Criminalité: La part maudite des médias (Who’ll ever get on the strange case of our Dr. Jekyll and Mr. Hyde media?)

jekyll_and_hydeNous avons décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents, » their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
Il a prémédité une tuerie sur internet (…) Il dit qu’il avait ciblé sept ou huit victimes (…) Il était très inspiré des tueries américaines. Xavier Richaud (procureur de la République de Lyon, le 29 avril 2008)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Éviter tout autant « le populisme pénal », qui « dramatise et instrumentalise l’émotion des citoyens », que le « gauchisme pénal », qui « relativise à outrance ». Pierre Tournier (spécialiste des questions pénales au CNRS)

Pour ceux qui en ont marre du traitement préférentiel médiatique (leurs sanglants et répétés quarts d’heure de gloire à eux) dont, audimat oblige, bénéficient nos Michel Fourniret, Guy Georges, Pierre Bodein ou Patrice Alègre …

Comme d’habitude, l’intérêt des situations de crise ou des scandales, c’est ce qu’ils révèlent sur ce qui passe le reste du temps pour la pratique ordinaire.

D’où l’intérêt, au-delà de l’extraordinaire combinaison de pulsions primaires (Eros et Thanatos, qui dit mieux?) que peut constituer pour des médias en crise le crime sexuel en série, de la remise des pendules à l’heure du chercheur du CNRS Pierre Fournier (dans La Croix de lundi dernier).

Non seulement sur l’extrême rareté statistique des taux de récidive en matière d’homicide et d’agressions sexuelles (0,5 % et 1 % sur mineur).

Mais aussi sur les écueils opposés mais complémentaires du « populisme pénal » qui « dramatise et instrumentalise l’émotion des citoyens » comme du « gauchisme pénal » qui « relativise à outrance ».

D’où aussi hélas la perplexité face à son étrange silence sur nos Dr. Jekyll and Mr. Hyde des médias, attisant d’un côté les flammes (si lucratives pour eux) dudit populisme pénal et se réfugiant de l’autre dans l’hyper-relativisme du même gauchisme pénal.

Avec leurs indignations si sélectives quand il s’agit de hurler avec les loups, chercheurs compris, contre la récupération politique de ces actes par une bête médiatique comme Sarkozy.

Comme leur singulier aveuglement sur leur propre contribution intéressée au dispositif, contribuant ainsi au populisme pénal qu’ils prétendent dénoncer par ailleurs.

Y compris directement comme l’ont montré brièvement les dérives qui ont vu l’inculpation de l’animateur de Canal + Karl Zéro dans l’Affaire Patrice Alègre (discrètement disculpé l’an dernier) ou via un effet d’imitation encore trop peu étudié (voir, armes automatiques en moins, la toute récente tentative de tuerie à la Columbine du collège Olivier-de-Serres de Meyzieu ou les émeutes de novembre 2005).

En somme, comme l’ont montré des chercheurs sur le terrorisme, comment ne pas voir cette même sorte de couple infernal entre les médias et la rhétorique criminelle particulière (et heureusement rare contrairement à l’image totalement disproportionnée qu’en donnent justement les médias) que constituent les crimes en série?

Ce même dispositif pervers et cette même “spirale de mort mutuellement bénéfique” où, comme le rappelaient il y a quelques années deux économistes suisse et britannique, « plus le sang coule, plus l’encre coule et vice-versa »?

La récidive criminelle à l’épreuve des chiffres
Gwenaëlle MOULINS
La Croix
26/05/2008

Le premier président de la Cour de cassation doit prochainement remettre à l’Élysée ses propositions pour mieux lutter contre la récidive. Contrairement à une idée reçue, les taux de récidive en matière d’homicide et d’agressions sexuelles sont marginaux

Sortir du « blanc ou noir ». Éviter tout autant « le populisme pénal », qui « dramatise et instrumentalise l’émotion des citoyens », que le « gauchisme pénal », qui « relativise à outrance ». Ce combat, Pierre Tournier le mène depuis plus de vingt-cinq ans. Mais ce directeur de recherche au CNRS, spécialiste des questions pénales, s’avoue « las ». Son message, mesuré, reste « inaudible ». Sa toute première étude sur la récidive remonte à 1981, une époque où le thème n’avait encore investi ni les médias, ni l’arène politique.

De sa propre initiative, le statisticien a analysé le casier judiciaire de plus de 800 détenus libérés. Conclusion : seuls une trentaine d’entre eux ont commis une nouvelle infraction qui les a reconduits en prison, et parmi eux, deux se sont rendus coupables de faits graves (assassinat ou tentative d’homicide). Les cinq autres études qu’il mènera avec d’autres chercheurs iront toutes dans le même sens : la récidive légale en matière criminelle est « statistiquement extrêmement rare », contrairement à ce que pense l’opinion publique émue par des faits divers dramatiques.

Cinq ans après une libération, le taux de retour en prison d’anciens détenus, tous délits et crimes confondus, est en moyenne de 41 %. Mais en ce qui concerne les homicides, le chiffre tombe à moins de 0,5 %, et pour les agressions sexuelles sur mineur à 1 %. L’information prend le contre-pied les déclarations de Nicolas Sarkozy qui, durant la campagne présidentielle, avait dénoncé un taux de récidive « considérable ». La semaine dernière encore, la garde des sceaux Rachida Dati réaffirmait l’engagement « prioritaire » de l’État sur le sujet et comparait la récidive à un «fléau».

« La probabilité que son enfant soit agressé par un récidiviste est quasi nulle »

« Forcément, cela influence la population, regrette Pierre Tournier. Je me rappelle avoir écouté une émission radio, après le meurtre de la petite Julie pour lequel le multirécidiviste Pierre Bodein avait été condamné en première instance. À l’antenne, un père de famille témoignait du fait qu’il ne laisserait plus sortir sa fille seule. Si, à chaud, sa réaction est normale, elle est déraisonnable et disproportionnée. La probabilité que son enfant soit agressé par un récidiviste est quasi nulle. »

Les statistiques du chercheur n’appellent pas de contestation de la part de la chancellerie, dont les propres chiffres confirment la rareté de la récidive criminelle, même à partir d’une autre approche. Dans son bulletin Infostat, le ministère de la justice publiait ainsi en 2004 une étude démontrant que seuls 2,2 % des condamnés pour homicide et 1,3 % des violeurs avaient déjà un antécédent criminel. Toutefois, pour Guillaume Didier, le porte-parole de Rachida Dati, « ce ne sont pas des chiffres à la marge. Ils sont trop importants. Derrière, il y a des victimes. »

Afin d’affiner ces chiffres et surtout de mesurer l’efficacité des politiques pénales, un observatoire de la récidive avait été prévu, en 2005, par le projet de loi porté par l’ancien ministre de la justice, Pascal Clément. La veille du vote, l’amendement a été retiré et une simple commission de suivi a été installée. La lettre de mission précisait que ses membres devaient « déminer un terrain dangereux » et faire des propositions sur « un phénomène mal connu », derrière une perception « empirique et émotionnelle ».

« La ministre a fait des lois sans nous consulter »

Trois ans plus tard, cette commission n’existe plus que sur le papier. Après un rapport qui mettait en garde le ministère sur sa politique et un avis défavorable sur les peines planchers, elle ne s’est plus réunie depuis l’automne dernier.

« La ministre a fait des lois sans nous consulter, s’agace le président de la commission, Jacques-Henri Robert, directeur de l’Institut de criminologie de Paris. Nous avons le sentiment d’être méprisés. » Même sa demande de création d’un poste de statisticien à mi-temps est restée lettre morte. « Le but était de concevoir des méthodes d’analyse plus pointues, explique un autre membre de la commission, Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS de Grenoble.

L’intérêt était notamment de vérifier les effets des dispositifs pris sur la récidive, comme les peines planchers. » Mais aussi le traitement médical, le bracelet électronique, le suivi sociojudiciaire et la libération conditionnelle.

Pour une évaluation clinicienne des criminels

Toutes les enquêtes dirigées par Pierre Tournier montrent que le taux de récidive est deux fois moins élevé en cas de libération conditionnelle. « Il ne faut évidemment pas en déduire que l’on peut accorder automatiquement cette mesure à tous, tempère le chercheur. Qui peut imaginer aujourd’hui Michel Fourniret, Guy Georges, Pierre Bodein ou Patrice Alègre en liberté ? En tout cas, pas moi ! »

C’est pourquoi le psychiatre Roland Coutanceau, également membre de la commission de suivi, appelle à une évaluation pas seulement statistique, mais aussi clinicienne de ces criminels. « Quand bien même les chiffres de la récidive sont moins importants que ce que le citoyen pense, cette question reste pertinente », assure-t-il.

Le médecin plaide pour la spécialisation de certaines prisons, où une équipe médicale déterminerait le degré de dangerosité de ces hommes en fonction du regard qu’ils portent sur leur crime, de leur état de trouble, et de la conscience qu’ils ont des conséquences de leur acte.

Un commentaire pour Criminalité: La part maudite des médias (Who’ll ever get on the strange case of our Dr. Jekyll and Mr. Hyde media?)

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