Exception culturelle: Au XIXe siècle, les libéraux étaient à gauche (Excuse my liberalisme: The problem with the French is that they only have the word for entrepreneur)

Nanny stateReturn of the L wordAu XIXe siècle, faut-il le rappeler, les libéraux étaient à gauche: ils défendaient le libre-échange contre les conservateurs, de droite.
Le « constructivisme » marxiste ou fasciste et, dans une moindre mesure, l’étatisme contemporain cherchent tous à changer l’homme, le libéralisme cherche au contraire à le respecter.
La France poursuit la construction d’une « société de contrôle », toujours plus soumise à la réglementation et toujours plus méfiante à l’égard de la responsabilité personnelle. Il est temps d’en prendre le contre-pied en bâtissant une « société de confiance » qui ne peut être qu’une « société de responsabilité ».
Notre pays est devenu une « Grande Nurserie » peuplée de citoyens de plus en plus infantilisés, croyant dur comme fer que l’Etat peut tout et n’hésitant pas à transférer une part de plus en plus grande de leurs pouvoirs et de leur liberté à la divine providence publique. Mathieu Laine
« Laissez faire », « entrepreneur », « free enterprise » se classeraient en français, si l’on en croit les dictionnaires, dans la catégorie infâmante de « libéralisme » ou pire « néolibéralisme » et en américain de « neoconservatism ».

Les termes américains de « liberal » et « liberalism » passant alors alternativement, selon son pays ou bord politique, de la case enviée de « progressisme » à celle honnie de « gauchiste » ou « gauchisme ».

Enième illustration de la perpétuelle confrontation et des éternels chassés croisés entre ces deux « impérialismes de l’universel » « séparés par le même langage politique » que sont la France et l’Amérique où, sans parler du malentendu sur notre « French Hillary », une relativement libérale (du point de vue français) Hillary Clinton peut en guise d’insulte être associée à la France alors qu’ « Américain » passe pour l’ultime insulte pour un indécrottable étatiste comme Sarkozy.

Et étrange et perverse destinée du vocabulaire politique qui fait que les mêmes mots peuvent avoir des sens totalement opposés ou passer, d’un bord politique ou de l’Atlantique à l’autre, de la position enviée de mot d’ordre à celle abhorrée de gros mot.

D’où la difficulté toute particulière des libéraux français pour se positionner (y compris à droite, comme en témoigne l’émergence aussi tardive que fugitive d’un Madelin), sans parler de se faire entendre, dans un pays et une langue qui, pour reprendre la phrase apocryphe de Bush, n’ont que les mots pas la réalité du libéralisme.

Ainsi, comme le rappelle savoureusement le jeune essayiste Mathieu Laine, les récentes et aussi timides qu’ambigües tentatives, entre le retour au suractivisme étatiste de notre papa-poule de président et la sortie du « livre noir du libéralisme » par un « économiste » du PS, de certains socialistes français, comme notre « Paris-plagiste en chef », pour se réapproprier le terme, dans son sens d’ailleurs plutôt américain, c’est-à-dire « sociétal » (en gros la culture et les moeurs, ce qui n’est peut-être pas trop étonnant venant d’un maire bobo homo revendiqué?).

Et ce, comme il le rappelait dans son essai d’il y a deux ans (« La Grande nurserie: en finir avec l’infantilisation des Français »), dans un pays où seulement 36% des gens répondaient positivement à la question « le système de la libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ? » (contre 74% en Chine ou 71% aux États-Unis).

Où triomphent « l’Etat nounou », « Big Mother », le « maternage », « l’envahissante maman qui couve », « la nounou qui protège et étouffe les personnalités », la « surenchère maternelle » et la « sinistre émulation démagogique et clientéliste » qui fait « rivaliser de promesses de distribution et d’engagements catégoriels » nos « Maman Ségolène » (jouant ouvertement de surcroit de sa figure maternelle) et notre étatiste « Papa Nicolas », plombé par le fameux « surmoi de gauche » (ne pouvant être libéral tant la gauche est à gauche).

Et qui, loin des Tony Blair, Roger Douglas, Ruth Richardson, Wim Kok ou Mary Robinson de nos partenaires anglais, néo-zélandais, néerlandais ou irlandais, se complait (sacro-sainte exception culturelle oblige!) dans la déresponsabilisation du collectivisme égalitariste et la résistance acharnée à toute véritable libéralisation comme « la défiance à l’égard de valeurs et de solutions qui, partout ailleurs, ont contribué à un plus grand respect des individus et à une amélioration de leurs conditions de vie » …

Attention, un libéralisme peut en cacher un autre
Mathieu Laine
Le Figaro
27/05/2008

Depuis quelques jours, à gauche, tout le monde se déclare libéral. Mais que ce mot signifie-t-il aux yeux de ceux qui s’en prévalent ? Réponse d’un jeune essayiste libéral.
 
Qui l’eût cru ? Alors que personne ne l’attendait, la mode printemps-été 2008 se veut… libérale ! Michel Drucker, qui se croyait dans le vent en invitant Besancenot, a eu tout faux. L’éternel gendre idéal et le Che Guevara des boîtes aux lettres n’ont plus qu’à retrouver leur cher vélo : la lutte des classes, c’est has been. Le dalaï-Paname, grand timonier de la tendance et prince des bobos et des vedettes, a parlé : «Je suis libéral !»
 
L’adjectif banni de tous les programmes, ennemi juré des speechwriters professionnels, identifié comme l’insulte suprême des plateaux de télévision, vient d’être, en trois mots, propulsé sur le devant de la scène comme le nec plus ultra de la modernité. «La droite ne l’est pas», insiste Bertrand Delanoë. La honte ! Elle s’est même bien gardée de l’être, Nicolas Sarkozy rappelant très clairement qu’il n’était «ni Reagan, ni Thatcher»…
 
«Si les socialistes du XXIe siècle acceptent enfin pleinement le libéralisme, s’ils ne tiennent plus les termes de “concurrence” ou de “compétition“ pour des gros mots, c’est tout l’humanisme libéral qui entrera de plein droit dans leur corpus idéologique», écrit le maire de Paris dans «De l’audace !» (Robert Laffont). Et de l’audace, il en fallait pour briser les tables de la loi marxiste et lancer, à contre-courant, cette OPA non annoncée.
 
La lutte pour le poste de premier secrétaire s’annonçait pourtant moins éclatante : entre la Poitevine au «sourire à visage humain» (Philippe Muray) et l’inventeur du festivisme parisien, la vacuité devait l’emporter sur le fond, la belle image sur la raison. Surprise. Ou quand Bertrand l’exorciste dédiabolise ce que Pascal Salin appelle l’Humanisme avec un grand H, «car le libéralisme n’est pas un humanisme parmi d’autres, mais l’Humanisme, en ce qu’il est la seule philosophie qui respecte, vraiment, l’Homme» (Libéralisme).
 
Le libéralisme serait donc l’avenir du socialisme ? C’est ce que disent, depuis longtemps, Manuel Valls, qui va au-delà des pétitions de principes et propose des mesures en rupture avec la culture des éléphants («Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche !») ou Monique Canto-Sperber («Le libéralisme et la gauche»). Cette dernière, grande prêtresse du «socialisme libéral», prédit même que le premier leader de gauche de premier plan qui comprendra la nécessité de rompre avec le collectivisme et de retrouver, comme l’ont fait la plupart des partis de gauche à travers le monde, la tradition libérale, emportera la mise. Au XIXe siècle, faut-il le rappeler, les libéraux étaient à gauche : ils défendaient le libre-échange contre les conservateurs, de droite.
Certes, les résistances seront nombreuses. Mélanchon criera au loup. Laurent Fabius, l’ancien blairiste au flair tactique indépassable, se peinturera de rouge. Julien Dray a même rappelé qu’il «reste de formation marxiste». Déjà, Libé râle ! Mais ils auront beau s’agiter, les voici, à jamais, ringardisés.
Certes, encore, la sortie de notre «Paris-plagiste en chef» paraît plus stratégique qu’idéologique. Mais, précisément, si se dire libéral devient le comble de la ruse politicienne, et si la gauche pouvait, ne serait-ce que par habileté, le devenir, tout le monde y gagnerait. Y compris la droite, qui pourra, plus facilement qu’hier, oser la liberté.
Reste à savoir et c’est là que tout se joue ce qui se cache derrière ce mot. Car attention : un Vélib'(éral) peut en cacher un autre ! Et le libéralisme proclamé peut être liberal, au sens américain, et s’avérer très étatiste, jouant de réglementations tout en pensant régulation et pariant sur l’impôt pour colmater la nation. Et dans ce cas, point de rupture. Et pas d’espoir de guérison, pour un État en perdition.
S’il est, en revanche, authentiquement libéral ; s’il restaure, vraiment, la liberté individuelle, la responsabilité personnelle et la propriété privée ; s’il comprend les vertus de l’ordre spontané et sa supériorité sur l’ordre naturel ou artificiel ; s’il parie sur la baisse de la pression fiscale pour libérer les énergies, l’assouplissement du droit du travail pour faciliter l’embauche et l’ouverture à la concurrence pour stimuler l’innovation et satisfaire au mieux les consommateurs ; s’il incarne l’alternative au conservatisme et au gradualisme ; s’il intègre le fait qu’être libéral n’est pas un simple positionnement économique, mais une posture philosophique et morale, alors il opérera, comme ailleurs, son œuvre libératrice et créatrice. «La liberté individuelle, je le répète, voilà la véritable liberté», disait Benjamin Constant. Ne nous trompons donc ni de liberté ni de libéralisme… Mais soyons d’ores et déjà heureux que cette philosophie passe, à nouveau, de l’ombre à la lumière.

Voir aussi:

Ségolène Royal ou la tentation du maternage et de l’infantilisation

Mathieu Laine [Essayiste, auteur de La Grande Nurserie, Pour en finir avec l’infantilisation des Français (J.-C. Lattès)]
Le Figaro
15/10/2007

Qui est vraiment Ségolène Royal ? Si son ascension dans les sondages en fait la candidate idéale du Parti socialiste, certains de ses propos la positionnent, cependant, en rupture avec la logique marxiste de son parti. S’inspirant des succès de Tony Blair (celui-ci profitant, sans d’ailleurs s’en cacher, des réformes audacieuses de Margaret Thatcher), elle n’a ainsi pas hésité à proposer la remise en cause des 35 heures (ce que la droite au pouvoir n’a jamais osé faire) et à reconnaître que la flexibilité du droit du travail anglais permettait à ceux qui perdent leur travail d’en retrouver un autre beaucoup plus vite qu’en France. Être membre du Parti socialiste et affirmer, même si c’est une évidence, qu’il faudrait s’inspirer du modèle social anglais pour redonner du souffle à notre économie et faire baisser le taux de chômage n’est ni courant, ni dépourvu de courage.

Le libéralisme serait-il, comme l’a affirmé avec audace Monique Canto-Sperber, «l’avenir du socialisme» ? Voilà en tous les cas une idée qui, si elle a marqué la plupart des socialistes occidentaux, demeurait pour le moins ultraminoritaire au Parti socialiste français, incarnation de l’exception française et petit théâtre des rivalités archaïques opposant l’antilibéralisme rougissant de Jean-Luc Mélenchon et d’Henri Emmanuelli (rejoints au moment du référendum sur la Constitution européenne par un Fabius autrefois… blairiste) à l’antilibéralisme rosissant d’Aubry, de Hollande et même, à lire ses dernières déclarations, de Dominique Strauss-Kahn.

Si les quelques intrusions de Mme Royal dans le discours réformateur et libéral sont douces à l’oreille, elles n’en font cependant pas – pas encore ? – l’une de ces grandes figures réformatrices de la gauche moderne qui, comme Tony Blair en Angleterre mais également Roger Douglas et Ruth Richardson en Nouvelle-Zélande, Wim Kok aux Pays-Bas ou Mary Robinson en Irlande, n’ont pas hésité à faire table rase du collectivisme égalitariste pour engager, parfois même contre l’avis de leur base, une vaste libéralisation de leur pays. L’on ne peut cependant que l’encourager à poursuivre dans cette voie, tant notre pays souffre d’un excès d’État, d’une trop grande culture d’assistance et d’un recul toujours plus grand de la récompense du travail, du mérite et de l’effort. Nous aurions, en effet, tous intérêt à ce qu’une nouvelle génération de dirigeants contribue, simultanément, à gauche comme à droite, à déplacer le curseur de la vie politique vers plus de liberté et de responsabilité. La droite, frappée du fameux «surmoi de gauche» merveilleusement identifié par Marc Fumaroli, nous a tellement expliqué qu’elle ne pouvait être libérale tant la gauche était à gauche, ne devrait aujourd’hui que se réjouir de telles prises de position, fussent-elles simplement politiciennes.
Mais derrière la «libérale Royal», il faut peut-être craindre que ne se cache «Maman Ségolène». Notre pays est devenu une «Grande Nurserie» peuplée de citoyens de plus en plus infantilisés, croyant dur comme fer que l’Etat peut tout et n’hésitant pas à transférer une part de plus en plus grande de leurs pouvoirs et de leur liberté à la divine providence publique.

Dans un pays où seulement 36% des Français répondent positivement à la question «le système de la libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ?» (1) (contre 74% en Chine ou 71% aux États-Unis), l’homme ou la femme politique ne réfléchira sans doute pas longtemps avant de promettre l’avènement de l’État-papa (pourtant sécuritaire et liberticide) et de l’État-maman (pourtant socialiste et déresponsabilisant). La popularité de Ségolène Royal, qui n’hésite pas à jouer de sa figure maternelle, confirme à n’en pas douter ce dangereux «triomphe du maternage», véritable nec plus ultra des programmes politiques.

Mais la maman qui couve, la nounou qui protège, même si elle sait (ce qui est parfois nécessaire) sévir par amour pour ses enfants, peut devenir envahissante et étouffer les personnalités. Politiques comme électeurs, ne cédons pas aux sirènes de Big Mother. Que Maman Ségolène cède donc le pas à la libérale Royal. Que Papa Nicolas s’efface et laisse la place à un Sarkozy défenseur d’une «France libérée». Personne ne sait quelle sera leur stratégie finale. Et si les deux candidats annoncés osaient cette révolution culturelle et signaient un pacte de responsabilité pour que, tous deux, ils évitent la surenchère maternelle et parviennent à proposer, chacun avec leurs spécificités, une autre façon de faire de la politique en réduisant enfin la part de l’État et en redistribuant vraiment le pouvoir aux citoyens ? Voilà qui changerait le cours de notre Histoire et qui donnerait aux derniers optimistes de ce pays toutes les raisons d’espérer.
 
À l’inverse, si l’un et l’autre s’enfoncent dans une sinistre émulation démagogique et clientéliste, mettant de côté les bonnes intentions libérales pour rivaliser de promesses de distribution et d’engagements catégoriels, la France continuera de tomber, et les Français, de régresser. Essayiste, auteur de La Grande Nurserie, Pour en finir avec l’infantilisation des Français (J.-C. Lattès).

2 Responses to Exception culturelle: Au XIXe siècle, les libéraux étaient à gauche (Excuse my liberalisme: The problem with the French is that they only have the word for entrepreneur)

  1. […] Au XIXe siècle, faut-il le rappeler, les libéraux étaient à gauche: ils défendaient le libre-échange contre les conservateurs, de droite.(…) Le “constructivisme” marxiste ou fasciste et, dans une moindre mesure, l’étatisme contemporain cherchent tous à changer l’homme, le libéralisme cherche au contraire à le respecter. La France poursuit la construction d’une “société de contrôle”, toujours plus soumise à la réglementation et toujours plus méfiante à l’égard de la responsabilité personnelle. Il est temps d’en prendre le contre-pied en bâtissant une “société de confiance” qui ne peut être qu’une “société de responsabilité”. (…)Notre pays est devenu une “Grande Nurserie” peuplée de citoyens de plus en plus infantilisés, croyant dur comme fer que l’Etat peut tout et n’hésitant pas à transférer une part de plus en plus grande de leurs pouvoirs et de leur liberté à la divine providence publique. Mathieu Laine […]

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  2. […] et moderne (et le beau nom, perdu en français qui l’avait pourtant inventé, de « libéralisme« ) […]

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