Livres: Pourquoi y a-t-il encore tant de « compagnons de route », alors qu’il n’y a plus de route? (Pour Jean-François Revel)

Pour JF RevelLes gens n’ont pas besoin qu’on leur fasse la morale, ils ont besoin qu’ont leur rafraîchisse la mémoire. Samuel Johnson
Ce qui distingue le communisme du nazisme, ce n’est pas le système du pouvoir, il est identique dans les deux cas. C’est que le premier est une utopie et non le second; lorsqu’Hitler supprime la démocratie et crée des camps d’extermination, il réalise ses idées et tient ses promesses. Lorsque c’est Lénine qui le fait, il réalise le contraire de ses idées et trahit ses promesses. Mais il le nie au nom de l’avenir qu’il prétend radieux. L’utopie rend légitime la déconnexion entre les intentions et les actes. Jean-François Revel
C’est précisément en ce point que l’extrême gauche rejoint l’extrême conservatisme de la droite radicale, car Zizek n’est pas très loin, sur ce point précis, de Carl Schmitt, le fameux juriste du IIIe Reich, qui haïssait également la démocratie libérale et pour lequel la véritable démocratie, celle où le prolétariat est intégré à l’unité politique, est dictatoriale. Yves Charles Zarka

« Tel ce Japonais resté caché dans la jungle des années après la fin de la guerre », persiflait il y a quelques années le Nouvel observateur

Ce n’est pas la moindre des ironies, deux ans à peine après la disparition de celui à qui on reprocha toute sa vie son « obsession » antitotalitaire, de voir, éternels atermoiments du PS compris, le pays autoproclamé des droits de l’homme à nouveau ressaisi par une étrange nostalgie antidémocratique.

Retour donc, en ces temps singuliers (40e anniversaire de Mai 68 oblige) où l’on prétend redécouvrir les vertus de la terreur ou affiche sans honte son admiration pour Robespierre ou le « Che », sur l’anti-maitre-penseur par excellence, le polémiste Jean-François Revel décédé il y a deux ans à l’âge de 82 ans et sur le livre mi-hommage mi-pamphlet que lui avait consacré Pierre Boncenne en septembre 2006.

Et qui montre, comme le rappelait en janvier 2007 une émission de Philippe Meyer sur France culture (évoquées ci-dessous par nos confères des sites Hoplite et Sardanapale), « le silence et le mépris » mais aussi « les innombrables faux, calomnies, tricheries, falsifications et autres truquages » qui tinrent si souvent lieu de réponse » à celui qui toute sa vie durant fut accusé de d’anticommuniste primaire.

Pour n’avoir jamais cessé de dénoncer non seulement la proximité idéologique des deux phénomènes totalitaires du siècle (nazi et communiste) mais, via une sorte de “clause du totalitarisme le plus favorisé”, le négationnisme procommuniste …

Communisme et lassitude
Hoplite
02.01.2007

Par hasard, j’ai écouté ce jour la fin d’une émission de France Culture, « Du grain à moudre », souvent intéressante d’ailleurs, et consacrée –oh miracle- à JF Revel récemment disparu, à travers le livre hommage qu’ a écrit Pierre Boncenne (Pour JF Revel, Plon. 2006).

J’ai suivi avec plaisir la discussion entre Besançon, Sirinelli et Boncenne, malheureusement parasitée par les péroraisons de Julliard. Revel, présenté à tort par la clique gauchiste médiatico-intellectuelle comme anticommuniste primaire, était un érudit et un intellectuel de premier plan dont la constance de l’engagement antitotalitaire, dans la lignée de Raymond Aron, mérite le respect.

J’ai repensé à ce petit livre indispensable retraçant la correspondance entre Furet et Nolte (Fascisme et communisme, Plon. 1997) au sujet de la proximité idéologique des deux phénomènes totalitaires. Cette proximité, défendue par Revel dans nombre de ses ouvrages, mais aussi par Alain Besançon (Le malheur du siècle, Fayard) constitue toujours un tabou en France et explique sans doute en partie la haine tenace et l’ostracisme dont il fut l’objet, sa vie durant et même après sa mort.

Et c’est sans doute parce qu’il existe un négationnisme procommuniste beaucoup plus hypocrite, plus efficace et plus diffus que le négationnisme pronazi, sommaire et groupusculaire, mais dont le comité de vigilance citoyen anti fasciste nous rebat les oreilles à longueur de journée, la danger étant bien sur majeur.

L’organisation de la non repentance à l’égard du communisme aura été la principale activité politique de l’ultime décennie du siècle, comme l’organisation de sa non connaissance aura été celle des sept décennies antérieures.

Le succès périodique du négationnisme procommuniste donne à tout nouveau livre rétablissant certaines vérités, et en particulier esquissant le parallèle sacrilège entre communisme et nazisme, l’apparence de la découverte (Qu’on se rappelle le tollé de la gauche, y compris la gauche non communiste, après la sortie du « Livre noir du Communisme » et la sortie grotesque de Jospin à l’Assemblée…). Or on n’en finirait pas d’aligner les citations dès 1918 pour l’appréciation exacte du bolchevisme, et dès 1933 pour la comparaison entre les totalitarismes, ou figurent déjà des constats et des arguments sans appels, mais aussi sans grands résultats sur la reconnaissance des crimes communistes.

Dans son « Passé d’une illusion » (Robert Laffont, 1995), François Furet (ancien communiste lui-même) consacre un long passage à l’historien Allemand Ernst Nolte, qui avait fait l’objet avant lui d’une condamnation sommaire en Allemagne et en Occident pour avoir théorisé cette comparaison interdite.

On se rappelle pourtant d’André Gide, écrivant dans son retentissant « Retour de l’URSS » : « Je doute qu’en aucun autre pays aujourd’hui, fut-ce l’Allemagne de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif, terrorisé qu’en URSS». Et le doyen respecté des historiens du fascisme, Renzo de Felice (plutôt de sensibilité socialiste d’ailleurs), déclarant en 1988 comparant Hitlérisme et communisme : « La vérité en conclusion est qu’il s’agit de phénomènes identiques ; le totalitarisme caractérise et définit le nazisme comme le communisme, sans aucune différence réelle ; peut-être l’ai-je dis avec brutalité, mais j’estime que le moment est venu de s’en tenir aux faits et de briser les mythes faux et inutiles. » (Actes du colloque « Le stalinisme dans la gauche Italienne », mars 1988)

Furet et Nolte évoquaient à la fin de leur correspondance la thèse de « l’inutilité du vrai », dont s’était déjà emparé Revel dans « La connaissance inutile » (Grasset, 1988). Alain Besançon dans son « Malheur du siècle », en s’interrogeant à son tour sur les raisons de « l’amnésie du communisme et de l’hypermnésie du nazisme », et s’il reconnaissait le caractère unique et incomparable de la Shoah, concluait que les différences entre les deux totalitarismes sont dans la nature des motivations et non dans le degré du mal.

Pour Revel, « Ce qui distingue le communisme du nazisme, ce n’est pas le système du pouvoir, il est identique dans les deux cas. C’est que le premier est une utopie et non le second ; Lorsqu’Hitler supprime la démocratie et crée des camps d’extermination, il réalise ses idées et tient ses promesses. Lorsque c’est Lénine qui le fait, il réalise le contraire de ses idées et trahit ses promesses. Mais il le nie au nom de l’avenir qu’il prétend radieux. L’utopie rend légitime la déconnexion entre les intentions et les actes » (Fin du siècle des ombres, Fayard)

C’est la le paradoxe de l’après communisme : pourquoi y a-t-il encore tant de « compagnons de route », alors qu’il n’y a plus de route ?

Voir aussi:

Chaque fois que vous critiquez la gauche, les tyrans de gauche, je serai de votre avis. Je trouve néanmoins que vous ne critiquez pas avec assez de vigueur, ou avec autant de vigueur, la droite ou les hommes de droite. Jacques Julliard

Revel et les nains
Sardanapale
10 January 2007

France Culture a consacré sa première émission à Jean-François Revel plus de huit mois après sa mort.

Je m’en réjouis: mieux vaut tard que jamais.

Je recommande l’écoute de ce débat qui vaut surtout par les interventions de Pierre Boncenne, auteur de Pour Jean-François Revel, un livre remarquable.

Mais ce sont surtout les inepties prononcées par Jacques Julliard que je veux relever ici.

Julliard, qui a eu de nombreux différends avec Revel au fil des ans, accuse l’auteur de Comment les démocraties finissent d’anticommunisme obsessionnel.

“Je lui ai dit: ‘Chaque fois que vous critiquez la gauche, les tyrans de gauche, je serai de votre avis. Je trouve néanmoins que vous ne critiquez pas avec assez de vigueur, ou avec autant de vigueur, la droite ou les hommes de droite.’”

Ainsi pour Julliard, un commentateur devrait équilibrer ses critiques – un coup à droite, un coup à gauche, ou à tout le moins une pondération adéquate dans la condamnation – sous peine d’être suspect d’indulgence envers un camp.

Cette exigence est absurde. Elle exclut toute concentration sur le domaine d’expertise dudit commentateur, ou sur ce qui lui semble être le danger principal.

Je note d’ailleurs que personne ne songe – et c’est heureux – à appliquer ce précepte à la gauche quand elle condamne Pinochet, Franco, ou l’apartheid.

Tout ce qu’on doit demander au critique du salopard A, c’est qu’il ne fasse pas l’éloge implicite ou explicite du salopard B.

Revel satisfait totalement à cette exigence.

On ne peut pas en dire autant de la gauche, dont une grande partie continue de grincer des dents à toute dénonciation des crimes communistes.

C’est ce que Revel appelait la “clause du totalitarisme le plus favorisé”.

Le livre de Boncenne est riche en illustrations de cette clause. Je n’en citerai qu’une:

En février 2000, après l’entrée de l’extrême droite dans la coalition governementale en Autriche, le Guide du Routard accomplit un acte de résistance face au nouveau danger fasciste qui plane sur l’Europe.

La couverture du volume consacré à Autriche fut recomposée en noir, et rejoignit sur les étalages celle, bariolée, le Guide du Routard Cuba.

Les éditeurs évoluent dans univers moral où un pays démocratique, ne comptant pas un seul prisonnier politique, est traité en paria tandis que l’île carcérale de Castro n’émeut personne.

Revel n’a jamais accepté une échelle de valeurs aussi tordue.

Il a eu raison de concentrer sa critique sur le communisme.

Après 1945, le danger nazi – qu’il avait combattue les armes à la main – avait passé. Dans le monde entier les idéaux fascistes n’enthousiasmaient plus les génétations montantes.

Le communisme, en revanche, était en pleine expansion et constituait la grande menace pour les démocraties.

Revel l’un des rares intellectuels à condamner sans relâche un système qui répandait sur l’Occident un gaz incapacitant et bénéficiait d’une scandaleuse immunité.

C’est un géant, et les Julliard de ce monde sont des pygmées.

(Dans cet ordre d’idée, je renvoie à ce billet de Hoplite sur la même émission).

Voir enfin:

Quel contemporain d’un siècle où les impostures semblent avoir connu une particulière prospérité, où les mensonges criminels ne l’ont disputé en succès qu’aux fables les plus burlesques, aura aussi naturellement résisté à la tentation d’esbroufer son prochain, même si, (ou bien que, ou parce qu’) il avait lui-même un temps succombé aux mômeries enfumées d’un Gurdjieff ?

Pierre Boncenne

Pour Jean-François Revel

Chronique de Philippe Meyer

« Vient de paraitre en librairie, publié par les éditions Plon, un livre de Pierre Boncenne, qui fut le bras droit de Bernard Pivot au magazine « Lire ». Le titre de ce livre, « Pour Jean-François Revel », indique assez qu’il s’agit d’un plaidoyer pour celui qui s’essaya avec tant de force à la philosophie et à la critique d’art, à l’histoire de la gastronomie et aux plaisirs de la table –et même, je puis en témoigner, au maniement des poêles et des rôtissoires, au journalisme, et à la critique littéraire, à la direction d’un journal et à l’analyse politique. Ses mémoires, « Le Voleur dans la maison vide », n’ont pas seulement connu un grand succès mais ont laissé à leur nombreux lecteurs de durables souvenirs à commencer par celui d’un homme dont la diversité des intérêts laisse aussi pantois que sa capacité à nourrir sa curiosité, à l’enrichir des connaissances que peuvent apporter l’histoire ou les comparaisons entre les cultures, à rechercher et à mettre en perspective les informations les plus diverses après les avoir soumises au crible de ses vérifications. La probité n’était pas la plus petite des qualités de Jean-François Revel. Aussi le livre de Boncenne n’est-il pas seulement une sorte de requête qu’il nous présente pour donner à Revel la place qui est la sienne mais aussi un réquisitoire contre les impostures si bien traitées dans notre pays et dont les exemples provoquent simultanément le dégoût et le rire aux éclats. L’éloge par Philippe Sollers du livre imbécile, halluciné, irresponsable et pout tout dire collaborationniste que publia sur la Chine de Mao l’ineffable Maria Antonietta Macchiochi méritait-entre autres exemples- de nous être rappelé, tant il est vrai que, comme l’écrivait Samuel Johnson, « les gens n’ont pas besoin qu’on leur fasse la morale, ils ont besoin qu’ont leur rafraîchisse la mémoire.
Contre ces pitreries de muscadin, Revel choisissait souvent le parti de l’ironie ayant fait sienne la devise de Leopardi « Rions ensemble de ces couillons qui possèdent le monde ». Et, de même que cet homme suprêmement informé fut aussi l’un des plus talentueux à informer les autres, ce rieur maitrisait une plume qui piquait au vif, faisant l’éloge de « l’inflexible opportunisme d’Aragon » ou caractérisant le gauchisme par une façon de « considérer la réalité comme trop impure pour pouvoir être réformée ».
Boncenne illustre avec, lui aussi, une information très sûre, les innombrables faux, calomnies, tricheries, falsifications et autres truquages qui tinrent si souvent lieu de réponse aux livres ou aux articles de Revel. Il replace avec justesse au centre de la vie et de l’œuvre de Revel cette perplexité qui fut toujours la sienne –et quelquefois douloureusement : tant d’intellectuels se sont volontairement et sans aucune pression asservis aux dictatures qu’il est incompréhensible qu’ils puissent encore revendiquer un statut de précepteurs et l’Etat a tant de fois servi à oppresser les plus pauvres et permis à quelques uns de s’enrichir frauduleusement sans risques qu’on ne peut comprendre pourquoi il reste encore si souvent –et dans ce pays plus que dans bien d’autres- une intouchable vache sacrée.
Ce qu’il donnait à voir en vitrine, j’ai toujours vu Jean-François Revel le tenir en magasin, et à la disposition de quiconque. Comme on dit dans la marine, à son bord, le pavillon couvrait la marchandise. Quel contemporain d’un siècle où les impostures semblent avoir connu une particulière prospérité, où les mensonges criminels ne l’ont disputé en succès qu’aux fables les plus burlesques, aura aussi naturellement résisté à la tentation d’esbroufer son prochain, même si, (ou bien que, ou parce qu’) il avait lui-même un temps succombé aux mômeries enfumées d’un Gurdjieff ? Dieu sait pourtant s’il connaissait pour les avoir étudiées ou observées toutes les recettes nécessaires à transformer la connaissance en instrument de domination et l’intelligence en distributeur de poudre aux yeux. Or de la lecture de Revel, de l’échange avec cet esprit si gargantuesquement informé, on ne sortait et on ne sort ni écrasé, embarrassé, découragé ou subjugué, mais tonifié, incité et aidé à nous informer à notre tour, les yeux ouverts quoi qu’il se présente à notre regard. »

Plon
14 septembre 2006

http://www.evene.fr/livres/livre/pierre-boncenne-pour-jean-francois-revel-23180.php

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One Response to Livres: Pourquoi y a-t-il encore tant de « compagnons de route », alors qu’il n’y a plus de route? (Pour Jean-François Revel)

  1. […] Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel […]

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Répondre à Djihadisme: La Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique (War of the flea: It’s the little red book, stupid !) | jcdurbant Annuler la réponse.

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