Iraqi Freedom/5e: L’ingratitude des peuples est sans limite (France seen through ungrateful Iraqi eyes)

Chirac toasting his Saddam friendPour pénétrer dans la ville, les blindés appliquent la méthode de la « colonne infernale ». Rémy Ourdan (Le Monde du 08.04.03)
Si la direction américaine enchaîne erreur sur erreur en Irak, les Européens, et les Français en particulier, sont encore plus idiots car ils ne déterminent leur position qu’en fonction de Washington. Ils ne tiennent aucun compte de l’Irak et de ses habitants. Les Irakiens pensent que l’Europe et la France les ont doublement lâchés, d’abord face à Saddam, puis face à l’occupation américaine. La France n’est intéressée que par sa position antiaméricaine. Elle oublie les Irakiens. Chirac et Villepin doivent comprendre qu’aucun Irakien ne juge que leur position est courageuse… Qu’a fait la France pour aider l’Irak à se libérer du dictateur, puis pour aider l’Irak à retrouver sa souveraineté ? Rien ! Fakhri Karim (directeur de journal irakien)
J’ai été extrêmement choqué par l’opposition de la France à la guerre parce que, même si personne n’aime Bush, ni en Europe ni en Irak, l’essentiel était de nous libérer de Saddam. Je n’ai rien compris à la politique française. Sans parler de l’après-guerre où, une fois que tout est fini de toute façon, les Irakiens ont besoin d’aide face à l’insécurité, à la misère, et où la France est absente. Hilmi Dawood (journaliste kurde)
Une fois que la guerre a été achevée, nous avons vu que les promesses de la France d’aider le peuple irakien n’étaient que du vent. Rien n’est venu. La politique de la France, ce sont des belles paroles, et aucune efficacité. Bilal (étudiant sunnite en sciences politiques)
Je crois que la France n’était opposée à la guerre que parce qu’elle défendait ses propres intérêts, parce qu’elle était l’amie et recevait des cadeaux de Saddam. Mounaf (étudiant sunnite)
Tous les Irakiens un peu éduqués se plaignent de l’absence de la France. Quant aux autres, ils se fichent de l’Europe, car ils savent que ce sont les Etats-Unis qui font la loi. La position adoptée par la France l’an dernier l’a affaiblie aux yeux de la rue irakienne. Elle a prouvé que son opinion ne change rien. La France était contre la guerre, et la guerre a eu lieu! Amer Hassan Fayath (professeur de sciences politiques)
Quelle fidélité ? Nous, professeurs vacataires, avons eu nos salaires supprimés. La France ne peut même pas nous faire vivre pendant cette année de crise. Je suis francophile, je n’aime pas les Américains, mais eux nous offrent de bons jobs et de bons salaires. Ils m’ont proposé un poste. J’avais refusé jusqu’à présent, espérant que la France s’implique en Irak, mais je vais accepter. Je suis un peu fâché contre moi-même d’aller travailler avec l’occupant américain et d’accepter ses dollars, mais je suis encore plus fâché contre la France! professeur sunnite du Centre culturel français (fermé par mesure de sécurité)
C’est le même malentendu qui continue entre l’Europe et l’Irak après les attentats de Madrid. L’Europe, antiaméricaine et pacifiste, célèbre le retrait espagnol d’Irak, comme si elle venait de remporter une grande victoire ! Nous, Irakiens, pensons que le refus de la France et de l’Allemagne de nous aider, et le départ annoncé de l’Espagne sont une catastrophe. Pour que nous retrouvions nos esprits après les décennies terribles de Saddam, pour que nous sortions de ce tête-à-tête avec les Américains, nous avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin des autres pays. L’ONU, l’Europe et la France n’avaient déjà pas beaucoup de crédibilité en Irak, mais elles ont tout perdu depuis un an en laissant Bush, que nous détestons par ailleurs, être l’unique tombeur de Saddam, puis en n’arrivant pas à notre rescousse une fois la guerre finie. Journaliste de Bagdad
Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu’un qui soutienne la position de Paris dans la crise. Rémy Ourdan (Le Monde)

L’ingratitude des peuples est décidément sans limite …

Nous faire ça à nous Français, qui les avions tant défendus il y a cinq ans devant le monde entier et contre les impérialistes américains et leur Bush assoiffé de pétrole!

Surtout à notre Monde et notre Rémy Ourdan avec, on s’en souvient, ses courageuses dénonciations (reprenant les termes de son confrère Yves Debay) des « colonnes infernales » américaines dès le début de l’invasion.

Heureusement qu’il nous reste quelques attentats (voir bandeau de l’article) et Patrice Claude

IRAK ET TERRORISME Un nouvel attentat à la voiture piégée a fait 17 morts à Bagdad
La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens
Rémy Ourdan
Le Monde
Le 19.03.04

Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu’un qui soutienne la position de Paris dans la crise

La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens. Contrairement à ce que croient souvent les Européens, le fait d’être opposé à l’occupation américaine ne fait absolument pas monter la cote de popularité de l’Europe, ou de tel ou tel pays, en Irak.

C’est un paradoxe, mais c’est une réalité. Si l’immense majorité des Irakiens souhaite et réclame publiquement la fin de l’occupation américaine, cette même immense majorité demeure satisfaite de la chute de Saddam Hussein et reconnaît en privé qu’un départ des troupes étrangères pourrait entraîner le pays dans la guerre civile. Les Irakiens savent par ailleurs que Washington a menti sur les armes de destruction massive, mais ils s’en moquent éperdument, la chute du tyran étant pour eux l’événement le plus positif depuis trente ans. Enfin, les Irakiens ont tendance, par habitude et par pragmatisme, à se ranger à la raison du plus fort.

Dans ce pays où, par tradition et avec le sourire, on répète encore souvent « France good, USA bad ! », on critique aussi très sévèrement la ligne politique française de l’année écoulée… « Si la direction américaine enchaîne erreur sur erreur en Irak, les Européens, et les Français en particulier, sont encore plus idiots car ils ne déterminent leur position qu’en fonction de Washington. Ils ne tiennent aucun compte de l’Irak et de ses habitants, estime Fakhri Karim, le directeur du journal Al-Mada, tentant de résumer le sentiment populaire. Les Irakiens pensent que l’Europe et la France les ont doublement lâchés, d’abord face à Saddam, puis face à l’occupation américaine. La France n’est intéressée que par sa position antiaméricaine. Elle oublie les Irakiens. Chirac et Villepin doivent comprendre qu’aucun Irakien ne juge que leur position est courageuse… Qu’a fait la France pour aider l’Irak à se libérer du dictateur, puis pour aider l’Irak à retrouver sa souveraineté ? Rien ! »

Hilmi Dawood, journaliste kurde, francophone et francophile, est lui aussi sévère. « J’ai été extrêmement choqué par l’opposition de la France à la guerre parce que, même si personne n’aime Bush, ni en Europe ni en Irak, l’essentiel était de nous libérer de Saddam, dit-il. Je n’ai rien compris à la politique française. Sans parler de l’après-guerre où, une fois que tout est fini de toute façon, les Irakiens ont besoin d’aide face à l’insécurité, à la misère, et où la France est absente. »

Même son de cloche sur l’après-guerre chez Bilal et Mounaf, des étudiants en sciences politiques, qui sont pourtant des sunnites radicalement antiaméricains et plutôt nostalgiques du pouvoir baasiste. « Une fois que la guerre a été achevée, nous avons vu que les promesses de la France d’aider le peuple irakien n’étaient que du vent. Rien n’est venu. La politique de la France, ce sont des belles paroles, et aucune efficacité », dit Bilal. « Je crois que la France n’était opposée à la guerre que parce qu’elle défendait ses propres intérêts, parce qu’elle était l’amie et recevait des cadeaux de Saddam », poursuit Mounaf. Beaucoup d’Irakiens ont, comme Mounaf, la conviction qu’il existait un lien spécial entre Paris et le Bagdad de Saddam Hussein.

Leur professeur, Amer Hassan Fayath, se dit « déçu ». « Tous les Irakiens un peu éduqués se plaignent de l’absence de la France, dit-il. Quant aux autres, ils se fichent de l’Europe, car ils savent que ce sont les Etats-Unis qui font la loi. La position adoptée par la France l’an dernier l’a affaiblie aux yeux de la rue irakienne. Elle a prouvé que son opinion ne change rien. La France était contre la guerre, et la guerre a eu lieu ! »

Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu’un qui soutient la position de Paris dans la crise. Dans le souk, pas plus qu’ailleurs. « Je veux que les envahisseurs américains partent aussi vite que possible, mais je suis heureux qu’ils nous aient débarrassé de Saddam, le sanguinaire ! affirme Hamid, un marchand de tissus chiite. Je suis déçu, moi qui suis un admirateur du général de Gaulle et de Victor Hugo, que Chirac n’ait rien fait pour aider le peuple irakien. » « Nous voulions être amis avec les Français, renchérit son ami Majid, mais ils ont soutenu Chirac qui a lui-même défendu Saddam jusqu’à la fin. Je n’ai d’ailleurs toujours pas compris pourquoi. C’est très bizarre… »

Des employés irakiens de la France à Bagdad sont aussi amers. « On nous réunit tous les mois pour nous demander d’être patients et de «rester fidèles à la France», raconte un professeur sunnite du Centre culturel français, fermé par mesure de sécurité. Quelle fidélité ? Nous, professeurs vacataires, avons eu nos salaires supprimés. La France ne peut même pas nous faire vivre pendant cette année de crise. Je suis francophile, je n’aime pas les Américains, mais eux nous offrent de bons jobs et de bons salaires. Ils m’ont proposé un poste. J’avais refusé jusqu’à présent, espérant que la France s’implique en Irak, mais je vais accepter. Je suis un peu fâché contre moi-même d’aller travailler avec l’occupant américain et d’accepter ses dollars, mais je suis encore plus fâché contre la France ! »

« C’est le même malentendu qui continue entre l’Europe et l’Irak après les attentats de Madrid. L’Europe, antiaméricaine et pacifiste, célèbre le retrait espagnol d’Irak, comme si elle venait de remporter une grande victoire ! ironise un journaliste bagdadi. Nous, Irakiens, pensons que le refus de la France et de l’Allemagne de nous aider, et le départ annoncé de l’Espagne sont une catastrophe. Pour que nous retrouvions nos esprits après les décennies terribles de Saddam, pour que nous sortions de ce tête-à-tête avec les Américains, nous avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin des autres pays. L’ONU, l’Europe et la France n’avaient déjà pas beaucoup de crédibilité en Irak, mais elles ont tout perdu depuis un an en laissant Bush, que nous détestons par ailleurs, être l’unique tombeur de Saddam, puis en n’arrivant pas à notre rescousse une fois la guerre finie. »

One Response to Iraqi Freedom/5e: L’ingratitude des peuples est sans limite (France seen through ungrateful Iraqi eyes)

  1. […] De 100 000 à 500 000 Irakiens, personne ne sait, ont été tués pendant et après l’invasion de 2003. De même, 4 500 GI américains et 179 soldats britanniques ont péri en Irak. Le pays le plus développé du monde arabe a été ramené au Moyen Age. Une guerre civile dont les cendres sont encore tièdes a provoqué une hécatombe sans précédent. L’insécurité règne. La corruption est partout, l’avenir, incertain. Patrice Claude (désinformateur en chef du Monde sur l’Irak) […]

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :