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Terrorisme: Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux et ils ont répondu à nos prières (Terrorism as mass media theater)

Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Après Münich, personne ne pourrait plus ignorer le sort des Palestiniens. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
Lorsque Boris Savinkov, chef du parti socialiste révolutionnaire russe avant la Première Guerre mondiale, a publié son autobiographie, il n’a pas hésité à l’intituler Souvenirs d’un terroriste. Aujourd’hui, cela serait impensable – le terroriste moderne veut qu’on l’appelle partisan, guérillero, militant, insurgé, rebelle, révolutionnaire, tout sauf terroriste, tueur d’enfants innocents. William Laqueur
Though he wasn’t involved in conceiving or implementing it, « the [Munich] operation had the endorsement of Arafat. » In May 1972 four Black Septembrists hijacked a Sabena flight from Brussels to Tel Aviv, hoping to free comrades from Israeli jails. But Israeli special forces stormed the plane, killing or capturing all the terrorists and freeing every passenger, leaving Arafat, by Abu Daoud’s account, desperate to boost morale in the refugee camps by showing that Israel was vulnerable. Though he didn’t know what the money was being spent for, longtime Fatah official Mahmoud Abbas, a.k.a. Abu Mazen, was responsible for the financing of the Munich attack. After Oslo in 1993, Abu Mazen went to the White House Rose Garden for a photo op with Arafat, President Bill Clinton and Israel’s Yitzhak Rabin and Shimon Peres. « Do you think that…would have been possible if the Israelis had known that Abu Mazen was the financier of our operation? » Abu Daoud writes. « I doubt it. » Today the Bush Administration seeks a Palestinian negotiating partner « uncompromised by terror, » yet last year Abu Mazen met in Washington with Secretary of State Colin Powell. The German assertion that the team’s two senior commandos had infiltrated the Olympic Village in the weeks before the attack isn’t true. Abu Daoud speculates that the Germans found this story useful, to make the attack seem like an inside job and divert attention from their poor security measures. While he doesn’t regret his role in the operation, Abu Daoud told SI, « I would be against any operation like Munich ever again. At the time, it was the correct thing to do for our cause…. The operation brought the Palestinian issue into the homes of 500 million people who never previously cared about Palestinian victims at the hands of the Israelis. » Today, he says, an attack on an event like the Olympics would only damage the Palestinians’ image. Sports illustrated
Cela consiste à donner de la respectabilité aux comportements répréhensibles et à réduire la responsabilité personnelle en s’y référant en termes impersonnels. C’est ainsi, par exemple, qu’Al-Qaïda parle toujours des événements du 11 septembre comme étant des attaques contre les symboles de la puissance et du consumérisme américains, en passant sous silence l’assassinat de quelque 3.000 hommes, femmes et enfants. Gabriel Weimann
Cette fois, c’est un nouveau symbole qui est visé, le berceau idéologique et religieux du mouvement des implantations. Charles Enderlin (France 2, le 7 mars 2008)
Il n’y a jamais eu de pogroms au Proche-Orient (…) Ce qui est arrivé hier est vraiment la réponse au fait que les réponses sécuritaires au terrorisme ne suffisent pas. Antoine Sfeir

Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision !

Attention minutieuse aux texte, choix des acteurs, décors, accessoires, interprétation des rôles et mise en scène …

Choix des cibles, du lieu et du moment directement accordés aux préférences, calendriers et horaires des médias …

Films et clips vidéo d’attaques et de confessions forcées d’otages, d’interviews et de déclarations d’allégeance des auteurs des violences, envois de communiqués et vidéos de presse aux médias et sur Internet (courrier électronique, dialogues en ligne, e-groupes, forums et bulletins d’affichage virtuels) …

Pressions sur les reporters (de l’accueil ouvert et amical aux menaces directes et au chantage, voire aux assassinats) …

Report, déplacement et éparpillement de la responsabilité (sur la victime voire Allah !), déshumanisation des cibles, euphémisations, comparaisons avantageuses (ie. mort d’innocents en temps de paix comparée aux bombes atomiques lâchées par les États-Unis sur le Japon pour mettre un terme à l’agression nippone), distorsion de la séquence d’événements et de l’attribution du blâme, glorification des perpétrateurs (comme « combattants de la liberté ») et diabolisation des opposants (comme « véritables terroristes »), utilisation à l’occasion de la rhétorique générale de la non-violence pour multiplier les messages et les publics …

Alors qu’au lendemain d’un énième pogrom, nos maitres en fausses écritures à la Enderlin et nos maitres-dhimmis à la Sfeir ont repris leurs ignobles justifications de l’injustifiable …

Petit retour sur une très éclairante analyse du spécialiste de communications israélien Gabriel Weimann (sur le site du Département d’Etat américain l’an dernier) sur le couple infernal que fait nécessairement avec les médias ce genre très particulier de rhétorique qu’est devenu le terrorisme contemporain.

Qui, à l’instar des « performing arts », porte l’attention la plus méticuleuse aux détails de sa mise en scène pour ses « superproductions terroristes » …

Utilisant toutes les ressources psychologiques de désengagement moral pour légitimer ses forfaits et imposer, par l’entremise des médias ou prétendus chercheurs combattants, idiots utiles ou cyniquement mercantiles, son ordre du jour à la planète entière de façon à réorienter le débat non plus sur ses milliers de victimes mais sur un examen mondial de ses prétendus griefs.

Y compris en nous faisant croire qu’il ne fait que reprendre une longue tradition de défense du pauvre ou du plus faible contre la tyrannie.

Alors qu’il ne prospère qu’en abusant des libertés qu’offrent les démocraties ou des complicités ou faiblesses des Etats voyous ou faillis.

Et que, loin du terrorisme traditionnel qui conservait un minimum de « code d’honneur » et ciblait essentiellement les chefs politiques ou militaires, il ne se décline plus que systématiquement aveugle, femmes et enfants de son propre camp inclus …

Le théâtre des médias
Gabriel Weimann
EJournal USA
Département d’Etat
Mai 2007

Gabriel Weimann est professeur de communications à l’université de Haïfa (Israël) et à l’Ecole d’études internationales de l’American University à Washington. L’article qu’il présente ici est fondé sur son étude à paraître intitulée The Psychology of Mass-Mediated Terrorism (La psychologie du terrorisme médiatisé), étude menée avec l’appui de l’U.S. Institute of Peace, où il est chargé de recherches.

Qui dit « terrorisme » dans une société démocratique dit aussi « médias ». Car le terrorisme est, de par sa nature même, une arme psychologique qui dépend de la communication d’une menace à l’ensemble de la société. C’est essentiellement pourquoi le terrorisme et les médias sont liés par une relation symbiotique.

– Paul Wilkinson1

Psychologie de la terreur

Le terrorisme a toujours été lié à la psychologie des masses. Le mot « terreur »vient du latin terrere, qui signifie effrayer ou faire peur. Pendant la Révolution française, et notamment en 1793, sous la Terreur, 17.000 personnes ont été exécutées, toutes devant des foules nombreuses et à grand renfort de publicité, répandant ainsi la crainte parmi les citoyens qui auraient été tentés témérairement d’émettre des objections.

Les cibles choisies à cette fin étaient des symboles de la richesse, de la puissance et du patrimoine de l’Amérique. À en croire un manuel employé dans les camps d’entraînement d’Al-Qaïda, la publicité était, et elle l’est sans doute encore, une motivation primordiale. Il était ainsi conseillé aux djihadistes de viser « les monuments à valeur sentimentale » tels que la Statue de la Liberté à New York, Big Ben à Londres et la Tour Eiffel à Paris, car leur destruction « générerait une publicité intense ».6

Les progrès des techniques de communication ont inscrit les événements du 11 septembre dans le livre des records comme spectacle terroriste le plus regardé de tous les temps.

Le terrorisme moderne peut se comprendre selon des termes analogues à ceux de toute production théâtrale : attention méticuleuse accordée à l’élaboration du texte, choix des acteurs, décors, accessoires, interprétation des rôles et mise en scène minutieuse. Et à l’instar des représentations théâtrales ou des spectacles de ballet, l’orientation médiatique des activités terroristes exige une attention soigneuse aux détails pour que celles-ci soient efficaces. La victime n’est, après tout, que « la peau tendue sur le tambour que l’on bat pour obtenir un impact calculé sur un public plus vaste ».2

Parallèlement à l’élargissement des possibilités offertes par les progrès de la technologie, les terroristes se sont efforcés de leur côté d’affiner leurs aptitudes en matière de communications. L’un des terroristes ayant orchestré l’attaque contre les athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich de 1972 a ainsi témoigné :

Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières.3

La représentation la plus puissante, la plus violente et la mieux chorégraphiée du « théâtre de la terreur » des temps modernes a été l’attaque du 11 septembre 2001 contre l’Amérique. En novembre de cette année, Oussama ben Laden a évoqué la destruction des tours jumelles du World Trade Center, décrivant les terroristes suicidaires comme « l’avant-garde de l’islam » et s’émerveillant de ce que « ces jeunes hommes ont prononcé par leurs actes, à New York et à Washington, des discours qui ont éclipsé tous les autres discours prononcés ailleurs dans le monde. Leurs discours ont été compris par les Arabes comme par les non-Arabes, et même par les Chinois. »4 Toutefois, l’audience que visait par-dessus tout Ben Laden n’était pas le public américain, mais plutôt les habitants des pays musulmans. L’attention qui lui a été accordée par les médias comme par les dirigeants politiques a fait de lui un personnage de stature mondiale.

Dans une étude réalisée en 2003, Brigitte Nacos rapporte que Ben Laden considère le terrorisme, avant tout, comme un moyen de diffuser des messages, des « discours » comme il les appelle, et qu’il a conclu que les Américains, en particulier, avaient bien reçu le message qu’il voulait transmettre le 11 septembre. « Voila l’Amérique qui a peur du nord au sud et de l’ouest à l’est, a-t-il déclaré. Dieu soit loué ! »5

Par ce coup violent porté à l’Amérique, dit Mme Nacos, les terroristes ont pris le contrôle de l’ordre du jour planétaire et, par l’entremise des médias, ont réorienté le débat qui porte à présent non plus sur les milliers de victimes mais sur un examen mondial de leurs propres griefs. Les auteurs de l’attentat ont atteint ce qui était peut-être pour eux l’objectif le plus important : se faire de la publicité et faire connaître leurs causes, leurs griefs et leurs exigences.

Les cibles choisies à cette fin étaient des symboles de la richesse, de la puissance et du patrimoine de l’Amérique. À en croire un manuel employé dans les camps d’entraînement d’Al-Qaïda, la publicité était, et elle l’est sans doute encore, une motivation primordiale. Il était ainsi conseillé aux djihadistes de viser « les monuments à valeur sentimentale » tels que la Statue de la Liberté à New York, Big Ben à Londres et la Tour Eiffel à Paris, car leur destruction « générerait une publicité intense ».6

Les progrès des techniques de communication ont inscrit les événements du 11 septembre dans le livre des records comme spectacle terroriste le plus regardé de tous les temps.

La production terroriste

L’un des théoriciens le plus influent du terrorisme moderne a été le Brésilien Carlos Marighela, dont le « Mini-manuel de la guérilla urbaine » est devenu un ouvrage de référence mondial en la matière. On peut y lire notamment :

Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande.7

L’émergence d’un terrorisme axé sur les médias a amené plusieurs chercheurs à revoir leurs études. « En tant qu’acte symbolique, le terrorisme se prête à l’analyse applicable aux autres moyens de communication, à savoir qu’il s’articule en quatre composantes : l’émetteur (terroriste), le destinataire (cible), le message (attentat à la bombe, embuscade) et le retour d’information (réaction de l’audience visée). »8

Ralph Dowling propose d’appliquer la notion de « genre rhétorique » en notant que « les terroristes font appel à des formes rhétoriques récurrentes qui forcent les médias à fournir la notoriété sans laquelle le terrorisme ne peut pas atteindre ses objectifs ».9

Certaines activités terroristes sont devenues ce que J. Bowyer Bell a appelé des « superproductions terroristes »10 qui, pour bien les comprendre, doivent être analysées comme des « événements médiatiques ». Les attaques du Hezbollah contre des cibles israéliennes, par exemple, font toujours l’objet d’enregistrements vidéo, ce qui a amené certains analystes à considérer que les groupes terroristes comptent au moins quatre membres : l’auteur de l’attentat, un cameraman, un ingénieur du son et un producteur.

Il est clair que les terroristes accordent aux médias une place importante dans la planification de leurs opérations. Le choix des cibles, du lieu et du moment est effectué compte tenu des préférences médiatiques, en s’efforçant de faire en sorte que leurs actes aient une valeur médiatique intrinsèque et qu’ils cadrent avec les calendriers et les horaires des médias. Ils élaborent du matériel visuel tels que les films et clips vidéo d’attaques et de confessions forcées d’otages, d’interviews et de déclarations d’allégeance des auteurs des violences, et ils envoient également aux médias des communiqués de presse et des vidéos d’actualité de qualité professionnelle.

Les terroristes des temps modernes fournissent aux médias, directement ou indirectement, de la propagande déguisée sous forme de nouvelles. Ils suivent aussi attentivement la couverture médiatique et analysent en détail les rapports de divers journalistes et de leurs organisations d’attache. Les pressions exercées par les terroristes sur les reporters prennent différentes formes allant d’un accueil ouvert et amical aux menaces directes et au chantage, voire aux assassinats.

Enfin, les organisations terroristes possèdent leurs propres médias : chaînes de télévision (Al-Manar pour le Hezbollah et la Voix du Califat pour Al-Qaïda), agences de presse, journaux et revues, stations de radio, cassettes vidéo et audio et, plus récemment, sites Internet.

Nouvelle arène du terrorisme : Internet

Les terroristes postmodernes tirent parti des possibilités offertes par la mondialisation et les techniques modernes pour planifier, coordonner et exécuter leurs campagnes meurtrières.

N’étant plus limités à un territoire géographique particulier ni dépendants d’appuis politiques et financiers d’un État particulier, ces terroristes ont recours à des systèmes de communication évolués, notamment à Internet, pour mettre en œuvre leur programme meurtrier. En 1998, moins de la moitié des organisations classées par le département d’État dans la catégorie des organisations terroristes étrangères disposaient d’un site web ; à la fin 1999, la quasi totalité de ces nébuleuses terroristes avaient établi leur présence sur Internet. Aujourd’hui, tous les groupes terroristes actifs possèdent au moins un site Internet. Nos activités de suivi menées de 1998 à 2007 ont révélé l’existence de plus de 5.000 sites Internet, forums et sites de dialogue en ligne.11

Le terrorisme et Internet sont liés de deux manières. Internet est devenu un forum qui permet aux groupes et aux individus de diffuser des messages de haine et de violence et de communiquer entre eux, avec leurs partisans et avec leurs sympathisants, et de lancer des opérations de guerre psychologique. Par ailleurs, des individus ainsi que des groupes ont entrepris d’attaquer des réseaux informatiques dans le cadre de ce qu’on appelle le cyberterrorisme ou la guerre cybernétique. À l’heure actuelle, toutefois, les terroristes se servent plus d’Internet qu’ils ne l’attaquent.

Les communications informatisées sont idéales pour les terroristes : elles sont décentralisées, échappent aux contrôles, aux restrictions et à la censure, et tout le monde peut y accéder librement. Le réseau typique de cellules, divisions et sous-groupes d’architecture souple qui caractérise les nébuleuses terroristes modernes dispose avec Internet d’un moyen idéal et vital de communiquer urbi et orbi.

Par ailleurs, les sites web ne sont pas les seuls services Internet dont les terroristes se sont emparés : ceux-ci font également usage de nombreuses autres fonctions telles que le courrier électronique, les dialogues en ligne, les e-groupes, les forums et les bulletins d’affichage virtuels.

Nombre de ces sites web servent à mener des campagnes psychologiques contre les États ennemis et leurs forces armées. Ils affichent des images horribles d’otages et de prisonniers exécutés (souvent par décapitation primitive) et de soldats assassinés sur le terrain par des tireurs embusqués, tués par des missiles tirés à l’épaule, ou encore lorsque leur véhicule est détruit par une bombe posée en bordure de route ou dans une attaque-suicide. Les messages, verbaux et graphiques, visent à démoraliser ou à effrayer l’ennemi ou à inspirer des sentiments de culpabilité, à semer le doute et la discorde intérieure, tout en émettant des menaces à l’intention des divers gouvernements et populations. Leur teneur est essentiellement la suivante : « Nous n’hésitons pas à tuer, et aucun d’entre vous n’est à l’abri. » Leur pouvoir provient des réactions de peur.

Rhétorique de la propagande terroriste

Un élément commun des sites web terroristes est la justification de l’usage de la violence. Une théorie utile pour éclairer ici l’analyse est celle du « désengagement moral » formulée pour les criminels par Albert Bandura.12 À l’instar de ces derniers, les terroristes cherchent à se désengager ou à se distancer des effets horrifiants de la violence à laquelle ils ont recours par les moyens suivants :

• Report de responsabilité – Ceci consiste à déformer les relations qui existent entre les actions et leurs effets, ou à reporter la responsabilité de la violence et de la mort de victimes innocentes sur les victimes ou sur les circonstances.

• Eparpillement de la responsabilité – On procède ici à une segmentation des attributions qui fait que chaque action distincte semble relativement inoffensive malgré un résultat global néfaste. Les décisions collectives peuvent également être invoquées pour atténuer la responsabilité individuelle d’un acte.

• Déshumanisation des cibles – Il est plus facile de commettre des actes de violence contre des innocents s’ils ne sont pas perçus comme appartenant au genre humain. On peut minimiser la brutalité infligée à autrui en concentrant l’attention sur la nature impersonnelle des attaques et sur la valeur symbolique des cibles, ainsi qu’en considérant les victimes comme moins qu’humaines, d’où les appellations de vermine, chiens, etc. Oussama ben Laden, par exemple, bestialise les Américains qu’il décrit comme des « gens de basse classe » auteurs d’actes « auxquels les animaux les plus vils ne s’abaisseraient pas ».

• Euphémismes – Ceci consiste notamment à donner de la respectabilité aux comportements répréhensibles et à réduire la responsabilité personnelle en s’y référant en termes impersonnels. C’est ainsi, par exemple, qu’Al-Qaïda parle toujours des événements du 11 septembre comme étant des attaques contre les symboles de la puissance et du consumérisme américains, en passant sous silence l’assassinat de quelque 3.000 hommes, femmes et enfants.

• Comparaisons avantageuses – Les comportements répréhensibles sont masqués en les comparant à d’autres plus répréhensibles encore. De nouveau, la mort de gens innocents, y compris d’enfants, dans les attaques du 11 septembre perpétrées en temps de paix est comparée aux bombes atomiques lâchées par les États-Unis sur le Japon pour mettre un terme à la Deuxième Guerre mondiale. Des centaines de milliers de gens ont trouvé la mort dans ce conflit, mais les États-Unis n’ont jamais été les agresseurs, même pas dans la victoire.

• Distorsion de la séquence d’événements et attribution du blâme – Elle consiste à négliger les faits ou à altérer la perception des conséquences d’un acte violent en présentant cet acte comme une riposte ou une mesure défensive face à une provocation antérieure, ce qui permet aux terroristes d’atténuer les sentiments de culpabilité personnelle. On accuse les victimes et d’autres parties d’être responsables de la survenue d’actes répréhensibles, par exemple en disant que des otages ont été décapités parce que leur gouvernement n’avait pas satisfait aux exigences des terroristes.

Membre d’un commando arabe ayant capturé et tué 11 membres de l’équipe olympique d’Israël lors des jeux de Munich (Allemagne), debout sur un balcon de l’appartement du village olympique où les athlètes étaient otages. Membre d’un commando arabe ayant capturé et tué 11 membres de l’équipe olympique d’Israël lors des jeux de Munich (Allemagne), debout sur un balcon de l’appartement du village olympique où les athlètes étaient otages.
©AP Images/Kurt Strumpf

L’analyse de la rhétorique employée sur les sites web terroristes révèle que le désengagement moral le plus couramment pratiqué est le « déplacement de responsabilité ». La violence est systématiquement présentée comme une nécessité de la lutte contre un ennemi oppresseur, l’entière responsabilité des meurtres et de la destruction qui en résultent étant attribuée à d’autres. Le principal moyen employé par les djihadistes auteurs d’actes de terrorisme consiste à reporter la responsabilité sur Allah, essayant ainsi d’aseptiser l’assassinat et les violences tout en glorifiant le « martyre ».

Un autre procédé rhétorique couramment employé sur le web consiste à essayer de légitimer les membres d’un groupe terroriste en les qualifiant de « combattants de la liberté » et tous ceux qui s’opposent à eux de « véritables terroristes ».

Enfin, certains des sites d’organisations terroristes ayant recours à la violence emploient une rhétorique générale de non-violence qui contient de multiples messages proclamant leur « amour de la paix » et prenant position en faveur d’une solution diplomatique. Ce mélange d’images et d’arguments est présenté de manière à atteindre tous les publics possibles.

Défis à venir

La montée d’un terrorisme axé sur les médias lance un rude défi aux sociétés démocratiques et aux valeurs libérales. La menace ne se limite pas à la manipulation des médias et à la guerre psychologique ; elle comporte également le danger de l’imposition de limites à la liberté de la presse et à la liberté d’expression par ceux qui s’efforcent de combattre le terrorisme.

Comment les sociétés démocratiques doivent-elles faire face ? C’est là un point extrêmement sensible et délicat, car la plupart des propos diffusés sont considérés comme protégés au titre de la liberté d’expression en vertu de la Constitution des États-Unis ou de textes analogues dans les autres sociétés occidentales.

Les nouvelles technologies opèrent un changement de paradigme : elles apportent à l’individu un pouvoir supérieur à celui de l’État ou de la société par le libre accès à l’information et aux communications de masse. La beauté d’Internet en tant que média de masse réside dans sa nature libérale, libre et non réglementée. Son mauvais usage est-il l’une des inévitables rançons de la démocratie ? Nous devrions à présent rechercher un compromis qui réduira le détournement de ce média par les terroristes tout en assurant la protection des libertés démocratiques.

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis.

Notes

(1)P. Wilkinson, Terrorism Versus Democracy (Londres : Frank Cass, 2001).
(2)A. Schmid et J. de Graaf, Violence as Communication (Beverly Hills, CA : Sage, 1982).
(3)C. Dobson et R. Paine. The Carlos Complex : A Pattern of Violence (Londres : Hodder and Stoughton, 1977).
(4)Ces citations sont extraites des traductions d’un enregistrement vidéo réalisé vraisemblablement à la mi-novembre 2001 en Afghanistan. Disponible sur http://www.washingtonpost.com/wp-srv/nation/specials.
(5)B. Nacos, « The Terrorist Calculus Behind 9-11 : A Model for Future Terrorism ? » Studies in Conflict and Terrorism, vol. 26 (2003) : pp. 1-16.
(6)Hamza Hendawi, « Terror Manual Advises on Targets. » Disponible sur http://story.news.yahoo.com/news ?tmpl=story&u+/ap/20…/afghan_spreading_terror_
(7)C. Marighela, « Minimanual of the Urban Guerrilla, » in J. Mallin (ed.), Terror and the Urban Guerrilla (Coral Gables, FL : University of Miami Press, 1971).
(8)P. Karber, « Urban Terrorism : Baseline Data and a Conceptual Framework, » Social Science Quarterly, vol. 52 (1971) : pp. 527-533.
(9)R.E. Dowling, « Terrorism and the Media : A Rhetorical Genre, » Journal of Communication, vol. 56, no. 1 (1986) : pp. 12-24.
(10)J.B. Bell, « Terrorist Script and Live-Action Spectaculars, » Columbia Journalism Review (May-June 1978) : pp. 47-50.
(11)Gabriel Weimann, WWW.Terror.Net : How Modern Terrorism Uses the Internet (rapport spécial) (Washington D.C. : United States Institute of Peace, 2004) ; Gabriel Weimann, Terror on the Internet : The New Arena, The New Challenges (Washington, D.C. : United States Institute of Peace, 2006) ; Gabriel Weimann, « Virtual Disputes : The Use of the Internet for Terrorist Debates, » Studies in Conflict and Terrorism, vol. 29, no. 7 (2006) : pp. 623-639.
(12)A. Bandura, « Moral Disengagement in the Perpetration of Inhumanities, » Personality and Social Psychology Review (special issue on evil and violence), vol. 3 (1999) : pp. 193-209 ; A. Bandura, « Selective Moral Disengagement in the Exercise of Moral Agency, » Journal of Moral Education, vol. 31, no. 2 (2002) : pp. 101-119 ; et A. Bandura, « The Role of Selective Moral Disengagement in Terrorism and Counterterrorism, » in F. M. Moghaddam and A. J. Marsella (eds), Understanding Terrorism : Psychological Roots, Consequences and Interventions (Washington, D.C. : American Psychological Association, 2004), pp 121-150.

Voir enfin:

Following the Oslo Accords of 1993, the mastermind of Black September’s Munich attack enjoyed a certain respectability. Mohammed Daoud Oudeh, a.k.a. Abu Daoud, sat on the Palestinian National Council, where in 1996 he joined a majority in voting to revoke the clause in the PLO charter calling for Israel’s destruction. Though Israel had long known of his role at
Munich–Mossad was believed to have been involved in a 1981 assassination attempt in which he was shot six times–he even carried an Israeli-issued VIP pass that allowed him to shuttle
between his home in Amman, Jordan, and the occupied territories.

All that changed in 1999 after Abu Daoud openly acknowledged his role in the Olympic attack, both in his memoir, Palestine: From Jerusalem to Munich, published in Paris, and in an interview with the Arab TV network al-Jazeera. Germany issued an international arrest warrant on Abu Daoud, and Israel canceled his travel credentials, barring him from the Palestinian lands he had spent his adult life trying to liberate. In the U.S., former senator Howard Metzenbaum (D., Ohio)–who had watched the Munich crisis unfold on TV with his neighbors in suburban Cleveland, the parents of Israeli-American victim David Berger–led a campaign to keep U.S. bookstores from stocking Abu Daoud’s memoir. (Arcade,
which owns the U.S. rights, still hasn’t set a publication date for an English-language version of the book.)

In late July, SI’s Don Yaeger went to the Middle East to find the 72-year-old Abu Daoud. After five days in Syria, where he met with leaders of several Palestinian groups, including the
Palestinian Authority, PA president Yasir Arafat’s Fatah faction and the militant Hamas, Yaeger received a call from Abu Daoud, who said he was in Cyprus. Abu Daoud, who would not reveal where he resides–saying only that he lives with his wife on a pension provided by the PA–agreed to answer written questions. Among his claims, in his memoir and to SI, are these:

–Though he wasn’t involved in conceiving or implementing it, « the [Munich] operation had the endorsement of Arafat. » Arafat is not known to have responded to the allegations in Abu Daoud’s book. In May 1972 four Black Septembrists hijacked a Sabena flight from Brussels to Tel Aviv, hoping to free comrades from Israeli jails. But Israeli special forces stormed the plane, killing or capturing all the terrorists and freeing every passenger, leaving Arafat, by Abu Daoud’s account, desperate to boost morale in the refugee camps by showing that Israel was
vulnerable.

 

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