Education: Suppressions de postes ou… d’information?

Attention manipulationA pouvoir d’achat égal, un élève français aura coûté jusqu’à 15 ans 50 % plus cher à son pays qu’un élève coréen… pour une performance moindre, les élèves coréens de 15 ans arrivant en tête des tests internationaux dans toutes les matières, loin devant la France (PISA 2003).
A pouvoir d’achat égal, les enseignants coréens sont en 3e position en terme de rémunération, la France loin derrière à la 20e place. Plus encore : « Après 15 ans d’exercice, le salaire des enseignants du premier cycle du secondaire représente bien plus du double du PIB par habitant en Corée » – largement en tête de tous les pays –, alors qu’il n’est que légèrement supérieur au PIB par habitant en France. Rapport OCDE 2007 (cité par SOS Education)
Il faut être un peu raisonnable. Sur les 11.200 postes de l’Education nationale qui ne seront pas renouvelés (un départ en retraite sur deux), « 8.500 sont des postes d’enseignants, 5.000 postes sont compensés par des heures supplémentaires, si bien que le non renouvellement concerne en réalité 3.500 postes. Xavier Darcos

11 200 postes d’enseignants supprimés, nous matraquent depuis des semaines les syndicats – pendant qu’à nouveau leurs élèves leur bloquent fort à propos les lycées …

Mais qui, en dehors du ministre de l’Education lui-même et entre deux reculades du gouvernement (cf. la carte famille nombreuse SNCF, toujours pas sous plafond de ressources et même étendue à présent aux familles monoparentales ou modestes ayant moins de trois enfants !), prend la peine de rappeler en même temps que le budget de l’Education est le premier budget (28%, soit près de 80 milliards et près de 7% du PIB) et le premier employeur (45%) d’un Etat déjà très largement surendetté et possédant 25% de fonctionnaires contre une moyenne européenne de 15%?

Que la France dispose, pour le secondaire et avec une position régulièrement en baisse dans les classements internationaux, d’un des meilleurs taux d’encadrement au monde (plus de 10 dans le second degré) et, avec 20 % d’heures de cours de plus, de la plus forte dépense par élève d’Europe (près de 10 000 euros par élève, largement plus que dans le supérieur)?

Que les effectifs d’élèves du secondaire ont baissé de 145 000 ces trois dernières années et devraient encore se réduire de 40 600 élèves à la rentrée prochaine?

Que l’équivalent de quelque 35 000 professeurs (soit le poids d’une académie) sont soit sans classe et sans affectation pédagogique (notamment pour les titulaires remplaçants pour des raisons de discipline enseignée ou de zone géographique ou pour cause de diverses décharges de service dont 1400 syndicales) ?

Et enfin que sur un total de plus d’un million d’enseignants, ces fameux 11 200 suppressions correspondent on au pourcentage de tout simplement astronomique de… 0,8% ?

Suppression de postes à l’Education nationale: une chance pour les élèves comme pour les professeurs
La chronique d’Isabelle Hannart
SOS Education.com

Peut-il être souhaitable pour les élèves de supprimer des postes d’enseignants, alors que notre système scolaire se porte si mal ? Oui, car cela pourrait permettre de recruter de meilleurs enseignants en leur offrant un meilleur statut et en appliquant des critères de sélection plus stricts à l’entrée dans la profession.

« Comment se fait-il qu’un élève sur deux, à l’entrée en sixième, ne sache pas écrire l’adverbe « certainement » ? Comment se fait-il que nous soyons classés parmi les cinq derniers dans certains classements ? Ce n’est pas avec des postes que l’on remédiera à cette situation, mais par la réforme, toujours la réforme, encore la réforme de notre système éducatif ! » Cette déclaration de Xavier Darcos, le 2 avril à l’Assemblée nationale, montre que le ministre est lucide sur l’état actuel de l’école en France.

Si l’on ne peut que se féliciter de sa détermination et l’encourager sur la voie des réformes, il reste néanmoins à en préciser le contenu.

Les membres de SOS Education soutiennent Xavier Darcos lorsqu’il parle de revenir aux fondamentaux dans les programmes du primaire – pratique soutenue de la lecture, retour à la grammaire traditionnelle, au par coeur, aux tables de calcul et à la règle de 3.

Un fort bémol, cependant : il est tragique que le ministre ne s’engage toujours pas à restaurer la méthode syllabique pour apprendre à lire aux enfants, alors que 20 % des jeunes de 18 ans sont incapables de comprendre en le lisant un texte un peu complexe.

Le deuxième volet de l’action de Xavier Darcos concerne le non renouvellement de 8 830 postes de professeurs qui partent à la retraite.

Le ministre fait valoir plusieurs justifications :

– les effectifs des collégiens et lycéens ont baissé de 145 000 ces trois dernières années et devraient encore se réduire de 40 600 élèves à la rentrée prochaine ;

– les caisses de l’Etat sont vides : il n’a « plus les moyens de recruter aveuglément des enseignants ». Par ailleurs, ajoute Xavier Darcos, il faut « arrêter de faire croire que notre système est radin : il est parmi les plus généreux du monde développé. »

– la qualité des cours ne dépend pas du nombre des professeurs : « on a un des meilleurs taux d’encadrement au monde, avec un prof pour 12 lycéens, or on perd des places dans les classements mondiaux », remarque le ministre ;

– il souligne enfin la faible proportion de postes supprimés au regard des 900 000 professeurs en activité : soit moins de 1 % de l’effectif total.

A ces arguments, il est pourtant facile de répondre que :

– pour de nombreuses raisons, qui ne tiennent pas toutes à l’école, les élèves sont de plus en plus difficiles à gérer ; il est donc nécessaire d’avoir plus de professeurs ;

– les enfants sont l’avenir de la nation. Investir dans l’éducation, c’est investir dans l’avenir. Il serait au contraire suicidaire de chercher à réaliser des économies dans ce domaine.

Néanmoins, il existe des raisons plus profondes pour supprimer des postes d’enseignants dans l’intérêt des élèves comme des professeurs, et qui n’ont été pratiquement relevées par personne.

Le recrutement massif d’enseignants au cours des dernières décennies a débouché sur un écroulement du niveau général des élèves. Car, pour pourvoir les postes qui se multipliaient par dizaines de milliers sous la pression des syndicats, le ministère a dû se montrer de moins en moins exigeant sur les compétences et la motivation des nouveaux professeurs.

De plus, les professeurs étant de plus en plus nombreux à se partager le budget de l’Education nationale, la part de chacun s’est dramatiquement réduite en regard de leurs diplômes et de leurs qualifications, du travail qu’ils fournissaient et des conditions de plus en plus difficiles dans lesquelles ils enseignaient. Les professeurs en ont conçu le sentiment, en partie justifié, d’être déconsidérés par la société.

Si le nombre de postes à pourvoir diminue, il deviendra possible, à budget constant, de mieux les rémunérer. Xavier Darcos a d’ailleurs fait valoir que « les enseignants volontaires – déjà nombreux – peuvent augmenter leur pouvoir d’achat grâce au milliard d’euros distribués pour les heures supplémentaires. » Pour bien faire, la motivation et la capacité des enseignants devraient être mieux pris en compte dans leur rémunération.

Enfin, l’afflux massif de nouveaux enseignants a servi d’alibi à la mise en oeuvre d’une politique catastrophique de suppression des classes de niveau et de la sélection, qui devait être rendue possible, prétendait-on, par la réduction du nombre d’élèves par classe. Cette politique s’est révélée, comme il fallait s’y attendre, totalement illusoire.

En effet, la qualité des cours dépend moins de l’effectif des élèves par classe, que de l’ambiance de travail ; même dans une classe de quinze, la présence de trois ou quatre perturbateurs suffit à empêcher leurs condisciples de travailler. La plupart du temps, ces perturbateurs n’ont pas leur place dans les filières d’enseignement général et n’assistent aux cours que parce qu’ils y sont contraints. La diminution du nombre de professeurs obligera le système à revenir à des méthodes de gestion des classes plus saines et réalistes, ce qui bénéficiera à tous les élèves.

Rappelons enfin que plus de 30 000 enseignants, bénéficiant de décharges syndicales, ne mettent jamais les pieds en classe. Arithmétiquement, si moins du tiers d’entre eux condescendaient à faire le métier pour lequel ils sont – théoriquement – payés, le nombre de professeurs qui font cours resterait stable malgré la suppression de 8 830 postes.

Pour toutes ces raisons, SOS Education soutient le ministre de l’Education Xavier Darcos. Les membres de l’association considèrent que le non renouvellement des enseignants qui partent à la retraite peut fournir l’opportunité d’améliorer la qualité de l’enseignement, dans l’intérêt commun des professeurs et des élèves.

Voir aussi:

Darcos tape du poing sur le tableau

L. de C.

20 Minutes

Le 01/04/2008

«Combien de fois faudra-t-il répéter les choses pour être entendu… Ça devient désespérant.» Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, nous a reçus hier pour une interview au ton vif. Les lycéens doivent de nouveau défiler aujourd’hui à l’appel des syndicats UNL et FIDL contre la suppression de 11.200 postes dans l’Education nationale, dont 8.830 postes de professeurs dans les collèges et lycées, à la rentrée prochaine. Une manifestation nationale est aussi prévue demain. Face à ces défilés, qu’il juge «inutiles», infondés et menés par des «mineurs» de surcroît «ignorants», Xavier Darcos perd sa bonhomie coutumière. Il semble lassé de devoir batailler avec les chiffres, quand il voudrait discuter réforme et avenir de l’école. Son leitmotiv: mettre 1.000 profs de plus ou de moins au tableau noir ne changera rien à la qualité des cours, qui ne cesse de se dégrader. Sur le terrain, de nombreux enseignants craignent pourtant de devoir fermer des options, interrompre des projets, gérer des classes à 38 élèves. Le ministre balaie ces inquiétudes d’un revers de la main. «Retirer 0,7% des effectifs ne changera rien, à part dans quelques classes ici ou là.» A titre comparatif, 5 500 postes ont été supprimés dans le second degré en 2006, 8.000 en 2005 selon le syndicat SE-Unsa.

Pour l’instant, même si plusieurs lycées, notamment en région parisienne, sont en grève depuis des semaines, le mouvement prend peu d’ampleur : les manifestations de jeudi dernier et du 19 mars n’ont rassemblé que 4.000 à 10.000 personnes chacune. Mais aujourd’hui, la grogne pourrait monter en province.

Voir également:

32 000 enseignants se trouvent « sans classe »
Luc Bronner
Le Monde
Le 12.03.05
L’ÉQUIVALENT de 32 000 professeurs à temps plein se trouvent sans classe ou sans affectation pédagogique, selon une note confidentielle de la Cour des comptes révélée, vendredi 11 mars, par Le Figaro. Réalisé à la demande de Pierre Méhaignerie, président (UMP) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le document chiffre à 1,5 milliard d’euros le coût de ces enseignants non utilisés. La publication de cette note, sur un sujet traité par de nombreux rapports officiels, intervient alors que les enseignants se mobilisent pour obtenir plus de moyens.

Pour arriver à cette estimation de 32 000 enseignants « sans classe et sans affectation pédagogique » (sur 665 000 enseignants en équivalent temps plein), la Cour a intégré dans un même calcul des situations diverses, a priori peu comparables. Pour l’équivalent de 9 500 postes à temps plein, il s’agit d’enseignants remplaçants qui ne sont pas utilisés ou seulement partiellement. Les « titulaires de zone de remplacement » ne peuvent, en effet, être employés que dans leur discipline et dans une zone géographique restreinte. Le projet de loi Fillon sur l’école prévoit d’obliger les enseignants à effectuer de brefs remplacements dans leur établissement.

CONTRAINTES SPÉCIFIQUES

La Cour recense, ensuite, l’équivalent de 9 500 professeurs à temps plein correspondant à des décharges de service accordées à des enseignants pour tenir compte de contraintes spécifiques à leur discipline (1 heure accordée pour la préparation des laboratoires, par exemple). Mille quatre cents équivalents temps plein sont aussi dégagés pour les décharges syndicales en application des règles de représentation des personnels dans la fonction publique. Trois mille cent équivalents temps plein sont affectés à des fonctions administratives. Mille neuf cents postes correspondent à des surnombres, c’est-à-dire des enseignants recrutés alors que l’éducation nationale n’avait pas besoin d’eux. Dans certaines disciplines (notamment techniques), l’évolution des effectifs scolaires aurait, en effet, dû conduire le ministère à diminuer le nombre de postes mis aux concours, voire à suspendre les Capes et les agrégations pendant une ou plusieurs années, décision que les gouvernements successifs ont refusé de prendre. Le reste de ces enseignants « sans classe » (6 600 postes) correspond à des décharges ponctuelles, à des missions ou des mises à disposition.

La note de la Cour des comptes indique, par ailleurs, que 18 000 professeurs ne sont pas présents dans les classes mais exercent des activités pédagogiques (direction d’école, etc.), 26 500 exercent dans le supérieur ou en dehors de l’éducation nationale et 21 000 sont en détachement ou en disponibilité.

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