Société: Une humanité bien plus plurielle que prévue (Recent genetic research confirms human biological diversity)

Tous les hommes descendent d’une même population d’Afrique noire, qui s’est scindée en sept branches au fur et à mesure du départ de petits groupes dits fondateurs. Leurs descendants se sont retrouvés isolés par des barrières géographiques (montagnes, océans…), favorisant ainsi une légère divergence génétique. Howard Cann (Fondation Jean-Dausset)
Non, il n’y a pas de races humaines, comme il y a des races de chiens. Mais il existe des différenciations héréditaires stables qui influent évidemment sur l’apparence physique (couleur de peau, stature, etc.), mais, plus profondément, gouvernant par exemple les prédispositions à certaines maladies. Et il devient techniquement possible de retracer l’ascendance majoritaire d’un individu, et de savoir si ses ancêtres sont plutôt africains, européens ou asiatiques, même en l’absence de tout caractère visible évident. Il ne s’agit certes pas de proposer un nouvel avatar de la notion de race, et aucun classement hiérarchique global entre groupes humains ne peut être justifié à partir de ces éléments. Mais la diversité humaine est plus grande et plus subtile qu’on ne voulait le croire… Chapitre.com (Résumé de « L’Humanité au pluriel », Bertrand Jordan)

Alors, il n’y aurait pas quatre races humaines mais… sept?

Confirmation de sensibilités différentes de certains groupes ethniques à certaines maladies, tests ADN individuels en vente libre, homologation d’un médicament « racial » destiné aux Noirs …

On est loin, on le voit avec ces applications des études de séquençage du génome humain, du véritable tabou qui entoure encore en France la question raciale.

Du moins si l’on en croit le dernier ouvrage du biologiste moléculaire Bertrand Jordan sur les derniers acquis de la génétique et la question des races.

Où il apparait que, contrairement à l’actuelle vulgate progressiste dénonçant comme nulle et non avenue toute référence à des différences biologiques entre les groupes humains, il pourrait y avoir non pas quatre races au sein de l’espèce humaine (les traditionnelles races noire, blanche, jaune et rouge) mais sept groupes biologiques (Africains subsahariens, Européens, habitants du Moyen-Orient, Asiatiques de l’Est, Asiatiques de l’Ouest, Océaniens et Indiens d’Amérique) …

Humanité – Une seule race, mais sept groupes biologiques
La génétique a rendu son verdict: on peut répartir les hommes en sept groupes biologiques. Pas de quoi devenir raciste car l’espèce humaine demeure la plus compacte de tous les mammifères.
Frédéric Lewino
Le Point
28/02/2008

James D. Watson peut être considéré comme le pape de la génétique moderne. En 1953, sa découverte de la structure de l’ADN, avec Francis Crick, en a fait l’égal d’un Newton ou d’un Copernic ! Malheureusement, cette icône de 79 ans (Crick est décédé) laisse suinter un racisme épouvantable. Le 14 octobre 2007, il déclarait encore dans le Sunday Times Magazine que l’intelligence des Noirs est inférieure à celle des Blancs. Même s’il a prétendu par la suite avoir été mal compris, cette énième provocation a fini par dresser contre lui l’ensemble des chercheurs. « Watson déconne. Il aime provoquer. Il se base sur des travaux qui ont été totalement remis en question », souligne Bertrand Jordan, généticien au CNRS, auteur de « L’humanité au pluriel » (Seuil).

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Le 9 décembre, le Sunday Times , pour se rattraper, publiait une étude scandinave affirmant que l’ADN du vieil homme comporte 16 % de gènes légués par des ancêtre noirs et 9 % par des aïeux asiatiques. Et vlan dans le génome !

Pendant très longtemps, on a distingué seulement quatre races au sein de l’espèce humaine : la noire, la blanche, la jaune et la rouge. En ajoutant d’autres critères physiques et culturels, certains étaient parvenus à en distinguer des dizaines, voire des centaines. Après la Seconde Guerre mondiale et les horreurs nazies, le sujet est devenu tabou. Il ne fallait surtout plus parler de races, mais d’ethnies forgées avec des ressemblances culturelles. C’est l’ethnocentrisme de Lévi-Strauss.

Aujourd’hui, les progrès remarquables effectués dans la science du génome (autre nom pour la totalité de l’ADN contenu dans les chromosomes) permettent enfin d’apporter des réponses bien plus précises sur l’existence ou non de divisions biologiques au sein de notre espèce. Au lieu de se fonder sur quelques critères physiques apparents, les généticiens ont mis au point des moyens sophistiqués d’analyse, capables de comparer des milliers de minuscules fragments d’ADN. Ce qui a permis de savoir, par exemple, que sur les 3 milliards de nucléotides – ces briques de base qui écrivent les gènes – les hommes ne diffèrent, entre eux, que par 3 millions de nucléotides au maximum. Un sur mille ! Cela signifie que les 6 milliards d’humains possèdent un génome à 99,9 % identique. Cette extraordinaire compacité ne se retrouve chez aucune autre espèce de mammifère dont le génome est connu à ce jour. Par exemple, la diversité génétique du chimpanzé est quatre fois supérieure à la nôtre.

Quoique très faible, il existe néanmoins une variabilité chez l’homme. Que dit-elle ? La revue Science vient de publier l’étude génomique la plus complète jamais effectuée. Elle compare 650 000 nucléotides chez 938 individus appartenant à 51 ethnies. La ribambelle de généticiens qui ont participé à ce travail herculéen concluent de leurs travaux qu’il existe sept groupes biologiques parmi les hommes : les Africains subsahariens, les Européens, les habitants du Moyen-Orient, les Asiatiques de l’Est, les Asiatiques de l’Ouest, les Océaniens et les Indiens d’Amérique. Le chercheur Howard Cann, de la fondation Jean-Dausset, cosignataire, tient à préciser : « Tous les hommes descendent d’une même population d’Afrique noire, qui s’est scindée en sept branches au fur et à mesure du départ de petits groupes dits fondateurs. Leurs descendants se sont retrouvés isolés par des barrières géographiques (montagnes, océans…), favorisant ainsi une légère divergence génétique. » En fouillant davantage encore dans les génomes, les généticiens ont pu encore déterminer des sous-groupes. Par exemple, huit en Europe et quatre au Moyen-Orient. Mais avec moins de certitude.

Précisons encore, afin d’éviter toute récupération de mauvais aloi de ces travaux, que les convergences génétiques qui rassemblent les hommes au sein de chacun des septs groupes ne concernent qu’un relativement faible nombre de nucléotides. Du coup, deux hommes appartenant à un même groupe peuvent être très différents en ce qui concerne les très nombreux nucléotides non pris en compte pour établir la classification. Si différents même que deux membres d’un même groupe peuvent être plus éloignés, globalement, que deux individus appartenant à deux groupes distincts (Européens et Africains, par exemple). Pour bien le comprendre, imaginons des fruits classés en fonction d’un seul critère, leur couleur. La pomme rouge et la tomate appartiennent donc au même groupe, mais de nombreux autres critères les rendent bien plus différentes entre elles que des pommes vertes et rouges.

Si les sept groupes restent très proches génétiquement, c’est qu’il y a une bonne raison à cela : l’extrême jeunesse de l’espèce humaine. En 60 000 ans (depuis la sortie d’Afrique de l’ Homo sapiens), l’évolution n’a pas eu le temps de creuser de fossés génétiques. A peine des ornières. Malgré cela, les chercheurs commencent à se poser la question de savoir si ces groupes, même très proches, ne présentent pas des différences physiques, médicales ou encore intellectuelles. Le terrain est très glissant. D’ores et déjà, de multiples études épidémiologiques, surtout américaines, relèvent effectivement une sensibilité différente à certaines maladies. Mais, dans quasiment tous les cas, les chercheurs sont encore bien incapables de faire le tri entre les causes génétiques et celles tenant aux conditions de vie. Sauf en ce qui concerne les maladies génétiques orphelines. Ainsi, le cancer du sein frappe davantage les femmes juives ashkénazes parce qu’elles ont hérité d’une mutation (BRCA1) apparue spontanément chez l’une d’entre elles, voilà plusieurs générations.

Ce grand flou n’a pourtant pas empêché une société américaine d’obtenir, en 2005, la première homologation d’un médicament « racial » destiné aux Noirs. Il est censé soigner l’insuffisance cardiaque, plus fréquente chez les Américains d’origine africaine, sans que la raison en soit connue. Dans son livre, Bertrand Jordan dénonce l’homologation du BiDil, médicament dont l’efficacité est la même quel que soit le malade, blanc, noir ou jaune. Pis : ce remède, vendu très cher, ne fait qu’associer deux vieilles molécules commercialisées à bas prix depuis longtemps ! Ce qui explique sans doute son flop commercial.

Quant à la prétendue supériorité intellectuelle des Blancs sur les Noirs fondée sur des critères génétiques, « c’est totalement faux, s’insurge Bertrand Jordan. Il est possible que quelques centaines de gènes induisent des variations dans les aptitudes que possède, en moyenne, une population par rapport aux autres. C’est possible, mais bien difficile à mettre en évidence, tant l’influence de la culture brouille les pistes. En tout état de cause, une telle différence ne s’appliquerait qu’à la moyenne du groupe, non pas à chacun de ses membres pris individuellement ». Bref, nous avons enfin la confirmation qu’il n’y a pas plus égaux que les humains. Si sept groupes génétiques se sont esquissés au fil de 3 000 générations, la bougeotte des hommes actuels les amènera certainement à se fondre à nouveau ensemble. On sera alors revenu au point de départ. L’homme n’appartient qu’à une seule race. Elémentaire, mon cher Watson !

Voir aussi:

De l’inégalité des races au « pluralisme humain »
Jean-Yves Nau
Le Monde
Le 18.03.08

Il y a cinq mois, le généticien américain James Watson, Prix Nobel 1962 de médecine, faisait scandale en tenant publiquement des propos racistes. Il soutenait notamment qu’il existait des différences dans les capacités intellectuelles entre les Occidentaux blancs et les Africains noirs. Agé de 79 ans, connu de longue date pour son réductionnisme aux accents provocateurs, le codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN soutenait par ailleurs que « le gène à l’origine des différences au niveau de l’intelligence humaine » serait identifié d’ici dix à quinze ans. Comme on pouvait s’y attendre, les déclarations du Prix Nobel soulevèrent l’opprobre général. Suivirent alors des rétractations confuses, et l’on put croire que l’affaire était close sans que l’on puisse dire s’il s’agissait là des errements d’un vieil homme ou de la résurgence du courant déterministe dans lequel les thèses racistes trouvent parfois leurs arguments.

C’est sur ce dossier que revient le biologiste moléculaire Bertrand Jordan dans un ouvrage lucide et courageux. L’auteur observe qu’il n’existe pas de livres récents traitant, en langue française, de la question de la race, « terme qui semble quasiment tabou dans notre beau pays ».

Loin des poncifs que génère la question de la réalité de ce concept dans l’espèce humaine, l’auteur explique, avec une grande pédagogie, ce que les derniers acquis de la génétique nous disent de nos identités et de nos différences. Et force est d’observer que cette science en pleine expansion met à mal nombre de confortables postulats. « L’humanité est-elle séparée en races différentes ? Vérité scientifique au XIXe siècle et durant une bonne partie du XXe, cette affirmation a été battue en brèche après la seconde guerre mondiale, nous rappelle Bertrand Jordan. Au cours des dernières décennies, la biologie a nié la pertinence même de la question, au motif que tous les humains auraient en commun 99,9 % de leur patrimoine génétique. »

Tel n’est pas le cas. Les derniers résultats des gigantesques entreprises de séquençage du génome humain montrent que les différences génétiques entre les hommes sont plus importantes qu’on le supposait il y a peu encore.

Le décryptage de plus en plus fin, de plus en plus rapide, des génomes témoigne de l’existence de différenciations héréditaires stables qui, au-delà des seules apparences corporelles, rendent possible de remonter aux origines géographiques lointaines des individus, ou peuvent parfois expliquer leur vulnérabilité à certaines maladies. « Certes, les groupes ainsi repérés ont des limites floues, leur diversité interne est élevée, et aucun classement hiérarchique global ne peut être justifié à partir de ces éléments, souligne Bertrand Jordan. Les «races», au sens classique du terme, n’existent effectivement pas. Néanmoins, la pluralité humaine, telle qu’on peut l’appréhender avec les techniques les plus modernes, est plus grande et plus subtile qu’on ne voulait le croire… »

L’auteur n’élude aucune des difficiles questions inhérentes à un tel sujet, qu’il s’agisse des variations de quotient intellectuel ou de performances musculaires selon la couleur de la peau. Et, dans le même temps, il parvient à démontrer que la science génétique ne fournit aucun argument aux thèses racistes. Et si elle peut établir les bases moléculaires communes de certains groupes, elle ne peut en rien fournir une hiérarchie « logique, expliquée, permanente et indélébile », comme le voulait Joseph Arthur, comte de Gobineau (1816-1882), théoricien de l’inégalité des races. Tout est à la fois plus complexe et plus simple. Plus complexe, parce que les différences individuelles existent, de même qu’existent des groupes, plus simple, parce que nous tous faisons partie de la même espèce.

Un commentaire pour Société: Une humanité bien plus plurielle que prévue (Recent genetic research confirms human biological diversity)

  1. […] de préciser au passage que, comme le rappelle Bertrand Jordan dans son dernier livre, “un taux de divergence de 0,1% correspond tout de même à trois […]

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