Justes de France: Il était temps que nous les entendions (A belated and long overdue homage to the Righteous of France)

Righteous of France at the Pantheon (Paris, Jan. 2007)

Il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous.(…) Certains sont morts, sans juger utile de se prévaloir de ce qu’ils avaient fait. D’autres ont cru être oubliés de ceux qu’ils avaient sauvés. D’autres enfin ont même refusé d’être honorés, considérant qu’ils n’avaient fait que leur devoir de Français, de chrétiens, de citoyens, d’hommes et de femmes envers ceux qui étaient pourchassés pour le seul crime d’être nés juifs. (…) Les Justes de France pensaient avoir simplement traversé l’Histoire. En réalité, ils l’ont écrite. De toutes les voix de la guerre, leurs voix étaient celles que l’on entendait le moins, à peine un murmure, qu’il fallait souvent solliciter. Il était temps que nous les entendions. Il était temps que nous leur exprimions notre reconnaissance. Simone Veil

Qui se souvient que « la France de Vichy » a sauvé près de 70% de ses juifs quand les Pays-Bas ou la Grèce n’en sauvaient qu’à peine 20%?

Et que la télévision d’Etat des faussaires à la Charles Enderlin (cf. la fausse mort du petit Mohammed Al Doura, dont le jugement final approche) pouvait aussi faire oeuvre utile?

Suite à la présentation hier soir de l’hommage de France 2 aux Justes de France (« La Résistance: Quand il fallait sauver les Juifs« ) …

Retour sur le discours de Simone Veil il y a un an (et au nom – cherchez l’erreur! – de ce même président qui venait trois ans plus tôt de faire des quasi-funérailles nationales au chef terroriste Arafat) à l’occasion de leur si tardive mais bien méritée entrée au Panthéon …


DISCOURS DE MADAME SIMONE VEIL

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

Cérémonie du Panthéon en hommage aux Justes de France

18 janvier 2007

Monsieur le Président de la République,

Mesdames et Messieurs les Justes de France, c’est à vous que mon propos s’adresse ; à vous tous qui nous entourez ainsi qu’à ceux qui n’ont pu se joindre à nous ; à vous aussi qui avez aidé à sauver des juifs sans chercher à obtenir cette reconnaissance.

Au nom de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, au nom de tous ceux qui vous doivent la vie, je viens ce soir vers vous, pour vous exprimer notre respect, notre affection, notre gratitude.

On ne saura jamais exactement combien vous êtes. Certains sont morts, sans juger utile de se prévaloir de ce qu’ils avaient fait. D’autres ont cru être oubliés de ceux qu’ils avaient sauvés. D’autres enfin ont même refusé d’être honorés, considérant qu’ils n’avaient fait que leur devoir de Français, de chrétiens, de citoyens, d’hommes et de femmes envers ceux qui étaient pourchassés pour le seul crime d’être nés juifs.

Certains Français se plaisent à flétrir le passé de notre pays. Je n’ai jamais été de ceux-là. J’ai toujours dit, et je le répète ce soir solennellement, qu’il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous.

Vous tous, les Justes de France auxquels nous rendons hommage aujourd’hui, vous illustrez l’honneur de notre pays qui, grâce à vous, a retrouvé le sens de la fraternité, de la justice et du courage. Voilà plus de soixante ans, vous n’avez pas hésité à mettre en péril la sécurité de vos proches, à risquer la prison et même la déportation. Pourquoi ? Pour qui ? Pour des hommes, des femmes et des enfants que, le plus souvent, vous ne connaissiez même pas, qui ne vous étaient rien, seulement des hommes, des femmes et des enfants en danger.

Pour la plupart, vous étiez des Français « ordinaires ». Citadins ou ruraux, athées ou croyants, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, vous avez hébergé ces familles, apporté réconfort aux adultes, tendresse aux enfants. Vous avez agi avec votre cœur parce que les menaces qui pesaient sur eux vous étaient insupportables. Vous avez obéi sous le coup d’une exigence non écrite qui primait toutes les autres. Vous n’avez pas cherché les honneurs. Vous n’en êtes que plus dignes.

Je tiens ce soir à vous remercier, Monsieur le Président de la République d’avoir publiquement reconnu la responsabilité de l’Etat dans les lois scélérates de Vichy. A vous remercier aussi d’avoir, sans faille, à maintes reprises, rappelé l’action exemplaire, courageuse et fraternelle des Français, dont certains vous entourent ici ce soir.

Face au nazisme qui a cherché à rayer le Peuple juif de l’Histoire des hommes et à effacer toute trace des crimes perpétrés, face à ceux qui, aujourd’hui encore, nient les faits, la France s’honore, aujourd’hui, de graver de manière indélébile dans la pierre de son histoire nationale, cette page de lumière dans la nuit de la Shoah.

Les Justes de France pensaient avoir simplement traversé l’Histoire. En réalité, ils l’ont écrite. De toutes les voix de la guerre, leurs voix étaient celles que l’on entendait le moins, à peine un murmure, qu’il fallait souvent solliciter. Il était temps que nous les entendions. Il était temps que nous leur exprimions notre reconnaissance.

Pour nous qui demeurons hantés par le souvenir de nos proches, disparus en fumée, demeurés sans sépulture, pour tous ceux qui veulent un monde meilleur, plus juste et plus fraternel, débarrassé du poison de l’antisémitisme, du racisme et de la haine, ces murs résonneront désormais et à jamais de l’écho de vos voix, vous les Justes de France qui nous donnez des raisons d’espérer.

Homage to the Righteous of France
Simone Veil

Homage to the Righteous of France.
Paris, January 18, 2007. Le Panthéon.

Speech by Madame Simone Veil, President of the Foundation for the Memory of the Shoah.

Mr. President,

Ladies and Gentlemen, the Righteous of France, it is to you I address these remarks; to all of you here and those who could not join us; and you too who helped saved Jews without seeking this recognition.

On behalf of the Foundation for the Memory of the Shoah, and of all who owe their lives to you, I turn to you this evening to express our respect, our affection and our gratitude.

We will never know exactly how many of you there are. Some have died, considering there was no need to call attention to what they had done. Others believed they were forgotten by those whom they had saved. Still others even refused to be honored, considering they had merely done their duty as Frenchmen, Christians, citizens, men and women, towards those who were hunted down for the sole crime of being born Jewish.

Some French people like to discredit our country’s past. I have never been one of them. I have always said, and I solemnly say it again this evening, that there was Vichy France, which was responsible for the deportation of 76,000 Jews including 11,000 children, but there were also all the men and women thanks to whom three-quarters of our country’s Jews avoided being rounded up. Elsewhere, in the Netherlands, in Greece, 80% of the Jews were arrested and exterminated in the camps. None of the Nazi-occupied countries, with the exception of Denmark, had such an outpouring of solidarity comparable to what happened in our country.

All of you, the Righteous of France, whom we pay tribute to today, illustrate the honor of our country which thanks to you, found a sense of fraternity, justice and courage. Over 60 years ago, you did not hesitate to endanger your loved ones’ safety, risk prison and even deportation. Why? For whom? For men, women and children whom in most cases you didn’t even know, who were nothing to you, only men, women and children in danger.

For the most part you were ‘ordinary’ French men and women. Whether you lived in cities or in the country, were atheists or believers, young or old, rich or poor, you sheltered these families, offered comfort to the adults, and tenderness to the children. You followed your heart because the threats which hung over them were intolerable to you. You obeyed an unwritten law which took precedence over all others. You did not seek honors. You are all the more worthy of them.

I would like to thank you, Mr. President, for publicly acknowledging the State’s responsibility in Vichy’s despicable laws. And to thank you also for having unfailingly recalled so many times the exemplary, bold and fraternal action of French people, some of whom are with you this evening. In the face of Nazism, which sought to erase the Jewish people from human history and wipe out all trace of the crimes that had been perpetrated, in the face of those who even today deny the facts, France acts to its credit in indelibly engraving in the stone of its national history this page of light in the dark of the Shoah.

The Righteous of France thought they had simply lived through history; in reality they wrote it. Of all the voices from the war, theirs were the ones we heard the least, barely a murmur which often had to be to solicited. It was time we heard them. It was time we expressed our gratitude to them.

For those of us still haunted by the memory of our loved ones who disappeared in smoke and have no gravestone, for all those who want a better world, more just and more fraternal, cleansed of the poison of anti-Semitism, racism and hate, these walls will resonate now and for ever with the echo of your voices, you, the Righteous of France, who give us reasons to hope./.

3 commentaires pour Justes de France: Il était temps que nous les entendions (A belated and long overdue homage to the Righteous of France)

  1. […] Jean Rousseau (« Des enfants juifs en Vendée. Chavagnes, 1942-1944″), cette même culture de la résistance héritée de la persécution religieuse […]

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  2. […] Il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous. Simone Veil […]

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  3. […] Il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous. Simone Veil […]

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