Tu ne maltraiteras point l’étranger et tu ne l’opprimeras point, car vous avez été des étrangers dans le pays d’Egypte. Exode 22: 21
Ici, on doit parfois se battre pour faire respecter nos droits, mais au moins on en a, contrairement aux pays du Golfe, par exemple, où la situation est très dure pour les femmes immigrées. Manta
Les attentats commis à Neve Shaanan, quartier de Tel-Aviv presque exclusivement fréquenté par les étrangers, ne sont certainement pas le fruit du hasard, mais au contraire un message délivré à ceux qui ont pris le travail des Palestiniens. Catherine Dupeyron
Aujourd’hui, je dis que nous avons besoin de nous entendre avec les Juifs et de demander à partager le savoir faire qu’ils ont développé pendant que nous jouions à la guerre. Comme les Européens de l’Est pour ceux de l’Ouest, à nous de procurer à Israël un réservoir de main-d’œuvre à meilleur prix, jusqu’à ce que nous comblions nos retards et que nous phagocytions, à notre tour, la Jordanie, la Syrie et l’Irak. Ainsi fonctionne la finance du monde. Je vois la présence des Israéliens dans notre proximité immédiate comme un bienfait et refuse de passer soixante années supplémentaires à tenter de les pousser à la mer. D’ailleurs, la plupart de ce qui fonctionne plus ou moins correctement, dans notre “autonomie”, est inspiré de leurs modèles. Sami El Soudi
L’incapacité de plus en plus grande des Israéliens à percevoir les Arabes comme des êtres humains en général est une évidence pour les gens qui suivent les informations écrites ou télévisées. Emmanuel Todd
Cherchez l’erreur!
250 000 travailleurs immigrés d’outre-mer… 10 à 20 000 Palestiniens?
En ce 8 mai où, calendrier luni-solaire oblige, nos amis israéliens fêtent leur Déclaration d’Indépendance du 14 mai 1948 et le 60e anniversaire de leurs 3 000 ans d’existence …
Pendant que leurs voisins du nord « iranisent » à tout va (avec, aéroport international compris, caméras de surveillance et réseau de communications parallèle fournis par leurs maitres iraniens) …
Et que leurs voisins palestiniens, en rupture de paiement à Gaza ou sous perfusion internationale en Cisjordanie, nous refont, avec leurs idiots utiles médiatiques occidentaux, le coup de la « Naqba » …
Retour, via un intéressant article de la revue « Le meilleur des mondes », sur l’aberration de la politique palestinienne et arabe et la situation nécessairement très particulière ainsi créée pour l’immigration en Israël.
Avec d’un côté les besoins d’un pays développé (et d’immigration par définition!) en pleine expansion économique mais aussi démographique via l’immigration juive (et donc une important besoin de main-d’œuvre, dans le bâtiment comme les infrastructures, l’agriculture le commerce et l’industrie).
Et de l’autre les contraintes, pour une petite nation de 7 milllions d’habitants, d’un environnement régional hostile visant ouvertement, via le terrorisme et l’arme démographique, à sa destruction.
D’où la nécessité, sous peine de perdre son caractère juif, de limiter très strictement la sédentarisation et la naturalisation des travailleurs non juifs (contrats de travail ne pouvant dépasser 5 ans et 3 mois, individus seuls, droit d’entrée de 5 000 à 20 000 dollars, etc.) …
Immigrés au pays des immigrés
Catherine Dupeyron
Le Meilleur des Mondes n°6
Printemps 2008
Israël est devenu, comme toutes les nations développées, un pays d’immigration économique. La main-d’oeuvre était palestinienne, elle vient aujourd’hui principalement d’Asie. Comment l’État hébreu, soucieux de préserver son caractère juif, accueille-t-il ces travailleurs immigrés ? Une enquête de Catherine Dupeyron.
À toute règle ses exceptions. Généralement, la politique d’ immigration d’un pays est, avant tout, le résultat de ses choix économiques. En Israël,« la spécificité de la politique d’ immigration est que son catalyseur n’est pas la situation économique mais le conflit israélo- palestinien », souligne Adriana Kemp, professeur de sociologie à l’université de Tel- Aviv. Ce flux de travailleurs étrangers « d’outre-mer », par opposition aux Palestiniens, est souvent présenté comme une conséquence de la première Intifada débutant en 1987. En réalité, il est consécutif aux accords d’Oslo signés en septembre 1993. Pour les autorités israéliennes, la création d’un État palestinien, autrement dit l’accès à l’indépendance des Palestiniens, s’entend du domaine économique comme du politique.
Au cours des décennies 1970-1980, la courbe de l’emploi israélien était calquée sur celle de la croissance économique d’Israël. « Même s’ils avaient des emplois de seconde catégorie et que, à l’époque, la majorité n’avait pas de permis de travail, les Palestiniens étaient intégrés au marché du travail israélien. À la suite des accords d’Oslo, les travailleurs immigrés d’outre-mer ont constitué une sorte de barrière humaine entre Israéliens et Palestiniens bien avant que la muraille de béton soit construite. » Le marché du travail est donc le premier domaine où s’est érigée une séparation entre les deux peuples.
L’analyse d’Adriana Kemp fait écho aux témoignages de tous les Palestiniens d’une quarantaine d’années ou plus, lorsqu’ils racontent la dégradation de leur situation économique. Ils mentionnent toujours les accords d’Oslo comme un point de rupture. Après Oslo, Benyamin Netanyahou sera le seul Premier ministre à adopter une politique un peu plus favorable aux travailleurs palestiniens. Ainsi, les années 1997 à 1999 enregistrent une hausse des permis accordés aux Palestiniens, même si les étrangers conservent la première place, acquise dès 1994 sous le gouvernement de Yitzhak Rabin. La deuxième Intifada, qui éclate fin septembre 2000, sonne le glas de la main-d’oeuvre palestinienne en Israël. Ils sont aujourd’hui 10 000 à 20 000 avec permis. Et les attentats commis à Neve Shaanan, quartier de Tel-Aviv presque exclusivement fréquenté par les étrangers, ne sont certainement pas le fruit du hasard, mais au contraire un message délivré à ceux qui ont pris le travail des Palestiniens. Si l’arrivée des travailleurs immigrés d’outre-mer a donc d’abord répondu à la volonté israélienne de remplacer la majorité des travailleurs palestiniens, elle a aussi correspondu à une évolution économique du pays. Il y aurait, aujourd’hui, 150 000 travailleurs immigrés en Israël dont 50 000 clandestins, alors que les Palestiniens recensés ont été jusqu’à 120 000 à travailler en Israël en 1990 quand la première Intifada sévissait encore. Le modèle socialiste et son système kibboutzik ont volé en éclats au milieu des années 1980 au profit d’un système libéral axé sur la globalisation.
ISRAËL DANS LA MONDIALISATION
« Longtemps resté à l’écart des logiques migratoires sud-nord, Israël apparaît désormais pour une partie des pays en voie de développement comme un espace d’immigration à fort potentiel économique», souligne William Berthomière, géographe, chercheur à Mingrinter (laboratoire spécialisé dans les migrations internationales à l’université de Poitiers). Israël est devenu un aimant très fort pour ces pays. De 1993 à 2002, le nombre de travailleurs immigrés d’outre-mer a été multiplié par dix, passant de 25 000 à 250 000, de telle sorte qu’ils représentaient en 2002 10 % de la population active et 13 % si on ajoute les travailleurs palestiniens. Cela plaçait Israël en troisième position derrière le Luxembourg et la Suisse. À l’origine de cette situation, l’importance de la demande du marché israélien. La décennie 1990 est celle de l’intégration de 1,2 million d’immigrants originaires des anciennes républiques d’Union soviétique au titre de la loi du retour des Juifs en Israël, même s’il s’avère que 300 000 à 400 000 d’entre eux ne sont pas juifs d’après la loi religieuse juive. Pour répondre à cet afflux rapide et important, il a fallu construire des milliers d’appartements, dans un délai record. Le ministère du Logement et des Infrastructures est, alors, le plus gros consommateur de main- d’oeuvre étrangère (57 000 permis de travail sont délivrés à des étrangers en 1997 contre 12 000 en 2006), suivi par celui de l’Agriculture, deux ministères occupés successivement par Ariel Sharon à cette époque. Initialement limitée à la construction et à l’agriculture, deux secteurs où travaillaient les Palestiniens, la demande s’est étendue depuis une dizaine d’années aux aides à domicile pour les personnes âgées, activité qui représente 30% des entrées en 2006.
Manta, népalaise, a fait des études en sciences sociales dans son pays. Pour elle et nombre de ses concitoyens, Israël n’est qu’une étape avant d’émigrer au Canada. Axjun, lui, envisage de rester et de se marier avec une Israélienne. Dans Manila Tel-Aviv, l’hebdomadaire de la communauté philippine, une agence de mariages blancs affiche la couleur : « Notre bureau est spécialisé en mariage entre Israéliens et étrangers avec ou sans visa. » Manta, Axjun, Laxmi et Srizana sont tous aides à domicile et plutôt satisfaits de leur travail. « Ici, on doit parfois se battre pour faire respecter nos droits, mais au moins on en a, contrairement aux pays du Golfe, par exemple, où la situation est très dure pour les femmes immigrées », souligne Manta. Elle et ses amis ont récemment créé l’association Nepalese Women’s Rights in Israël. Les femmes, qui constituent 44 % de l’ensemble des travailleurs étrangers, sont surtout employées comme aides à domicile. « Les principaux problèmes sont les mêmes que ceux des hommes, de salaires notamment, mais il y a parfois des cas de harcèlement sexuel, le plus souvent par le fils de la personne âgée. Elles vont rarement porter plainte à la police même si elles sont dans une situation légale. Elles préfèrent partir et chercher un nouvel employeur. »
D’après Berthomière, l’afflux de travailleurs étrangers en Israël est également lié à « des reconfigurations migratoires qui se sont opérées au cours des dix dernières années en Europe avec la construction de la forteresse Schengen ». Ainsi en 2007, Israël compte 26 000 travailleurs thaïlandais qui représentent 16 % de l’ensemble des Thaïlandais travaillant hors de leur pays et 30 % de l’ensemble des travailleurs étrangers légaux en Israël. Ils constituent la première communauté de travailleurs immigrés au sein d’une population aux trois quarts venue d’Asie – Philippins (25 %), Chinois ( 10%), Népalais (4%) – le dernier quart étant européen (ex-URSS, Europe centrale et Est). En revanche, les clandestins sont d’abord européens (40 %), sud-américains (18 %) et africains ( 15 %). Plus de la moitié des étrangers sont installés dans l’agglomération urbaine de Tel- Aviv, la capitale économique du pays. Ruangyot Tivakul, directeur des affaires sociales de l’ambassade de Thaïlande, espère encore augmenter le flux de ses ressortissants en Israël. «Malheureusement, il existe des quotas, les entrées dépendent de la demande du secteur agricole où sont employés 90 % des nôtres. » À cet égard, il n’évalue pas encore l’impact du nouvel accord tripartite, conclu entre les gouvernements thaïlandais et israélien et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Cette formule pilote est destinée à encadrer le recrutement des travailleurs qui, en Thaïlande comme dans les autres pays, s’accompagne du paiement d’une commission de 5 000 à 20 000 dollars, sorte de droit d’entrée au marché du travail israélien. Les bénéficiaires de ce système sont des agents privés des pays d’origine, voire le gouvernement lui-même dans le cas de la Chine, et leurs correspondants privés israéliens qui exigent des sommes plus importantes que le maximum autorisé, à savoir 800 dollars.
« Contrairement à ce qui se passe en Europe où des passeurs font payer des fortunes à des clandestins, en Israël les travailleurs payent pour avoir un permis de travail légal ! La formule est loin de les dissuader, au contraire elle rend Israël encore plus attractif car d’une part elle est moins chère qu’une entrée illégale en Europe et d’autre part elle leur permet d’être dans la légalité », souligne Cigal Rosen de Ha Moked, une association d’aide aux travailleurs en prison. En clair, les travailleurs étrangers sont convaincus qu’ils font une bonne affaire.
Les travailleurs immigrés, qui en principe ont les mêmes droits que les travailleurs israéliens – lesquels sont précisés en plusieurs langues sur le site du ministère du Travail –, connaissent en Israël les mêmes problèmes que ceux qu’ils rencontrent ailleurs : une surcharge de travail, des salaires inférieurs aux minima nationaux, des méthodes d’intimidation de la part de leur employeur, des problèmes de langue et de lecture, des logements insalubres et des jeux de cache-cache avec la police lorsqu’ils sont illégaux. Mais « une partie des illégaux le deviennent du fait de la politique du gouvernement et non parce qu’ils sont entrés frauduleusement sur le territoire »,explique Adriana Kemp. «D’après une enquête effectuée en 2001, 38 % des immigrés en prison pour situation irrégulière étaient d’anciens travailleurs en situation légale. » Le basculement d’une situation à l’autre est, souvent, soudain et arbitraire. D’un côté le ministère de l’Intérieur accorde des visas, de l’autre il peut les retirer du jour au lendemain. Une des spécificités israéliennes, en effet, est que la politique d’immigration ne repose guère sur la loi, quasi inexistante en la matière, ni même sur des décrets, mais sur des directives, généralement non publiées, qui permettent aux fonctionnaires d’arbitrer, au cas par cas, et de métamorphoser un travailleur entré légalement sur le territoire en clandestin. Une situation que certains sociologues dénoncent, avec ironie, par un néologisme : « l’adhocracy » .
LA PEUR DE LA SÉDENTARISATION DES IMMIGRÉS
Si, selon les pays, les politiques d’ immigration correspondent à deux conceptions extrêmes – des frontières largement ouvertes ou strictement fermées–, les autorités israéliennes, elles, agissent en vertu de deux principes contradictoires : elles distribuent largement des visas et parallèlement mettent en place un système de précarité qui oblige les immigrants à repartir. La logique ? D’un côté, certains ministères (construction, infrastructures, agriculture, commerce, industrie) sont demandeurs de main-d’oeuvre, de l’autre le ministère de l’Intérieur redoute la sédentarisation et à moyen terme la naturalisation de ces travailleurs non juifs. Une logique comparable à celle qui prévaut dans de nombreux pays européens qui n’accordent la citoyenneté qu’en vertu du jus sanguinis et non du jus soli comme en France ou au Royaume – Uni. L’administration veille à ce qu’Israël reste avant tout le pays du peuple juif. « L’État veut préserver la majorité juive en Israël. Il a tellement peur de voir les étrangers rester qu’il en devient paranoïaque. Toute sa politique d’immigration est à comprendre à travers ce prisme », remarque Anne Suciu, de Kav La Oved, association pour les droits des travailleurs.
Concrètement, un travailleur ne peut pas rester plus de 5 ans et 3 mois. Résultat, en 2006, il est entré 33 000 travailleurs étrangers et il en est reparti 24 000. L’important turn – over de la main- d’oeuvre est une des clés du système. Il existe une exception notable pour les aides à domicile des personnes âgées, dont le contrat s’achève au jour du décès de leur employeur. C’est là un des problèmes majeurs, le permis de travail n’est accordé que pour un employeur unique, dont le nom est inscrit en toutes lettres sur ce document. En principe, ce système est désormais illégal. En mars 2006, après quatre années de batailles judiciaires, les différentes associations de défense des travailleurs ont obtenu une décision de la Cour suprême condamnant cette pratique définie comme « une version moderne de l’esclavage » qui « foule les droits les plus élémentaires de quelqu’un qui veut mettre fin à un contrat de travail». La Cour a donné six mois au gouvernement pour mettre en place une autre formule. Depuis, il y a eu quelques évolutions – les salariés dans le secteur de la construction et les aides à domicile ont désormais un mois pour trouver un nouveau travail avant d’être expulsables –, mais il reste beaucoup à faire.
Toujours pour éviter la sédentarisation, les permis de travail ne sont accordés qu’à des personnes célibataires, hommes ou femmes, jamais à des couples ou des familles. Les travailleurs font donc le choix de laisser leurs proches au pays. Mais le ministère de l’Intérieur va beaucoup plus loin. Il lui arrive de retirer leur visa à des travailleurs, parfois originaires de deux pays distincts, qui ont eu la mauvaise idée de se rencontrer, de s’aimer et de se mettre en couple. Et si leur union donnait naissance à un enfant… « Elles doivent être expulsées avant qu’elles ne soient enceintes », avait déclaré Elie Ishaï, ministre de l’Intérieur en 1995, pour justifier sa politique. Ceci dit, les femmes ayant accouché sont expulsables, trois mois après la naissance de leur bébé. Or, il existe depuis 2002 une police de l’immigration efficace qui compte quelque 400 hommes à la recherche des clandestins. Elle procède à une moyenne de 5 000 expulsions par an, après avoir frappé un grand coup dans l’année suivant sa création – 25 000 personnes avaient alors été renvoyées dans leur pays.
Peu nombreux, les enfants immigrés existent néanmoins et la nécessité de trouver des solutions humaines a finalement contraint les autorités israéliennes à une évolution majeure en matière de naturalisation. En 2003, Abraham Poraz, membre du parti Shinouï dont la vocation principale était de lutter contre les Juifs ultra orthodoxes, met en place une commission gouvernementale chargée de réfléchir au statut de ces enfants, mis au ban de la société. En juin 2006, c’est le cabinet dirigé par Ehoud Olmert qui décide à la quasi-unanimité d’accorder le statut de résident permanent aux enfants répondant à plusieurs conditions : être en Israël depuis au moins six ans, être arrivé avant l’âge de 14 ans avec des parents entrés légalement, être scolarisé et parler couramment l’hébreu. À leur majorité – 18 ans –, s’ils décident de faire le service militaire, ils recevront la nationalité israélienne, mais leurs parents resteront résidents permanents. Cette décision a permis de donner un statut légal à 900 enfants – et par extension à leurs parents – dont 500 dans la région de Tel-Aviv. Au centre d’accueil extra scolaire de l’association Lasova, rue Wolfson à Tel-Aviv, créé en 2002 pour les enfants d’immigrés en situation illégale, la situation a bien changé. Roni Sorek, la directrice, accueille quotidiennement une quarantaine d’enfants de 7 à 11 ans (Africains, Philippins, d’Amérique du Sud et de Turquie). Elle est satisfaite ; la plupart de ses protégés ont acquis le statut de résident permanent. « Au-delà de 11 ans, ils iront dans les centres des enfants israéliens où ils ne pouvaient pas s’ inscrire auparavant. À court terme, les demandes d’ inscription chez nous devraient être moins nombreuses. En attendant, notre rôle est de faire en sorte qu’ils soient parfaitement intégrés en Israël tout en respectant leur culture. À cette fin, notre centre fonctionne selon les mêmes règles pédagogiques que les centres pour les enfants israéliens, mais avec quelques aménagements. La grande majorité des enfants étant chrétiens, en décembre par exemple, on fête Hanouchristmas, c’est-à-dire la fête juive de Hanouka et celle de Noël. »
Cependant, Lili Angel, responsable du développement de Mesila, le centre municipal d’aide et d’ information pour la communauté étrangère de Tel-Aviv / Jaffa – c’est la seule structure mise en place par une ville israélienne à destination des étrangers et ce depuis 1999 –, souligne une difficulté générée par ce nouveau statut. « Le statut est accordé à l’enfant et non aux parents qui n’en bénéficient que par ricochet. Cela inverse les rapports de force parent-enfant. Ce sont les parents qui dépendent de l’enfant et non l’inverse. Nos psychologues les aident à surmonter cette situation déstabilisante. »
IMMIGRÉS DANS UN PAYS D’IMMIGRÉS
Certains regrettent que le gouvernement n’ait arbitré que pour les cas du présent, sans faire voter une loi établissant des critères valables pour l’avenir. Cependant, cette décision crée une brèche dans le système israélien de naturalisation, en principe réservé aux Juifs et à leurs conjoints. D’une certaine manière, les travailleurs immigrés ont bénéficié de la voie ouverte par les immigrants russes des années 1990, qui ont posé de manière cruciale la question de la citoyenneté accordée à des non-Juifs. Mais cette brèche a aussi été possible grâce à la mobilisation constante de la société civile, de ses associations de défense des étrangers qui fonctionnent grâce à des armées de bénévoles consacrant parfois une année entière à améliorer le sort des immigrés négligés par le système. « Il existe une xénophobie institutionnelle car les travailleurs immigrés constituent un défi pour le caractère juif de l’État, mais il n’y a pas de xénophobie au niveau des relations individuelles. Il n’y a pas de rejet de l’ étranger dans ce pays. Au contraire, la société civile compense la discrimination institutionnelle », souligne Adriana Kemp. Sans doute parce que le pays est une mosaïque composée de Juifs venus du monde entier, dont beaucoup n’oublient pas leur histoire familiale. Israël a accueilli, durant ses soixante années d’existence, près de 3 millions de Juifs, soit la moitié de sa population juive actuelle – le pays compte 7 millions de citoyens en 2007 dont 20 % de non-Juifs, la plupart sont arabes musulmans ou chrétiens. L’exil et ses souffrances, vécus autrefois par les Juifs, sont souvent invoqués parmi ceux qui, dans les associations, s’occupent des immigrés. La Cour suprême elle-même, dans son arrêt condamnant les pratiques d’esclavage moderne, y fait référence. Le juge Michael Hesin écrivait à l’époque : « Nous ne devons pas exploiter leur détresse [car] pour nous le goût amer de l’exil n’est pas inconnu. Nous savons ce que c’est d’être un étranger. »
* Journaliste, elle vit et travaille à Jérusalem depuis dix ans. Elle collabore notamment au Parisien et aux Échos. Elle est l’auteur de Chrétiens en Terre sainte : disparition ou mutation ? (Albin Michel, 2007).