Piraterie: Vers une renégociation du texte de 1982? (Towards a new liberal imperialism?)

Piracy attacks mapC’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, cependant les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, sont aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. (…) le cas d’Ossama Ben Laden a maintenant démontré, pour ceux qui ne l’avait pas déjà réalisé, qu’aujourd’hui le monde entier est, potentiellement au moins, notre voisin. Robert Cooper
Les Etats qui bordent le détroit de Malacca, c’est-à-dire l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, sont des Etats relativement développés» qui ont pris «des initiatives» contre les pirates. Mais les Etats africains, notamment dans le golfe de Guinée, ou dans l’est de l’Afrique, «n’ont pas les mêmes moyens». C’est pourquoi, il n’a pas exclu que certains Etats, sans moyens d’intervention contre les pirates, «renoncent à la barrière symbolique des eaux territoriales», la surface maritime où un Etat exerce sa souveraineté: soit une largeur ne dépassant pas 12 milles marins nautiques, selon la convention des Nations unies sur le droit de la mer. Jean-David Levitte (conseiller de Sarkozy, Libération, le 12 avril 2008)

263 actes déclarés en 2007 (contre 249 en 2006 et jusqu’à 2000 avec les non-déclarés?), sur au moins quatre continents (Afrique: notamment côtes somaliennes et nigérianes) Somalie; Amérique du Sud (Colombie, Equateur, Brésil), Moyen-Orient (Irak, Iran), Asie (Indonésie), explosion des trafics (drogue, immigration clandestine, rançonnages), multiplication insensée, pour cause de piraterie, des coûts de transport pour l’aide alimentaire (par voie terrestre) …

85% du commerce et des échanges mondiaux par voie maritime, augmentation de quelque 460% en 30 ans, quelque 50 000 navires circulant en permanence autour du globe, une cinquantaine de navires militaires croisant en continu dans le seul détroit d’Ormuz …

A l’heure où, comme leurs dirigeants les vertus de la fermeté et de la discrétion, les Français (re)découvrent l’importance de la piraterie internationale mais aussi de notre dépendance des grandes voies maritimes …

Allons-nous, comme vient de le démontrer la toute récente libération des marins du « Ponant » et la capture d’une partie des pirates, vers la création, comme à l’époque des pirates barbaresques, d’un nouveau corps de « marines » internationaux?

Ou, comme avec le terrorisme pour le droit de la guerre, être contraints à la redéfinition de ce que constitue un acte de piraterie (ie. en haute mer) ?

A savoir contraindre les Etats défaillants à renoncer à leur juridiction sur leurs eaux territoriales (notamment pour des raisons de corruption mais aussi de temps perdu), soit à 12 mille marins de leurs côtes?

Et au-delà… au retour à un néo-impérialisme ou néo-colonialisme humanitaires enfin assumés ?

Paris pousse pour une loi antipiraterie
L’Elysée souhaite une résolution de l’ONU permettant d’intervenir dans les eaux territoriales.
ARNAUD VAULERIN
Libération
Le 12 avril 2008

Que faire pour enrayer l’escalade des actes de piraterie ? L’Elysée, par la voix de Jean-David Levitte, le conseiller diplomatique du Président, a annoncé vendredi le lancement d’«une action internationale concertée contre la piraterie». «Cette initiative sera lancée sous la forme d’un premier contact informel avec les 14 partenaires de la France au Conseil de sécurité» des Nations unies. Le sherpa de Nicolas Sarkozy a précisé qu’un «premier texte commencera à circuler pour son adoption, dès que les partenaires seront prêts, sans doute dans le courant de la semaine prochaine». La Grande-Bretagne et les Etats-Unis auraient indiqué, dès vendredi, qu’ils soutiendront l’initiative. Mardi, Bernard Kouchner avait déjà évoqué l’hypothèse d’une «surveillance internationale régulière» des eaux au large de la Somalie. Le Quai d’Orsay a d’ailleurs transmis à l’Elysée un plan d’action comportant «au moins trois axes d’intervention» dont Jean-David Levitte semble s’être inspiré lors de la conférence de presse de vendredi.

«Barrière symbolique»

Se félicitant du «bilan très positif» de l’opération de sécurisation des convois humanitaires (Alcyon), les services du ministère des Affaires étrangères suggèrent d’abord de «pérenniser Alcyon». Ensuite, le plan français propose «une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies pour renforcer la capacité à intervenir contre des pirates […] en ouvrant un droit de suite dans les eaux territoriales de la Somalie en cas de flagrance». Le document précise que, «le cas échéant, une extension du dispositif à l’ensemble des zones concernées par la piraterie» peut être envisagée. Enfin, dernier axe d’intervention : la formation. Celle-ci pourrait être renforcée, notamment pour les «garde-côtes yéménites».

Vendredi, le conseiller de Sarkozy, Jean-David Levitte, a donc esquissé les grandes lignes d’un plan visant à sécuriser l’ensemble des mers à risques. «Les Etats qui bordent le détroit de Malacca, c’est-à-dire l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, sont des Etats relativement développés» qui ont pris «des initiatives» contre les pirates, a-t-il indiqué. Mais les Etats africains, notamment dans le golfe de Guinée, ou dans l’est de l’Afrique, «n’ont pas les mêmes moyens». C’est pourquoi, il n’a pas exclu que certains Etats, sans moyens d’intervention contre les pirates, «renoncent à la barrière symbolique des eaux territoriales», la surface maritime où un Etat exerce sa souveraineté : soit une largeur ne dépassant pas 12 milles marins nautiques, selon la convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ce texte, signé en 1982, risque donc de connaître des chamboulements si l’initiative française présentée vendredi est adoptée par l’ONU. Et nécessitera des éclaircissements : la définition de la piraterie explicitée à l’article 101 de la convention établit que cet acte, pour être qualifié tel, doit avoir lieu «en haute mer», «dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun Etat».

Droit du pirate.

«Ce n’est pas simple, fait remarquer un amiral français. Le cadre juridique devra être très bien défini, notamment pour parer à toute éventuelle poursuite d’un Etat par un pirate s’estimant bafoué dans ses droits.»

Sans compter que les moyens à déployer devront être à la hauteur des «zones immenses à couvrir», rappelait, mercredi dans nos colonnes, l’ancien préfet maritime Laurent Merer. Il a également précisé qu’une opération de surveillance maritime, la Task Force 150 à «laquelle participent une dizaine de pays», est déjà déployée dans le nord de l’Océan indien, depuis les attentats du 11 septembre 2001. En ces temps de disette budgétaire, les engagements français paraissent durs à tenir.

Voir aussi:

Piraterie : le fléau somalien
Les côtes somaliennes livrées aux pirates

Les eaux somaliennes sont devenues, en quelques années, très inamicales pour les navires du monde entier. Pourquoi ? A cause des pirates qui profitent du vide qui règne à la tête de l’Etat depuis 1991.

Falila Gbadamassi
Afrik
Le 12 décembre 2005

L’absence d’un Etat de droit en Somalie depuis 1991, date à laquelle a débuté la guerre civile dans le pays, fait de ses côtes un nouvel eldorado pour les pirates des temps modernes. Pour le Capitaine Pottengal Mukundan, le directeur général du Bureau Maritime International (BMI), organisation qui lutte contre la piraterie maritime dans le monde, la recrudescence des actes de piraterie tient à ce vide politique. Le détournement des cargaisons du Programme Alimentaire Mondial (Pam), ces derniers mois, a mis un coup de projecteur sur le phénomène. Aussi, depuis le 5 décembre dernier, le Pam, pour la première fois en cinq ans, a décidé de recommencer à acheminer l’aide alimentaire par voie terrestre. Une modalité de transport plus onéreuse que la mer, mais beaucoup plus sécurisante.

L’absence d’un Etat de droit : un aubaine pour les pirates somaliens

« Depuis le 15 mars, ce sont 32 attaques qui ont été perpétrées dans les eaux somaliennes, dont 13 avec succès. Dix navires ont été libérés contre des rançons et les 3 derniers sont encore dans les eaux somaliennes », indique le Capitaine Mukundan. Ce dernier n’a pas souhaité donner de chiffres quant au montant des rançons, mais assure que les sommes réclamées sont « substantielles ». Le modus operandi des pirates somaliens est simple. « Les pirates arrivent dans des petits bateaux très rapides armés d’armes automatiques et de lance-grenades portables. Ils ouvrent alors le feu sur le navire et l’oblige à ralentir, puis en profitent pour monter rapidement à bord. L’équipage est pris en otage et les pirates obligent le navire à quitter les eaux internationales pour les eaux somaliennes », explique le patron du BMI. Là, seules les autorités du pays sont habilitées à intervenir. Le BMI conseille aux navires de se tenir éloigner des côtes somaliennes.

L’organisation, qui dépend de la Chambre Internationale du Commerce, a mis en place depuis 1992 un centre de notification des actes de piraterie qui fonctionne en permanence. « Grâce à notre centre, nous avons la meilleure cartographie du phénomène. Les navires sont informés des différentes attaques qui sont perpétrées et de l’endroit où elles ont eu lieu. Leurs capitaines sont alors conscients des risques encourus quand ils sont à proximité des zones concernées ». En Afrique, outre la Somalie, les côtes de l’Afrique de l’Ouest, celles de la Guinée Equatoriale et du Nigeria en particulier, sont dangereuses. L’Amérique du Sud, notamment la Colombie, l’Equateur et le Brésil, l’Irak mais surtout l’Indonésie sont, quant à elles, les zones les plus risquées au monde. Vingt-cinq pour cent des 205 actes de piraterie menés, entre janvier et septembre 2005, s’y sont déroulés. De plus, les pirates ont une prédilection pour les pétroliers : 30% d’entre eux font l’objet d’actes de piraterie. Ce qui fait du détroit de Malacca, situé aux abords des côtes indonésiennes et où transitent de nombreux tankers, une zone très sensible.

Les patrouilles internationales appelées à l’aide

Si la piraterie n’a pas encore atteint un niveau qui fait d’elle une menace pour l’économie mondiale, elle l’est déjà pour la sécurité maritime et plus spécifiquement pour celle des gens de mer qui sont les premières victimes des pirates. Le BMI a enregistré, sur la même période que précédemment, 259 actes de violence contre ces derniers dont 12 sont portés disparus ou morts. Comment donc lutter contre ce fléau notamment en Somalie ? « La solution réside dans la mise en place d’un cadre répressif et législatif », répond le Capitaine Mukundan. Ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour dans ce pays d’Afrique de l’Est, pourtant doté d’un gouvernement de transition. Car, selon le responsable du BMI, la sordide activité des pirates est connue de tous – ils ne s’en cachent pas et coulent pour certains des jours très heureux – dans tous les petits villages qui longent la côte somalienne. Une côte que sont incapables de contrôler les chefs de guerre somaliens, dont le pouvoir se limite à des petites portions de territoire, faisant ainsi d’elle le royaume des pirates. Aussi pour pallier aux défaillances des autorités somaliennes, ce sont les patrouilles navales des pays développés, présents dans la zone, qui sont appelées à la rescousse pour faire la police dans les mers de Somalie.

http://www.lesnouvelles.org/P10_magazine/16_analyse03/16141_somalis_karieh1.html

Esquisse d’une sociologie des clans somalis
(1/3) Les termes, la situation, la structure

Dans le premier volet de cette importante contribution adressée aux « Nouvelles d’Addis », Youssouf Karieh, universitaire djiboutien spécialiste de la corne de l’Afrique, s’interroge sur l’existence même d’un pays nommé « Somalie ». L’auteur insiste sur l’absence historique et sociologique d’une « autorité centrale » dans l’organisation des clans somalis. De son point de vue : « Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec les ethnies de proximité. »

YOUSSOUF KARIEH

Septembre-octobre 2001

1. Introduction

Le terme « clan » n’englobe pas la même réalité et les mêmes structures socio-claniques partout dans les aires d’habitation des peuples désignés par le terme. Il existe des différences notables selon la localisation du clan – à proximité des côtes, continentales ou périphériques – et selon les rapports entretenus par les clans autour de la femme (mariage).
Selon nous, ces deux variables constituent un axe à partir duquel une sociologie des clans somalis pourrait être entreprise. La réalité du clan n’est pas une donnée intrinsèque, immuable et uniforme. Elle n’est ni une réalité vécue de la même manière partout, ni une structure imposée à tous les Somalis de façon univoque.

Dans cet article, nous étudions les clans somalis à partir des matériaux obtenus empiriquement sur les terrains pendant une période de dix années. Les matériaux s’appuient également sur des études généalogiques des « échantillons » somalis.
Les observations retenues dans ces travaux sont rassemblées dans cette période (1987-1997) où l’auteur de l’article a été un observateur de terrain. En d’autres termes, l’auteur a séjourné des fins fonds de l’Éthiopie à la Somalie, en passant par Djibouti.
Les travaux d’observation empiriques, issus de l’esquisse de cette sociologie des clans seront affinés par des postulats théoriques.

2. Situation contextuelle

Les nostalgiques d’un État-unifié-somalien essaient de reconstituer l’histoire de façon erronée. Tout d’abord, il n’y a pas d’histoire de la Somalie pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu de Somalie. Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec les ethnies de proximité : Oromos, Hararis, Afars, etc. ; zones à l’intérieur desquelles cohabitent des clans somalis, juxtaposés les uns à côté des autres, chacun ayant un périmètre de pâturage et d’influence.

Ensuite dans ce contexte, il n’y a jamais eu d’autorité supra clanique ou d’institution commune pouvant réunir les Somalis sous une même bannière. L’on avait tout au plus du temps précolonial, comme aujourd’hui – ou il n’y a pas d’État –, des terroirs ou fiefs des clans, ave le périmètre de chacun, sur lequel s’établissent des règles soit conflictuelles, soit de coexistence pacifique, selon les circonstances du moment, avec les clans voisins.

Même dans le vocabulaire, les Somalis ne disposent pas de concept commun pour designer l’autorité suprême de l’ordre culturel clanique. Nous en avons recensé neuf appellations différentes : Sultan, Garad, Ugas, Malaq, Boqor, Baqow, Webber, Imam, Isim.

Enfin, tout marche aujourd’hui comme si les Somalis, depuis la disparition de cette éphémère autorité centrale (l’État somalien n’a duré que trente ans) étaient projetés d’un seul coup dans une réalité à tous points de vue identique à celle d’avant la colonisation. La situation décrite en 1854 par Richard Burton dans son fameux livre (1) est la même que connaissent les Somalis d’aujourd’hui : absence d’autorité centrale, prééminence de la logique clanique… insertion des individus dans le périmètre de protection clanique. Les pratiques de razzia,
de conquêtes de nouvels espaces de pâturage, de points d’eau… sont des phénomènes qui jalonnent l’histoire des Somalis.

Les tenants d’un État unitaire somalien, et qui pleurent aujourd’hui sur la disparition de l’autorité centrale, ont beau argumenter sur les agrégats constitutifs de la nation somalienne, unique en son genre en Afrique. Certes, les Somalis partagent la même langue, religion, culture, etc. Mais ceux-ci occultent souvent l’essentiel : l’absence chez les Somalis d’avoir à partager le même vécu, de disposer de la même histoire, de projeter sur l’avenir des espérances similaires… bref d’avoir des rêves identiques. La volonté de vivre ensemble fait toujours défaut chez ces peuples. Et il en a été ainsi depuis les calendes grecques.

À part quelques Cités-États, qui ont émergées a des périodes différentes (entre les Xème et XVème siècles), l’absence d’institution supra clanique reste le fondement de l’organisation sociale chez les Somalis.
Aujourd’hui comme hier, est pris en otage ou comme cible tout ce qui relève du droit régalien de puissance publique : équipements publics, aide alimentaire internationale… sont l’objet de razzia car cela n’appartient à aucun clan, donc par définition à personne. Par contre, la propriété privée semble elle respectée puisqu’elle s’apparente à un individu, par conséquent au clan.
Ceci démontre combien la notion de puissance publique ou d’intérêt général reste réfractaire à l’entendement mental des Somalis.

Pourtant la situation vécue par les Somalis est contrastée et n’est pas si dramatique. Comme l’a bien souligné Gérard Prunier dans son article « La recomposition de la nation somalienne » (2), les choses ne vont pas si mal et le chaos n’est pas partout en règle comme certains le décrivent.
Au contraire, une tentative de regroupement des clans et l’établissement d’un minimum d’ordre sont perceptibles ici et là. Les clans opèrent des processus de pacification – comme ils le faisaient depuis des lustres – et de réconciliation selon les affinités culturelles, d’alliance, de liens de sang et de voisinage.

Par-delà les vicissitudes et les schémas chaotiques véhiculés par les médias, les Somalis offrent une capacité d’adaptation extraordinaire à l’absence d’État et un dynamisme assez inégal de survie.
L’on constate sur le plan économique une augmentation même de la richesse nationale : la production de banane, de peaux, l’exportation de cheptel (ovin, bovin) – principale richesse des Somalis… – ont presque doublé et le score demeure meilleur qu’au temps de l’existence de l’État.
Le secteur de télécommunication est en pleine effervescence : des fiefs les plus reculés sont desservis et reliés au monde, à travers l’aménagement des petits aérodromes et grâce aux téléphones cellulaires.

La différenciation contrastée des situations en Somalie s’accompagne d’une différenciation d’organisation sociale chez les clans que nous allons analyser dans cet article.

3. Structure sociale : le clan

La société somalienne est une société stratifiée avec une juxtaposition de clans. À l’intérieur de chaque clan, l’on assiste à une trame de sous-clan, tribu, sous-tribu, fraction et sous-fraction.
La logique de cette trame fonctionne de la façon suivante : chaque niveau est assujetti à celui qui lui est supérieur. À titre d’exemple, l’individu appartient d’abord à une famille, à une sous-fraction, puis à une fraction et sous-tribu, ensuite à une tribu et ainsi de suite jusqu’au clan, entité de souveraineté par excellence.
L’individu se trouve confronté à des relations de type horizontal et vertical, hiérarchisées différemment à chaque niveau. Ce labyrinthe de niveaux décisionnels gère et régule sa vie pastorale devant lesquels il doit constamment négocier pour juguler ses atteintes à leurs exigences. La vie pastorale devient ainsi une véritable survie.

3.1 Catégories des clans. – L’hégémonie considérable des clans, chez les Somalis, demeure réfractaire aux exigences de l’intérêt collectif de l’ensemble des entités. Le passage d’une réalité clanique à un ensemble de ce qui peut être appelé « le national » demeure difficile dans le contexte somalien.
À partir des matériaux des lignées généalogiques, nous pensons qu’il existe quatre types de clans chez les peuples appelées Somalis :

3.1.1 – Clan à filiation ou descendance unique.

3.1.2 – Clan à filiation mais doublée d’une certaine adhésion. Apparaît ici un facteur de différenciation : le xeer, ébauche d’une forme de consensus social.

3.1.3 – Clan non-filiatif mais à pure adhésion.
Émerge à ce niveau un contrat social plus affirmé qui s’apparente à la structure clanique plus relâchée.

3.1.4 – Clan sab. Bien qu’ayant une lignée généalogique qui lui soit propre, ce clan dispose d’un statut différencié et infériorisé par rapport aux autres catégories de clans. C’est un clan marginalisé vivant seulement dans les zones de deux premières catégories. Tout indique qu’il est réellement intégré dans le troisième groupe.

3.2 Localisation des clans. – L’analyse de la localisation – éloignement ou proximité des côtes – nous amène à de nouvelles perspectives de recherche sur la nature des clans. Les structures de ceux-cióles uns a l’égard des autres – sont d’abord liées à leur emplacement spatial.

3.2.1 – Clans Périphériques. Il s’agit des clans éloignés des côtes. Nous regroupons sous le vocable de « périphérique » la 3ème catégorie de clans, à savoir les clans non-filiatifs mais opérant par simple adhésion. Ils sont généralement cantonés à la limite de « l’espace » des Somalis.

3.2.2 – Clans du Centre. Ce sont essentiellement les clans côtiers qui se trouvent assez éloignés des hauts plateaux de l’Abyssinie. Les clans du centre correspondent parfaitement aux clans à descendance unique opérant par la filiation de sang.

3.2.3 – Clans tampons. La localisation de ces clans est à mi-chemin entre la périphérie et le centre. Ils opèrent par système généalogique à filiation d’une part et par contrat social et adhésion d’autre part.

Les Somalis appartiennent à ces quatre catégories de clans et, selon leur localisation à trois groupes de clans ou la forme et l’organisation de structures claniques différentes d’un clan a l’autre, ou d’un espace donne à un autre. Ça varie d’une structure rigide à un relâchement fonctionnel entre les liens au sein des membres du clan. – YK

(1) « The fast foot steps in Horn of Africa », Richard Burton, 1854.
(2) « Recomposition de la nation somalienne », Gérard Prunier, le Monde diplomatique, avril 2000.

(*) Universitaire djiboutien, spécialiste des pays de la corne de l’Afrique, Youssouf Kariye est diplômé en Sciences politiques de l’IEP de Grenoble (1980), et titulaire d’un DESS en économie auprès de l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne (décembre 1981). Il vit actuellement à Seattle, États-Unis.

One Response to Piraterie: Vers une renégociation du texte de 1982? (Towards a new liberal imperialism?)

  1. […] que la piraterie ou les preneurs d’otages ravagent nos grandes routes maritimes ou nos lieux de vacances […]

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