Justes de France: Cette même culture de la résistance héritée de la persécution religieuse

Chavagnes (Vendée)
C’est exceptionnel dans l’Ouest de la France, et grâce à un réseau de femmes et d’hommes, Juifs et Français, entre Paris et la Vendée. Il a fallu que s’écoulât un demi-siècle pour que la conspiration du silence qui a permis d’héberger dans des familles d’accueil ces enfants à Chavagnes soit brisée. Il faut aussi sans doute rapprocher cette solidarité d’une culture de la résistance héritée de la contre-révolution vendéenne, et de l’influence des pères Louis-Marie Baudouin et Jacques Jaunet. Jean Rousseau

Suite à notre dernier billet sur la panthéonisation des Justes de France

Ce cas très intéressant d’un des villages récompensés, le village vendéen de Chavagnes-en-Paillers

Qui, à l’instar du célèbre village cévénol du Chambon-sur-Lignon mais en zone occupée cette fois, a caché des dizaines d’enfants juifs entre 1942 et 1944 (et été aussi l’objet d’un documentaire: Les Enfants du secret, 1999).

Avec, comme le rappelle dans son livre l’historien Jean Rousseau (« Des enfants juifs en Vendée. Chavagnes, 1942-1944 »), cette même culture de la résistance héritée de la persécution religieuse …

Confirmant une fois de plus l’importance des autorités morales pour l’engagement des individus et des groupes contre la barbarie et donc pour la survie des populations visées par les génocidaires.

Ainsi, les exemples bien connus des Pays-Bas ou de la Pologne (dont les dirigeants et élites s’étaient exilés en Angleterre et/ou avaient été décimées par les assauts conjoints des Nazis et des Soviétiques) qui ont eu le pire bilan par opposition au Danemark où Christian X avait explicitement pris position contre la déportation et dont la population juive (avec l’aide de leurs voisins suédois) a été très largement épargnée.

Ou l’ultime contre-exemple du Rwanda où ce sont ces mêmes autorités morales qui ont initié les massacres, en facilitant d’autant plus le passage à l’acte …

Voir le dossier pédagogique de l’Académie de Nantes :

Ce village du bocage vendéen accueille de nombreux enfants juifs de la région parisienne pendant la guerre. Régulièrement des associations caritatives organisent ces transferts en prenant des gros risques. A Chavagnes, les enfants côtoient une garnison allemande ce qui donne une valeur particulière à cette sécurité qui leur est offerte. On retrouve d’autres cas de villages qui protègent des enfants, mais en zone libre le plus souvent.

Pourtant le village de Chavagnes est le représentant d’une société très conservatrice. Le maire, qui appartient à la noblesse locale voit dans le vainqueur de Verdun celui qui pourra préserver la France. Chavagnes est une France en miniature, avec toutes ses contradictions : le maire maréchaliste, mais aussi les gaullistes, dont le docteur qui exerce une autorité morale sur les villageois. Ceux-ci ne discutent pas quand il les informe que de nouveaux enfants doivent être cachés. Sans oublier le curé qui a condamné  » le satanique Hitler « . Aucune dénonciation, aucune arrestation ne vient troubler la vie de ce village, qui voit partir normalement ces enfants à la fin de la guerre.

Dans les témoignages, c’est la démarche humaniste qui l’emporte. Une démarche qui s’inscrit dans une tradition d’accueil qui débute avec tous les réfugiés des premiers temps de la guerre et dont les enfants juifs sont la continuité. Mais il s’agit d’un véritable acte de résistance que la médaille des  » Justes  » fait revivre. Dans la préface de l’ouvrage, Alain Gérard fait référence à la typologie de Tzvetan Todorov sur les actes de résistance. Il y a ceux qui vont jusqu’au sacrifice dans la Résistance intérieure et extérieure, et ceux qui  » prennent des risques calculés  » et demeurent souvent discrets sur leurs actions.

Il est clair que le maître mot des cette histoire est  » le silence  » : silence des enfants pour assurer leur sécurité, silence du village qui étouffe la réalité des faits par la quotidienneté de la vie et de la justice. Silence des acteurs après la guerre. Une histoire de silences qui donnent de la profondeur au travail de mémoire mené par ceux qui finirent par récompenser ces justes en 1999.

Cette synthèse a été réalisée à partir de l’ouvrage de Jean Rousseau et la préface d’Alain Gérard a orienté la problématique.

Des enfants juifs en Vendée. Chavagnes, 1942-1944. J. Rousseau, Centre vendéen de recherches historiques. La Mothe-Achard (Vendée) Juin 2004

6 commentaires pour Justes de France: Cette même culture de la résistance héritée de la persécution religieuse

  1. Danièle Réchard-Spence dit :

    La solidarité qui s’est manifestée à Chavagnes est magnifique. Je suis cependant désolée de devoir lire: « un réseau de femmes et d’hommes, Juifs et Français ».

    La majorité des juifs présents en France en 1939 étaient FRANCAIS (selon Wikipedia « En septembre 1939, il y avait en France environ 300 000 Juifs se répartissant ainsi : 110 000 Français depuis plusieurs générations, 70 000 naturalisés Français et 120 000 étrangers et apatrides. À ceux-ci s’ajoutèrent en mai 1940 près de 40 000 réfugiés Juifs »

    … un réseau de femmes et d’hommes, juifs et non juifs, français ou non… : ce serait mieux, non?

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  2. jcdurbant dit :

    Merci pour cette utile mise au point que je partage complètement, mais naturellement c’est une citation et c’est à l’auteur du livre Jean Rousseau qu’il faudrait demander de s’expliquer sur son choix de termes …

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  3. […] C’est exceptionnel dans l’Ouest de la France, et grâce à un réseau de femmes et d’hommes, Juifs et Français, entre Paris et la Vendée. Il a fallu que s’écoulât un demi-siècle pour que la conspiration du silence qui a permis d’héberger dans des familles d’accueil ces enfants à Chavagnes soit brisée. Il faut aussi sans doute rapprocher cette solidarité d’une culture de la résistance héritée de la contre-révolution vendéenne, et de l’influence des pères Louis-Marie Baudouin et Jacques Jaunet. Jean Rousseau […]

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  4. […] C’est exceptionnel dans l’Ouest de la France, et grâce à un réseau de femmes et d’hommes, Juifs et Français, entre Paris et la Vendée. Il a fallu que s’écoulât un demi-siècle pour que la conspiration du silence qui a permis d’héberger dans des familles d’accueil ces enfants à Chavagnes soit brisée. Il faut aussi sans doute rapprocher cette solidarité d’une culture de la résistance héritée de la contre-révolution vendéenne, et de l’influence des pères Louis-Marie Baudouin et Jacques Jaunet. Jean Rousseau […]

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  5. […] Il entre probablement pour une part au-delà de l’indéniable action de la population dite des « Justes« … […]

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  6. […] Il entre probablement pour une part au-delà de l’indéniable action de la population dite des « Justes« … […]

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