Election américaine: Je n’ai jamais soutenu le dialogue avec les terroristes (What Obama’s Jewish problem?)

Obama with Edward SaidJ’ai vite découvert qu’il était peut-être le seul Palestinien de Ketziot qui avait compris la justification morale pour le sionisme. Pour sa part, j’étais peut-être le seul soldat qu’il ait rencontré qui ne niait pas l’existence du malheur dans l’histoire palestinienne.Ketziot et dont il a tiré un livre en 2006) Jeffrey Goldberg (parlant d’un ancien membre de l’OLP, Rafiq Hijazi, qu’il avait gardé un temps dans la prison israélienne de Ketziot et dont il a tiré un livre)
Obama est plus pro-Israel qu’Ehud Olmert ou Ehud Barak. Jeffrey Goldberg
Personne ne souffre davantage de tout ça  que le peuple palestinien. Barack Hussein Obama (Iowa, 27 avril 2007)
Je veux aussi, une fois élu, organiser un sommet dans le monde musulman, avec tous les chefs d’Etat, pour discuter franchement sur la façon de contenir le fossé qui s’agrandit chaque jour entre les musulmans et l’Occident. Je veux leur demander de rejoindre notre combat contre le terrorisme. Nous devons aussi écouter leurs préoccupations. (…) Je veux dialoguer directement avec l’Iran et la Syrie. Nous ne stabiliserons pas la région si nous ne parlons pas à nos ennemis. Lorsqu’on est en désaccord profond avec quelqu’un, il faut lui parler directement. Barack Obama (Paris Match, le 31 janvier 2008)
Ce que je crois, c’est que cette plaie constante infecte effectivement notre politique étrangère. Barack Obama (le 12 mai 2008)
Il est navrant de constater que le président Bush se sert d’un discours à l’occasion du 60e anniversaire d’Israël pour lancer une attaque politicienne infondée. Bush sait que je n’ai jamais soutenu le dialogue avec les terroristes. Barack Obama (le 16 mai 2008)
Si l’on agrège les facteurs richesse, éducation, plus un regard sur le monde fondé sur la peur d’un regain d’antisémitisme l’électorat juif devrait être républicain; or il reste massivement démocrate. Allan Silver (socio-politologue à l’université Columbia)

Après l’appel à « parler directement à nos ennemis » (Ahmadinejad & co) et les conseillers lobbyistes pro-mollahs ou hagiographes d’Arafat …

Après le « vieil oncle qui dit parfois des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord »

Les pauvres blancs « pleins de ressentiment qui s’accrochent aux armes à feu, à la religion et au racisme »

Les compliments d’un dirigeant du Hamas et maintenant de Castro lui-même …

A l’heure où le parti démocrate américain s’achemine apparemment vers le choix d’un candidat qui a perdu les primaires dans l’ensemble des grands Etats …

Et notamment dans les plus disputés comme la Floride ou la Pennsylvanie où la communauté juive, minoritaire et traditionnellement démocrate mais plus âgée (et donc nettement plus susceptible de voter que la minorité noire pourtant plus nombreuse) pourraient faire la différence en novembre .…

Retour sur le fameux entretien qu’il avait récemment accordé au correspondant très « dialogue avec les ennemis » de l’hebdomadaire Atlantic Monthly Jeffrey Goldberg.

Où, au-delà de « l’idée juste et nécessaire » du sionisme et de « l’affinité naturelle entre les communautés afro-américaine et juive », il qualifiait le blocage du processus de paix comme « une plaie constante qui infecte notre politique étrangère » …

Interview de Barack Obama dans Atlantic.com (traduit sur son blog par le grand reporter du Nouvel Observateur Vincent Jauvert)
18 mai 2008

Jeffrey Goldberg.- Je suis curieux de vous entendre sur l’idée sioniste. Pensez-vous qu’elle a la justice de son côté ?

Barack Obama :Vous savez, quand je pense à l’idée sioniste, je pense à la façon dont mes sentiments envers Israël ont été forgés quand j’étais un jeune homme – un enfant, en fait.

Quand j’avais 11-12 ans, j’avais un moniteur de colonies qui était un Juif américain. Il avait passé du temps en Israël et pendant les deux semaines de cette colonie il m’a fait partagé ses idées sur le retour vers la terre promise et ce que cela avait signifié pour ceux qui avaient souffert de l’Holocauste, et il a parlé de l’idée de préserver sa culture quand on a enraciné au fond de soi l’idée de revenir dans la terre promise.

Il y avait quelque chose de si puissant et de si attirant pour moi, peut-être parce que j’étais un enfant qui ne s’est jamais entièrement senti enraciné. Cela a fait partie de mon éducation, de voyager et de connaître l’importance des valeurs et de la culture mais de vouloir aussi un endroit à moi. Telle est donc le premier souvenir qui remonte quand je pense à Israël.

Et puis cela se mélange avec une grande affinité avec l’idée de justice sociale qui fait partie, dès le début, du mouvement sioniste et le Kibboutz, et l’idée que non seulement on a trouvé un endroit à soi mais aussi que l’on a l’occasion de recommencer à zéro et de réparer les souffrances du passé. Je trouvais cela très attirant.

Q : Vous avez parlé du rôle des Juifs dans le développement de votre pensée.

B. Obama : J’ai toujours dit en plaisantant que ma formation intellectuelle s’est faite au travers d’universitaires et d’écrivains juifs, et cela bien que je ne le sache pas à l’époque.

Que ce soient des théologiens ou Philip Roth qui m’a aidé à forger ma sensibilité, ou des écrivains populaires comme Leon Uris [l’auteur d’ »Exodus »].

Donc quand je suis devenu plus conscient politiquement, mon point de départ, quand je pense au Moyen-Orient, est cette immense attachement émotionnel et cette sympathie envers Israël, conscient de son histoire, conscient des difficultés et de la douleur et de la souffrance que le peuple juif a subi, mais aussi conscient que l’incroyable occasion qui se présente quand un peuple rentre finalement vers un pays et est capable d’essayer de prendre le meilleur de ses traditions et de lui-même. Et évidemment cela est en grande résonance avec l’expérience afro-américaine.

Une des choses les plus décevantes […] c’est la fin de ce que je pense être l’affinité naturelle entre la communauté afro-américaine et la communauté juive, chose qui avait été profondément comprise par les leaders juifs et noirs au début du mouvement des droits civiques mais qui s’est brouillée pour toute une série de raisons sur lesquelles vous et moi n’avons pas besoin de revenir.

Q : Pensez-vous que la justice est toujours du côté d’Israël ?

B. Obama :Je pense que l’idée d’un Etat juif en sécurité est fondamentalement juste et nécessaire, étant données non seulement l’histoire du monde mais la persistance de l’antisémitisme, la vulnérabilité potentielle que le peuple juif pourrait encore connaître.

Je sais que certains diront que, d’une certaine manière, l’Amérique est devenue un refuge pour le peuple juif, mais si vous avez connu l’Holocauste, cela ne vous donne pas le même sentiment de confiance et de sécurité que l’idée que les Juifs peuvent s’occuper d’eux-mêmes quelles que soient les circonstances. Cela en fait une idée fondamentalement juste.

Cela ne vaut pas dire que je suis d’accord avec tout ce que fait l’Etat d’Israël, parce qu’il a un gouvernement, des hommes politiques et, en tant qu’homme politique, je suis profondément conscient du fait que nous sommes des créatures imparfaites et que nous n’agissons pas toujours avec le sens de la justice en permanence présent à l’esprit.

Mais l’idée fondamentale d’Israël et la nécessité de préserver un Etat juif en sécurité est, je crois, une idée juste et elle devrait être soutenue ici aux Etats-Unis et à travers le monde.

Q.- Pour en venir à la question « kishke », la question de l’attachement viscéral : l’idée que si les Juifs savent que vous les aimez, alors vous pouvez dire tout ce vous voulez à propos d’Israël, mais si l’on ne vous connaît pas –Jim Baker, Zbigniew Brzezinski – alors tout devient suspect. Il semble que dans certains endroits, en Floride et ailleurs, il y ait le sentiment que vous ne ressentez pas les choses de la même façon qu’un sénateur … de Sénateur [Hillary Clinton est sénatrice de New York].

B. Obama :Je trouve cela vraiment très intéressant. Je pense que l’idée d’Israël et la réalité d’Israël sont importantes pour moi personnellement. Parce que cela entre en résonance avec ma propre histoire de déracinement, avec l’histoire afro-américaine de l’exode, cela décrit comment, dans l’histoire, on a réussi à surmonter de grandes difficultés et on a, avec courage et engagement, réussi à faire sortir la démocratie et la prospérité d’une terre aride.

L’une des choses que j’ai aimée en Israël, quand j’y suis allé, c’est que ce pays est une métaphore de la renaissance. Ce que j’aime aussi à propos d’Israël c’est le fait que les gens discutent de ces questions là et qu’ils se posent des questions morales.

Parfois je suis attaqué dans la presse qui dit que je réfléchis trop. Mon équipe me taquine parfois à propos de mes angoisses sur des questions morales. Je pense que j’ai appris, en partie dans la pensée juive, que nos actions portent à conséquences et qu’elles ont de l’importance et que nous devons respecter des impératifs moraux.

Si vous regardez mes écrits et mon histoire, vous verrez que mon engagement pour Israël et le peuple juif n’est pas de surface et qu’il est plus qu’une simple manoeuvre politicienne.

Quant à la question des « tripes », j’ai d’ardents partisans parmi mes amis juifs à Chicago. Je ne pense pas que les gens ont remarqué avec quelle vigueur ils me défendent et à quel point ils occupent une place centrale dans mon succès, parce qu’ils me connaissent depuis suffisamment longtemps pour savoir ce que j’ai dans les « tripes ».

Pendant l’épisode Wright [le pasteur, ami d’Obama, qui a tenu des propos incendiaires], ils n’ont pas flanché une minute, parce qu’ils me connaissent et me font confiance et ils m’ont vu agir dans des situations politiques difficiles.

L’ironie de tout cela est qu’au tout début de ma vie politique à Chicago, certains, dans la communauté noire, m’attaquaient parce que j’étais trop proche des Juifs.

Quand je me suis présenté contre Bobby Ruch au Congrès, la perception des gens était que j’étais Hyde Park [quartier résidentiel « bobo » de Chicago, situé près de l’Université], que j’avais tous ces amis juifs. Quand j’ai commencé dans la politique, les deux organisateurs de ma campagne à Chicago étaient juifs et j’ai été attaqué pour cela.

Donc j’ai été coincé [littéralement « dans un trou de renard »] avec mes amis juifs, et je trouve curieux de voir aujourd’hui questionner, au niveau national, mon engagement [envers les Juifs],

Q.- Pourquoi, à voire avis, Ahmed Yousef du Hamas a-t-il dit ce qu’il a dit à votre sujet [conseiller du Hamas, Yousef, a déclaré : « nous aimons bien Obama, nous espérons qu’il va gagner »] ?

B. Obama :Ma position au sujet du Hamas n’est peut être … distinguée de celles d’Hillary Clinton ou de John McCain.

J’ai dit qu’il s’agissait d’une organisation terroriste et je l’ai condamnée à plusieurs reprises.

J’ai dit à plusieurs reprises, et je pense ce que je dis : puisqu’ils sont une organisation terroriste, nous ne devons pas traiter avec eux tant qu’ils ne reconnaîtront pas Israël, tant qu’ils ne renonceront pas au terrorisme et tant qu’ils ne respecteront pas les accords passés.

Q.- Cela vous a-t-il embarrassé ?

B .Obama : Cela ne m’a pas embarrassé. Je pense que ce qui arrive là est dû aux mêmes raisons que celles pour lesquelles il y a une certaine suspicion à mon égard dans la communauté juive.

Ecoutez, nous ne donnons pas tellement dans la nuance en politique, surtout quand il s’agit du Moyen-Orient. Nous voyons les choses en noir et blanc, pas en gris.

Je peux imaginer qu’il y en a dans le monde arabe qui se disent : « Voici un homme qui a vécu dans un pays musulman, son deuxième prénom est Hussein, il a l’air plus réaliste, il a appelé à discuter avec des gens, alors il ne va pas se lancer dans le même genre de diplomatie « à la cow-boy » que George Bush », et c’est ce qui leur donne de l’espoir. Je crois que cette perception est tout à fait légitime, tant que mon soutien inébranlable à la sécurité d’Israël reste clair pour eux.

Lorsque j’ai visité Ramallah, j’ai rencontré un groupe d’étudiants palestiniens et je leur ai dit, entre autre, la chose suivante : « Ecoutez, les gars, je vous comprends, et je comprends que vous avez besoin d’un pays qui marche, mais sachez que si vous vous attendez à ce que l’Amérique se distancie d’Israël, vous rêvez. Puisque mon attachement, notre attachement à la sécurité d’Israël est non négociable ». Je l’ai dit devant des auditoires qui, s’ils avaient des doutes quant à ma position, n’auraient pas manqué de les exprimer.

Lorsqu’Israël a envahi le Liban il y a deux ans, j’étais en Afrique du Sud. Évidemment, ce n’est pas les Etats-Unis, et on y entend plus de commentaires critiques sur les actions d’Israël, alors on m’a posé des questions là-dessus lors d’une conférence de presse, et là, comme pendant tout l’été, j’ai été catégorique sur le droit d’Israël de se défendre.

J’ai dit qu’il n’y a pas un seul Etat sur terre qui se laisserait faire s’il avait deux soldats kidnappés.

Alors je me réjouis que le monde arabe réalise que je suis prêt à ouvrir un dialogue et prêt à abandonner la politique unilatéraliste de George Bush, mais ce serait une erreur de penser que je suis moins déterminé lorsqu’il s’agit de combattre le terrorisme, de protéger la sécurité d’Israël ou d’assurer la force et la fermeté de l’alliance. Vous ne verrez en aucun cas notre attachement à la sécurité d’Israël se relâcher sous ma présidence.

Q.- Que pensez-vous de l’idée de Jimmy Carter selon laquelle Israël ressemble à un pays d’apartheid ?

B. Obama : Je rejette catégoriquement une telle caractérisation.

Israël est une démocratie vivante, la seule au Moyen Orient. Israël et les Palestiniens ont sans aucun doute des problèmes difficiles à régler afin de réaliser l’objectif d’avoir deux états qui vivraient côte à côte, dans la paix et la sécurité, mais injecter le terme d’« apartheid » dans la discussion ne sert pas cet objectif. C’est émotionnellement chargé, historiquement inadapté, et ce n’est pas ce que je crois.

Q.- Pensez-vous qu’Israël soit un boulet pour la réputation de l’Amérique à l’étranger ?

B. Obama : Non, non, non. Mais je pense que cette blessure permanente, cette plaie permanente, infecte toute notre politique étrangère.

Le non règlement de ce problème fournit un prétexte aux militants jihadistes antiaméricains pour perpétrer des actions inexcusables, et c’est donc de notre intérêt national de le régler, et je crois également que c’est de l’intérêt sécuritaire d’Israël parce que je crois que le statu quo est intenable.

Je suis absolument convaincu de cela et une partie des tensions qui peuvent exister entre moi et quelques éléments les plus « faucons » de la communauté juive américaine provient du fait que je ne vais pas adhérer aveuglément à toutes les positions les plus « faucons » juste parce que ce serait plus sûr politiquement.

Je veux régler ce problème, et donc mon travail, en tant qu’ami d’Israël, est en partie de présenter un miroir et dire la vérité et dire que si Israël construit des implantations sans se soucier des effets que cela a sur le processus de paix, alors nous serons enlisés dans le même statu quo dans lequel nous sommes enlisés depuis des décennies, et que cela n’enlèvera pas la menace existentielle.

L’idée qu’une société active, qui réussi et qui connaît une croissance économique incroyable et une vitalité culturelle incroyable est toujours tourmentée par l’idée que tout cela peut s’arrêter n’importe quand, et bien, vous savez, je ne sais pas ce que cela fait ressentir, mais je peux mobiliser mon imagination pour le comprendre. Je ne voudrais pas élever mes enfants dans de telles circonstances. Je veux m’assurer que les citoyens d’Israël, quand ils embrassent leurs enfants et les mettent dans un bus, ne ressentent pas plus cette menace existentielle que n’importe quels parents quand ils quittent leurs enfants des yeux. Alors se pose la question : est-ce que la politique d’implantation conduit à réduire cela sur la durée ou est-ce qu’elle rend la situation pire ? C’est cette question que l’on doit se poser.

Voir aussi:

ETATS-UNIS Le sénateur de l’Illinois est attaqué sur l’islam et ses liens avec le révérend Jeremiah Wright
Barack Obama et le « vote juif » : l’ère du soupçon
Sylvain Cypel
Le Monde
04.05.08

L’image de Barack Obama est-elle ternie dans l’électorat juif américain au point de lui faire perdre l’investiture du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de novembre aux Etats-Unis ? La question a rebondi après l’affaire Jeremiah Wright. Le sénateur de l’Illinois a rompu avec son révérend, mais ses relations passées avec un homme favorable aux Palestiniens et qui défend le mouvement noir Nation of Islam sont venues confirmer, pour nombre de juifs américains, des craintes sourdes alimentées par des cercles pour lesquels sa présidence serait « mauvaise pour les juifs et Israël ».

« J’ai commencé à recevoir des courriels en janvier » explique J. J. Goldberg, éditeur du vieux journal juif de New York The Forward : tous clamaient que Barack Obama serait un « musulman caché » et que son « agenda » politique viserait à faire disparaître Israël. Des messages évoquaient un nommé « Barack Osama »… La campagne a pris une telle ampleur que, le 19 janvier, 7 des 13 sénateurs juifs américains ont, dans une « Lettre ouverte à la communauté juive », condamné ces « attaques ignominieuses ».

Mais la campagne s’est poursuivie, relayée de manière plus sophistiquée par des intellectuels juifs ultraconservateurs. Elle vise beaucoup l’entourage du candidat, en particulier Zbignew Brzezinski, ex-conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, qui a pris le parti des auteurs d’un ouvrage critiquant l’influence du « lobby pro-israélien » (dit « Aipac ») à Washington, et Robert Malley, ex-conseiller du président Bill Clinton sur le Proche-Orient, favorable à une négociation avec le Hamas palestinien. De fait, la plupart de ceux qui ont soutenu les efforts de paix des administrations Carter et Clinton au Proche-Orient se retrouvent du côté de M. Obama, mais aussi d’autres, plus vivement critiques de la politique israélienne.

Barack Obama a le soutien de nombreux intellectuels juifs, de financiers tel George Soros, de célébrités comme Steven Spielberg. Son porte-parole, David Axelrod, est également juif. Mais il a eu beau expliquer qu’il connaît « à peine » MM. Brzezinski et Malley et que son conseiller sur le Proche-Orient est Dennis Ross, un homme très proche de l’Aipac, jurer de son « inébranlable engagement pour la sécurité d’Israël », assurer qu’il ne « négociera pas avec le Hamas », désormais, dit M. Goldberg, « pour une partie de la communauté juive américaine, sa bonne foi est contestée ».

L’ère du soupçon s’est ouverte. Chaque fois, un nouveau spectre surgit, comme cette déclaration de 2007 où M. Obama affirmait qu’ « aucun peuple n’a récemment autant souffert » que les Palestiniens. Il explique qu’on « tronque » ses propos, peu importe, on ne retient qu’eux. Pour caractériser l’état d’esprit auquel il se heurte, M. Goldberg cite une plaisanterie juive : « C’est un télégramme qui dit : «Commencez à vous inquiéter, détails suivent…» »

Ses adversaires se chargent d’alimenter cette défiance. Le 25 avril, le candidat républicain John McCain a qualifié M. Obama de « candidat préféré du Hamas ». L’équipe d’Hillary Clinton, sa concurrente démocrate, distribue les pamphlets d’Ed Lasky, un ultra-conservateur qui a consacré 10 de ses 25 dernières chroniques dans American Thinker au seul thème d’Obama et Israël. Lorsque ce dernier explique qu’il entend « combler le fossé croissant entre les musulmans et l’Occident », Daphna Ziman, conseillère de Mme Clinton, se dit « horrifiée » : « Il n’affirme pas le droit d’Israël à exister. »

Quel peut-être l’impact de ce « buzz » ? « Si l’on agrège les facteurs richesse, éducation, plus un regard sur le monde fondé sur la peur d’un regain d’antisémitisme », explique Allan Silver, socio-politologue à l’université Columbia, l’électorat juif « devrait être républicain ; or il reste massivement démocrate ». Selon la dernière étude annuelle de l’American Jewish Committee (décembre 2007), 58 % des juifs américains penchent du côté démocrate contre 15 % vers les républicains ; 67 % (contre 27 %) jugent aujourd’hui que leur pays n’aurait pas dû envahir l’Irak.

Cet électorat est aussi particulièrement âgé et vote massivement. Comparé aux Noirs américains, cinq fois plus nombreux mais plus jeunes et qui votent une fois et demi moins que la moyenne, le « vote juif » compte presque autant. Or ces électeurs juifs sont concentrés dans neuf Etats. Et le système électoral fait que le vainqueur dans un Etat rafle tous ses « grands électeurs » à l’élection présidentielle. Electoralement, estime M. Goldberg, 30 % de cet électorat « fluctuant », soit 1,2 million de voix, peuvent faire la différence dans certains Etats.

Ces électeurs sont-ils sensibles au facteur racial ? Question délicate… En 1945 s’était formée la Coalition noire-juive contre le racisme. Elle a commencé de se désagréger à la fin des années 1960, avec l’émergence d’un mouvement identitaire noir incluant des tendances antisémites.

Depuis, avec la référence croissante « Noirs américains-Tiers-mondisme » et l’idée qu’« antisionisme égale antisémitisme », nombre de juifs ont développé vis-à-vis des Noirs des sentiments de crainte, sinon d’hostilité, expliquent MM. Goldberg et Silver. « Candidat noir », M. Obama en souffre.

Jusqu’ici, lors des primaires démocrates, 54 % des juifs ont voté Hillary Clinton et 44 % Barack Obama. Il a emporté leurs suffrages dans le Massachusetts et le Connecticut, sa rivale à New York, dans le New Jersey et en Pennsylvanie. Ils ont fait jeu égal en Californie.

La crainte de perdre des voix juives lors de l’élection présidentielle si M. Obama est désigné pourrait amener certains « grands électeurs » démocrates à choisir Mme Clinton lors de la Convention. Car si le sénateur de l’Illinois était investi, un nombre difficilement quantifiable d’électeurs juifs basculerait en faveur de John McCain.

Voir également:

Israel’s ‘American Problem’
Jeffrey Goldberg
The New York Times
May 18, 2008

Washington

WHEN the prime minister of Israel, Ehud Olmert, arrived at a Jerusalem ballroom in February to address the grandees of the Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations (a redundancy, since there are no minor American Jewish organizations), he was pugnacious, as is customary, but he was also surprisingly defensive, and not because of his relentlessly compounding legal worries. He knew that scattered about the audience were Jewish leaders who considered him hopelessly spongy — and very nearly traitorous — on an issue they believed to be of cosmological importance: the sanctity of a “united” Jerusalem, under the sole sovereignty of Israel.

These Jewish leaders, who live in Chicago and New York and behind the gates of Boca Raton country clubs, loathe the idea that Mr. Olmert, or a prime minister yet elected, might one day cede the Arab neighborhoods of East Jerusalem to the latent state of Palestine. These are neighborhoods — places like Sur Baher, Beit Hanina and Abu Dis — that the Conference of Presidents could not find with a forked stick and Ari Ben Canaan as a guide. And yet many Jewish leaders believe that an Israeli compromise on the boundaries of greater Jerusalem — or on nearly any other point of disagreement — is an axiomatic invitation to catastrophe.

One leader, Joshua Katzen, of the Jewish Institute for National Security Affairs, told me, “I think that Israelis don’t have the big view of global jihad that American Jews do, because Israelis are caught up in their daily emergencies.” When I asked him how his Israeli friends responded to this, he answered: “They say, ‘When your son has to fight, you can have an opinion.’ But I tell them that it is precisely because your son has to fight that you have a harder time seeing the larger picture.”

When I spoke to Mr. Olmert a few days after his meeting with the Conference of Presidents, he made only brief mention of his Diaspora antagonists; he said that certain American Jews he would not name have been “investing a lot of money trying to overthrow the government of Israel.” But he was expansive, and persuasive, on the Zionist need for a Palestinian state. Without a Palestine — a viable, territorially contiguous Palestine — Arabs under Israeli control will, in the not-distant future, outnumber the country’s Jews.

“We now have the Palestinians running an Algeria-style campaign against Israel, but what I fear is that they will try to run a South Africa-type campaign against us,” he said. If this happens, and worldwide sanctions are imposed as they were against the white-minority government, “the state of Israel is finished,” Mr. Olmert said in an earlier interview. This is why he, and his mentor, former Prime Minister Ariel Sharon, turned so fiercely against the Jewish settlement movement, which has entangled Israel unnecessarily in the lives of West Bank Palestinians. Once, men like Mr. Sharon and Mr. Olmert saw the settlers as the vanguards of Zionism; today, the settlements are seen, properly, as the forerunner of a binational state. In other words, as the end of Israel as a Jewish-majority democracy.

Other Israeli leaders have spoken with similar directness. The former prime minister, and current defense minister, Ehud Barak, told The Jerusalem Post in 1999: “Every attempt to keep hold of this area as one political entity leads, necessarily, to either a nondemocratic or a non-Jewish state. Because if the Palestinians vote, then it is a binational state, and if they don’t vote it is an apartheid state that might then become another Belfast or Bosnia.”

The unsentimental analysis of men like Mr. Olmert and Mr. Barak came to mind this week as I spoke to Barack Obama about his views on Israel. He spoke with seemingly genuine feeling about the post-Holocaust necessity of Israel; about his cultural affinity with Jews (he may be the first presidential candidate to confess that his sensibility was shaped in part by the novels of Philip Roth); and about his adamant opposition to the terrorist group Hamas. He offered some mild criticism of the settlement movement (“not helpful”) and promised to be unyielding in his commitment to Israeli security.

There are some Jews who would be made anxious by Mr. Obama even if he changed his first name to Baruch and had his bar mitzvah on Masada. But after speaking with him it struck me that, by the standards of rhetorical correctness maintained by such groups as the Conference of Presidents and the American Israel Public Affairs Committee, or Aipac, Mr. Obama is actually more pro-Israel than either Ehud Olmert or Ehud Barak. (To say nothing of John McCain and President George W. Bush, who spoke to the Knesset last week about external threats to Israel’s safety but made no mention of the country’s missteps.)

This is an existentially unhealthy state of affairs. I am not wishing that the next president be hostile to Israel, God forbid. But what Israel needs is an American president who not only helps defend it against the existential threat posed by Iran and Islamic fundamentalism, but helps it to come to grips with the existential threat from within. A pro-Israel president today would be one who prods the Jewish state — publicly, continuously and vociferously — to create conditions on the West Bank that would allow for the birth of a moderate Palestinian state. Most American Jewish leaders are opposed, not without reason, to negotiations with Hamas, but if the moderates aren’t strengthened, Hamas will be the only party left.

And the best way to bring about the birth of a Palestinian state is to reverse — not merely halt, but reverse — the West Bank settlement project. The dismantling of settlements is the one step that would buttress the dwindling band of Palestinian moderates in their struggle against the fundamentalists of Hamas.

So why won’t American leaders push Israel publicly? Or, more to the point, why do presidential candidates dance so delicately around this question? The answer is obvious: The leadership of the organized American Jewish community has allowed the partisans of settlement to conflate support for the colonization of the West Bank with support for Israel itself. John J. Mearsheimer and Stephen M. Walt, in their polemical work “The Israel Lobby,” have it wrong: They argue, unpersuasively, that American support for Israel hurts America. It doesn’t. But unthinking American support does hurt Israel.

The people of Aipac and the Conference of Presidents are well meaning, and their work in strengthening the overall relationship between America and Israel has ensured them a place in the world to come. But what’s needed now is a radical rethinking of what it means to be pro-Israel. Barack Obama and John McCain, the likely presidential nominees, are smart, analytical men who understand the manifold threats Israel faces 60 years after its founding. They should be able to talk, in blunt terms, about the full range of dangers faced by Israel, including the danger Israel has brought upon itself.

But this won’t happen until Aipac and the leadership of the American Jewish community allow it to happen.

Jeffrey Goldberg is a national correspondent for The Atlantic and the author of “Prisoners: A Story of Friendship and Terror.”

Voir enfin:

The Hope
A Middle East correspondent’s troubled friendship with the Palestinian he once kept locked up.

Reviewed by Haim Watzman
October 29, 2006

PRISONERS

A Muslim and a Jew Across the Middle East Divide

By Jeffrey Goldberg

Knopf. 316 pp. $25

A few years ago, when the Palestinian uprising that began in September 2000 was still raging, I had occasion to chat with a group of young Christians who had come to Israel to help bring peace to the Holy Land. « If we could just get Jews and Palestinians talking to each other, that would be a huge step forward, » one of them suggested hopefully.

Dialogue can indeed be a cause for hope, but it can also cause despair. Prisoners is Jeffrey Goldberg’s sensitive, forthright and perceptive account of his years as a soldier and journalist in Israel — and of his long-running conversation with a Palestinian whom he once kept under lock and key. It is a forceful reminder of how rewarding, and how difficult, discourse between Israelis and Palestinians can be.

Goldberg grew up in a family of liberal Democrats and attended a socialist Zionist summer camp. Like many other young American Jews, he grew up with next to no religious tradition but with a strong sense of Jewish identity. He was potently aware of his membership in an oppressed people that, in both distant and painfully recent history, had been unable to defend itself. But Goldberg also believed in another identity — between his Jewish heritage and his humanistic values of peace and equality, which he saw as being one and the same.

That sense of identity impelled Goldberg to move to Israel after college and, in 1990, to join its army. He ended up in the military police and did his mandatory army service as a guard at Ketziot, the vast, desolate prison camp that Israel set up in its southern desert to hold the Palestinian rebels of the first intifada, which broke out in 1987.

Unlike his native Israeli comrades, Goldberg felt compelled to speak to the men he helped keep incarcerated. He knew that they were the enemies of his people, many with Jewish blood on their hands. But he hoped that by talking he might come to understand them and bring them to understand Israel. One prisoner in particular caught his attention: Rafiq Hijazi, a Palestine Liberation Organization leader, college math teacher and devout Muslim from a refugee camp in the Gaza Strip.

« I soon discovered, » Goldberg writes, « that he was the only Palestinian I could find in Ketziot who understood the moral justification for Zionism. For his part, I might have been the only soldier he met who didn’t deny the existence of misfortune in Palestinian history. » Unlike most of the other prisoners, Hijazi read widely and was able to think outside the box of the nationalist and Islamist ideologies preached, respectively, by the rival Fatah and Hamas factions. Goldberg, unlike many of the Israelis he met, was able to relate to this individual Palestinian as a human being, rather than as a specific instance of the deadly Arab enemy. Goldberg hoped — and hoped that Hijazi shared the hope — that if he and his prisoner could somehow agree on a way that Palestinians and Israelis could live together, side by side, in two states, then maybe, just maybe, their leaders could do the same.

Disillusioned by the harsh realities of Israel’s struggles, Goldberg ultimately returned to live in the United States but continued to visit Israel and the occupied territories as a correspondent for the Forward, the New York Times Magazine and the New Yorker. Eventually, after considerable hesitation, he looked up Hijazi — now released — in Gaza. There, the tables were turned. « Are you frightened? » Hijazi asked when Goldberg balked at visiting the Hamas-dominated Islamic University of Gaza. « How do I know you’re not setting me up? » Goldberg asked.

But fear soon gave way to a renewal of the friendship during that hopeful 1990s interlude when Israelis and Palestinians seemed to be heading toward peaceful coexistence within the framework of the Oslo peace process. Things were different later, when both men found themselves living in Washington — Goldberg as a New Yorker correspondent, Hijazi as a PhD student at American University.

Goldberg’s prose is sometimes unpolished, but he is at his best when he recounts the crisis that nearly ended the friendship. In the face of the bloody second intifada and the 2003 U.S. invasion of Iraq, Hijazi moves toward fundamentalism. In the book’s most telling pages, the two men read the Koran together and argue over passages that ostensibly vilify the Jews. In their prison conversations, Hijazi had told Goldberg that these verses were allegorical admonitions against arrogance. Now Hijazi thinks they predict God’s coming punishment of the Jews and the destruction of their country. In the years after 9/11, Hijazi’s anger seems to make any accommodation or mutual acceptance impossible.

Goldberg is also deft at portraying the huge dissimilarities in the two friends’ lifestyles and cultures. His wife, Pamela, is a dynamic career woman who wears tank-tops and shorts on weekends; Hijazi’s wife, Tahani, wears the hijab head-covering (and later, when they live in Abu Dhabi, adds a veil) and seldom leaves home.

Dialogue is indeed a first step but hardly a sufficient one. Goldberg and Hijazi are about as open to each other as two such men could be. Their friendship survives, but barely.

As such, Prisoners offers a modicum of hope but also a healthy dose of despair. These days, the work of bringing peace to Israel and Palestine often looks like an impossible mission. Still, as the Jewish sages taught, even if we cannot hope to complete the task, we are not allowed to shirk it. ·

Haim Watzman is the author of « Company C: An American’s Life as a Citizen-Soldier in Israel. » His next book, « A Crack in the Earth: A Journey Up Israel’s Rift Valley, » will be published in June 2007.

2 commentaires pour Election américaine: Je n’ai jamais soutenu le dialogue avec les terroristes (What Obama’s Jewish problem?)

  1. […] pour tous ceux qui, avec notre munichois de service, avaient enfin compris que “personne ne souffre plus que le peuple palestinien” et […]

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  2. […] the 500 civilian Serbs killed by NATO?) Personne ne souffre plus que le peuple palestinien. Barack Obama (Des Moines, le 27 avril […]

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