autre part, cela supposait, là encore, que le doute existe. Or il n’existait pas dans l’esprit des intéressés.

C’est là que le bât blesse. Le Monde, finalement, a surtout failli par excès de confiance, en accordant un crédit excessif à une institution reconnue. Et il a, sans le vouloir, enfreint une règle d’or du journalisme : le croisement des sources. Il a cru obtenir confirmation de deux sources indépendantes alors que l’on peut supposer, après enquête, que la Hoover et l’historien se sont trompés mutuellement, chacun pensant que l’autre avait validé les images.

Seule consolation : ce n’était pas une manipulation, mais un piège fortuit, presque imparable. L’histoire de la photo est truffée de cas analogues, souligne Michel Guerrin. Raison de plus pour redoubler de prudence à l’avenir. On ne prêchera jamais assez les vertus du doute…

Voir aussi:

Hiroshima : ce que le monde n’avait jamais vu
Sylvain Cypel et Philippe Pons
Le Monde
10.05.08

Dix clichés, cachés pendant plus de soixante ans par un soldat américain, montrent, pour la première fois, les victimes de la bombe larguée le 6 août 1945 sur la ville japonaise

Ce sont des photos prises au sol, de l’intérieur du désastre. Rien à voir avec la vision abstraite et désincarnée du champignon nucléaire. Ces images montrent l’état de la ville japonaise d’Hiroshima dans les premiers jours qui ont suivi le largage, par l’aviation américaine, de la première bombe atomique, le 6 août 1945, à 8 h 17.

Sidérantes photos de corps flottant dans les eaux. Epouvantables images de visages tordus de souffrance. Clichés de cadavres entassés en pyramide, de corps tétanisés, adultes, vieillards et enfants, soufflés dans l’instant. Il n’y a plus ni homme ni femme. Uniquement des corps calcinés, enchevêtrés sous les gravats, ou allongés en rangs à perte de vue par les premiers sauveteurs et militaires nippons arrivés sur place, déambulant, masqués, entre les travées. On reconnaît simplement les enfants à leur petite taille.

La Hoover Institution, à l’université Stanford, en Californie, a rendu publiques dix photographies exceptionnelles, lundi 5 mai. Elles lui ont été remises, en 1998, par Robert L. Capp, un soldat qui avait participé aux forces américaines d’occupation du Japon à l’issue de la seconde guerre mondiale. « En fouillant une cave près d’Hiroshima, explique Sean Malloy, historien et chercheur à l’Université de Californie, à Merced, Capp est tombé sur des pellicules non développées : parmi elles, il y avait ces photos. » Leur auteur, japonais, est inconnu.

En travaillant sur un livre publié cette année, Atomic Tragedy : Henry L. Stimson and the Decision to Use the Bomb Against Japan ( La tragédie nucléaire : Henry Stimson et la décision de lancer la bombe sur le Japon, Cornell University Press), M. Malloy, ancien de l’université Stanford, a été autorisé à voir ces photos. Il a ensuite pu rencontrer la famille Capp, qui lui a permis de divulguer trois photos inédites dans son ouvrage. Robert Capp, décédé entre-temps, avait fait don de la collection, en 1998, au fonds d’archives Hoover, exigeant que ces photos ne soient pas montrées avant 2008.

En raison de la censure draconienne imposée par l’occupant américain sur tout ce qui touchait au bombardement d’Hiroshima (puis de Nagasaki, trois jours plus tard), on ignora pendant des mois l’ampleur de la tragédie dont furent victimes des populations essentiellement civiles. Les images prises par les premiers photographes nippons à s’être rendus sur place furent interdites. Les photos trouvées par M. Capp, sans doute d’un amateur, sont un témoignage de l’horreur des premiers jours qui suivirent le bombardement.

Ce 6 août 1945, Hiroshima (350 000 habitants) s’apprête à vivre une journée de chaleur moite, écrasante, vrillée par le cri des cigales, du torride été nippon. La bombe larguée par la forteresse volante Enola Gay, qui s’est envolée à l’aube de la ville de Tinan, dans le Pacifique, explose à 580 mètres d’altitude. La ville est rasée à 90 % et 150 000 personnes périssent sur le coup ou après une longue agonie. Aux effets foudroyants fera suite la mort lente provoquée par les radiations. « Rendez-nous notre humanité », lancera le poète atomisé Sankichi Toge.

A part le reportage du journaliste australien William Burchett, « No more Hiroshima », publié en septembre, on ne sait pratiquement rien, six mois plus tard, de ce qui s’est passé à Hiroshima et à Nagasaki. Avec les conséquences humaines tragiques : comment soigner ces terribles blessures, traitées comme de simples brûlures ? Comment stopper les hémorragies de corps écorchés vifs ? Le seul organisme mis en place par l’occupant fut un centre de recherches sur les effets de la bombe : il ne prodigue aucun soin, mais demande que les morts lui soient confiés pour autopsie…

L’horreur des photos pose une nouvelle fois la question : la bombe A était-elle le seul moyen de mettre fin à la guerre du Pacifique ? En 1945, le Japon était à bout de force. A Potsdam, le 26 juillet, les Etats-Unis avaient exigé sa capitulation sans condition, que Tokyo refusa. Mais la décision de larguer ses bombes sur l’Archipel avait déjà été prise, la veille, à Washington. Dans ses Mémoires, le général puis président des Etats-Unis, Dwight Eisenhower, écrit qu’en août 1945 « le Japon était déjà battu, le recours à la bombe était inutile ». A fortiori, la seconde, sur Nagasaki, qui fit 70 000 morts sur le coup. Plus que la capitulation nipponne, il s’agissait de montrer la suprématie américaine à l’URSS, qui avait entre-temps déclaré la guerre au Japon.

Depuis la divulgation de ces photos, blogueurs et internautes américains se déchirent sur le sujet. Une phrase revient souvent dans les commentaires : « Les Japs n’ont eu que ce qu’ils méritaient. » Sur le site MetaFilter, l’internaute signant « postroad » estime que le Japon « n’ayant aucune intention de capituler, comme le montre le film de Clint Eastwood (Lettres d’Iwo Jima), aussi horribles soient (ces photos), ces bombardements ont sauvé de nombreuses vies américaines – et aussi nippones ». Pour d’autres, à l’inverse, « l’Amérique masque ses crimes honteux ».

Beaucoup d’internautes se demandent aussi pourquoi ces clichés sortent aujourd’hui. Peu font confiance à la version officielle. Peut-on vraiment croire que M. Capp ait attendu cinquante-trois ans avant de montrer ces images à quiconque ? Pourquoi aurait-t-il exigé dix ans de secret supplémentaire ? M. Malloy n’a pas d’explication : « C’est une supposition, mais Capp se savait proche de la fin de sa vie. Il ne voulait pas être entraîné dans les polémiques que ces photos pouvaient générer. »

Pourquoi, également, M. Capp aurait apporté ces documents à la Hoover Institution? Celle-ci est perçue comme un centre de recherches néoconservateur extrême. Certains voient une volonté de « pousser » à une intervention américaine contre l’Iran avant que ce pays, disposant de la bombe A, puisse attaquer Israël. A l’inverse, d’autres suggèrent à Hillary Clinton de « bien regarder ces images avant de s’exprimer ». La candidate à l’investiture démocrate à l’élection présidentielle a récemment menacé d ‘« effacer l’Iran » de la carte s’il attaquait l’Etat juif. L’internaute appelé « oneirodynia » insiste sur « l’effort massif de censure tant de la part des Etats-Unis que de Tokyo après que la bombe eut été larguée. A l’été 1946, la censure américaine au Japon avait grandi au point d’occuper 6 000 personnes ».

Evoquant la « culture du secret » qu’ils croient déceler aux Etats-Unis, nombre de commentaires établissent un rapport entre Hiroshima, les bombardements massifs au napalm des populations locales durant la guerre américaine au Vietnam et… les prisons américaines de Guantanamo et d’Abou Ghraib aujourd’hui. D’Hiroshima à l’Irak, un internaute anonyme écrit, sur le site Yahoo!, que « le peuple américain ne s’intéresse jamais qu’à ses propres morts ».

Alors que le débat se développe sur Internet, la presse américaine n’a pas encore évoqué la divulgation de ces nouvelles photographies de la tragédie d’Hiroshima. Ni la presse japonaise, du reste.

Voir enfin:

Très suspectes photos d’Hiroshima
Sylvain Cypel (avec Philippe Pons à Tokyo)
Le Monde
14.05.08

Les images publiées dans « Le Monde » auraient été prises lors du tremblement de terre de 1923, près de Tokyo
résentées comme des images prises dans les décombres d’Hiroshima peu de temps après le largage par un bombardier américain de la première bombe A, le 6 août 1945, les photographies publiées par Le Monde dans son édition du 10 mai, qui accompagnaient l’article « Hiroshima : ce que le monde n’avait jamais vu », ne sont probablement pas authentiques. Ces clichés ont vraisemblablement été pris lors du tremblement de terre qui, en 1923, ravagea la plaine de Kanto, autour de Tokyo, et fit plus de 100 000 morts.

Pourquoi Le Monde a-t-il accordé du crédit à ces photos ? Elles ont été dévoilées, le 5 mai, par la Hoover Institution de l’Université Stanford, en Californie. Elles font partie d’un ensemble de dix clichés intitulé « Collection Capp ». Selon la Hoover, elles lui avaient été remises en 1998 par un ancien soldat américain en poste au Japon, Robert Capp. Ce dernier aurait trouvé une pellicule (ou des pellicules) dans une cave près d’Hiroshima. Trois de ces photos ont paru, en mars, dans La Tragédie nucléaire, un ouvrage publié en anglais par l’historien américain Sean Malloy.

Le Monde a alors joint ce dernier, chercheur à l’université Merced, en Californie, et les archives de la Hoover Institution, leur posant une série de questions sur les conditions de découverte et de divulgation de ces images, sans imaginer que Hoover pouvait diffuser sous son nom des photos non validées. M. Malloy a répondu à nos interrogations avant publication de l’article. Et Janel Quirante, des archives Hoover, se disant « dans l’impossibilité » de répondre à nos questions, nous écrivait : « L’information sur les donateurs est confidentielle. » Elle nous a indiqué le prix d’achat : 23,70 dollars le cliché.

« L’ENQUÊTE SE POURSUIT »

Mais, lundi 12 mai au matin, M. Malloy a retiré ces photos de son site Internet. La Hoover Institution a fait de même peu après. L’universitaire nous a indiqué avoir été « informé dimanche par deux e-mails reçus du Japon » des doutes concernant le lieu de la prise des photos. Le Monde dispose d’un de ces courriels. Ils incluent deux photos prises au lendemain du séisme de Kanto.

Les photos du séisme de 1923 sont célèbres au Japon. Leur similitude avec deux photos de la collection Capp a « convaincu » le chercheur « d’une forte présomption que l’identification fournie par la Hoover Institution est inexacte ». Il a dès lors jugé que deux photos sujettes à caution « jettent un doute sur la collection entière ». A Hiroshima, l’un des conservateurs du Musée pour le souvenir et la paix, Hiroyuki Ochiba, a confirmé au Monde qu’ayant eu connaissance, le 7 mai, de l’existence de ces photos sur le site Hoover, il a pris contact avec la Fondation à la mémoire des victimes du séisme de 1923, qui conserve les photographies de ce drame. « Après examen, nous sommes arrivés à la conclusion, le 12, que six des dix photos de la Hoover Institution sont celles de victimes du séisme, et non d’atomisés, affirme M. Ochiba. Pour les quatre autres, l’enquête se poursuit. »

Michael Lucken, directeur du département langue et civilisation du Japon à l’Inalco, à Paris, et qui publiera, en juin, 1945-Hiroshima : les images sources (Hermann) a aussi réagi. « Lorsque j’ai vu ces images dans Le Monde, j’ai pensé que l’on tenait enfin le chaînon manquant de l’iconographie sur Hiroshima. Cela m’a paru plausible, explique M. Lucken. Des témoins disent que des photos de charniers datant des trois premiers jours après le bombardement ont été prises. Elles n’ont jamais été trouvées. A partir du 17 août 1945, la censure militaire nippone a récupéré toutes les images pour les détruire. Il existe quelque 200 photos prises à Hiroshima dans les jours qui suivent le bombardement. Mais pas plus d’une demi-douzaine montrant des morts, et toutes les photos de charniers collectifs ont disparu. »

ARBRES INTACTS

En étudiant les dix images diffusées sur Internet, M. Lucken conclut qu’au moins quatre proviennent du séisme de 1923. Il avance trois arguments : « Les canotiers des sauveteurs sont typiques des années 1920 – dans les années 1940, ils portaient des casques ou des casquettes. Des cheminées d’usine apparaissent en arrière-plan, il n’y en avait pas à Hiroshima. Enfin, il est peu plausible qu’une explosion atomique calcine des arbres et en laisse d’autres intacts à proximité. » M. Lucken voit là « un faisceau d’indices, pas des preuves absolues », qu’aucun des autres clichés n’a été pris à Hiroshima, mais il « jette le discrédit sur la collection Capp ».

A l’issue d’une très longue réunion d’urgence de la direction de la Hoover Institution, lundi 12 mai, Michelle Horaney, sa porte-parole, a déclaré au Monde que celle-ci « ne diffusera aucune information avant mardi ». Elle a refusé de nous préciser si, à l’issue de cette réunion, la Hoover accrédite ou non l’authenticité des photos. Le « récit » du soldat Capp est-il fiable ? M. Malloy avait jugé « très convaincant » un entretien enregistré qu’il a laissé à l’Institution Hoover, ainsi que ses « longues conversations avec son fils ».

Désormais, il doute : « Capp était-il celui qu’il a prétendu être ? » M. Malloy explique pourquoi il a validé ces images : « Les archives Hoover ont grande réputation, et j’avais travaillé avec elles à de nombreuses reprises. Je n’avais aucune raison de suspecter que cette collection était douteuse. » Mais il « regrette » aujourd’hui de ne pas avoir procédé à de plus amples vérifications et admet ne pas avoir joint le Mémorial d’Hiroshima, qui fait autorité. Mais, indique-t-il, il lui « a envoyé [son] livre avec les photos, et celui-ci n’avait, à ce jour, pas réagi ».

Pourquoi la Hoover Institution a-t-elle validé ces photos comme datant des lendemains d’Hiroshima ? A-t-elle contacté le Mémorial d’Hiroshima ou d’autres spécialistes ? A-t-elle fait analyser les pellicules pour cerner la date des prises de vue ? Intervenu en bout de course, Le Monde, s’il a eu le tort de ne pas solliciter l’avis de personnalités qualifiées au Japon, n’a pu imaginer que la Hoover ne vérifie pas ses archives. Et la confirmation de M. Malloy a renforcé sa certitude.

Les auteurs de l’article ont exposé les doutes exprimés dans divers forums sur Internet quant à la version officielle de l’histoire des images, mais aucun interlocuteur n’a mis en doute leur authenticité. Reste à savoir qu’elle sera la réponse de la Hoover.

Voir enfin:

Jean-François Revel (« Comment finissent les démocraties », 1983, pp. 170-172)

La démocratie n’a que la supériorité de la vérité, même si, doutant trop souvent d’elle-même, elle n’use guère de cette supériorité quand elle traite avec le communisme. Pour sa part, les communistes s’adonnent à la désinformation parce qu’à l’état naturel la propagande communiste n’inspire pas confiance. D’où le recours aux moyens d’information occidentaux mêmes et à leur caution bourgeoise pour faire répandre les inventions et les préjugés les plus aptes à ployer les esprits dans un sens propice à la progression totalitaire.

La méthode comporte selon toute apparence peu de faiblesses, puisque appliquée sans changement de façon répétée, elle continue de réussir. Deux exemples parmi de nombreux exploits dans le genre illustrent cette constance, l’un de 1952, l’autre de 1978. Les services spéciaux soviétiques n’ont guère d’imagination et les médias occidentaux guère de mémoire: pourquoi dès lors changer de procédé? En 1952, une personnalité gaulliste, étiquette politique propre à endormir la méfiance, apporte en grande confidence au quotidien français le Monde un prétendu document secret, le « Rapport Fechteler », du nom de l’amiral américain auquel les services soviétiques avaient choisi d’attribuer le faux. Ce texte, censé dépeindre les plans stratégiques américains en Méditerranée, étalait un bellicisme si outrancier que les lecteurs ne pouvaient manquer d’y voir la preuve de la volonté de guerre des Etats-Unis – ce qui constituait l’exact effet recherché par les faussaires. Le Monde publie les yeux fermés dans son numéro du 10 mai 1952 l’invraisemblable « Rapport Fechteler ». Très vite, la supercherie se découvre. Mais la presse et les agences soviétiques n’en continueront pas moins comme avant à invoquer le mythique rapport, « révélation d’un véritable plan de guerre contre l’URSS », ritournelle reprise par les journaux communistes occidentaux, arguant que cette « révélation » a surgi dans un « grand journal indépendant », indice infaillible de son authenticité.

L’imposture de 1978 connaîtra une diffusion et une longévité encore supérieures. Elle prit la forme d’un « manuel pratique » signé par rien de moins que William Westmoreland, l’ancien chef d’état-major des armées. Le célèbre général y préconisait que les services secrets américains se servissent des organisations subversives d’extrême gauche opérant en Occident pour sauvegarder les intérêts des Etats-Unis dans les pays amis où les communistes semblaient sur le point d’accéder au pouvoir. En un mot, les Etats-Unis devaient infiltrer les groupes terroristes et les pousser à mettre en difficulté les gouvernements démocratiques alliés qui étaient coupables d’indulgence pour le communisme. Au moment où plusieurs démocraties européennes se trouvaient aux prises avec un terrorisme chaque jour plus efficace, et où l’on commençait à oser mentionner une éventuelle complicité soviétique dans ce terrorisme, les fabricants du faux entendaient inciter l’opinion à voir dans les services secrets américains les véritables instigateurs de la
subversion. Idée ingénieuse, mais difficile à croire. Par bonheur l Providence veillait. Elle prit le visage d’un journaliste espagnol, Fernando Gonzalez, qu’un miracle rendit maître et possesseur du faux, pompeusement sacré « Top secret ». Ce Gonzalez en prévit la publication dans l’hebdomadaire espagnol El Triunfo du 23 septembre 1978. Mais, par un geste d’abnégation unique dans les annales de la presse, El Triunfo se dépouilla volontairement de son exclusivité pour céder la primeur du faux, en avant-première et prépublication, au quotidien madrilène El Pais classé « indépendant de gauche », qui le passa le premier en toute confiance dans son numéro du 20 septembre. C’est que, Fernando Gonzalez étant communiste et proche de l’ambassade cubaine, il valait mieux « blanchir » le faux en le plongeant dans les eaux lustrales d’un « grand quotidien indépendant de centre gauche ». Lessive parfaite, immaculée conception, puisque, de El Pais, le faux sauta par-dessus les Pyrénées pour émerger en France dans le Monde trois jours après. On le ‘vit ensuite serpenter aux Pays-Bas dans l’hebdomadaire Vrij Nederland du 7 octobre 1978, en Italie dans L’Europeo du 16, en Grèce le 20 dans To Vima , qui claironnait l’ « indiscutable authenticité » du faux et titrait: « Un manuelaméricain secret sur les opérations de déstabilisation en Europe occidentale. » Dès lors, et c’est en cela que réside le grand art de la désinformation, l’agence soviétique Novosti était en mesure de reprendre la nouvelle en citant comme sources ces divers organes respectables de la presse occidentale non communiste. La pure logique entraîna dès lors Novosti et quelques-uns de ses porte-voix occidentaux à extrapoler et à rendre les services secrets américains responsables même de l’assassinat du chef de la démocratie chrétienne Aldo Moro par les Brigades rouges, des attentats de l’ETA basque et pourquoi pas ? de l’occupation par un commando de fanatiques armés, en 1979, de la Grande Mosquée de La Mecque.

L’inventaire exhaustif de la désinformation déborderait la carrure herculéenne de plusieurs encyclopédies. D’autant qu’elle est vraiment universelle et qu’aucun continent n’échappe à son rayonnement. En Asie, par exemple, en 1982, le centre pakistanais de lutte contre la malaria, travaillant depuis vingt ans grâce à des fonds d’organismes de santé internationaux et avec le concours de savants américains de l’Université du Maryland, se voit brusquement accusé d’élever une espèce particulière de moustiques, dont la piqûre mortelle doit servir à la guerre bactériologique projetée par la CIA en Afghanistan. Apprêté par la Literatournaya Gazeta du 2 février 1982, ce bobard dénué de toute finesse n’en est pas moins reprise avec un aveugle empressement par la pléiade habituelle de journaux « indépendants » parmi lesquels de vénérables institutions de la presse asiatique non communiste tels le Times of lndia et le Pakistani Daily Jang. Aussitôt colportée, la « nouvelle » déclenche une émeute anti-américaine à Lahore. Les malheureux chercheurs du centre contre la malaria doivent plier bagage avec leurs moustiques pour échapper à la lapidation. Cet épisode mouvementé survient à point nommé pour assourdir les bruits qui commencent alors à circuler sur l’utilisation, elle, bien réelle, d’armes biochimiques par les communistes en Afghanistan, au Laos et au Cambodge.

Ce n’est pas là le seul cas de désinformation défensive. Toujours en 1982, les communistes parviennent à faire expurger, et même récrire en rose, un rapport des Nations unies sur la débâcle économique vietnamienne, dans lequel les responsabilités de l’inepte Nomenklatura de Hanoi apparaissaient trop clairement. Censure constructive, qui fut d’autant plus facile à obtenir qu’au fil des années les fonctionnaires originaires d’Union soviétique et des pays prosoviétiques se sont emparés d’un grand nombre de postes clés dans l’ONU (1), C’est au point que dans un autre rapport de cette institution internationale, l’information diffusée par la presse et les agences occidentales se voit qualifiée de « grossièrement inexacte »! par contraste avec les journaux du bloc soviétique, loués pour l’objectivité de leurs reportages et leur « soutien continu » aux Nations unies (2) !

1. Voir l’article très étoffé de Thierry Wolton, « ONU : l’infiltration soviétique », le Point, 4 octobre 1982.
2. Bernard D. Nossiter, UN OfficiaIs Criticize News Coverage by West, « New York Times service », dans International Herald Tribune, 16-17 octobre 1982


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