À cinq mois des Jeux olympiques de Pékin, [les émeutes de Lhassa et la répression contre les Tibétains] rappellent crûment que la Chine est une puissance totalitaire, protectrice des pires dictatures en Corée du Nord ou en Birmanie, mais aussi des régimes les plus mafieux de la planète comme ceux du Cambodge, du Soudan, du Zimbabwe ou de Cuba. C’est la Chine faisant aujourd’hui tirer sur les Tibétains qui promet demain d’anéantir sous des milliers de missiles cux qu’elles nomment « frères », les habitants de Taiwan, s’il leur venait l’idée de déclarer leur indépendance. François Hauter (le Figaro)
L’année des Jeux sera-t-elle, comme nous l’évoquions il y a quelques mois, l’année de tous les dangers… pour la Chine?
Jeunes étudiants de l’élite tibétaine manifestant à visage découvert dans les grandes villes chinoises …
Manifestations touchant, bien au-delà de la Région autonome officielle et sans parler des réfugiés tibétains de par le monde, l’ensemble du Tibet historique …
Soutien populaire (jusqu’au pillage et lynchage de boutiquiers chinois ou musulmans?) aux moines qui manifestaient pour la première fois depuis 1989 pour l’anniversaire du soulèvement de 1959 …
Discours très incisif du dalaï-lama à l’occasion du 10 mars, où il évoquait la terreur et la « répression inimaginable » …
Voire Taiwan qui reparle d’un éventuel référendum sur son indépendance …
Serions-nous, cinq mois avant les Jeux Olympiques et autant de mois après les émeutes des moines birmans, en train d’assister à un éventuel début de réalisation du cauchemar parfait que pourrait devenir la consécration qu’étaient censés représenter les Jeux 2008 pour les assassins de Tienanmen?
Heureusement pour Beijing, comme le rappelle la spécialiste du Tibet Françoise Robin, les autorités chinoises connaissent (qui parle encore de la Birmanie ?) la capacité d’oubli des Occidentaux et de leurs médias …
« La limite du supportable pour les Tibétains a été atteinte »
Pour Françoise Robin, tibétologue et enseignante à l’INALCO, les manifestations violentes illustrent les frustrations d’un peuple laissé-pour-compte.
Courrier international
18 mars 2008
N’est-ce pas la première fois depuis fort longtemps que les relations entre Tibétains et Chinois s’enveniment au point de se solder par des morts et des blessés ?
Il s’agit d’une rupture, d’un tournant dans l’attitude des Tibétains vis-à-vis des Chinois, même si, dans le passé, pendant la Révolution culturelle en particulier, on a vu des épisodes de révolte violente antichinoise. Mais aujourd’hui, on a le résultat de cinquante ans d’occupation par une dictature coloniale. Ces décennies ont été émaillées d’innombrables protestations menées par des moines, suivies de vagues de répression très dure. Cette fois, comme en 1989, la foule s’est jointe aux moines qui manifestaient, le 10 mars, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de 1959. Ce n’était pas arrivé depuis 1989. On ignore comment les violences ont commencé, ce qui est marquant, cependant, c’est que la première cible des attaques a été le secteur économique, à savoir les magasins tenus par des Chinois. Leur multiplication rapide a alimenté la rancœur des Tibétains, car elle a accentué leur sentiment d’être les laissés-pour-compte du développement économique, qui exacerbe leur désespoir face à la disparition de la culture et de la langue locales. La Chine pensait avoir anesthésié le sentiment identitaire et donc la revendication d’indépendance grâce à la croissance économique. Cela n’a pas marché dans la mesure où les Tibétains n’en ont pas bénéficié. Les jeunes Tibétains, dans leur grande majorité, n’ont pas accès à l’éducation ni à l’emploi, ils ne se voient pas d’avenir. Le fait que les manifestations des derniers jours aient réuni religieux et laïcs est la marque d’une exaspération qui dépasse tout, et qui fait surmonter la peur, la terreur ressentie quotidiennement par les Tibétains de Lhassa. Le passage à la violence, dont on ignore encore l’origine et l’étendue, est encore plus étonnant.
Comment interpréter les violences compte tenu de la politique de protestation pacifique du dalaï-lama ?
Il n’est pas impossible que le discours très incisif du dalaï-lama à l’occasion du 10 mars, où il évoquait la terreur et la « répression inimaginable », ait joué un rôle. Il est toutefois hautement improbable que le dalaï-lama ait tenu de tels propos avec l’intention de créer des troubles. Il a peut-être saisi l’occasion, en cette année olympique, de se réconcilier avec une jeunesse tibétaine en exil de moins en moins convaincue par le pacifisme et sa politique modérée en faveur de l’autonomie – et non de l’indépendance – tibétaine. Quoi qu’il en soit, que ses propos aient ou non été entendus au Tibet, les Tibétains étaient de toute façon prêts à manifester. La limite du supportable pour les Tibétains a été atteinte, et cela était palpable lors de mon séjour à Lhassa, en janvier. Ce qui est frappant et qui montre qu’une colère immense règne dans la population tibétaine, c’est que même des membres de l’élite tibétaine, des jeunes faisant des études dans les meilleures institutions possibles, à Lanzhou, à Pékin, à Chengdu, ont manifesté à visage découvert. Ils ont pris un grand risque. L’étendue géographique des manifestations est d’ailleurs extrêmement parlante, les manifestations ont touché surtout de nombreuses localités du Tibet historique, bien au-delà du territoire de la Région autonome du Tibet remodelé par les autorités chinoises [voir carte]. Cela montre très concrètement que la revendication territoriale des Tibétains est fondée et que la solidarité et la communauté de destin entre Tibétains, quelle que soit la province chinoise où ils résident, est vivace.
Les images d’émeutes ne risquent-elles pas d’émousser la solidarité internationale avec les Tibétains ?
Les autorités chinoises ont fait circuler des images montrant les Chinois de Lhassa comme des victimes. Cela risque de renforcer le nationalisme, déjà exacerbé, des Chinois et leur méfiance envers les Tibétains. Mais les manifestations de soutien aux Tibétains qui ont déjà eu lieu à travers le monde montrent que la propagande chinoise n’a pas atteint son objectif. Certes, on connaît la capacité d’oubli des médias occidentaux ; on a, par exemple, fort peu entendu parler de la Birmanie depuis la répression de manifestations de moines, en septembre 2007. Dans l’ensemble, au Tibet, seule la répression se profile à moyen terme, avec un Tibet fermé aux touristes étrangers pour les mois à venir. On peut se demander si l’Occident est capable de prendre la mesure de ce qu’un laisser-faire comme celui qui prévaut actuellement représente comme danger pour ses propres valeurs : droits de l’homme, liberté d’expression, justice. Les autorités chinoises connaissent la capacité d’oubli des Occidentaux et comptent dessus pour éviter que la question du Tibet n’envenime durablement leurs relations diplomatiques.
Propos recueillis par Agnès Gaudu
Voir aussi:
TIBET – Dans Lhassa en état de siège
Editorial
The Economist
Courrier international
17 mars 2008
Le correspondant de The Economist est le seul journaliste occidental officiellement présent dans la capitale tibétaine. Il raconte ce qu’il a vu depuis le début des émeutes, vendredi 14 mars.
Dimanche 16 mars, après deux jours d’émeutes, les autorités chinoises ont repris le contrôle du vieux quartier tibétain de Lhassa. Des soldats armés et casqués patrouillent dans les ruelles étroites, tirant quelques coups de feu occasionnels. Effrayés, les habitants restent cloîtrés chez eux, certains n’osant même pas s’aventurer sur les toits de peur d’être pris pour cible.
Jusqu’à présent, les forces de sécurité semblent avoir fait preuve d’une certaine retenue dans ce quartier de la ville. Des rumeurs persistantes mais non confirmées circulent toujours sur le nombre de Tibétains tués par des soldats lors des opérations de répression de vendredi et samedi derniers. Le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains en exil, a avancé le chiffre d’une centaine de morts. Mais nous ne disposons d’aucune information fiable permettant de comparer cette opération au massacre de la place Tian’anmen en 1989 ou à la répression de la dernière révolte antichinoise qui avait éclaté au Tibet au début de la même année. Toutefois, le délai imposé aux dissidents par Pékin pour qu’ils se rendent expirant lundi, certains habitants craignent une vague d’arrestations massive.
Le 14 mars, après des heures de violences, les soldats se sont déployés dans la nuit autour du quartier tibétain. Le lendemain, certains résidents ont continué d’attaquer les derniers commerces chinois restés intacts. J’ai vu un groupe de personnes saccager le rideau de fer d’un magasin, pendant que dans une autre ruelle, des insurgés jetaient dans un grand feu ce qu’ils avaient pillé. Un nuage de fumée s’élevait au-dessus de la principale mosquée de la ville. Dans ce quartier de Lhassa, de nombreux Chinois appartiennent à la communauté Hui, une minorité musulmane qui contrôle l’essentiel du commerce de viande dans la ville.
Les émeutiers ont commencé à se disperser à mesure que les forces de sécurité progressaient dans la ville (la plupart apparemment membres de la police du peuple, une brigade antiémeute). Au début, certains résidents ont jeté des pierres sur ces troupes non armées, avant d’être repoussés par des jets de gaz lacrymogène. Plus tard, dans la journée de samedi, des soldats armés ont pénétré dans le quartier, tirant quelques coups de feu isolés. Certains sont passés par les toits des maisons accolées les unes aux autres. Un soldat est même apparu sur le toit de l’hôtel de votre correspondant, effrayant un Tibétain et deux Occidentaux cachés derrière un balcon.
Pendant la nuit, de nombreux Tibétains sont montés sur les toits, alertés par des rumeurs annonçant des représailles de la communauté Hui en relation avec les incendies du quartier de la mosquée (on ignore encore si le bâtiment lui-même a été endommagé). Certains avaient préparé des stocks de pierres à lancer sur les assaillants. La tension n’est retombée qu’avec l’annonce du bouclage du quartier hui par les forces armées.
Dimanche, les autorités ont semblé avoir repris le contrôle des rues, même si de rares coups de feu (tirés dans un but dissuasif ou punitif) se faisaient encore entendre dans quelques ruelles. De rares habitants osaient encore sortir dans ce quartier habituellement bondé. Preuve de la confiance de Pékin dans l’efficacité de ses mesures de sécurité, deux représentants du bureau des Affaires étrangères de l’administration tibétaine se sont rendus dans l’hôtel où réside votre correspondant et qui se trouvait au centre des combats. Les deux hommes ont proposé d’affréter un vol spécial pour ceux qui le désiraient mais n’ont donné aucune instruction de départ. The Economist reste le seul média étranger dont la présence est officiellement autorisée au Tibet – une autorisation demandée et accordée bien avant que ces troubles n’éclatent.
Pour éviter que les habitants ne meurent de faim ou épuisent leurs réserves de beurre de yak (une denrée de base pour les Tibétains qui s’en servent pour faire du thé), les autorités vont devoir rapidement annoncer qu’ils peuvent circuler en toute sécurité pour acheter des produits de première nécessité. Même dans ce cas, l’armée voudra tout de même maintenir une présence visible, et la tension ne devrait pas retomber avant un certain temps. De nombreuses manifestations hostiles à l’occupation chinoise ont éclaté dans ce que Pékin appelle la région autonome du Tibet, ainsi que dans certaines provinces avoisinantes à forte dominante tibétaine. Les incidents les plus graves se sont produits dans la province du Gansu, à Labrang, où se trouve l’un des plus grands monastères tibétains. Pour de nombreux Tibétains, la tenue des Jeux olympiques à Pékin en août prochain représente une occasion rêvée pour attirer l’attention du monde.
A Lhassa, les autorités craignent que des Tibétains ne viennent troubler une cérémonie prévue en mai pour le passage de la flamme olympique. Il serait fâcheux pour les autorités chinoises de devoir annuler cet événement ou de l’organiser sous contrôle de l’armée. Pékin aura pourtant du mal à se tirer d’embarras et espère surtout que les gouvernements occidentaux ne répondront pas à l’appel au boycott des Jeux lancés par les sympathisants de la cause tibétaine. Mais la Chine n’a guère d’inquiétude sur ce point.
Pourquoi montrer des policiers indiens qui frappent des moines en décrivant la violence policière chinoise ? Les seules images de police sorti de Chine, lors de ces soulèvement sont les policiers tibètain qui répondent de façon sereine et arrêtent sans violences les moines et civils qui provoquent des violences…
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Je rajoute :
Les Taïwanais sont des chinois, ce pays, non reconnu à l’ONU s’appelle république de Chine, c’est ce qu’il y a sur les passeports des Taiwanais, c’est l’ancien régime chinois chassé par Mao, la capitale officielle y est toujours Nankin(Nanjing), en Chine, sur le continent. La langue officielle y est le chinois mandarin et les autres langues sont des langues parlées sur le continent, (le ‘Taïwanais’ est une langue min-nan, chinois médiéval, très proche du min-nan parlé par les chinois du cambodge, d’origine de Chaozhou/Shantou (majorité Teochew du XIIIe). Les minorités sont également communes aux 2 parties du détroit.
Les Taïwanais comme les autres chinois ont majoritairement participé à un grand élan de solidarité en donnant argent, vivres et produits de nécessités au Tibétains des provinces de Qinghai et Sichuan lors des 2 derniers tremblements de terre. De la même façon, les chinois du continent ont tous aidé les Taïwanais lors du typhon de l’automne dernier. J’ai demandé confirmation à un ami Taïwanais vivant en France, mais ayant toujours de la famille sur l’île.
Les familles chinoises ont été séparés entre les deux rives du détroit pendant presque 60 ans, il fallait passer par HongKong ou Macao pour aller de l’une à l’autre des rives, pour ceux du continent. Depuis le retour du Guomingdang (parti nationaliste Chinois) au pouvoir à Taïwan, les Taïwanais peuvent aller directement en librement en Chine pour voir leur famille.
La Birmanie est également soutenue par la France via Kouchner qui a pondu un rapport pour Total proclament qu’il n’y avait pas d’esclavagisme en Birmanie… (On voit la le grand humaniste toujours près a defendre les pauvres victimes, tant qu’elles sont dans les régions pétrolifères ou la France n’a pas accès : Biafra, Irak, Soudan…). Différents dictateurs sont supportés dans des pays d’Afrique et du monde par la France, mais lorsque ces dictateurs se mettent à plus apprécier les Chinois que les Français, on se met à dénoncer la Chine, et oublier qui les à mis en place…
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