Nous ne reconnaîtrons jamais l’Etat d’Israël car il est une menace pour tous les peuples de la région, la solution ne peut être qu’un seul Etat, une république palestinienne… Daniel Gluckstein (Parti des travaileurs)
Bôle-Richard (Michel): Victime incurable de troubles oculaires : témoin d’un crime qui identifie catégoriquement l’assassin comme la victime. A le nerf optique si endommagé qu’il a été embauché comme photographe par Le Monde mais pourrait tout autant faire l’affaire à l’Agence Reuters (voir plus haut). Petit dictionnaire moyen-oriental des idées reçues (Laurent Murawiec)
L’Intifada a commencé avec des pierres, elle a continué avec des cocktails Molotov, s’est poursuivie avec des balles et aujourd’hui avec des explosifs. La résistance est en progression et en développement. Nous n’avons jamais arrêté, et nous n’arrêterons jamais. (…) Israël ne viendra jamais à bout de nous, car, contrairement à eux, nous n’avons pas peur de la mort. Nous nous faisons même de la concurrence pour savoir qui va mourir le premier. Ce ne sont pas les Israéliens qui vont décider de l’heure de ma mort. Elle est déjà connue. C’est le destin ! C’est notre droit. C’est notre force ! C’est pour cela que nous allons gagner. (…) D’ailleurs, regardez, nous leur faisons peur. Les habitants de Sderot partent. Une grande majorité d’entre eux veut partir. Plus personne ne veut vivre dans le sud. Nous les poussons vers le nord, vers le Hezbollah. Ils sont pris en sandwich. Dans moins de dix ans, ils vont disparaître. Ils vont comprendre qu’ils ne sont pas chez eux ici. (…) Ce sont des trouillards. Ils n’osent pas sortir de leurs blindés. Ils tuent de loin, avec leur obus et leurs avions. (…) Leur but, c’est de tuer. Leurs mains sont pleines de sang ! Les soldats israéliens ont les mains pleines de sang ! Tout le peuple a les mains pleines de sang parce que tout le monde fait son service militaire, parce que le peuple, c’est l’armée! Abou Haroun (Extrait du publireportage de Michel Bôle-Richard, « A Gaza, avec ceux qui lancent des roquettes sur Israël », le Monde du 18/01/08)
Après l’émouvant publireportage de la Sara Daniel du Monde sur « ceux qui lancent des roquettes » (qu’en termes délicats ces choses-là sont dites) à Gaza il y a deux mois (« Abou Haroun aurait voulu montrer comment il construit et lance les Qassam, ces roquettes qui sèment la terreur dans le sud d’Israël, à la périphérie de la bande de Gaza, mais le moment est mal choisi. Trop dangereux. Les Israéliens sont sur les dents. ») …
Et le très méritant service de soupe de ses collègues au champion iranien de la solution finale le mois dernier …
Voici, en illustration de notre billet d’hier (« Désinformation: mode d’emploi »)…
La démonstration pratique avec ce modèle de leçon de désinformation qu’il vient d’offrir gracieusement et en direct aux lecteurs reconnaissants du quotidien de révérence!
Résultat des courses: Israël est incapable de faire l’impossible (arrêter, sans dégâts collatéraux massifs, des roquettes de plus en plus sophistiquées) et devrait donc négocier… sa propre disparition !
Florilège :
On ne peut pas parler de défaite pour le Hamas. (…) Preuve en est que juste après le retrait des troupes israéliennes, lundi au petit matin, le Hamas a de nouveau lancé en direction d’Israël des roquettes pour « saluer sa victoire » et prouver que l’opération « Hiver chaud » avait été un échec.
Il est clair que pour empêcher les tirs de roquette, il faudrait un contrôle pendant des jours et des jours, ce qui est pratiquement impossible, car la population de Gaza est l’une des plus denses au monde, et une opération massive israélienne aurait un coût énorme.
Le Hamas, depuis qu’il a pris le pouvoir le 15 juin 2007 dans la bande de Gaza, propose une trêve aux Israéliens. Israël refuse car son gouvernement ne veut pas dialoguer avec le Hamas, mouvement islamiste qui ne reconnaît pas l’Etat d’Israël. Mais tout le monde sait que la sécurité de la population de Sdérot et d’Ashkélon passera, un jour ou l’autre, de façon directe ou indirecte, par une trêve avec le Hamas.
La population palestinienne à Gaza soutient totalement les tirs de roquette. Elle estime que c’est le seul moyen de répondre aux agressions et aux incursions israéliennes. Comme le disent les habitants de Gaza, quand un Israélien est tué par une roquette, cela fait les gros titres de la presse internationale, mais il faut au moins 50 morts pour que l’opinion publique internationale s’émeuve de ce qui se passe à Gaza.
qui a commencé ? Dans le cas présent, ça a débuté mercredi par une attaque israélienne à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, où cinq militants du Hamas, très vraisemblablement des artificiers de roquettes Qassam, ont été tués.
Au cours des derniers jours, sur les 110 ou 120 Palestiniens tués, d’après les chiffres qu’on a, au moins la moitié sont des victimes civiles, dont une vingtaine d’enfants et une bonne dizaine de femmes qui sont étrangers aux combats.
les journaux israéliens parlent des victimes mais se sentent peu concernés par ce qui se passe à Gaza. La plupart des gens en Israël estiment que le gouvernement du Hamas est un régime terroriste et que les Palestiniens ne méritent que ce qu’ils ont.
Il est indéniable que depuis que le processus de paix a été relancé par George W. Bush à Annapolis, aucun signe concret n’a été donné par les Israéliens, tant en ce qui concerne la levée des check-points en Cisjordanie que la libération de prisonniers palestiniens.
« L’armée israélienne est incapable de faire cesser les tirs de roquette »
Le Monde
03.03.08
L’intégralité du débat avec Selon Michel Bôle-Richard, correspondant du « Monde » à Jérusalem, l’opération « Hiver chaud » menée par Israël à Gaza est un échec. Comme au Liban en 2006, Tsahal ne peut empêcher les tirs de roquettes sur son territoire., lundi 3 mars, à 15 h 30.
reiz : Peut-on réellement parler d’un échec israélien ? Le bilan humain est favorable à Israël et le Hamas paraît affaibli par ces quelques jours de combat… Ne serait-il pas le vrai perdant de ces quelques jours de combat ?
Michel Bôle-Richard : On ne peut pas parler de défaite pour le Hamas. Quel est le bilan de l’opération « Hiver chaud » ? Elle a abouti à la mort de 110 à 120 Palestiniens, mais l’objectif affiché de l’opération était pour Israël de réduire les tirs de Qassam et de Katiouchas, et cet objectif n’a pas été atteint. Preuve en est que juste après le retrait des troupes israéliennes, lundi au petit matin, le Hamas a de nouveau lancé en direction d’Israël des roquettes pour « saluer sa victoire » et prouver que l’opération « Hiver chaud » avait été un échec.
Quant au bilan favorable à Israël, à partir du moment où l’on utilise des avions de chasse et des hélicoptères de combat avec des missiles pour taper sur des combattants, forcément que la balance entre les victimes israéliennes et les victimes palestiniennes n’est pas du tout la même.
Alami Aziz du Maroc : Israël annonce avoir achevé la première phase de l’opération, sans réussir à stopper les tirs des roquettes. Quelle pourrait être la deuxième phase de cette opération ?
Michel Bôle-Richard : Ce sera de nouvelles opérations, si tant est que les opérations militaires puissent permettre d’éviter les tirs de roquette en direction d’Israël. Cette opération a démontré parfaitement que les troupes israéliennes étaient incapables de stopper ces tirs. J’étais hier avec des combattants palestiniens. Les forces israéliennes étaient à environ 400 mètres et on a vu partir à une centaine de mètres des roquettes Qassam, sous le nez des Israéliens.
Les Israéliens, qui étaient postés sur une colline qui domine le camp de Jabaliya, n’ont pratiquement pas pénétré à l’intérieur du camp. Ce sont des rues sinueuses, étroites, et le coût humain pour Tsahal serait très élevé. Le coût pour la population palestinienne aussi. Il est clair que pour empêcher les tirs de roquette, il faudrait un contrôle pendant des jours et des jours, ce qui est pratiquement impossible, car la population de Gaza est l’une des plus denses au monde, et une opération massive israélienne aurait un coût énorme.
Gros : L’armée israélienne, affaiblie ces dernières années, est-elle encore capable de mener une telle opération terrestre ?
Michel_Bôle-Richard : L’armée israélienne reste puissante. Elle est encore capable de mener une opération massive comme elle l’a fait au Liban, même si, au final, ça s’est révélé un échec. Mais si elle le fait à Gaza, ce sera là aussi un échec. On se retrouve pratiquement dans la même situation qu’en juillet 2006 : pendant les 34 jours de guerre au Liban, Tsahal a été incapable jusqu’au dernier jour d’empêcher les tirs de roquettes Katioucha, et maintenant dans la bande de Gaza, le même phénomène se reproduit.
Bella : Quelle est la capacité de nuisance du Hamas, avec ces tirs de roquettes ?
Michel Bôle-Richard : Avant, les Qassam, qui sont des roquettes artisanales, causaient peu de dégâts. Depuis 2001, il y a eu 12 victimes israéliennes. Aujourd’hui, le Hamas a considérablement amélioré ces engins et leur capacité de tir, à tel point que maintenant ces roquettes atteignent les faubourgs d’Ashkélon. J’y suis passé cet après-midi, une roquette est tombée sur le toit d’un immeuble, faisant des dégâts très impressionnants. Hier, une autre roquette est tombée près d’une maison, a pulvérisé l’intérieur du bâtiment et les enfants n’ont eu la vie sauve qu’en se réfugiant dans un abri.
Ceci pour dire qu’en l’espace de quelques mois, la capacité de nuisance et de dommages que peut occasionner le Hamas a considérablement augmenté. Il a des moyens beaucoup plus sophistiqués.
Eytan : Quel est le soutien de la population palestinienne à ces tirs de roquette ?
Michel Bôle-Richard : La population palestinienne à Gaza soutient totalement les tirs de roquette. Elle estime que c’est le seul moyen de répondre aux agressions et aux incursions israéliennes. Comme le disent les habitants de Gaza, quand un Israélien est tué par une roquette, cela fait les gros titres de la presse internationale, mais il faut au moins 50 morts pour que l’opinion publique internationale s’émeuve de ce qui se passe à Gaza. Donc, la plupart des Gazaouis estiment que c’est le seul moyen de répondre à l’agression israélienne.
De plus, aux yeux des Palestiniens de Gaza, ce type d’opération est à la fois contre-productif pour Israël et décrédibilise Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne.
Brunok : Pourtant, l’arrêt des tirs de roquette se traduirait par l’arrêt des attaques israéliennes… C’est du gagnant-gagnant, non ?
Michel Bôle-Richard : La question est sans cesse posée : qui a commencé ? Dans le cas présent, ça a débuté mercredi par une attaque israélienne à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, où cinq militants du Hamas, très vraisemblablement des artificiers de roquettes Qassam, ont été tués. A la suite de ça, le Hamas a répliqué en lançant une salve de roquettes sur Sdérot, et ensuite ce fut l’engrenage. C’est toujours la même question de la poule et de l’œuf : qui a commencé ? Les Israéliens estiment de leur droit de faire des assassinats ciblés et de tuer des lanceurs de roquettes, quitte à faire des dégâts collatéraux. Et les Palestiniens disent : on ne peut pas se laisser massacrer comme ça, nous avons le droit de résister contre l’occupant.
Pascale : Donc, selon vous, la justification de « légitime défense » apportée par Israël aux opérations militaires à Gaza n’est pas pertinente ? Comment Israël pourrait-elle se défendre autrement, à votre avis ?
Michel Bôle-Richard : C’est une question fondamentale. Israël a le droit et le devoir de défendre ses citoyens contre les roquettes Qassam. Mais comment le faire ? Par des incursions militaires en tuant des Palestiniens ? Cela apporte-t-il des solutions ? Cela résout-il le problème ? Jusqu’à présent, toutes les incursions israéliennes dans la bande de Gaza n’ont jamais empêché les tirs de Qassam.
Le Hamas, depuis qu’il a pris le pouvoir le 15 juin 2007 dans la bande de Gaza, propose une trêve aux Israéliens. Israël refuse car son gouvernement ne veut pas dialoguer avec le Hamas, mouvement islamiste qui ne reconnaît pas l’Etat d’Israël. Mais tout le monde sait que la sécurité de la population de Sdérot et d’Ashkélon passera, un jour ou l’autre, de façon directe ou indirecte, par une trêve avec le Hamas.
La crainte des Israéliens est que dialoguer de façon directe ou indirecte avec le Hamas serait considéré comme un échec. En plus, les Israéliens estiment qu’en instaurant une trêve, cela permettrait au mouvement islamiste de se renforcer et d’améliorer sa capacité militaire.
Pouldu : Les roquettes tirées de Gaza visent ouvertement la population civile israélienne. En est-il de même pour les raids israéliens ?
Michel Bôle-Richard : Les raids israéliens sont en fait des assassinats ciblés, des missiles tirés soit par des drones, soit par des hélicoptères de combat, voire par des F-16, contre des voitures, des bâtiments, des personnes censées être des « terroristes » pour Israël. Mais il y a forcément des bavures. Au cours des derniers jours, sur les 110 ou 120 Palestiniens tués, d’après les chiffres qu’on a, au moins la moitié sont des victimes civiles, dont une vingtaine d’enfants et une bonne dizaine de femmes qui sont étrangers aux combats.
Les Palestiniens, eux, n’ont pas les moyens technologiques d’Israël. Ils utilisent des roquettes artisanales d’une portée d’une dizaine de kilomètres, qui tombent un peu n’importe où, la plupart du temps sur Gaza et quelquefois sur Sdérot.
Ce qui est incontestable, c’est que depuis quelques mois, la portée des Qassam et le type de roquette utilisé se sont améliorés, mais ces roquettes restent des engins imprécis.
Samy : Que signifient les déclarations du ministre israélien sur une « shoah » qui frapperait les Arabes de Palestine ?
Michel Bôle-Richard : Le vice-ministre de la défense a déclaré que si les roquettes continuaient à tomber sur Israël, et si leur portée augmentait, la population palestinienne pourrait être victime d’une « shoah ». Ce terme signifie « catastrophe » en hébreu, comme « nakba » en arabe.
Le terme shoah est également synonyme d’holocauste, alors que le terme de nakba est utilisé pour l’éviction, le départ des Arabes pendant la guerre qui a suivi la partition de la Palestine.
Le vice-ministre a reconnu que le terme était inapproprié, car l’acception du terme shoah est aujourd’hui pour tout le monde celle d' »holocauste », et non celle de casastrophe. Utiliser le terme « shoah » dans le contexte de la lutte contre les lanceurs de Qassam de la bande de Gaza est manifestement inapproprié.
Iksel : Comment la société israélienne a-t-elle réagi aux événements de ces derniers jours ? Notamment à la mort de plusieurs enfants palestiniens ?
Michel Bôle-Richard : En fait, les journaux israéliens parlent des victimes mais se sentent peu concernés par ce qui se passe à Gaza. La plupart des gens en Israël estiment que le gouvernement du Hamas est un régime terroriste et que les Palestiniens ne méritent que ce qu’ils ont. Mais, phénomène intéressant, la semaine dernière, selon un sondage publié par Haaretz, 64 % de la population israélienne estime qu’il faut négocier avec le Hamas.
Truc : Y a-t-il eu des pressions de la part des Etats Unis demandant la fin des opérations ?
Michel Bôle-Richard : C’est manifeste. La veille du retrait, dimanche, Ehoud Barak et Ehoud Olmert disaient que l’opération allait continuer, M. Barak précisant même que l’escalade était inévitable. Donc tout le monde s’attendait à ce que les 2 000 soldats de Tsahal déployés dans la bande de Gaza y restent pendant quelques jours jours. Et ce matin ils se sont retirés.
Pourquoi ? Parce que la Maison Blanche a estimé que les violences ne pouvaient pas continuer, que les négociations devaient reprendre. Le jour-même, Mahmoud Habbas avait décidé de rompre tout contact avec Israël dans le processus de paix qui a débuté il y a maintenant trois mois et qui est au point mort.
Donc les pressions sont manifestes. D’autant plus que Condoleezza Rice entame une tournée au Proche-Orient pour tenter de relancer le processus de paix.
Samy : Dans ces conditions, l’hypothèse d’une Palestine indépendante en 2008 est-elle toujours crédible ?
Michel Bôle-Richard : Non, plus du tout. Et Ehoud Olmert l’a reconnu il y a quelques jours à l’occasion d’un voyage au Japon. Il est indéniable que depuis que le processus de paix a été relancé par George W. Bush à Annapolis, aucun signe concret n’a été donné par les Israéliens, tant en ce qui concerne la levée des check-points en Cisjordanie que la libération de prisonniers palestiniens.
Sur les trois questions essentielles que sont le statut de Jérusalem, le tracé des frontières de l’Etat Palestinien et le retour des réfugiés, aucun progrès n’a été accompli. Et en ce qui concerne le démantèlement des colonies sauvages, il n’y a eu pour le moment aucun geste des autorités israéliennes.
Voir aussi:
A Gaza, avec ceux qui lancent des roquettes sur Israël
Michel Bôle-Richard
Le Monde
du 18.01.08
En six ans, 3 100 missiles Qassam sont tombés sur le sud de l’Etat juif
Abou Haroun aurait voulu montrer comment il construit et lance les Qassam, ces roquettes qui sèment la terreur dans le sud d’Israël, à la périphérie de la bande de Gaza, mais le moment est mal choisi. Trop dangereux. Les Israéliens sont sur les dents. Beaucoup de ses camarades sont déjà tombés. Abou Haroun les désigne du doigt sur les vidéos qu’il fait défiler sur son ordinateur. « Celui-là est mort, et celui-là aussi. » Cela l’émeut à peine. C’est devenu une habitude. La mort ne lui fait pas peur. Il sait qu’elle va venir, un jour ou l’autre.
Abou Haroun a choisi de se battre à l’âge de 13 ans et, aujourd’hui, à 30 ans, père de trois enfants, il n’a pas l’intention d’arrêter. Il ne masque pas son visage. Il sait qu’il est connu. Il a déjà échappé à la mort. Il a perdu un oeil. Les Israéliens l’ont toujours dans le collimateur.
Il se présente comme le chef de la brigade Abou Rich, organisation armée proche du Fatah. Il refuse de dire de combien de combattants sa brigade est composée, mais précise que, pour construire une Qassam et la mettre à feu, ils ne sont qu’une dizaine, et que les différents groupes s’entraident pour « continuer à améliorer les performances des Qassam ».
Abou Haroun développe son argumentaire : « L’Intifada a commencé avec des pierres, elle a continué avec des cocktails Molotov, s’est poursuivie avec des balles et aujourd’hui avec des explosifs. La résistance est en progression et en développement. Nous n’avons jamais arrêté, et nous n’arrêterons jamais. »
Et Abou Haroun ajoute : « Israël ne viendra jamais à bout de nous, car, contrairement à eux, nous n’avons pas peur de la mort. Nous nous faisons même de la concurrence pour savoir qui va mourir le premier. Ce ne sont pas les Israéliens qui vont décider de l’heure de ma mort. Elle est déjà connue. C’est le destin ! C’est notre droit. C’est notre force ! C’est pour cela que nous allons gagner. »
« D’ailleurs, regardez, nous leur faisons peur, poursuit Abou Haroun. Les habitants de Sderot partent. Une grande majorité d’entre eux veut partir. Plus personne ne veut vivre dans le sud. Nous les poussons vers le nord [d’Israël], vers le Hezbollah [le mouvement armé chiite du Liban sud]. Ils sont pris en sandwich. Dans moins de dix ans, ils vont disparaître. Ils vont comprendre qu’ils ne sont pas chez eux ici. »
Abou Haroun occupe un immense appartement qui était celui d’un haut responsable du Fatah qui a pris la fuite après le coup de force du Hamas à Gaza, le 15 juin 2007. Ses enfants viennent jouer avec lui pendant qu’il fume chicha sur chicha (narguilé).
Il trouve amusant que la plus puissante armée du Proche-Orient soit dans l’incapacité d’arrêter ce qu’il appelle ses « casseroles en fer » : les Qassam. En fait, un bout de tuyau bourré d’explosif avec, à une extrémité, une charge détonante et, à l’autre, une charge de propulsion. Leur trajectoire est imprécise et leur rayon d’action d’une quinzaine de kilomètres.
Les Qassam palestiniennes ont causé la mort de dix personnes en Israël depuis octobre 2001, date du premier tir, sur un total d’environ 3 100 jusqu’à aujourd’hui.
Ces roquettes peuvent être lancées de n’importe où. Il suffit d’une rampe rudimentaire. La mise à feu ne l’est pas moins. Ces engins zigzaguent dans le ciel avant d’atterrir la plupart du temps en rase campagne. En raison de leur courte durée de vol, aucun système d’interception performant n’a pu être mis au point. Il y aurait bien la destruction par rayon laser, mais le procédé coûte cher et ne sera vraiment efficace que dans cinq ans, selon le général de réserve Isaac Ben-Israël.
Pour réduire cette menace, Tsahal procède à des incursions dans la bande de Gaza pour éliminer les tireurs et détruire les ateliers de fabrication. Un vaste no man’s land a été dégagé tout autour de la bande de Gaza. Les bulldozers ont tout aplani et déraciné la végétation. En vain.
Depuis plusieurs mois, il est question d’une intervention militaire massive afin d’essayer de venir à bout de ces tireurs de Qassam qui terrorisent les habitants de Sderot et des kibboutz environnants. « Qu’ils viennent ! dit Abou Haroun. Qu’ils s’aventurent dans les villes, plutôt que de rester dans les espaces nettoyés près de la frontière. Ils savent que cela va leur coûter cher, que leurs Merkava [chars] vont sauter en l’air. »
Abou Haroun s’emporte de plus en plus : « Ce sont des trouillards. Ils n’osent pas sortir de leurs blindés. Ils tuent de loin, avec leur obus et leurs avions. »
Il trouve inadmissible que le monde entier ne dise rien, alors que les Palestiniens sont tués « tous les jours ». Il se perd alors dans sa diatribe. « Leur but, c’est de tuer. Leurs mains sont pleines de sang ! Les soldats israéliens ont les mains pleines de sang ! Tout le peuple a les mains pleines de sang parce que tout le monde fait son service militaire, parce que le peuple, c’est l’armée ! »
Abou Haroun affirme qu’il ne renoncera jamais. Il n’a pas peur de dire son nom. Et, s’il meurt, « d’autres assureront la relève et les tirs de Qassam continueront ».
Cette semaine, Youval Diskin, le chef du Shin Bet (sécurité intérieure israélienne), a dressé un bilan : 356 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza en 2006 et 454 autres en 2007.
B’Tselem, organisation israélienne de défense des droits de l’homme, a précisé que 360 des 810 victimes ne faisaient pas partie d’une organisation armée. M. Diskin a ajouté que ces 810 tués ne représentaient que « 5 % des 20 000 militants armés estimés dans la bande de Gaza ».